Bourbaki

§ 13. Algèbres absolument semi-simples

1. Modules absolument semi-simples

Définition 1 00F9

Soient K un corps commutatif et A une K-algèbre. On dit qu’un A-module M est absolument semi-simple si le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} est semi-simple pour toute extension L de K.

Tout module absolument semi-simple est semi-simple. Réciproquement, si le corps K est parfait, tout A-module semi-simple qui est de dimension finie sur K est absolument semi-simple (VIII, p. 218, cor. 1 a)), car toute extension d’un corps parfait est séparable (V, p. 35, prop. 2).

Proposition 1 00FA

Soit K un corps commutatif et soit A une K-algèbre.

a) Toute somme directe de A-modules absolument semi-simples est un A-module absolument semi-simple. Tout sous-module et tout module quotient d’un module absolument semi-simple est un module absolument semi-simple.

b) Soient M un A-module et L une extension du corps K. Pour que le A-module M soit absolument semi-simple, il faut et il suffit que le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} soit absolument semi-simple.

L’assertion a) résulte de l’assertion analogue pour les modules semi-simples (VIII, p. 52, cor. 1 et 3).

Supposons que le A-module M soit absolument semi-simple et soit L′L' une extension de L. En tant que A(L′)A_{(L')}-module, L′⊗LM(L)L'\otimes_LM_{(L)} est isomorphe à M(L′)M_{(L')} (II, p. 83, prop. 2) ; c’est donc un module semi-simple. Ceci prouve que M(L)M_{(L)} est absolument semi-simple.

Réciproquement, supposons que M(L)M_{(L)} soit absolument semi-simple. Soit L′L' une extension de K. Il existe une extension composée (Ω,u,v)(\Omega , u, v) de L et L′L' (V, p. 12, cor.) ; identifions L et L′L' à des sous-extensions de Ω. Le A(Ω)A_{(\Omega )}-module M(Ω)M_{(\Omega )} est isomorphe à (M(L))(Ω)(M_{(L)})_{(\Omega )}, donc il est semi-simple. Mais M(Ω)M_{(\Omega )} est aussi isomorphe à (M(L′))(Ω)(M_{(L')})_{(\Omega )}, et la prop. 8, a) de VIII, p. 217 entraîne que M(L′)M_{(L')} est semi-simple. Donc M est absolument semi-simple.

Proposition 2 00FB

Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre et M un A-module de dimension finie sur K. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le A-module M est absolument semi-simple ;

(ii) Il existe une extension P de K, qui est un corps parfait, telle que le A(P)A_{(P)}-module M(P)M_{(P)} soit semi-simple ;

(iii) Le A-module M est semi-simple et le centre de son commutant est une algèbre étale sur le corps K.

Il est clair que (i) entraîne (ii). Par ailleurs, sous les hypothèses de (ii), le A(P)A_{(P)}-module M(P)M_{(P)} est absolument semi-simple d’après le cor. 1, a) de VIII, p. 218. D’après la prop. 1, b), M est alors absolument semi-simple. Donc (ii) entraîne (i).

Supposons M semi-simple. Soit Z le centre du commutant de M ; c’est une algèbre commutative de degré fini sur le corps K. Si L est une extension de K, il résulte de la prop. 8, b) de VIII, p. 217. que le A(L)A_{(L)}-module M(L)M_{(L)} est semi-simple si et seulement si l’anneau Z(L)Z_{(L)} est réduit. L’équivalence de (i) et (iii) résulte donc du th. 4 de V, p. 34.

2. Algèbres sur un corps séparablement clos

Lemme 1 00FC

Soit D un corps et soit Z son centre. Notons pp l’exposant caractéristique de Z. On suppose que pour tout élément aa de D, il existe un entier m⩾0m\geqslant 0tel que apma^{p^m} appartienne à Z. Alors le corps D est commutatif.

Si p=1p= 1, alors D = Z. Nous supposons donc p>1p >1.

Raisonnons par l’absurde en supposant D non commutatif. Soient aa un élément de D−ZD-Z, et qq une puissance de pp telle que aqa^q appartienne à Z. Notons I l’application identique de D et σ\sigma l’automorphisme intérieur x→axa−1x\rightarrow axa^{-1} de D dans D associé à aa; on a σq=I\sigma^q= I, car aqa^q appartient à Z. On a σ−I≠0\sigma -I\not= 0 car aa n’appartient pas à Z, et (σ−I)q=σq−I=0(\sigma -I)^q=\sigma^q-I = 0 car Z est de caractéristique pp. Soit ff le plus grand entier positif tel qu’on ait (σ−I)f≠0(\sigma -I)^f\not= 0; on a f⩾1f\geqslant 1. Choisissons un élément cc de D tel que (σ−I)f(c)≠0(\sigma -I)^f(c)\not= 0 et posons

x=(σ−I)f−1(c),y=(σ−I)(x)=(σ−I)f(c) x= (\sigma -I)^{f-1}(c),y= (\sigma -I)(x) = (\sigma -I)^f(c)

Par construction, on a y≠0y\not= 0 et σ(y)=y\sigma (y) =y; si l’on pose z=y−1xz=y^{-1}x, on en déduit

σ(z)=σ(y)−1σ(x)=y−1(y+x)=1+z \sigma (z) =\sigma (y)^{-1}\sigma (x) =y^{-1}(y+x) = 1 +z

d’où σ(zpj)=1+zpj\sigma (z^{p^j}) = 1 +z^{p^j} pour tout entier positif jj. Choisissons un entier m⩾0m\geqslant 0 tel que zpmz^{p^m} appartienne au centre Z de D ; on a

zpm=azpma−1=σ(zpm)=1+zpm z^{p^m}=az^{p^m}a^{-1}=\sigma (z^{p^m}) = 1 +z^{p^m}

et cette contradiction établit le lemme 1.

Proposition 3 00FD

Soit K un corps séparablement clos (V, p. 43, déf. 4) et soit D une algèbre de degré fini sur K qui est un corps. Alors D est commutative.

Notons pp l’exposant caractéristique de K. Soit aa un élément de D. L’anneau K[a]K[a] est une extension algébrique de K (V, p. 16, cor. 1). Comme le corps K est séparablement clos, il résulte de V, p. 42, prop. 13 que l’algèbre K[a]K[a] est une extension radicielle de K. Il existe donc un entier m⩾0m\geqslant 0 tel que apma^{p^m} appartienne à K. Compte tenu du lemme 1, le corps D est commutatif.

Corollaire 00FE

Soient K un corps séparablement clos et A une algèbre semi-simple de degré fini sur K. Il existe alors un entier r⩾0r\geqslant 0, des entiers strictement positifs n1,...,nrn_1, . . . , n_r et des extensions K1,...,KrK_1, . . . ,K_r de degré fini de K, tels que A soit isomorphe à l’algèbre ∏i=1rMni(Ki)\prod^r_{i=1}\mathbf{M}_{n_i}(K_i).

D’après le théorème de structure des algèbres semi-simples (VIII, p. 131, th. 1), A est isomorphe à une algèbre ∏i=1rMni(Di)\prod^r_{i=1}\mathbf{M}_{n_i}(D_i) où rr est un entier ⩾0,n1,...,nr\geqslant 0,n_1, . . . , n_r des entiers strictement positifs, D1,...,DrD_1, . . . ,D_r des K-algèbres de degré fini qui sont des corps. Comme le corps K est séparablement clos, chaque corps DiD_i est commutatif d’après la prop. 3, d’où le corollaire.

3. Algèbres absolument semi-simples

Définition 2 00FF

Soit K un corps commutatif. On dit qu’une K-algèbre A est absolument semi-simple si l’anneau A(L)A_{(L)} est semi-simple pour toute extension L de K.

Une algèbre absolument semi-simple est semi-simple. La K-algèbre A est absolument semi-simple si et seulement si le A-module AsA_s est absolument semi-simple. Compte tenu de la prop. 1 de VIII, p. 225, on obtient donc le résultat suivant : si L est une extension de K, la L-algèbre A(L)A_{(L)} est absolument semi-simple si et seulement si la K-algèbre A est absolument semi-simple.

Théorème 1 00FG

Soient K un corps commutatif et A une K-algèbre. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) La K-algèbre A est absolument semi-simple ;

(ii) L’algèbre A est de degré fini sur K et il existe une extension P de K qui est un corps parfait et telle que la P-algèbre A(P)A_{(P)} soit semi-simple ;

(iii) La K-algèbre A est semi-simple, de degré fini sur K, et son centre est une K-algèbre étale ;

(iv) Il existe une famille finie (ni,Di)i∈I(n_i,D_i)_{i\in I}, où nin_i est un entier strictement positif, et DiD_i une K-algèbre de degré fini qui est un corps, telle que le centre ZiZ_i de DiD_i soit une extension séparable de K, et que A soit isomorphe au produit des anneaux de matrices Mni(Di)\mathbf{M}_{n_i}(D_i);

(v) Il existe une extension L de K et une famille finie d’entiers (ni)i∈I(n_i)_{i\in I} telle que la L-algèbre A(L)A_{(L)} soit isomorphe à l’algèbre ∏i∈IMni(L)\prod_{i\in I}\mathbf{M}_{n_i}(L);

(vi) Il existe une extension L de K, galoisienne et de degré fini et une famille finie d’entiers (ni)(n_i)telle que A(L)A_{(L)} soit isomorphe au produit des algèbres de matrices Mni(L)\mathbf{M}_{n_i}(L).

Nous prouverons d’abord les implications (v) =⇒=\Rightarrow (iv) =⇒=\Rightarrow (iii) =⇒=\Rightarrow (ii) =⇒=\Rightarrow (i). Notons Z le centre de A.

Si la propriété (v) est satisfaite, la L-algèbre A(L)A_{(L)} est semi-simple, de degré fini sur L, et son centre (isomorphe à Z(L)Z_{(L)}, III, p. 41, cor.) est isomorphe à LrL^r pour un certain entier r⩾0r\geqslant 0. D’après le cor. 2, a) de VIII, p. 218, l’algèbre A est semi-simple et de degré fini sur K. Elle est donc isomorphe à un produit fini d’anneaux ∏i∈IMni(Di)\prod_{i\in I}\mathbf{M}_{n_i}(D_i) avec ni⩾1n_i\geqslant 1 pour tout i∈Ii\in I, le corps DiD_i étant une algèbre de degré fini sur K. Le centre ZiZ_i de DiD_i est un corps commutatif extension de K et Z est isomorphe à ∏i∈IZi\prod_{i\in I}Z_i. Donc Z(L)Z_{(L)} est isomorphe d’une part à ∏i∈I(Zi)(L)\prod_{i\in I}(Z_i)_{(L)}, d’autre part à LrL^r. Autrement dit, l’algèbre ∏i∈IZi\prod_{i\in I}Z_i est étale sur le corps K et chacune des extensions ZiZ_i est séparable sur K (V, p. 30, cor.). Donc (v) entraîne (iv).

Si la propriété (iv) est satisfaite, il est clair que A est une algèbre semi-simple et de degré fini sur K. Son centre Z est isomorphe au produit ∏i∈IZi\prod_{i\in I}Z_i d’extensions séparables de degré fini de K ; c’est donc une algèbre étale. Donc (iv) entraîne (iii).

Les implications (iii) =⇒=\Rightarrow (ii) =⇒=\Rightarrow (i) résultent de la prop. 2 de VIII, p. 226 appliquée au A-module M=AsM = A_s.

Lemme 2 00FH

Soient L un corps algébriquement clos et D un corps contenant L dans son centre. Si D est distinct de L, il existe une extension L′L' de L telle que l’anneau D⊗LL′D\otimes_LL' ne soit pas artinien à gauche.

Soit xx un élément de D - L ; comme L est algébriquement clos, l’extension L′=L(x)L'= L(x) de L n’est pas algébrique et xx est transcendant sur L. L’anneau B=L′⊗LL′B = L'\otimes_LL' est alors intègre d’après la prop. 5 de V, p. 135.

L’élément y=x⊗1−1⊗xy=x\otimes 1-1\otimes x de B n’est pas nul ; mais si φ\varphi est l’homomorphisme de B dans L′L' qui transforme ξ⊗η\xi \otimes \eta en ξη\xi \eta, on a φ(y)=0\varphi (y) = 0, donc yy n’est pas inversible dans B. Considérons l’anneau C=D⊗LL′C = D\otimes_LL' comme module à droite sur son sous-anneau B ; c’est un module libre puisque D est un espace vectoriel à droite sur son sous-corps L′L'. Comme yy est un élément non nul et non inversible de l’anneau intègre B, la multiplication à droite par yy dans C est une application RyR_y qui est injective, mais non bijective. Or RyR_y est un endomorphisme du C-module à gauche CsC_s; par suite (VIII, p. 26, cor. 1), l’anneau C n’est pas artinien à gauche.

Prouvons maintenant que (i) entraîne (v). Cela résulte du lemme suivant :

Lemme 3 00FI

Soient A une K-algèbre absolument semi-simple et L une extension algébriquement close de K. Alors l’algèbre A(L)A_{(L)} est isomorphe à un produit d’un nombre fini d’algèbres de matrices sur L.

La L-algèbre A(L)A_{(L)} est semi-simple ; elle est donc isomorphe au produit d’un nombre fini d’algèbres de la forme Mni(Di)\mathbf{M}_{n_i}(D_i), où DiD_i est un corps contenant L dans son centre et nin_i un entier ⩾1\geqslant 1 (VIII, p. 133, remarque 1).

Soit L′L' une extension de L. Comme la K-algèbre A est absolument semi-simple, l’anneau A(L′)A_{(L')} est semi-simple, donc artinien à gauche. Or, l’anneau A(L′)A_{(L')} est isomorphe à L′⊗LA(L)L'\otimes_LA_{(L)}, donc à ∏i∈IMni(L′⊗LDi)\prod_{i\in I}\mathbf{M}_{n_i}(L'\otimes_LD_i); d’après la prop. 5 de VIII, p. 7, chacun des anneaux Mni(L′⊗LDi)\mathbf{M}_{n_i}(L'\otimes_LD_i) est donc artinien à gauche.

Soient n⩾1n\geqslant 1 un entier et B un anneau ; soit (br)r⩾0(\mathfrak{b}_r)_{r\geqslant 0} une suite décroissante d’idéaux à gauche de B ; notons cr\mathfrak{c}_r l’ensemble des matrices carrées d’ordre nn à éléments dans br\mathfrak{b}_r. Alors (cr)r⩾0(\mathfrak{c}_r)_{r\geqslant 0} est une suite décroissante d’idéaux à gauche de Mn(B)\mathbf{M}_n(B). En particulier, si l’anneau Mn(B)\mathbf{M}_n(B) est artinien à gauche, il en est de même de B.

D’après ce qui précède, pour tout i∈Ii\in I, et toute extension L′L' de L, l’anneau Di⊗LL′D_i\otimes_LL' est artinien à gauche. D’après le lemme 2, on a Di=LD_i= L pour tout i∈Ii\in I, ce qui entraîne le lemme 3.

Pour démontrer l’implication (i)⇒\Rightarrow(vi) nous utiliserons le lemme suivant :

Lemme 4 00FJ

Soient A et B des algèbres sur le corps K, possédant des systèmes générateurs finis ; soit K′K' une extension de K. Si les K′K'-algèbres A(K′)A_{(K')} et B(K′)B_{(K')} sont isomorphes, il existe une sous-extension L de K′K', de type fini sur K, telle que les L-algèbres A(L)A_{(L)} et B(L)B_{(L)} soient isomorphes.

Soient (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} et (fj)j∈J(f_j)_{j\in J} des systèmes générateurs finis des algèbres A et B respectivement. Soit uu un isomorphisme de A(K′)A_{(K')} sur B(K′)B_{(K')} et vv l’isomorphisme réciproque ; il existe une sous-extension L de K′K', de type fini sur K, telle que l’on ait u(1⊗ei)∈B(L)u(1\otimes e_i)\in B_{(L)} pour tout i∈Ii\in I et v(1⊗fj)∈A(L)v(1\otimes f_j)\in A_{(L)} pour tout j∈Jj\in J. Par suite uu applique A(L)A_{(L)} dans B(L)B_{(L)} et vv applique B(L)B_{(L)} dans A(L)A_{(L)}. Les applications induites u′:A(L)→B(L)u': A_{(L)}\rightarrow B_{(L)} et v′:B(L)→A(L)v': B_{(L)}\rightarrow A_{(L)} sont des homomorphismes d’anneaux, et ce sont des bijections réciproques l’une de l’autre.

Terminons la démonstration de l’implication (i)⇒\Rightarrow(vi) Notons K′K' une clôture séparable de K (V, p. 44). Alors A(K′)A_{(K')} est une algèbre absolument semi-simple sur K′K'. Par l’implication (i)⇒\Rightarrow(iv), la K′K'-algèbre A(K′)A_{(K')} est isomorphe à un produit Mn1(D1)×\mathbf{M}_{n_1}(D_1)\times ⋯×Mnr(Dr)\cdots \times \mathbf{M}_{n_r}(D_r), où DiD_i est une K′K'-algèbre de degré fini qui est un corps et dont le centre ZiZ_i est une extension séparable de K′K'. Comme K′K' est séparablement clos, on a Zi=K′Z_i= K'. D’après la prop. 3 de VIII, p. 227, le corps DiD_i est commutatif. On a donc Di=K′D_i= K'. Notons B la K-algèbre Mn1(K)×⋯×Mnr(K)\mathbf{M}_{n_1}(K)\times \cdots \times \mathbf{M}_{n_r}(K). Les K′K'-algèbres A(K′)A_{(K')} et B(K′)B_{(K')} sont isomorphes d’après ce qui précède. Toute sous-extension de K′K', de type fini sur K, est séparable et de degré fini sur K, donc contenue dans une sous-extension L de K′K', galoisienne et de degré fini sur K (V, p. 55, prop. 2). L’implication résulte donc du lemme 4 de VIII, p. 229.

L’implication (vi)⇒\Rightarrow(v) est immédiate.

Corollaire 1 00FK

Soient K un corps commutatif, A1A_1 et A2A_2 des K-algèbres. On suppose que A1A_1 est absolument semi-simple.

a) Si A2A_2 est semi-simple, il en est de même de A1⊗KA2A_1\otimes_KA_2.

b) Si A2A_2 est absolument semi-simple, il en est de même de A1⊗KA2A_1\otimes_KA_2.

Notons Z1Z_1 le centre de A1A_1 et Z2Z_2 celui de A2A_2. Le centre Z de A1⊗KA2A_1\otimes_KA_2 est égal à Z1⊗KZ2Z_1\otimes_KZ_2 d’après le corollaire de III, p. 41. Supposons A2A_2 semi-simple ; alors Z2Z_2 est une algèbre réduite (VIII, p. 133, prop. 2 et 3). D’après le th. 1, Z1Z_1 est une K-algèbre étale, donc séparable. D’après la prop. 5 de V, p. 115, l’anneau Z=Z1⊗KZ2Z = Z_1\otimes_KZ_2 est réduit ; comme A1A_1 est de degré fini sur K (th. 1), il résulte de la prop. 7 de VIII, p. 217, que l’anneau A1⊗KA2A_1\otimes_KA_2 est semi-simple.

Supposons maintenant que A2A_2 soit absolument semi-simple. Soit L une extension de K. Alors l’algèbre A1(L)A_{1(L)} est absolument semi-simple et l’algèbre A2(L)A_{2(L)} est semi-simple. Donc, par a), l’algèbre A1⊗KA2(L)A_1\otimes_KA_{2(L)} est semi-simple.

Corollaire 2 00FL

Soit K un corps séparablement clos et soit A une K-algèbre absolument semi-simple. Il existe alors un entier r⩾0r\geqslant 0et des entiers strictement positifs n1,...,nrn_1, . . . , n_r tels que l’algèbre A soit isomorphe à l’algèbre ∏i=1rMni(K)\prod^r_{i=1}\mathbf{M}_{n_i}(K).

D’après le th. 1, A est isomorphe à une algèbre de la forme ∏i=1rMni(Di)\prod^r_{i=1}\mathbf{M}_{n_i}(D_i), pour un entier r⩾0r\geqslant 0, des entiers n1,...,nrn_1, . . . , n_r et des K-algèbres de degré fini D1,...,DrD_1, . . . ,D_r qui sont des corps et dont les centres sont des extensions séparables de K et donc égales à K. Par la prop. 3 de VIII, p. 227, on a Di=KD_i= K pour i∈[1,r]i\in [1, r].

Exemple 00FM

Pour qu’une K-algèbre commutative soit absolument semi-simple, il faut et il suffit qu’elle soit étale (V, p. 28, déf. 1) : cela résulte de la définition et de l’équivalence des conditions (i) et (v) du th. 1.

4. Caractérisation des modules absolument semi-simples

Proposition 4 00FN

Soient K un corps commutatif et A une K-algèbre.

a) Soit M un A-module semi-simple. Pour que le A-module M soit absolument semi-simple, il faut et il suffit que tout module simple appartenant au support de M le soit.

b) Soit S un A-module simple et soit D son commutant. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le A-module S est absolument semi-simple ;

(ii) La K-algèbre D est absolument semi-simple ;

(iii) La K-algèbre D est un corps, de degré fini sur K et son centre est une

extension séparable de K.

L’assertion a) résulte de la prop. 1, a) de VIII, p. 225. Plaçons-nous sous les hypothèses de b) ; soit L une extension de K. Pour que le A(L)A_{(L)}-module S(L)S_{(L)} soit semi-simple, il faut et il suffit que l’anneau D(L)D_{(L)} soit semi-simple (VIII, p. 217, prop. 8, c)). Cela prouve l’équivalence de (i) et (ii), et celle de (ii) et (iii) résulte du théorème 1 puisque D est un corps.

Corollaire 00RF

Soient K un corps commutatif, A1A_1 et A2A_2 des K-algèbres, M1M_1 un A1A_1-module absolument semi-simple, M2M_2 un A2A_2-module semi-simple. Alors M1⊗KM2M_1\otimes_KM_2 est un module semi-simple sur l’anneau A1⊗KA2A_1\otimes_KA_2.

Le module M1M_1 est somme directe de A1A_1-modules simples absolument semi-simples (prop. 4). Il suffit donc de démontrer la proposition dans le cas où les modules M1M_1 et M2M_2 sont simples. Notons D1D_1 et D2D_2 leurs commutants. La K-algèbre D1D_1 est absolument semi-simple (loc. cit.) ; d’après le cor. 1 de VIII, p. 230, la K-algèbre D1⊗KD2D_1\otimes_KD_2 est semi-simple. Il résulte alors du cor. 1 de VIII, p. 211, que le (A1⊗KA2)(A_1\otimes_KA_2)-module M1⊗KM2M_1\otimes_KM_2 est semi-simple.

5. Dérivations des algèbres semi-simples

Dans ce numéro et les suivants, on note K un anneau commutatif, A une K-algèbre, B la K-algèbre A⊗KAoA\otimes_KA^o et ε\varepsilon l’application K-linéaire de B dans A telle que l’on ait ε(x⊗y)=xy\varepsilon (x\otimes y) =xy pour x,yx, y dans A.

Rappelons (III, p. 39) que tout (A(A, A)-bimodule P peut être considéré comme un B-module à gauche, dont la loi d’action est caractérisée par (a⊗a′)p=apa′(a\otimes a')p=apa' pour a,a′a, a' dans A et pp dans P ; réciproquement, tout B-module peut être considéré comme un (A(A, A)-bimodule. On munit A de sa structure canonique de (A(A, A)-bimodule et de la structure de B-module correspondante ; on munit B de la structure de (A,A)(A,A)-bimodule correspondant au B-module BsB_s. On a donc

a(x⊗y)a′=(a⊗a′)(x⊗y)=ax⊗ya′ a(x\otimes y)a'= (a\otimes a')(x\otimes y) =ax\otimes ya'

pour a,a′,x,ya, a', x, y dans A, le produit ya′ya' étant calculé dans l’algèbre A.

L’application K-linéaire ε\varepsilon est un homomorphisme de (A(A, A)-bimodules.

Proposition 5 00FO

Les propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) Le B-module A est projectif ;

(ii) Il existe un élément ee du (A,A)(A,A)-bimodule B satisfaisant aux deux conditions suivantes :ε(e)=1:\varepsilon (e) = 1et ae=eaae=ea pour tout a∈Aa\in A.

L’application ε:B→A\varepsilon : B\rightarrow A est surjective car on a ε(a⊗1)=a\varepsilon (a\otimes 1) =a pour tout a∈Aa\in A; c’est un homomorphisme de (A(A, A)-bimodules, donc une application B-linéaire. Si le B-module A est projectif, il existe une section ss de ε\varepsilon (II, p. 39, prop. 4) ; c’est un homomorphisme de (A(A, A)-bimodules de A dans B. Si l’on pose e=se=s(1), on a ε(e)=ε(s(1))=1\varepsilon (e) =\varepsilon (s(1)) = 1 et ae=s(a)=eaae=s(a) =ea pour tout a∈Aa\in A. Donc (i) implique (ii).

Inversement, soit ee un élément de B satisfaisant aux conditions de (ii). Définissons une application ss de A dans B par la formule

s(a)=ae=ea(1) s(a) =ae=ea \tag{1}

C’est un homomorphisme de (A(A, A)-bimodules et l’on a ε∘s=1A\varepsilon \circ s= 1_A; autrement dit, ss est une section B-linéaire de l’application surjective ε\varepsilon. Par suite le B-module A est isomorphe au sous-module facteur direct s(A)s(A) de BsB_s (II, p. 20, prop. 15), donc est projectif (II, p. 39, prop. 4). Cela prouve que (ii) entraîne (i).

Remarque 1 00FP

Soit e=∑i=1rai⊗ai′e=\sum^r_{i=1}a_i\otimes a'_i un élément de B. Les conditions (ii) de la prop. 5 se traduisent par les formules

∑i=1raiai′=1(2) \sum_{i=1}^ra_ia'_i= 1 \tag{2}

(3) ∑i=1raai⊗ai′=∑i=1rai⊗ai′a\sum_{i=1}^raa_i\otimes a'_i=\sum_{i=1}^ra_i\otimes a'_ia pour tout a∈Aa\in A.

Lorsqu’elles sont satisfaites, ee est un élément idempotent de B. En effet, on a alors les relations :

e2=∑i=1raieai′=∑i=1reaiai′=e e^2=\sum_{i=1}^ra_iea'_i=\sum_{i=1}^rea_ia'_i=e

Remarque 2 00FQ

Soit K un anneau commutatif, soit A une K-algèbre et soit M un A-module. Le groupe EndK(M)_K(M) est muni d’une structure de (A(A, A)-bimodule définie par

aua′(x)=au(a′x) aua'(x) =au(a'x)

pour tous a,a′∈Aa, a'\in A, tout u∈u\in EndK(M)_K(M) et tout x∈Mx\in M. Munissons-la de la structure de B-module associée. Soit e=∑i=1rai⊗ai′e=\sum^r_{i=1}a_i\otimes a'_i un élément de B satisfaisant aux conditions (ii) de la prop. 5, donc aussi aux relations (2) et (3). Si p∈p\in EndK(M)_K(M) est un projecteur dont l’image N est un sous-A-module de M, alors epep est un projecteur A-linéaire de même image.

En effet l’image de epep est contenu dans N. Si xx appartient à N, il en est de même de ai′xa'_ix, d’où p(ai′x)=ai′xp(a'_ix) =a'_ix, et

ep(x)=∑i=1raiai′x=x ep(x) =\sum_{i=1}^ra_ia'_ix=x

d’après la formule (2). De la formule (3), on déduit que aep(x)=ep(ax)aep(x) =ep(ax) pour tout a∈Aa\in A et tout x∈Mx\in M, ce qui démontre que epep est A-linéaire.

Théorème 2 00RG

Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre. Les propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) La K-algèbre A est absolument semi-simple ;

(ii) La K-algèbre B=A⊗KAoB = A\otimes_KA^o est semi-simple ;

(iii) Le B-module A est projectif ;

(iv) Il existe un élément ee du (A,A)(A,A)-bimodule B satisfaisant à ε(e)=1\varepsilon (e) = 1et ae=eaae=ea pour tout a∈Aa\in A.

Supposons l’algèbre A absolument semi-simple, donc semi-simple. Alors l’algèbre AoA^o est semi-simple (VIII, p. 133, prop. 2) et il résulte du cor. 1 de VIII, p. 230 que B=A⊗KAoB = A\otimes_KA^o est une K-algèbre semi-simple. Donc (i) entraîne (ii).

Comme tout module sur un anneau semi-simple est projectif (VIII, p. 134, prop. 4), (ii) entraîne (iii).

L’équivalence de (iii) et (iv) résulte de la prop. 5. Pour achever la démonstration, prouvons que (iv) implique (i). Soit e=∑i=1rai⊗ai′e=\sum^r_{i=1}a_i\otimes a'_i un élément de B satisfaisant aux conditions (ii) de la prop. 5. Soit L une extension du corps K ; il s’agit de prouver que l’anneau A(L)A_{(L)} est semi-simple ou encore que tout A(L)A_{(L)}-module est semi-simple (VIII, p. 134, prop. 4). Soit M un A(L)A_{(L)}-module et soit N un sous-module de M ; considérons M comme un (A(A, L)-bimodule à gauche et N comme un sousbimodule (III, p. 39). Comme L est un corps, il existe un projecteur L-linéaire uu dans M, d’image N. Comme les homothéties aMa_M associées aux éléments aa de A sont L-linéaires, il existe un unique homomorphisme de groupes de A⊗KAoA\otimes_KA^o dans EndL(M)_L(M) qui associe à un élément a⊗a′a\otimes a' l’application L-linéaire x→au(a′x)x\rightarrow au(a'x). Notons vv l’image de ee par cet homomorphisme ; il résulte de la remarque 2 que vv est un projecteur A(L)A_{(L)}-linéaire d’image N. Le noyau de vv est un sous-A(L)_{(L)}-module de M, supplémentaire de N. D’après le cor. 2 de VIII, p. 52, le A(L)A_{(L)}-module M est semi-simple.

Remarque 3 00FR

On sait (VIII, p. 230, cor. 1) que le produit tensoriel de deux algèbres absolument semi-simples sur un corps commutatif est absolument semi-simple. Par suite, si l’algèbre A est absolument semi-simple, il en est de même de l’algèbre B=A⊗KAoB = A\otimes_KA^o.

6. Cohomologie des algèbres

Dans ce numéro, on note K un anneau commutatif, A une K-algèbre, B la K-algèbre A⊗KAoA\otimes_KA^o et ε\varepsilon l’application K-linéaire de B dans A telle que l’on ait ε(x⊗y)=\varepsilon (x\otimes y) = xyxy pour x,yx, y dans A. Pour n∈Nn\in \mathbf{N}, on note BnB_n le produit tensoriel sur K de (n+2)(n+ 2) copies du K-module A. On le considère comme un (A(A, A)-bimodule (et aussi comme B-module) en le munissant de la structure de A-module à gauche déduite de la structure de A-module à gauche du premier facteur du produit tensoriel, et de la structure de A-module à droite déduite de la structure de A-module à droite du dernier facteur. En particulier, B0B_0 n’est autre que le (A(A, A)-bimodule B.

Pour tout entier n⩾1n\geqslant 1, on définit des homomorphismes de bimodules dnid_n^i pour i∈[0,n]i\in [0, n] et dnd_n de BnB_n dans Bn−1B_{n-1}, par les formules

dni(x0⊗⋯⊗xn+1)=x0⊗⋯⊗xixi+1⊗⋯⊗xn+1(4) d_n^i(x_0\otimes \cdots \otimes x_{n+1}) =x_0\otimes \cdots \otimes x_ix_{i+1}\otimes \cdots \otimes x_{n+1} \tag{4}

pour i∈[0,n]i\in [0, n].

dn=∑i=0n(−1)idni(5) d_n=\sum_{i=0}^n(-1)^id_n^i \tag{5}

On note d0=d00d_0=d^0_0 l’application ε:B0→A\varepsilon : B_0\rightarrow A.

Soit nn un entier ⩾1\geqslant 1. Pour 0⩽i<j⩽n0 \leqslant i < j \leqslant n, on a

dn−1i∘dnj=dn−1j−1∘dni d_{n-1}^i \circ d_n^j = d_{n-1}^{j-1} \circ d_n^i

et l’on en déduit

dn−1∘dn=∑0⩽i<j⩽n(−1)i+jdn−1i∘dnj+∑0⩽j⩽i⩽n−1(−1)i+jdn−1i∘dnj=∑0⩽i<j⩽n(−1)i+jdn−1j−1∘dni+∑0⩽j⩽i⩽n−1(−1)i+jdn−1i∘dnj, \begin{align*} d_{n-1} \circ d_n &= \sum_{0 \leqslant i < j \leqslant n} (-1)^{i+j} d_{n-1}^i \circ d_n^j + \sum_{0 \leqslant j \leqslant i \leqslant n-1} (-1)^{i+j} d_{n-1}^i \circ d_n^j \\ &= \sum_{0 \leqslant i < j \leqslant n} (-1)^{i+j} d_{n-1}^{j-1} \circ d_n^i + \sum_{0 \leqslant j \leqslant i \leqslant n-1} (-1)^{i+j} d_{n-1}^i \circ d_n^j, \end{align*}

d’où

dn−1∘dn=0. d_{n-1} \circ d_n = 0.

Soit PP un (A,A)(A, A)-bimodule. Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, on note Cn(A,P)C^n(A, P) le K-module des applications K-multilinéaires de AnA^n dans PP. L’application αn:Cn(A,P)→Hom⁡B(Bn,P)\alpha^n : C^n(A, P) \to \operatorname{Hom}_B(B_n, P) qui à f∈Cn(A,P)f \in C^n(A, P) associe l’homomorphisme αn(f)\alpha^n(f) caractérisé par

αn(f)(x0⊗⋯⊗xn+1)=x0f(x1,…,xn)xn+1 \alpha^n(f)(x_0 \otimes \cdots \otimes x_{n+1}) = x_0 f(x_1, \ldots, x_n)x_{n+1}

est un isomorphisme de K-modules.

On note ∂n\partial^n (pour n⩾0n \geqslant 0) l’unique application K-linéaire de Cn(A,P)C^n(A, P) dans Cn+1(A,P)C^{n+1}(A, P) rendant commutatif le diagramme

Cn(A,P)→∂nCn+1(A,P)↓αn↓αn+1Hom⁡B(Bn,P)→Hom⁡(dn+1,1P)Hom⁡B(Bn+1,P); \begin{array}{ccc} C^n(A, P) & \xrightarrow{\partial^n} & C^{n+1}(A, P) \\ \downarrow \alpha^n & & \downarrow \alpha^{n+1} \\ \operatorname{Hom}_B(B_n, P) & \xrightarrow{\operatorname{Hom}(d_{n+1}, 1_P)} & \operatorname{Hom}_B(B_{n+1}, P); \end{array}

on a donc par définition

(αn+1∘∂n)(f)=αn(f)∘dn+1 (\alpha^{n+1} \circ \partial^n)(f) = \alpha^n(f) \circ d_{n+1}

pour tout f∈Cn(A,P)f \in C^n(A, P). Autrement dit, on a

∂n(f)(x0,…,xn)=αn(f)(dn+1(1⊗x0⊗⋯⊗xn⊗1)) \partial^n(f)(x_0, \ldots, x_n) = \alpha^n(f)(d_{n+1}(1 \otimes x_0 \otimes \cdots \otimes x_n \otimes 1))

pour x0,…,xnx_0, \ldots, x_n dans AA et ff dans Cn(A,P)C^n(A, P), c’est-à-dire

∂n(f)(x0,…,xn)=x0f(x1,…,xn)+∑i=0n−1(−1)i+1f(x0,…,xi−1,xixi+1,xi+2,…,xn)+(−1)n+1f(x0,…,xn−1)xn. \begin{align*} \partial^n(f)(x_0, \ldots, x_n) = & x_0 f(x_1, \ldots, x_n) \\ & + \sum_{i=0}^{n-1} (-1)^{i+1} f(x_0, \ldots, x_{i-1}, x_i x_{i+1}, x_{i+2}, \ldots, x_n) \\ & + (-1)^{n+1} f(x_0, \ldots, x_{n-1}) x_n. \end{align*}

D’après (7) et (9), on a

(11) ∂n+1∘∂n=0\partial^{n+1}\circ \partial^n= 0 pour tout n⩾0n\geqslant 0.

On note H0(A,P)H^0(A,P) le K-module Ker ∂0\partial^0 et, pour n⩾1,Hn(A,P)n\geqslant 1, H^n(A,P) le K-module Ker ∂n/\partial^n/ Im ∂n−1\partial^{n-1}. Le K-module C0(A,P)C^0(A,P) s’identifie à P et on a C1(A,P)=C^1(A,P) = HomK(A,P)_K(A,P). Les applications ∂n\partial^n pour n⩽2n\leqslant 2 sont données par les formules

(12) ∂0(p)(a)=ap−pa\partial^0(p)(a) =ap-pa pour tout p∈Pp\in P;

(13) ∂1(f)(a,a′)=af(a′)−f(aa′)+f(a)a′\partial^1(f)(a, a') =af(a')-f(aa') +f(a)a' pour f∈C1(A,P)f\in C^1(A,P);

∂2(f)(a,a′,a′′)=af(a′,a′′)−f(aa′,a′′)+f(a,a′a′′)−f(a,a′)a′′(14) \partial^2(f)(a, a', a'') =af(a', a'')-f(aa', a'') +f(a, a'a'')-f(a, a')a'' \tag{14}

pour f∈C2(A,P)f\in C^2(A,P).

Ainsi H0(A,P)H^0(A,P) est le sous-K-module de P formé des éléments pp tels que ap=ap= papa pour tout a∈Aa\in A, et H1(A,P)H^1(A,P) est le quotient du K-module DerK(A,P)_K(A,P) des K-dérivations de A dans P (III, p. 118) par le sous-K-module formé des dérivations de la forme a→ap−paa\rightarrow ap-pa avec p∈Pp\in P (appelées dérivations intérieures).

7. Cohomologie des algèbres absolument semi-simples

Proposition 6 00FS

Soient K un anneau commutatif et A une K-algèbre. Soit e=e= ∑i=1rai⊗ai′\sum^r_{i=1}a_i\otimes a'_i un élément de B=A⊗KAoB = A\otimes_KA^o vérifiant les conditions (ii) de la prop. 5 de VIII, p. 232. Pour tout entier n⩾1n\geqslant 1et tout élément ff de Cn(A,P)C^n(A,P), notons γn(f)\gamma^n(f) l’élément de Cn−1(A,P)C^{n-1}(A,P)défini par la formule

γn(f)(x1,...,xn−1)=∑i=1raif(ai′,x1...,xn−1)(15) \gamma^n(f)(x_1, . . . , x_{n-1}) =\sum_{i=1}^ra_if(a'_i, x_1. . . , x_{n-1}) \tag{15}

On a alors

∂n−1(γn(f))+γn+1(∂n(f))=f(16) \partial^{n-1}(\gamma^n(f)) +\gamma^{n+1}(\partial^n(f)) =f \tag{16}

pour tout entier n⩾1n\geqslant 1et tout f∈Cn(A,P)f\in C^n(A,P).

Remarque 1 00SF

∗*Les morphismes ∂n:Cn(A,P)→Cn+1(A,P)\partial_n: C^n(A,P)\rightarrow C^{n+1}(A,P) définissent

un complexe (C(A,P),∂)(C(A,P), \partial ) de K-modules (X, p. 24). L’application γn\gamma_n définit donc une homotopie reliant 0 à IdC(A,P)_{C(A,P)} de ce complexe dans lui-même (X, p. 32, déf. 44).∗.*

Reprenons les notations du no6^o6. Définissons, pour tout entier n⩾0n\geqslant 0, une application hn:Bn→Bn+1h_n: B_n\rightarrow B_{n+1} par la formule

hn(x)=dn+21(e⊗x)=∑i=1rai⊗ai′x h_n(x) =d^1_{n+2}(e\otimes x) =\sum_{i=1}^ra_i\otimes a'_ix

C’est un homomorphisme de (A(A, A)-bimodules (formule (3)).

Lemme 5 00FT

On a la relation

dn+1∘hn+hn−1∘dn=1Bn(17) d_{n+1}\circ h_n+h_{n-1}\circ d_n= 1_{B_n} \tag{17}

pour tout n⩾1n\geqslant 1.

Soit x∈Bnx\in B_n; on a

(dn+1∘hn)(x)=(dn+1∘dn+21)(e⊗x) (d_{n+1}\circ h_n)(x) = (d_{n+1}\circ d^1_{n+2})(e\otimes x)
=(dn+10∘dn+21)(e⊗x)−∑i=2n+2(−1)i(dn+1i−1∘dn+21)(e⊗x) = (d^0_{n+1}\circ d^1_{n+2})(e\otimes x)-\sum^{n+2}_{i=2}(-1)^i(d_{n+1}^{i-1}\circ d^1_{n+2})(e\otimes x)

d’où, par la formule (6),

(dn+1∘hn)(x)=(dn+10∘dn+20)(e⊗x)−∑i=2n+2(−1)i(dn+11∘dn+2i)(e⊗x) (d_{n+1}\circ h_n)(x) = (d^0_{n+1}\circ d^0_{n+2})(e\otimes x)-\sum^{n+2}_{i=2}(-1)^i(d^1_{n+1}\circ d_{n+2}^i)(e\otimes x)

Mais on a

(dn+10∘dn+20)(e⊗x)=ε(e)x=x (d^0_{n+1}\circ d^0_{n+2})(e\otimes x) =\varepsilon (e)x=x

par la condition (ii) de la prop. 5 de VIII, p. 232 et, pour i⩾2i\geqslant 2,

dn+2i(e⊗x)=e⊗dni−2(x) d^i_{n+2}(e\otimes x) =e\otimes d^{i-2}_n(x)

ce qui donne

(dn+1∘hn)(x)=x−dn+11(e⊗dn(x))=x−hn−1∘dn(x) (d_{n+1}\circ h_n)(x) =x-d^1_{n+1}(e\otimes d_n(x)) =x-h_{n-1}\circ d_n(x)

d’où la formule (17).

Avec le lemme 5, nous pouvons terminer la preuve de la proposition 6. Soient nn un entier ⩾1\geqslant 1 et ff un élément de Cn(A,P)C^n(A,P). On a par construction

αn−1(γn(f))=αn(f)∘hn−1(18) \alpha^{n-1}(\gamma^n(f)) =\alpha^n(f)\circ h_{n-1} \tag{18}

et par suite, d’après les formules (9) et (18)

αn(∂n−1(γn(f))+γn+1(∂n(f))=αn−1(γn(f))∘dn+αn+1(∂n(f))∘hn \alpha^n(\partial^{n-1}(\gamma^n(f)) +\gamma^{n+1}(\partial^n(f)) =\alpha^{n-1}(\gamma^n(f))\circ d_n+\alpha^{n+1}(\partial^n(f))\circ h_n
=αn(f)∘hn−1∘dn+αn(f)∘dn+1∘hn =\alpha^n(f)\circ h_{n-1}\circ d_n+\alpha^n(f)\circ d_{n+1}\circ h_n
=αn(f) =\alpha^n(f)

où la dernière égalité résulte de (17). Comme αn\alpha^n est bijective, la proposition en résulte.

Théorème 3 00FU

Soient K un anneau commutatif, A une K-algèbre et P un (A,A)(A,A)-bimodule. On suppose que le (A⊗KAo)(A\otimes_KA^o)-module A est projectif. On a alors Hn(A,P)=0H^n(A,P) = 0pour tout entier n⩾1n\geqslant 1.

Il s’agit de prouver que pour tout entier n⩾1n\geqslant 1, tout élément ff de Cn(A,P)C^n(A,P) tel que ∂n(f)=0\partial^n(f) = 0 est de la forme ∂n−1(g)\partial^{n-1}(g) pour un élément gg de Cn−1(A,P)C^{n-1}(A,P). Compte tenu de la prop. 5 (VIII, p. 232), c’est une conséquence immédiate de la prop. 6 de VIII, p. 236.

Corollaire 00FV

Toute K-dérivation de A dans P est intérieure.

C’est une traduction de l’égalité H1(A,P)=0H^1(A,P) = 0.

Remarque 2 00FW

Les hypothèses du th. 3 sont notamment vérifiées lorsque K est un corps et A une K-algèbre absolument semi-simple (VIII, p. 233, th. 2).

Remarque 3 00FX

Supposons que le K-module A soit projectif. Le théorème 3 peut aussi se

démontrer de la façon suivante. Le complexe (⨁n⩾0Bn,d)(\bigoplus_{n\geqslant 0}B_n, d) et l’homomorphisme ε:B0→A\varepsilon : B_0\rightarrow A définissent une résolution projective du B-module A ; le K-module Hn(A,P)H^n(A,P) est donc isomorphe à ExtBn(A,P)^n_B(A,P) pour tout n⩾0n\geqslant 0 (X, p. 100, th. 1). Si le B-module A est projectif, les K-modules ExtBn(A,P)^n_B(A,P) sont nuls pour n⩾1n\geqslant 1 (X, p. 88, cor. de la prop. 5), ce qui entraîne la nullité de Hn(A,P)H^n(A,P). Inversement, si H1(A,P)H^1(A,P) est nul pour tout (A(A, A)-bimodule P, le B-module A est projectif (X, p. 93, prop. 1010).∗.*

8. Scindage des algèbres artiniennes

Dans ce numéro, K désigne un anneau commutatif et A une K-algèbre. Soit r\mathfrak{r} le radical de A. Notons A‾\overline{A} l’algèbre quotient A/rA/\mathfrak{r} et π\pi l’application canonique de A sur A. On s’intéresse ici aux sous-algèbres S de A telles que A=S⊕rA = S\oplus \mathfrak{r}.

Notons Σ l’ensemble des sections K-linéaires ss de π\pi satisfaisant à s(αβ)=s(\alpha \beta ) = s(α)s(β)s(\alpha )s(\beta ) pour α,β\alpha , \beta dans A. Observons qu’une telle section satisfait nécessairement à s(1)=1s(1) = 1 (autrement dit, ss est un homomorphisme d’anneaux) : on a en effet s(1)2=ss(1)^2=s(1), et s(1)s(1) est inversible puisqu’il appartient à 1+r1 +\mathfrak{r} (VIII, p. 151, th. 1). Si ss est un élément de Σ, l’image S de ss est une sous-algèbre de A et l’on a A=S⊕rA = S\oplus \mathfrak{r}. Inversement, si S est une sous-algèbre de A telle que A=S⊕rA = S\oplus \mathfrak{r}, la restriction de π\pi à S est bijective, et la bijection réciproque définit un élément de Σ d’image S.

D’après le théorème de Jacobson (loc. cit.), tout élément de 1+r1 +\mathfrak{r} est inversible dans A ; on appelle automorphisme spécial de A tout automorphisme intérieur de la forme a→xax−1a\rightarrow xax^{-1} avec x∈1+rx\in 1 +\mathfrak{r}.

Proposition 7 00FY

Supposons que le (A⊗KAo‾)(A\otimes_K\overline{A^o})-module A soit projectif.

a) Soient S1S_1 et S2S_2 des sous-algèbres de A satisfaisant à A=S1⊕r=S2⊕rA = S_1\oplus \mathfrak{r}= S_2\oplus \mathfrak{r}. Il existe un automorphisme spécial de A transformant S1S_1 en S2S_2.

b) Supposons que π\pi possède une section K-linéaire et que le radical r\mathfrak{r} de A soit nilpotent. Il existe alors une sous-algèbre S de A satisfaisant à A=S⊕rA = S\oplus \mathfrak{r}.

Plaçons-nous sous les hypothèses de a) et notons s1s_1 et s2s_2 les éléments de l’ensemble Σ correspondant aux sous-algèbres S1S_1 et S2S_2. Soit ε\varepsilon l’application K-linéaire de A⊗KAA\otimes_KA dans A telle que ε(a⊗b)=ab\varepsilon (a\otimes b) =ab. D’après la prop. 5 de VIII, p. 232, et la remarque 1 de VIII, p. 232, il existe un élément e=∑i=1rαi⊗αi′e=\sum^r_{i=1}\alpha_i\otimes \alpha '_i de A‾⊗KA‾\overline{A}\otimes_K\overline{A} satisfaisant à ∑i=1rαiαi′=1\sum^r_{i=1}\alpha_i\alpha '_i= 1 et ∑i=1rααi⊗αi′=∑i=1rαi⊗αi′α\sum^r_{i=1}\alpha \alpha_i\otimes \alpha '_i=\sum^r_{i=1}\alpha_i\otimes \alpha '_i\alpha pour tout α∈A\alpha \in A. Posons x=∑i=1rs1(αi)s2(αi′)x=\sum^r_{i=1}s_1(\alpha_i)s_2(\alpha '_i). On a π(x)=∑i=1rαiαi′=1\pi (x) =\sum^r_{i=1}\alpha_i\alpha '_i= 1, d’où x∈1+rx\in 1 +\mathfrak{r}. Soit α\alpha un élément de A. On a

s1(α)x=∑i=1rs1(ααi)s2(αi′)=(ε∘(s1⊗s2))(∑i=1rααi⊗αi′) s_1(\alpha )x=\sum_{i=1}^rs_1(\alpha \alpha_i)s_2(\alpha '_i) = (\varepsilon \circ (s_1\otimes s_2))(\sum_{i=1}^r\alpha \alpha_i\otimes \alpha '_i)
=(ε∘(s1⊗s2))(∑i=1rαi⊗αi′α)=∑i=1rs1(αi)s2(αi′α)=xs2(α) = (\varepsilon \circ (s_1\otimes s_2))(\sum_{i=1}^r\alpha_i\otimes \alpha '_i\alpha )=\sum_{i=1}^rs_1(\alpha_i)s_2(\alpha '_i\alpha ) =xs_2(\alpha )

L’égalité x−1S1x=S2x^{-1}S_1x= S_2 en résulte, d’où l’assertion a).

Prouvons l’assertion b) sous l’hypothèse r2=0\mathfrak{r}^2= 0. En ce cas, le (A(A, A)-bimodule r\mathfrak{r} est annulé par r\mathfrak{r} et on le considère donc comme un (A(A, A)-bimodule. Choisissons une section K-linéaire σ\sigma de π\pi. On a

(19) αx=σ(α)x\alpha x=\sigma (\alpha )x et xα=xσ(α)x\alpha =x\sigma (\alpha )

pour α∈A‾\alpha \in \overline{A} et x∈rx\in \mathfrak{r}. Posons

φ(α,β)=σ(αβ)−σ(α)σ(β)(20) \varphi (\alpha , \beta ) =\sigma (\alpha \beta )-\sigma (\alpha )\sigma (\beta ) \tag{20}

pour α,β∈A\alpha , \beta \in A. On a la relation π(φ(α,β))=αβ−αβ=0\pi (\varphi (\alpha , \beta )) =\alpha \beta -\alpha \beta = 0 pour α,β∈A\alpha , \beta \in A. Donc φ\varphi défini un élément de C2(A,r)C^2(A,\mathfrak{r}). Soient α,β,γ\alpha , \beta , \gamma des éléments de A‾\overline{A}; compte tenu de(19), on a

∂2φ(α,β,γ)=αφ(β,γ)−φ(αβ,γ)+φ(α,βγ)−φ(α,β)γ \partial^2\varphi (\alpha , \beta , \gamma ) =\alpha \varphi (\beta , \gamma )-\varphi (\alpha \beta , \gamma ) +\varphi (\alpha , \beta \gamma )-\varphi (\alpha , \beta )\gamma
=σ(α)φ(β,γ)−φ(αβ,γ)+φ(α,βγ)−φ(α,β)σ(γ) =\sigma (\alpha )\varphi (\beta , \gamma )-\varphi (\alpha \beta , \gamma ) +\varphi (\alpha , \beta \gamma )-\varphi (\alpha , \beta )\sigma (\gamma )
=σ(α)(σ(βγ)−σ(β)σ(γ))−σ(αβγ)+σ(αβ)σ(γ)+σ(αβγ) =\sigma (\alpha )(\sigma (\beta \gamma )-\sigma (\beta )\sigma (\gamma ))-\sigma (\alpha \beta \gamma ) +\sigma (\alpha \beta )\sigma (\gamma ) +\sigma (\alpha \beta \gamma )
−σ(α)σ(βγ)−(σ(αβ)−σ(α)σ(β))σ(γ) -\sigma (\alpha )\sigma (\beta \gamma )-(\sigma (\alpha \beta )-\sigma (\alpha )\sigma (\beta ))\sigma (\gamma )
=0 = 0

D’après le th. 3 de VIII, p. 238, le K-module H2(A,r)H^2(A,\mathfrak{r}) est réduit à zéro. Il existe donc un élément ψ\psi de C1(A,r)C^1(A,\mathfrak{r}) tel que ∂1ψ=φ\partial^1\psi =\varphi, c’est-à-dire tel qu’on ait

(21) φ(α,β)=αψ(β)−ψ(αβ)+ψ(α)β\varphi (\alpha , \beta ) =\alpha \psi (\beta )-\psi (\alpha \beta ) +\psi (\alpha )\beta pour α,β\alpha , \beta dans A.

On a ψ(α)ψ(β)=0\psi (\alpha )\psi (\beta ) = 0 puisque r2\mathfrak{r}^2 est nul ; on tire alors de (19) et (20)

(σ+ψ)(αβ)=(σ+ψ)(α)(σ+ψ)(β)(22) (\sigma +\psi )(\alpha \beta ) = (\sigma +\psi )(\alpha )(\sigma +\psi )(\beta ) \tag{22}

de sorte que la section K-linéaire σ+ψ\sigma +\psi de π\pi appartient à Σ. Son image est une sous-algèbre S de A telle que A=S+rA = S +\mathfrak{r}.

Démontrons enfin l’existence de S dans le cas général. Raisonnons par récurrence sur le plus petit entier p⩾1p\geqslant 1 tel que rp=0\mathfrak{r}^p= 0, le cas p=1p= 1 étant trivial. Supposons qu’on ait p⩾2p\geqslant 2, et posons A′=A/rp−1A'= A/\mathfrak{r}^{p-1}; le radical r′\mathfrak{r}' de A′A' est égal à r/rp−1\mathfrak{r}/\mathfrak{r}^{p-1} (prop. 5 de VIII, p. 150), donc satisfait à r′p−1=0{\mathfrak{r}'}^{p-1}= 0, et l’algèbre A′/r′A'/\mathfrak{r}' est isomorphe à A‾=A/r\overline{A}= A/\mathfrak{r}, donc est absolument semi-simple. D’après l’hypothèse de récurrence, il existe une sous-algèbre S′S' de A′A' telle que A′=S′⊕r′A'= S'\oplus \mathfrak{r}'. Alors S′S' est de la forme A′′/rp−1A''/\mathfrak{r}^{p-1}, où A′′A'' est une sous-algèbre de A contenant rp−1\mathfrak{r}^{p-1}, et l’on a

A=A′′+r,rp−1=A′′∩r(23) A = A''+\mathfrak{r},\mathfrak{r}^{p-1}= A''\cap \mathfrak{r} \tag{23}

L’algèbre A′′/rp−1A''/\mathfrak{r}^{p-1} est isomorphe à A′/r′A'/\mathfrak{r}'; on a (rp−1)2=0(\mathfrak{r}^{p-1})^2= 0 donc rp−1\mathfrak{r}^{p-1} est le radical de A′′A''. D’après le cas traité précédemment, il existe une sous-algèbre S de A′′A'' telle que A′′=S⊕rp−1A''= S\oplus \mathfrak{r}^{p-1}; on déduit de (23) la relation A=S⊕rA = S\oplus \mathfrak{r}.

Corollaire 1 (théorème de Wedderburn) 00S8

Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre, r\mathfrak{r} le radical de A. On suppose que la K-algèbre A/rA/\mathfrak{r} est absolument semi-simple.

a) Soient S1S_1 et S2S_2 des sous-algèbres de A satisfaisant à A=S1⊕r=S2⊕rA = S_1\oplus \mathfrak{r}= S_2\oplus \mathfrak{r}. Il existe un automorphisme spécial de A transformant S1S_1 en S2S_2.

b) Si r\mathfrak{r} est nilpotent, il existe une sous-algèbre S de A satisfaisant à A=S⊕rA = S\oplus \mathfrak{r}.

Cela résulte de la prop. 7 et du th. 2 de VIII, p. 233.

Corollaire 2 00FZ

Soit A une algèbre commutative de degré fini sur un corps parfait K et soit r\mathfrak{r} son radical. Il existe une unique sous-algèbre S de A telle que A=S⊕rA = S\oplus \mathfrak{r}. De plus, S est isomorphe au produit d’un nombre fini d’extensions de degré fini de K.

La K-algèbre A/rA/\mathfrak{r} est semi-simple (VIII, p. 169, prop. 1) et de degré fini ; le corps K étant parfait, elle est absolument semi-simple (VIII, p. 228, th. 1). Comme l’idéal r\mathfrak{r} est nilpotent, l’existence et l’unicité de S résultent alors du cor. 1. Comme S est semi-simple, commutative et de degré fini, la dernière assertion est une conséquence de la prop. 3 de VIII, p. 133.

Remarque 1 00G0

L’hypothèse que A/rA/\mathfrak{r} est absolument semi-simple est essentielle dans le cor. 1 (VIII, p. 242, exerc. 4).

Remarque 2 00G1

Supposons que A soit une algèbre artinienne sur le corps K. Si A est commutative, on peut montrer (VIII, p. 176, exerc. 9) que A est isomorphe à un produit d’algèbres A1×⋯×AnA_1\times \cdots \times A_n telles que Ai/R(Ai)A_i/\mathfrak{R}(A_i) soit un corps pour tout ii. Par contre, si A n’est pas commutative, il se peut que A ne soit pas isomorphe à un produit d’algèbres A1×⋯×AnA_1\times \cdots \times A_n telles que Ai/R(Ai)A_i/\mathfrak{R}(A_i) soit un anneau simple pour tout ii (VIII, p. 243, exerc. 5).

Exercices

See the exercises for § 13.

Transcribed from the printed volume. Not translated.