§ 13. Algèbres absolument semi-simples
1. Modules absolument semi-simples
Définition 1 00F9
Soient K un corps commutatif et A une K-algèbre. On dit qu’un A-module M est absolument semi-simple si le -module est semi-simple pour toute extension L de K.
Tout module absolument semi-simple est semi-simple. Réciproquement, si le corps K est parfait, tout A-module semi-simple qui est de dimension finie sur K est absolument semi-simple (VIII, p. 218, cor. 1 a)), car toute extension d’un corps parfait est séparable (V, p. 35, prop. 2).
Proposition 1 00FA
Soit K un corps commutatif et soit A une K-algèbre.
a) Toute somme directe de A-modules absolument semi-simples est un A-module absolument semi-simple. Tout sous-module et tout module quotient d’un module absolument semi-simple est un module absolument semi-simple.
b) Soient M un A-module et L une extension du corps K. Pour que le A-module M soit absolument semi-simple, il faut et il suffit que le -module soit absolument semi-simple.
L’assertion a) résulte de l’assertion analogue pour les modules semi-simples (VIII, p. 52, cor. 1 et 3).
Supposons que le A-module M soit absolument semi-simple et soit une extension de L. En tant que -module, est isomorphe à (II, p. 83, prop. 2) ; c’est donc un module semi-simple. Ceci prouve que est absolument semi-simple.
Réciproquement, supposons que soit absolument semi-simple. Soit une extension de K. Il existe une extension composée de L et (V, p. 12, cor.) ; identifions L et à des sous-extensions de Ω. Le -module est isomorphe à , donc il est semi-simple. Mais est aussi isomorphe à , et la prop. 8, a) de VIII, p. 217 entraîne que est semi-simple. Donc M est absolument semi-simple.
Proposition 2 00FB
Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre et M un A-module de dimension finie sur K. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Le A-module M est absolument semi-simple ;
(ii) Il existe une extension P de K, qui est un corps parfait, telle que le -module soit semi-simple ;
(iii) Le A-module M est semi-simple et le centre de son commutant est une algèbre étale sur le corps K.
Il est clair que (i) entraîne (ii). Par ailleurs, sous les hypothèses de (ii), le -module est absolument semi-simple d’après le cor. 1, a) de VIII, p. 218. D’après la prop. 1, b), M est alors absolument semi-simple. Donc (ii) entraîne (i).
Supposons M semi-simple. Soit Z le centre du commutant de M ; c’est une algèbre commutative de degré fini sur le corps K. Si L est une extension de K, il résulte de la prop. 8, b) de VIII, p. 217. que le -module est semi-simple si et seulement si l’anneau est réduit. L’équivalence de (i) et (iii) résulte donc du th. 4 de V, p. 34.
2. Algèbres sur un corps séparablement clos
Lemme 1 00FC
Soit D un corps et soit Z son centre. Notons l’exposant caractéristique de Z. On suppose que pour tout élément de D, il existe un entier tel que appartienne à Z. Alors le corps D est commutatif.
Si , alors D = Z. Nous supposons donc .
Raisonnons par l’absurde en supposant D non commutatif. Soient un élément de , et une puissance de telle que appartienne à Z. Notons I l’application identique de D et l’automorphisme intérieur de D dans D associé à ; on a , car appartient à Z. On a car n’appartient pas à Z, et car Z est de caractéristique . Soit le plus grand entier positif tel qu’on ait ; on a . Choisissons un élément de D tel que et posons
Par construction, on a et ; si l’on pose , on en déduit
d’où pour tout entier positif . Choisissons un entier tel que appartienne au centre Z de D ; on a
et cette contradiction établit le lemme 1.
Proposition 3 00FD
Soit K un corps séparablement clos (V, p. 43, déf. 4) et soit D une algèbre de degré fini sur K qui est un corps. Alors D est commutative.
Notons l’exposant caractéristique de K. Soit un élément de D. L’anneau est une extension algébrique de K (V, p. 16, cor. 1). Comme le corps K est séparablement clos, il résulte de V, p. 42, prop. 13 que l’algèbre est une extension radicielle de K. Il existe donc un entier tel que appartienne à K. Compte tenu du lemme 1, le corps D est commutatif.
Corollaire 00FE
Soient K un corps séparablement clos et A une algèbre semi-simple de degré fini sur K. Il existe alors un entier , des entiers strictement positifs et des extensions de degré fini de K, tels que A soit isomorphe à l’algèbre .
D’après le théorème de structure des algèbres semi-simples (VIII, p. 131, th. 1), A est isomorphe à une algèbre où est un entier des entiers strictement positifs, des K-algèbres de degré fini qui sont des corps. Comme le corps K est séparablement clos, chaque corps est commutatif d’après la prop. 3, d’où le corollaire.
3. Algèbres absolument semi-simples
Définition 2 00FF
Soit K un corps commutatif. On dit qu’une K-algèbre A est absolument semi-simple si l’anneau est semi-simple pour toute extension L de K.
Une algèbre absolument semi-simple est semi-simple. La K-algèbre A est absolument semi-simple si et seulement si le A-module est absolument semi-simple. Compte tenu de la prop. 1 de VIII, p. 225, on obtient donc le résultat suivant : si L est une extension de K, la L-algèbre est absolument semi-simple si et seulement si la K-algèbre A est absolument semi-simple.
Théorème 1 00FG
Soient K un corps commutatif et A une K-algèbre. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) La K-algèbre A est absolument semi-simple ;
(ii) L’algèbre A est de degré fini sur K et il existe une extension P de K qui est un corps parfait et telle que la P-algèbre soit semi-simple ;
(iii) La K-algèbre A est semi-simple, de degré fini sur K, et son centre est une K-algèbre étale ;
(iv) Il existe une famille finie , où est un entier strictement positif, et une K-algèbre de degré fini qui est un corps, telle que le centre de soit une extension séparable de K, et que A soit isomorphe au produit des anneaux de matrices ;
(v) Il existe une extension L de K et une famille finie d’entiers telle que la L-algèbre soit isomorphe à l’algèbre ;
(vi) Il existe une extension L de K, galoisienne et de degré fini et une famille finie d’entiers telle que soit isomorphe au produit des algèbres de matrices .
Nous prouverons d’abord les implications (v) (iv) (iii) (ii) (i). Notons Z le centre de A.
Si la propriété (v) est satisfaite, la L-algèbre est semi-simple, de degré fini sur L, et son centre (isomorphe à , III, p. 41, cor.) est isomorphe à pour un certain entier . D’après le cor. 2, a) de VIII, p. 218, l’algèbre A est semi-simple et de degré fini sur K. Elle est donc isomorphe à un produit fini d’anneaux avec pour tout , le corps étant une algèbre de degré fini sur K. Le centre de est un corps commutatif extension de K et Z est isomorphe à . Donc est isomorphe d’une part à , d’autre part à . Autrement dit, l’algèbre est étale sur le corps K et chacune des extensions est séparable sur K (V, p. 30, cor.). Donc (v) entraîne (iv).
Si la propriété (iv) est satisfaite, il est clair que A est une algèbre semi-simple et de degré fini sur K. Son centre Z est isomorphe au produit d’extensions séparables de degré fini de K ; c’est donc une algèbre étale. Donc (iv) entraîne (iii).
Les implications (iii) (ii) (i) résultent de la prop. 2 de VIII, p. 226 appliquée au A-module .
Lemme 2 00FH
Soient L un corps algébriquement clos et D un corps contenant L dans son centre. Si D est distinct de L, il existe une extension de L telle que l’anneau ne soit pas artinien à gauche.
Soit un élément de D - L ; comme L est algébriquement clos, l’extension de L n’est pas algébrique et est transcendant sur L. L’anneau est alors intègre d’après la prop. 5 de V, p. 135.
L’élément de B n’est pas nul ; mais si est l’homomorphisme de B dans qui transforme en , on a , donc n’est pas inversible dans B. Considérons l’anneau comme module à droite sur son sous-anneau B ; c’est un module libre puisque D est un espace vectoriel à droite sur son sous-corps . Comme est un élément non nul et non inversible de l’anneau intègre B, la multiplication à droite par dans C est une application qui est injective, mais non bijective. Or est un endomorphisme du C-module à gauche ; par suite (VIII, p. 26, cor. 1), l’anneau C n’est pas artinien à gauche.
Prouvons maintenant que (i) entraîne (v). Cela résulte du lemme suivant :
Lemme 3 00FI
Soient A une K-algèbre absolument semi-simple et L une extension algébriquement close de K. Alors l’algèbre est isomorphe à un produit d’un nombre fini d’algèbres de matrices sur L.
La L-algèbre est semi-simple ; elle est donc isomorphe au produit d’un nombre fini d’algèbres de la forme , où est un corps contenant L dans son centre et un entier (VIII, p. 133, remarque 1).
Soit une extension de L. Comme la K-algèbre A est absolument semi-simple, l’anneau est semi-simple, donc artinien à gauche. Or, l’anneau est isomorphe à , donc à ; d’après la prop. 5 de VIII, p. 7, chacun des anneaux est donc artinien à gauche.
Soient un entier et B un anneau ; soit une suite décroissante d’idéaux à gauche de B ; notons l’ensemble des matrices carrées d’ordre à éléments dans . Alors est une suite décroissante d’idéaux à gauche de . En particulier, si l’anneau est artinien à gauche, il en est de même de B.
D’après ce qui précède, pour tout , et toute extension de L, l’anneau est artinien à gauche. D’après le lemme 2, on a pour tout , ce qui entraîne le lemme 3.
Pour démontrer l’implication (i)(vi) nous utiliserons le lemme suivant :
Lemme 4 00FJ
Soient A et B des algèbres sur le corps K, possédant des systèmes générateurs finis ; soit une extension de K. Si les -algèbres et sont isomorphes, il existe une sous-extension L de , de type fini sur K, telle que les L-algèbres et soient isomorphes.
Soient et des systèmes générateurs finis des algèbres A et B respectivement. Soit un isomorphisme de sur et l’isomorphisme réciproque ; il existe une sous-extension L de , de type fini sur K, telle que l’on ait pour tout et pour tout . Par suite applique dans et applique dans . Les applications induites et sont des homomorphismes d’anneaux, et ce sont des bijections réciproques l’une de l’autre.
Terminons la démonstration de l’implication (i)(vi) Notons une clôture séparable de K (V, p. 44). Alors est une algèbre absolument semi-simple sur . Par l’implication (i)(iv), la -algèbre est isomorphe à un produit , où est une -algèbre de degré fini qui est un corps et dont le centre est une extension séparable de . Comme est séparablement clos, on a . D’après la prop. 3 de VIII, p. 227, le corps est commutatif. On a donc . Notons B la K-algèbre . Les -algèbres et sont isomorphes d’après ce qui précède. Toute sous-extension de , de type fini sur K, est séparable et de degré fini sur K, donc contenue dans une sous-extension L de , galoisienne et de degré fini sur K (V, p. 55, prop. 2). L’implication résulte donc du lemme 4 de VIII, p. 229.
L’implication (vi)(v) est immédiate.
Corollaire 1 00FK
Soient K un corps commutatif, et des K-algèbres. On suppose que est absolument semi-simple.
a) Si est semi-simple, il en est de même de .
b) Si est absolument semi-simple, il en est de même de .
Notons le centre de et celui de . Le centre Z de est égal à d’après le corollaire de III, p. 41. Supposons semi-simple ; alors est une algèbre réduite (VIII, p. 133, prop. 2 et 3). D’après le th. 1, est une K-algèbre étale, donc séparable. D’après la prop. 5 de V, p. 115, l’anneau est réduit ; comme est de degré fini sur K (th. 1), il résulte de la prop. 7 de VIII, p. 217, que l’anneau est semi-simple.
Supposons maintenant que soit absolument semi-simple. Soit L une extension de K. Alors l’algèbre est absolument semi-simple et l’algèbre est semi-simple. Donc, par a), l’algèbre est semi-simple.
Corollaire 2 00FL
Soit K un corps séparablement clos et soit A une K-algèbre absolument semi-simple. Il existe alors un entier et des entiers strictement positifs tels que l’algèbre A soit isomorphe à l’algèbre .
D’après le th. 1, A est isomorphe à une algèbre de la forme , pour un entier , des entiers et des K-algèbres de degré fini qui sont des corps et dont les centres sont des extensions séparables de K et donc égales à K. Par la prop. 3 de VIII, p. 227, on a pour .
Exemple 00FM
Pour qu’une K-algèbre commutative soit absolument semi-simple, il faut et il suffit qu’elle soit étale (V, p. 28, déf. 1) : cela résulte de la définition et de l’équivalence des conditions (i) et (v) du th. 1.
4. Caractérisation des modules absolument semi-simples
Proposition 4 00FN
Soient K un corps commutatif et A une K-algèbre.
a) Soit M un A-module semi-simple. Pour que le A-module M soit absolument semi-simple, il faut et il suffit que tout module simple appartenant au support de M le soit.
b) Soit S un A-module simple et soit D son commutant. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Le A-module S est absolument semi-simple ;
(ii) La K-algèbre D est absolument semi-simple ;
(iii) La K-algèbre D est un corps, de degré fini sur K et son centre est une
extension séparable de K.
L’assertion a) résulte de la prop. 1, a) de VIII, p. 225. Plaçons-nous sous les hypothèses de b) ; soit L une extension de K. Pour que le -module soit semi-simple, il faut et il suffit que l’anneau soit semi-simple (VIII, p. 217, prop. 8, c)). Cela prouve l’équivalence de (i) et (ii), et celle de (ii) et (iii) résulte du théorème 1 puisque D est un corps.
Corollaire 00RF
Soient K un corps commutatif, et des K-algèbres, un -module absolument semi-simple, un -module semi-simple. Alors est un module semi-simple sur l’anneau .
Le module est somme directe de -modules simples absolument semi-simples (prop. 4). Il suffit donc de démontrer la proposition dans le cas où les modules et sont simples. Notons et leurs commutants. La K-algèbre est absolument semi-simple (loc. cit.) ; d’après le cor. 1 de VIII, p. 230, la K-algèbre est semi-simple. Il résulte alors du cor. 1 de VIII, p. 211, que le -module est semi-simple.
5. Dérivations des algèbres semi-simples
Dans ce numéro et les suivants, on note K un anneau commutatif, A une K-algèbre, B la K-algèbre et l’application K-linéaire de B dans A telle que l’on ait pour dans A.
Rappelons (III, p. 39) que tout , A)-bimodule P peut être considéré comme un B-module à gauche, dont la loi d’action est caractérisée par pour dans A et dans P ; réciproquement, tout B-module peut être considéré comme un , A)-bimodule. On munit A de sa structure canonique de , A)-bimodule et de la structure de B-module correspondante ; on munit B de la structure de -bimodule correspondant au B-module . On a donc
pour dans A, le produit étant calculé dans l’algèbre A.
L’application K-linéaire est un homomorphisme de , A)-bimodules.
Proposition 5 00FO
Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) Le B-module A est projectif ;
(ii) Il existe un élément du -bimodule B satisfaisant aux deux conditions suivantes et pour tout .
L’application est surjective car on a pour tout ; c’est un homomorphisme de , A)-bimodules, donc une application B-linéaire. Si le B-module A est projectif, il existe une section de (II, p. 39, prop. 4) ; c’est un homomorphisme de , A)-bimodules de A dans B. Si l’on pose (1), on a et pour tout . Donc (i) implique (ii).
Inversement, soit un élément de B satisfaisant aux conditions de (ii). Définissons une application de A dans B par la formule
C’est un homomorphisme de , A)-bimodules et l’on a ; autrement dit, est une section B-linéaire de l’application surjective . Par suite le B-module A est isomorphe au sous-module facteur direct de (II, p. 20, prop. 15), donc est projectif (II, p. 39, prop. 4). Cela prouve que (ii) entraîne (i).
Remarque 1 00FP
Soit un élément de B. Les conditions (ii) de la prop. 5 se traduisent par les formules
(3) pour tout .
Lorsqu’elles sont satisfaites, est un élément idempotent de B. En effet, on a alors les relations :
Remarque 2 00FQ
Soit K un anneau commutatif, soit A une K-algèbre et soit M un A-module. Le groupe End est muni d’une structure de , A)-bimodule définie par
pour tous , tout End et tout . Munissons-la de la structure de B-module associée. Soit un élément de B satisfaisant aux conditions (ii) de la prop. 5, donc aussi aux relations (2) et (3). Si End est un projecteur dont l’image N est un sous-A-module de M, alors est un projecteur A-linéaire de même image.
En effet l’image de est contenu dans N. Si appartient à N, il en est de même de , d’où , et
d’après la formule (2). De la formule (3), on déduit que pour tout et tout , ce qui démontre que est A-linéaire.
Théorème 2 00RG
Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) La K-algèbre A est absolument semi-simple ;
(ii) La K-algèbre est semi-simple ;
(iii) Le B-module A est projectif ;
(iv) Il existe un élément du -bimodule B satisfaisant à et pour tout .
Supposons l’algèbre A absolument semi-simple, donc semi-simple. Alors l’algèbre est semi-simple (VIII, p. 133, prop. 2) et il résulte du cor. 1 de VIII, p. 230 que est une K-algèbre semi-simple. Donc (i) entraîne (ii).
Comme tout module sur un anneau semi-simple est projectif (VIII, p. 134, prop. 4), (ii) entraîne (iii).
L’équivalence de (iii) et (iv) résulte de la prop. 5. Pour achever la démonstration, prouvons que (iv) implique (i). Soit un élément de B satisfaisant aux conditions (ii) de la prop. 5. Soit L une extension du corps K ; il s’agit de prouver que l’anneau est semi-simple ou encore que tout -module est semi-simple (VIII, p. 134, prop. 4). Soit M un -module et soit N un sous-module de M ; considérons M comme un , L)-bimodule à gauche et N comme un sousbimodule (III, p. 39). Comme L est un corps, il existe un projecteur L-linéaire dans M, d’image N. Comme les homothéties associées aux éléments de A sont L-linéaires, il existe un unique homomorphisme de groupes de dans End qui associe à un élément l’application L-linéaire . Notons l’image de par cet homomorphisme ; il résulte de la remarque 2 que est un projecteur -linéaire d’image N. Le noyau de est un sous-A-module de M, supplémentaire de N. D’après le cor. 2 de VIII, p. 52, le -module M est semi-simple.
Remarque 3 00FR
On sait (VIII, p. 230, cor. 1) que le produit tensoriel de deux algèbres absolument semi-simples sur un corps commutatif est absolument semi-simple. Par suite, si l’algèbre A est absolument semi-simple, il en est de même de l’algèbre .
6. Cohomologie des algèbres
Dans ce numéro, on note K un anneau commutatif, A une K-algèbre, B la K-algèbre et l’application K-linéaire de B dans A telle que l’on ait pour dans A. Pour , on note le produit tensoriel sur K de copies du K-module A. On le considère comme un , A)-bimodule (et aussi comme B-module) en le munissant de la structure de A-module à gauche déduite de la structure de A-module à gauche du premier facteur du produit tensoriel, et de la structure de A-module à droite déduite de la structure de A-module à droite du dernier facteur. En particulier, n’est autre que le , A)-bimodule B.
Pour tout entier , on définit des homomorphismes de bimodules pour et de dans , par les formules
pour .
On note l’application .
Soit un entier . Pour , on a
et l’on en déduit
d’où
Soit un -bimodule. Pour tout entier , on note le K-module des applications K-multilinéaires de dans . L’application qui à associe l’homomorphisme caractérisé par
est un isomorphisme de K-modules.
On note (pour ) l’unique application K-linéaire de dans rendant commutatif le diagramme
on a donc par définition
pour tout . Autrement dit, on a
pour dans et dans , c’est-à-dire
D’après (7) et (9), on a
(11) pour tout .
On note le K-module Ker et, pour le K-module Ker Im . Le K-module s’identifie à P et on a Hom. Les applications pour sont données par les formules
(12) pour tout ;
(13) pour ;
pour .
Ainsi est le sous-K-module de P formé des éléments tels que pour tout , et est le quotient du K-module Der des K-dérivations de A dans P (III, p. 118) par le sous-K-module formé des dérivations de la forme avec (appelées dérivations intérieures).
7. Cohomologie des algèbres absolument semi-simples
Proposition 6 00FS
Soient K un anneau commutatif et A une K-algèbre. Soit un élément de vérifiant les conditions (ii) de la prop. 5 de VIII, p. 232. Pour tout entier et tout élément de , notons l’élément de défini par la formule
On a alors
pour tout entier et tout .
Remarque 1 00SF
Les morphismes définissent
un complexe de K-modules (X, p. 24). L’application définit donc une homotopie reliant 0 à Id de ce complexe dans lui-même (X, p. 32, déf. )
Reprenons les notations du n. Définissons, pour tout entier , une application par la formule
C’est un homomorphisme de , A)-bimodules (formule (3)).
Soit ; on a
d’où, par la formule (6),
Mais on a
par la condition (ii) de la prop. 5 de VIII, p. 232 et, pour ,
ce qui donne
d’où la formule (17).
Avec le lemme 5, nous pouvons terminer la preuve de la proposition 6. Soient un entier et un élément de . On a par construction
et par suite, d’après les formules (9) et (18)
où la dernière égalité résulte de (17). Comme est bijective, la proposition en résulte.
Théorème 3 00FU
Soient K un anneau commutatif, A une K-algèbre et P un -bimodule. On suppose que le -module A est projectif. On a alors pour tout entier .
Il s’agit de prouver que pour tout entier , tout élément de tel que est de la forme pour un élément de . Compte tenu de la prop. 5 (VIII, p. 232), c’est une conséquence immédiate de la prop. 6 de VIII, p. 236.
Corollaire 00FV
Toute K-dérivation de A dans P est intérieure.
C’est une traduction de l’égalité .
Remarque 2 00FW
Les hypothèses du th. 3 sont notamment vérifiées lorsque K est un corps et A une K-algèbre absolument semi-simple (VIII, p. 233, th. 2).
Remarque 3 00FX
Supposons que le K-module A soit projectif. Le théorème 3 peut aussi se
démontrer de la façon suivante. Le complexe et l’homomorphisme définissent une résolution projective du B-module A ; le K-module est donc isomorphe à Ext pour tout (X, p. 100, th. 1). Si le B-module A est projectif, les K-modules Ext sont nuls pour (X, p. 88, cor. de la prop. 5), ce qui entraîne la nullité de . Inversement, si est nul pour tout , A)-bimodule P, le B-module A est projectif (X, p. 93, prop. )
8. Scindage des algèbres artiniennes
Dans ce numéro, K désigne un anneau commutatif et A une K-algèbre. Soit le radical de A. Notons l’algèbre quotient et l’application canonique de A sur A. On s’intéresse ici aux sous-algèbres S de A telles que .
Notons Σ l’ensemble des sections K-linéaires de satisfaisant à pour dans A. Observons qu’une telle section satisfait nécessairement à (autrement dit, est un homomorphisme d’anneaux) : on a en effet (1), et est inversible puisqu’il appartient à (VIII, p. 151, th. 1). Si est un élément de Σ, l’image S de est une sous-algèbre de A et l’on a . Inversement, si S est une sous-algèbre de A telle que , la restriction de à S est bijective, et la bijection réciproque définit un élément de Σ d’image S.
D’après le théorème de Jacobson (loc. cit.), tout élément de est inversible dans A ; on appelle automorphisme spécial de A tout automorphisme intérieur de la forme avec .
Proposition 7 00FY
Supposons que le -module A soit projectif.
a) Soient et des sous-algèbres de A satisfaisant à . Il existe un automorphisme spécial de A transformant en .
b) Supposons que possède une section K-linéaire et que le radical de A soit nilpotent. Il existe alors une sous-algèbre S de A satisfaisant à .
Plaçons-nous sous les hypothèses de a) et notons et les éléments de l’ensemble Σ correspondant aux sous-algèbres et . Soit l’application K-linéaire de dans A telle que . D’après la prop. 5 de VIII, p. 232, et la remarque 1 de VIII, p. 232, il existe un élément de satisfaisant à et pour tout . Posons . On a , d’où . Soit un élément de A. On a
L’égalité en résulte, d’où l’assertion a).
Prouvons l’assertion b) sous l’hypothèse . En ce cas, le , A)-bimodule est annulé par et on le considère donc comme un , A)-bimodule. Choisissons une section K-linéaire de . On a
(19) et
pour et . Posons
pour . On a la relation pour . Donc défini un élément de . Soient des éléments de ; compte tenu de(19), on a
D’après le th. 3 de VIII, p. 238, le K-module est réduit à zéro. Il existe donc un élément de tel que , c’est-à-dire tel qu’on ait
(21) pour dans A.
On a puisque est nul ; on tire alors de (19) et (20)
de sorte que la section K-linéaire de appartient à Σ. Son image est une sous-algèbre S de A telle que .
Démontrons enfin l’existence de S dans le cas général. Raisonnons par récurrence sur le plus petit entier tel que , le cas étant trivial. Supposons qu’on ait , et posons ; le radical de est égal à (prop. 5 de VIII, p. 150), donc satisfait à , et l’algèbre est isomorphe à , donc est absolument semi-simple. D’après l’hypothèse de récurrence, il existe une sous-algèbre de telle que . Alors est de la forme , où est une sous-algèbre de A contenant , et l’on a
L’algèbre est isomorphe à ; on a donc est le radical de . D’après le cas traité précédemment, il existe une sous-algèbre S de telle que ; on déduit de (23) la relation .
Corollaire 1 (théorème de Wedderburn) 00S8
Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre, le radical de A. On suppose que la K-algèbre est absolument semi-simple.
a) Soient et des sous-algèbres de A satisfaisant à . Il existe un automorphisme spécial de A transformant en .
b) Si est nilpotent, il existe une sous-algèbre S de A satisfaisant à .
Cela résulte de la prop. 7 et du th. 2 de VIII, p. 233.
Corollaire 2 00FZ
Soit A une algèbre commutative de degré fini sur un corps parfait K et soit son radical. Il existe une unique sous-algèbre S de A telle que . De plus, S est isomorphe au produit d’un nombre fini d’extensions de degré fini de K.
La K-algèbre est semi-simple (VIII, p. 169, prop. 1) et de degré fini ; le corps K étant parfait, elle est absolument semi-simple (VIII, p. 228, th. 1). Comme l’idéal est nilpotent, l’existence et l’unicité de S résultent alors du cor. 1. Comme S est semi-simple, commutative et de degré fini, la dernière assertion est une conséquence de la prop. 3 de VIII, p. 133.
Remarque 1 00G0
L’hypothèse que est absolument semi-simple est essentielle dans le cor. 1 (VIII, p. 242, exerc. 4).
Remarque 2 00G1
Supposons que A soit une algèbre artinienne sur le corps K. Si A est commutative, on peut montrer (VIII, p. 176, exerc. 9) que A est isomorphe à un produit d’algèbres telles que soit un corps pour tout . Par contre, si A n’est pas commutative, il se peut que A ne soit pas isomorphe à un produit d’algèbres telles que soit un anneau simple pour tout (VIII, p. 243, exerc. 5).
Exercices
See the exercises for § 13.