Bourbaki

§ 14. Extensions transcendantes

1. Familles algébriquement libres. Extensions pures

Rappelons (IV, p. 4) la définition suivante :

Définition 1

Soit E une extension d’un corps K ; on dit qu’une famille x = (x_i)_{i∈I} d’éléments de E est algébriquement libre sur K si les monômes x^α = ∏_{i∈I} x_i^{α_i} par rapport aux x_i (pour α = (α_i)_{i∈I} dans N^{(I)}) sont linéairement indépendants sur K. On dit qu’elle est algébriquement liée sur K dans le cas contraire.

Cité par 1

Cité par Proposition 3

La définition 1 peut encore s’exprimer comme suit :

Proposition 1

Pour qu’une famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} d’éléments d’une extension EE d’un corps KK soit algébriquement libre sur KK, il faut et il suffit que la relation f((xi))=0f((x_i)) = 0, où ff est un polynôme de K[Xi]i∈IK[X_i]_{i \in I}, entraîne f=0f = 0.

Définition 2

Soit EE une extension d’un corps KK. Une famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} d’éléments de EE est appelée une base pure de EE (sur KK) si elle est algébriquement libre et si l’on a E=K(xi)i∈IE = K(x_i)_{i \in I}. On dit que EE est une extension pure de KK si EE possède une base pure.

La famille vide est algébriquement libre, donc KK est une extension pure de lui-même. Avec les notations de la déf. 2, chaque élément xix_i est transcendant sur KK; si II n’est pas vide, EE est donc une extension transcendante de KK.

Proposition 2

Soient EE et E′E' deux corps et uu un isomorphisme d’un sous-corps KK de EE sur un sous-corps K′K' de E′E'. Soit x=(xi)i∈Ix = (x_i)_{i \in I} (resp. x′=(xi′)i∈Ix' = (x'_i)_{i \in I}) une famille d’éléments de EE (resp. E′E') algébriquement libre sur KK (resp. K′K'). Il existe un isomorphisme vv de L=K(xi)i∈IL = K(x_i)_{i \in I} sur L′=K′(xi′)i∈IL' = K'(x'_i)_{i \in I} et un seul qui induise uu sur KK et applique xix_i sur xi′x'_i pour tout i∈Ii \in I.

Cité par 1

Cité par Proposition 8

L’unicité de vv est claire. Posons A=K[xi]i∈IA = K[x_i]_{i \in I} et A′=K′[xi′]i∈IA' = K'[x'_i]_{i \in I}. Par hypothèse, les monômes xα=∏i∈Ixiαix^\alpha = \prod_{i \in I} x_i^{\alpha_i} (pour α=(αi)i∈I\alpha = (\alpha_i)_{i \in I} dans N(I)\mathbf{N}^{(I)}) forment une base du KK-espace vectoriel AA, et l’on a une propriété analogue pour A′A'. Il existe donc un isomorphisme d’anneaux w:A→A′w : A \to A' transformant tout élément ∑α∈N(I)cαxα\sum_{\alpha \in \mathbf{N}^{(I)}} c_\alpha x^\alpha en ∑α∈N(I)u(cα)x′α\sum_{\alpha \in \mathbf{N}^{(I)}} u(c_\alpha) {x'}^\alpha. Comme LL est le corps des fractions de AA et L′L' celui de A′A', l’isomorphisme ww se prolonge en un isomorphisme vv du corps LL sur le corps L′L'.

Corollaire

Pour qu’une extension EE d’un corps KK soit pure, il faut et il suffit que EE soit KK-isomorphe à un corps de fractions rationnelles sur KK. De manière précise, si la famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est une base pure de EE, il existe un unique KK-isomorphisme de K(Xi)i∈IK(X_i)_{i \in I} sur EE qui applique XiX_i sur xix_i pour tout i∈Ii \in I.

Remarque

Il est clair que, dans une extension EE de KK, une famille algébriquement libre sur KK est formée d’éléments linéairement indépendants sur KK (donc deux à deux distincts); autrement dit, c’est une famille libre pour la structure d’espace vectoriel de EE (par rapport à KK). Mais la réciproque est inexacte, car si EE est une extension algébrique de KK, une famille non vide quelconque d’éléments de EE (et a fortiori une famille non vide d’éléments linéairement indépendants sur KK) n’est jamais algébriquement libre sur KK. Lorsqu’il y a risque de confusion, nous dirons qu’une partie d’une extension EE de KK, qui est libre pour la structure d’espace vectoriel de EE par rapport à KK est linéairement libre sur KK.

Soit EE une extension d’un corps KK. On dit qu’une partie SS de EE est algébriquement libre (sur KK) si la famille définie par l’application identique de SS sur elle-même est algébriquement libre. On dit aussi que les éléments d’une partie algébriquement libre de EE sont algébriquement indépendants. Si une partie de EE n’est pas algébriquement libre, on dit qu’elle est algébriquement liée et que ses éléments sont algébriquement dépendants. Pour qu’une famille (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} d’éléments de EE soit algébriquement libre, il faut et il suffit que i↦xii \mapsto x_i soit une bijection de 11 sur une partie de EE algébriquement libre sur KK.

Toute partie d'une partie algébriquement libre est algébriquement libre. En outre :

Proposition 3

Pour qu'une famille* (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} d'éléments d'une extension EE d'un corps KK soit algébriquement libre sur KK, il faut et il suffit que toute sous-famille finie de (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} soit algébriquement libre sur KK.

Cite 1 · Cité par 4

Cite Définition 1

Cité par Remarque, Proposition 4, Proposition 5, Théorème 2

La proposition résulte immédiatement de la déf. 1.

2. Bases de transcendance

Proposition 4

Soient* EE une extension d'un corps KK, SS et TT deux parties de EE. Les propriétés suivantes sont équivalentes : a) S∪TS \cup T est algébriquement libre sur KK et S∩T=∅S \cap T = \varnothing. b) SS est algébriquement libre sur KK, et TT est algébriquement libre sur K(S)K(S). c) TT est algébriquement libre sur KK, et SS est algébriquement libre sur K(T)K(T).

Cite 1 · Cité par 4

Cite Proposition 3

Cité par Proposition 12, Proposition 5, Proposition 7, Théorème 3

Il suffit évidemment de prouver que a) et b) sont équivalentes.

a)⇒b)a) \Rightarrow b) : supposons a) vérifiée. Comme SS est contenue dans S∪TS \cup T, elle est algébriquement libre sur KK. Si TT n'est pas algébriquement libre sur K(S)K(S), il existe (prop. 3) une famille finie (yj)1≤j≤n(y_j)_{1 \leq j \leq n} d'éléments distincts de TT, algébriquement liée sur K(S)K(S). Par suite, il existe un polynôme non nul ff de l'anneau K(S)[Y1,...,Yn]K(S)[Y_1, ..., Y_n] tel que f(y1,...,yn)=0f(y_1, ..., y_n) = 0; quitte à multiplier ff par un élément non nul de K[S]K[S], on peut supposer que tous les coefficients de ff appartiennent à K[S]K[S]. Les coefficients de ff sont des polynômes par rapport à un nombre fini d'éléments distincts xix_i (1≤i≤m1 \leq i \leq m) de SS, à coefficients dans KK. Les éléments x1,...,xm,y1,...,ynx_1, ..., x_m, y_1, ..., y_n sont deux à deux distincts car S∩T=∅S \cap T = \varnothing. La relation f(y1,...,yn)=0f(y_1, ..., y_n) = 0 s'écrit alors

g(x1,...,xm;y1,...,yn)=0, g(x_1, ..., x_m; y_1, ..., y_n) = 0,

où gg est un polynôme non nul de K[X1,...,Xm,Y1,...,Yn]K[X_1, ..., X_m, Y_1, ..., Y_n], et une telle relation contredit l'hypothèse que S∪TS \cup T est algébriquement libre.

b)⇒a)b) \Rightarrow a) : supposons b) vérifiée. Il est clair d'abord que T∩K(S)=∅T \cap K(S) = \varnothing, et a fortiori S∩T=∅S \cap T = \varnothing. Il suffit de montrer que si xix_i (1≤i≤m1 \leq i \leq m) sont des éléments distincts de SS en nombre fini, yjy_j (1≤j≤n1 \leq j \leq n) des éléments distincts de TT en nombre fini, l'ensemble des xix_i et des yjy_j est algébriquement libre sur KK (prop. 3). Considérons un polynôme f∈K[X1,...,Xm,Y1,...,Yn]f \in K[X_1, ..., X_m, Y_1, ..., Y_n] tel que f(x1,...,xm,y1,...,yn)=0f(x_1, ..., x_m, y_1, ..., y_n) = 0 et posons

f=∑α1,...,αnφαY1α1...Ynαn f = \sum_{\alpha_1, ..., \alpha_n} \varphi_\alpha Y_1^{\alpha_1} ... Y_n^{\alpha_n}

avec φα∈K[X1,...,Xm]\varphi_\alpha \in K[X_1, ..., X_m] pour tout α=(α1,...,αn)∈Nn\alpha = (\alpha_1, ..., \alpha_n) \in \mathbf{N}^n.

Soit g=f(x1,...,xm,Y1,...,Yn)g = f(x_1, ..., x_m, Y_1, ..., Y_n); alors gg est un polynôme de l'anneau K[S][Y1,...,Yn]K[S][Y_1, ..., Y_n], et la relation f(x1,...,xm,y1,...,yn)=0f(x_1, ..., x_m, y_1, ..., y_n) = 0 s'écrit g(y1,...,yn)=0g(y_1, ..., y_n) = 0. Comme TT est algébriquement libre sur K(S)K(S), chacun des coefficients φα(x1,...,xm)\varphi_\alpha(x_1, ..., x_m) de gg est nul ; puisque SS est algébriquement libre sur KK, on a φα=0\varphi_\alpha = 0 pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, d'où f=0f = 0.

Corollaire

Soient* EE une extension d'un corps KK et SS une partie de EE *algébriquement libre sur K. Si x∈Ex \in E est transcendant sur K(S)K(S), alors S∪{x}S \cup \{ x \} est algébriquement libre sur KK.

Cité par 2

Cité par Proposition 5, Proposition 7

Proposition 5

Soit E une extension d’un corps K. Pour qu’une partie S de E soit algébriquement libre sur K, il faut et il suffit que, pour tout x∈Sx \in S, l’élément x soit transcendant sur le corps K(S−{x})K(S - \{ x \}).

Cite 3 · Cité par 1

Cite Proposition 4, Corollaire, Proposition 3

Cité par Proposition 6

La condition est nécessaire d’après la prop. 4.

Pour prouver la suffisance, il suffit (prop. 3) de montrer que toute suite finie (x1,...,xn)(x_1, ..., x_n) d’éléments distincts de S est algébriquement libre. Or, par hypothèse, xix_i est transcendant sur K(x1,...,xi−1)K(x_1, ..., x_{i-1}) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, et notre assertion résulte donc par récurrence sur nn du cor. de la prop. 4.

Proposition 6

Soient E une extension d’un corps K et X une partie de E algébriquement libre sur K. Si K′⊂EK' \subset E est une extension algébrique de K, alors X est algébriquement libre sur K′K'.

Cite 2 · Cité par 3

Cite Proposition 5, Corollaire 2, V § 3

Cité par Corollaire, Proposition 12, Proposition 15

Raisonnons par l’absurde et supposons que X soit algébriquement liée sur K′K'. D’après la prop. 5, il existe un élément x∈Xx \in X algébrique sur le corps K′(M)K'(M), où M=X−{x}M = X - \{ x \}. Comme on a K′(M)=K(M)K'(M) = K(M) (K′K') et que K′K' est algébrique sur K, le cor. 2 de V, p. 18, montre que K′(M)K'(M) est algébrique sur K(M)K(M); comme xx est algébrique sur K′(M)K'(M), il est donc algébrique sur K(M)=K(X−{x})K(M) = K(X - \{ x \}) d’après la prop. 3 de V, p. 18. La prop. 5 montre alors que X est algébriquement lié sur K, d’où une contradiction.

Définition 3

On dit qu’une partie B d’une extension E d’un corps K est une base de transcendance de E (sur K) si B est algébriquement libre sur K, et si E est algébrique sur K(B)K(B).

Exemple

Une base pure est une base de transcendance. En revanche, si E est une extension pure de K, une base de transcendance de E sur K n’est pas toujours une base pure de E. Par exemple, dans K(X)K(X), {X2}\{ X^2 \} est une base de transcendance mais n’engendre pas K(X)K(X).

Proposition 7

Soit E une extension d’un corps K. Toute base de transcendance de E est un élément maximal de l’ensemble (ordonné par inclusion) des parties de E algébriquement libres sur K. Inversement, si S est une partie de E telle que E soit algébrique sur K(S)K(S), toute partie algébriquement libre maximale de S est une base de transcendance de E.

Cite 3 · Cité par 2

Cite Corollaire, Proposition 4, Corollaire 1, V § 3

Cité par Théorème 2, Théorème 3

Soient B une base de transcendance de E sur K, et x∈E−Bx \in E - B. Alors xx est algébrique sur K(B)K(B); d’après V, p. 103, prop. 4, la partie B∪{x}B \cup \{ x \} de E n’est pas algébriquement libre sur K, d’où la première partie de la proposition. D’autre part, si E est algébrique sur K(S)K(S), et B est une partie algébriquement libre maximale de S, il résulte du cor. de la prop. 4 que tout x∈Sx \in S est algébrique sur K(B)K(B); donc (V, p. 18, cor. 1), K(S)K(S) est algébrique sur K(B)K(B), et par suite (V, p. 18, prop. 3), E est algébrique sur K(B)K(B).

Théorème 1 (Steinitz)

Toute extension E d’un corps K admet une base de transcendance sur K. En d’autres termes, toute extension d’un corps K est une extension algébrique d’une extension pure de K.

Cité par 3

Cité par Théorème 2, Théorème 1, V § 15, Proposition 10, V § 17

Par contre, une extension n’est pas toujours extension pure d’une extension algébrique (V, p. 161, exerc. 2).

Ce théorème est une conséquence du théorème plus précis suivant :

Théorème 2

Soient E une extension d’un corps K, S une partie de E telle que E soit algébrique sur K(S), et T une partie de S, algébriquement libre sur K ; il existe alors une base de transcendance B de E sur K telle que T ⊂ B ⊂ S.

Cite 3 · Cité par 5

Cite Proposition 3, Proposition 7, Théorème 1 (Steinitz)

Cité par Définition 4, Proposition 13, Proposition 16, Proposition 17, Corollaire 3

En effet, l’ensemble des parties algébriquement libres de S, ordonné par inclusion, est un ensemble de caractère fini (E, III, p. 34) d’après la prop. 3. D’après le th. 1 de E, III, p. 35, il admet un élément maximal B contenant T, et B est une base de transcendance de E sur K, en vertu de la prop. 7.

Corollaire (« théorème d’échange »)

Soient E une extension de K, S une partie de E telle que E soit algébrique sur K(S), T une partie de E algébriquement libre sur K ; il existe une partie S’ de S telle que T ∪ S’ soit une base de transcendance de E sur K et que T ∩ S’ = ∅.

En effet, E est algébrique sur K(T ∪ S) et l’on a T ⊂ T ∪ S.

3. Degré de transcendance d’une extension

Théorème 3

Soit E une extension d’un corps K. Toutes les bases de transcendance de E sur K ont même cardinal.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Proposition 4, Proposition 7

Cité par Proposition 17

Il suffit de prouver l’inégalité Card(B) ≥ Card(B’) lorsque B et B’ sont deux bases de transcendance de E sur K. On peut supposer B’ non vide. Supposons d’abord B fini et raisonnons par récurrence sur son cardinal n ; pour n = 0, E est algébrique sur K et B’ est vide. Supposons donc n ≥ 1. Étant donné x ∈ B’, le théorème d’échange fournit une partie C de B telle que x ∉ C et que {x} ∪ C soit une base de transcendance de E sur K ; on a C ≠ B d’après la prop. 7, d’où Card(C) < n. Posons K_1 = K(x) et C’ = B’ − {x} ; alors C et C’ sont algébriquement libres sur le corps K_1 (V, p. 103, prop. 4) et E est algébrique à la fois sur K_1(C) = K(C ∪ {x}) et K_1(C’) = K(B’). Autrement dit, C et C’ sont deux bases de transcendance de E sur K_1 ; comme on a Card(C) < n, l’hypothèse de récurrence entraîne l’inégalité Card(C’) ≤ Card(C) ≤ n − 1, d’où Card(B’) ≤ n = Card(B).

Supposons maintenant B infini. Tout x ∈ B est algébrique sur K(B’) et il existe donc une partie finie S(x) de B’ telle que x soit algébrique sur K(S(x)). Posons S = ⋃_{x∈B} S(x) d’où S ⊂ B’ ; comme B est infini, on a Card(S) ≤ Card(B) (E, III, p. 49, cor. 3). Mais tout élément de B étant algébrique sur K(S), et E étant algébrique sur K(B), on conclut que E est algébrique sur K(S) (V, p. 18, prop. 3). La prop. 7 entraîne alors S = B’, d’où l’inégalité cherchée Card(B’) ≤ Card(B).

Définition 4

Soit E une extension d’un corps K. Le cardinal de toute base de transcendance de E sur K est appelé le degré de transcendance de E sur K, et noté deg. tr_K E.

Cite 1

Cite Théorème 2

Les th. 2 et 3 et la déf. 4 entraînent les corollaires suivants, où l’on désigne par E une extension d’un corps K, de degré de transcendance fini n.

Corollaire 1

Soit S une partie de E telle que E soit algébrique sur K(S). On a Card(S) ≥n\geq n; si le cardinal de S est égal à n, alors S est algébriquement libre sur K (donc est une base de transcendance de E sur K).

Cité par 2

Cité par Proposition 13, Proposition 16

Corollaire 2

Supposons que l’on ait E=K(x1,...,xm)E = K(x_1, ..., x_m). Alors, on a m≥nm \geq n; si de plus on a m=nm = n, alors (x1,...,xm)(x_1, ..., x_m) est une base pure de E sur K, et E est alors une extension pure de K.

Corollaire 3

Toute partie de E algébriquement libre sur K a au plus n éléments, et si elle a exactement n éléments, c’est une base de transcendance de E sur K.

Théorème 4

Soient K, E et F trois corps tels que K⊂E⊂FK \subset E \subset F. Si S est une base de transcendance de E sur K et T une base de transcendance de F sur E, alors S∩TS \cap T est vide et S∪TS \cup T est une base de transcendance de F sur K.

En effet, F est algébrique sur E(T); de plus E(T) est algébrique sur le corps K(S∪T)=K(S)(T)K(S \cup T) = K(S)(T), puisque E est algébrique sur K(S) (V, p. 18, cor. 2); par suite (V, p. 18, prop. 3), F est algébrique sur K(S \cup T). D’autre part, T étant algébriquement libre sur E, l’est a fortiori sur K(S), donc (V, p. 103, prop. 4) S∪TS \cup T est algébriquement libre sur K et S∩T=∅S \cap T = \varnothing.

Corollaire

Soient K, E et F trois corps tels que K⊂E⊂FK \subset E \subset F. On a

deg. trKF=deg. trKE+deg. trEF. \text{deg. tr}_K F = \text{deg. tr}_K E + \text{deg. tr}_E F .
Cité par 1

Cité par Corollaire 2

4. Prolongement d’isomorphismes

Proposition 8

Soient Ω\Omega une extension algébriquement close d’un corps K, E et F deux sous-extensions de Ω\Omega, et u un K-isomorphisme de E sur F. Pour qu’il existe un K-automorphisme v de Ω\Omega prolongeant u, il faut et il suffit que Ω\Omega ait même degré de transcendance sur E et F.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 2

Cité par Corollaire 2

La condition est évidemment nécessaire.

Supposons donc que Ω\Omega ait même degré de transcendance par rapport à E et à F, et choisissons une base de transcendance B de Ω\Omega sur E et une base de transcendance C de Ω\Omega sur F. Comme B et C sont équipotentes, la prop. 2 (V, p. 102) montre que u se prolonge en un K-isomorphisme u′u' de E(B) sur F(C). Comme Ω\Omega est une clôture algébrique de E(B) et de F(C), le cor. de V, p. 23, montre que u′u' se prolonge en un automorphisme v de Ω\Omega.

Corollaire 1

Soient Ω\Omega une extension algébriquement close d’un corps KK et EE une sous-extension de Ω\Omega. Tout KK-automorphisme de EE se prolonge en un KK-automorphisme de Ω\Omega.

Cité par 1

Cité par Proposition 10

Corollaire 2

Soient Ω\Omega une extension algébriquement close d’un corps KK, EE et FF deux sous-extensions de Ω\Omega et uu un KK-isomorphisme de EE sur FF. Si le degré de transcendance de EE sur KK est fini (en particulier, si EE est algébrique sur KK), il existe un KK-automorphisme de Ω\Omega prolongeant uu.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Corollaire, Proposition 8

Cité par Proposition 9

Notons respectivement nn, d(E)d(E) et d(F)d(F) le degré de transcendance de EE sur KK, de Ω\Omega sur EE et de Ω\Omega sur FF. L’existence du KK-isomorphisme uu montre que le degré de transcendance de FF sur KK est égal à nn. D’après le cor. du th. 4, le degré de transcendance de Ω\Omega sur KK est égal à d(E)+nd(E) + n et aussi à d(F)+nd(F) + n. Par suite (E, III, p. 28, prop. 8), on a d(E)=d(F)d(E) = d(F), et l’on peut appliquer la prop. 8.

Proposition 9

Soient KK un corps et Ω\Omega une extension algébriquement close de KK. On suppose que Ω\Omega n’est pas algébrique sur KK. Alors, l’ensemble des éléments de Ω\Omega transcendants sur KK est infini. De plus, si xx et yy sont deux éléments de Ω\Omega transcendants sur KK, il existe un automorphisme uu de Ω\Omega sur KK tel que u(x)=yu(x) = y.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Corollaire 2

Cité par Proposition 10

Comme Ω\Omega n’est pas algébrique sur KK, il existe un élément xx de Ω\Omega transcendant sur KK; alors les éléments xnx^n (pour n∈Nn \in \mathbf{N}) sont distincts et transcendants sur KK. Supposons que xx et yy soient transcendants sur KK; d’après la prop. 2 (V, p. 102), il existe un KK-isomorphisme u~\tilde{u} de K(x)K(x) sur K(y)K(y) tel que u~(x)=y\tilde{u}(x) = y; comme K(x)K(x) est de degré de transcendance 1 sur KK, le cor. 2 de la prop. 8 montre que u~\tilde{u} se prolonge en un KK-automorphisme uu de Ω\Omega.

Proposition 10

Soient KK un corps, Ω\Omega une extension algébriquement close de KK et GG le groupe des KK-automorphismes de Ω\Omega. Soit x∈Ωx \in \Omega.

Cite 3 · Cité par 1

Cite Proposition 9, Corollaire 1, Corollaire 3, V § 9

Cité par Théorème 4, V § 15

a) Pour que xx soit algébrique sur KK, il faut et il suffit que l’ensemble des éléments u(x)u(x) pour uu parcourant GG soit fini.

b) Pour que xx soit radiciel sur KK, il faut et il suffit que l’on ait u(x)=xu(x) = x pour tout u∈Gu \in G.

En particulier, si KK est parfait, l’ensemble des invariants du groupe GG est égal à KK.

Supposons d’abord que xx soit transcendant. D’après la prop. 9, l’ensemble TT des éléments de Ω\Omega transcendants sur KK est infini, et pour tout y∈Ty \in T, il existe u∈Gu \in G avec u(x)=yu(x) = y. Donc l’ensemble des éléments u(x)u(x) pour uu parcourant GG est infini.

Supposons maintenant que xx soit algébrique sur KK, et notons ff son polynôme minimal sur KK; l’ensemble des racines de ff dans Ω\Omega est fini, et pour tout u∈Gu \in G, on a f(u(x))=u(f(x))=0f(u(x)) = u(f(x)) = 0. Donc l’ensemble des éléments u(x)u(x) pour uu parcourant GG est fini. Ceci prouve a).

Soit LL l’ensemble des éléments yy de Ω\Omega tels que u(y)=yu(y) = y pour tout u∈Gu \in G, et soit K‾\overline{K} la fermeture algébrique de KK dans Ω\Omega. D’après ce qui précède, LL est une sous-extension de K‾\overline{K} sur KK. De plus (cor. 1 de la prop. 8), tout KK-automorphisme de K‾\overline{K} est la restriction à K‾\overline{K} d’un élément de GG. L’assertion b) de la prop. 10 résulte alors du cor. 3 de V, p. 51.

5. Extensions algébriquement disjointes

Définition 5

Soient L une extension d’un corps K, E et F deux sous-extensions de L. On dit que E et F sont algébriquement disjointes (sur K) ou que E est algébriquement disjointe de F sur K si, pour toute partie A (resp. B) de E (resp. F) algébriquement libre sur K, A et B sont disjointes et A∪BA \cup B est algébriquement libre sur K.

Cité par 1

Cité par Proposition 11

Remarque 1

Si E est une sous-extension de L algébrique sur K, elle est algébriquement disjointe de toute sous-extension F de L. Pour qu’une extension de K soit algébrique, il faut et il suffit qu’elle soit algébriquement disjointe d’elle-même.

Remarque 2

Il se peut que E soit algébriquement disjointe de F sur K, mais non sur un sous-corps K0K_0 de K. \* Par exemple, C est algébriquement disjointe d’elle-même sur R mais non sur Q. \

Remarque 3

Il est clair que si E est algébriquement disjointe de F sur K, quand on considère E et F comme des sous-extensions de L, il en est de même si on les considère comme des sous-extensions de K(E∪F)K(E \cup F), et réciproquement.

Proposition 11

Si E et F sont algébriquement disjointes sur K, alors E∩FE \cap F est algébrique sur K. Cela résulte de la déf. 5.

Cite 1

Cite Définition 5

Proposition 12

Soient L une extension d’un corps K, E et F des sous-extensions de L. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) E et F sont algébriquement disjointes ; b) il existe une base de transcendance de E sur K qui est algébriquement libre sur F ; c) toute partie de E algébriquement libre sur K est algébriquement libre sur F. Introduisons les conditions suivantes : b’) il existe une base de transcendance de F sur K qui est algébriquement libre sur E ; c’) toute partie de F algébriquement libre sur K est algébriquement libre sur E. a) ⇒b’\Rightarrow b’ : Supposons E et F algébriquement disjointes. Soit B (resp. C) une base de transcendance de E (resp. F) sur K. Alors B∩C=∅B \cap C = \varnothing et B∪CB \cup C est algébriquement libre sur K, donc C est algébriquement libre sur K(B)K(B) (V, p. 103, prop. 4) ; comme E est algébrique sur K(B)K(B), la prop. 6 de V, p. 104, montre que C est algébriquement libre sur E. b’) ⇒c\Rightarrow c : Supposons qu’il existe une base de transcendance C de F sur K qui soit algébriquement libre sur E. Soit A une partie de E algébriquement libre sur K. Alors C est algébriquement libre sur K(A)K(A), donc A est algébriquement libre sur K(C)K(C) (V, p. 103, prop. 4) et par suite sur F (V, p. 104, prop. 6) puisque F est algébrique sur K(C)K(C). c’) ⇒a\Rightarrow a : cela résulte aussitôt de la prop. 4 (V, p. 103). On démontre de même les implications a)⇒b)⇒c’)⇒a)a) \Rightarrow b) \Rightarrow c’) \Rightarrow a).

Cite 2 · Cité par 4

Cite Proposition 4, Proposition 6

Cité par Corollaire, Proposition 13, Proposition 14, Proposition 5, V § 16

Corollaire

Supposons que E et F soient algébriquement disjointes sur K. Soient E' la fermeture algébrique de E dans L et F' celle de F (V, p. 19). Alors E' et F' sont algébriquement disjointes sur K.

Cite 2

Cite Proposition 12, Proposition 6

Soit B une base de transcendance de E sur K ; c'est aussi une base de transcendance de E' sur K. Comme E est algébriquement disjointe de F sur K, B est algébriquement libre sur F, donc sur F' (V, p. 104, prop. 6) ; on applique alors la prop. 12.

Proposition 13

Soient L une extension d'un corps K, et E, F deux sous-extensions de L.

Cite 5 · Cité par 1

Cite Corollaire 1, Proposition 12, Théorème 2, Corollaire 2, V § 3, § 14. Extensions transcendantes

Cité par Proposition 15

a) On a deg. tr_F F(E) ≤ deg. tr_K E. Lorsque E et F sont algébriquement disjointes sur K, toute base de transcendance de E sur K est une base de transcendance de F(E) sur F, et l'on a deg. tr_F F(E) = deg. tr_K E. Réciproquement, cette égalité entraîne que E et F sont algébriquement disjointes sur K lorsque deg. tr_K E est fini.

b) On a deg. tr_K K(E ∪ F) ≤ deg. tr_K E + deg. tr_K F. Lorsque E et F sont algébriquement disjointes sur K, on a deg. tr_K K(E ∪ F) = deg. tr_K E + deg. tr_K F. Réciproquement, cette égalité entraîne que E et F sont algébriquement disjointes sur K lorsque E et F sont de degrés de transcendance finis sur K.

a) Soit B une base de transcendance de E sur K ; alors E est algébrique sur K(B), et le cor. 2 de V, p. 18, montre que F(E) est algébrique sur F(K(B)) = F(B). D'après le th. 2 (V, p. 105), B contient une base de transcendance de F(E) sur F ; lorsque E est algébriquement disjointe de F sur K, B est algébriquement libre sur F (prop. 12) et c'est donc une base de transcendance de F(E) sur F. Les trois premières assertions de a) résultent de là. Supposons maintenant E de degré de transcendance fini sur K, égal à celui de F(E) sur F ; comme F(E) est algébrique sur F(B) et que Card B = deg. tr_F F(E), le cor. 1 de V, p. 106, montre que B est algébriquement libre sur F et E est donc algébriquement disjointe de F sur K (prop. 12).

b) On a K(E ∪ F) = F(E) et le cor. de V, p. 106, entraîne donc l'égalité :

deg.⁡tr⁡KK(E∪F)=deg.⁡tr⁡FF(E)+deg.⁡tr⁡KF. \operatorname{deg.} \operatorname{tr}_K K(E \cup F) = \operatorname{deg.} \operatorname{tr}_F F(E) + \operatorname{deg.} \operatorname{tr}_K F .

L'assertion b) résulte immédiatement de a) et de cette égalité.

Proposition 14

Soient L une extension d'un corps K, E et F deux sous-extensions de L et B une base de transcendance de E sur K. Pour que E et F soient algébriquement disjointes sur K, il faut et il suffit que les extensions K(B) et F soient linéairement disjointes sur K.

Cite 2 · Cité par 2

Cite Proposition 12, Proposition 6, V § 2

Cité par Proposition 1, V § 17, Proposition 10, V § 17

Pour que E et F soient algébriquement disjointes sur K, il faut et il suffit que B soit une partie algébriquement libre sur F (prop. 12), c'est-à-dire que les monômes par rapport aux éléments de B soient linéairement indépendants sur F. Comme ces monômes forment une base du K-espace vectoriel K[B], il revient au même de dire que K[B] et F sont linéairement disjointes sur K. Enfin, comme K(B) est le corps des fractions de K[B], la prop. 6 de V, p. 14, montre que K[B] et F sont linéairement disjointes si et seulement s'il en est ainsi de K(B) et F.

Corollaire 1

Si E et F sont linéairement disjointes, alors E est algébriquement disjointe de F sur K. Réciproquement, si E est une extension pure de K et si elle est algébriquement disjointe de F sur K, alors E et F sont linéairement disjointes sur K.

Cité par 1

Cité par Proposition 15

Corollaire 2

Toute extension pure de K est linéairement disjointe de toute extension algébrique de K ; en particulier, K est algébriquement fermé dans toute extension pure de K.

Cité par 1

Cité par Corollaire 1

6. Familles algébriquement libres d’extensions

Définition 6

Soient L une extension d’un corps K, et (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de sous-extensions de L. On dit que la famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est algébriquement libre si la condition suivante est vérifiée :

(AL) Soit pour tout i∈Ii \in I une partie AiA_i de EiE_i algébriquement libre sur K. On a alors Ai∩Aj=∅A_i \cap A_j = \varnothing pour i≠ji \neq j, et ⋃i∈IAi\bigcup_{i \in I} A_i est algébriquement libre sur K.

Remarque

D’après la prop. 3 (V, p. 103), il suffit de vérifier la condition (AL) pour des parties AiA_i finies. On en déduit le résultat suivant : si (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est une famille algébriquement libre, il en est de même de (Ei′)i∈I(E'_i)_{i \in I} si Ei′E'_i est une sous-extension de EiE_i pour tout i∈Ii \in I; réciproquement, si toute famille (Ei′)i∈I(E'_i)_{i \in I}, où Ei′E'_i est une sous-extension de type fini de EiE_i pour tout i∈Ii \in I, est algébriquement libre, alors (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est algébriquement libre. D’autre part, pour que (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} soit algébriquement libre, il faut et il suffit que, pour toute partie finie J de I, (Ei)i∈J(E_i)_{i \in J} soit algébriquement libre. D’une manière imagée, on peut dire que l’indépendance algébrique des extensions est une propriété « de caractère fini ».

Cite 1

Cite Proposition 3

Proposition 15

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de sous-extensions d’une même extension L d’un corps K. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) La famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est algébriquement libre. b) Pour tout i∈Ii \in I, l’extension EiE_i est algébriquement disjointe sur K de l’extension FiF_i engendrée par les EjE_j pour j≠ij \neq i. c) Il existe une famille (Bi)i∈I(B_i)_{i \in I} de parties disjointes de L, telle que BiB_i soit une base de transcendance de EiE_i sur K pour tout i∈Ii \in I, et que B=⋃i∈IBiB = \bigcup_{i \in I} B_i soit algébriquement libre sur K.

Cite 3 · Cité par 2

Cite Corollaire 1, Proposition 6, Proposition 13

Cité par Proposition 16, Théorème 5

Il est clair que a) entraîne c). Plaçons-nous dans les hypothèses de c) et choisissons i dans I ; posons Ci=⋃j≠iBjC_i = \bigcup_{j \neq i} B_j. Pour tout j≠ij \neq i, tout élément de EjE_j est algébrique sur K(Bj)K(B_j) et a fortiori sur K(Ci)K(C_i). D’après le cor. 1 de V, p. 18, le corps FiF_i est donc algébrique sur K(Ci)K(C_i). Par ailleurs, on a Bi∩Ci=∅B_i \cap C_i = \varnothing et B=Bi∪CiB = B_i \cup C_i est algébriquement libre sur K ; par suite, BiB_i est algébriquement libre sur K(Ci)K(C_i) (V, p. 103, prop. 4), donc aussi sur FiF_i (qui est algébrique sur K(Ci)K(C_i)) d’après la prop. 6 de V, p. 104. On a prouvé que EiE_i est algébriquement disjointe de FiF_i sur K (V, p. 108, prop. 12), donc c) entraîne b).

Plaçons-nous dans les hypothèses de b) et prouvons a). Il suffit de montrer que si i1,…,ini_1, \ldots, i_n sont des éléments distincts de II, la famille d’extensions (Ei1,…,Ein)(E_{i_1}, \ldots, E_{i_n}) est algébriquement libre ; nous raisonnons par récurrence sur nn, le cas n=1n = 1 étant trivial. Supposons donc n>1n > 1 et que la famille (Ei1,…,Ein−1)(E_{i_1}, \ldots, E_{i_{n-1}}) soit algébriquement libre ; pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, choisissons une partie AkA_k de EikE_{i_k} algébriquement libre sur KK, et posons B=A1∪…∪An−1B = A_1 \cup \ldots \cup A_{n-1}. Par l’hypothèse de récurrence, les parties A1,…,An−1A_1, \ldots, A_{n-1} sont deux à deux disjointes et BB est algébriquement libre sur KK ; d’après l’hypothèse b), EinE_{i_n} est algébriquement disjointe de FinF_{i_n}, et comme BB est contenue dans FinF_{i_n}, on a B∩An=∅B \cap A_n = \varnothing et B∪An=A1∪…∪AnB \cup A_n = A_1 \cup \ldots \cup A_n est algébriquement libre sur KK. On a donc prouvé que la famille (Ei1,…,Ein)(E_{i_1}, \ldots, E_{i_n}) est algébriquement libre.

La proposition suivante généralise la partie b) de la prop. 13 (V, p. 109).

Proposition 16

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de sous-extensions d’une extension d’un corps KK. Soit EE le corps engendré par ⋃i∈IEi\bigcup_{i \in I} E_i.

Cite 6

Cite Théorème 2, Corollaire 1, V § 3, E III § 3. Ensembles équipotents. Cardinaux, Corollaire, E III § 3, Corollaire 1, Proposition 15

a) On a deg⁡.tr⁡KE≤∑i∈Ideg⁡.tr⁡KEi\deg.\operatorname{tr}_K E \leq \sum_{i \in I} \deg.\operatorname{tr}_K E_i, et il y a égalité si la famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est algébriquement libre sur KK.

b) Réciproquement, supposons que l’on ait deg⁡.tr⁡KE=∑i∈Ideg⁡.tr⁡KEi\deg.\operatorname{tr}_K E = \sum_{i \in I} \deg.\operatorname{tr}_K E_i et que deg⁡.tr⁡KE\deg.\operatorname{tr}_K E soit fini. Alors la famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est algébriquement libre sur KK.

Pour tout i∈Ii \in I, soit BiB_i une base de transcendance de EiE_i sur KK ; on pose B=⋃i∈IBiB = \bigcup_{i \in I} B_i.

Pour tout i∈Ii \in I, tout élément de EiE_i est algébrique sur K(Bi)K(B_i), donc sur K(B)K(B) ; le cor. 1 de V, p. 18, montre alors que EE est algébrique sur K(B)K(B) ; d’après V, p. 105, th. 2, BB contient donc une base de transcendance de EE sur KK ; si de plus, la famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est algébriquement libre sur KK, alors les BiB_i sont disjoints et l’ensemble BB est algébriquement libre sur KK. Cela établit a) (E, III, p. 26, cor. de la prop. 4).

Sous les hypothèses de b), EE est algébrique sur K(B)K(B) et de degré de transcendance fini sur KK, et l’on a Card⁡(B)≤deg⁡.tr⁡KE\operatorname{Card}(B) \leq \deg.\operatorname{tr}_K E. D’après le cor. 1 de V, p. 106, BB est algébriquement libre sur KK et les BiB_i sont disjoints. La prop. 15 montre alors que la famille (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} est algébriquement libre sur KK.

Avant d’énoncer le théorème suivant, remarquons qu’il existe des extensions algébriquement closes de KK de degré de transcendance arbitraire, par exemple une clôture algébrique d’un corps de fractions rationnelles convenable.

Théorème 5

Soient (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille d’extensions d’un corps KK et Ω\Omega une extension algébriquement close de KK. On suppose vérifiée l’inégalité

Cite 2 · Cité par 1

Cite Proposition 15, V § 4. Extensions algébriquement closes

Cité par Corollaire, V § 17

deg⁡.tr⁡KΩ≥∑i∈Ideg⁡.tr⁡KEi. \deg.\operatorname{tr}_K \Omega \geq \sum_{i \in I} \deg.\operatorname{tr}_K E_i .

Il existe alors une famille (Fi)i∈I(F_i)_{i \in I} algébriquement libre de sous-extensions de Ω\Omega telle que FiF_i soit KK-isomorphe à EiE_i pour tout i∈Ii \in I.

Pour tout i∈Ii \in I, soit BiB_i une base de transcendance de EiE_i sur KK. Soit BB une base de transcendance de Ω\Omega sur KK. D’après (2), on a Card⁡B≥∑i∈ICard⁡Bi\operatorname{Card} B \geq \sum_{i \in I} \operatorname{Card} B_i ; il existe donc une famille (Bi′)i∈I(B'_i)_{i\in I} de parties de BB, deux à deux disjointes, et des bijections ui:Bi→Bi′u_i : B_i \to B'_i (pour i∈Ii \in I). D’après la prop. 2 de V, p. 102, uiu_i se prolonge en un KK-isomorphisme viv_i de K(Bi)K(B_i) sur K(Bi′)K(B'_i); comme Ω\Omega est algébriquement close et EiE_i algébrique sur K(Bi)K(B_i), le cor. (V, p. 23) montre que viv_i se prolonge en un KK-isomorphisme de EiE_i sur une sous-extension FiF_i de Ω\Omega. Par construction, Bi′B'_i est une base de transcendance de FiF_i sur KK, et la prop. 15 (V, p. 110) montre que la famille (Fi)i∈I(F_i)_{i\in I} de sous-extensions de Ω\Omega est algébriquement libre sur KK.

Corollaire 1

Soient EE et Ω\Omega deux extensions d’un corps KK. On suppose que Ω\Omega est algébriquement close, de degré de transcendance au moins égal à celui de EE. Alors EE est KK-isomorphe à une sous-extension de Ω\Omega*.

Cité par 2

Cité par Corollaire 2, Théorème 3, VIII § 12

Corollaire 2

Soit Ω\Omega un corps algébriquement clos de degré de transcendance infini sur son sous-corps premier. Tout corps de même caractéristique que Ω\Omega est réunion filtrante croissante de corps isomorphes à des sous-corps de Ω\Omega. En effet, tout corps est réunion filtrante croissante de ses sous-corps de type fini sur le corps premier, et il suffit d’appliquer le cor. 1.

Exemple. — Cela s’applique notamment en caractéristique 0 en prenant Ω=C\Omega = \mathbf{C} (« principe de Lefschetz »). \

Cite 1 · Cité par 1

Cite Corollaire 1

Cité par Proposition 9, LIE VII § 4

7. Extensions de type fini

Proposition 17

Soient EE une extension d’un corps KK et BB une base de transcendance de EE sur KK. Pour que EE soit de type fini (V, p. 11, déf. 2) sur KK, il faut et il suffit que BB soit finie et que le degré [E:K(B)][E : K(B)] soit fini.* Supposons EE de type fini sur KK et soit SS une partie finie de EE telle que E=K(S)E = K(S). D’après le th. 2 (V, p. 105), SS contient une base de transcendance B′B' de EE sur KK, et celle-ci a même cardinal que BB (V, p. 105, th. 3). Par suite, BB est finie. Posons K′=K(B)K' = K(B); alors EE est algébrique sur K′K' et l’on a E=K′(S)E = K'(S); comme SS est finie, le th. 2 de V, p. 17, montre que [E:K′][E : K'] est fini. Réciproquement, supposons BB finie et [E:K(B)][E : K(B)] fini. Si CC est une base (finie) de l’espace vectoriel EE sur le corps K(B)K(B), on a E=K(B)(C)=K(B∪C)E = K(B)(C) = K(B \cup C) et EE est une extension de type fini de KK.

Cite 4 · Cité par 1

Cite Définition 2, V § 2, Théorème 2, Théorème 3, Théorème 2, V § 3

Cité par Corollaire 3

Corollaire 1

Supposons que EE soit une extension de type fini de KK, et notons K′K' la fermeture algébrique de KK dans EE (V, p. 19). Alors K′K' est de degré fini sur KK. Soit BB une base de transcendance de EE sur KK. D’après le cor. 2 de V, p. 110, K′K' est linéairement disjointe de K(B)K(B) sur KK, d’où [K′:K]=[K′(B):K(B)]≤[E:K(B)][K' : K] = [K'(B) : K(B)] \leq [E : K(B)], et la finitude de [K′:K][K' : K] résulte de celle de [E:K(B)][E : K(B)].

Cite 1 · Cité par 3

Cite Corollaire 2

Cité par Corollaire 2, Corollaire 3, Proposition 7, V § 15

Corollaire 2

Un corps de type fini sur son sous-corps premier ne contient qu’un nombre fini de racines de l’unité.

Cite 1

Cite Corollaire 1

D’après le cor. 1, on est ramené à démontrer qu’un corps L qui est une extension de degré fini de son sous-corps premier ne possède qu’un nombre fini de racines de l’unité. C’est clair si L est de caractéristique ≠0\neq 0, puisqu’il est alors fini. Si L est de caractéristique 0, et contient une infinité de racines de l’unité, il contient des racines primitives de l’unité d’ordre arbitrairement grand ; d’après V, p. 80, th. 2, il existe donc une infinité d’entiers n>0n > 0 tels que φ(n)≤[L:Q]\varphi(n) \leq [L : Q], ce qui est absurde (V, p. 77, formules (2) et (3)).

Corollaire 3

Si E est une extension de type fini d’un corps K, toute sous-extension E’ de E est de type fini.

Cite 3

Cite Proposition 17, Corollaire 1, Théorème 2

Soit B’ une base de transcendance de E’ sur K. D’après V, p. 105, th. 2, B’ est contenue dans une base de transcendance B de E sur K, donc est finie par la prop. 17. Comme E’ est algébrique sur K(B’) et que E est une extension de type fini de K(B’), le cor. 1 montre que [E′:K(B′)][E' : K(B')] est fini. La prop. 17 montre alors que E’ est de type fini sur K.

On peut paraphraser la prop. 17 en disant qu’une extension de type fini de K est une extension algébrique de degré fini d’une extension transcendante pure K(x1,...,xn)K(x_1, ..., x_n).

Exercices

See the exercises for § 14.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.