§ 12. Produit tensoriel de modules semi-simples
Dans ce paragraphe, la lettre K désigne un corps commutatif. Si E et F sont des espaces vectoriels sur K, on note le produit tensoriel .
1. Modules semi-simples sur un produit tensoriel d’algèbres
Dans ce numéro, on considère des K-algèbres et ; on note A l’algèbre .
Proposition 1 00E6
Soient un -module et un -module, tous deux non réduits à 0. Si le module sur l’anneau est simple (resp. isotypique, resp. semi-simple), le -module et le -module sont simples (resp. isotypiques, resp. semi-simples).
Supposons que M soit un A-module semi-simple. Soit un sous-A-module de . Notons N l’image canonique de dans le A-module M. D’après le cor. 2 de VIII, p. 52, il existe un projecteur A-linéaire dans M, d’image N. On a par hypothèse ; on peut donc choisir un élément de et une forme linéaire sur le K-espace vectoriel , tels que (II, p. 105, cor. 2). Soit l’application de dans M définie par et soit l’application K-linéaire de M dans caractérisée par . Posons . L’application est -linéaire, son image est contenue dans et on a pour tout . Par suite est un projecteur dans d’image . On a prouvé que est un -module semi-simple (VIII, p. 52, cor. 2).
Supposons que M soit simple et que soit somme directe de deux sous-A-modules et . Posons et ; alors M est somme directe des sous-A-modules et . Comme M est simple, ou est réduit à 0 ; comme on a par hypothèse, on a ou (II, p. 62, cor. 2). Cela prouve que est un -module simple.
Supposons maintenant que M soit un A-module isotypique. Soient S et T des sous-A-modules simples de . Les A-modules et s’identifient à des sous-modules non nuls de M. Ils sont donc isotypiques de même type que M. D’après la remarque de VIII, p. 57, il existe une application A-linéaire non nulle . L’application est en particulier -linéaire. Comme les -modules et sont non nuls et isotypiques de type S et T respectivement, S et T sont isomorphes. Cela prouve que est un -module isotypique.
Proposition 2 00E7
Soit S un module simple sur l’anneau et de dimension finie sur K. Pour , il existe un -module simple tel que le -module S soit isotypique de type . Le A-module S est isomorphe à un quotient du A-module .
Comme S est un -module de dimension finie non nulle sur K, il est de longueur finie sur et il existe un -module à gauche simple et une application -linéaire non nulle de dans S. Munissons Hom de la structure de -module à gauche définie par la loi d’action . On a par construction et est de dimension finie sur K. On peut donc trouver un -module à gauche simple et une application -linéaire non nulle . On définit une application A-linéaire non nulle de dans S telle que l’on ait
pour tout et tout . Comme S est un A-module simple et que n’est pas nulle, est surjective et S est isomorphe à un quotient de . Pour , le -module est isotypique de type , et il en est donc de même du -module S (VIII, p. 57, prop. 2).
Pour toute K-algèbre B, on note l’ensemble des classes de B-modules à gauche simples (VIII, p. 47) qui sont de dimension finie sur K.
Théorème 1 00E8
Supposons le corps K algébriquement clos.
a) Soit un -module et un -module tous deux simples (resp. semi-simples) et de dimension finie sur K. Alors est un module simple (resp. semi-simple) sur l’anneau et de dimension finie sur K.
b) L’application de sur qui applique (cl(S), cl(S))sur cl(S)lorsque (resp. )est un -module (resp. -module) simple de dimension finie sur K est bijective.
Pour démontrer a), il suffit de considérer le cas où et sont simples. Soit un sous-A-module de , c’est un sous-A-module de , stable par l’ensemble des endomorphismes de la forme , où parcourt l’ensemble des homothéties du -module . Comme le corps K est algébriquement clos, le lemme de Schur (VIII, p. 43, th. 1) entraîne que le commutant End de est égal à K. D’après le cor. 2 de VIII, p. 59, le sous-A-module de est de la forme , où est un sous-A-module de . On a supposé que est simple ; on a donc ou , c’est-à-dire ou . Donc M est simple.
Si S est un module simple sur , de dimension finie sur K, il résulte de la prop. 2 et de a) que S est isomorphe à un module de la forme , où (resp. ) est un -module (resp. -module) simple. De plus, en tant que -module, S est isotypique de type , donc la classe de ne dépend que de celle de S. Cela prouve b).
Remarque 1 00E9
L’assertion a) du th. 1 n’est plus vraie lorsque le corps K n’est pas supposé algébriquement clos. On peut donner des exemples (VIII, p. 221, exerc. 4) où est un -module simple, de dimension finie sur K pour et où le A-module n’est pas semi-simple, ou est semi-simple mais non simple.
Remarque 2 00EA
Il existe un homomorphisme de dans caractérisé par la relation . Cela se démontre comme la prop. 9 de VIII, p. 192. Si le corps K est algébriquement clos, est un isomorphisme de sur d’après le th. 1, b), puisque pour toute K-algèbre B, le -module est libre de base la famille (VIII, p. 191).
2. Produit tensoriel de modules simples
Soient et des algèbres sur le corps commutatif K. On note A la K-algèbre .
Lemme 1 00RB
Soient et des -modules et soient et des -modules. On fait les hypothèses suivantes :
(i) Le -module est de type fini ;
(ii) Le -module est de type fini ou est de dimension finie sur K. Posons et , et considérons-les comme modules sur l’anneau . L’homomorphisme canonique (II, p.57)
Hom Hom Hom
induit alors un isomorphisme de K-espaces vectoriels
Hom Hom Hom.
L’application est injective (II, p. 110, prop. 16) et applique le sous-espace vectoriel Hom Hom dans Hom. Il suffit donc de prouver que toute application A-linéaire de M dans N appartient à l’image de Hom Hom par . Soit une application A-linéaire. Soit . Notons l’application -linéaire de dans . Posons P = Hom. Notons l’homomorphisme canonique de dans Hom (II, p. 75). Cette application est injective, (II, p. 75, prop. 2, (i) appliquée au K-espace vectoriel ). D’après l’hypothèse (ii), il existe un sous-espace vectoriel de , de dimension finie sur K, tel que prenne ses valeurs dans . Il en résulte que est l’image par d’un unique élément de . L’application de dans est -linéaire. D’après l’hypothèse (i), le -module est de type fini et un raisonnement analogue au précédent montre que appartient à l’image de Hom dans Hom, d’où le lemme 1.
Théorème 2 00EB
Soient et des algèbres sur le corps commutatif K ; soit un -module simple et soit un -module simple. Soient et les commutants respectifs de et . Posons et . On considère M comme un -bimodule à gauche.
a) Le commutant du A-module M est égal à .
b) L’application est un isomorphisme de l’ensemble des idéaux à droite de D, ordonné par inclusion, sur l’ensemble des sous-A-modules de M, ordonné par inclusion ; l’application réciproque associe à un sous-module N de M l’idéal de D formé des éléments tels que
L’assertion a) résulte du lemme 1 puisqu’un module simple est monogène.
Soit T le )-bimodule . On identifie à (II, p. 64) ; cette identification est compatible avec les structures de modules à gauche sur l’anneau .
Soit N un sous-A-module de M ; c’est un sous-A-module de , stable par les endomorphismes de la forme pour parcourant . Il résulte du cor. 2 de VIII, p. 59, qu’il existe un unique sous-(A)-bimodule V de T, tel que .
L’isomorphisme de dans caractérisé par est )-linéaire. Identifions ces )-bimodules. Un raisonnement analogue à celui qui précède démontre l’existence et l’unicité d’un sous-(D)-module à droite de tel que . Compte tenu des identifications faites, est l’unique idéal à droite de tel que .
On vient de prouver que l’application est bijective ; la dernière assertion en résulte.
Corollaire 1 00EC
Le module sur l’anneau est semi-simple (resp. isotypique, resp. simple) si et seulement si l’anneau est semi-simple (resp. simple, resp. un corps). En particulier, est simple si le commutant de ou de est égal à K.
Compte tenu du théorème 2, pour que le module sur l’anneau soit semi-simple (resp. isotypique, resp. simple), il faut et il suffit que le D-module à droite le soit (VIII, p. 104, prop. 10). Or le D-module à droite est simple si et seulement si D est un corps ; il est isotypique (resp. semi-simple) si et seulement si l’anneau D est simple (resp. semi-simple) (VIII, p. 116, déf 1, VIII, p. 117, cor. 1 et VIII, p. 133, prop. 2).
Corollaire 2 00ED
On a . Pour que le A-module M soit sans radical, il faut et il suffit que l’anneau D soit sans radical.
Cela résulte de la prop. 8 de VIII, p. 104 et du th. 2, b).
3. Produit tensoriel d’algèbres commutatives semi-simples
Théorème 3 00EE
Soient et des algèbres commutatives semi-simples sur K. Le radical de l’anneau est égal à l’ensemble des éléments nilpotents de cet anneau.
Traitons d’abord le cas où et sont des extensions et du corps K. Quitte à échanger et , on se ramène au cas où le degré de transcendance de sur K est majoré par celui de sur K. Choisissons une clôture algébrique Ω de ; d’après le cor. 1 du th. 5 de V, p. 112, on peut supposer que est une sous-extension de Ω.
A) Prouvons d’abord que le radical de est contenu dans celui de . Posons ; c’est un idéal de l’anneau commutatif et l’on doit prouver que est contenu dans le radical de . Autrement dit (VIII, p. 151, th. 1), il s’agit de prouver que, pour , l’élément est inversible dans . Or, comme Ω est une extension algébrique de , il existe une extension de , de degré fini, telle que appartienne à . Il suffit évidemment de prouver que est inversible dans . Or est un module de type fini sur l’anneau ; d’après le cor. de VIII, p. 171, on a (C), donc appartient au radical de C et est inversible dans C.
B) Prouvons que le radical de se compose d’éléments nilpotents. Notons l’exposant caractéristique de K et P la fermeture radicielle de K dans Ω (V, p. 24) ; c’est un corps parfait. Comme P est une extension algébrique de K, on a (V, p.18, cor. 1). Soit le noyau de l’homomorphisme canonique de sur le corps . Soit ; il existe des éléments de , et des éléments de P tels que et . Comme P est radiciel sur K, il existe une puissance de telle que appartiennent à K. On a alors
Donc se compose d’éléments nilpotents.
Posons = ; c’est le noyau de l’homomorphisme canonique de sur , et il se compose d’éléments nilpotents d’après ce qui précède. Or Ω est une extension algébriquement close de P, et est une sous-extension de Ω. Comme le corps P est parfait, est une extension séparable de P (V, p. 119, th. 3) ; d’après le th. 4 de V, p. 120, l’intersection des idéaux maximaux de l’anneau commutatif est réduite à 0. Autrement dit, l’anneau , qui est isomorphe à , est sans radical. Ceci prouve (VIII, p. 150, prop. 5) que contient le radical de l’anneau ; or cet anneau est isomorphe à , et se compose d’éléments nilpotents. Donc le radical de se compose d’éléments nilpotents.
C) Fin de la démonstration du cas particulier. D’après A) et B), le radical de est contenu dans l’ensemble des éléments nilpotents de cet anneau commutatif ; on sait par ailleurs que est contenu dans (VIII, p. 153, remarque 2).
Passons au cas général. Comme une K-algèbre commutative semi-simple est le produit d’un nombre fini d’extensions du corps K (VIII, p. 133, prop. 3) et que le radical d’un produit d’anneaux est le produit des radicaux (VIII, p. 152, cor. 3), le radical de est l’ensemble des éléments nilpotents de cet anneau.
4. Radical d’un produit tensoriel d’algèbres
Soient et des K-algèbres.
Proposition 3 00EF
On suppose que les algèbres et sont semi-simples, de centres respectifs et . Posons .
a) L’application est un isomorphisme de l’ensemble des idéaux de Z, ordonné par inclusion, sur l’ensemble des idéaux bilatères de A, ordonné par inclusion.
b) Le radical de A est égal à l’intersection des idéaux bilatères maximaux de A et est égal à .
c) Si l’une des K-algèbres ou est séparable, en particulier si le corps K est parfait, les radicaux des anneaux Z et A sont réduits à 0.
Chacune des algèbres est produit d’un nombre fini d’algèbres simples. Or le centre d’un produit d’anneaux est le produit des centres, et l’on a des assertions analogues pour les radicaux (VIII, p. 152, cor. 3) et pour les idéaux bilatères (I, p. 104, prop. 8). Il suffit donc de prouver la proposition 3 sous l’hypothèse que et sont des algèbres simples.
Pour , posons et considérons comme un -module, les homothéties étant caractérisées par la formule
pour et dans . Le commutant du -module est , l’ensemble des homothéties par les éléments de , que l’on identifie à . De plus, les sous-B-modules de sont les idéaux bilatères de , et comme l’anneau est simple, il n’a pas d’autre idéal bilatère que 0 et . Donc est un -module simple. Par ailleurs, les sous-(B)-modules de sont les idéaux bilatères de l’anneau .
L’assertion a) résulte donc de VIII, p. 210, th. 2, b) appliqué au -module simple , de commutant et au -module simple de commutant .
Démontrons l’assertion b). L’intersection des idéaux bilatères maximaux de A est le radical du )-module ; d’après le cor. 2 de VIII, p. 211, cette intersection coïncide avec . Les algèbres et sont commutatives et semi-simples. Le radical de l’anneau Z est donc formé d’éléments nilpotents (VIII, p. 211, th. 3) et l’idéal bilatère de l’anneau A est contenu dans le radical (VIII, p. 153, remarque 1). Mais l’intersection des idéaux bilatères maximaux de A contient (VIII, p. 150, prop. 5, d)). Cela prouve l’assertion b).
Le produit tensoriel d’une algèbre commutative séparable et d’une algèbre commutative réduite est un anneau réduit (V, p. 115, prop. 5) ; les algèbres et sont commutatives et semi-simples, donc réduites. Si l’une des algèbres ou est séparable, l’algèbre Z est réduite ; elle est donc sans radical d’après le th. 3 de VIII, p. 211 et l’on a . Ceci a lieu en particulier si le corps K est parfait, car toute algèbre commutative et réduite sur un corps parfait est séparable (V, p. 119, th. 3).
Corollaire 00EG
Supposons que les algèbres et soient simples et que le centre de soit réduit à K. Alors l’anneau n’a pas d’idéal bilatère distinct de 0 et de lui-même.
Par hypothèse, on a , et comme est simple, son centre est un corps (VIII, p. 117, cor. 1, a)). L’anneau est donc un corps, et le corollaire résulte de la prop. 3, a).
5. Produit tensoriel de modules semi-simples
Proposition 4 00EH
Pour , soient une K-algèbre, un -module semi-simple et le centre du commutant de . Posons et . On a . Si l’une des algèbres ou est séparable sur K, en particulier si le corps K est parfait, alors le A-module M est sans radical.
Pour , soit un -module simple, son commutant et un ensemble. Commençons par traiter le cas où est le -module . Le centre de son commutant s’identifie au centre de . Posons . On a (prop. 3 de VIII, p. 213), et (VIII, p. 211, cor. 2), d’où . Le A-module M est somme directe d’une famille de A-modules isomorphes à et le radical de la somme directe d’une famille de modules est la somme directe des radicaux (VIII, p. 148, cor. 2). On a donc .
Passons au cas général. Pour , notons le support du -module . Pour , notons le composant isotypique de type de , et le centre de son commutant. L’anneau s’identifie au produit des anneaux , pour . Soient et . Notons l’unique application K-linéaire telle que pr soit l’application identique de et pr soit l’application nulle pour . Définissons de même . Posons et notons l’application pr pr de Z dans . L’application est un homomorphisme surjectif d’anneaux ; on a donc (VIII, p. 150, prop. 5 b)). Démontrons l’inclusion opposée. Soit un élément de ; comme et sont des corps, est nilpotent (th. 3 de VIII, p. 211). On a pour dans , par conséquent est nilpotent donc appartient à . Comme est l’application identique de , l’élément appartient à . Nous avons ainsi prouvé l’égalité .
Posons ; c’est un sous-module de M, stable par Z ; pour et , on a . Par suite est égal à , et donc à d’après le cas isotypique. Comme le radical d’une somme directe est la somme directe des radicaux (VIII, p. 148, cor. 2) et que M est somme directe des sous-modules , pour , l’égalité est démontrée. La dernière assertion résulte alors de la prop. 3 de VIII, p. 213.
Lemme 2 00EI
Soient et des algèbres sur le corps commutatif K. Soient un -module de dimension finie sur K et un -module de longueur finie. Le -module est de longueur finie.
Posons . Soit une base de sur le corps K. L’application est un isomorphisme du -module sur le -module M. Comme est un -module de longueur finie, il en est de même de M. De plus, tout sous-A-module de M est un sous-A-module ; par suite, M est un A-module de longueur finie.
Proposition 5 00RC
Soient et des algèbres sur le corps commutatif K. Soient un -module semi-simple, de dimension finie sur K, et un -module semi-simple. Pour , notons le commutant du -module et le centre de . Posons et .
a) Le commutant du A-module M s’identifie à D et son centre est Z. Si le -module est de longueur finie, le A-module M est de longueur finie, l’anneau D est artinien à droite et à gauche et l’anneau Z est artinien.
b) Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Le A-module M est semi-simple ;
(ii) L’anneau Z est isomorphe au produit d’une famille de corps commutatifs ;
(iii) L’anneau Z est réduit.
c) Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Le A-module M est isotypique et non réduit à 0 ;
(ii) L’anneau Z est un corps ;
(iii) L’anneau Z est intègre.
Par hypothèse est de dimension finie sur K. Le commutant de M s’identifie alors à D (VIII, p. 209, lemme 1) et son centre est Z (III, p. 41, cor.). Supposons le -module de longueur finie. Le A-module M est de longueur finie d’après le lemme 2. Comme est semi-simple et de type fini, l’anneau est semi-simple (VIII, p. 135, prop. 6) et son centre est le produit d’une famille finie de corps commutatifs. Par suite, le -module et le -module sont de longueur finie. D’autre part, comme est de dimension finie sur K, il en est de même de et . D’après le lemme 2, le module est de longueur finie, donc l’anneau est artinien à gauche. On prouve de même que l’anneau est artinien à droite et que l’anneau est artinien, d’où a).
Démontrons b). Le centre du commutant d’un module semi-simple est isomorphe au produit d’une famille de corps commutatifs (VIII, p. 82, prop. 8, a)) ; cela prouve que (i) entraîne (ii). L’implication (ii) (iii) est claire.
Supposons l’anneau Z réduit. On a alors (VIII, p. 211, th. 3) et, par la prop. 4 de VIII, p. 214. Comme le -module est semi-simple, il existe une famille de -modules simples et un isomorphisme de sur . Par conséquent, le A-module M est isomorphe à . Pour tout , le A-module est donc sans radical ; par a) il est de longueur finie et donc semi-simple (VIII, p. 149, prop. 3, b)). Le A-module M est alors somme directe d’une famille de modules semi-simples, donc est semi-simple. Cela prouve que (iii) implique (i), et termine la démonstration de b).
Pour qu’un A-module soit isotypique et non nul, il faut et il suffit qu’il soit semi-simple et que le centre de son commutant soit un corps (VIII, p. 82, prop. 8, b)). Ainsi c) résulte de b).
Corollaire 00EJ
Si ou est une algèbre séparable sur le corps K (ce qui a lieu par exemple si K est parfait), le A-module est semi-simple.
Les anneaux et sont isomorphes à des produits de corps, donc sont des anneaux réduits. En particulier, si K est parfait, ce sont des algèbres séparables sur K (V, p. 119, th. 3). D’après la prop. 5 de V, p. 115, le produit tensoriel d’une algèbre séparable et d’une algèbre réduite est réduit. Donc Z est un anneau réduit, et le corollaire résulte de la prop. 5, b)
6. Produit tensoriel d’algèbres semi-simples
Proposition 6 00EK
Soient et des K-algèbres non nulles. Si l’anneau est simple (resp. semi-simple), alors les anneaux et sont simples (resp. semi-simples).
Pour qu’un anneau B soit semi-simple (resp. simple), il faut et il suffit que le B-module soit semi-simple (resp. isotypique et non nul). La proposition résulte alors de la prop. 1 (VIII, p. 207).
Proposition 7 00EL
Soient et des K-algèbres semi-simples, de centres respectifs et . On suppose que est de degré fini sur K. Alors l’anneau est artinien à gauche, ainsi que son centre . Pour que l’anneau soit simple (resp. semi-simple), il faut et il suffit que l’anneau soit un corps (resp. un anneau réduit).
C’est le cas particulier de la prop. 5 de VIII, p. 215.
Corollaire 1 00EM
Soient et des K-algèbres semi-simples ; on suppose que est de dimension finie sur K. Supposons que le centre de ou celui de soit une algèbre séparable sur K, ce qui a lieu, par exemple, si K est parfait, alors est semi-simple.
C’est le cas particulier du corollaire de VIII, p. 216.
Corollaire 2 00RD
Soient et des K-algèbres simples ; on suppose que est de dimension finie sur K. Si le centre de ou celui de est égal à K, alors l’algèbre est simple. C’est en particulier le cas si K est algébriquement clos.
Les centres et de et respectivement sont des corps ; si l’un des anneaux ou est égal à K, l’anneau est un corps. Il suffit donc d’appliquer la prop. 7.
Si le corps K est algébriquement clos, le centre de est égal à K.
7. Extension des scalaires dans les modules semi-simples
Proposition 8 00EN
Soient A une K-algèbre, M un A-module et L une extension du corps K. Notons D le commutant de M et Z le centre de D.
a) Supposons que le -module soit simple (resp. isotypique, resp. semi-simple). Alors le A-module M est simple (resp. isotypique, resp. semi-simple).
b) Supposons que le A-module M soit semi-simple et que M ou L soit de dimension finie sur K. Pour que le -module soit semi-simple, il faut et il suffit que l’anneau soit réduit. Pour que le -module soit isotypique et non nul, il faut et il suffit que l’anneau soit intègre.
c) Supposons que le A-module M soit simple. Pour que le -module soit semi-simple (resp. isotypique, resp. simple), il faut et il suffit que l’anneau soit semi-simple (resp. simple, resp. un corps).
L’assertion a) est un cas particulier de la prop. 1 (VIII, p. 207), l’assertion b) un cas particulier de la prop. 5 (VIII, p. 215), et l’assertion c) un cas particulier du cor. 1 de VIII, p. 211.
Corollaire 1 00EO
a) Supposons que le A-module M soit semi-simple, que l’extension L de K soit séparable et que M ou L soit de dimension finie sur K. Alors le -module est semi-simple.
b) Supposons que le A-module M soit simple et que son commutant soit égal à K. Alors le -module est simple.
L’assertion a) résulte du cor., VIII, p. 216. L’assertion b) est un cas particulier de la prop. 8, c).
Corollaire 2 00RE
Soit L une extension du corps K. Notons Z le centre de la K-algèbre A.
a) Si la L-algèbre est semi-simple, la K-algèbre A est semi-simple.
b) Supposons que la K-algèbre A soit semi-simple et que L ou A soit de dimension finie sur K. Pour que la L-algèbre soit semi-simple, il faut et il suffit que l’anneau soit réduit ; c’est le cas en particulier si L est une extension séparable de K. Pour que soit une L-algèbre simple, il faut et il suffit que l’anneau soit intègre ; c’est en particulier le cas si le centre de A est égal à K.
Les assertions a) et b) résultent de la prop. 8, a) et b) appliquée au A-module .
Proposition 9 00EP
Soient A une K-algèbre et L une extension séparable de K.
a) Si M est un A-module sans radical, le -module est sans radical.
b) Si la K-algèbre A est sans radical, la L-algèbre est sans radical.
Démontrons l’assertion a). Soit M un A-module sans radical. On identifie M à son image canonique dans . Soit N un sous-module maximal de M. Comme le A-module est simple, il résulte de la prop. 4 de VIII, p. 214 que le -module est sans radical, d’où d’après le cor. 1, c) de VIII, p. 148. Or il résulte du cor. de la prop. 14 de II, p. 109 que l’intersection des , où N parcourt l’ensemble des sous-modules maximaux de M, est réduite à 0. Par conséquent, le -module est sans radical.
L’assertion b) découle de l’assertion a) appliquée au A-module .
Proposition 10 00EQ
Soient A une K-algèbre et L une extension de K. Soit M un A-module.
a) On fait une des deux hypothèses suivantes :
(i) Le A-module M est de type fini et L est algébrique sur K ;
(ii) L’anneau A est artinien à gauche.
Alors on a l’inclusion
b) Si L est une extension séparable de K, alors on a l’inclusion
Démontrons tout d’abord l’assertion a). Plaçons-nous dans le cas (i). Supposons d’abord L de degré fini sur K. Alors le A-module est de type fini. Notons l’homomorphisme canonique de A dans ; l’anneau est engendré par la réunion de son centre et de . On peut donc appliquer la prop. 3 de VIII, p. 170 au -module . On en déduit l’inclusion , et a fortiori (VIII, p. 148, cor. 1).
Traitons le cas général. Soient des éléments engendrant le A-module M et un élément de . Soient des éléments de ; comme L est algébrique sur K, il existe une extension finie de K, contenue dans L, telle que les appartiennent à . D’après ce qui précède, appartient au radical du -module ; il résulte du cor. de VIII, p. 149, que les éléments engendrent le -module , donc le -module . D’après ce même corollaire, appartient au radical du -module .
Plaçons-nous dans le cas (ii). Soit le radical de A, de sorte que le radical du A-module M est égal à (VIII, p. 170, cor.). Le radical de A est un idéal bilatère nilpotent de A (VIII, p. 169, prop. 1), donc est un idéal bilatère nilpotent de . On en déduit (VIII, p. 151, th. 1) et la prop. 6 de VIII, p. 154 entraîne . On a donc , ce qui achève la démonstration de l’assertion a).
Le A-module est sans radical. Si L est une extension séparable de K, il résulte de la prop. 9 de VIII, p. 218 que le -module est sans radical. Par conséquent on a l’inclusion
Corollaire 00ER
Soit L une extension séparable de K. On a si L est algébrique sur K ou si l’anneau A est artinien à gauche.
C’est le cas particulier de la prop. 10.
Exercices
See the exercises for § 12.