Bourbaki

§ 12. Produit tensoriel de modules semi-simples

Dans ce paragraphe, la lettre K désigne un corps commutatif. Si E et F sont des espaces vectoriels sur K, on note E⊗FE\otimes Fle produit tensoriel E⊗KFE\otimes_KF.

1. Modules semi-simples sur un produit tensoriel d’algèbres

Dans ce numéro, on considère des K-algèbres A1A_1 et A2A_2; on note A l’algèbre A1⊗A2A_1\otimes A_2.

Proposition 1 00E6

Soient M1M_1 un A1A_1-module et M2M_2 un A2A_2-module, tous deux non réduits à 0. Si le module M=M1⊗M2M = M_1\otimes M_2 sur l’anneau A=A1⊗A2A = A_1\otimes A_2 est simple (resp. isotypique, resp. semi-simple), le A1A_1-module M1M_1 et le A2A_2-module M2M_2 sont simples (resp. isotypiques, resp. semi-simples).

Supposons que M soit un A-module semi-simple. Soit N1N_1 un sous-A1_1-module de M1M_1. Notons N l’image canonique de N1⊗M2N_1\otimes M_2 dans le A-module M. D’après le cor. 2 de VIII, p. 52, il existe un projecteur A-linéaire pp dans M, d’image N. On a par hypothèse M2≠0M_2\not= 0; on peut donc choisir un élément mm de M2M_2 et une forme linéaire φ\varphi sur le K-espace vectoriel M2M_2, tels que φ(m)=1\varphi (m) = 1 (II, p. 105, cor. 2). Soit uu l’application de M1M_1 dans M définie par u(m1)=m1⊗mu(m_1) =m_1\otimes m et soit vv l’application K-linéaire de M dans M1M_1 caractérisée par v(m1⊗m2)=φ(m2)m1v(m_1\otimes m_2) =\varphi (m_2)m_1. Posons q=v∘p∘uq=v\circ p\circ u. L’application q:M1→M1q: M_1\rightarrow M_1 est A1A_1-linéaire, son image est contenue dans N1N_1 et on a q(n)=nq(n) =n pour tout n∈N1n\in N_1. Par suite qq est un projecteur dans M1M_1 d’image N1N_1. On a prouvé que M1M_1 est un A1A_1-module semi-simple (VIII, p. 52, cor. 2).

Supposons que M soit simple et que M1M_1 soit somme directe de deux sous-A1_1-modules M1′M'_1 et M1′′M''_1. Posons M′=M1′⊗M2M'= M'_1\otimes M_2 et M′′=M1′′⊗M2M''= M''_1\otimes M_2; alors M est somme directe des sous-A-modules M′M' et M′′M''. Comme M est simple, M′M' ou M′′M'' est réduit à 0 ; comme on a M2≠0M_2\not= 0 par hypothèse, on a M1′=0M'_1= 0 ou M1′′=0M''_1= 0 (II, p. 62, cor. 2). Cela prouve que M1M_1 est un A1A_1-module simple.

Supposons maintenant que M soit un A-module isotypique. Soient S et T des sous-A1_1-modules simples de M1M_1. Les A-modules S⊗M2S\otimes M_2 et T⊗M2T\otimes M_2 s’identifient à des sous-modules non nuls de M. Ils sont donc isotypiques de même type que M. D’après la remarque de VIII, p. 57, il existe une application A-linéaire non nulle f:S⊗M2→T⊗M2f: S\otimes M_2\rightarrow T\otimes M_2. L’application ff est en particulier A1A_1-linéaire. Comme les A1A_1-modules S⊗M2S\otimes M_2 et T⊗M2T\otimes M_2 sont non nuls et isotypiques de type S et T respectivement, S et T sont isomorphes. Cela prouve que M1M_1 est un A1A_1-module isotypique.

Proposition 2 00E7

Soit S un module simple sur l’anneau A=A1⊗A2A = A_1\otimes A_2 et de dimension finie sur K. Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, il existe un AiA_i-module simple SiS_i tel que le AiA_i-module S soit isotypique de type SiS_i. Le A-module S est isomorphe à un quotient du A-module S1⊗S2S_1\otimes S_2.

Comme S est un A1A_1-module de dimension finie non nulle sur K, il est de longueur finie sur A1A_1 et il existe un A1A_1-module à gauche simple S1S_1 et une application A1A_1-linéaire non nulle de S1S_1 dans S. Munissons M2=M_2= HomA1(S1,S)_{A_1}(S_1,S) de la structure de A2A_2-module à gauche définie par la loi d’action (a2,u)→(a2)S∘u(a_2, u)\rightarrow (a_2)_S\circ u. On a M2≠0M_2\not= 0 par construction et M2M_2 est de dimension finie sur K. On peut donc trouver un A2A_2-module à gauche simple S2S_2 et une application A2A_2-linéaire non nulle φ:S2→M2\varphi : S_2\rightarrow M_2. On définit une application A-linéaire non nulle ψ\psi de S1⊗S2S_1\otimes S_2 dans S telle que l’on ait

ψ(s1⊗s2)=φ(s2)(s1) \psi (s_1\otimes s_2) =\varphi (s_2)(s_1)

pour tout s1∈S1s_1\in S_1 et tout s2∈S2s_2\in S_2. Comme S est un A-module simple et que ψ\psi n’est pas nulle, ψ\psi est surjective et S est isomorphe à un quotient de S1⊗S2S_1\otimes S_2. Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, le AiA_i-module S1⊗S2S_1\otimes S_2 est isotypique de type SiS_i, et il en est donc de même du AiA_i-module S (VIII, p. 57, prop. 2).

Pour toute K-algèbre B, on note SK(B)\mathscr{S}_K(B) l’ensemble des classes de B-modules à gauche simples (VIII, p. 47) qui sont de dimension finie sur K.

Théorème 1 00E8

Supposons le corps K algébriquement clos.

a) Soit M1M_1 un A1A_1-module et M2M_2 un A2A_2-module tous deux simples (resp. semi-simples) et de dimension finie sur K. Alors M1⊗M2M_1\otimes M_2 est un module simple (resp. semi-simple) sur l’anneau A1⊗A2A_1\otimes A_2 et de dimension finie sur K.

b) L’application de SK(A1)×SK(A2)\mathscr{S}_K(A_1)\times \mathscr{S}_K(A_2)sur SK(A1⊗A2)\mathscr{S}_K(A_1\otimes A_2)qui applique (cl(S1_1), cl(S2_2))sur cl(S1⊗S2_1\otimes S_2)lorsque S1S_1 (resp. S2S_2)est un A1A_1-module (resp. A2A_2-module) simple de dimension finie sur K est bijective.

Pour démontrer a), il suffit de considérer le cas où M1M_1 et M2M_2 sont simples. Soit M′M' un sous-A-module de M=M1⊗M2M = M_1\otimes M_2, c’est un sous-A1_1-module de M1⊗M2M_1\otimes M_2, stable par l’ensemble des endomorphismes de la forme 1M1⊗u1_{M_1}\otimes u, où uu parcourt l’ensemble des homothéties du A2A_2-module M2M_2. Comme le corps K est algébriquement clos, le lemme de Schur (VIII, p. 43, th. 1) entraîne que le commutant EndA1(M1)_{A_1}(M_1) de M1M_1 est égal à K. D’après le cor. 2 de VIII, p. 59, le sous-A-module M′M' de M1⊗M2M_1\otimes M_2 est de la forme M1⊗M2′M_1\otimes M'_2, où M2′M'_2 est un sous-A2_2-module de M2M_2. On a supposé que M2M_2 est simple ; on a donc M2′=0M'_2= 0 ou M2′=M2M'_2= M_2, c’est-à-dire M′=0M'= 0 ou M′=MM'= M. Donc M est simple.

Si S est un module simple sur A1⊗A2A_1\otimes A_2, de dimension finie sur K, il résulte de la prop. 2 et de a) que S est isomorphe à un module de la forme S1⊗S2S_1\otimes S_2, où S1S_1 (resp. S2S_2) est un A1A_1-module (resp. A2A_2-module) simple. De plus, en tant que AiA_i-module, S est isotypique de type SiS_i, donc la classe de SiS_i ne dépend que de celle de S. Cela prouve b).

Remarque 1 00E9

L’assertion a) du th. 1 n’est plus vraie lorsque le corps K n’est pas supposé algébriquement clos. On peut donner des exemples (VIII, p. 221, exerc. 4) où MiM_i est un AiA_i-module simple, de dimension finie sur K pour i∈{1,2}i\in \{1,2\} et où le A-module M1⊗M2M_1\otimes M_2 n’est pas semi-simple, ou est semi-simple mais non simple.

Remarque 2 00EA

Il existe un homomorphisme φ\varphi de RK(A1)⊗ZRK(A2)R_K(A_1)\otimes_{\mathbf{Z}}R_K(A_2) dans RK(A)R_K(A) caractérisé par la relation φ([M1]⊗[M2])=[M1⊗M2]\varphi ([M_1]\otimes [M_2]) = [M_1\otimes M_2]. Cela se démontre comme la prop. 9 de VIII, p. 192. Si le corps K est algébriquement clos, φ\varphi est un isomorphisme de RK(A1)⊗ZRK(A2)R_K(A_1)\otimes_ZR_K(A_2) sur RK(A)R_K(A) d’après le th. 1, b), puisque pour toute K-algèbre B, le Z\mathbf{Z}-module RK(B)R_K(B) est libre de base la famille ([S])S∈SK(B)([S])_{S\in\mathscr{S}_K(B)} (VIII, p. 191).

2. Produit tensoriel de modules simples

Soient A1A_1 et A2A_2 des algèbres sur le corps commutatif K. On note A la K-algèbre A1⊗A2A_1\otimes A_2.

Lemme 1 00RB

Soient M1M_1 et N1N_1 des A1A_1-modules et soient M2M_2 et N2N_2 des A2A_2-modules. On fait les hypothèses suivantes :

(i) Le A1A_1-module M1M_1 est de type fini ;

(ii) Le A2A_2-module M2M_2 est de type fini ou N1N_1 est de dimension finie sur K. Posons M=M1⊗M2M = M_1\otimes M_2 et N=N1⊗N2N = N_1\otimes N_2, et considérons-les comme modules sur l’anneau A=A1⊗A2A = A_1\otimes A_2. L’homomorphisme canonique (II, p.57)

λ:\lambda : HomK(M1,N1)⊗_K(M_1,N_1)\otimes HomK(M2,N2)⟶_K(M_2,N_2)\longrightarrow HomK(M,N)_K(M,N)

induit alors un isomorphisme de K-espaces vectoriels

φ:\varphi : HomA1(M1,N1)⊗_{A_1}(M_1,N_1)\otimes HomA2(M2,N2)⟶_{A_2}(M_2,N_2)\longrightarrow HomA(M,N)_A(M,N).

L’application λ\lambda est injective (II, p. 110, prop. 16) et applique le sous-espace vectoriel HomA1(M1,N1)⊗_{A_1}(M_1,N_1)\otimes HomA2(M2,N2)_{A_2}(M_2,N_2) dans HomA(M,N)_A(M,N). Il suffit donc de prouver que toute application A-linéaire de M dans N appartient à l’image de HomA1(M1,N1)⊗_{A_1}(M_1,N_1)\otimes HomA2(M2,N2)_{A_2}(M_2,N_2) par λ\lambda. Soit u:M→Nu: M\rightarrow N une application A-linéaire. Soit x∈M1x\in M_1. Notons uxu_x l’application A2A_2-linéaire y→u(x⊗y)y\rightarrow u(x\otimes y) de M2M_2 dans N1⊗N2N_1\otimes N_2. Posons P = HomA2(M2,N2)_{A_2}(M_2,N_2). Notons ν\nu l’homomorphisme canonique de N1⊗PN_1\otimes P dans HomA2(M2,N1⊗N2)_{A_2}(M_2,N_1\otimes N_2) (II, p. 75). Cette application est injective, (II, p. 75, prop. 2, (i) appliquée au K-espace vectoriel N1N_1). D’après l’hypothèse (ii), il existe un sous-espace vectoriel VxV_x de N1N_1, de dimension finie sur K, tel que uxu_x prenne ses valeurs dans Vx⊗N2V_x\otimes N_2. Il en résulte que uxu_x est l’image par ν\nu d’un unique élément vxv_x de N1⊗PN_1\otimes P. L’application u~:x→vx\widetilde{u}:x\rightarrow v_x de M1M_1 dans N1⊗PN_1\otimes P est A1A_1-linéaire. D’après l’hypothèse (i), le A1A_1-module M1M_1 est de type fini et un raisonnement analogue au précédent montre que u~\widetilde{u} appartient à l’image de HomA1(M1,N1)⊗P_{A_1}(M_1,N_1)\otimes P dans HomA1(M1,N1⊗P)_{A_1}(M_1,N_1\otimes P), d’où le lemme 1.

Théorème 2 00EB

Soient A1A_1 et A2A_2 des algèbres sur le corps commutatif K ; soit S1S_1 un A1A_1-module simple et soit S2S_2 un A2A_2-module simple. Soient D1D_1 et D2D_2 les commutants respectifs de S1S_1 et S2S_2. Posons M=S1⊗S2,A=A1⊗A2M = S_1\otimes S_2, A = A_1\otimes A_2 et D=D1⊗D2D = D_1\otimes D_2. On considère M comme un (A,D)(A,D)-bimodule à gauche.

a) Le commutant du A-module M est égal à DMD_M.

b) L’application a→aM\mathfrak{a}\rightarrow \mathfrak{a}Mest un isomorphisme de l’ensemble des idéaux à droite de D, ordonné par inclusion, sur l’ensemble des sous-A-modules de M, ordonné par inclusion ; l’application réciproque associe à un sous-module N de M l’idéal de D formé des éléments dd tels que dM⊂NdM\subset N

L’assertion a) résulte du lemme 1 puisqu’un module simple est monogène.

Soit T le (A1,D2(A_1,D_2)-bimodule S1⊗(D2)dS_1\otimes (D_2)_d. On identifie M=S1⊗S2M = S_1\otimes S_2 à T⊗D2S2T\otimes_{D_2}S_2 (II, p. 64) ; cette identification est compatible avec les structures de modules à gauche sur l’anneau A=A1⊗A2A = A_1\otimes A_2.

Soit N un sous-A-module de M ; c’est un sous-A2_2-module de T⊗D2S2T\otimes_{D_2}S_2, stable par les endomorphismes de la forme (a1)T⊗1S2(a_1)_T\otimes 1_{S_2} pour a1a_1 parcourant A1A_1. Il résulte du cor. 2 de VIII, p. 59, qu’il existe un unique sous-(A1,D2_1,D_2)-bimodule V de T, tel que N=V⊗D2S2N = V\otimes_{D_2}S_2.

L’isomorphisme uu de T=S1⊗(D2)dT = S_1\otimes (D_2)_d dans ((D1)d⊗(D2)d)⊗D1S1((D_1)_d\otimes (D_2)_d)\otimes_{D_1}S_1 caractérisé par u(s⊗d)=1⊗d⊗su(s\otimes d) = 1\otimes d\otimes s est (A1,D2(A_1,D_2)-linéaire. Identifions ces (A1,D2(A_1,D_2)-bimodules. Un raisonnement analogue à celui qui précède démontre l’existence et l’unicité d’un sous-(D1⊗D2_1\otimes D_2)-module à droite a\mathfrak{a} de D1⊗D2D_1\otimes D_2 tel que V=a⊗D1S1V =\mathfrak{a}\otimes_{D_1}S_1. Compte tenu des identifications faites, a\mathfrak{a} est l’unique idéal à droite de D=D1⊗D2D = D_1\otimes D_2 tel que N=aMN =\mathfrak{a}M.

On vient de prouver que l’applicationa→aM\mathfrak{a}\rightarrow \mathfrak{a}M est bijective ; la dernière assertion en résulte.

Corollaire 1 00EC

Le module S1⊗S2S_1\otimes S_2 sur l’anneau A1⊗A2A_1\otimes A_2 est semi-simple (resp. isotypique, resp. simple) si et seulement si l’anneau D=D1⊗D2D = D_1\otimes D_2 est semi-simple (resp. simple, resp. un corps). En particulier, S1⊗S2S_1\otimes S_2 est simple si le commutant de S1S_1 ou de S2S_2 est égal à K.

Compte tenu du théorème 2, pour que le module S1⊗S2S_1\otimes S_2 sur l’anneau D1⊗D2D_1\otimes D_2 soit semi-simple (resp. isotypique, resp. simple), il faut et il suffit que le D-module à droite (D1⊗D2)d(D_1\otimes D_2)_d le soit (VIII, p. 104, prop. 10). Or le D-module à droite DdD_d est simple si et seulement si D est un corps ; il est isotypique (resp. semi-simple) si et seulement si l’anneau D est simple (resp. semi-simple) (VIII, p. 116, déf 1, VIII, p. 117, cor. 1 et VIII, p. 133, prop. 2).

Corollaire 2 00ED

On a RA(M)=R(D)M\mathfrak{R}_A(M) =\mathfrak{R}(D)M. Pour que le A-module M soit sans radical, il faut et il suffit que l’anneau D soit sans radical.

Cela résulte de la prop. 8 de VIII, p. 104 et du th. 2, b).

3. Produit tensoriel d’algèbres commutatives semi-simples

Théorème 3 00EE

Soient Z1Z_1 et Z2Z_2 des algèbres commutatives semi-simples sur K. Le radical de l’anneau Z1⊗Z2Z_1\otimes Z_2 est égal à l’ensemble des éléments nilpotents de cet anneau.

Traitons d’abord le cas où Z1Z_1 et Z2Z_2 sont des extensions L1L_1 et L2L_2 du corps K. Quitte à échanger L1L_1 et L2L_2, on se ramène au cas où le degré de transcendance de L1L_1 sur K est majoré par celui de L2L_2 sur K. Choisissons une clôture algébrique Ω de L2L_2; d’après le cor. 1 du th. 5 de V, p. 112, on peut supposer que L1L_1 est une sous-extension de Ω.

A) Prouvons d’abord que le radical de L1⊗L2L_1\otimes L_2 est contenu dans celui de L1⊗ΩL_1\otimes \Omega. Posons a=R(L1⊗L2)(L1⊗Ω)\mathfrak{a}=\mathfrak{R}(L_1\otimes L_2)(L_1\otimes \Omega ); c’est un idéal de l’anneau commutatif L1⊗ΩL_1\otimes \Omega et l’on doit prouver que a\mathfrak{a} est contenu dans le radical de L1⊗ΩL_1\otimes \Omega. Autrement dit (VIII, p. 151, th. 1), il s’agit de prouver que, pour x∈ax\in \mathfrak{a}, l’élément 1+x1 +x est inversible dans L1⊗ΩL_1\otimes \Omega. Or, comme Ω est une extension algébrique de L2L_2, il existe une extension L3L_3 de L2L_2, de degré fini, telle que xx appartienne à R(L1⊗L2)(L1⊗L3)\mathfrak{R}(L_1\otimes L_2)(L_1\otimes L_3). Il suffit évidemment de prouver que 1+x1 +x est inversible dans L1⊗L3L_1\otimes L_3. Or C=L1⊗L3C = L_1\otimes L_3 est un module de type fini sur l’anneau B=L1⊗L2B = L_1\otimes L_2; d’après le cor. de VIII, p. 171, on a R(B)C⊂R\mathfrak{R}(B)C\subset \mathfrak{R}(C), donc xx appartient au radical de C et 1+x1 +x est inversible dans C.

B) Prouvons que le radical de L1⊗ΩL_1\otimes \Omegase compose d’éléments nilpotents. Notons pp l’exposant caractéristique de K et P la fermeture radicielle de K dans Ω (V, p. 24) ; c’est un corps parfait. Comme P est une extension algébrique de K, on a L1(P)=L_1(P) = L1[P]L_1[P] (V, p.18, cor. 1). Soit b\mathfrak{b} le noyau de l’homomorphisme canonique de L1⊗PL_1\otimes P sur le corps P1=L1[P]P_1= L_1[P]. Soit x∈bx\in \mathfrak{b}; il existe des éléments y1,...,yny_1, . . . , y_n de L1L_1, et des éléments z1,...,znz_1, . . . , z_n de P tels que x=∑i=1nyi⊗zix=\sum^n_{i=1}y_i\otimes z_i et ∑i=1nyizi=0\sum^n_{i=1}y_iz_i= 0. Comme P est radiciel sur K, il existe une puissance qq de pp telle que z1q,...,znqz^q_1, . . . , z_n^q appartiennent à K. On a alors

xq=∑i=1nyiq⊗ziq=∑i=1nyiqziq⊗1=(∑i=1nyizi)q⊗1=0 x^q=\sum_{i=1}^ny^q_i\otimes z^q_i=\sum_{i=1}^ny_i^qz_i^q\otimes 1 =(\sum_{i=1}^ny_iz_i)^q\otimes 1 = 0

Donc b\mathfrak{b} se compose d’éléments nilpotents.

Posons c\mathfrak{c} = b⊗PΩ\mathfrak{b}\otimes_P\Omega; c’est le noyau de l’homomorphisme canonique de (L1⊗P)⊗PΩ(L_1\otimes P)\otimes_P\Omega sur P1⊗PΩP_1\otimes_P\Omega, et il se compose d’éléments nilpotents d’après ce qui précède. Or Ω est une extension algébriquement close de P, et P1P_1 est une sous-extension de Ω. Comme le corps P est parfait, P1P_1 est une extension séparable de P (V, p. 119, th. 3) ; d’après le th. 4 de V, p. 120, l’intersection des idéaux maximaux de l’anneau commutatif P1⊗PΩP_1\otimes_P\Omega est réduite à 0. Autrement dit, l’anneau P1⊗PΩP_1\otimes_P\Omega, qui est isomorphe à ((L1⊗P)⊗PΩ)/c((L_1\otimes P)\otimes_P\Omega )/\mathfrak{c}, est sans radical. Ceci prouve (VIII, p. 150, prop. 5) que c\mathfrak{c} contient le radical de l’anneau (L1⊗P)⊗PΩ(L_1\otimes P)\otimes_P\Omega; or cet anneau est isomorphe à L1⊗ΩL_1\otimes \Omega, et c\mathfrak{c} se compose d’éléments nilpotents. Donc le radical de L1⊗ΩL_1\otimes \Omega se compose d’éléments nilpotents.

C) Fin de la démonstration du cas particulier. D’après A) et B), le radical r\mathfrak{r} de L1⊗L2L_1\otimes L_2 est contenu dans l’ensemble n\mathfrak{n} des éléments nilpotents de cet anneau commutatif ; on sait par ailleurs que n\mathfrak{n} est contenu dans r\mathfrak{r} (VIII, p. 153, remarque 2).

Passons au cas général. Comme une K-algèbre commutative semi-simple est le produit d’un nombre fini d’extensions du corps K (VIII, p. 133, prop. 3) et que le radical d’un produit d’anneaux est le produit des radicaux (VIII, p. 152, cor. 3), le radical de Z1⊗Z2Z_1\otimes Z_2 est l’ensemble des éléments nilpotents de cet anneau.

4. Radical d’un produit tensoriel d’algèbres

Soient A1A_1 et A2A_2 des K-algèbres.

Proposition 3 00EF

On suppose que les algèbres A1A_1 et A2A_2 sont semi-simples, de centres respectifs Z1Z_1 et Z2Z_2. Posons Z=Z1⊗Z2Z = Z_1\otimes Z_2.

a) L’application a→aA\mathfrak{a}\rightarrow \mathfrak{a}Aest un isomorphisme de l’ensemble des idéaux de Z, ordonné par inclusion, sur l’ensemble des idéaux bilatères de A, ordonné par inclusion.

b) Le radical de A est égal à l’intersection des idéaux bilatères maximaux de A et est égal à R(Z)A\mathfrak{R}(Z)A.

c) Si l’une des K-algèbres Z1Z_1 ou Z2Z_2 est séparable, en particulier si le corps K est parfait, les radicaux des anneaux Z et A sont réduits à 0.

Chacune des algèbres AiA_i est produit d’un nombre fini d’algèbres simples. Or le centre d’un produit d’anneaux est le produit des centres, et l’on a des assertions analogues pour les radicaux (VIII, p. 152, cor. 3) et pour les idéaux bilatères (I, p. 104, prop. 8). Il suffit donc de prouver la proposition 3 sous l’hypothèse que A1A_1 et A2A_2 sont des algèbres simples.

Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, posons Bi=Ai⊗AioB_i= A_i\otimes A^o_i et considérons AiA_i comme un BiB_i-module, les homothéties étant caractérisées par la formule

(x⊗y)z=xzy (x\otimes y)z=xzy

pour x,yx, y et zz dans AiA_i. Le commutant du BiB_i-module AiA_i est (Zi)Ai(Z_i)_{A_i}, l’ensemble des homothéties par les éléments de ZiZ_i, que l’on identifie à ZiZ_i. De plus, les sous-Bi_i-modules de AiA_i sont les idéaux bilatères de AiA_i, et comme l’anneau AiA_i est simple, il n’a pas d’autre idéal bilatère que 0 et AiA_i. Donc AiA_i est un BiB_i-module simple. Par ailleurs, les sous-(B1⊗B2_1\otimes B_2)-modules de A1⊗A2A_1\otimes A_2 sont les idéaux bilatères de l’anneau A1⊗A2A_1\otimes A_2.

L’assertion a) résulte donc de VIII, p. 210, th. 2, b) appliqué au B1B_1-module simple A1A_1, de commutant Z1Z_1 et au B2B_2-module simple A2A_2 de commutant Z2Z_2.

Démontrons l’assertion b). L’intersection des idéaux bilatères maximaux de A est le radical du (B1⊗B2(B_1\otimes B_2)-module A1⊗A2A_1\otimes A_2; d’après le cor. 2 de VIII, p. 211, cette intersection coïncide avec R(Z)A\mathfrak{R}(Z)A. Les algèbres Z1Z_1 et Z2Z_2 sont commutatives et semi-simples. Le radical de l’anneau Z est donc formé d’éléments nilpotents (VIII, p. 211, th. 3) et l’idéal bilatère R(Z)A\mathfrak{R}(Z)A de l’anneau A est contenu dans le radical R(A)\mathfrak{R}(A) (VIII, p. 153, remarque 1). Mais l’intersection des idéaux bilatères maximaux de A contient R(A)\mathfrak{R}(A) (VIII, p. 150, prop. 5, d)). Cela prouve l’assertion b).

Le produit tensoriel d’une algèbre commutative séparable et d’une algèbre commutative réduite est un anneau réduit (V, p. 115, prop. 5) ; les algèbres Z1Z_1 et Z2Z_2 sont commutatives et semi-simples, donc réduites. Si l’une des algèbres Z1Z_1 ou Z2Z_2 est séparable, l’algèbre Z est réduite ; elle est donc sans radical d’après le th. 3 de VIII, p. 211 et l’on a R(A)=R(Z)A=0\mathfrak{R}(A) =\mathfrak{R}(Z)A = 0. Ceci a lieu en particulier si le corps K est parfait, car toute algèbre commutative et réduite sur un corps parfait est séparable (V, p. 119, th. 3).

Corollaire 00EG

Supposons que les algèbres A1A_1 et A2A_2 soient simples et que le centre Z1Z_1 de A1A_1 soit réduit à K. Alors l’anneau A1⊗A2A_1\otimes A_2 n’a pas d’idéal bilatère distinct de 0 et de lui-même.

Par hypothèse, on a Z1=KZ_1= K, et comme A2A_2 est simple, son centre Z2Z_2 est un corps (VIII, p. 117, cor. 1, a)). L’anneau Z=Z1⊗Z2Z = Z_1\otimes Z_2 est donc un corps, et le corollaire résulte de la prop. 3, a).

5. Produit tensoriel de modules semi-simples

Proposition 4 00EH

Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, soient AiA_i une K-algèbre, MiM_i un AiA_i-module semi-simple et ZiZ_i le centre du commutant de MiM_i. Posons A=A1⊗A2,M=M1⊗M2A = A_1\otimes A_2, M = M_1\otimes M_2 et Z=Z1⊗Z2Z = Z_1\otimes Z_2. On a RA(M)=R(Z)M\mathfrak{R}_A(M) =\mathfrak{R}(Z)M. Si l’une des algèbres Z1Z_1 ou Z2Z_2 est séparable sur K, en particulier si le corps K est parfait, alors le A-module M est sans radical.

Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, soit SiS_i un AiA_i-module simple, DiD_i son commutant et I(i)I(i) un ensemble. Commençons par traiter le cas où MiM_i est le AiA_i-module Si(I(i))S^{(I(i))}_i. Le centre ZiZ_i de son commutant s’identifie au centre de DiD_i. Posons D=D1⊗D2D = D_1\otimes D_2. On a R(D)=\mathfrak{R}(D) = R(Z)D\mathfrak{R}(Z)D (prop. 3 de VIII, p. 213), et RA(S1⊗S2)=R(D)(S1⊗S2)\mathfrak{R}_A(S_1\otimes S_2) =\mathfrak{R}(D)(S_1\otimes S_2) (VIII, p. 211, cor. 2), d’où RA(S1⊗S2)=R(Z)(S1⊗S2)\mathfrak{R}_A(S_1\otimes S_2) =\mathfrak{R}(Z)(S_1\otimes S_2). Le A-module M est somme directe d’une famille de A-modules isomorphes à S1⊗S2S_1\otimes S_2 et le radical de la somme directe d’une famille de modules est la somme directe des radicaux (VIII, p. 148, cor. 2). On a donc RA(M)=R(Z)M\mathfrak{R}_A(M) =\mathfrak{R}(Z)M.

Passons au cas général. Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, notons SMi\mathscr{S}_{M_i} le support du AiA_i-module MiM_i. Pour λ∈SMi\lambda \in \mathscr{S}_{M_i}, notons Mi;λM_{i;\lambda} le composant isotypique de type λ\lambda de MiM_i, et Zi;λZ_{i;\lambda} le centre de son commutant. L’anneau ZiZ_i s’identifie au produit des anneaux Zi;λZ_{i;\lambda}, pour λ∈SMi\lambda \in \mathscr{S}_{M_i}. Soient λ∈SM1\lambda \in \mathscr{S}_{M_1} et μ∈SM2\mu \in \mathscr{S}_{M_2}. Notons iλ:Z1;λ→Z1i_{\lambda}: Z_{1;\lambda}\rightarrow Z_1 l’unique application K-linéaire telle que prλ∘iλ_{\lambda}\circ i_{\lambda} soit l’application identique de Z1;λZ_{1;\lambda} et prλ′∘iλ_{\lambda'}\circ i_{\lambda} soit l’application nulle pour λ′∈SM1−{λ}\lambda '\in \mathscr{S}_{M_1}-\{\lambda \}. Définissons de même iμ:Z2;μ→Z2i_{\mu}: Z_{2;\mu}\rightarrow Z_2. Posons Zλ,μ=Z1;λ⊗Z2;μ,iλ,μ=iλ⊗iμZ_{\lambda ,\mu}= Z_{1;\lambda}\otimes Z_{2;\mu},i_{\lambda ,\mu}=i_{\lambda}\otimes i_{\mu} et notons πλ,μ\pi_{\lambda ,\mu} l’application prλ⊗_{\lambda}\otimes prμ_{\mu} de Z dans Zλ,μZ_{\lambda ,\mu}. L’application πλ,μ\pi_{\lambda ,\mu} est un homomorphisme surjectif d’anneaux ; on a donc πλ,μ(R(Z))⊂R(Zλ,μ)\pi_{\lambda ,\mu}(\mathfrak{R}(Z))\subset \mathfrak{R}(Z_{\lambda ,\mu}) (VIII, p. 150, prop. 5 b)). Démontrons l’inclusion opposée. Soit zz un élément de R(Zλ,μ)\mathfrak{R}(Z_{\lambda ,\mu}); comme Z1;λZ_{1;\lambda} et Z2;μZ_{2;\mu} sont des corps, zz est nilpotent (th. 3 de VIII, p. 211). On a iλ,μ(xy)=iλ,μ(x)⋅iλ,μ(y)i_{\lambda ,\mu}(xy) =i_{\lambda ,\mu}(x)\cdot i_{\lambda ,\mu}(y) pour x,yx, y dans Zλ,μZ_{\lambda ,\mu}, par conséquent iλ,μ(z)i_{\lambda ,\mu}(z) est nilpotent donc appartient à R(Z)\mathfrak{R}(Z). Comme πλ,μ∘iλ,μ\pi_{\lambda ,\mu}\circ i_{\lambda ,\mu} est l’application identique de Zλ,μZ_{\lambda ,\mu}, l’élément zz appartient à πλ,μ(R(Z))\pi_{\lambda ,\mu}(\mathfrak{R}(Z)). Nous avons ainsi prouvé l’égalité πλ,μ(R(Z))=R(Zλ,μ)\pi_{\lambda ,\mu}(\mathfrak{R}(Z)) =\mathfrak{R}(Z_{\lambda ,\mu}).

Posons Mλ,μ=M1;λ⊗M2;μM_{\lambda ,\mu}= M_{1;\lambda}\otimes M_{2;\mu}; c’est un sous-module de M, stable par Z ; pour z∈Zz\in Z et m∈Mλ,μm\in M_{\lambda ,\mu}, on a zm=πλ,μ(z)mzm=\pi_{\lambda ,\mu}(z)m. Par suite R(Z)Mλ,μ\mathfrak{R}(Z)M_{\lambda ,\mu} est égal à R(Zλ,μ)Mλ,μ\mathfrak{R}(Z_{\lambda ,\mu})M_{\lambda ,\mu}, et donc à RA(Mλ,μ)\mathfrak{R}_A(M_{\lambda ,\mu}) d’après le cas isotypique. Comme le radical d’une somme directe est la somme directe des radicaux (VIII, p. 148, cor. 2) et que M est somme directe des sous-modules Mλ,μM_{\lambda ,\mu}, pour (λ,μ)∈SM1×SM2(\lambda , \mu )\in \mathscr{S}_{M_1}\times \mathscr{S}_{M_2}, l’égalité RA(M)=R(Z)M\mathfrak{R}_A(M) =\mathfrak{R}(Z)M est démontrée. La dernière assertion résulte alors de la prop. 3 de VIII, p. 213.

Lemme 2 00EI

Soient A1A_1 et A2A_2 des algèbres sur le corps commutatif K. Soient M1M_1 un A1A_1-module de dimension finie sur K et M2M_2 un A2A_2-module de longueur finie. Le A1⊗A2A_1\otimes A_2-module M1⊗M2M_1\otimes M_2 est de longueur finie.

Posons M=M1⊗M2M = M_1\otimes M_2. Soit (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) une base de M1M_1 sur le corps K. L’application (x1,...,xn)→∑i=1nei⊗xi(x_1, . . . , x_n)\rightarrow \sum^n_{i=1}e_i\otimes x_i est un isomorphisme du A2A_2-module M2nM^n_2 sur le A2A_2-module M. Comme M2M_2 est un A2A_2-module de longueur finie, il en est de même de M. De plus, tout sous-A-module de M est un sous-A2_2-module ; par suite, M est un A-module de longueur finie.

Proposition 5 00RC

Soient A1A_1 et A2A_2 des algèbres sur le corps commutatif K. Soient M1M_1 un A1A_1-module semi-simple, de dimension finie sur K, et M2M_2 un A2A_2-module semi-simple. Pour i=1,2i= 1,2, notons DiD_i le commutant du AiA_i-module MiM_i et ZiZ_i le centre de DiD_i. Posons A=A1⊗A2,M=M1⊗M2,D=D1⊗D2A = A_1\otimes A_2, M = M_1\otimes M_2, D = D_1\otimes D_2 et Z=Z1⊗Z2Z = Z_1\otimes Z_2.

a) Le commutant du A-module M s’identifie à D et son centre est Z. Si le A2A_2-module M2M_2 est de longueur finie, le A-module M est de longueur finie, l’anneau D est artinien à droite et à gauche et l’anneau Z est artinien.

b) Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le A-module M est semi-simple ;

(ii) L’anneau Z est isomorphe au produit d’une famille de corps commutatifs ;

(iii) L’anneau Z est réduit.

c) Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le A-module M est isotypique et non réduit à 0 ;

(ii) L’anneau Z est un corps ;

(iii) L’anneau Z est intègre.

Par hypothèse M1M_1 est de dimension finie sur K. Le commutant de M s’identifie alors à D (VIII, p. 209, lemme 1) et son centre est Z (III, p. 41, cor.). Supposons le A2A_2-module M2M_2 de longueur finie. Le A-module M est de longueur finie d’après le lemme 2. Comme M2M_2 est semi-simple et de type fini, l’anneau D2D_2 est semi-simple (VIII, p. 135, prop. 6) et son centre Z2Z_2 est le produit d’une famille finie de corps commutatifs. Par suite, le D2D_2-module (D2)s(D_2)_s et le Z2Z_2-module (Z2)s(Z_2)_s sont de longueur finie. D’autre part, comme M1M_1 est de dimension finie sur K, il en est de même de D1D_1 et Z1Z_1. D’après le lemme 2, le module (D1⊗D2)s(D_1\otimes D_2)_s est de longueur finie, donc l’anneau D1⊗D2D_1\otimes D_2 est artinien à gauche. On prouve de même que l’anneau D1⊗D2D_1\otimes D_2 est artinien à droite et que l’anneau Z1⊗Z2Z_1\otimes Z_2 est artinien, d’où a).

Démontrons b). Le centre du commutant d’un module semi-simple est isomorphe au produit d’une famille de corps commutatifs (VIII, p. 82, prop. 8, a)) ; cela prouve que (i) entraîne (ii). L’implication (ii) =⇒=\Rightarrow (iii) est claire.

Supposons l’anneau Z réduit. On a alors R(Z)=0\mathfrak{R}(Z) = 0 (VIII, p. 211, th. 3) et, par la prop. 4 de VIII, p. 214,RA(M)=0,\mathfrak{R}_A(M) = 0. Comme le A2A_2-module M2M_2 est semi-simple, il existe une famille (Si)i∈I(S_i)_{i\in I} de A2A_2-modules simples et un isomorphisme de M2M_2 sur ⨁Si\bigoplus S_i. Par conséquent, le A-module M est isomorphe à ⨁M1⊗Si\bigoplus M_1\otimes S_i. Pour tout i∈Ii\in I, le A-module M1⊗SiM_1\otimes S_i est donc sans radical ; par a) il est de longueur finie et donc semi-simple (VIII, p. 149, prop. 3, b)). Le A-module M est alors somme directe d’une famille de modules semi-simples, donc est semi-simple. Cela prouve que (iii) implique (i), et termine la démonstration de b).

Pour qu’un A-module soit isotypique et non nul, il faut et il suffit qu’il soit semi-simple et que le centre de son commutant soit un corps (VIII, p. 82, prop. 8, b)). Ainsi c) résulte de b).

Corollaire 00EJ

Si Z1Z_1 ou Z2Z_2 est une algèbre séparable sur le corps K (ce qui a lieu par exemple si K est parfait), le A-module M1⊗M2M_1\otimes M_2 est semi-simple.

Les anneaux Z1Z_1 et Z2Z_2 sont isomorphes à des produits de corps, donc sont des anneaux réduits. En particulier, si K est parfait, ce sont des algèbres séparables sur K (V, p. 119, th. 3). D’après la prop. 5 de V, p. 115, le produit tensoriel d’une algèbre séparable et d’une algèbre réduite est réduit. Donc Z est un anneau réduit, et le corollaire résulte de la prop. 5, b)

6. Produit tensoriel d’algèbres semi-simples

Proposition 6 00EK

Soient A1A_1 et A2A_2 des K-algèbres non nulles. Si l’anneau A1⊗A2A_1\otimes A_2 est simple (resp. semi-simple), alors les anneaux A1A_1 et A2A_2 sont simples (resp. semi-simples).

Pour qu’un anneau B soit semi-simple (resp. simple), il faut et il suffit que le B-module BsB_s soit semi-simple (resp. isotypique et non nul). La proposition résulte alors de la prop. 1 (VIII, p. 207).

Proposition 7 00EL

Soient A1A_1 et A2A_2 des K-algèbres semi-simples, de centres respectifs Z1Z_1 et Z2Z_2. On suppose que A1A_1 est de degré fini sur K. Alors l’anneau A1⊗A2A_1\otimes A_2 est artinien à gauche, ainsi que son centre Z1⊗Z2Z_1\otimes Z_2. Pour que l’anneau A1⊗A2A_1\otimes A_2 soit simple (resp. semi-simple), il faut et il suffit que l’anneau Z1⊗Z2Z_1\otimes Z_2 soit un corps (resp. un anneau réduit).

C’est le cas particulier M1=(A1)s,M2=(A2)sM_1= (A_1)_s, M_2= (A_2)_s de la prop. 5 de VIII, p. 215.

Corollaire 1 00EM

Soient A1A_1 et A2A_2 des K-algèbres semi-simples ; on suppose que A1A_1 est de dimension finie sur K. Supposons que le centre de A1A_1 ou celui de A2A_2 soit une algèbre séparable sur K, ce qui a lieu, par exemple, si K est parfait, alors A1⊗A2A_1\otimes A_2 est semi-simple.

C’est le cas particulier M1=(A1)s,M2=(A2)sM_1= (A_1)_s, M_2= (A_2)_s du corollaire de VIII, p. 216.

Corollaire 2 00RD

Soient A1A_1 et A2A_2 des K-algèbres simples ; on suppose que A1A_1 est de dimension finie sur K. Si le centre de A1A_1 ou celui de A2A_2 est égal à K, alors l’algèbre A1⊗A2A_1\otimes A_2 est simple. C’est en particulier le cas si K est algébriquement clos.

Les centres Z1Z_1 et Z2Z_2 de A1A_1 et A2A_2 respectivement sont des corps ; si l’un des anneaux Z1Z_1 ou Z2Z_2 est égal à K, l’anneau Z1⊗Z2Z_1\otimes Z_2 est un corps. Il suffit donc d’appliquer la prop. 7.

Si le corps K est algébriquement clos, le centre de A1A_1 est égal à K.

7. Extension des scalaires dans les modules semi-simples

Proposition 8 00EN

Soient A une K-algèbre, M un A-module et L une extension du corps K. Notons D le commutant de M et Z le centre de D.

a) Supposons que le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} soit simple (resp. isotypique, resp. semi-simple). Alors le A-module M est simple (resp. isotypique, resp. semi-simple).

b) Supposons que le A-module M soit semi-simple et que M ou L soit de dimension finie sur K. Pour que le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} soit semi-simple, il faut et il suffit que l’anneau Z(L)Z_{(L)} soit réduit. Pour que le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} soit isotypique et non nul, il faut et il suffit que l’anneau Z(L)Z_{(L)} soit intègre.

c) Supposons que le A-module M soit simple. Pour que le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} soit semi-simple (resp. isotypique, resp. simple), il faut et il suffit que l’anneau D(L)D_{(L)} soit semi-simple (resp. simple, resp. un corps).

L’assertion a) est un cas particulier de la prop. 1 (VIII, p. 207), l’assertion b) un cas particulier de la prop. 5 (VIII, p. 215), et l’assertion c) un cas particulier du cor. 1 de VIII, p. 211.

Corollaire 1 00EO

a) Supposons que le A-module M soit semi-simple, que l’extension L de K soit séparable et que M ou L soit de dimension finie sur K. Alors le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} est semi-simple.

b) Supposons que le A-module M soit simple et que son commutant soit égal à K. Alors le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} est simple.

L’assertion a) résulte du cor., VIII, p. 216. L’assertion b) est un cas particulier de la prop. 8, c).

Corollaire 2 00RE

Soit L une extension du corps K. Notons Z le centre de la K-algèbre A.

a) Si la L-algèbre A(L)A_{(L)} est semi-simple, la K-algèbre A est semi-simple.

b) Supposons que la K-algèbre A soit semi-simple et que L ou A soit de dimension finie sur K. Pour que la L-algèbre A(L)A_{(L)} soit semi-simple, il faut et il suffit que l’anneau Z(L)Z_{(L)} soit réduit ; c’est le cas en particulier si L est une extension séparable de K. Pour que A(L)A_{(L)} soit une L-algèbre simple, il faut et il suffit que l’anneau Z(L)Z_{(L)} soit intègre ; c’est en particulier le cas si le centre de A est égal à K.

Les assertions a) et b) résultent de la prop. 8, a) et b) appliquée au A-module AsA_s.

Proposition 9 00EP

Soient A une K-algèbre et L une extension séparable de K.

a) Si M est un A-module sans radical, le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} est sans radical.

b) Si la K-algèbre A est sans radical, la L-algèbre A(L)A_{(L)} est sans radical.

Démontrons l’assertion a). Soit M un A-module sans radical. On identifie M à son image canonique dans M(L)M_{(L)}. Soit N un sous-module maximal de M. Comme le A-module M/NM/N est simple, il résulte de la prop. 4 de VIII, p. 214 que le A(L)A_{(L)}-module (M/N)(L)=M(L)/N(L)(M/N)_{(L)}= M_{(L)}/N_{(L)} est sans radical, d’où RA(L)(M(L))⊂N(L)\mathfrak{R}_{A_{(L)}}(M_{(L)})\subset N_{(L)} d’après le cor. 1, c) de VIII, p. 148. Or il résulte du cor. de la prop. 14 de II, p. 109 que l’intersection des N(L)N_{(L)}, où N parcourt l’ensemble des sous-modules maximaux de M, est réduite à 0. Par conséquent, le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} est sans radical.

L’assertion b) découle de l’assertion a) appliquée au A-module AsA_s.

Proposition 10 00EQ

Soient A une K-algèbre et L une extension de K. Soit M un A-module.

a) On fait une des deux hypothèses suivantes :

(i) Le A-module M est de type fini et L est algébrique sur K ;

(ii) L’anneau A est artinien à gauche.

Alors on a l’inclusion

RA(M)(L)⊂RA(L)(M(L)) \mathfrak{R}_A(M)_{(L)}\subset \mathfrak{R}_{A_{(L)}}(M_{(L)})

b) Si L est une extension séparable de K, alors on a l’inclusion

RA(L)(M(L))⊂RA(M)(L) \mathfrak{R}_{A_{(L)}}(M_{(L)})\subset \mathfrak{R}_A(M)_{(L)}

Démontrons tout d’abord l’assertion a). Plaçons-nous dans le cas (i). Supposons d’abord L de degré fini sur K. Alors le A-module M(L)M_{(L)} est de type fini. Notons ff l’homomorphisme canonique de A dans A(L)A_{(L)}; l’anneau A(L)A_{(L)} est engendré par la réunion de son centre et de f(A)f(A). On peut donc appliquer la prop. 3 de VIII, p. 170 au A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)}. On en déduit l’inclusion RA(M(L))⊂RA(L)(M(L))\mathfrak{R}_A(M_{(L)})\subset \mathfrak{R}_{A_{(L)}}(M_{(L)}), et a fortiori RA(M)(L)⊂RA(L)(M(L))\mathfrak{R}_A(M)_{(L)}\subset \mathfrak{R}_{A_{(L)}}(M_{(L)}) (VIII, p. 148, cor. 1).

Traitons le cas général. Soient x1,...,xnx_1, . . . , x_n des éléments engendrant le A-module M et xx un élément de RA(M)\mathfrak{R}_A(M). Soient a1,...,ana_1, . . . , a_n des éléments de A(L)A_{(L)}; comme L est algébrique sur K, il existe une extension finie L′L' de K, contenue dans L, telle que les aia_i appartiennent à A(L′)A_{(L')}. D’après ce qui précède, xx appartient au radical du A(L′)A_{(L')}-module M(L′)M_{(L')}; il résulte du cor. de VIII, p. 149, que les éléments xi+aixx_i+a_ix (1⩽i⩽n)(1\leqslant i\leqslant n) engendrent le A(L′)A_{(L')}-module M(L′)M_{(L')}, donc le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)}. D’après ce même corollaire, xx appartient au radical du A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)}.

Plaçons-nous dans le cas (ii). Soit r\mathfrak{r} le radical de A, de sorte que le radical du A-module M est égal à rM\mathfrak{r}M (VIII, p. 170, cor.). Le radical r\mathfrak{r} de A est un idéal bilatère nilpotent de A (VIII, p. 169, prop. 1), donc r(L)\mathfrak{r}_{(L)} est un idéal bilatère nilpotent de A(L)A_{(L)}. On en déduit r(L)⊂R(A(L))\mathfrak{r}_{(L)}\subset \mathfrak{R}(A_{(L)}) (VIII, p. 151, th. 1) et la prop. 6 de VIII, p. 154 entraîne R(A(L))M(L)⊂RA(L)(M(L))\mathfrak{R}(A_{(L)})M_{(L)}\subset \mathfrak{R}_{A_{(L)}}(M_{(L)}). On a donc RA(M)=rM⊂RA(L)(M(L))\mathfrak{R}_A(M) =\mathfrak{r}M\subset \mathfrak{R}_{A_{(L)}}(M_{(L)}), ce qui achève la démonstration de l’assertion a).

Le A-module M/RA(M)M/\mathfrak{R}_A(M) est sans radical. Si L est une extension séparable de K, il résulte de la prop. 9 de VIII, p. 218 que le A(L)A_{(L)}-module (M/RA(M))(L)(M/\mathfrak{R}_A(M))_{(L)} est sans radical. Par conséquent on a l’inclusion

RA(L)(M(L))⊂RA(M)(L) \mathfrak{R}_{A_{(L)}}(M_{(L)})\subset \mathfrak{R}_A(M)_{(L)}

Corollaire 00ER

Soit L une extension séparable de K. On a R(A(L))=R(A)(L)\mathfrak{R}(A_{(L)}) =\mathfrak{R}(A)_{(L)} si L est algébrique sur K ou si l’anneau A est artinien à gauche.

C’est le cas particulier M=AsM = A_s de la prop. 10.

Exercices

See the exercises for § 12.

Transcribed from the printed volume. Not translated.