Bourbaki

§ 20. Représentations linéaires des algèbres

Dans ce paragraphe, on note K un anneau commutatif et A une K-algèbre. À partir du no2^o2, on suppose que K est un corps, et l’on note A∗A^* le dual de l’espace vectoriel A sur K ; la notation A∗A^* ne désignera jamais le groupe multiplicatif de l’anneau A.

1. Représentations linéaires des algèbres

Définition 1 00MD

Soit M un K-module. On appelle représentation linéaire de l’algèbre A dans M un K-homomorphisme π\pi de A dans l’algèbre EndK(M)_K(M).

On dit aussi que le couple (M,π)(M, \pi ) est une représentation linéaire de l’algèbre A. Lorsque M est un K-module libre, la dimension de M est appelée le degré (ou la dimension) de π\pi.

Soit π\pi une représentation linéaire de A dans M. La loi additive sur M et la loi d’action (a,x)→π(a)(x)(a, x)\rightarrow \pi (a)(x) définissent sur M une structure de A-module à gauche, que l’on note MπM_{\pi}. On dit que MπM_{\pi} est le module de la représentation π\pi. La structure de K-module sur M est obtenue par restriction des scalaires à partir de la structure de A-module sur MπM_{\pi}.

Réciproquement, soit E un A-module à gauche. Soit M le K-module déduit de E par restriction des scalaires de A à K et soit π\pi l’homomorphisme a→aEa\rightarrow a_E de A dans EndK(M)_K(M). Alors π\pi est une représentation de A dans M et l’on a E=MπE = M_{\pi}. On dit que π\pi est la représentation linéaire associée au A-module E.

Il revient au même d’étudier les A-modules ou les représentations linéaires de A. Nous allons traduire en langage de représentations linéaires certaines définitions relatives aux modules.

Soit π\pi une représentation linéaire de A dans M. Le noyau de l’homomorphismeπ\pi est un idéal bilatère de A, qui n’est autre que l’annulateur du A-module MπM_{\pi}. L’homomorphisme π\pi est injectif si et seulement si le A-module MπM_{\pi} est fidèle ; on dit alors que π\pi est une représentation fidèle de A.

Soient (M,π)(M, \pi ) et (M′,π′)(M', \pi ') des représentations linéaires de A. Une application A-linéaire de MπM_{\pi} dans Mπ′′M'_{\pi'} est une application K-linéaire u:M→M′u: M\rightarrow M' qui satisfait à la relation

π′(a)∘u=u∘π(a)(1) \pi '(a)\circ u=u\circ \pi (a) \tag{1}

pour a∈Aa\in A. Un isomorphisme de MπM_{\pi} sur Mπ′′M'_{\pi'} est un isomorphisme de K-modules u:M→M′u: M\rightarrow M' satisfaisant à la condition

π′(a)=u∘π(a)∘u−1(2) \pi '(a) =u\circ \pi (a)\circ u^{-1} \tag{2}

pour a∈Aa\in A. On dit que π\pi et π′\pi ' sont isomorphes si les A-modules MπM_{\pi} et Mπ′′M'_{\pi'} sont isomorphes. On dit que π\pi est une sous-représentation (resp. une représentation quotient) de π′\pi ' si MπM_{\pi} est un sous-module (resp. un module quotient) de Mπ′′M'_{\pi'}.

Supposons donnée une famille (Mi,πi)(M_i, \pi_i) de représentations linéaires de A. Soit M le K-module somme directe des MiM_i; pour tout a∈Aa\in A, soit π(a)\pi (a) l’endomorphisme (xi)i∈I→(πi(a)(xi))i∈I(x_i)_{i\in I}\rightarrow (\pi_i(a)(x_i))_{i\in I} de M. Alors π\pi est une représentation linéaire de A dans M. Le A-module MπM_{\pi} est somme directe de la famille des A-modules (Mi)πi(i∈I)(M_i)_{\pi_i}(i\in I); on dit que π\pi est la somme directe des πi\pi_i, et l’on écrit π=⨁πi\pi =\bigoplus\pi_i.

On dit que la représentation π\pi de A dans M est simple ou irréductible si le A-module MπM_{\pi} est simple ; on dit que la représentation π\pi de A dans M est semi-simple, ou complètement réductible, si le A-module MπM_{\pi} est semi-simple.

Soit π\pi une représentation linéaire de A dans M. Soit M∗M^* le K-module dual de M. L’application a→t(π(a))a\rightarrow^t(\pi (a)) de AoA^o dans EndK(M∗)_K(M^*) est la représentation transposée de π\pi.

Soit L une K-algèbre commutative et soit (M,π)(M, \pi ) une représentation linéaire de la K-algèbre A. L’homomorphisme π(L):A(L)→\pi_{(L)}: A_{(L)}\rightarrow EndL(M(L))_L(M_{(L)}) correspondant à la structure de A(L)A_{(L)}-module de M(L)M_{(L)} est une représentation linéaire de la L-algèbre A(L)A_{(L)}. On dit que π(L)\pi_{(L)} est la représentation linéaire de l’algèbre A(L)A_{(L)} déduite de la représentation π\pi par extension à L de l’anneau K des scalaires.

Supposons que K soit un corps et que L soit une K-algèbre commutative non nulle. Soient π\pi et π′\pi ' des représentations linéaires de l’algèbre A. Il résulte de VIII, p. 34, th. 3 que les représentations π\pi et π′\pi ' sont isomorphes si et seulement si π(L)\pi_{(L)} et π(L)′\pi '_{(L)} le sont.

Supposons que K soit un corps. Soit L une extension de K. Considérons le groupe de Grothendieck RK(A)R_K(A) (resp. RL(A(L))R_L(A_{(L)})) des A-modules de dimension finie sur K (resp. des A(L)A_{(L)}-modules de dimension finie sur L). Nous avons vu que l’homomorphisme de groupes

u:RK(A)⟶RL(A(L)) u: R_K(A)\longrightarrow R_L(A_{(L)})

défini par l’extension des scalaires est injectif ; en outre, un élément ξ∈RK(A)\xi \in R_K(A) est effectif si et seulement si u(ξ)u(\xi ) l’est (VIII, p. 191, th. 1).

2. Dual restreint d’une algèbre

On suppose désormais que K est un corps.

Pour a∈Aa\in A, notons γ(a)\boldsymbol{\gamma }(a) l’application x→axx\rightarrow ax et δ(a)\boldsymbol{\delta }(a) l’application x→xax\rightarrow xa de A dans A. Alors γ\boldsymbol{\gamma } est une représentation linéaire de A dans A, appelée représentation régulière gauche ; de même, δ\boldsymbol{\delta } est une représentation linéaire de AoA^o dans A, appelée (par abus de langage) la représentation régulière droite de A. Par transposition, on déduit de δ\boldsymbol{\delta } et γ\boldsymbol{\gamma } des représentations linéaires des algèbres A et AoA^o dans l’espace vectoriel A∗A^* qui définissent sur A∗A^* une structure de A-module à gauche, et une structure de AoA^o-module à gauche. Ces deux structures correspondent à une structure de (A(A, A)-bimodule sur A∗A^* dont les lois d’action sont définies par les formules

⟨af,b⟩=⟨f,ba⟩(3) \langle af, b\rangle =\langle f, ba\rangle \tag{3}
⟨fa,b⟩=⟨f,ab⟩(4) \langle f a, b\rangle =\langle f, ab\rangle \tag{4}

pour a,b∈Aa, b\in A et f∈A∗f\in A^*.

On rappelle (II, p. 42, déf. 4) que si E est un sous-espace vectoriel de A, son orthogonal E′E' dans A∗A^* est l’ensemble des formes linéaires sur A dont la restriction à E est nulle. De même l’orthogonal F′F' dans A d’un sous-espace vectoriel F de A∗A^* est l’intersection des noyaux des formes linéaires appartenant à F.

On sait (II, p. 104, th. 7) que l’application φ:E→E′\varphi : E\rightarrow E' est une bijection de l’ensemble des sous-espaces vectoriels de codimension finie de A sur l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension finie de A∗A^*. L’application réciproque φ−1\varphi^{-1} associe à chaque sous-espace F de dimension finie de A∗A^* son orthogonal F′F' dans A.

Proposition 1 00ME

a) L’application φ\varphi induit une bijection de l’ensemble des idéaux à gauche (resp. à droite, resp. bilatères) de A, de codimension finie, sur l’ensemble des sous-A-modules à droite (resp. des sous-A-modules à gauche, resp. des sous-bimodules) de A∗A^*, de dimension finie sur K.

b) Tout idéal à gauche ou à droite de A, de codimension finie, contient un idéal bilatère de codimension finie.

Les formules (3) et (4) démontrent que si E est un idéal à gauche de A, alors E′E' est un sous-A-module à droite de A∗A^*; si V est un sous-A-module à droite de A∗A^*, alors V′V' est un idéal à gauche de A. Le cas des idéaux à droite et celui des idéaux bilatères se traitent de manière analogue. Ceci démontre a).

Soit a\mathfrak{a} un idéal à gauche de A, de codimension finie. Le A-module à gauche E=As/aE = A_s/\mathfrak{a} est de dimension finie sur K et il en est de même de EndK(E)_K(E). Le noyau de l’homomorphisme a→aEa\rightarrow a_E de A dans EndK(E)_K(E) est donc un idéal bilatère de codimension finie de A, contenu dans a\mathfrak{a}. Passant à l’anneau opposé AoA^o, on voit que tout idéal à droite, de codimension finie dans A, contient un idéal bilatère de codimension finie.

Définition 2 00MF

On appelle dual restreint de la K-algèbre A, et l’on note Θ(A), la réunion dans A∗A^* des orthogonaux des idéaux bilatères de codimension finie de A.

D’après la prop. 1, on peut donner les caractérisations suivantes de Θ(A) ; c’est au choix :

– la réunion des orthogonaux des idéaux à gauche de codimension finie de A ;

– la réunion des orthogonaux des idéaux à droite de codimension finie de A ;

– la réunion des orthogonaux des idéaux bilatères de codimension finie de A ;

– la réunion des sous-A-modules à gauche de A∗A^* de dimension finie sur K ;

– la réunion des sous-A-modules à droite de A∗A^* de dimension finie sur K ;

– la réunion des sous-(A, A)-bimodules de A∗A^* de dimension finie sur K.

On a Θ(A)=Θ(Ao)\Theta (A) = \Theta (A^o), et Θ(A)=A∗\Theta (A) = A^* si A est de degré fini sur K. Soit f∈A∗f\in A^*; pour que ff appartienne à Θ(A), il faut et il suffit que AfAf (resp. fAfA, resp. AfAAfA) soit un sous-espace vectoriel de A∗A^* de dimension finie sur K.

La somme de deux sous-(A, A)-bimodules de A∗A^* de dimension finie sur K est de dimension finie sur K. Il en résulte que Θ(A) est un sous-(A, A)-bimodule de A∗A^*.

3. Coefficients d’un module

Soit E un A-module à gauche. Soit E∗E^* le dual de l’espace vectoriel E sur K ; on le munit de sa structure naturelle de A-module à droite. Étant donnés des éléments xx de E et x∗x^* de E∗E^*, on note cE(x,x∗)c_E(x, x^*) la forme linéaire

cE(x,x∗):a→⟨x∗,ax⟩(5) c_E(x, x^*) :a\rightarrow \langle x^*, ax\rangle \tag{5}

sur A. Ces formes linéaires s’appellent les coefficient de E. Le sous-espace de A∗A^* engendré par les coefficients de E se note ΘE(A)\Theta_E(A). Il est non nul si E est non nul.

Si F est un A-module isomorphe à E, alors E et F ont mêmes coefficients et l’on a ΘF(A)=ΘE(A)\Theta_F(A) = \Theta_E(A). Considérons E∗E^* comme un AoA^o-module à gauche, un coefficient de E est un coefficient de E∗E^* et ΘE(A)⊂ΘE∗(Ao)\Theta_E(A)\subset \Theta_{E^*}(A^o). Par suite, si E est de dimension finie sur K, alors E et E∗E^* ont mêmes coefficients et l’on a ΘE(A)=ΘE∗(Ao)\Theta_E(A) = \Theta_{E^*}(A^o).

Soit (M,π)(M, \pi ) une représentation linéaire de l’algèbre A. Les coefficients du A-module MπM_{\pi} sont aussi appelés les coefficients de la représentation π\pi. Le coefficient cMπ(x,x∗)c_{M_{\pi}}(x, x^*), pour x∈Mx\in M et et x∗∈M∗x^*\in M^*, se note aussi cπ(x,x∗)c_{\pi}(x, x^*); l’espace vectoriel ΘMπ(A)\Theta_{M_{\pi}}(A) est aussi noté Θπ(A)\Theta_{\pi}(A).

Remarque 1 00MG

Supposons que M soit de dimension finie sur K ; Soit (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) une base de V et soit (e1∗,...,en∗)(e^*_1, . . . , e^*_n) sa base duale. Notons (πij(a))(\pi_{ij}(a)) la matrice de π(a)\pi (a) par rapport à la base (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) de V ; on a πij=cπ(ej,ei∗)\pi_{ij}=c_{\pi}(e_j, e^*_i). L’application a→(πij(a))a\rightarrow (\pi_{ij}(a)) est un homomorphisme de A dans Mn(K)\mathbf{M}_n(K); un tel homomorphisme est parfois appelé représentation matricielle de l’algèbre A.

Remarque 2 00MH

Soit E un A-module et soit E′E' un sous-module de E. Par le cor. du th. 5 de II, p. 102, on a ΘE′(A)⊂ΘE(A)\Theta_{E'}(A)\subset \Theta_E(A) et ΘE/E′(A)⊂ΘE(A)\Theta_{E/E'}(A)\subset \Theta_E(A).

Soit γE\gamma_E l’unique application K-linéaire de E⊗KE∗E\otimes_KE^* dans A∗A^* qui à x⊗x∗x\otimes x^* associe cE(x,x∗)c_E(x, x^*). Elle est (A(A, A)-bilinéaire et son image est ΘE(A)\Theta_E(A). On en déduit des applications A-linéaires cE′:E→c'_E: E\rightarrow HomA(E∗,A∗)_A(E^*,A^*) et cE′′:E∗→c''_E: E^*\rightarrow HomA(E,A∗)_A(E,A^*) telles que

cE′(x)(x∗)=cE(x,x∗)=cE′′(x∗)(x) c'_E(x)(x^*) =c_E(x, x^*) =c''_E(x^*)(x)

Notons θE\theta_E l’application K-linéaire θE:E⊗E∗→\theta_E: E\otimes E^*\rightarrow EndK(E)_K(E) caractérisée par la relation

θE(x⊗x∗)(y)=⟨x∗,y⟩x \theta_E(x\otimes x^*)(y) =\langle x^*, y\rangle x

pour x,y∈Ex, y\in E et x∗∈E∗x^*\in E^*. Son image est l’ensemble EndKf(E)^f_K(E) des endomorphismes de rang fini de E (VIII, p. 453). Par définition de la trace (loc. cit.), on a

Tr(θE(x⊗x∗)\theta_E(x\otimes x^*)) =⟨x∗,x⟩=\langle x^*, x\rangle

pour x∈Ex\in E et x∗∈E∗x^*\in E^*; on a donc

⟨γE(x⊗x∗),a⟩=⟨x∗,ax⟩=\langle \gamma_E(x\otimes x^*), a\rangle =\langle x^*, ax\rangle = Tr(θE(ax⊗x∗)\theta_E(ax\otimes x^*)) == Tr(θE(x⊗x∗)a\theta_E(x\otimes x^*)a).

On en déduit la relation

⟨γE(h),a⟩=\langle \gamma_E(h), a\rangle = Tr(θE(h)∘aE\theta_E(h)\circ a_E) pour a∈Aa\in A et h∈E⊗KE∗h\in E\otimes_KE^*. Ceci démontre que ΘE(A)\Theta_E(A) est l’ensemble des formes linéaires a→a\rightarrow Tr(u∘aEu\circ a_E) sur A, où uu parcourt EndKf(E)^f_K(E).

Lemme 1 00MI

L’application cE′′c''_E est bijective. Si E est de dimension finie, il en est de même de cE′c'_E.

Si F est un A-module à droite et G un K-espace vectoriel, on a défini en II, p. 74, prop. 1 a), un isomorphisme γ\gamma de K-espaces vectoriels de HomK(F⊗AE,G)_K(F\otimes_AE,G) sur HomA(E_A(E, HomK(F,G))_K(F,G)). Cet isomorphisme associe à φ:F⊗AE→G\varphi : F\otimes_AE\rightarrow G l’homomorphisme e→(f→φ(f⊗e))e\rightarrow (f\rightarrow \varphi (f\otimes e)). Compte tenu de l’isomorphisme canonique de Ad⊗AEA_d\otimes_AE avec E (II, p. 5656),γ,\gamma s’identifie à cE′′c''_E dans le cas où F=Ad,G=KF = A_d, G = K.

De manière analogue, l’isomorphismeβ\beta défini en II, p. 74, prop. 1 b) se spécialise en un isomorphisme β\beta de HomK(E∗⊗AAs,K)_K(E^*\otimes_AA_s,K) sur HomA(E∗_A(E^*, HomK(As,K))_K(A_s,K)). Lorsque E est de dimension finie, E s’identifie canonique à HomK(E∗,K)_K(E^*,K) et E∗E^* à E∗⊗AAsE^*\otimes_AA_s, l’homomorphisme β\beta s’identifie alors à cE′c'_E.

Proposition 2 00MJ

Soit E un A-module à gauche.

a) L’ensemble des coefficients de E est la réunion des images des applications A-linéaires de E dans A∗A^*.

b) Supposons en outre que E soit de dimension finie nn sur K. Alors le A-module à gauche ΘE(A)\Theta_E(A)est isomorphe à un quotient de EnE^n, le A-module E est isomorphe à un sous-module de ΘE(A)n\Theta_E(A)^n et tout élément de ΘE(A)\Theta_E(A)est un coefficient de EnE^n.

L’assertion a) résulte de la surjectivité de cE′′c''_E.

Démontrons b). Soit (e1∗,...,en∗)(e^*_1, . . . , e^*_n) une base de E∗E^* sur K. Comme ΘE(A)\Theta_E(A) est engendré par les coefficients de E, l’application A-linéaire

(x1,...,xn)→∑i=1ncE(xi,ei∗) (x_1, . . . , x_n)\rightarrow \sum_{i=1}^nc_E(x_i, e^*_i)

de EnE^n dans ΘE(A)\Theta_E(A) est surjective. D’après a), tout élément de ΘE(A)\Theta_E(A) est un coefficient de EnE^n. Par ailleurs, l’application A-linéaire

x→(cE(x,e1∗),...,cE(x,en∗)) x\rightarrow (c_E(x, e^*_1), . . . , c_E(x, e^*_n))

de E dans ΘE(A)n\Theta_E(A)^n est injective, d’où b).

Remarque 3 00MK

Soit E un sous-A-module à gauche de A∗A^*. Soit ε\varepsilon la forme linéaire y→y(1)y\rightarrow y(1) sur E. Pour tout xx dans E, on a x=cE(x,ε)x=c_E(x, \varepsilon ), donc E est un sous-A-module de ΘE(A)\Theta_E(A).

4. Dual restreint et coefficients matriciels

Proposition 3 00ML

Soit (V,π)(V, \pi )une représentation linéaire de dimension finie de l’algèbre A. Le noyau a\mathfrak{a} de π\pi est un idéal bilatère de codimension finie de A, et Θπ(A)\Theta_{\pi}(A) est l’orthogonal de a\mathfrak{a} dans A∗A^*. L’application transposée de π\pi définit un isomorphisme du dual du K-espace vectoriel π(A)\pi (A)sur Θπ(A)\Theta_{\pi}(A).

Comme EndK(V)_K(V) est de dimension finie sur K,aK,\mathfrak{a} est un idéal bilatère de codimension finie de A. L’espace vectoriel Θπ(A)\Theta_{\pi}(A) est un sous-espace de dimension finie de A∗A^* et son orthogonal dans A est égal à a\mathfrak{a}; d’après le th. 7 de II, p. 104, l’espace Θπ(A)\Theta_{\pi}(A) est donc l’orthogonal de a\mathfrak{a} dans A∗A^*. De plus, comme a\mathfrak{a} est le noyau de π\pi, l’application transposée de π\pi définit un isomorphisme du dual de π(A)\pi (A) sur l’orthogonal de a\mathfrak{a} dans A∗A^* (II, p. 102, cor. du th. 5).

Corollaire 00MM

Le dual restreint Θ(A) de A est l’ensemble des coefficients des représentations linéaires de dimension finie de A.

Par définition, Θ(A) est la réunion des orthogonaux des idéaux bilatères de codimension finie de A. On a donc Θπ(A)⊂Θ(A)\Theta_{\pi}(A)\subset \Theta (A) pour toute représentation linéaire de dimension finie π\pi de A. Réciproquement, soit ff un élément de Θ(A) et soit a\mathfrak{a} un idéal bilatère de codimension finie, contenu dans le noyau de ff (VIII, p. 368, déf. 2). Notons π\pi la représentation linéaire de A dans A/aA/\mathfrak{a} déduite par passage au quotient de la représentation régulière gauche dans A ; soit xx la classe de 1 (mod. a\mathfrak{a}), et x∗x^* la forme linéaire sur A/aA/\mathfrak{a} déduite de ff. On a f=cπ(x,x∗)f=c_{\pi}(x, x^*), de sorte que ff est un coefficient de π\pi.

☡ On prendra garde que si (V,π)(V, \pi ) est une représentation linéaire de A qui n’est pas de dimension finie sur K, l’espace Θπ(A)\Theta_{\pi}(A) n’est pas nécessairement contenu dans Θ(A).

5. Dual d’une algèbre semi-simple

Soit Θss(A)\Theta^{ss}(A) le socle du A-module à gauche Θ(A), c’est-à-dire (VIII, p. 61) le plus grand sous-module semi-simple de Θ(A). On note SK\mathscr{S}_K l’ensemble des classes des A-modules (à gauche) simples qui sont de dimension finie sur K. Lorsque A est une algèbre semi-simple de degré fini sur K, on a A∗=Θ(A)=Θss(A)A^*= \Theta (A) = \Theta^{ss}(A) puisque tout A-module à gauche est semi-simple (VIII, p. 134, prop. 4).

Théorème 1 00MN

a) L’ensemble Θss(A)\Theta^{ss}(A)se compose des coefficients des représentations semi-simples de dimension finie de A. C’est un sous-(A,A)(A,A)-bimodule de A∗A^*.

b) Pour tout S∈SKS\in \mathscr{S}_K, le composant isotypique de type S de Θ(A) est égal à ΘS(A)\Theta_S(A);le A-module à gauche Θss(A)\Theta^{ss}(A)est somme directe des sous-modules ΘS(A)\Theta_S(A), où S parcourt SK\mathscr{S}_K.

c) Pour tout S dans SK\mathscr{S}_K, le A-module à droite S∗S^* est simple et ΘS(A)\Theta_S(A) est le composant isotypique de type S∗S^* du A-module à droite Θ(A). L’application qui à S associe cl(S∗S^*) est une bijection de SK\mathscr{S}_K sur l’ensemble des classes de AoA^o-modules simples de dimension finie sur K.

d) Considéré comme A-module à droite, Θ(A) a pour socle Θss(A)\Theta^{ss}(A).

Soit E un A-module semi-simple de dimension finie sur K. Tout coefficient de E appartient à l’image d’une application A-linéaire de E dans A∗A^* (VIII, p. 370, prop. 2) donc appartient à Θss(A)\Theta^{ss}(A). Inversement soit f∈Θss(A)f\in \Theta^{ss}(A). Alors le A-module AfAf est de dimension finie sur K et est semi-simple. Par la remarque VIII, p. 358,f,f est un coefficient de AfAf.

Pour tout S dans SK\mathscr{S}_K, le composant isotypique de type S de Θ(A) est engendré par les images des applications A-linéaires de S dans A∗A^*; il est donc égal à ΘS(A)\Theta_S(A) d’après la prop. 2, a) de VIII, p. 370. D’autre part, si S est un A-module simple qui n’est pas de dimension finie sur K, le composant isotypique de type S de Θ(A) est nul : en effet, tout sous-module simple de Θ(A) est monogène, donc de dimension finie sur K. Comme le socle de Θ(A) est somme directe de ses composants isotypiques (VIII, p. 61, prop. 4), cela démontre b).

Soit S un A-module simple, de dimension finie sur K. Comme le K-espace vectoriel S n’est pas réduit à 0, il en est de même de S∗S^*. Soit E un sous-module du A-module à droite S∗S^*; son orthogonal E′E' dans S est un sous-A-module de S ; comme S est simple, on a ou bien E′=0E'= 0, d’où E=S∗E = S^*, ou bien E′=SE'= S, d’où E = 0. Donc S∗S^* est un A-module à droite simple.

On a Θ(Ao)=Θ(A)\Theta (A^o) = \Theta (A) (VIII, p. 368) ; on identifie A-modules à droite et AoA^o-modules à gauche. Comme tout espace vectoriel de dimension finie sur K est isomorphe à son bidual, ce qui précède démontre que l’application S→S\rightarrow cl(S∗S^*) est une bijection de SK\mathscr{S}_K sur l’ensemble des classes de AoA^o-modules simples de dimension finie sur K. Or, pour S dans SK\mathscr{S}_K, le composant isotypique de type S∗S^* de Θ(Ao)\Theta (A^o) est égal à ΘS∗(Ao)\Theta_{S^*}(A^o) d’après l’assertion b) du th. 1 appliquée à l’algèbre AoA^o, et l’on a ΘS∗(Ao)=ΘS(A)\Theta_{S^*}(A^o) = \Theta_S(A). Les assertions c) et d) résultent aussitôt de là.

Corollaire 1 00MO

Toute A-module simple de dimension finie sur K est isomorphe à un sous-A-module de Θ(A).

Cela résulte du th. 1, b) car on a ΘE(A)≠0\Theta_E(A)\not= 0 pour tout A-module non nul E.

Corollaire 2 00MP

Si deux A-modules simples de dimension finie de A ont un même coefficient non nul, ils sont isomorphes.

Soient S1S_1 et S2S_2 des A-modules simples de dimension finie sur K ayant un même coefficient non nul. On a alors ΘS1(A)∩ΘS2(A)≠0\Theta_{S_1}(A)\cap \Theta_{S_2}(A)\not= 0. Or ΘS1(A)\Theta_{S_1}(A) est isotypique de type S1S_1 et ΘS2(A)\Theta_{S_2}(A) de type S2S_2. Donc S1S_1 est isomorphe à S2S_2.

D’après le théorème 1, Θss(A)\Theta^{ss}(A) est un sous-(A, A)-bimodule de A∗A^*, somme directe des (A(A, A)-bimodules ΘS(A)\Theta_S(A) pour S parcourant SK\mathscr{S}_K; ces bimodules sont deux à deux non isomorphes, puisqu’ils sont déjà non isomorphes comme A-modules à gauche.

Fixons S dans SK\mathscr{S}_K. Notons D le corps opposé de EndA_A(S), et considérons S comme D-module à droite et S∗S^* comme un D-module à gauche. Avec ces conventions, S est un (A(A, D)-bimodule, S∗S^* est un (D(D, A)-bimodule, et S⊗DS∗S\otimes_DS^* est un (A,A)(A,A)-bimodule.

Proposition 4 00MQ

a) Il existe un homomorphisme de groupes λS\lambda_S de S⊗DS∗S\otimes_DS^* dans ΘS(A)\Theta_S(A), caractérisé par

λS(x⊗x∗)=cS(x,x∗)(6) \lambda_S(x\otimes x^*) =c_S(x, x^*) \tag{6}

pour x∈Sx\in Set x∗∈S∗x^*\in S^*. Cette application est un isomorphisme de (A,A)(A,A)-bimodules.

b) Le (A,A)(A,A)-bimodule ΘS(A)\Theta_S(A)est simple.

L’application γS:S⊗KS∗→ΘS(A)\gamma_S: S\otimes_KS^*\rightarrow \Theta_S(A) caractérisée par la formule γS(x⊗x∗)=\gamma_S(x\otimes x^*) = cS(x,x∗)c_S(x, x^*) est (A(A, A)-linéaire et surjective et satisfait à γS(xd⊗x∗)=γS(x⊗dx∗)\gamma_S(xd\otimes x^*) =\gamma_S(x\otimes dx^*) pour x∈S,x∗∈S∗x\in S,x^*\in S^* et d∈Dd\in D. Elle définit donc une application (A(A, A)-linéaire surjective λS:S⊗DS∗→ΘS(A)\lambda_S: S\otimes_DS^*\rightarrow \Theta_S(A) caractérisée par la formule (6).

Prouvons que S⊗DS∗S\otimes_DS^* est un (A(A, A)-bimodule simple. D’après le cor. 2 de VIII, p. 59, tout sous-(A, A)-bimodule de S⊗DS∗S\otimes_DS^* est de la forme S⊗DHS\otimes_DH, où H est un sous(D(D, A)-bimodule de S∗S^*. Comme S∗S^* est un A-module à droite simple (VIII, p. 371, th. 1, c)), on a H = 0 ou H=S∗H = S^*, d’où notre assertion.

L’homomorphisme λS\lambda_S est (A(A, A)-linéaire et non nul ; comme S⊗DS∗S\otimes_DS^* est un bimodule simple, λS\lambda_S est injectif (VIII, p. 43, prop. 2, a)).

Remarque 00MR

Lorsque le corps K est algébriquement clos, on a D = K d’après le th. 1 de VIII, p. 43 et λS\lambda_S est un isomorphisme de (A(A, A)-bimodules de S⊗KS∗S\otimes_KS^* sur ΘS(A)\Theta_S(A).

6. Caractère d’une représentation

Soit E est un A-module à gauche, de dimension finie sur K. On appelle caractère de E ou trace de E, et l’on note TrE_E, la forme linéaire a→a\rightarrow Tr(aEa_E). Soient (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) une base de E et (e1∗,...,en∗)(e^*_1, . . . , e^*_n) sa base duale. Par définition, on a la relation

(7) TrE=∑i=1ncE(ei,ei∗)_E=\sum_{i=1}^nc_E(e_i, e^*_i).

La forme linéaire TrE_E appartient à ΘE(A)\Theta_E(A). On a TrE=_E= TrE′_{E'} si E et E′E' sont deux A-modules isomorphes. Ainsi TrE_E ne dépend que de la classe d’isomorphisme de E.

Soit π\pi une représentation linéaire de A dans un espace vectoriel V de dimension finie sur K. On appelle trace de π\pi, ou parfois caractère de π\pi, le caractère du A-module VπV_{\pi}. On le note Trπ_{\pi}. Si (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) est une base de V sur K et si (πij(a))(\pi_{ij}(a)) est la matrice de π(a)\pi (a) par rapport à cette base, on a

(8) Trπ(a)=∑i=1nπii(a)_{\pi}(a) =\sum_{i=1}^n\pi_{ii}(a).

La forme linéaire Trπ_{\pi} appartient à Θπ(A)\Theta_{\pi}(A).

Proposition 5 00MS

Soit S un A-module simple de dimension finie sur K, soit D le corps opposé du commutant de S et soit Z le centre de D. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le caractère TrS_S de S n’est pas nul ;

(ii) Il existe un élément d∈Dd\in Dtel que TrD/K(d)≠0_{D/K}(d)\not= 0;

(iii) L’extension Z de K est séparable et la caractéristique pp de K ne divise pas le degré [D : Z].

Le D-espace vectoriel à droite S est de dimension finie. Soit (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) une base de S sur D et soit uu un élément de EndD(S)_D(S). Soit (dij)(d_{ij}) la matrice de uu par rapport à la base (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n). On a u(ej)=∑i=1neidiju(e_j) =\sum^n_{i=1}e_id_{ij} pour j∈[1,n]j\in [1, n]. Notons uKu_K l’application uu, considérée comme endomorphisme du K-espace vectoriel S, et (uij)(u_{ij}) la matrice de uKu_K par rapport à la décomposition (eiD)(e_iD) du K-espace vectoriel S en somme directe (II, p, 146). On a Tr(uKu_K) =∑i=\sum_i Tr(uiiu_{ii}). De plus, uiiu_{ii} est l’endomorphisme du K-espace vectoriel eiDe_iD défini par uii(eid)=eidiidu_{ii}(e_id) =e_id_{ii}d pour d∈Dd\in D, donc sa trace est égale à TrD/K(dii)_{D/K}(d_{ii}). Nous avons ainsi démontré l’égalité

(9) Tr(uKu_K) == TrD/K(∑idii)_{D/K}(\sum_id_{ii}).

D’après le théorème de Burnside (VIII, p. 79, cor. 1 de la prop. 4), l’application a→aSa\rightarrow a_S de A dans EndD(S)_D(S) est surjective. L’équivalence des conditions (i) et (ii) résulte ainsi de la formule (9).

Si l’extension Z de K est séparable, il existe un élément d∈d\in Z tel que TrZ/K(d)≠0_{Z/K}(d)\not= 0 (V, p. 48, cor. de la prop. 1). De plus, on a TrD/K(d)=[D:Z]_{D/K}(d) = [D : Z] TrZ/K(d)_{Z/K}(d) (III, p. 114, cor.) ; par conséquent, si pp ne divise pas [D : Z], on a TrD/K(d)≠0_{D/K}(d)\not= 0. Cela prouve que (iii) entraîne (ii).

Si l’extension Z de K n’est pas séparable, on a TrZ/K(x)=0_{Z/K}(x) = 0 pour tout x∈Zx\in Z, d’où TrD/K(d)=_{D/K}(d) = TrZ/K_{Z/K}(TrD/Z(d)_{D/Z}(d)) =0= 0 pour tout d∈Dd\in D.

Supposons maintenant que pp divise le degré [D : Z]. Il divise alors le degré réduit de D sur Z. Pour tout d∈Dd\in D, on TrD/Z(d)=0_{D/Z}(d) = 0 (VIII, p. 337, remarque), d’où TrD/K(d)=_{D/K}(d) = TrZ/K_{Z/K}(TrD/Z(d)_{D/Z}(d)) =0= 0. Cela termine la démonstration de l’implication (ii) =⇒=\Rightarrow (iii).

Corollaire 00MT

Si le corps K est parfait, les conditions (i) à (iii) sont satisfaites.

Le corps étant parfait, l’extension Z de K est séparable (V, p. 119, th. 3). La condition (iii) résulte alors du cor. 3 de VIII, p. 318.

Proposition 6 00MU

Soit S0\mathscr{S}_0 l’ensemble des classes de A-modules simples de dimension finie sur K, dont les traces ne sont pas nulles. La famille de formes linéaires (TrS_S)S∈S0_{S\in\mathscr{S}_0} est libre sur K.

Soit F une partie finie de S0\mathscr{S}_0 et soit S un élément de F. Par hypothèse, il existe un élément a∈Aa\in A tel que TrS(a)≠0_S(a)\not= 0. D’après le cor. 1 de la prop. 4 (VIII, p. 79) il existe un élément b∈Ab\in A tel que bS=aSb_S=a_S et bT=0b_T= 0 pour tout T∈F−{S}T\in F-\{S\}. On a TrS(b)≠0_S(b)\not= 0 et TrT(b)=0_T(b) = 0 pour T∈F−{S}T\in F-\{S\}. La famille (TrS_S)S∈F_{S\in F} est donc libre et la proposition 6 en résulte.

Remarque 00RR

Soit SK\mathscr{S}_K l’ensemble des classes de A-modules simples qui sont de dimension finie sur K. La prop. 6 résulte aussi du fait que la somme des ΘS\Theta_S(A), pour S parcourant SK\mathscr{S}_K, est directe.

Soit

0⟶E′⟶E⟶E′′⟶0 0\longrightarrow E'\longrightarrow E\longrightarrow E''\longrightarrow 0

une suite exacte de A-modules, tous de dimension finie sur K. D’après la prop. 1 de III, p. 109, on a TrE=_E= TrE′+_{E'}+ TrE′′_{E''}. D’après la définition du groupe de Grothendieck RK(A)R_K(A) (VIII, p. 189) et sa propriété universelle (VIII, p. 182, prop. 4), il existe un homomorphisme de groupes additifs θ\theta de RK(A)R_K(A) dans A∗A^* caractérisé par la relation θ([E])=\theta ([E]) = TrE_E pour tout A-module E de dimension finie sur K. En particulier la trace d’un semi-simplifié de E est égale à celle de E. On déduit de θ\theta une application K-linéaire θK:K⊗ZRK(A)→A∗\theta_K: K\otimes_{\mathbf{Z}}R_K(A)\rightarrow A^*.

Corollaire 00MV

a) Supposons le corps K de caractéristique 0. Les homomorphismes θ\theta et θK\theta_K sont injectifs. Pour que deux A-modules, semi-simples et de dimension finie sur K, soient isomorphes, il faut et il suffit que leurs caractères soient égaux.

b) Supposons le corps K parfait de caractéristique pp non nulle. Alors l’homomorphisme θK\theta_K est injectif et le noyau de θ\theta est pRK(A)pR_K(A). Soit E un A-module semi-simple et de dimension finie sur K. Pour que la forme linéaire TrE_E soit nulle, il faut et il suffit qu’il existe un A-module F tel que E soit isomorphe à FpF^p.

Soit SK\mathscr{S}_K l’ensemble des classes de A-modules simples qui sont de dimension finie sur K. Les éléments [S], où S parcourt SK\mathscr{S}_K, forment une base du Z\mathbf{Z}-module RKR_K(A), donc les éléments 1⊗[S]1\otimes [S] forment une base du K-espace vectoriel K⊗ZRK(A)K\otimes_{\mathbf{Z}}R_K(A) (VIII, p. 191).

Supposons le corps K parfait. D’après la prop. 6 et le cor. de VIII, p. 375 les éléments θ([S])=θK(1⊗[S])=\theta ([S]) =\theta_K(1\otimes [S]) = TrS_S de A∗A^* sont linéairement indépendants sur K. Il en résulte que l’homomorphisme θK\theta_K est injectif et que le noyau de l’homomorphisme θ\theta est composé des éléments ∑S∈SKnS[S]\sum_{S\in\mathscr{S}_K}n_S[S] de RK(A)R_K(A) tels que nS⋅1K=0n_S\cdot 1_K= 0 pour tout S∈SKS\in \mathscr{S}_K. Le noyau de θ\theta est donc égal à pRKpR_K(A), où pp est la caractéristique de K. En particulier, si K est de caractéristique 0, l’homomorphisme θ\theta est injectif.

La dernière assertion de a) résulte du cor. de VIII, p. 186.

Plaçons-nous maintenant sous les hypothèses de b), et soit E un A-module semi-simple et de dimension finie sur K. S’il existe un A-module F tel que E soit somme directe de pp sous-modules isomorphes à F, le module F est semi-simple et de dimension finie sur K et l’on a TrE=p_E=p TrF=0_F= 0. Inversement, supposons que TrE=0_E= 0. On a [E]∈pRK[E]\in pR_K(A), donc la multiplicité de tout module simple S∈SKS\in \mathscr{S}_K dans E est multiple de pp (VIII, p. 186, prop. 7) ; on peut l’écrire pnSp n_S avec nS∈Nn_S\in \mathbf{N}. La famille (nS)(n_S) est à support fini. Posons F=⊕S∈SKSnSF =\oplus_{S\in\mathscr{S}_K}S^{n_S}. On a alors [E]=[Fp][E] = [F^p], de sorte que E et FpF^p sont isomorphes (VIII, p. 186, cor.).

Soit E un A-module de dimension finie sur K. Soit a∈Aa\in A. Notons χE(a;T)\chi_E(a; T) le déterminant de l’endomorphisme 1E+TaE1_E+ Ta_E du K[T]-module E[T]=K[T]⊗KEE[T] = K[T]\otimes_KE (III, p. 107). On a la relation

(10) χE(a;T)≡1+\chi_E(a; T)\equiv 1 + TrE(a)T_E(a)T (mod. T2K[T]T^2K[T]) (loc. cit., formule (49)). Comme ce polynôme a un terme constant égal à 1, c’est une série formelle inversible (IV, p. 28). De plus, si

0⟶E′⟶E⟶E′′⟶0 0 \longrightarrow E' \longrightarrow E \longrightarrow E'' \longrightarrow 0

est une suite exacte de A-modules, tous de dimension finie sur K, on a χE(a;T)=χE′(a;T)χE′′(a,T)\chi_E(a; T) = \chi_{E'}(a; T)\chi_{E''}(a, T) (III, p. 101, formule (31)). D’après la définition du groupe de Grothendieck RK(A)R_K(A) (VIII, p. 189) et sa propriété universelle (VIII, p. 182, prop. 4), il existe un unique homomorphisme χa\chi_a du groupe RK(A)R_K(A) dans le groupe multiplicatif 1+TK[[T]]1 + TK[[T]] tel que χa([E])=χE(a;T)\chi_a([E]) = \chi_E(a; T) pour tout A-module E de dimension finie sur K. Il résulte de la formule (10) la relation

χa(x)≡1+θ(x)(a)T(modT2K[[T]]), \chi_a(x) \equiv 1 + \theta(x)(a)T \pmod{T^2K[[T]]},

tout élément x∈RK(A)x \in R_K(A) et tout élément a∈Aa \in A.

Si E et E’ sont deux A-modules, de dimension finie sur K, ayant des semi-simplifiés isomorphes, on a χE(a;T)=χE′(a;T)\chi_E(a; T) = \chi_{E'}(a; T).

Théorème 2 00MW

Soit A\mathscr{A} une partie génératrice du K-espace vectoriel A. L’homomorphisme χA:RK(A)→(1+TK[[T]])A\chi_{\mathscr{A}} : R_K(A) \to (1 + TK[[T]])^{\mathscr{A}} défini par χA(x)=(χa(x))a∈A\chi_{\mathscr{A}}(x) = (\chi_a(x))_{a \in \mathscr{A}} est injectif.

Soit x un élément de RK(A)R_K(A) tel que χA(x)=1\chi_{\mathscr{A}}(x) = 1. D’après (11), on a θ(x)(a)=0\theta(x)(a) = 0 pour tout a∈Aa \in \mathscr{A}, d’où θ(x)=0\theta(x) = 0 puisque θ(x)\theta(x) est une forme K-linéaire sur A et que A\mathscr{A} engendre le K-espace vectoriel A. Si la caractéristique de K est nulle, cela entraîne x=0x = 0 (VIII, p. 376, cor. de la prop. 6), d’où le résultat dans ce cas. Supposons désormais que la caractéristique pp de K soit non nulle.

Traitons d’abord le cas où K est algébriquement clos. D’après ce qui précède et loc. cit., on a alors x∈pRK(A)x \in pR_K(A). Soit y∈RK(A)y \in R_K(A) tel que x=pyx = py. Pour tout élément aa de A\mathscr{A}, on a χa(y)p=χa(py)=χa(x)=1\chi_a(y)^p = \chi_a(py) = \chi_a(x) = 1. On a donc (χa(y)−1)p=0(\chi_a(y) - 1)^p = 0, d’où χa(y)=1\chi_a(y) = 1 puisque l’anneau K[[T]]K[[T]] est intègre. Ainsi, y appartient au noyau de l’endomorphisme χA\chi_{\mathscr{A}}. Il en résulte par récurrence que x appartient à pnRK(A)p^n R_K(A) pour tout entier n⩾1n \geqslant 1. Comme RK(A)R_K(A) est un Z\mathbf{Z}-module libre, cela entraîne x=0x = 0, d’où l’injectivité de χA\chi_{\mathscr{A}} dans ce cas.

Si K n’est plus supposé algébriquement clos, on choisit une clôture algébrique K‾\overline{K} de K et on considère le diagramme de groupes et d’homomorphismes de groupes

RK(A)→χA(1+TK[[T]])A↓u↓iRK‾(A(K‾))→χ‾A(1+TK‾[[T]])A \begin{array}{ccc} R_K(A) & \xrightarrow{\chi_{\mathscr{A}}} & (1 + TK[[T]])^{\mathscr{A}} \\ \downarrow u & & \downarrow i \\ R_{\overline{K}}(A_{(\overline{K})}) & \xrightarrow{\overline{\chi}_{\mathscr{A}}} & (1 + T\overline{K}[[T]])^{\mathscr{A}} \end{array}

où uu est l’homomorphisme déduit de l’extension des scalaires de K à K‾\overline{K} (VIII, p. 190), ii l’injection canonique et χ‾A\overline{\chi}_{\mathscr{A}} l’homomorphisme z→(χ1⊗a(z))a∈Az\rightarrow (\chi_{1\otimes a}(z))_{a\in\mathscr{A}}. D’après la formule (12) de III, p. 108, le diagramme (12) est commutatif. D’après ce qui précède, l’homomorphisme χ‾A\overline{\chi}_{\mathscr{A}} est injectif. Comme uu est injectif (VIII, p. 191, th. 1), l’homomorphisme χA\chi_{\mathscr{A}} est injectif.

Corollaire 1 00MX

Soient E et F des A-modules semi-simples de dimension finie sur K et soit A\mathscr{A} une partie génératrice du K-espace vectoriel A. Supposons que pour tout a∈Aa\in \mathscr{A}, les polynômes caractéristiques des endomorphismes aEa_E et aFa_F des K-espaces vectoriels E et F soient égaux. Alors les A-modules E et F sont isomorphes.

Soit aa un élément de A\mathscr{A}. Les polynômes caractéristiques de aEa_E et aFa_F ont le même degré, donc la dimension de E est égale à celle de F ; notons-la nn. Soit PcE(a;T)_E(a; T) le polynôme caractéristique de aEa_E. On a dans K(T) les égalités

χE(a;T)=\chi_E(a; T) = det(1+aET)=(−T)n(1 +a_ET)= (-T)^n det(−1T−aE)=(−T)n(\frac{-1}{T}-a_E)= (-T)^n PcE(a;−1T)_E(a;\frac{-1}{T})

et χF(a;T)\chi_F(a; T) est donné par une formule analogue. Vu les hypothèses faites, on a χE(a;T)=χF(a;T)\chi_E(a; T) =\chi_F(a; T). D’après le th. 2, on a [E] = [F] et cela implique que E et F sont isomorphes (VIII, p. 186, cor. de la prop. 7).

Corollaire 2 00MY

Soit A une algèbre centrale, simple et de degré fini sur K. Soit B une K-algèbre semi-simple, soient f,gf, g des homomorphismes d’algèbres de B dans A et soit B\mathscr{B} une partie génératrice du K-espace vectoriel B. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe un automorphisme intérieur θ\theta de A tel que g=θ∘fg=\theta \circ f;

(ii) Pour tout b∈Bb\in \mathscr{B}, on a PcA/K(f(b);X)=_{A/K}(f(b); X) = PcA/K(g(b);X)_{A/K}(g(b); X).

Lorsque K est de caractéristique nulle, ces conditions équivalent à la suivante :

(iii) Pour tout b∈Bb\in \mathscr{B}, on a TrA/K(f(b))=_{A/K}(f(b)) = TrA/K(g(b))_{A/K}(g(b)).

Notons M et N les B-modules à gauche obtenus en munissant le groupe additif de A des lois d’actions (b,a)→f(b)a(b, a)\rightarrow f(b)a et (b,a)→g(b)a(b, a)\rightarrow g(b)a respectivement. D’après la prop. 1 de VIII, p. 253, la propriété (i) équivaut au fait que les B-modules M et N sont isomorphes. Par construction, l’homothétie bMb_M associée à un élément bb de B est la multiplication à gauche par f(b)f(b) dans A ; par suite, on a les relations

PcM(b;X)=_M(b; X) = PcA/K(f(b);X)_{A/K}(f(b); X)

TrM(b)=_M(b) = TrA/K(f(b))_{A/K}(f(b))

et deux relations analogues où l’on remplace M par N et ff par gg. On sait (VIII, p. 378, cor. 1) que les B-modules M et N sont isomorphes si et seulement si l’on a PcM(b;X)=_M(b; X) = PcN(b;X)_N(b; X) pour tout b∈Bb\in \mathscr{B}; lorsque le corps K est de caractéristique 0, cette relation équivaut encore à TrM(b)=_M(b) = TrN(b)_N(b) pour tout b∈Bb\in \mathscr{B} (VIII, p. 376, cor. de la prop. 6). L’équivalence des propriétés (i) et (ii), et aussi (i) et (iii) lorsque K est de caractéristique 0, résulte de là.

7. Coefficients d’un ensemble de classes de modules

Soit C\mathscr{C} un ensemble héréditaire de classes de A-modules (VIII, p. 179, déf. 1). On suppose que tout A-module de type C\mathscr{C} est de dimension finie sur K, et l’on note ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A) l’ensemble des coefficients des A-modules de type C\mathscr{C}. D’après la prop. 2 de VIII, p. 370, ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A) est également la réunion des images des applications A-linéaires u:E→A∗u: E\rightarrow A^*, où E parcourt C\mathscr{C}; c’est aussi la réunion des sous-espaces ΘE(A)\Theta_E(A) de A∗A^*, où E parcourt C(\mathscr{C}(loc. cit.). La famille de sous-(A, A)-bimodules (ΘE(A))E∈C(\Theta_E(A))_{E\in\mathscr{C}} de A∗A^* est filtrante, donc sa réunion ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A) est un sous-(A, A)-bimodule de A∗A^*.

Proposition 7 00MZ

Un sous-A-module à gauche de A∗A^*, de dimension finie sur K est contenu dans ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A)si et seulement s’il est de type C\mathscr{C}.

Soit V un sous-A-module à gauche de A∗A^* de dimension finie sur K. On a vu en VIII, p. 370, remarque 3, qu’on a V⊂ΘV(A)V\subset \Theta_V(A). Si V est de type C\mathscr{C}, on a ΘV(A)⊂\Theta_V(A)\subset ΘC\Theta_{\mathscr{C}}(A), donc V est contenu dans ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A). Réciproquement, supposons que V soit contenu dans ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A). Comme ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A) est réunion de la famille filtrante (ΘE(A))E∈C(\Theta_E(A))_{E\in\mathscr{C}} et que V est de dimension finie sur K, il existe un module E de type C\mathscr{C} tel que V soit contenu dans ΘE(A)\Theta_E(A). Or il existe un entier naturel nn tel que ΘE(A)\Theta_E(A) soit isomorphe à un quotient de EnE^n (VIII, p. 370, prop. 2). Comme C\mathscr{C} est héréditaire, V est de type C\mathscr{C}.

Corollaire 00N0

Soit E un A-module de dimension finie sur K. Pour que E soit de type C\mathscr{C}, il faut et il suffit que ΘE(A)\Theta_E(A)soit contenu dans ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A).

La condition énoncée est évidemment nécessaire.

Réciproquement, supposons que ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A) contienne ΘE(A)\Theta_E(A). Le A-module ΘE(A)\Theta_E(A) est de dimension finie sur K (VIII, p. 370, prop. 2), donc il est de type C\mathscr{C}, d’après la prop. 7. Or il existe un entier n⩾0n\geqslant 0 tel que E soit isomorphe à un sous-A-module de ΘE(A)n\Theta_E(A)^n (VIII, p. 370, prop. 2). Comme C\mathscr{C} est héréditaire, E est de type C\mathscr{C}.

8. Structure de cogèbre sur le dual restreint

Pour tout aa dans AA, on note η(a)\eta(a) la forme linéaire f↦f(a)f \mapsto f(a) sur Θ(A)\Theta(A); on définit ainsi une application K-linéaire η\eta de AA dans le dual Θ(A)∗\Theta(A)^* de l’espace vectoriel Θ(A)\Theta(A). On pose ε=η(1)\varepsilon = \eta(1).

Proposition 8 00N1

Sur l’espace vectoriel Θ(A)\Theta(A), il existe une unique structure de cogèbre (III, p. 138) telle que l’application η:A→Θ(A)∗\eta : A \to \Theta(A)^* soit un homomorphisme de AA dans l’algèbre duale (III, p. 143) de Θ(A)\Theta(A). La cogèbre Θ(A)\Theta(A) est coassociative et admet ε\varepsilon pour coïunité.

Pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, considérons l’application K-linéaire jnj_n de Θ(A)⊗n\Theta(A)^{\otimes n} dans le dual de A⊗nA^{\otimes n} caractérisée par la formule

⟨jn(f1⊗⋯⊗fn),a1⊗⋯⊗an⟩=∏i=1n⟨fi,ai⟩ \langle j_n(f_1 \otimes \cdots \otimes f_n), a_1 \otimes \cdots \otimes a_n \rangle = \prod_{i=1}^n \langle f_i, a_i \rangle

pour (ai)(a_i) dans AnA^n et (fi)(f_i) dans Θ(A)n\Theta(A)^n. D’après la prop. 16, (ii) de II, p. 110, l’application jnj_n est injective. Notons mK:K⊗K→Km_K : K \otimes K \to K et mA:A⊗A→Am_A : A \otimes A \to A les applications déduites de la multiplication de KK et AA respectivement. Pour f,g∈Θ(A)f, g \in \Theta(A) et a,b∈Aa, b \in A, on a

⟨j2(f⊗g),a⊗b⟩=mK∘(η(a)⊗η(b))(f⊗g). \langle j_2(f \otimes g), a \otimes b \rangle = m_K \circ (\eta(a) \otimes \eta(b))(f \otimes g).

On a donc

⟨j2(t),a⊗b⟩=mK∘(η(a)⊗η(b))(t) \langle j_2(t), a \otimes b \rangle = m_K \circ (\eta(a) \otimes \eta(b))(t)

pour tout t∈Θ(A)⊗Θ(A)t \in \Theta(A) \otimes \Theta(A).

Lemme 2 00RS

Soit c:Θ(A)→Θ(A)⊗Θ(A)c : \Theta(A) \to \Theta(A) \otimes \Theta(A) une application K-linéaire. Pour que η\eta soit un homomorphisme de AA dans l’algèbre duale de la cogèbre (Θ(A),c)(\Theta(A), c), il faut et il suffit que le diagramme

Θ(A)→cΘ(A)⊗Θ(A)∣∣A∗→tmA(A⊗A)∗ \begin{array}{ccc} \Theta(A) & \xrightarrow{c} & \Theta(A) \otimes \Theta(A) \\ | & & | \\ A^* & \xrightarrow{t m_A} & (A \otimes A)^* \end{array}

soit commutatif.

En effet, pour que η\eta soit un homomorphisme de AA dans l’algèbre duale de la cogèbre (Θ(A),c)(\Theta(A), c), il faut et il suffit que l’on ait η(ab)=mK∘(η(a)⊗η(b))∘c\eta(ab) = m_K \circ (\eta(a) \otimes \eta(b)) \circ c pour tous a,b∈Aa, b \in A, c’est-à-dire

η(ab)(f)=mK∘(η(a)⊗η(b))(c(f)) \eta(ab)(f) = m_K \circ (\eta(a) \otimes \eta(b))(c(f))

pour a,b∈Aa, b\in A et f∈Θ(A)f\in \Theta (A). Or on a

η(ab)(f)=f(ab)=⟨tmA(j1(f)),a⊗b⟩ \eta (ab)(f) =f(ab) =\langle^tm_A(j_1(f)), a\otimes b\rangle

et, d’après (14)

mK∘(η(a)⊗η(b))(c(f))=⟨j2(c(f)),a⊗b⟩ m_K\circ (\eta (a)\otimes \eta (b))(c(f)) =\langle j_2(c(f)), a\otimes b\rangle

pour tous a,b∈Aa, b\in A et tout f∈Θ(A)f\in \Theta (A), d’où le lemme.

Comme j2j_2 est injective, il existe au plus une application linéaire cc rendant commutatif le diagramme précédent. Pour en prouver l’existence, il s’agit de démontrer que l’image de tm∘j1^tm\circ j_1 est contenue dans celle de j2j_2; autrement dit, il s’agit de prouver qu’il existe, pour tout élément ff de Θ(A), un entier naturel nn et des éléments f1′,...,fn′,f1′′,...,fn′′f'_1, . . . , f'_n, f''_1, . . . , f''_n de Θ(A) satisfaisant aux relations

f(ab)=∑i=1nfi′(a)fi′′(b)(16) f(ab) =\sum_{i=1}^nf'_i(a)f''_i(b) \tag{16}

pour a,b∈Aa, b\in A. On aura alors

c(f)=∑i=1nfi′⊗fi′′(17) c(f) =\sum_{i=1}^nf'_i\otimes f''_i \tag{17}

D’après le cor. de VIII, p. 371, il existe un A-module à gauche E, de dimension finie sur K, dont ff est un coefficient. Soient (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) une base de E,(e1∗,...,en∗)E, (e^*_1, . . . , e^*_n) la base duale, xx un élément de E et x∗x^* un élément de E∗E^* tels que f=cE(x,x∗)f=c_E(x, x^*). Posons fi′=cE(ei,x∗)f'_i=c_E(e_i, x^*) et fi′′=cE(x,ei∗)f''_i=c_E(x, e^*_i) pour i∈[1,n]i\in [1, n]; pour a,ba, b dans A, on a

f(ab)=⟨x∗,abx⟩=⟨x∗a,bx⟩ f(ab) =\langle x^*, abx\rangle =\langle x^*a, bx\rangle
=∑i⟨x∗a,ei⟩⟨ei∗,bx⟩=∑i⟨x∗,aei⟩⟨ei∗,bx⟩=∑ifi′(a)fi′′(b) =\sum_i\langle x^*a, e_i\rangle \langle e^*_i, bx\rangle =\sum_i\langle x^*, ae_i\rangle \langle e^*_i, bx\rangle =\sum_if'_i(a)f''_i(b)

d’où (16).

Prouvons la coassociativité de cc. Pour cela, considérons les applications K-linéaires

c′=(c⊗1Θ(A))∘cc'=(c\otimes 1_{\Theta (A)})\circ c et c′′=(1Θ(A)⊗c)∘cc''=(1_{\Theta (A)}\otimes c)\circ c

de Θ(A) dans Θ(A)⊗3\Theta (A)^{\otimes 3}. On a les relations

⟨j3(f⊗c(g)),a⊗b⊗c⟩=⟨f,a⟩⟨j2∘c(g),b⊗c⟩ \langle j_3(f\otimes c(g)), a\otimes b\otimes c\rangle =\langle f, a\rangle \langle j_2\circ c(g), b\otimes c\rangle
=⟨f,a⟩⟨g,bc⟩ =\langle f, a\rangle \langle g, bc\rangle
=⟨j2(f⊗g),a⊗bc⟩ =\langle j_2(f\otimes g), a\otimes bc\rangle

=⟨t=\langle^t(IdA⊗mA_A\otimes m_A)∘j2(f⊗g),a⊗b⊗c⟩\circ j_2(f\otimes g), a\otimes b\otimes c\rangle, pour f,g∈Θ(A)f, g \in \Theta(A) et a,b,c∈Aa, b, c \in A. On en déduit la commutativité du diagramme suivant :

Θ(A)⊗Θ(A)→Id⁡Θ(A)⊗cΘ(A)⊗Θ(A)⊗Θ(A)↓j2↓j3(A⊗A)∗→t(Id⁡A⊗mA)(A⊗A⊗A)∗ \begin{array}{ccc} \Theta(A) \otimes \Theta(A) & \xrightarrow{\operatorname{Id}_{\Theta(A)} \otimes c} & \Theta(A) \otimes \Theta(A) \otimes \Theta(A) \\ \downarrow j_2 & & \downarrow j_3 \\ (A \otimes A)^* & \xrightarrow{t(\operatorname{Id}_A \otimes m_A)} & (A \otimes A \otimes A)^* \end{array}

Compte tenu de la commutativité de ce diagramme et de celle du diagramme (15) de VIII, p. 380, pour f∈Θ(A)f \in \Theta(A), et a,a′,a′′∈Aa, a', a'' \in A, on a

⟨j3∘c′(f),a⊗a′⊗a′′⟩=⟨f,(aa′)a′′⟩; \langle j_3 \circ c'(f), a \otimes a' \otimes a'' \rangle = \langle f, (aa')a'' \rangle;

on montre de même la relation

⟨j3∘c′′(f),a⊗a′⊗a′′⟩=⟨f,a(a′a′′)⟩. \langle j_3 \circ c''(f), a \otimes a' \otimes a'' \rangle = \langle f, a(a'a'') \rangle.

Comme la multiplication dans AA est associative, on a j3∘c′=j3∘c′′j_3 \circ c' = j_3 \circ c'', d’où c′=c′′c' = c'' puisque j3j_3 est injective.

Enfin, les formules (16) et (17) entraînent que Θ(A)\Theta(A) admet ε\varepsilon comme coïunité.

Remarque 1 00N2

Soit (V,π)(V, \pi) une représentation linéaire de dimension finie de l’algèbre AA. Introduisons une base (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) de VV et la base duale (e1∗,…,en∗)(e_1^*, \ldots, e_n^*) de V∗V^*. D’après la démonstration précédente, on a la relation

c(cπ(x,x∗))=∑k=1ncπ(ek,x∗)⊗cπ(x,ek∗) c(c_\pi(x, x^*)) = \sum_{k=1}^n c_\pi(e_k, x^*) \otimes c_\pi(x, e_k^*)

pour x∈Vx \in V et x∗∈V∗x^* \in V^*. En particulier, posons πij=cπ(ej,ei∗)\pi_{ij} = c_\pi(e_j, e_i^*), de sorte que pour tout a∈Aa \in A, la matrice de π(a)\pi(a) par rapport à la base (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) de VV est égale à (πij(a))(\pi_{ij}(a)). On a alors, pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n et 1≤j≤n1 \leq j \leq n,

c(πij)=∑k=1nπik⊗πkj. c(\pi_{ij}) = \sum_{k=1}^n \pi_{ik} \otimes \pi_{kj}.

Définition 3 00N3

Soient CC une cogèbre sur le corps KK et cc son coproduit. On appelle sous-cogèbre de CC tout sous-espace vectoriel C1C_1 de CC tel que c(C1)c(C_1) soit contenu dans l’image canonique de C1⊗KC1C_1 \otimes_K C_1 dans C⊗KCC \otimes_K C.

Soit jj l’injection canonique de C1C_1 dans CC. D’après cette définition, il existe une unique application linéaire c1:C1→C1⊗KC1c_1 : C_1 \to C_1 \otimes_K C_1 telle que l’on ait

c∘j=(j⊗j)∘c1; c \circ j = (j \otimes j) \circ c_1 ;

cette relation signifie que jj est un morphisme de cogèbres de (C1,c1)(C_1, c_1) dans (C,c)(C, c) (III, p. 138).

Si C est coassociative, alors C1C_1 est coassociative. Si C est cocommutative, alors il en est de même de C1C_1. Si C a une coünité ε\varepsilon, alors la restriction de ε\varepsilon à C1C_1 est une coünité de C1C_1.

Proposition 9 00N4

Soit Θ un sous-espace vectoriel de Θ(A). Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Θ est un sous-(A,A)(A,A)-bimodule de Θ(A) ;

(ii) Θ est une sous-cogèbre de Θ(A) ;

(iii) il existe un ensemble héréditaire C\mathscr{C} de classes de A-modules de dimension finie sur K tel que Θ=ΘC(A)\Theta = \Theta_{\mathscr{C}}(A).

Lorsque ces conditions sont satisfaites, l’ensemble C\mathscr{C} mentionné en (iii) est uniquement déterminé.

La dernière assertion résulte du cor. de VIII, p. 379 : l’ensemble C\mathscr{C} se compose des classes des A-modules E de dimension finie sur K tels que ΘE(A)\Theta_E(A) soit contenu dans Θ.

(iii) =⇒=\Rightarrow (ii) : Soit C\mathscr{C} un ensemble héréditaire de classes de A-modules de dimension finie sur K. Alors ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A) est la réunion de la famille filtrante (ΘE(A))E∈C(\Theta_E(A))_{E\in\mathscr{C}}. Comme ΘE(A)\Theta_E(A) est une sous-cogèbre de Θ(A) pour tout E∈CE\in \mathscr{C} (VIII, p. 382, formule (19)), il en est de même de ΘC(A)\Theta_{\mathscr{C}}(A).

(ii) =⇒=\Rightarrow (i) : Soit f∈Θ(A)f\in \Theta (A). Soient f1′,...,fn′,f1′′,...,fn′′f'_1, . . . , f'_n, f''_1, . . . , f''_n des éléments de Θ(A) satisfaisant à c(f)=∑fi′⊗fi′′c(f) =\sum f'_i\otimes f''_i. Pour a,ba,b dans A, on a f(ab)=∑fi′(a)fi′′(b)f(ab) =\sum f'_i(a)f''_i(b), d’où

bf=∑i=1nfi′′(b)fi′,fa=∑i=1nfi′(a)fi′′ bf=\sum_{i=1}^nf''_i(b)f'_i,f a=\sum_{i=1}^nf'_i(a)f''_i

(VIII, p. 367, formules (3) et (4)). Par suite, une sous-cogèbre de Θ(A) en est un sous-(A, A)-bimodule.

(i) =⇒=\Rightarrow (iii) : Supposons que Θ soit un sous-(A, A)-bimodule de Θ(A) ; soit C\mathscr{C} l’ensemble des classes des A-modules E de dimension finie sur K tels que ΘE(A)\Theta_E(A) soit contenu dans Θ. L’ensemble C\mathscr{C} est héréditaire (VIII, p. 369, remarque 2) et l’on a ΘC(A)⊂Θ\Theta_{\mathscr{C}}(A)\subset \Theta par construction. Soient f∈Θf\in \Theta et E=AfE = Af. Alors E est de dimension finie sur K. Par suite, toute forme linéaire sur E est de la forme ua:g→g(a)u_a:g\rightarrow g(a) avec aa dans A (II, p. 105, cor. 2). Or, pour a,b,x∈Aa, b, x\in A, on a

cE(af,ub)(x)=⟨ub,xaf⟩=f(bxa)=afb(x) c_E(af, u_b)(x) =\langle u_b, xaf\rangle =f(bxa) =af b(x)

d’où cE(af,ub)=afbc_E(af, u_b) =af b. On a donc ΘE(A)⊂Θ\Theta_E(A)\subset \Theta. Par suite, le A-module E est de type C\mathscr{C} et ff est l’un de ses coefficients. On a donc Θ⊂ΘC(A)\Theta \subset \Theta_{\mathscr{C}}(A) et finalement Θ=ΘC(A)\Theta = \Theta_{\mathscr{C}}(A).

Remarque 2 00N5

Soit Θ une sous-cogèbre de Θ(A). Munissons K de la topologie discrète et l’algèbre A de la topologie la moins fine rendant continues les applications f:A→Kf: A\rightarrow K pour ff parcourant Θ (TG I, p. 12). Cette topologie munit A d’une structure de K-module topologique. Un idéal bilatère de a\mathfrak{a} de A est ouvert si et seulement s’il est de codimension finie et que son orthogonal a′\mathfrak{a}' est contenu dans Θ. D’après la prop. 3 de VIII, p. 371, les idéaux bilatères ouverts de A forment un système fondamental de voisinage de 0 dans A. La topologie de A est donc compatible avec sa structure d’anneau.

Soit C\mathscr{C} l’ensemble héréditaire de classes de A-modules de dimension finie sur K tel que Θ=ΘC\Theta = \Theta_{\mathscr{C}} (VIII, p. 383, prop. 9). Soit E un A-module à gauche, de dimension finie sur K. Munissons-le de la topologie discrète. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le A-module E est de type C\mathscr{C};

(ii) L’annulateur du A-module E est ouvert dans A ;

(iii) L’application (a,x)→ax(a, x)\rightarrow ax de A×EA\times E dans E est continue.

Cette dernière propriété signifie que E est un A-module topologique.

Soit Θ∗\Theta^* l’algèbre duale de la cogèbre Θ. On munit Θ∗\Theta^* de la topologie la moins fine rendant continues les applications φ→φ(u)\varphi \rightarrow \varphi (u) de Θ∗\Theta^* dans K, pour uu parcourant Θ. La topologie sur l’algèbre Θ∗\Theta^* est compatible avec la structure de groupe additif de Θ∗\Theta^*. Un système fondamental de voisinage de 0 est formé par les orthogonaux dans Θ∗\Theta^* des ensembles de la forme ΘE(A)\Theta_E(A) où E est un A-module de type C\mathscr{C}. Or un tel ensemble est une sous-cogèbre de Θ, donc son orthogonal est un idéal de Θ∗\Theta^*. La topologie de Θ∗\Theta^* est donc compatible avec sa structure d’anneau. L’homomorphisme canonique d’algèbres η:A→Θ∗\eta : A\rightarrow \Theta^* (qui à a∈Aa\in A associe la forme linéaire f→f(a)f\rightarrow f(a) sur Θ) définit un isomorphisme de l’espace séparé complété A^\widehat{A} de A (TG II, p. 23) sur Θ∗\Theta^*.

Exercices

See the exercises for § 20.

Transcribed from the printed volume. Not translated.