§ 20. Représentations linéaires des algèbres
Dans ce paragraphe, on note K un anneau commutatif et A une K-algèbre. À partir du n, on suppose que K est un corps, et l’on note le dual de l’espace vectoriel A sur K ; la notation ne désignera jamais le groupe multiplicatif de l’anneau A.
1. Représentations linéaires des algèbres
Définition 1 00MD
Soit M un K-module. On appelle représentation linéaire de l’algèbre A dans M un K-homomorphisme de A dans l’algèbre End.
On dit aussi que le couple est une représentation linéaire de l’algèbre A. Lorsque M est un K-module libre, la dimension de M est appelée le degré (ou la dimension) de .
Soit une représentation linéaire de A dans M. La loi additive sur M et la loi d’action définissent sur M une structure de A-module à gauche, que l’on note . On dit que est le module de la représentation . La structure de K-module sur M est obtenue par restriction des scalaires à partir de la structure de A-module sur .
Réciproquement, soit E un A-module à gauche. Soit M le K-module déduit de E par restriction des scalaires de A à K et soit l’homomorphisme de A dans End. Alors est une représentation de A dans M et l’on a . On dit que est la représentation linéaire associée au A-module E.
Il revient au même d’étudier les A-modules ou les représentations linéaires de A. Nous allons traduire en langage de représentations linéaires certaines définitions relatives aux modules.
Soit une représentation linéaire de A dans M. Le noyau de l’homomorphisme est un idéal bilatère de A, qui n’est autre que l’annulateur du A-module . L’homomorphisme est injectif si et seulement si le A-module est fidèle ; on dit alors que est une représentation fidèle de A.
Soient et des représentations linéaires de A. Une application A-linéaire de dans est une application K-linéaire qui satisfait à la relation
pour . Un isomorphisme de sur est un isomorphisme de K-modules satisfaisant à la condition
pour . On dit que et sont isomorphes si les A-modules et sont isomorphes. On dit que est une sous-représentation (resp. une représentation quotient) de si est un sous-module (resp. un module quotient) de .
Supposons donnée une famille de représentations linéaires de A. Soit M le K-module somme directe des ; pour tout , soit l’endomorphisme de M. Alors est une représentation linéaire de A dans M. Le A-module est somme directe de la famille des A-modules ; on dit que est la somme directe des , et l’on écrit .
On dit que la représentation de A dans M est simple ou irréductible si le A-module est simple ; on dit que la représentation de A dans M est semi-simple, ou complètement réductible, si le A-module est semi-simple.
Soit une représentation linéaire de A dans M. Soit le K-module dual de M. L’application de dans End est la représentation transposée de .
Soit L une K-algèbre commutative et soit une représentation linéaire de la K-algèbre A. L’homomorphisme End correspondant à la structure de -module de est une représentation linéaire de la L-algèbre . On dit que est la représentation linéaire de l’algèbre déduite de la représentation par extension à L de l’anneau K des scalaires.
Supposons que K soit un corps et que L soit une K-algèbre commutative non nulle. Soient et des représentations linéaires de l’algèbre A. Il résulte de VIII, p. 34, th. 3 que les représentations et sont isomorphes si et seulement si et le sont.
Supposons que K soit un corps. Soit L une extension de K. Considérons le groupe de Grothendieck (resp. ) des A-modules de dimension finie sur K (resp. des -modules de dimension finie sur L). Nous avons vu que l’homomorphisme de groupes
défini par l’extension des scalaires est injectif ; en outre, un élément est effectif si et seulement si l’est (VIII, p. 191, th. 1).
2. Dual restreint d’une algèbre
On suppose désormais que K est un corps.
Pour , notons l’application et l’application de A dans A. Alors est une représentation linéaire de A dans A, appelée représentation régulière gauche ; de même, est une représentation linéaire de dans A, appelée (par abus de langage) la représentation régulière droite de A. Par transposition, on déduit de et des représentations linéaires des algèbres A et dans l’espace vectoriel qui définissent sur une structure de A-module à gauche, et une structure de -module à gauche. Ces deux structures correspondent à une structure de , A)-bimodule sur dont les lois d’action sont définies par les formules
pour et .
On rappelle (II, p. 42, déf. 4) que si E est un sous-espace vectoriel de A, son orthogonal dans est l’ensemble des formes linéaires sur A dont la restriction à E est nulle. De même l’orthogonal dans A d’un sous-espace vectoriel F de est l’intersection des noyaux des formes linéaires appartenant à F.
On sait (II, p. 104, th. 7) que l’application est une bijection de l’ensemble des sous-espaces vectoriels de codimension finie de A sur l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension finie de . L’application réciproque associe à chaque sous-espace F de dimension finie de son orthogonal dans A.
Proposition 1 00ME
a) L’application induit une bijection de l’ensemble des idéaux à gauche (resp. à droite, resp. bilatères) de A, de codimension finie, sur l’ensemble des sous-A-modules à droite (resp. des sous-A-modules à gauche, resp. des sous-bimodules) de , de dimension finie sur K.
b) Tout idéal à gauche ou à droite de A, de codimension finie, contient un idéal bilatère de codimension finie.
Les formules (3) et (4) démontrent que si E est un idéal à gauche de A, alors est un sous-A-module à droite de ; si V est un sous-A-module à droite de , alors est un idéal à gauche de A. Le cas des idéaux à droite et celui des idéaux bilatères se traitent de manière analogue. Ceci démontre a).
Soit un idéal à gauche de A, de codimension finie. Le A-module à gauche est de dimension finie sur K et il en est de même de End. Le noyau de l’homomorphisme de A dans End est donc un idéal bilatère de codimension finie de A, contenu dans . Passant à l’anneau opposé , on voit que tout idéal à droite, de codimension finie dans A, contient un idéal bilatère de codimension finie.
Définition 2 00MF
On appelle dual restreint de la K-algèbre A, et l’on note Θ(A), la réunion dans des orthogonaux des idéaux bilatères de codimension finie de A.
D’après la prop. 1, on peut donner les caractérisations suivantes de Θ(A) ; c’est au choix :
– la réunion des orthogonaux des idéaux à gauche de codimension finie de A ;
– la réunion des orthogonaux des idéaux à droite de codimension finie de A ;
– la réunion des orthogonaux des idéaux bilatères de codimension finie de A ;
– la réunion des sous-A-modules à gauche de de dimension finie sur K ;
– la réunion des sous-A-modules à droite de de dimension finie sur K ;
– la réunion des sous-(A, A)-bimodules de de dimension finie sur K.
On a , et si A est de degré fini sur K. Soit ; pour que appartienne à Θ(A), il faut et il suffit que (resp. , resp. ) soit un sous-espace vectoriel de de dimension finie sur K.
La somme de deux sous-(A, A)-bimodules de de dimension finie sur K est de dimension finie sur K. Il en résulte que Θ(A) est un sous-(A, A)-bimodule de .
3. Coefficients d’un module
Soit E un A-module à gauche. Soit le dual de l’espace vectoriel E sur K ; on le munit de sa structure naturelle de A-module à droite. Étant donnés des éléments de E et de , on note la forme linéaire
sur A. Ces formes linéaires s’appellent les coefficient de E. Le sous-espace de engendré par les coefficients de E se note . Il est non nul si E est non nul.
Si F est un A-module isomorphe à E, alors E et F ont mêmes coefficients et l’on a . Considérons comme un -module à gauche, un coefficient de E est un coefficient de et . Par suite, si E est de dimension finie sur K, alors E et ont mêmes coefficients et l’on a .
Soit une représentation linéaire de l’algèbre A. Les coefficients du A-module sont aussi appelés les coefficients de la représentation . Le coefficient , pour et et , se note aussi ; l’espace vectoriel est aussi noté .
Remarque 1 00MG
Supposons que M soit de dimension finie sur K ; Soit une base de V et soit sa base duale. Notons la matrice de par rapport à la base de V ; on a . L’application est un homomorphisme de A dans ; un tel homomorphisme est parfois appelé représentation matricielle de l’algèbre A.
Remarque 2 00MH
Soit E un A-module et soit un sous-module de E. Par le cor. du th. 5 de II, p. 102, on a et .
Soit l’unique application K-linéaire de dans qui à associe . Elle est , A)-bilinéaire et son image est . On en déduit des applications A-linéaires Hom et Hom telles que
Notons l’application K-linéaire End caractérisée par la relation
pour et . Son image est l’ensemble End des endomorphismes de rang fini de E (VIII, p. 453). Par définition de la trace (loc. cit.), on a
Tr()
pour et ; on a donc
Tr() Tr().
On en déduit la relation
Tr() pour et . Ceci démontre que est l’ensemble des formes linéaires Tr() sur A, où parcourt End.
Lemme 1 00MI
L’application est bijective. Si E est de dimension finie, il en est de même de .
Si F est un A-module à droite et G un K-espace vectoriel, on a défini en II, p. 74, prop. 1 a), un isomorphisme de K-espaces vectoriels de Hom sur Hom, Hom. Cet isomorphisme associe à l’homomorphisme . Compte tenu de l’isomorphisme canonique de avec E (II, p. ) s’identifie à dans le cas où .
De manière analogue, l’isomorphisme défini en II, p. 74, prop. 1 b) se spécialise en un isomorphisme de Hom sur Hom, Hom. Lorsque E est de dimension finie, E s’identifie canonique à Hom et à , l’homomorphisme s’identifie alors à .
Proposition 2 00MJ
Soit E un A-module à gauche.
a) L’ensemble des coefficients de E est la réunion des images des applications A-linéaires de E dans .
b) Supposons en outre que E soit de dimension finie sur K. Alors le A-module à gauche est isomorphe à un quotient de , le A-module E est isomorphe à un sous-module de et tout élément de est un coefficient de .
L’assertion a) résulte de la surjectivité de .
Démontrons b). Soit une base de sur K. Comme est engendré par les coefficients de E, l’application A-linéaire
de dans est surjective. D’après a), tout élément de est un coefficient de . Par ailleurs, l’application A-linéaire
de E dans est injective, d’où b).
Remarque 3 00MK
Soit E un sous-A-module à gauche de . Soit la forme linéaire sur E. Pour tout dans E, on a , donc E est un sous-A-module de .
4. Dual restreint et coefficients matriciels
Proposition 3 00ML
Soit une représentation linéaire de dimension finie de l’algèbre A. Le noyau de est un idéal bilatère de codimension finie de A, et est l’orthogonal de dans . L’application transposée de définit un isomorphisme du dual du K-espace vectoriel sur .
Comme End est de dimension finie sur est un idéal bilatère de codimension finie de A. L’espace vectoriel est un sous-espace de dimension finie de et son orthogonal dans A est égal à ; d’après le th. 7 de II, p. 104, l’espace est donc l’orthogonal de dans . De plus, comme est le noyau de , l’application transposée de définit un isomorphisme du dual de sur l’orthogonal de dans (II, p. 102, cor. du th. 5).
Corollaire 00MM
Le dual restreint Θ(A) de A est l’ensemble des coefficients des représentations linéaires de dimension finie de A.
Par définition, Θ(A) est la réunion des orthogonaux des idéaux bilatères de codimension finie de A. On a donc pour toute représentation linéaire de dimension finie de A. Réciproquement, soit un élément de Θ(A) et soit un idéal bilatère de codimension finie, contenu dans le noyau de (VIII, p. 368, déf. 2). Notons la représentation linéaire de A dans déduite par passage au quotient de la représentation régulière gauche dans A ; soit la classe de 1 (mod. ), et la forme linéaire sur déduite de . On a , de sorte que est un coefficient de .
☡ On prendra garde que si est une représentation linéaire de A qui n’est pas de dimension finie sur K, l’espace n’est pas nécessairement contenu dans Θ(A).
5. Dual d’une algèbre semi-simple
Soit le socle du A-module à gauche Θ(A), c’est-à-dire (VIII, p. 61) le plus grand sous-module semi-simple de Θ(A). On note l’ensemble des classes des A-modules (à gauche) simples qui sont de dimension finie sur K. Lorsque A est une algèbre semi-simple de degré fini sur K, on a puisque tout A-module à gauche est semi-simple (VIII, p. 134, prop. 4).
Théorème 1 00MN
a) L’ensemble se compose des coefficients des représentations semi-simples de dimension finie de A. C’est un sous--bimodule de .
b) Pour tout , le composant isotypique de type S de Θ(A) est égal à ;le A-module à gauche est somme directe des sous-modules , où S parcourt .
c) Pour tout S dans , le A-module à droite est simple et est le composant isotypique de type du A-module à droite Θ(A). L’application qui à S associe cl() est une bijection de sur l’ensemble des classes de -modules simples de dimension finie sur K.
d) Considéré comme A-module à droite, Θ(A) a pour socle .
Soit E un A-module semi-simple de dimension finie sur K. Tout coefficient de E appartient à l’image d’une application A-linéaire de E dans (VIII, p. 370, prop. 2) donc appartient à . Inversement soit . Alors le A-module est de dimension finie sur K et est semi-simple. Par la remarque VIII, p. 358 est un coefficient de .
Pour tout S dans , le composant isotypique de type S de Θ(A) est engendré par les images des applications A-linéaires de S dans ; il est donc égal à d’après la prop. 2, a) de VIII, p. 370. D’autre part, si S est un A-module simple qui n’est pas de dimension finie sur K, le composant isotypique de type S de Θ(A) est nul : en effet, tout sous-module simple de Θ(A) est monogène, donc de dimension finie sur K. Comme le socle de Θ(A) est somme directe de ses composants isotypiques (VIII, p. 61, prop. 4), cela démontre b).
Soit S un A-module simple, de dimension finie sur K. Comme le K-espace vectoriel S n’est pas réduit à 0, il en est de même de . Soit E un sous-module du A-module à droite ; son orthogonal dans S est un sous-A-module de S ; comme S est simple, on a ou bien , d’où , ou bien , d’où E = 0. Donc est un A-module à droite simple.
On a (VIII, p. 368) ; on identifie A-modules à droite et -modules à gauche. Comme tout espace vectoriel de dimension finie sur K est isomorphe à son bidual, ce qui précède démontre que l’application cl() est une bijection de sur l’ensemble des classes de -modules simples de dimension finie sur K. Or, pour S dans , le composant isotypique de type de est égal à d’après l’assertion b) du th. 1 appliquée à l’algèbre , et l’on a . Les assertions c) et d) résultent aussitôt de là.
Corollaire 1 00MO
Toute A-module simple de dimension finie sur K est isomorphe à un sous-A-module de Θ(A).
Cela résulte du th. 1, b) car on a pour tout A-module non nul E.
Corollaire 2 00MP
Si deux A-modules simples de dimension finie de A ont un même coefficient non nul, ils sont isomorphes.
Soient et des A-modules simples de dimension finie sur K ayant un même coefficient non nul. On a alors . Or est isotypique de type et de type . Donc est isomorphe à .
D’après le théorème 1, est un sous-(A, A)-bimodule de , somme directe des , A)-bimodules pour S parcourant ; ces bimodules sont deux à deux non isomorphes, puisqu’ils sont déjà non isomorphes comme A-modules à gauche.
Fixons S dans . Notons D le corps opposé de End(S), et considérons S comme D-module à droite et comme un D-module à gauche. Avec ces conventions, S est un , D)-bimodule, est un , A)-bimodule, et est un -bimodule.
Proposition 4 00MQ
a) Il existe un homomorphisme de groupes de dans , caractérisé par
pour et . Cette application est un isomorphisme de -bimodules.
b) Le -bimodule est simple.
L’application caractérisée par la formule est , A)-linéaire et surjective et satisfait à pour et . Elle définit donc une application , A)-linéaire surjective caractérisée par la formule (6).
Prouvons que est un , A)-bimodule simple. D’après le cor. 2 de VIII, p. 59, tout sous-(A, A)-bimodule de est de la forme , où H est un sous, A)-bimodule de . Comme est un A-module à droite simple (VIII, p. 371, th. 1, c)), on a H = 0 ou , d’où notre assertion.
L’homomorphisme est , A)-linéaire et non nul ; comme est un bimodule simple, est injectif (VIII, p. 43, prop. 2, a)).
Remarque 00MR
Lorsque le corps K est algébriquement clos, on a D = K d’après le th. 1 de VIII, p. 43 et est un isomorphisme de , A)-bimodules de sur .
6. Caractère d’une représentation
Soit E est un A-module à gauche, de dimension finie sur K. On appelle caractère de E ou trace de E, et l’on note Tr, la forme linéaire Tr(). Soient une base de E et sa base duale. Par définition, on a la relation
(7) Tr.
La forme linéaire Tr appartient à . On a Tr Tr si E et sont deux A-modules isomorphes. Ainsi Tr ne dépend que de la classe d’isomorphisme de E.
Soit une représentation linéaire de A dans un espace vectoriel V de dimension finie sur K. On appelle trace de , ou parfois caractère de , le caractère du A-module . On le note Tr. Si est une base de V sur K et si est la matrice de par rapport à cette base, on a
(8) Tr.
La forme linéaire Tr appartient à .
Proposition 5 00MS
Soit S un A-module simple de dimension finie sur K, soit D le corps opposé du commutant de S et soit Z le centre de D. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Le caractère Tr de S n’est pas nul ;
(ii) Il existe un élément tel que Tr;
(iii) L’extension Z de K est séparable et la caractéristique de K ne divise pas le degré [D : Z].
Le D-espace vectoriel à droite S est de dimension finie. Soit une base de S sur D et soit un élément de End. Soit la matrice de par rapport à la base . On a pour . Notons l’application , considérée comme endomorphisme du K-espace vectoriel S, et la matrice de par rapport à la décomposition du K-espace vectoriel S en somme directe (II, p, 146). On a Tr() Tr(). De plus, est l’endomorphisme du K-espace vectoriel défini par pour , donc sa trace est égale à Tr. Nous avons ainsi démontré l’égalité
(9) Tr() Tr.
D’après le théorème de Burnside (VIII, p. 79, cor. 1 de la prop. 4), l’application de A dans End est surjective. L’équivalence des conditions (i) et (ii) résulte ainsi de la formule (9).
Si l’extension Z de K est séparable, il existe un élément Z tel que Tr (V, p. 48, cor. de la prop. 1). De plus, on a Tr Tr (III, p. 114, cor.) ; par conséquent, si ne divise pas [D : Z], on a Tr. Cela prouve que (iii) entraîne (ii).
Si l’extension Z de K n’est pas séparable, on a Tr pour tout , d’où Tr Tr(Tr) pour tout .
Supposons maintenant que divise le degré [D : Z]. Il divise alors le degré réduit de D sur Z. Pour tout , on Tr (VIII, p. 337, remarque), d’où Tr Tr(Tr) . Cela termine la démonstration de l’implication (ii) (iii).
Corollaire 00MT
Si le corps K est parfait, les conditions (i) à (iii) sont satisfaites.
Le corps étant parfait, l’extension Z de K est séparable (V, p. 119, th. 3). La condition (iii) résulte alors du cor. 3 de VIII, p. 318.
Proposition 6 00MU
Soit l’ensemble des classes de A-modules simples de dimension finie sur K, dont les traces ne sont pas nulles. La famille de formes linéaires (Tr) est libre sur K.
Soit F une partie finie de et soit S un élément de F. Par hypothèse, il existe un élément tel que Tr. D’après le cor. 1 de la prop. 4 (VIII, p. 79) il existe un élément tel que et pour tout . On a Tr et Tr pour . La famille (Tr) est donc libre et la proposition 6 en résulte.
Remarque 00RR
Soit l’ensemble des classes de A-modules simples qui sont de dimension finie sur K. La prop. 6 résulte aussi du fait que la somme des (A), pour S parcourant , est directe.
Soit
une suite exacte de A-modules, tous de dimension finie sur K. D’après la prop. 1 de III, p. 109, on a Tr Tr Tr. D’après la définition du groupe de Grothendieck (VIII, p. 189) et sa propriété universelle (VIII, p. 182, prop. 4), il existe un homomorphisme de groupes additifs de dans caractérisé par la relation Tr pour tout A-module E de dimension finie sur K. En particulier la trace d’un semi-simplifié de E est égale à celle de E. On déduit de une application K-linéaire .
Corollaire 00MV
a) Supposons le corps K de caractéristique 0. Les homomorphismes et sont injectifs. Pour que deux A-modules, semi-simples et de dimension finie sur K, soient isomorphes, il faut et il suffit que leurs caractères soient égaux.
b) Supposons le corps K parfait de caractéristique non nulle. Alors l’homomorphisme est injectif et le noyau de est . Soit E un A-module semi-simple et de dimension finie sur K. Pour que la forme linéaire Tr soit nulle, il faut et il suffit qu’il existe un A-module F tel que E soit isomorphe à .
Soit l’ensemble des classes de A-modules simples qui sont de dimension finie sur K. Les éléments [S], où S parcourt , forment une base du -module (A), donc les éléments forment une base du K-espace vectoriel (VIII, p. 191).
Supposons le corps K parfait. D’après la prop. 6 et le cor. de VIII, p. 375 les éléments Tr de sont linéairement indépendants sur K. Il en résulte que l’homomorphisme est injectif et que le noyau de l’homomorphisme est composé des éléments de tels que pour tout . Le noyau de est donc égal à (A), où est la caractéristique de K. En particulier, si K est de caractéristique 0, l’homomorphisme est injectif.
La dernière assertion de a) résulte du cor. de VIII, p. 186.
Plaçons-nous maintenant sous les hypothèses de b), et soit E un A-module semi-simple et de dimension finie sur K. S’il existe un A-module F tel que E soit somme directe de sous-modules isomorphes à F, le module F est semi-simple et de dimension finie sur K et l’on a Tr Tr. Inversement, supposons que Tr. On a (A), donc la multiplicité de tout module simple dans E est multiple de (VIII, p. 186, prop. 7) ; on peut l’écrire avec . La famille est à support fini. Posons . On a alors , de sorte que E et sont isomorphes (VIII, p. 186, cor.).
Soit E un A-module de dimension finie sur K. Soit . Notons le déterminant de l’endomorphisme du K[T]-module (III, p. 107). On a la relation
(10) Tr (mod. ) (loc. cit., formule (49)). Comme ce polynôme a un terme constant égal à 1, c’est une série formelle inversible (IV, p. 28). De plus, si
est une suite exacte de A-modules, tous de dimension finie sur K, on a (III, p. 101, formule (31)). D’après la définition du groupe de Grothendieck (VIII, p. 189) et sa propriété universelle (VIII, p. 182, prop. 4), il existe un unique homomorphisme du groupe dans le groupe multiplicatif tel que pour tout A-module E de dimension finie sur K. Il résulte de la formule (10) la relation
tout élément et tout élément .
Si E et E’ sont deux A-modules, de dimension finie sur K, ayant des semi-simplifiés isomorphes, on a .
Théorème 2 00MW
Soit une partie génératrice du K-espace vectoriel A. L’homomorphisme défini par est injectif.
Soit x un élément de tel que . D’après (11), on a pour tout , d’où puisque est une forme K-linéaire sur A et que engendre le K-espace vectoriel A. Si la caractéristique de K est nulle, cela entraîne (VIII, p. 376, cor. de la prop. 6), d’où le résultat dans ce cas. Supposons désormais que la caractéristique de K soit non nulle.
Traitons d’abord le cas où K est algébriquement clos. D’après ce qui précède et loc. cit., on a alors . Soit tel que . Pour tout élément de , on a . On a donc , d’où puisque l’anneau est intègre. Ainsi, y appartient au noyau de l’endomorphisme . Il en résulte par récurrence que x appartient à pour tout entier . Comme est un -module libre, cela entraîne , d’où l’injectivité de dans ce cas.
Si K n’est plus supposé algébriquement clos, on choisit une clôture algébrique de K et on considère le diagramme de groupes et d’homomorphismes de groupes
où est l’homomorphisme déduit de l’extension des scalaires de K à (VIII, p. 190), l’injection canonique et l’homomorphisme . D’après la formule (12) de III, p. 108, le diagramme (12) est commutatif. D’après ce qui précède, l’homomorphisme est injectif. Comme est injectif (VIII, p. 191, th. 1), l’homomorphisme est injectif.
Corollaire 1 00MX
Soient E et F des A-modules semi-simples de dimension finie sur K et soit une partie génératrice du K-espace vectoriel A. Supposons que pour tout , les polynômes caractéristiques des endomorphismes et des K-espaces vectoriels E et F soient égaux. Alors les A-modules E et F sont isomorphes.
Soit un élément de . Les polynômes caractéristiques de et ont le même degré, donc la dimension de E est égale à celle de F ; notons-la . Soit Pc le polynôme caractéristique de . On a dans K(T) les égalités
det det Pc
et est donné par une formule analogue. Vu les hypothèses faites, on a . D’après le th. 2, on a [E] = [F] et cela implique que E et F sont isomorphes (VIII, p. 186, cor. de la prop. 7).
Corollaire 2 00MY
Soit A une algèbre centrale, simple et de degré fini sur K. Soit B une K-algèbre semi-simple, soient des homomorphismes d’algèbres de B dans A et soit une partie génératrice du K-espace vectoriel B. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe un automorphisme intérieur de A tel que ;
(ii) Pour tout , on a Pc Pc.
Lorsque K est de caractéristique nulle, ces conditions équivalent à la suivante :
(iii) Pour tout , on a Tr Tr.
Notons M et N les B-modules à gauche obtenus en munissant le groupe additif de A des lois d’actions et respectivement. D’après la prop. 1 de VIII, p. 253, la propriété (i) équivaut au fait que les B-modules M et N sont isomorphes. Par construction, l’homothétie associée à un élément de B est la multiplication à gauche par dans A ; par suite, on a les relations
Pc Pc
Tr Tr
et deux relations analogues où l’on remplace M par N et par . On sait (VIII, p. 378, cor. 1) que les B-modules M et N sont isomorphes si et seulement si l’on a Pc Pc pour tout ; lorsque le corps K est de caractéristique 0, cette relation équivaut encore à Tr Tr pour tout (VIII, p. 376, cor. de la prop. 6). L’équivalence des propriétés (i) et (ii), et aussi (i) et (iii) lorsque K est de caractéristique 0, résulte de là.
7. Coefficients d’un ensemble de classes de modules
Soit un ensemble héréditaire de classes de A-modules (VIII, p. 179, déf. 1). On suppose que tout A-module de type est de dimension finie sur K, et l’on note l’ensemble des coefficients des A-modules de type . D’après la prop. 2 de VIII, p. 370, est également la réunion des images des applications A-linéaires , où E parcourt ; c’est aussi la réunion des sous-espaces de , où E parcourt loc. cit.). La famille de sous-(A, A)-bimodules de est filtrante, donc sa réunion est un sous-(A, A)-bimodule de .
Proposition 7 00MZ
Un sous-A-module à gauche de , de dimension finie sur K est contenu dans si et seulement s’il est de type .
Soit V un sous-A-module à gauche de de dimension finie sur K. On a vu en VIII, p. 370, remarque 3, qu’on a . Si V est de type , on a (A), donc V est contenu dans . Réciproquement, supposons que V soit contenu dans . Comme est réunion de la famille filtrante et que V est de dimension finie sur K, il existe un module E de type tel que V soit contenu dans . Or il existe un entier naturel tel que soit isomorphe à un quotient de (VIII, p. 370, prop. 2). Comme est héréditaire, V est de type .
Corollaire 00N0
Soit E un A-module de dimension finie sur K. Pour que E soit de type , il faut et il suffit que soit contenu dans .
La condition énoncée est évidemment nécessaire.
Réciproquement, supposons que contienne . Le A-module est de dimension finie sur K (VIII, p. 370, prop. 2), donc il est de type , d’après la prop. 7. Or il existe un entier tel que E soit isomorphe à un sous-A-module de (VIII, p. 370, prop. 2). Comme est héréditaire, E est de type .
8. Structure de cogèbre sur le dual restreint
Pour tout dans , on note la forme linéaire sur ; on définit ainsi une application K-linéaire de dans le dual de l’espace vectoriel . On pose .
Proposition 8 00N1
Sur l’espace vectoriel , il existe une unique structure de cogèbre (III, p. 138) telle que l’application soit un homomorphisme de dans l’algèbre duale (III, p. 143) de . La cogèbre est coassociative et admet pour coïunité.
Pour tout entier , considérons l’application K-linéaire de dans le dual de caractérisée par la formule
pour dans et dans . D’après la prop. 16, (ii) de II, p. 110, l’application est injective. Notons et les applications déduites de la multiplication de et respectivement. Pour et , on a
On a donc
pour tout .
Lemme 2 00RS
Soit une application K-linéaire. Pour que soit un homomorphisme de dans l’algèbre duale de la cogèbre , il faut et il suffit que le diagramme
soit commutatif.
En effet, pour que soit un homomorphisme de dans l’algèbre duale de la cogèbre , il faut et il suffit que l’on ait pour tous , c’est-à-dire
pour et . Or on a
et, d’après (14)
pour tous et tout , d’où le lemme.
Comme est injective, il existe au plus une application linéaire rendant commutatif le diagramme précédent. Pour en prouver l’existence, il s’agit de démontrer que l’image de est contenue dans celle de ; autrement dit, il s’agit de prouver qu’il existe, pour tout élément de Θ(A), un entier naturel et des éléments de Θ(A) satisfaisant aux relations
pour . On aura alors
D’après le cor. de VIII, p. 371, il existe un A-module à gauche E, de dimension finie sur K, dont est un coefficient. Soient une base de la base duale, un élément de E et un élément de tels que . Posons et pour ; pour dans A, on a
d’où (16).
Prouvons la coassociativité de . Pour cela, considérons les applications K-linéaires
et
de Θ(A) dans . On a les relations
(Id), pour et . On en déduit la commutativité du diagramme suivant :
Compte tenu de la commutativité de ce diagramme et de celle du diagramme (15) de VIII, p. 380, pour , et , on a
on montre de même la relation
Comme la multiplication dans est associative, on a , d’où puisque est injective.
Enfin, les formules (16) et (17) entraînent que admet comme coïunité.
Remarque 1 00N2
Soit une représentation linéaire de dimension finie de l’algèbre . Introduisons une base de et la base duale de . D’après la démonstration précédente, on a la relation
pour et . En particulier, posons , de sorte que pour tout , la matrice de par rapport à la base de est égale à . On a alors, pour et ,
Définition 3 00N3
Soient une cogèbre sur le corps et son coproduit. On appelle sous-cogèbre de tout sous-espace vectoriel de tel que soit contenu dans l’image canonique de dans .
Soit l’injection canonique de dans . D’après cette définition, il existe une unique application linéaire telle que l’on ait
cette relation signifie que est un morphisme de cogèbres de dans (III, p. 138).
Si C est coassociative, alors est coassociative. Si C est cocommutative, alors il en est de même de . Si C a une coünité , alors la restriction de à est une coünité de .
Proposition 9 00N4
Soit Θ un sous-espace vectoriel de Θ(A). Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Θ est un sous--bimodule de Θ(A) ;
(ii) Θ est une sous-cogèbre de Θ(A) ;
(iii) il existe un ensemble héréditaire de classes de A-modules de dimension finie sur K tel que .
Lorsque ces conditions sont satisfaites, l’ensemble mentionné en (iii) est uniquement déterminé.
La dernière assertion résulte du cor. de VIII, p. 379 : l’ensemble se compose des classes des A-modules E de dimension finie sur K tels que soit contenu dans Θ.
(iii) (ii) : Soit un ensemble héréditaire de classes de A-modules de dimension finie sur K. Alors est la réunion de la famille filtrante . Comme est une sous-cogèbre de Θ(A) pour tout (VIII, p. 382, formule (19)), il en est de même de .
(ii) (i) : Soit . Soient des éléments de Θ(A) satisfaisant à . Pour dans A, on a , d’où
(VIII, p. 367, formules (3) et (4)). Par suite, une sous-cogèbre de Θ(A) en est un sous-(A, A)-bimodule.
(i) (iii) : Supposons que Θ soit un sous-(A, A)-bimodule de Θ(A) ; soit l’ensemble des classes des A-modules E de dimension finie sur K tels que soit contenu dans Θ. L’ensemble est héréditaire (VIII, p. 369, remarque 2) et l’on a par construction. Soient et . Alors E est de dimension finie sur K. Par suite, toute forme linéaire sur E est de la forme avec dans A (II, p. 105, cor. 2). Or, pour , on a
d’où . On a donc . Par suite, le A-module E est de type et est l’un de ses coefficients. On a donc et finalement .
Remarque 2 00N5
Soit Θ une sous-cogèbre de Θ(A). Munissons K de la topologie discrète et l’algèbre A de la topologie la moins fine rendant continues les applications pour parcourant Θ (TG I, p. 12). Cette topologie munit A d’une structure de K-module topologique. Un idéal bilatère de de A est ouvert si et seulement s’il est de codimension finie et que son orthogonal est contenu dans Θ. D’après la prop. 3 de VIII, p. 371, les idéaux bilatères ouverts de A forment un système fondamental de voisinage de 0 dans A. La topologie de A est donc compatible avec sa structure d’anneau.
Soit l’ensemble héréditaire de classes de A-modules de dimension finie sur K tel que (VIII, p. 383, prop. 9). Soit E un A-module à gauche, de dimension finie sur K. Munissons-le de la topologie discrète. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Le A-module E est de type ;
(ii) L’annulateur du A-module E est ouvert dans A ;
(iii) L’application de dans E est continue.
Cette dernière propriété signifie que E est un A-module topologique.
Soit l’algèbre duale de la cogèbre Θ. On munit de la topologie la moins fine rendant continues les applications de dans K, pour parcourant Θ. La topologie sur l’algèbre est compatible avec la structure de groupe additif de . Un système fondamental de voisinage de 0 est formé par les orthogonaux dans des ensembles de la forme où E est un A-module de type . Or un tel ensemble est une sous-cogèbre de Θ, donc son orthogonal est un idéal de . La topologie de est donc compatible avec sa structure d’anneau. L’homomorphisme canonique d’algèbres (qui à associe la forme linéaire sur Θ) définit un isomorphisme de l’espace séparé complété de A (TG II, p. 23) sur .
Exercices
See the exercises for § 20.