Bourbaki

§ 4. Eléments réguliers d’un groupe de Lie

Dans les n°s 1, 2 et 3 de ce paragraphe, on suppose que kk est R\mathbf{R}, ou C\mathbf{C}, ou un corps ultramétrique complet non discret de caractéristique zéro. On désigne par GG un groupe de Lie de dimension finie sur kk, par g\mathfrak{g} son algèbre de Lie, par ee son élément neutre. Si a∈Ga \in G, on note g1(a)g^1(a) le nilespace de Ad(a)−1\mathrm{Ad}(a) - 1, autrement dit l’espace g1(Ad(a))g^1(\mathrm{Ad}(a)) (cf. § 1, n° 1).

1. Eléments réguliers pour une représentation linéaire

Lemme 1 00VU

Soient MM une variété analytique sur kk et a=(a0,…,an−1,an=1)a = (a_0, \ldots, a_{n-1}, a_n = 1) une suite de fonctions analytiques sur MM. Pour tout x∈Mx \in M, soit ra(x)r_a(x) la borne supérieure des i∈{0,n}i \in \{0, n\} tels que aj(x)=0a_j(x) = 0 pour j<ij < i et soit ra0(x)r_a^0(x) la borne supérieure des i∈{0,n}i \in \{0, n\} tels que aja_j soit nulle sur un voisinage de xx pour j<ij < i.

(i) La fonction rar_a est semi-continue supérieurement. (ii) Pour tout x∈Mx \in M, ra0(x)=lim inf⁡y→xra(y)r_a^0(x) = \liminf_{y \to x} r_a(y). (iii) La fonction ra0r_a^0 est localement constante. (iv) L’ensemble des points x∈Mx \in M tels que ra0(x)=ra(x)r_a^0(x) = r_a(x) est l’ensemble des points de MM au voisinage desquels la fonction rar_a est constante. C’est un ouvert dense dans MM. Si k=Ck = \mathbf{C} et si MM est connexe de dimension finie, cet ouvert est connexe.

(i) Si ra(x)=ir_a(x) = i, alors ai(x)≠0a_i(x) \neq 0 et pour tout yy appartenant à un voisinage de xx, on a ai(y)≠0a_i(y) \neq 0, donc ra(y)≤ir_a(y) \leq i. (ii) Si ra0(x)=ir_a^0(x) = i, alors les fonctions a0,…,ai−1a_0, \ldots, a_{i-1} sont nulles sur un voisinage de xx et, pour tout point yy appartenant à ce voisinage, on a ra(y)≥ir_a(y) \geq i. Par conséquent, lim inf⁡y→xra(y)≥i\liminf_{y \to x} r_a(y) \geq i. Tout voisinage de xx contient un point yy tel que ai(y)≠0a_i(y) \neq 0 et par suite ra(y)≤ir_a(y) \leq i. On a donc lim inf⁡y→xra(y)=i\liminf_{y \to x} r_a(y) = i. (iii) Soit i=ra0(x)i = r_a^0(x) et soit VV un voisinage de xx tel que aj(y)=0a_j(y) = 0 pour tout y∈Vy \in V et tout j<ij < i. On a x∈M−Zx \in M - Z où ZZ désigne l’ensemble des points de MM au voisinage desquels la fonction aia_i est nulle. Puisque ZZ est fermé dans MM (VAR, R, 5.3.5), V∩(M−Z)V \cap (M - Z) est un voisinage de xx. Pour tout point yy appartenant à ce voisinage, on a ra0(y)=ir_a^0(y) = i. (iv) La fonction ra−ra0r_a - r_a^0 est semi-continue supérieurement et sa valeur en tout point est ≥0\geq 0. Si ra(x)=ra0(x)r_a(x) = r_a^0(x), alors ra−ra0r_a - r_a^0 est nulle au voisinage de xx, ce qui montre que rar_a est constante au voisinage de xx d’après (iii). Réciproquement, si rar_a est constante au voisinage de xx, on a ra0(x)=ra(x)r_a^0(x) = r_a(x) d’après (ii). L’ensemble des points x∈Mx \in M tels que ra0(x)=ra(x)r_a^0(x) = r_a(x) est donc un ouvert Ω\Omega de MM. Si x∈Mx \in M et si r_a^0(x) < r_a(x), tout voisinage de x contient un point y tel que ra(y)<ra(x)r_a(y) < r_a(x) et ra0(y)=ra0(x)r_a^0(y) = r_a^0(x). Tout voisinage de x contient donc un point y tel que

ra(y)−ra0(y)<ra(x)−ra0(x). r_a(y) - r_a^0(y) < r_a(x) - r_a^0(x).

Il en résulte que Ω\Omega est dense dans M.

Si M est connexe et si pp est la valeur de ra0r_a^0 sur M, les points de Ω\Omega sont les points x∈Mx \in M tels que ap(x)≠0a_p(x) \neq 0. Si k=Ck = \mathbf{C}, ceci entraîne que Ω\Omega est connexe d’après le lemme 3 de l’Appendice II.

Soit ρ\rho une représentation linéaire analytique de G dans un espace vectoriel V de dimension finie n sur k. Posons

det⁡(T−ρ(g)+1)=a0(g)+a1(g)T+⋯+an−1(g)Tn−1+Tn. \det(T - \rho(g) + 1) = a_0(g) + a_1(g)T + \cdots + a_{n-1}(g)T^{n-1} + T^n.

Les fonctions rar_a et ra0r_a^0 associées à la suite (a0,a1,…,an−1,1)(a_0, a_1, \ldots, a_{n-1}, 1) seront notées respectivement rρr_\rho et rρ0r_\rho^0. On a alors, pour tout g∈Gg \in G:

rρ(g)=dim⁡V1(ρ(g))rρ0(g)=lim inf⁡g′→gdim⁡V1(ρ(g′)). r_\rho(g) = \dim V^1(\rho(g)) \\ r_\rho^0(g) = \liminf_{g' \to g} \dim V^1(\rho(g')).

Lemme 2 00VV

Soit 0→V′→V→V′′→00 \to V' \to V \to V'' \to 0 une suite exacte de G-modules définis respectivement par les représentations linéaires analytiques ρ′,ρ,ρ′′\rho', \rho, \rho'' de G. On a alors:

rρ=rρ′+rρ′′etrρ0=rρ′0+rρ′′0. r_\rho = r_{\rho'} + r_{\rho''} \quad \text{et} \quad r_\rho^0 = r_{\rho'}^0 + r_{\rho''}^0.

En effet, pour tout g∈Gg \in G, on a (§ 1, n° 1, cor. 3 du th. 1) une suite exacte

0→(V′)1(ρ′(g))→V1(ρ(g))→(V′′)1(ρ′′(g))→0, 0 \to (V')^1(\rho'(g)) \to V^1(\rho(g)) \to (V'')^1(\rho''(g)) \to 0,

ce qui prouve la première assertion. La seconde en résulte puisque, d’après le lemme 1 (iv), sur un ouvert dense de G, on a rρ0=rρ,rρ′0=rρ′,r_\rho^0 = r_\rho, r_{\rho'}^0 = r_{\rho'}, et rρ′′0=rρ′′r_{\rho''}^0 = r_{\rho''}.

Définition 1 00VW

Un élément g∈Gg \in G est dit régulier pour la représentation linéaire ρ\rho si rρ(g)=rρ0(g)r_\rho(g) = r_\rho^0(g).

Proposition 1 00VX

Les points réguliers pour une représentation linéaire analytique ρ\rho de G sont les points de G au voisinage desquels la fonction rρr_\rho est constante. Ils forment un ouvert dense dans G. Si k=Ck = \mathbf{C} et si G connexe, l’ensemble des points réguliers pour ρ\rho est connexe.

Cela résulte du lemme 1 (iv).

Remarque 00VY

Soit G∗G^* un sous-groupe ouvert de G. Pour qu’un élément a∈G∗a \in G^* soit un élément régulier de G pour la représentation linéaire ρ\rho de G, il faut et il suffit que ce soit un élément régulier de G∗G^* pour la représentation linéaire ρ∣G∗\rho|G^*.

2. Eléments réguliers d’un groupe de Lie

Définition 2 00VZ

On dit qu’un élément de G est régulier s’il est régulier pour la représentation adjointe de G.

En d’autres termes (prop. 1), un élément g∈Gg \in G est régulier si, pour tous les éléments g′g' d’un voisinage de gg dans GG, la dimension du nilespace de Ad(g′)−1\mathrm{Ad}(g') - 1 est égale à la dimension du nilespace de Ad(g)−1\mathrm{Ad}(g) - 1.

Proposition 2 00W0

Soient G′G' un groupe de Lie de dimension finie sur kk et ff un morphisme surjectif de GG dans G′G'. L’image par ff d’un élément régulier de GG est un élément régulier de G′G'. Si le noyau de ff est contenu dans le centre de GG, pour qu’un élément g∈Gg \in G soit régulier, il faut et il suffit que f(g)f(g) soit régulier.

Soient en effet g′g' l’algèbre de Lie de G′G' et h\mathfrak{h} l’idéal de gg noyau de Tf∣gTf|_g. Soit ρ\rho la représentation linéaire de GG dans h\mathfrak{h}, définie par ρ(g)=Ad g∣h\rho(g) = \mathrm{Ad}\,g|\mathfrak{h} pour tout g∈Gg \in G, et soit Ad∘f\mathrm{Ad} \circ f la représentation linéaire de GG dans g′g' composée de ff et de la représentation adjointe de G′G'. Ces représentations linéaires définissent une suite exacte de GG-modules : 0→h→g→g′→00 \to \mathfrak{h} \to g \to g' \to 0. D’après le lemme 2, on a rAd=rρ+rAd∘fr_{\mathrm{Ad}} = r_\rho + r_{\mathrm{Ad} \circ f} et rAd0=rρ0+rAd∘f0r_{\mathrm{Ad}}^0 = r_\rho^0 + r_{\mathrm{Ad} \circ f}^0. Puisque rAd∘f=rAd∘fr_{\mathrm{Ad} \circ f} = r_{\mathrm{Ad}} \circ f et que ff est une application ouverte, on a rAd∘f0=rAd0∘fr_{\mathrm{Ad} \circ f}^0 = r_{\mathrm{Ad}}^0 \circ f. Par conséquent :

rAd−rAd0=rρ−rρ0+(rAd−rAd0)∘f. r_{\mathrm{Ad}} - r_{\mathrm{Ad}}^0 = r_\rho - r_\rho^0 + (r_{\mathrm{Ad}} - r_{\mathrm{Ad}}^0) \circ f.

Si gg est régulier, on a donc (rAd−rAd0)(f(g))=0(r_{\mathrm{Ad}} - r_{\mathrm{Ad}}^0)(f(g)) = 0 ce qui signifie que f(g)f(g) est régulier. Si le noyau de ff est contenu dans le centre de GG, alors

rρ(g)=rρ0(g)=dim⁡h r_\rho(g) = r_\rho^0(g) = \dim \mathfrak{h}

pour tout g∈Gg \in G. Par suite, si f(g)f(g) est régulier, on a rAd(g)=rAd0(g)r_{\mathrm{Ad}}(g) = r_{\mathrm{Ad}}^0(g), autrement dit, gg est régulier.

Proposition 3 00W1

Soient G1G_1 et G2G_2 deux groupes de Lie de dimension finie sur kk. Pour qu’un élément (g1,g2)(g_1, g_2) de G1×G2G_1 \times G_2 soit régulier, il faut et il suffit que g1g_1 et g2g_2 soient respectivement des éléments réguliers de G1G_1 et G2G_2.

La condition est nécessaire d’après la prop. 2. Montrons qu’elle est suffisante. Pour tout g=(g1,g2)∈G1×G2g = (g_1, g_2) \in G_1 \times G_2, on a rAd(g)=rAd(g1)+rAd(g2)r_{\mathrm{Ad}}(g) = r_{\mathrm{Ad}}(g_1) + r_{\mathrm{Ad}}(g_2). Compte tenu du lemme 1, (ii), il en résulte que rAd0(g)=rAd0(g1)+rAd0(g2)r_{\mathrm{Ad}}^0(g) = r_{\mathrm{Ad}}^0(g_1) + r_{\mathrm{Ad}}^0(g_2). Si g1g_1 et g2g_2 sont réguliers, rAd0(g1)=rAd(g1)r_{\mathrm{Ad}}^0(g_1) = r_{\mathrm{Ad}}(g_1) et rAd0(g2)=rAd(g2)r_{\mathrm{Ad}}^0(g_2) = r_{\mathrm{Ad}}(g_2), donc rAd0(g)=rAd(g)r_{\mathrm{Ad}}^0(g) = r_{\mathrm{Ad}}(g), ce qui signifie que gg est régulier.

Lemme 3 00W2

Soient a∈Ga \in G et mm un supplémentaire de g1(a)g^1(a) dans gg. Soient UU un voisinage de 00 dans gg et exp une application exponentielle de UU dans GG. L’application

f:(x,y)↦(exp⁡y)a(exp⁡x)(exp⁡y)−1 f : (x, y) \mapsto (\exp y)a(\exp x)(\exp y)^{-1}

de (g1(a)×m)∩U(g^1(a) \times m) \cap U dans GG est étale en (0,0)(0, 0).

Les applications x↦a(exp⁡x)x \mapsto a(\exp x) et y↦(exp⁡y)a(exp⁡y)−1y \mapsto (\exp y)a(\exp y)^{-1} ont respectivement pour applications linéaires tangentes en 0 les applications x↦axx \mapsto ax et y↦ya−ay=a(a−1ya−y)y \mapsto ya - ay = a(a^{-1}ya - y) de gg dans TaG=agT_aG = ag (III, § 3, n° 12, prop. 46). Par suite, l’application tangente à ff en (0,0)(0, 0) est l’application (x,y)↦ax+a(a−1ya−y)=a(x+a−1ya−y)(x, y) \mapsto ax + a(a^{-1}ya - y) = a(x + a^{-1}ya - y) de g1(a)×mg^1(a) \times m dans agag. Cette application est injective. En effet, si x∈g1(a),y∈mx \in g^1(a), y \in m et si x+a−1ya−y=0x + a^{-1}ya - y = 0, alors (Ad(a)−1)y=Ad(a)x∈g1(a)(\mathrm{Ad}(a) - 1)y = \mathrm{Ad}(a)x \in g^1(a) puisque Ad(a)g1(a)⊂g1(a)\mathrm{Ad}(a)g^1(a) \subset g^1(a). Ceci entraîne que y∈g1(a)y \in g^1(a) et par suite que y=0y = 0. Puisque Ad(a)\mathrm{Ad}(a) est injectif sur g1(a)g^1(a), il en résulte que x=0x = 0. Puisque dim⁡g=dim⁡g1(a)+dim⁡m\dim g = \dim g^1(a) + \dim m, ceci montre que ff est étale en (0,0)(0, 0).

Proposition 4 00W3

Soient a∈Ga \in G et HH un sous-groupuscule de Lie de GG ayant g1(a)g^1(a) pour algèbre de Lie. L’application (b,c)↦cabc−1(b, c) \mapsto cabc^{-1} de H×GH \times G dans GG est une submersion en (e,e)(e, e)*.

Soient en effet mm un supplémentaire de g1(a)g^1(a) dans gg et exp une application exponentielle de GG définie sur un voisinage ouvert UU de 0 dans gg. On peut choisir UU de sorte que exp⁡(U∩g1(a))⊂H\exp(U \cap g^1(a)) \subset H. L’application f:(x,y)↦(exp⁡x,exp⁡y)f : (x, y) \mapsto (\exp x, \exp y) est alors une application analytique d’un voisinage de (0,0)(0, 0) dans g1(a)×mg^1(a) \times m à valeurs dans H×GH \times G. D’après le lemme 3, l’application composée de ff et de l’application φ:(b,c)↦cabc−1\varphi : (b, c) \mapsto cabc^{-1} est étale en (0,0)(0, 0). Il en résulte que φ\varphi est une submersion en f(0,0)=(e,e)f(0, 0) = (e, e).

Proposition 5 00W4

Soient a∈Ga \in G et WW un voisinage de ee dans GG. Il existe un voisinage VV de aa ayant la propriété suivante : pour tout a′∈Va' \in V, il existe un élément g∈Wg \in W tel que g1(a′)⊂Ad(g)g1(a)g^1(a') \subset \mathrm{Ad}(g)g^1(a)*.

Posons g1=g1(a)g^1 = g^1(a) et soit g=g1+g+g = g^1 + g^+ la décomposition de Fitting de Ad(a)−1\mathrm{Ad}(a) - 1 (§ 1, n° 1). Soit HH un sous-groupuscule de Lie de GG ayant g1g^1 pour algèbre de Lie. Pour tout h∈Hh \in H, on a Ad(h)g1⊂g1\mathrm{Ad}(h)g^1 \subset g^1. Puisque [g1,g+]⊂g+[g^1, g^+] \subset g^+, il existe un voisinage UU de ee dans HH tel que Ad(h)g+⊂g+\mathrm{Ad}(h)g^+ \subset g^+ pour tout h∈Uh \in U. Puisque la restriction de Ad(a)−1\mathrm{Ad}(a) - 1 à g+g^+ est bijective, on peut choisir UU de sorte que, pour tout h∈Uh \in U, la restriction de Ad(ah)−1\mathrm{Ad}(ah) - 1 à g+g^+ soit bijective. On a alors g1(ah)⊂g1(a)=g1g^1(ah) \subset g^1(a) = g^1 pour tout h∈Uh \in U. D’après la proposition 4, Int(W)(aU)\mathrm{Int}(W)(aU) est un voisinage de aa dans GG. Si a′∈Int(W)(aU)a' \in \mathrm{Int}(W)(aU), alors a′=g(ah)g−1a' = g(ah)g^{-1} avec g∈Wg \in W et h∈Uh \in U; il en résulte que g1(a′)=Ad(g)g1(ah)⊂Ad(g)g1(a)g^1(a') = \mathrm{Ad}(g)g^1(ah) \subset \mathrm{Ad}(g)g^1(a).

Corollaire 00W5

Soit G∗G^* un sous-groupe ouvert de GG. Si a∈Ga \in G est régulier, il existe un voisinage VV de aa tel que, pour tout a′∈Va' \in V, g1(a′)g^1(a') soit conjugué de g1(a)g^1(a) par Ad(G∗)\mathrm{Ad}(G^*)

3. Relations avec les éléments réguliers de l’algèbre de Lie

Proposition 6 00W6

Soient VV un sous-groupe ouvert de gg et exp⁡:V→G\exp : V \to G une application exponentielle définie sur VV.

(i) Il existe un voisinage W de 0 dans V tel que g1(exp⁡x)=g0(x)g^1(\exp x) = g^0(x) pour tout x∈Wx \in W.

(ii) Si k=Rk = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}, on a g1(exp⁡x)⊇g0(x)g^1(\exp x) \supseteq g^0(x) pour tout x∈gx \in g.

D'après le cor. 3 à la prop. 8 du chap. III, § 4, n° 4, il existe un voisinage V′V' de 0 dans V tel que, pour tout x∈V′x \in V', exp⁡(ad(x))=∑n=0∞1n!ad(x)n\exp(\mathrm{ad}(x)) = \sum_{n=0}^{\infty} \frac{1}{n!} \mathrm{ad}(x)^n soit défini et Ad(exp⁡x)=exp⁡(ad(x))\mathrm{Ad}(\exp x) = \exp(\mathrm{ad}(x)). Si P∈k[X]P \in k[X] et si α∈End(g)\alpha \in \mathrm{End}(g), on vérifie facilement que, pour tout λ∈k\lambda \in k, on a gλ(α)⊂gP(λ)(P(α))g^{\lambda}(\alpha) \subset g^{P(\lambda)}(P(\alpha)). Par suite

g0(ad(x))⊂g1(exp⁡(ad(x)))=g1(Ad(exp⁡x))=g1(exp⁡x) g^0(\mathrm{ad}(x)) \subset g^1(\exp(\mathrm{ad}(x))) = g^1(\mathrm{Ad}(\exp x)) = g^1(\exp x)
pour tout x∈V′x \in V'. Si k=Rk = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}, on a V=gV = g et on peut choisir V′=VV' = V ce qui prouve (ii). Démontrons (i). Soit U un voisinage de 0 dans End(g)\mathrm{End}(g) tel que, pour tout α∈U\alpha \in U, Log(1+α)=∑n>0(−1)n+11nαn\mathrm{Log}(1 + \alpha) = \sum_{n > 0} (-1)^{n+1} \frac{1}{n} \alpha^n soit défini. On a Log∘exp⁡=1\mathrm{Log} \circ \exp = 1 sur un voisinage de 0 et, pour tout α∈U\alpha \in U, g1(1+α)⊂g0(Log(1+α))g^1(1 + \alpha) \subset g^0(\mathrm{Log}(1 + \alpha)). Soit W le voisinage de 0 dans g formé par les x∈V′x \in V' tels que exp⁡ad x∈1+U\exp \mathrm{ad}\, x \in 1 + U et
Log(exp⁡(ad(x)))=ad(x). \mathrm{Log}(\exp(\mathrm{ad}(x))) = \mathrm{ad}(x).
Pour tout x∈Wx \in W, on a
g1(exp⁡x)=g1(Ad(exp⁡x))=g1(exp⁡(ad(x))) g^1(\exp x) = g^1(\mathrm{Ad}(\exp x)) = g^1(\exp(\mathrm{ad}(x)))
⊂g0(Log(exp⁡(ad(x))))=g0(ad(x))=g0(x). \subset g^0(\mathrm{Log}(\exp(\mathrm{ad}(x)))) = g^0(\mathrm{ad}(x)) = g^0(x).
Ceci montre que g1(exp⁡x)=g0(x)g^1(\exp x) = g^0(x) pour tout x∈Wx \in W.

Lemme 4 00W7

Soient U un voisinage de 0 dans g et exp une application exponentielle de U dans G, étale en tout point de U et telle que g1(exp⁡x)=g0(x)g^1(\exp x) = g^0(x) quel que soit x∈Ux \in U.

(i) La fonction rAd0r^0_{\mathrm{Ad}} est constante et égale au rang de g sur exp⁡(U)\exp(U).

(ii) Si x∈Ux \in U, pour que exp⁡x\exp x soit régulier, il faut et il suffit que x soit un élément régulier de g.

(iii) Si a∈exp⁡(U)a \in \exp(U), pour que a soit régulier, il faut et il suffit que g1(a)g^1(a) soit une sous-algèbre de Cartan de g.

Soit l=rg(g)l = \mathrm{rg}(g). Si x∈Ux \in U est un élément régulier de g, on a

rAd(exp⁡x)=dim⁡g1(exp⁡x)=dim⁡g0(x)=l. r_{\mathrm{Ad}}(\exp x) = \dim g^1(\exp x) = \dim g^0(x) = l.
Puisque les éléments réguliers de g appartenant à U forment un voisinage de x et que exp est étale en x, ceci montre que exp⁡x\exp x est régulier et que rAd0(exp⁡x)=lr^0_{\mathrm{Ad}}(\exp x) = l. Les éléments réguliers de g appartenant à U étant denses dans U, on a rAd0(a)=lr^0_{\mathrm{Ad}}(a) = l pour tout a∈exp⁡(U)a \in \exp(U). Soit a∈exp⁡(U)a \in \exp(U) un élément régulier de G et soit x∈Ux \in U tel que a=exp⁡xa = \exp x. Puisque g0(x)=g1(a)g^0(x) = g^1(a), on a dim⁡g0(x)=rAd0(a)=l\dim g^0(x) = r^0_{\mathrm{Ad}}(a) = l. Par suite, x est un élément régulier de g et g1(a)g^1(a) est une sous-algèbre de Cartan de g. Enfin si a∈exp⁡(U)a \in \exp(U) et si g1(a)g^1(a) est une sous-algèbre de Cartan de g, on a
rAd(a)=dim⁡g1(a)=l=rAd0(a), r_{\mathrm{Ad}}(a) = \dim g^1(a) = l = r^0_{\mathrm{Ad}}(a),
donc a est régulier.

Proposition 7 00W8

Soit V un voisinage de e dans G. Toute sous-algèbre de Cartan de g est de la forme g1(a)g^1(a) où a est un élément régulier de G appartenant à V.

D’après la prop. 6, il existe un voisinage ouvert U de 0 dans g et une application exponentielle exp : U →\to G vérifiant les conditions du lemme 4. Si h\mathfrak{h} est une sous-algèbre de Cartan de g, il existe un élément régulier x∈hx \in \mathfrak{h} tel que h=g0(x)\mathfrak{h} = g^0(x) (§ 3, th. 2). Il existe d’autre part un élément t∈k∗t \in k^* tel que tx∈Utx \in U et exp⁡(tx)∈V\exp(tx) \in V. On a alors h=g0(x)=g0(tx)=g1(exp⁡(tx))\mathfrak{h} = g^0(x) = g^0(tx) = g^1(\exp(tx)), et d’après le lemme 4 (ii), exp⁡(tx)\exp(tx) est un élément régulier de G.

Proposition 8 00W9

Soit l le rang de g. Il existe un sous-groupe ouvert G∗G^* de G tel que : (i) la fonction rAd0r_{\mathrm{Ad}}^0 est constante sur G∗G^* et sa valeur est l ; (ii) pour qu’un élément a∈G∗a \in G^* soit régulier, il faut et il suffit que g1(a)g^1(a) soit une sous-algèbre de Cartan de g ; (iii) si a∈G∗a \in G^*, toute sous-algèbre de Cartan de g1(a)g^1(a) est une sous-algèbre de Cartan de g.

(i) D’après la prop. 6, il existe un voisinage ouvert U de 0 dans g et une application exp de U dans G vérifiant les conditions du lemme 4. Dans la suite, on désignera par G∗G^* la composante neutre de G si k=Rk = \mathbf{R} ou C\mathbf{C} et un sous-groupe ouvert de G contenu dans exp(U) si k est ultramétrique. Puisque rAd0r_{\mathrm{Ad}}^0 est localement constante et que sa valeur en tout point de exp(U) est l (lemme 4 (i)), on voit que rAd0r_{\mathrm{Ad}}^0 est constante et égale à l sur G∗G^*.

(ii) Soit R∗R^* (resp. S∗S^*) l’ensemble des éléments réguliers de G∗G^* (resp. l’ensemble des éléments a∈G∗a \in G^* tels que g1(a)g^1(a) soit une sous-algèbre de Cartan de g). On a S∗⊂R∗S^* \subset R^*. En effet, si a∈S∗a \in S^*, alors rAd(a)=l=rAd0(a)r_{\mathrm{Ad}}(a) = l = r_{\mathrm{Ad}}^0(a). Montrons que R∗⊂S∗R^* \subset S^*. Si k est ultramétrique, cela résulte de l’inclusion G∗⊂exp⁡(U)G^* \subset \exp(U) et du lemme 4 (iii). Supposons k=Ck = \mathbf{C}. D’après le cor. à la prop. 5, si a∈R∗a \in R^*, alors pour tout a′a' appartenant à un voisinage de a, g1(a′)g^1(a') est conjugué de g1(a)g^1(a) par un automorphisme de g. Ceci prouve que S∗S^* et R∗−S∗R^* - S^* sont ouverts dans G∗G^*. On a vu que S∗S^* contient tous les éléments réguliers d’un voisinage de e (lemme 4 (iii)); par conséquent S∗S^* est non vide. Puisque G∗G^* est connexe, il en est de même de R∗R^* (prop. 1) et par conséquent S∗=R∗S^* = R^*.

Il reste à étudier le cas k=Rk = \mathbf{R}. Supposons d’abord que G∗G^* soit un sous-groupe intégral de GL(E)\mathbf{GL}(E) où E désigne un espace vectoriel réel de dimension finie. Soit Gc∗G_c^* le sous-groupe intégral de GL(E⊗RC)\mathbf{GL}(E \otimes_{\mathbf{R}} \mathbf{C}) ayant pour algèbre de Lie gc=g⊗Cg_c = g \otimes \mathbf{C}. Il existe une fonction analytique sur Gc∗G_c^* dont l’ensemble des zéros est le complémentaire de l’ouvert des éléments réguliers de Gc∗G_c^*. D’après VAR, R, 3.2.5, cette fonction ne peut être nulle en tout point de G∗G^*. Par conséquent, G∗G^* contient des éléments réguliers de Gc∗G_c^*. Soit Adc\mathrm{Ad}_c la représentation adjointe de Gc∗G_c^*. Pour tout a∈G∗a \in G^*, on a gc1(a)=g1(a)⊗Cg_c^1(a) = g^1(a) \otimes \mathbf{C}, donc rAdc(a)=rAd(a)r_{\mathrm{Ad}_c}(a) = r_{\mathrm{Ad}}(a). Si a∈G∗a \in G^* est un élément régulier de Gc∗G_c^*, alors c’est un élément régulier de G∗G^* et rAdc0(a)=rAd0(a)r_{\mathrm{Ad}_c}^0(a) = r_{\mathrm{Ad}}^0(a). Les fonctions rAdc0r_{\mathrm{Ad}_c}^0 et rAd0r_{\mathrm{Ad}}^0 étant constantes respectivement sur Gc∗G_c^* et sur G∗G^*, il en résulte que les éléments réguliers de G∗G^* sont les éléments réguliers de Gc∗G_c^* appartenant à

G*. D’après ce qui a été vu plus haut, si aa est un élément régulier de G∗G^*, alors gc1(a)=g1(a)⊗Cg_c^1(a) = g^1(a) \otimes \mathbf{C} est une sous-algèbre de Cartan de gcg_c; ceci implique que g1(a)g^1(a) est une sous-algèbre de Cartan de gg (§ 2, prop. 3).

Supposons maintenant GG simplement connexe. Il existe un espace vectoriel réel de dimension finie EE et un morphisme étale ff de GG sur un sous-groupe intégral G′G' de GL(E)\mathbf{GL}(E) (III, § 6, no 1, cor. au th. 1). D’après la prop. 2, si a∈Ga \in G est régulier, alors f(a)f(a) est régulier. D’après ce qui précède, g′1(f(a)){g'}^1(f(a)) est une sous-algèbre de Cartan de l’algèbre de Lie g′g' de G′G'. Puisque g′1(f(a))=(Tf)g1(a){g'}^1(f(a)) = (Tf)g^1(a) et que TfTf est un isomorphisme de gg sur g′g', ceci prouve que g1(a)g^1(a) est une sous-algèbre de Cartan de gg.

Passons-enfin au cas général (k=Rk = \mathbf{R}). Soient G~\tilde{G} un revêtement universel de G∗G^*, g~=L(G~)\tilde{g} = L(\tilde{G}), et qq l’application canonique de G~\tilde{G} sur G∗G^*. Puisque le noyau de qq est contenu dans le centre de G~\tilde{G}, si a∈G∗a \in G^* est régulier et si a′∈q−1(a)a' \in q^{-1}(a), alors a′a' est régulier (prop. 2). D’après ce qui précède, g~1(a′)\tilde{g}^1(a') est une sous-algèbre de Cartan de g~\tilde{g}. Puisque g1(a)=(Tq)g~1(a′)g^1(a) = (Tq)\tilde{g}^1(a') et que TqTq est un isomorphisme de g~\tilde{g} sur gg, ceci prouve que g1(a)g^1(a) est une sous-algèbre de Cartan de gg.

(iii) D’après la prop. 5, il existe un voisinage VV de aa tel que, pour tout a′∈Va' \in V, g1(a′)g^1(a') soit conjugué d’une sous-algèbre de g1(a)g^1(a) par un automorphisme de gg. Puisque tout voisinage de aa contient un élément régulier de G∗G^*, il résulte de (ii) que g1(a)g^1(a) contient une sous-algèbre de Cartan de gg. D’après la prop. 3 du § 3, toute sous-algèbre de Cartan de g1(a)g^1(a) est donc une sous-algèbre de Cartan de gg.

Remarque 00WA

Si k=Ck = \mathbf{C}, les sous-algèbres g1(a)g^1(a) pour aa régulier appartenant à une composante connexe MM de GG sont conjuguées par Int(g)\mathrm{Int}(g). Soit en effet RR l’ensemble des éléments réguliers de GG. Pour tout a∈R∩Ma \in R \cap M, soit MaM_a l’ensemble des b∈R∩Mb \in R \cap M tels que g1(b)g^1(b) soit conjugué de g1(a)g^1(a) par Int(g)\mathrm{Int}(g). On a Int(g)=Ad(G0)\mathrm{Int}(g) = \mathrm{Ad}(G^0), où G0G^0 est la composante neutre de GG. D’après le corollaire à la prop. 5, MaM_a est ouvert dans RR. Il en résulte que MaM_a est ouvert et fermé dans RR. Puisque k=Ck = \mathbf{C}, R∩MR \cap M est connexe (lemme 1) et par conséquent, Ma=R∩MM_a = R \cap M.

4. Application aux automorphismes élémentaires

Proposition 9 00WB

Soient kk un corps de caractéristique 0 et gg une algèbre de Lie sur kk. Si a∈Aute(g)a \in \mathrm{Aut}_e(g), la dimension du nilspace de a−1a - 1 est au moins égale au rang de gg.

D’après le « principe de Lefschetz » (A, V, § 14, no 7, prop. 18), kk est réunion filtrante croissante d’une famille de sous-corps (ki)i∈I(k_i)_{i \in I} qui admettent C\mathbf{C} pour extension. Soient (eα)(e_\alpha) une base de gg sur kk et x1,…,xmx_1, \ldots, x_m des éléments de gg tels que ad(x1),…,ad(xm)\mathrm{ad}(x_1), \ldots, \mathrm{ad}(x_m) soient nilpotents et que a=ead(x1)…ead(xm)a = e^{\mathrm{ad}(x_1)} \ldots e^{\mathrm{ad}(x_m)}. Soient cαβγc_{\alpha \beta}^\gamma les constantes de structure de gg par rapport à la base (eα)(e_\alpha) et (xrα)(x_r^\alpha) les composantes de xrx_r par rapport à cette base (1≤r≤m)(1 \leq r \leq m). Il existe un indice j∈Ij \in I tel que les cαβγc_{\alpha \beta}^\gamma et les xrαx_r^\alpha appartiennent tous à kjk_j. Soit gj=∑αkjeαg_j = \sum_\alpha k_j e_\alpha; c'est une algèbre de Lie sur kjk_j contenant x1,…,xmx_1, \ldots, x_m, et la restriction aja_j de aa à gjg_j est un automorphisme élémentaire de gjg_j. L'extension de aja_j à gj⊗kjCg_j \otimes_{k_j} \mathbf{C} est un automorphisme élémentaire aj⊗1a_j \otimes 1 de gj⊗Cg_j \otimes \mathbf{C}. Soit alors GjG_j un groupe de Lie complexe connexe d'algèbre de Lie gj⊗Cg_j \otimes \mathbf{C}, et ss un élément de GjG_j tel que Ad(s)=aj⊗1\mathrm{Ad}(s) = a_j \otimes 1. La prop. 8, appliquée au couple (Gj,s)(G_j, s), montre que le nilespace de aj⊗1−1a_j \otimes 1 - 1 est de dimension nn, où

n⩾rg(gj⊗C)=rg(gj)=rg(g). n \geqslant \mathrm{rg}(g_j \otimes \mathbf{C}) = \mathrm{rg}(g_j) = \mathrm{rg}(g).
Or ce nilespace a même dimension que celui de aj−1a_j - 1 et que celui de a−1a - 1. D'où la proposition.

Exercices

Les notations et hypothèses sont celles des nos 1, 2, 3 du § 4.

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.