Bourbaki

§ 3. Ensembles équipotents. Cardinaux

1. Le cardinal d’un ensemble

Définition 1 03QU

On dit qu’un ensemble X est équipotent à un ensemble Y s’il existe une bijection de X sur Y. On note Eq(X, Y) la relation « X est équipotent à Y ».

Il est clair que les relations Eq(X, Y) et Eq(Y, X) sont équivalentes, autrement dit, la relation Eq(X, Y) est symétrique; lorsqu’elle est vraie, on dit aussi que X et Y sont équipotents. D’autre part, Eq(X, X) est vraie. Enfin la relation Eq(X, Y) est transitive, puisque la composée de deux bijections est une bijection (II, p. 19, th. 1); c’est donc une relation d’équivalence, réflexive dans tout ensemble.

De ce qui précède résulte que, si X et Y sont équipotents, la relation (∀Z)(Eq(X,Z)⇔Eq(Y,Z))(\forall Z)(Eq(X, Z) \Leftrightarrow Eq(Y, Z)) est vraie. Or, le schéma S7 (I, p. 38) fournit l’axiome suivant

((∀Z)(Eq(X,Z)⇔Eq(Y,Z)))⇒(τZ(Eq(X,Z))=τZ(Eq(Y,Z))). ((\forall Z)(Eq(X, Z) \Leftrightarrow Eq(Y, Z))) \Rightarrow (\tau_Z(Eq(X, Z)) = \tau_Z(Eq(Y, Z))).

Donc, si X et Y sont équipotents, on a

τZ(Eq(X,Z))=τZ(Eq(Y,Z)). \tau_Z(Eq(X, Z)) = \tau_Z(Eq(Y, Z)).

Posons la définition suivante:

Définition 2 03QV

L’ensemble τZ(Eq(X,Z))\tau_Z(Eq(X, Z)) est appelé le cardinal de X* (ou la puissance de X) et se note Card (X).

Comme Eq(X, X) est vraie, Card (X) est équipotent à X (I, p. 33, schéma S5). Nous avons donc démontré le résultat suivant:

Proposition 1 03QW

Pour que deux ensembles X, Y soient équipotents, il faut et il suffit que leurs cardinaux soient égaux*.

Exemples 1) On note 0 le cardinal Card (∅\varnothing). Le seul ensemble équipotent à ∅\varnothing étant ∅\varnothing (II, p. 10 et p. 14), on a 0=Card(∅)=∅0 = \mathrm{Card}(\varnothing) = \varnothing.

2) Tous les ensembles à un élément sont équipotents, car {(a, b)} est le graphe d'une bijection de {a} sur {b}; en particulier, ils sont équipotents à {\emptyset}. On note 1 le cardinal

Card⁡({∅})=τZ(Eq⁡({∅},Z)). \operatorname{Card}(\{\emptyset\}) = \tau_Z(\operatorname{Eq}(\{\emptyset\}, Z)).

3) On note 2 le cardinal Card ({\emptyset, \{\emptyset\}}); c'est le cardinal de tout ensemble à deux éléments dont les éléments sont différents.

4) \* Un espace hilbertien de type dénombrable est équipotent à l'ensemble des nombres réels.

2. Relation d'ordre entre cardinaux

La relation « X est équipotent à une partie de Y » est équivalente à « il existe une injection de X dans Y »; elle équivaut aussi à la relation « Card (X) est équipotent à une partie de Card (Y) » (II, p. 19, th. 1).

Théorème 1 03QX

La relation R{\xi, \eta}:

« \xi et \eta sont des cardinaux et \xi est équipotent à une partie de \eta » est une relation de bon ordre (III, p. 15).

Comme R{\xi, \xi} est vraie pour tout cardinal \xi, tout revient à voir que, pour tout ensemble E de cardinaux, la relation « \xi \in E et \eta \in E et R{\xi, \eta} » est une relation de bon ordre dans E. Considérons l'ensemble A = \bigcup_{\xi \in E} \xi; tout cardinal \xi \in E est donc une partie de A. Il existe sur A une relation de bon ordre (III, p. 20, th. 1) que nous noterons x \leq y, et toute partie de A est équipotente à un segment de A (III, p. 22, cor. 3). Pour tout cardinal \xi \in E, considérons l'ensemble des segments de A équipotents à \xi; cet ensemble de segments n'est pas vide, et admet donc un plus petit élément (III, p. 16, prop. 2); soit \varphi(\xi) cet élément. La relation

« \xi \in E et \eta \in E et \xi est équipotent à une partie de \eta »

est équivalente à

« \xi \in E et \eta \in E et \varphi(\xi) \subset \varphi(\eta) ».

contredisant la définition de φ(ε)\varphi(\varepsilon). Comme l’ensemble des segments de A est bien ordonné par inclusion (III, p. 16, prop. 2), le théorème est démontré.

Nous noterons ε≤η\varepsilon \leq \eta la relation R{ε,η}R \{ \varepsilon, \eta \}. Pour qu’un ensemble X soit équivalent à une partie d’un ensemble Y, il faut et il suffit que Card (X) ≤\leq Card (Y).

Il est clair que l’on a 0≤ε0 \leq \varepsilon pour tout cardinal ε\varepsilon, et 1≤ε1 \leq \varepsilon pour tout cardinal ε≠0\varepsilon \neq 0.

Corollaire 1 03QY

Étant donnés deux ensembles, l’un est équivalent à une partie de l’autre.

Corollaire 2 03QZ

Deux ensembles tels que chacun soit équivalent à une partie de l’autre sont équipotents.

Remarque 03R0

Pour tout ensemble A, il existe un ensemble dont les éléments sont les cardinaux Card (X) pour toutes les parties X de A : en effet, c’est l’ensemble des objets de la forme Card (X) pour X∈P(A)X \in \mathfrak{P}(A) (II, p. 6). Pour tout cardinal α\alpha, la relation « ε\varepsilon est un cardinal et ε≤α\varepsilon \leq \alpha » est donc collectivisante en ε\varepsilon (II, p. 5), puisqu’elle est équivalente à la relation « ε\varepsilon est de la forme Card (X) pour X⊂αX \subset \alpha » ; l’ensemble des ε\varepsilon satisfaisant à cette relation est appelé l’ensemble des cardinaux ≤α\leq \alpha.

Proposition 2 03KL

Pour toute famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} de cardinaux, il existe un cardinal et un seul bb tel que αi≤b\alpha_i \leq b pour tout i∈Ii \in I et que tout cardinal cc tel que αi≤c\alpha_i \leq c pour tout i∈Ii \in I soit ≥b\geq b.

En effet, il existe un ensemble E contenant tous les ensembles αi\alpha_i (par exemple la somme de ces ensembles (II, p. 30)), d’où αi≤α=Card(E)\alpha_i \leq \alpha = \mathrm{Card}(E) pour tout i∈Ii \in I. L’ensemble F des cardinaux ≤α\leq \alpha étant bien ordonné et tous les αi\alpha_i appartenant à F, la famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} admet une borne supérieure bb dans cet ensemble. En outre, soit cc un cardinal ≥αi\geq \alpha_i pour tout i∈Ii \in I; si on avait c<b≤αc < b \leq \alpha, on aurait c∈Fc \in F, et l’inégalité αi≤c\alpha_i \leq c contredirait alors la définition de la borne supérieure de la famille (αi)(\alpha_i) dans l’ensemble ordonné F ; d’où la proposition.

Par abus de langage, on dit que le cardinal bb est la borne supérieure de la famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} de cardinaux et on le note sup⁡i∈Iαi\sup_{i \in I} \alpha_i.

Proposition 3 03KM

Soient X et Y des ensembles. S’il existe une surjection f de X sur Y, on a Card(Y)≤Card(X)\mathrm{Card}(Y) \leq \mathrm{Card}(X).

En effet, il existe une section s associée à f (II, p. 18, prop. 8) et s est une injection de Y dans X.

3. Opérations sur les cardinaux

Définition 3 03KN

Soit (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} une famille de cardinaux. Le cardinal de l’ensemble produit (resp. somme) des ensembles αi\alpha_i s’appelle le produit cardinal (resp. la somme cardinale) des αi\alpha_i et se note ∏i∈Iαi\prod_{i \in I} \alpha_i (resp. ∑i∈Iαi\sum_{i \in I} \alpha_i).

Lorsque aucune confusion n’est à craindre, on dit simplement « produit » et «somme» au lieu de «produit cardinal» et «somme cardinale», et on écrit ∏i∈Iai\prod_{i \in I} a_i au lieu de ∏i∈Iai\prod_{i \in I} a_i (cf. III, p. 80, exerc. 2).

Proposition 4 03KO

Soient* (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille d'ensembles, P son produit, S sa somme, aia_i le cardinal de EiE_i; le cardinal de P (resp. S) est le produit cardinal (resp. la somme cardinale) de la famille (ai)i∈I(a_i)_{i \in I}.

Il existe en effet une bijection de P (resp. S) sur l'ensemble produit des ensembles aia_i (resp. sur l'ensemble somme des aia_i) (II, p. 30, prop. 10 et p. 38, cor. de la prop. 11).

Corollaire 03KP

Pour toute famille* (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} d'ensembles, le cardinal de la réunion ⋃i∈IEi\bigcup_{i \in I} E_i est au plus égal à la somme ∑i∈ICard(Ei)\sum_{i \in I} \mathrm{Card}(E_i).

En effet, il existe une application de la somme S des EiE_i sur leur réunion (II, p. 30); le corollaire résulte donc des prop. 3 et 4.

Proposition 5 03R1

a) Soit (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} une famille de cardinaux, et soit ff une bijection d'un ensemble K sur l'ensemble I; *on a

∑κ∈Kaf(κ)=∑i∈Iaiet∏κ∈Kaf(κ)=∏i∈Iai. \sum_{\kappa \in K} a_{f(\kappa)} = \sum_{i \in I} a_i \quad \text{et} \quad \prod_{\kappa \in K} a_{f(\kappa)} = \prod_{i \in I} a_i.

b) Soient (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} une famille de cardinaux, et (Jλ)λ∈L(J_\lambda)_{\lambda \in L} une partition de I; on a (associativité de la somme et du produit)

∑i∈Iai=∑λ∈L(∑i∈Jλai) \sum_{i \in I} a_i = \sum_{\lambda \in L} \left( \sum_{i \in J_\lambda} a_i \right)
∏i∈Iai=∏λ∈L(∏i∈Jλai). \prod_{i \in I} a_i = \prod_{\lambda \in L} \left( \prod_{i \in J_\lambda} a_i \right).

c) Soit ((aλi)i∈Jλ)λ∈L((a_{\lambda i})_{i \in J_\lambda})_{\lambda \in L} une famille (admettant L comme ensemble d'indices) de familles de cardinaux. Soit I=∏λ∈LJλI = \prod_{\lambda \in L} J_\lambda; on a (distributivité du produit par rapport à la somme)

∏λ∈L(∑i∈Jλaλi)=∑f∈I(∏λ∈Laλ,f(λ)). \prod_{\lambda \in L} \left( \sum_{i \in J_\lambda} a_{\lambda i} \right) = \sum_{f \in I} \left( \prod_{\lambda \in L} a_{\lambda, f(\lambda)} \right).

Les relations de a) résultent des formules analogues pour la réunion et le produit d'ensembles, car le fait que ff est une bijection implique que, si (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} est une famille d'ensembles mutuellement disjoints, il en est de même de la famille (Xf(κ))κ∈K(X_{f(\kappa)})_{\kappa \in K} (cf. II, p. 23, prop. 1 et p. 33, prop. 4).

Les relations de b) sont conséquences immédiates des formules d'associativité de la réunion et du produit (II, 24, prop. 2 et p. 35, prop. 7) et de la distributivité de l'intersection par rapport à la réunion (II, p. 35, prop. 8) qui prouve que, si (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} est une famille d'ensembles mutuellement disjoints, il en est de même de la famille (⋃i∈JλXi)λ∈L(\bigcup_{i \in J_\lambda} X_i)_{\lambda \in L}.

Enfin, c) est conséquence de la distributivité du produit par rapport à la réunion et à l’intersection (II, p. 36, prop. 9 et p. 37, cor. 1).

Soient aa et bb deux cardinaux. Si I est un ensemble à deux éléments distincts (par exemple le cardinal 2), il existe une application ff de I sur {a,b}\{a, b\}, ce qui définit une famille de cardinaux; la somme et le produit de celle-ci ne dépendent que de aa et bb (en vertu de la prop. 5 a)); on appelle ces cardinaux la somme et le produit de aa et de bb, et on les note a+ba + b et abab. On définit et note de même la somme et le produit de plusieurs cardinaux. La prop. 5 entraîne alors le corollaire suivant:

Corollaire 03R2

Soient a,b,ca, b, c des cardinaux; on a

(1)

a+b=b+a,ab=ba, a + b = b + a,\qquad ab = ba,
(2)
a+(b+c)=(a+b)+c,a(bc)=(ab)c, a + (b + c) = (a + b) + c,\qquad a(bc) = (ab)c,
(3)
a(b+c)=ab+ac. a(b + c) = ab + ac.

4. Propriétés des cardinaux 0 et 1

Proposition 6 03R3

Soient (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} une famille de cardinaux, et J (resp. K) une partie de I telle que l’on ait ai=0a_i = 0 pour tout i∉Ji \notin J (resp. ai=1a_i = 1 pour tout i∉Ki \notin K); on a alors

∑i∈Iai=∑i∈Jai \sum_{i \in I} a_i = \sum_{i \in J} a_i
(resp. ∏i∈Iai=∏i∈Kai\prod_{i \in I} a_i = \prod_{i \in K} a_i).

C’est immédiat pour la somme, car l’ensemble somme SIS_I de la famille d’ensembles (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} est équipotent à la réunion de l’ensemble somme SJS_J de la famille (ai)i∈J(a_i)_{i \in J} et de l’ensemble vide, donc équipotent à SJS_J. Pour le produit, cela résulte de ce que la projection prK\mathrm{pr}_K de l’ensemble produit ∏i∈Iai\prod_{i \in I} a_i sur le produit partiel ∏i∈Kai\prod_{i \in K} a_i est une bijection (II, p. 35, Remarque 1).

Corollaire 1 03R4

Pour tout cardinal aa, on a a+0=a.1=aa + 0 = a.1 = a.

Corollaire 2 03R5

Soient aa et bb des cardinaux, et soit I un ensemble équipotent à bb; pour tout i∈Ii \in I, soit ai=a,ci=1a_i = a, c_i = 1; on a

ab=∑i∈Iaietb=∑i∈Ici. ab = \sum_{i \in I} a_i \quad \text{et} \quad b = \sum_{i \in I} c_i.

La seconde formule résulte de ce qu’un ensemble est réunion de l’ensemble de ses parties à un élément. La première s’en déduit par multiplication par aa, en utilisant le cor. 1.

Proposition 7 03R6

Soit (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} une famille de cardinaux; pour que l’on ait Pi∈Iαi≠0P_{i \in I} \alpha_i \neq 0, il faut et il suffit que l’on ait αi≠0\alpha_i \neq 0 pour tout i∈Ii \in I.

Cela ne fait que traduire la condition pour qu’un ensemble produit soit non vide (II, p. 34, cor. 2).

Proposition 8 03R7

Si aa et bb sont des cardinaux tels que a+1=b+1a + 1 = b + 1, on a a=ba = b.

Soit X=a+1=b+1X = a + 1 = b + 1. Il existe des parties A,BA, B de XX, de cardinaux aa et bb, telles que les complémentaires X−AX - A et X−BX - B soient chacun réduits à un seul élément; soient uu et vv ces éléments. L’intersection C=A∩BC = A \cap B a pour complémentaire dans XX l’ensemble {u,v}\{u, v\}. Si u=vu = v, on a A=B=CA = B = C, d’où a=ba = b. Sinon A=C∪{v}A = C \cup \{v\}, B=C∪{u}B = C \cup \{u\}, et a=1+Card(C)=ba = 1 + \mathrm{Card}(C) = b.

On se gardera de croire que a+m=b+ma + m = b + m entraîne a=ba = b pour tout cardinal mm (cf. III, p. 48); nous verrons cependant qu’il en est bien ainsi lorsque mm est fini (III, p. 37, cor. 4 et p. 49, cor. 4).

5. Exponentiation des cardinaux

Définition 4 03KQ

Soient aa et bb des cardinaux; le cardinal de l’ensemble des applications de bb dans aa se note aba^b, par abus de notation.

L’abus provient de ce que cette notation désigne déjà l’ensemble des graphes fonctionnels d’applications de bb dans aa (II, p. 31) et que ce dernier ensemble n’est pas nécessairement un cardinal (III, p. 80, exerc. 2). Le contexte indiquera toujours clairement le sens qu’il faut donner à aba^b.

Proposition 9 03KR

Soient XX et YY deux ensembles, aa et bb leurs cardinaux; l’ensemble XYX^Y a pour cardinal aba^b.

En effet, il existe une bijection de XYX^Y sur l’ensemble des applications de bb dans aa (II, p. 31, corollaire).

Proposition 10 03KS

Soient aa et bb des cardinaux, et II un ensemble tel que Card(I)=b\mathrm{Card}(I) = b; si αi=a\alpha_i = a pour tout i∈Ii \in I, on a ab=Pi∈Iαia^b = P_{i \in I} \alpha_i.

Cela résulte de la définition du produit d’une famille d’ensembles comme ensemble de graphes fonctionnels (II, p. 32).

Corollaire 1 03KT

Soient aa un cardinal et (bi)i∈I(b_i)_{i \in I} une famille de cardinaux. On a

a∑i∈Ibi=Pi∈Iabi. a^{\sum_{i \in I} b_i} = P_{i \in I} a^{b_i}.
En effet, soit SS l’ensemble somme des bib_i, et posons αs=a\alpha_s = a pour tout s∈Ss \in S. Les deux membres de l’égalité à démontrer sont alors égaux à Ps∈SαsP_{s \in S} \alpha_s, en vertu de la prop. 10 et de la formule d’associativité du produit (III, p. 26, prop. 5 b)).

Corollaire 2 03KU

Soient (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} une famille de cardinaux, et bb un cardinal ; on a

(Pi∈Iai)b=Pi∈Iaib. (\mathbf{P}_{i \in I} a_i)^b = \mathbf{P}_{i \in I} a_i^b.
En effet, posons ai,β=aia_{i,\beta} = a_i pour tout couple (i,β)∈I×b(i, \beta) \in I \times b. On a alors, en vertu de l’associativité du produit
(Pi∈Iai)b=Pβ∈b(Pi∈Iai,β)=Pi∈I(Pβ∈bai,β)=Pi∈Iaib. (\mathbf{P}_{i \in I} a_i)^b = \mathbf{P}_{\beta \in b} (\mathbf{P}_{i \in I} a_{i,\beta}) = \mathbf{P}_{i \in I} (\mathbf{P}_{\beta \in b} a_{i,\beta}) = \mathbf{P}_{i \in I} a_i^b.

Corollaire 3 03KV

Soient a,b,ca, b, c des cardinaux ; on a abc=(ab)ca^{bc} = (a^b)^c. En effet, posons bγ=bb_\gamma = b pour tout γ∈c\gamma \in c. On a

abc=a∑γ∈cbγ=Pγ∈cabγ=(ab)c, a^{bc} = a^{\sum_{\gamma \in c} b_\gamma} = \mathbf{P}_{\gamma \in c} a^{b_\gamma} = (a^b)^c,
en vertu du cor. 1.

Proposition 11 03KW

Soit aa un cardinal. On a a0=1a^0 = 1, a1=aa^1 = a, 1a=11^a = 1 ; si a≠0a \neq 0, on a 0a=00^a = 0. En effet, il existe une application et une seule de ∅\varnothing dans un ensemble quelconque (l’application de graphe vide) ; l’ensemble des applications d’un ensemble à un seul élément dans un ensemble quelconque XX est équipotent à XX (II, p. 32) ; il existe une application et une seule d’un ensemble quelconque dans un ensemble à un élément ; enfin, il n’existe aucune application d’un ensemble non vide dans ∅\varnothing.

On notera en particulier que l’on a 00=10^0 = 1.

Proposition 12 03KX

Soient XX un ensemble et aa son cardinal ; le cardinal de l’ensemble P(X)\mathfrak{P}(X) des parties de XX est 2a2^a. Soient α\alpha et β\beta les éléments du cardinal 2 ; pour toute partie YY de XX, soit fYf_Y l’application de XX dans 2, définie par fY(x)=αf_Y(x) = \alpha pour x∈Yx \in Y et fY(x)=βf_Y(x) = \beta pour x∈X−Yx \in X - Y ; soit uu l’application Y↦fYY \mapsto f_Y de P(X)\mathfrak{P}(X) dans 2X2^X. Inversement, à toute application gg de XX dans 2, faisons correspondre la partie gˉ−1(α)\bar{g}^{-1}(\alpha) de XX, et soit vv l’application g↦gˉ−1(α)g \mapsto \bar{g}^{-1}(\alpha) de 2X2^X dans P(X)\mathfrak{P}(X). Il est clair que les applications u∘vu \circ v et v∘uv \circ u sont les applications identiques de 2X2^X et de P(X)\mathfrak{P}(X). Donc uu et vv sont des bijections (II, p. 18, corollaire), ce qui montre que Card (P(X))=2a(\mathfrak{P}(X)) = 2^a.

6. Relation d’ordre et opérations entre cardinaux

Proposition 13 03KY

Soient aa et bb des cardinaux ; pour que l’on ait a≥ba \geq b, il faut et il suffit qu’il existe un cardinal cc tel que a=b+ca = b + c. En effet, la relation a≥ba \geq b signifie qu’il existe une partie BB de aa équipotente à bb (III, p. 24), c’est-à-dire que aa est équipotent à l’ensemble somme de bb et d’un ensemble CC.

Si a≥ba \geq b, il existe en général plusieurs cardinaux cc tels que a=b+ca = b + c (cf. III, p. 30); on ne peut donc en général définir une « différence » a−ba - b de deux tels cardinaux (cf. III, p. 37).

Proposition 14 03KZ

Soient* (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} et (bi)i∈I(b_i)_{i \in I} deux familles de cardinaux ayant même ensemble d'indices II, et telles que αi≥bi\alpha_i \geq b_i pour tout i∈Ii \in I; *on a alors

∑i∈Iαi≥∑i∈Ibiet∏i∈Iαi≥∏i∈Ibi. \sum_{i \in I} \alpha_i \geq \sum_{i \in I} b_i \quad \text{et} \quad \prod_{i \in I} \alpha_i \geq \prod_{i \in I} b_i.

La seconde inégalité résulte des relations d'inclusion entre produits d'ensembles (II, p. 34, cor. 3). D'autre part, si un ensemble EE est réunion d'une famille (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} de parties mutuellement disjointes et si Bi⊂AiB_i \subset A_i pour tout ii, les BiB_i sont mutuellement disjointes et ⋃iBi⊂⋃iAi\bigcup_i B_i \subset \bigcup_i A_i (II, p. 24), d'où la première inégalité.

Corollaire 1 03L0

Soit* (αi)i∈I(\alpha_i)_{i \in I} une famille de cardinaux. Pour toute partie JJ de II, on a ∑i∈Jαi≤∑i∈Iαi\sum_{i \in J} \alpha_i \leq \sum_{i \in I} \alpha_i. Si en outre on a αi≠0\alpha_i \neq 0 pour tout i∈I−Ji \in I - J, on a ∏i∈Jαi≤∏i∈Iαi\prod_{i \in J} \alpha_i \leq \prod_{i \in I} \alpha_i.

Posons bi=αib_i = \alpha_i pour i∈Ji \in J, et bi=0b_i = 0 (resp. bi=1b_i = 1) pour i∈I−Ji \in I - J. Il suffit d'appliquer la prop. 14, en remarquant que la relation α≠0\alpha \neq 0 entraîne α≥1\alpha \geq 1.

Corollaire 2 03L1

Si* a,a′,b,b′a, a', b, b' sont des cardinaux tels que a≤a′a \leq a', b≤b′b \leq b' et a′>0a' > 0, on a ab′≤a′b′a^{b'} \leq a'^{b'}.

On a en effet ab≤a′b′a^b \leq a'^{b'} d'après les prop. 10 (III, p. 28) et 14, et a′b≤a′b′a'^b \leq a'^{b'} d'après la prop. 10 et le cor. 1 de la prop. 14.

Théorème 2 (Cantor). — Pour tout cardinal aa, on a 2a>a2^a > a.

En effet, on a Card(P(a))=2a\mathrm{Card}(\mathfrak{P}(a)) = 2^a (III, p. 29, prop. 12). L'application x↦{x}x \mapsto \{x\} (x∈ax \in a) est une injection de aa dans P(a)\mathfrak{P}(a); d'où a≤2aa \leq 2^a. Il suffit de montrer que a≠2aa \neq 2^a, c'est-à-dire que, pour toute application ff de aa dans P(a)\mathfrak{P}(a), l'image f(a)f(a) est distincte de P(a)\mathfrak{P}(a). Or, soit XX l'ensemble des x∈ax \in a tels que x∉f(x)x \notin f(x); si x∈Xx \in X, on a x∉f(x)x \notin f(x), d'où f(x)≠Xf(x) \neq X; si x∈a−Xx \in a - X, on a x∈f(x)x \in f(x) et x∉Xx \notin X, donc f(x)≠Xf(x) \neq X. Ceci démontre que X∉f(a)X \notin f(a), d'où le théorème.

Corollaire 03L2

Il n'existe pas d'ensemble dont tout cardinal soit élément*.

Si UU était un tel ensemble, il existerait un ensemble SS, somme de la famille d'ensembles (X)X∈U(X)_{X \in U}, et tout cardinal serait équipotent à une partie de SS. En particulier, soit s=Card(S)s = \mathrm{Card} (S); comme 2s2^s est un cardinal, on aurait 2s≤s2^s \leq s, ce qui est absurde.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed edition, 2006, Springer. Not translated.