Bourbaki

§ 3. Théorèmes de conjugaison

Dans ce paragraphe, le corps de base k est de caractéristique 0.

1. Automorphismes élémentaires

Soit g une algèbre de Lie. Nous noterons Aut(g) le groupe de ses automorphismes. Si x∈gx \in g et si ad(x)\mathrm{ad}(x) est nilpotent, on a ead x∈Aut(g)e^{\mathrm{ad}\,x} \in \mathrm{Aut}(g) (I, § 6, n° 8).

Définition 1 00V0

On appelle automorphisme élémentaire de g tout produit fini d’automorphismes de g de la forme ead xe^{\mathrm{ad}\,x} avec ad x nilpotent. On note Aute(g)\mathrm{Aut}_e(g) le groupe des automorphismes élémentaires de g.

Si u∈Aut(g)u \in \mathrm{Aut}(g), on a uead xu−1=ead u(x)ue^{\mathrm{ad}\,x}u^{-1} = e^{\mathrm{ad}\,u(x)}. Il en résulte que Aute(g)\mathrm{Aut}_e(g) est un sous-groupe distingué de Aut(g)\mathrm{Aut}(g). Si k=Rk = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}, Aute(g)\mathrm{Aut}_e(g) est contenu dans le groupe Int(g) des automorphismes intérieurs de g (III, § 6, n° 2, déf. 2).

\* Dans le cas général, Aute(g)\mathrm{Aut}_e(g) est contenu dans la composante neutre du groupe algébrique Aut(g)\mathrm{Aut}(g).*

Lemme 1 00V1

Soient V un espace vectoriel de dimension finie, n une sous-algèbre de Lie de a=gl(V)a = \mathfrak{gl}(V) formée d’éléments nilpotents.

(i) L’application x↦exp⁡xx \mapsto \exp x est une bijection de n sur un sous-groupe N de GL(V)\mathbf{GL}(V) formé d’éléments unipotents (II, § 6, n° 1, remarque 4). On a n=log⁡(exp⁡n)n = \log(\exp n). L’application f↦f∘log⁡f \mapsto f \circ \log est un isomorphisme de l’algèbre des fonctions polynomiales sur n sur l’algèbre des restrictions à N des fonctions polynomiales sur End(V).

(ii) Si x∈nx \in n et a∈aa \in a, on a

(exp⁡adax)⋅a=(exp⁡x)a(exp⁡(−x)). (\exp \mathrm{ad}_a x) \cdot a = (\exp x)a(\exp(-x)).

(iii) Soient V’ un espace vectoriel de dimension finie, n’ une sous-algèbre de Lie de gl(V′)\mathfrak{gl}(V') formée d’éléments nilpotents, φ\varphi un homomorphisme de n dans n’. Soit π\pi l’application exp⁡x↦exp⁡φ(x)\exp x \mapsto \exp \varphi(x) de exp⁡n\exp n dans exp⁡n′\exp n'. Alors π\pi est un homomorphisme de groupes.

D’après le th. d’Engel, on peut identifier V à knk^n de telle sorte que n soit une sous-algèbre de n(n,k)n(n, k) (sous-algèbre de Lie de Mn(k)\mathbf{M}_n(k) formée des matrices triangulaires inférieures de diagonale nulle). Pour s⩾0s \geqslant 0, soit ns(n,k)n_s(n, k) l’ensemble des (xij)l≤i,j≤n∈Mn(k)(x_{ij})_{l \leq i, j \leq n} \in \mathbf{M}_n(k) telles que xij=0x_{ij} = 0 pour i−j<si - j < s. Alors

[ns(n,k),ns′(n,k)]⊂ns+s′(n,k) [n_s(n, k), n_{s'}(n, k)] \subset n_{s+s'}(n, k)

(II, § 4, n° 6, remarque), et la série de Hausdorff définit une application polynomiale (a,b)↦H(a,b)(a, b) \mapsto \mathbf{H}(a, b) de n(n,k)×n(n,k)n(n, k) \times n(n, k) dans n(n,k)n(n, k) (II, § 6, n° 5, remarque 3); muni de cette application, n(n,k)n(n, k) est un groupe (II, § 6, n° 5, prop. 4). D’après II, § 6, n° 1, remarque 4, les applications x↦exp⁡xx \mapsto \exp x de n(n,k)n(n, k) dans 1+n(n,k)1 + n(n, k) et y↦log⁡yy \mapsto \log y de 1+n(n,k)1 + n(n, k) dans n(n,k)n(n, k) sont des bijections réciproques l’une de l’autre et sont polynomiales; d’après II, § 6, n° 5, prop. 3, ces bijections sont des isomorphismes de groupes si l’on munit n(n,k)n(n, k) de la loi (a,b)↦H(a,b)(a, b) \mapsto \mathbf{H}(a, b) et si l’on considère 1+n(n,k)1 + n(n, k) comme sous-groupe de GLn(k)\mathbf{GL}_n(k). Les assertions (i) et (iii) du lemme résultent de là. Soit x∈nx \in n. Notons Lx,RxL_x, R_x les applications u↦xu,u↦uxu \mapsto xu, u \mapsto ux de aa dans aa, qui sont permutables et nilpotentes. On a ad⁡ax=Lx−Rx\operatorname{ad}_a x = L_x - R_x, donc, pour tout a∈aa \in a,

(1)(exp⁡ad⁡ax)a=(exp⁡(Lx−Rx))a=(exp⁡Lx)(exp⁡R−x)a \text{(1)} \quad (\exp \operatorname{ad}_a x)a = (\exp(L_x - R_x))a = (\exp L_x)(\exp R_{-x})a
=∑i,j≥0Lxii!R−xjj!a=(exp⁡x)a(exp⁡(−x)). = \sum_{i,j \geq 0} \frac{L_x^i}{i!} \frac{R_{-x}^j}{j!} a = (\exp x)a(\exp(-x)).

Avec les notations du lemme 1, on dit que π\pi est la représentation linéaire de exp⁡n\exp n compatible avec la représentation donnée ρ\rho de nn dans V′V'. Lorsque kk est R,C\mathbf{R}, \mathbf{C}, ou un corps ultramétrique complet non discret, on a ρ=L(π)\rho = L(\pi) d’après les propriétés des applications exponentielles (III, § 4, n° 4, cor. 2 à la prop. 8).

Proposition 1 00V2

Soient gg une algèbre de Lie, nn une sous-algèbre de gg telle que ad⁡gx\operatorname{ad}_g x soit nilpotent pour tout x∈nx \in n. Alors ead⁡gne^{\operatorname{ad}_g n} est un sous-groupe de Aut⁡e(g)\operatorname{Aut}_e(g)*.

Cela résulte aussitôt du lemme 1 (i).

En particulier, si on prend pour nn le radical nilpotent de gg, ead⁡gne^{\operatorname{ad}_g n} est le groupe des automorphismes spéciaux de gg (I, § 6, n° 8, déf. 6).

Remarque 1 00V3

Soient VV un espace vectoriel de dimension finie, gg une sous-algèbre de Lie de a=gl(V)a = \mathfrak{gl}(V), xx un élément de gg tel que ad⁡gx\operatorname{ad}_g x soit nilpotent. Alors il existe un élément nilpotent nn de aa tel que ad⁡an\operatorname{ad}_a n prolonge ad⁡gx\operatorname{ad}_g x. En effet, soient s,ns, n les composantes semi-simple et nilpotente de xx; alors ad⁡as\operatorname{ad}_a s et ad⁡an\operatorname{ad}_a n sont les composantes semi-simple et nilpotente de ad⁡ax\operatorname{ad}_a x (I, § 5, n° 4, lemme 2), donc ad⁡as\operatorname{ad}_a s et ad⁡an\operatorname{ad}_a n laissent stables gg, et ad⁡as∣g,ad⁡an∣g\operatorname{ad}_a s|g, \operatorname{ad}_a n|g sont les composantes semi-simple et nilpotente de ad⁡gx\operatorname{ad}_g x; par suite, ad⁡gx=ad⁡an∣g\operatorname{ad}_g x = \operatorname{ad}_a n|g, ce qui prouve notre assertion. Compte tenu du lemme 1 (ii), on voit que tout automorphisme élémentaire de gg se prolonge en un automorphisme de aa de la forme u↦mum−1u \mapsto mum^{-1} où m∈GL(V)m \in \mathbf{GL}(V).

Remarque 2 00V4

Soit VV un espace vectoriel de dimension finie. Pour tout g∈SL(V)g \in \mathbf{SL}(V), notons φ(g)\varphi(g) l’automorphisme x↦gxg−1x \mapsto gxg^{-1} de gl(V)\mathfrak{gl}(V). On a

Aut⁡e(gl(V))=φ(SL(V)). \operatorname{Aut}_e(\mathfrak{gl}(V)) = \varphi(\mathbf{SL}(V)).
En effet, d’après (1), Aut⁡e(gl(V))\operatorname{Aut}_e(\mathfrak{gl}(V)) est contenu dans φ(SL(V))\varphi(\mathbf{SL}(V)), et l’inclusion opposée résulte de A, III, p. 104, prop. 17 et de (1). Un argument analogue montre que Aut_e(\mathfrak{sl}(V)) est l’ensemble des restrictions à \mathfrak{sl}(V) des éléments de φ(SL(V))\varphi(\mathbf{SL}(V)).

2. Conjugaison des sous-algèbres de Cartan

Soient gg une algèbre de Lie, hh une sous-algèbre nilpotente de gg et RR l’ensemble des poids non nuls de hh dans gg, autrement dit l’ensemble des formes linéaires λ≠0\lambda \neq 0 sur hh telles que gλ(h)≠0g^\lambda(h) \neq 0, cf. § 1, n° 3, prop. 9 (iii). Supposons que

g=g0(h)⊕∑λ∈Rgλ(h), g = g^0(h) \oplus \sum_{\lambda \in R} g^\lambda(h),
ce qui est le cas si kk est algébriquement clos (§1§ 1, n° 3, prop. 9 (i)). Pour λ∈R\lambda \in R et x∈gλ(h)x \in g^\lambda(h), ad xx est nilpotent (§1§ 1, n° 3, prop. 10 (iv)). On note E(h)E(h) le sous-groupe de Aute(g)\mathrm{Aut}_e(g) engendré par les ead xe^{\mathrm{ad}\,x} où xx est de la forme précédente. Si u∈Aut(g)u \in \mathrm{Aut}(g), on a aussitôt uE(h)u−1=E(u(h))uE(h)u^{-1} = E(u(h)).

Lemme 2 00V5

(i) Soit hrh_r l’ensemble des x∈hx \in h tels que g0(x)=g0(h)g^0(x) = g^0(h); c’est l’ensemble des x∈hx \in h tels que λ(x)≠0\lambda(x) \neq 0 pour tout λ∈R\lambda \in R, et hrh_r est ouvert dense dans hh pour la topologie de Zariski.

(ii) Posons R={λ1,λ2,…,λp}R = \{ \lambda_1, \lambda_2, \ldots, \lambda_p \} où les λi\lambda_i sont deux à deux distincts. Soit FF l’application de g0(h)×gλ1(h)×⋯×gλp(h)g^0(h) \times g^{\lambda_1}(h) \times \cdots \times g^{\lambda_p}(h) dans gg définie par la formule

F(h,x1,…,xp)=ead x1⋯ead xph. F(h, x_1, \ldots, x_p) = e^{\mathrm{ad}\,x_1} \cdots e^{\mathrm{ad}\,x_p} h.
Alors FF est une application polynomiale dominante (App. I).

L’assertion (i) est évidente. Prouvons (ii). Soit n=dim⁡gn = \dim g. Si λ∈R\lambda \in R et x∈gλ(h)x \in g^\lambda(h), on a (ad x)n=0(\mathrm{ad}\,x)^n = 0. Il en résulte que (y,x)↦ead xy(y, x) \mapsto e^{\mathrm{ad}\,x} y est une application polynomiale de g×gλ(h)g \times g^\lambda(h) dans gg; on en déduit par récurrence que FF est polynomiale. Soit h0∈hrh_0 \in h_r et soit DF l’application linéaire tangente à FF en (h0,0,…,0)(h_0, 0, \ldots, 0); montrons que DF est surjective. Pour h∈g0(h)h \in g^0(h), on a F(h0+h,0,…,0)=h0+hF(h_0 + h, 0, \ldots, 0) = h_0 + h, donc (DF) (h,0,…,0)=h(\mathrm{DF})\ (h, 0, \ldots, 0) = h et Im(DF)⊃g0(h)\mathrm{Im}(\mathrm{DF}) \supset g^0(h). D’autre part, pour x∈gλ1(h)x \in g^{\lambda_1}(h), on a

F(h0,x,0,…,0)=ead xh0=h0+(ad x).h0+(ad x)22!h0+⋯ F(h_0, x, 0, \ldots, 0) = e^{\mathrm{ad}\,x} h_0 = h_0 + (\mathrm{ad}\,x).h_0 + \frac{(\mathrm{ad}\,x)^2}{2!} h_0 + \cdots
donc (DF) (0,x,0,…,0)=(ad x).h0=−(ad h0)x(\mathrm{DF})\ (0, x, 0, \ldots, 0) = (\mathrm{ad}\,x).h_0 = - (\mathrm{ad}\,h_0)x; comme ad h0\mathrm{ad}\,h_0 induit un automorphisme de gλ1(h)g^{\lambda_1}(h), on a Im(DF)⊃gλ1(h)\mathrm{Im}(\mathrm{DF}) \supset g^{\lambda_1}(h). On voit de même que
Im(DF)⊃gλi(h) \mathrm{Im}(\mathrm{DF}) \supset g^{\lambda_i}(h)
pour tout ii, d’où la surjectivité de DF. La prop. 4 de l’App. I montre alors que F est dominante.

Proposition 2 00V6

Supposons kk algébriquement clos. Soient gg une algèbre de Lie, hh et h′h' des sous-algèbres de Cartan de gg. Il existe u∈E(h)u \in E(h) et u′∈E(h′)u' \in E(h') tels que u(h)=u′(h′)u(h) = u'(h').

Conservons les notations du lemme 2. Du fait que h\mathfrak{h} et h′\mathfrak{h}' sont des sous-algèbres de Cartan, on a g0(h)=hg^0(\mathfrak{h}) = \mathfrak{h} et g0(h′)=h′g^0(\mathfrak{h}') = \mathfrak{h}'. D’après le lemme 2 et la prop. 3 de l’App. I, E(h)hrE(\mathfrak{h})_{\mathfrak{h}_r} et E(h′)hr′E(\mathfrak{h}')_{\mathfrak{h}'_r} contiennent des parties de gg qui sont ouvertes et denses pour la topologie de Zariski. On a donc E(h)hr∩E(h′)hr′≠∅E(\mathfrak{h})_{\mathfrak{h}_r} \cap E(\mathfrak{h}')_{\mathfrak{h}'_r} \neq \emptyset. Autrement dit, il existe u∈E(h), u′∈E(h′), h∈hr, h′∈hr′u \in E(\mathfrak{h}), \ u' \in E(\mathfrak{h}'), \ h \in \mathfrak{h}_r, \ h' \in \mathfrak{h}'_r tels que u(h)=u′(h′)u(h) = u'(h'); on a alors

u(h)=u(g0(h))=g0(u(h))=g0(u′(h′))=u′(h′). u(\mathfrak{h}) = u(g^0(\mathfrak{h})) = g^0(u(h)) = g^0(u'(h')) = u'(\mathfrak{h}').

Corollaire 00V7

On a* E(h)=E(h′)E(\mathfrak{h}) = E(\mathfrak{h}').

Soient u,u′u, u' comme dans la prop. 2. On a

E(h)=uE(h)u−1=E(u(h))=E(u′(h′))=u′E(h′)u′−1=E(h′), E(\mathfrak{h}) = uE(\mathfrak{h})u^{-1} = E(u(\mathfrak{h})) = E(u'(\mathfrak{h}')) = u'E(\mathfrak{h}'){u'}^{-1} = E(\mathfrak{h}'),
d’où le corollaire.

En raison de ce résultat, si kk est algébriquement clos, nous noterons simplement EE le groupe E(h)E(\mathfrak{h}), où h\mathfrak{h} est une sous-algèbre de Cartan de gg.

En général, Aute(g)≠E\mathrm{Aut}_e(g) \neq E (par exemple, si gg est nilpotente, EE est réduit à l’élément neutre, tandis qu’il existe des automorphismes élémentaires non triviaux pourvu que gg soit non commutative). On peut montrer cependant (VIII, § 10, exerc. 5) que Aute(g)=E\mathrm{Aut}_e(g) = E pour gg semi-simple.

Théorème 1 00V8

Supposons k algébriquement clos. Soit g une algèbre de Lie. Le groupe E est distingué dans Aut(g) et opère transitivement sur l’ensemble des sous-algèbres de Cartan de g.

Soient h\mathfrak{h} une sous-algèbre de Cartan de gg, et v∈Aut(g)v \in \mathrm{Aut}(g). On a

vE(h)v−1=E(v(h))=E(h), vE(\mathfrak{h})v^{-1} = E(v(\mathfrak{h})) = E(\mathfrak{h}),
donc E(h)=EE(\mathfrak{h}) = E est distingué dans Aut(g)\mathrm{Aut}(g). Si h′\mathfrak{h}' est une autre sous-algèbre de Cartan de gg, on a, avec les notations de la prop. 2, u′−1u(h)=h′{u'}^{-1}u(\mathfrak{h}) = \mathfrak{h}', et u′−1u∈E{u'}^{-1}u \in E.

3. Applications de la conjugaison

Théorème 2 00V9

Soit g une algèbre de Lie.

(i) Les sous-algèbres de Cartan de g ont même dimension, à savoir rg(g)\mathrm{rg}(g), et même classe de nilpotence.

(ii) Pour qu’un élément x∈gx \in g soit régulier, il faut et il suffit que g0(x)g^0(x) soit une sous-algèbre de Cartan de g ; toute sous-algèbre de Cartan s’obtient de cette façon.

Pour démontrer (i), on peut supposer kk algébriquement clos (cf. § 2, prop. 3 et prop. 6), auquel cas cela résulte du th. 1 du n° 2. L’assertion (ii) résulte de (i) et du § 2, th. 1, (i) et (iv).

Proposition 3 00VA

Soient g une algèbre de Lie, g’ une sous-algèbre de g. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) g’ contient un élément régulier de g, et rg(g)=rg(g′)\mathrm{rg}(g) = \mathrm{rg}(g');

(ii) g′g' contient une sous-algèbre de Cartan de gg; (iii) toute sous-algèbre de Cartan de g′g' est une sous-algèbre de Cartan de gg. (i) ⇒\Rightarrow (ii): Supposons que rg(g)=rg(g′)\mathrm{rg}(g) = \mathrm{rg}(g'), et qu’il existe x∈g′x \in g' régulier dans gg. Posons h=g0(x)\mathfrak{h} = g^0(x), h′=g′0(x)=h∩g′\mathfrak{h}' = {g'}^0(x) = \mathfrak{h} \cap g'. On a

rg(g′)≤dim⁡h′≤dim⁡h=rg(g)=rg(g′) \mathrm{rg}(g') \leq \dim \mathfrak{h}' \leq \dim \mathfrak{h} = \mathrm{rg}(g) = \mathrm{rg}(g')
donc h=h′⊂g′\mathfrak{h} = \mathfrak{h}' \subset g'. Cela prouve (ii).

(ii) ⇒\Rightarrow (iii): Supposons que g′g' contienne une sous-algèbre de Cartan h\mathfrak{h} de gg, et soit h1\mathfrak{h}_1 une sous-algèbre de Cartan de g′g'. Pour prouver que h1\mathfrak{h}_1 est une sous-algèbre de Cartan de gg, on peut supposer kk algébriquement clos. Soient alors E(h)E(\mathfrak{h}) et E′(h)E'(\mathfrak{h}) les groupes d’automorphismes de gg et g′g' associés à h\mathfrak{h} (n° 2). D’après le th. 1, il existe f∈E′(h)f \in E'(\mathfrak{h}) tel que f(h)=h1f(\mathfrak{h}) = \mathfrak{h}_1. Or tout élément de E′(h)E'(\mathfrak{h}) est induit par un élément de E(h)E(\mathfrak{h}); en effet, il suffit de le vérifier pour ead xe^{\mathrm{ad}\, x}, avec x∈g′λ(h)x \in {g'}^\lambda(\mathfrak{h}), λ≠0\lambda \neq 0, auquel cas cela résulte de l’inclusion g′λ(h)⊂gλ(h){g'}^\lambda(\mathfrak{h}) \subset g^\lambda(\mathfrak{h}). Donc h1\mathfrak{h}_1 est une sous-algèbre de Cartan de gg.

(iii) ⇒\Rightarrow (i): Supposons la condition (iii) vérifiée. Soit h\mathfrak{h} une sous-algèbre de Cartan de g′g'. Comme c’est une sous-algèbre de Cartan de gg, elle contient un élément régulier de gg (th. 2 (ii)), et d’autre part rg(g)=dim⁡(h)=rg(g′)\mathrm{rg}(g) = \dim(\mathfrak{h}) = \mathrm{rg}(g').

Corollaire 00VB

Soit h\mathfrak{h} une sous-algèbre nilpotente de gg. La sous-algèbre g0(h)g^0(\mathfrak{h}) possède les propriétés (i), (ii), (iii) de la prop. 3.* En effet, la prop. 11 du § 2, n° 3, montre que g0(h)g^0(\mathfrak{h}) possède la propriété (ii).

Proposition 4 00VC

Soient gg une algèbre de Lie, ll le rang de gg, cc la classe de nilpotence des sous-algèbres de Cartan de gg, et x∈gx \in g. Il existe une sous-algèbre de gg de dimension ll, dont la classe de nilpotence est ≤c\leq c, et qui contient xx*. Soit T une indéterminée. Soient k′=k(T)k' = k(T) et g′=g⊗kk′g' = g \otimes_k k'. Si h\mathfrak{h} est une sous-algèbre de Cartan de gg, h⊗kk′\mathfrak{h} \otimes_k k' est une sous-algèbre de Cartan de g′g', donc le rang de g′g' est ll et la classe de nilpotence de toute sous-algèbre de Cartan de g′g' est cc. Choisissons un élément régulier yy de gg. Avec les notations du § 2, n° 2, on a al(y)≠0a_l(y) \neq 0. Notons encore ala_l la fonction polynomiale sur g′g' qui prolonge ala_l. Alors l’élément al(x+Ty)a_l(x + Ty) de k[T]k[T] admet al(y)a_l(y) pour coefficient dominant. En particulier, x+Tyx + Ty est régulier dans g′g'. Soit h′\mathfrak{h}' le nilspace de ad(x+Ty)\mathrm{ad}(x + Ty) dans g′g'. Alors dim⁡h′=l\dim \mathfrak{h}' = l et la classe de nilpotence de h′\mathfrak{h}' est cc. Posons k=h′∩(g⊗kk[T])\mathfrak{k} = \mathfrak{h}' \cap (g \otimes_k k[T]); on a k⊗k[T]k(T)=h′\mathfrak{k} \otimes_{k[T]} k(T) = \mathfrak{h}'. Soit φ\varphi l’homomorphisme de k[T]k[T] sur kk tel que φ(T)=0\varphi(T) = 0, et soit ψ\psi l’homomorphisme 1⊗φ1 \otimes \varphi de g⊗kk[T]g \otimes_k k[T] sur gg. Alors ψ(k)\psi(\mathfrak{k}) est une sous-algèbre de gg, dont la classe de nilpotence est ≤c\leq c, et qui contient ψ(x+Ty)=x\psi(x + Ty) = x. Dans le k[T]k[T]-module libre g⊗kk[T]g \otimes_k k[T], k\mathfrak{k} est un sous-module de rang ll, et (g⊗kk[T])/k(g \otimes_k k[T])/\mathfrak{k} est sans torsion, de sorte que k\mathfrak{k} est un sous-module facteur direct dans g⊗kk[T]g \otimes_k k[T] (A, VII, § 4, n° 2, th. 1). Donc dim⁡kψ(k)=l\dim_k \psi(\mathfrak{k}) = l, ce qui achève la démonstration.

4. Conjugaison des sous-algèbres de Cartan des algèbres de Lie résolubles

Soit gg une algèbre de Lie résoluble. Notons C∞(g)\mathscr{C}^\infty(g) l’intersection des termes de la série centrale descendante de gg (I, § 1, n° 5). C’est un idéal caractéristique de gg, et c’est le plus petit idéal mm de gg tel que g/mg/m soit nilpotente. Comme C∞(g)⊂[g,g]\mathscr{C}^\infty(g) \subset [g, g], C∞(g)\mathscr{C}^\infty(g) est un idéal nilpotent de gg (I, § 5, n° 3, cor. 5 au th. 1). D’après la prop. 1 du n° 1, l’ensemble des ead xe^{\mathrm{ad}\, x}, pour x∈C∞(g)x \in \mathscr{C}^\infty(g), est un sous-groupe de Aut(g)\mathrm{Aut}(g), contenu dans le groupe des automorphismes spéciaux (I, § 6, n° 8, déf. 6).

Théorème 3 00VD

Soit gg une algèbre de Lie résoluble, et soient h,h′h, h' des sous-algèbres de Cartan de gg. Il existe x∈C∞(g)x \in \mathscr{C}^\infty(g) tel que ead xh=h′e^{\mathrm{ad}\, x}h = h'.

Raisonnons par récurrence sur dim⁡g\dim g, le cas où g=0g = 0 étant trivial. Soit nn un idéal commutatif non nul minimal de gg. Soit φ:g→g/n\varphi : g \to g/n le morphisme canonique. On a φ(C∞g)=C∞(g/n)\varphi(\mathscr{C}^\infty g) = \mathscr{C}^\infty(g/n) (I, § 1, n° 5, prop. 4). Puisque φ(h)\varphi(h) et φ(h′)\varphi(h') sont des sous-algèbres de Cartan de g/ng/n (§2§ 2, n° 1, cor. 2 de la prop. 4), il existe, d’après l’hypothèse de récurrence, un x∈C∞(g)x \in \mathscr{C}^\infty(g) tel que ead φ(x)φ(h)=φ(h′)e^{\mathrm{ad}\, \varphi(x)}\varphi(h) = \varphi(h'). Quitte à remplacer hh par ead xhe^{\mathrm{ad}\, x}h, on peut donc supposer φ(h)=φ(h′)\varphi(h) = \varphi(h'), c’est-à-dire

h+n=h′+n. h + n = h' + n.

Alors hh et h′h' sont des sous-algèbres de Cartan de h+nh + n. Si h+n≠gh + n \neq g, l’assertion à démontrer résulte de l’hypothèse de récurrence. Nous supposerons donc désormais que h+n=h′+n=gh + n = h' + n = g.

D’après la minimalité de nn, on a [g,n]={0}[g, n] = \{0\} ou [g,n]=n[g, n] = n. Si [g,n]={0}[g, n] = \{0\}, alors n⊂hn \subset h et n⊂h′n \subset h' (§2§ 2, n° 1, prop. 5), donc h=h+n=h′+n=h′h = h + n = h' + n = h'. Reste à considérer le cas où [g,n]=n[g, n] = n, d’où n⊂C∞(g)n \subset \mathscr{C}^\infty(g). L’idéal nn est un gg-module simple; comme g=h+ng = h + n, et que [n,n]={0}[n, n] = \{0\}, il en résulte que nn est un hh-module simple. Si h∩n≠{0}h \cap n \neq \{0\}, on a donc n⊂hn \subset h, d’où g=hg = h et h′=hh' = h. Supposons maintenant que h∩n={0}h \cap n = \{0\}. On a g=h⊕ng = h \oplus n et par suite g=h′⊕ng = h' \oplus n, puisque hh et h′h' ont même dimension.

Pour tout x∈hx \in h, soit f(x)f(x) l’unique élément de nn tel que x−f(x)∈h′x - f(x) \in h'; si x,y∈hx, y \in h, on a

[x,y]−[x,f(y)]−[f(x),y]=[x−f(x),y−f(y)]∈h′, [x, y] - [x, f(y)] - [f(x), y] = [x - f(x), y - f(y)] \in h',

donc f([x,y])=[x,f(y)]+[f(x),y]f([x, y]) = [x, f(y)] + [f(x), y]. D’après le § 1, n° 3, cor. de la prop. 9, il existe a∈na \in n tel que f(x)=[x,a]f(x) = [x, a] pour tout x∈hx \in h. On a (ad a)2(g)⊂(ad a)(n)=0(\mathrm{ad}\, a)^2(g) \subset (\mathrm{ad}\, a)(n) = 0, donc, pour tout x∈hx \in h,

ead ax=x+[a,x]=x−f(x). e^{\mathrm{ad}\, a}x = x + [a, x] = x - f(x).

On voit que ead a(h)=h′e^{\mathrm{ad}\, a}(h) = h'. Comme a∈C∞(g)a \in \mathscr{C}^\infty(g), cela achève la démonstration.

Lemme 3 00VE

Soient gg une algèbre de Lie, rr son radical, φ\varphi l’homomorphisme canonique de gg sur g/rg/r, vv un automorphisme élémentaire de g/rg/r. Il existe un automorphisme élémentaire uu de gg tel que φ∘u=v∘φ\varphi \circ u = v \circ \varphi.

On peut supposer que vv est de la forme eadbe^{a d b}, où b∈g/rb \in g/r et ad bad\ b est nilpotent. Soit ss une sous-algèbre de Levi de gg (I, § 6, n° 8, déf. 7) et soit aa l’élément de ss tel que φ(a)=b\varphi(a) = b. Comme ads aad_s\ a est nilpotent, adg aad_g\ a est nilpotent (I, § 6, n° 3, cor. de la prop. 3), et u=eadg au = e^{ad_g\ a} est un automorphisme élémentaire de gg tel que φ∘u=v∘φ\varphi \circ u = v \circ \varphi.

Proposition 5 00VF

Soient gg une algèbre de Lie, rr son radical, hh et h′h' des sous-algèbres de Cartan de gg, et φ\varphi l’homomorphisme canonique de gg sur g/rg/r. Les conditions suivantes sont équivalentes*:

(i) hh et h′h' sont conjuguées par un automorphisme élémentaire de gg; (ii) φ(h)\varphi(h) et φ(h′)\varphi(h') sont conjuguées par un automorphisme élémentaire de g/rg/r. (i) ⇒\Rightarrow (ii): C’est évident. (ii) ⇒\Rightarrow (i): Supposons la condition (ii) vérifiée, et prouvons (i). Grâce au lemme 3, on se ramène au cas où φ(h)=φ(h′)\varphi(h) = \varphi(h'). Posons k=h+r=h′+rk = h + r = h' + r, qui est une sous-algèbre résoluble de gg. Alors hh et h′h' sont des sous-algèbres de Cartan de kk, donc il existe x∈C∞(k)x \in \mathscr{C}^\infty(k) tel que eadk xh=h′e^{ad_k\ x}h = h' (th. 3). Comme k/rk/r est nilpotente, on a C∞(k)⊂r\mathscr{C}^\infty(k) \subset r; d’autre part, C∞k⊂[k,k]⊂[g,g]\mathscr{C}^\infty k \subset [k, k] \subset [g, g], d’où x∈r∩[g,g]x \in r \cap [g, g]; d’après I, § 5, n° 3, th. 1, adg xad_g\ x est nilpotent, donc eadg xe^{ad_g\ x} est un automorphisme élémentaire de gg transformant hh en h′h'.

5. Cas des groupes de Lie

Proposition 6 00VG

Supposons que kk soit R\mathbf{R}, ou C\mathbf{C}, ou un corps ultramétrique complet non discret de caractéristique 0. Soient GG un groupe de Lie de dimension finie sur kk, ee son élément neutre, gg son algèbre de Lie, hh une sous-algèbre de Cartan de gg, hrh_r l’ensemble des éléments réguliers de gg appartenant à hh*.

(i) *Soient ss un sous-espace vectoriel supplémentaire de hh dans gg, s0s_0 un voisinage de 0 dans ss dans lequel une application exponentielle est définie, et h0∈hrh_0 \in h_r. L’application (s,h)↦F(s,h)=(exp⁡ad s)⋅h(s, h) \mapsto F(s, h) = (\exp ad\ s)\cdot h de s0×hs_0 \times h dans gg est étale en (0,h0)(0, h_0). (ii) *L’application (g,h)↦F′(g,h)=(Ad g)⋅h(g, h) \mapsto F'(g, h) = (\mathrm{Ad}\ g)\cdot h de G×hrG \times h_r dans gg est une submersion. En particulier, son image Ω\Omega est ouverte. Pour tout x∈Ω,g0(x)x \in \Omega, g^0(x) est une sous-algèbre de Cartan de gg conjuguée de hh par Ad(G)\mathrm{Ad}(G). (iii) *Soit h0∈hrh_0 \in h_r. Pour tout voisinage UU de ee dans GG, l’ensemble ⋃a∈U(Ad a)(hr)\bigcup_{a \in U} (\mathrm{Ad}\ a)(h_r) est un voisinage de h0h_0 dans gg.

Soient h0h_0 et ss comme dans (i). Soit TT l’application linéaire tangente à FF en (0,h0)(0, h_0). On a F(0,h)=hF(0, h) = h pour tout h∈hh \in h, donc T(0,h)=hT(0, h) = h pour tout h∈hh \in h. D’autre part, pour s0s_0 assez petit, l’application s↦exp⁡ad ss \mapsto \exp ad\ s de s0s_0 dans End(g)\mathrm{End}(g) a pour application tangente en 0 l’application s↦ad ss \mapsto ad\ s de ss dans End(g)\mathrm{End}(g). Donc T(s,0)=[s,h0]T(s, 0) = [s, h_0] pour tout s∈ss \in s. Or l’application de g/hg/h dans g/hg/h déduite de ad h0ad\ h_0 par passage au quotient est bijective. On en déduit que TT est bijective, d’où (i). Comme exp⁡ad s=Ad exp⁡s\exp ad\ s = \mathrm{Ad}\ \exp s pour tout s∈ss \in s assez voisin de 0, on en déduit (iii), et la première assertion de (ii). Tout x∈Ωx \in \Omega est de la forme (Ad a) (h)(\mathrm{Ad}\, a)\,(h) avec a∈Ga \in G et h∈hrh \in \mathfrak{h}_r, donc g0(x)=(Ad a)(g0(h))=(Ad a) (h)g^0(x) = (\mathrm{Ad}\, a)(g^0(h)) = (\mathrm{Ad}\, a)\,(\mathfrak{h}) est une sous-algèbre de g\mathfrak{g} conjuguée de h\mathfrak{h} par Ad(G)\mathrm{Ad}(G).

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.