§ 14. Extensions transcendantes
1. Familles algébriquement libres. Extensions pures
Rappelons (IV, p. 4) la définition suivante :
Définition 1
Soit E une extension d’un corps K ; on dit qu’une famille x = (x_i)_{i∈I} d’éléments de E est algébriquement libre sur K si les monômes x^α = ∏_{i∈I} x_i^{α_i} par rapport aux x_i (pour α = (α_i)_{i∈I} dans N^{(I)}) sont linéairement indépendants sur K. On dit qu’elle est algébriquement liée sur K dans le cas contraire.
Cité par 1
Cité par Proposition 3
La définition 1 peut encore s’exprimer comme suit :
Proposition 1
Pour qu’une famille d’éléments d’une extension d’un corps soit algébriquement libre sur , il faut et il suffit que la relation , où est un polynôme de , entraîne .
Définition 2
Soit une extension d’un corps . Une famille d’éléments de est appelée une base pure de (sur ) si elle est algébriquement libre et si l’on a . On dit que est une extension pure de si possède une base pure.
La famille vide est algébriquement libre, donc est une extension pure de lui-même. Avec les notations de la déf. 2, chaque élément est transcendant sur ; si n’est pas vide, est donc une extension transcendante de .
Proposition 2
Soient et deux corps et un isomorphisme d’un sous-corps de sur un sous-corps de . Soit (resp. ) une famille d’éléments de (resp. ) algébriquement libre sur (resp. ). Il existe un isomorphisme de sur et un seul qui induise sur et applique sur pour tout .
Cité par 1
Cité par Proposition 8
L’unicité de est claire. Posons et . Par hypothèse, les monômes (pour dans ) forment une base du -espace vectoriel , et l’on a une propriété analogue pour . Il existe donc un isomorphisme d’anneaux transformant tout élément en . Comme est le corps des fractions de et celui de , l’isomorphisme se prolonge en un isomorphisme du corps sur le corps .
Corollaire
Pour qu’une extension d’un corps soit pure, il faut et il suffit que soit -isomorphe à un corps de fractions rationnelles sur . De manière précise, si la famille est une base pure de , il existe un unique -isomorphisme de sur qui applique sur pour tout .
Remarque
Il est clair que, dans une extension de , une famille algébriquement libre sur est formée d’éléments linéairement indépendants sur (donc deux à deux distincts); autrement dit, c’est une famille libre pour la structure d’espace vectoriel de (par rapport à ). Mais la réciproque est inexacte, car si est une extension algébrique de , une famille non vide quelconque d’éléments de (et a fortiori une famille non vide d’éléments linéairement indépendants sur ) n’est jamais algébriquement libre sur . Lorsqu’il y a risque de confusion, nous dirons qu’une partie d’une extension de , qui est libre pour la structure d’espace vectoriel de par rapport à est linéairement libre sur .
Soit une extension d’un corps . On dit qu’une partie de est algébriquement libre (sur ) si la famille définie par l’application identique de sur elle-même est algébriquement libre. On dit aussi que les éléments d’une partie algébriquement libre de sont algébriquement indépendants. Si une partie de n’est pas algébriquement libre, on dit qu’elle est algébriquement liée et que ses éléments sont algébriquement dépendants. Pour qu’une famille d’éléments de soit algébriquement libre, il faut et il suffit que soit une bijection de sur une partie de algébriquement libre sur .
Toute partie d'une partie algébriquement libre est algébriquement libre. En outre :
Proposition 3
Pour qu'une famille* d'éléments d'une extension d'un corps soit algébriquement libre sur , il faut et il suffit que toute sous-famille finie de soit algébriquement libre sur .
La proposition résulte immédiatement de la déf. 1.
2. Bases de transcendance
Proposition 4
Soient* une extension d'un corps , et deux parties de . Les propriétés suivantes sont équivalentes : a) est algébriquement libre sur et . b) est algébriquement libre sur , et est algébriquement libre sur . c) est algébriquement libre sur , et est algébriquement libre sur .
Cite 1 · Cité par 4
Cite Proposition 3
Cité par Proposition 12, Proposition 5, Proposition 7, Théorème 3
Il suffit évidemment de prouver que a) et b) sont équivalentes.
: supposons a) vérifiée. Comme est contenue dans , elle est algébriquement libre sur . Si n'est pas algébriquement libre sur , il existe (prop. 3) une famille finie d'éléments distincts de , algébriquement liée sur . Par suite, il existe un polynôme non nul de l'anneau tel que ; quitte à multiplier par un élément non nul de , on peut supposer que tous les coefficients de appartiennent à . Les coefficients de sont des polynômes par rapport à un nombre fini d'éléments distincts () de , à coefficients dans . Les éléments sont deux à deux distincts car . La relation s'écrit alors
où est un polynôme non nul de , et une telle relation contredit l'hypothèse que est algébriquement libre.
: supposons b) vérifiée. Il est clair d'abord que , et a fortiori . Il suffit de montrer que si () sont des éléments distincts de en nombre fini, () des éléments distincts de en nombre fini, l'ensemble des et des est algébriquement libre sur (prop. 3). Considérons un polynôme tel que et posons
avec pour tout .
Soit ; alors est un polynôme de l'anneau , et la relation s'écrit . Comme est algébriquement libre sur , chacun des coefficients de est nul ; puisque est algébriquement libre sur , on a pour tout , d'où .
Corollaire
Soient* une extension d'un corps et une partie de *algébriquement libre sur K. Si est transcendant sur , alors est algébriquement libre sur .
Cité par 2
Cité par Proposition 5, Proposition 7
Proposition 5
Soit E une extension d’un corps K. Pour qu’une partie S de E soit algébriquement libre sur K, il faut et il suffit que, pour tout , l’élément x soit transcendant sur le corps .
La condition est nécessaire d’après la prop. 4.
Pour prouver la suffisance, il suffit (prop. 3) de montrer que toute suite finie d’éléments distincts de S est algébriquement libre. Or, par hypothèse, est transcendant sur pour , et notre assertion résulte donc par récurrence sur du cor. de la prop. 4.
Proposition 6
Soient E une extension d’un corps K et X une partie de E algébriquement libre sur K. Si est une extension algébrique de K, alors X est algébriquement libre sur .
Cite 2 · Cité par 3
Cite Proposition 5, Corollaire 2, V § 3
Cité par Corollaire, Proposition 12, Proposition 15
Raisonnons par l’absurde et supposons que X soit algébriquement liée sur . D’après la prop. 5, il existe un élément algébrique sur le corps , où . Comme on a () et que est algébrique sur K, le cor. 2 de V, p. 18, montre que est algébrique sur ; comme est algébrique sur , il est donc algébrique sur d’après la prop. 3 de V, p. 18. La prop. 5 montre alors que X est algébriquement lié sur K, d’où une contradiction.
Définition 3
On dit qu’une partie B d’une extension E d’un corps K est une base de transcendance de E (sur K) si B est algébriquement libre sur K, et si E est algébrique sur .
Exemple
Une base pure est une base de transcendance. En revanche, si E est une extension pure de K, une base de transcendance de E sur K n’est pas toujours une base pure de E. Par exemple, dans , est une base de transcendance mais n’engendre pas .
Proposition 7
Soit E une extension d’un corps K. Toute base de transcendance de E est un élément maximal de l’ensemble (ordonné par inclusion) des parties de E algébriquement libres sur K. Inversement, si S est une partie de E telle que E soit algébrique sur , toute partie algébriquement libre maximale de S est une base de transcendance de E.
Cite 3 · Cité par 2
Cite Corollaire, Proposition 4, Corollaire 1, V § 3
Cité par Théorème 2, Théorème 3
Soient B une base de transcendance de E sur K, et . Alors est algébrique sur ; d’après V, p. 103, prop. 4, la partie de E n’est pas algébriquement libre sur K, d’où la première partie de la proposition. D’autre part, si E est algébrique sur , et B est une partie algébriquement libre maximale de S, il résulte du cor. de la prop. 4 que tout est algébrique sur ; donc (V, p. 18, cor. 1), est algébrique sur , et par suite (V, p. 18, prop. 3), E est algébrique sur .
Théorème 1 (Steinitz)
Toute extension E d’un corps K admet une base de transcendance sur K. En d’autres termes, toute extension d’un corps K est une extension algébrique d’une extension pure de K.
Cité par 3
Cité par Théorème 2, Théorème 1, V § 15, Proposition 10, V § 17
Par contre, une extension n’est pas toujours extension pure d’une extension algébrique (V, p. 161, exerc. 2).
Ce théorème est une conséquence du théorème plus précis suivant :
Théorème 2
Soient E une extension d’un corps K, S une partie de E telle que E soit algébrique sur K(S), et T une partie de S, algébriquement libre sur K ; il existe alors une base de transcendance B de E sur K telle que T ⊂ B ⊂ S.
Cite 3 · Cité par 5
Cite Proposition 3, Proposition 7, Théorème 1 (Steinitz)
Cité par Définition 4, Proposition 13, Proposition 16, Proposition 17, Corollaire 3
En effet, l’ensemble des parties algébriquement libres de S, ordonné par inclusion, est un ensemble de caractère fini (E, III, p. 34) d’après la prop. 3. D’après le th. 1 de E, III, p. 35, il admet un élément maximal B contenant T, et B est une base de transcendance de E sur K, en vertu de la prop. 7.
Corollaire (« théorème d’échange »)
Soient E une extension de K, S une partie de E telle que E soit algébrique sur K(S), T une partie de E algébriquement libre sur K ; il existe une partie S’ de S telle que T ∪ S’ soit une base de transcendance de E sur K et que T ∩ S’ = ∅.
En effet, E est algébrique sur K(T ∪ S) et l’on a T ⊂ T ∪ S.
3. Degré de transcendance d’une extension
Théorème 3
Soit E une extension d’un corps K. Toutes les bases de transcendance de E sur K ont même cardinal.
Il suffit de prouver l’inégalité Card(B) ≥ Card(B’) lorsque B et B’ sont deux bases de transcendance de E sur K. On peut supposer B’ non vide. Supposons d’abord B fini et raisonnons par récurrence sur son cardinal n ; pour n = 0, E est algébrique sur K et B’ est vide. Supposons donc n ≥ 1. Étant donné x ∈ B’, le théorème d’échange fournit une partie C de B telle que x ∉ C et que {x} ∪ C soit une base de transcendance de E sur K ; on a C ≠ B d’après la prop. 7, d’où Card(C) < n. Posons K_1 = K(x) et C’ = B’ − {x} ; alors C et C’ sont algébriquement libres sur le corps K_1 (V, p. 103, prop. 4) et E est algébrique à la fois sur K_1(C) = K(C ∪ {x}) et K_1(C’) = K(B’). Autrement dit, C et C’ sont deux bases de transcendance de E sur K_1 ; comme on a Card(C) < n, l’hypothèse de récurrence entraîne l’inégalité Card(C’) ≤ Card(C) ≤ n − 1, d’où Card(B’) ≤ n = Card(B).
Supposons maintenant B infini. Tout x ∈ B est algébrique sur K(B’) et il existe donc une partie finie S(x) de B’ telle que x soit algébrique sur K(S(x)). Posons S = ⋃_{x∈B} S(x) d’où S ⊂ B’ ; comme B est infini, on a Card(S) ≤ Card(B) (E, III, p. 49, cor. 3). Mais tout élément de B étant algébrique sur K(S), et E étant algébrique sur K(B), on conclut que E est algébrique sur K(S) (V, p. 18, prop. 3). La prop. 7 entraîne alors S = B’, d’où l’inégalité cherchée Card(B’) ≤ Card(B).
Définition 4
Soit E une extension d’un corps K. Le cardinal de toute base de transcendance de E sur K est appelé le degré de transcendance de E sur K, et noté deg. tr_K E.
Cite 1
Cite Théorème 2
Les th. 2 et 3 et la déf. 4 entraînent les corollaires suivants, où l’on désigne par E une extension d’un corps K, de degré de transcendance fini n.
Corollaire 1
Soit S une partie de E telle que E soit algébrique sur K(S). On a Card(S) ; si le cardinal de S est égal à n, alors S est algébriquement libre sur K (donc est une base de transcendance de E sur K).
Cité par 2
Cité par Proposition 13, Proposition 16
Corollaire 2
Supposons que l’on ait . Alors, on a ; si de plus on a , alors est une base pure de E sur K, et E est alors une extension pure de K.
Corollaire 3
Toute partie de E algébriquement libre sur K a au plus n éléments, et si elle a exactement n éléments, c’est une base de transcendance de E sur K.
Théorème 4
Soient K, E et F trois corps tels que . Si S est une base de transcendance de E sur K et T une base de transcendance de F sur E, alors est vide et est une base de transcendance de F sur K.
En effet, F est algébrique sur E(T); de plus E(T) est algébrique sur le corps , puisque E est algébrique sur K(S) (V, p. 18, cor. 2); par suite (V, p. 18, prop. 3), F est algébrique sur K(S \cup T). D’autre part, T étant algébriquement libre sur E, l’est a fortiori sur K(S), donc (V, p. 103, prop. 4) est algébriquement libre sur K et .
4. Prolongement d’isomorphismes
Proposition 8
Soient une extension algébriquement close d’un corps K, E et F deux sous-extensions de , et u un K-isomorphisme de E sur F. Pour qu’il existe un K-automorphisme v de prolongeant u, il faut et il suffit que ait même degré de transcendance sur E et F.
La condition est évidemment nécessaire.
Supposons donc que ait même degré de transcendance par rapport à E et à F, et choisissons une base de transcendance B de sur E et une base de transcendance C de sur F. Comme B et C sont équipotentes, la prop. 2 (V, p. 102) montre que u se prolonge en un K-isomorphisme de E(B) sur F(C). Comme est une clôture algébrique de E(B) et de F(C), le cor. de V, p. 23, montre que se prolonge en un automorphisme v de .
Corollaire 1
Soient une extension algébriquement close d’un corps et une sous-extension de . Tout -automorphisme de se prolonge en un -automorphisme de .
Cité par 1
Cité par Proposition 10
Corollaire 2
Soient une extension algébriquement close d’un corps , et deux sous-extensions de et un -isomorphisme de sur . Si le degré de transcendance de sur est fini (en particulier, si est algébrique sur ), il existe un -automorphisme de prolongeant .
Notons respectivement , et le degré de transcendance de sur , de sur et de sur . L’existence du -isomorphisme montre que le degré de transcendance de sur est égal à . D’après le cor. du th. 4, le degré de transcendance de sur est égal à et aussi à . Par suite (E, III, p. 28, prop. 8), on a , et l’on peut appliquer la prop. 8.
Proposition 9
Soient un corps et une extension algébriquement close de . On suppose que n’est pas algébrique sur . Alors, l’ensemble des éléments de transcendants sur est infini. De plus, si et sont deux éléments de transcendants sur , il existe un automorphisme de sur tel que .
Comme n’est pas algébrique sur , il existe un élément de transcendant sur ; alors les éléments (pour ) sont distincts et transcendants sur . Supposons que et soient transcendants sur ; d’après la prop. 2 (V, p. 102), il existe un -isomorphisme de sur tel que ; comme est de degré de transcendance 1 sur , le cor. 2 de la prop. 8 montre que se prolonge en un -automorphisme de .
Proposition 10
Soient un corps, une extension algébriquement close de et le groupe des -automorphismes de . Soit .
a) Pour que soit algébrique sur , il faut et il suffit que l’ensemble des éléments pour parcourant soit fini.
b) Pour que soit radiciel sur , il faut et il suffit que l’on ait pour tout .
En particulier, si est parfait, l’ensemble des invariants du groupe est égal à .
Supposons d’abord que soit transcendant. D’après la prop. 9, l’ensemble des éléments de transcendants sur est infini, et pour tout , il existe avec . Donc l’ensemble des éléments pour parcourant est infini.
Supposons maintenant que soit algébrique sur , et notons son polynôme minimal sur ; l’ensemble des racines de dans est fini, et pour tout , on a . Donc l’ensemble des éléments pour parcourant est fini. Ceci prouve a).
Soit l’ensemble des éléments de tels que pour tout , et soit la fermeture algébrique de dans . D’après ce qui précède, est une sous-extension de sur . De plus (cor. 1 de la prop. 8), tout -automorphisme de est la restriction à d’un élément de . L’assertion b) de la prop. 10 résulte alors du cor. 3 de V, p. 51.
5. Extensions algébriquement disjointes
Définition 5
Soient L une extension d’un corps K, E et F deux sous-extensions de L. On dit que E et F sont algébriquement disjointes (sur K) ou que E est algébriquement disjointe de F sur K si, pour toute partie A (resp. B) de E (resp. F) algébriquement libre sur K, A et B sont disjointes et est algébriquement libre sur K.
Cité par 1
Cité par Proposition 11
Remarque 1
Si E est une sous-extension de L algébrique sur K, elle est algébriquement disjointe de toute sous-extension F de L. Pour qu’une extension de K soit algébrique, il faut et il suffit qu’elle soit algébriquement disjointe d’elle-même.
Remarque 2
Il se peut que E soit algébriquement disjointe de F sur K, mais non sur un sous-corps de K. \* Par exemple, C est algébriquement disjointe d’elle-même sur R mais non sur Q. \
Remarque 3
Il est clair que si E est algébriquement disjointe de F sur K, quand on considère E et F comme des sous-extensions de L, il en est de même si on les considère comme des sous-extensions de , et réciproquement.
Proposition 11
Si E et F sont algébriquement disjointes sur K, alors est algébrique sur K. Cela résulte de la déf. 5.
Cite 1
Cite Définition 5
Proposition 12
Soient L une extension d’un corps K, E et F des sous-extensions de L. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) E et F sont algébriquement disjointes ; b) il existe une base de transcendance de E sur K qui est algébriquement libre sur F ; c) toute partie de E algébriquement libre sur K est algébriquement libre sur F. Introduisons les conditions suivantes : b’) il existe une base de transcendance de F sur K qui est algébriquement libre sur E ; c’) toute partie de F algébriquement libre sur K est algébriquement libre sur E. a) : Supposons E et F algébriquement disjointes. Soit B (resp. C) une base de transcendance de E (resp. F) sur K. Alors et est algébriquement libre sur K, donc C est algébriquement libre sur (V, p. 103, prop. 4) ; comme E est algébrique sur , la prop. 6 de V, p. 104, montre que C est algébriquement libre sur E. b’) : Supposons qu’il existe une base de transcendance C de F sur K qui soit algébriquement libre sur E. Soit A une partie de E algébriquement libre sur K. Alors C est algébriquement libre sur , donc A est algébriquement libre sur (V, p. 103, prop. 4) et par suite sur F (V, p. 104, prop. 6) puisque F est algébrique sur . c’) : cela résulte aussitôt de la prop. 4 (V, p. 103). On démontre de même les implications .
Cite 2 · Cité par 4
Cite Proposition 4, Proposition 6
Cité par Corollaire, Proposition 13, Proposition 14, Proposition 5, V § 16
Corollaire
Supposons que E et F soient algébriquement disjointes sur K. Soient E' la fermeture algébrique de E dans L et F' celle de F (V, p. 19). Alors E' et F' sont algébriquement disjointes sur K.
Cite 2
Cite Proposition 12, Proposition 6
Soit B une base de transcendance de E sur K ; c'est aussi une base de transcendance de E' sur K. Comme E est algébriquement disjointe de F sur K, B est algébriquement libre sur F, donc sur F' (V, p. 104, prop. 6) ; on applique alors la prop. 12.
Proposition 13
Soient L une extension d'un corps K, et E, F deux sous-extensions de L.
Cite 5 · Cité par 1
Cite Corollaire 1, Proposition 12, Théorème 2, Corollaire 2, V § 3, § 14. Extensions transcendantes
Cité par Proposition 15
a) On a deg. tr_F F(E) ≤ deg. tr_K E. Lorsque E et F sont algébriquement disjointes sur K, toute base de transcendance de E sur K est une base de transcendance de F(E) sur F, et l'on a deg. tr_F F(E) = deg. tr_K E. Réciproquement, cette égalité entraîne que E et F sont algébriquement disjointes sur K lorsque deg. tr_K E est fini.
b) On a deg. tr_K K(E ∪ F) ≤ deg. tr_K E + deg. tr_K F. Lorsque E et F sont algébriquement disjointes sur K, on a deg. tr_K K(E ∪ F) = deg. tr_K E + deg. tr_K F. Réciproquement, cette égalité entraîne que E et F sont algébriquement disjointes sur K lorsque E et F sont de degrés de transcendance finis sur K.
a) Soit B une base de transcendance de E sur K ; alors E est algébrique sur K(B), et le cor. 2 de V, p. 18, montre que F(E) est algébrique sur F(K(B)) = F(B). D'après le th. 2 (V, p. 105), B contient une base de transcendance de F(E) sur F ; lorsque E est algébriquement disjointe de F sur K, B est algébriquement libre sur F (prop. 12) et c'est donc une base de transcendance de F(E) sur F. Les trois premières assertions de a) résultent de là. Supposons maintenant E de degré de transcendance fini sur K, égal à celui de F(E) sur F ; comme F(E) est algébrique sur F(B) et que Card B = deg. tr_F F(E), le cor. 1 de V, p. 106, montre que B est algébriquement libre sur F et E est donc algébriquement disjointe de F sur K (prop. 12).
b) On a K(E ∪ F) = F(E) et le cor. de V, p. 106, entraîne donc l'égalité :
L'assertion b) résulte immédiatement de a) et de cette égalité.
Proposition 14
Soient L une extension d'un corps K, E et F deux sous-extensions de L et B une base de transcendance de E sur K. Pour que E et F soient algébriquement disjointes sur K, il faut et il suffit que les extensions K(B) et F soient linéairement disjointes sur K.
Cite 2 · Cité par 2
Cite Proposition 12, Proposition 6, V § 2
Cité par Proposition 1, V § 17, Proposition 10, V § 17
Pour que E et F soient algébriquement disjointes sur K, il faut et il suffit que B soit une partie algébriquement libre sur F (prop. 12), c'est-à-dire que les monômes par rapport aux éléments de B soient linéairement indépendants sur F. Comme ces monômes forment une base du K-espace vectoriel K[B], il revient au même de dire que K[B] et F sont linéairement disjointes sur K. Enfin, comme K(B) est le corps des fractions de K[B], la prop. 6 de V, p. 14, montre que K[B] et F sont linéairement disjointes si et seulement s'il en est ainsi de K(B) et F.
Corollaire 1
Si E et F sont linéairement disjointes, alors E est algébriquement disjointe de F sur K. Réciproquement, si E est une extension pure de K et si elle est algébriquement disjointe de F sur K, alors E et F sont linéairement disjointes sur K.
Cité par 1
Cité par Proposition 15
Corollaire 2
Toute extension pure de K est linéairement disjointe de toute extension algébrique de K ; en particulier, K est algébriquement fermé dans toute extension pure de K.
Cité par 1
Cité par Corollaire 1
6. Familles algébriquement libres d’extensions
Définition 6
Soient L une extension d’un corps K, et une famille de sous-extensions de L. On dit que la famille est algébriquement libre si la condition suivante est vérifiée :
(AL) Soit pour tout une partie de algébriquement libre sur K. On a alors pour , et est algébriquement libre sur K.
Remarque
D’après la prop. 3 (V, p. 103), il suffit de vérifier la condition (AL) pour des parties finies. On en déduit le résultat suivant : si est une famille algébriquement libre, il en est de même de si est une sous-extension de pour tout ; réciproquement, si toute famille , où est une sous-extension de type fini de pour tout , est algébriquement libre, alors est algébriquement libre. D’autre part, pour que soit algébriquement libre, il faut et il suffit que, pour toute partie finie J de I, soit algébriquement libre. D’une manière imagée, on peut dire que l’indépendance algébrique des extensions est une propriété « de caractère fini ».
Cite 1
Cite Proposition 3
Proposition 15
Soit une famille de sous-extensions d’une même extension L d’un corps K. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) La famille est algébriquement libre. b) Pour tout , l’extension est algébriquement disjointe sur K de l’extension engendrée par les pour . c) Il existe une famille de parties disjointes de L, telle que soit une base de transcendance de sur K pour tout , et que soit algébriquement libre sur K.
Cite 3 · Cité par 2
Cite Corollaire 1, Proposition 6, Proposition 13
Cité par Proposition 16, Théorème 5
Il est clair que a) entraîne c). Plaçons-nous dans les hypothèses de c) et choisissons i dans I ; posons . Pour tout , tout élément de est algébrique sur et a fortiori sur . D’après le cor. 1 de V, p. 18, le corps est donc algébrique sur . Par ailleurs, on a et est algébriquement libre sur K ; par suite, est algébriquement libre sur (V, p. 103, prop. 4), donc aussi sur (qui est algébrique sur ) d’après la prop. 6 de V, p. 104. On a prouvé que est algébriquement disjointe de sur K (V, p. 108, prop. 12), donc c) entraîne b).
Plaçons-nous dans les hypothèses de b) et prouvons a). Il suffit de montrer que si sont des éléments distincts de , la famille d’extensions est algébriquement libre ; nous raisonnons par récurrence sur , le cas étant trivial. Supposons donc et que la famille soit algébriquement libre ; pour , choisissons une partie de algébriquement libre sur , et posons . Par l’hypothèse de récurrence, les parties sont deux à deux disjointes et est algébriquement libre sur ; d’après l’hypothèse b), est algébriquement disjointe de , et comme est contenue dans , on a et est algébriquement libre sur . On a donc prouvé que la famille est algébriquement libre.
La proposition suivante généralise la partie b) de la prop. 13 (V, p. 109).
Proposition 16
Soit une famille de sous-extensions d’une extension d’un corps . Soit le corps engendré par .
a) On a , et il y a égalité si la famille est algébriquement libre sur .
b) Réciproquement, supposons que l’on ait et que soit fini. Alors la famille est algébriquement libre sur .
Pour tout , soit une base de transcendance de sur ; on pose .
Pour tout , tout élément de est algébrique sur , donc sur ; le cor. 1 de V, p. 18, montre alors que est algébrique sur ; d’après V, p. 105, th. 2, contient donc une base de transcendance de sur ; si de plus, la famille est algébriquement libre sur , alors les sont disjoints et l’ensemble est algébriquement libre sur . Cela établit a) (E, III, p. 26, cor. de la prop. 4).
Sous les hypothèses de b), est algébrique sur et de degré de transcendance fini sur , et l’on a . D’après le cor. 1 de V, p. 106, est algébriquement libre sur et les sont disjoints. La prop. 15 montre alors que la famille est algébriquement libre sur .
Avant d’énoncer le théorème suivant, remarquons qu’il existe des extensions algébriquement closes de de degré de transcendance arbitraire, par exemple une clôture algébrique d’un corps de fractions rationnelles convenable.
Théorème 5
Soient une famille d’extensions d’un corps et une extension algébriquement close de . On suppose vérifiée l’inégalité
Cite 2 · Cité par 1
Cite Proposition 15, V § 4. Extensions algébriquement closes
Cité par Corollaire, V § 17
Il existe alors une famille algébriquement libre de sous-extensions de telle que soit -isomorphe à pour tout .
Pour tout , soit une base de transcendance de sur . Soit une base de transcendance de sur . D’après (2), on a ; il existe donc une famille de parties de , deux à deux disjointes, et des bijections (pour ). D’après la prop. 2 de V, p. 102, se prolonge en un -isomorphisme de sur ; comme est algébriquement close et algébrique sur , le cor. (V, p. 23) montre que se prolonge en un -isomorphisme de sur une sous-extension de . Par construction, est une base de transcendance de sur , et la prop. 15 (V, p. 110) montre que la famille de sous-extensions de est algébriquement libre sur .
Corollaire 1
Soient et deux extensions d’un corps . On suppose que est algébriquement close, de degré de transcendance au moins égal à celui de . Alors est -isomorphe à une sous-extension de *.
Cité par 2
Cité par Corollaire 2, Théorème 3, VIII § 12
Corollaire 2
Soit un corps algébriquement clos de degré de transcendance infini sur son sous-corps premier. Tout corps de même caractéristique que est réunion filtrante croissante de corps isomorphes à des sous-corps de . En effet, tout corps est réunion filtrante croissante de ses sous-corps de type fini sur le corps premier, et il suffit d’appliquer le cor. 1.
Exemple. — Cela s’applique notamment en caractéristique 0 en prenant (« principe de Lefschetz »). \
7. Extensions de type fini
Proposition 17
Soient une extension d’un corps et une base de transcendance de sur . Pour que soit de type fini (V, p. 11, déf. 2) sur , il faut et il suffit que soit finie et que le degré soit fini.* Supposons de type fini sur et soit une partie finie de telle que . D’après le th. 2 (V, p. 105), contient une base de transcendance de sur , et celle-ci a même cardinal que (V, p. 105, th. 3). Par suite, est finie. Posons ; alors est algébrique sur et l’on a ; comme est finie, le th. 2 de V, p. 17, montre que est fini. Réciproquement, supposons finie et fini. Si est une base (finie) de l’espace vectoriel sur le corps , on a et est une extension de type fini de .
Cite 4 · Cité par 1
Cite Définition 2, V § 2, Théorème 2, Théorème 3, Théorème 2, V § 3
Cité par Corollaire 3
Corollaire 1
Supposons que soit une extension de type fini de , et notons la fermeture algébrique de dans (V, p. 19). Alors est de degré fini sur . Soit une base de transcendance de sur . D’après le cor. 2 de V, p. 110, est linéairement disjointe de sur , d’où , et la finitude de résulte de celle de .
Corollaire 2
Un corps de type fini sur son sous-corps premier ne contient qu’un nombre fini de racines de l’unité.
Cite 1
Cite Corollaire 1
D’après le cor. 1, on est ramené à démontrer qu’un corps L qui est une extension de degré fini de son sous-corps premier ne possède qu’un nombre fini de racines de l’unité. C’est clair si L est de caractéristique , puisqu’il est alors fini. Si L est de caractéristique 0, et contient une infinité de racines de l’unité, il contient des racines primitives de l’unité d’ordre arbitrairement grand ; d’après V, p. 80, th. 2, il existe donc une infinité d’entiers tels que , ce qui est absurde (V, p. 77, formules (2) et (3)).
Corollaire 3
Si E est une extension de type fini d’un corps K, toute sous-extension E’ de E est de type fini.
Cite 3
Cite Proposition 17, Corollaire 1, Théorème 2
Soit B’ une base de transcendance de E’ sur K. D’après V, p. 105, th. 2, B’ est contenue dans une base de transcendance B de E sur K, donc est finie par la prop. 17. Comme E’ est algébrique sur K(B’) et que E est une extension de type fini de K(B’), le cor. 1 montre que est fini. La prop. 17 montre alors que E’ est de type fini sur K.
On peut paraphraser la prop. 17 en disant qu’une extension de type fini de K est une extension algébrique de degré fini d’une extension transcendante pure .
Exercices
See the exercises for § 14.