§ 21. Représentations linéaires des groupes finis
Dans tout ce paragraphe, on désigne par G un groupe et par K un anneau commutatif. Si G est un groupe fini, on note l’élément Card(G)de K. A partir du n, on suppose que le groupe G est fini, que le corps K est algébriquement clos et que n’est pas nul.
1. Représentations linéaires
Définition 1 00NC
Soit M un K-module. On appelle représentation linéaire de G dans M tout homomorphisme de groupes de G dans le groupe linéaire (II, p. 5).
Soit une représentation linéaire de G dans un K-module M. On dit aussi que le couple est une représentation linéaire de G. Lorsque K est non nul et que M est un K-module libre, la dimension de M est appelée le degré (ou la dimension) de la représentation .
Rappelons que l’application canonique de G dans l’algèbre K[G] du groupe G est une base du K-module K[G]. Par abus, on note également l’élément de K[G]. Étant donnée une représentation linéaire de G, il existe un unique homomorphisme de K-algèbres de K[G] dans End qui prolonge (III, p. 20, exemple) ; on note encore ce prolongement. C’est une représentation de l’algèbre K[G] dans M (VIII, p. 365, déf. 1), de sorte que M est un K[G]-module. Inversement, toute représentation linéaire de l’algèbre K[G] dans M définit une représentation linéaire de G dans M donnée par .
On utilisera librement pour les représentations linéaires du groupe G la terminologie se rapportant à la structure de K[G]-module. C’est ainsi qu’on parlera de sous-représentation, de représentation simple, de somme directe de représentations, etc. Soient et des représentations linéaires de G ; on note Hom le K-module Hom des homomorphismes de K[G]-modules de M dans .[^1]
Une application de G dans K est appelée fonction centrale si l’on a pour tout couple d’éléments de G ; il revient au même de dire que l’on a pour tout couple d’éléments de G. Les fonctions centrales sont donc les fonctions sur G dont la restriction à chaque classe de conjugaison est constante. Elles forment un sous-module de l’espace des applications de G dans K, noté . Lorsque G est fini, la K-algèbre est un K-module libre de dimension le nombre des classes de conjugaison de G. Le centre Z(K[G]) de l’algèbre K[G] est formé des éléments de K[G] tels que pour tout . Or on a
par suite, lorsque G est fini, le centre Z(K[G]) de l’algèbre K[G] se compose des fonctions centrales.
Soit une représentation linéaire de G. Supposons que M soit un K-module libre de dimension finie. On appelle trace de la trace de la représentation de K[G] associée à , c’est-à-dire (VIII, p. 374) la forme linéaire Tr() sur K[G]. Cette forme linéaire est déterminée par l’application Tr() de G dans K, qu’on appelle caractère de la représentation et qu’on note . Le caractère d’une représentation est une fonction centrale (II, p. 78, prop. 3).
Soient M et des K-modules libres de dimension finie. Soient et des représentations linéaires de G dans M et respectivement. Alors est un K-module libre de dimension finie et, par la prop. 1 de III, p. 109, on a
Plus généralement, soit
une suite exacte de K[G] modules et soient et les représentations linéaires de G associées à et respectivement. On suppose que les K-modules et sont libres de dimension finie. Il en est alors de même de M (II, p. 27, prop. 21) et l’on a
Proposition 1 00ND
On suppose que K est un corps commutatif. Soient et des représentations K-linéaires semi-simples de dimension finie de G.
a) Si les polynômes caractéristiques de et de sont les mêmes pour tout , alors les représentations et sont isomorphes.
b) On suppose en outre que K est de caractéristique 0. Si les caractères et sont égaux, alors les représentations et sont isomorphes.
L’assertion a) résulte du cor. 1 de VIII, p. 378 ; l’assertion b) découle du corollaire de VIII, p. 376, a).
Exemple 1 00NE
La représentation unité de G est la représentation où Id pour tout . Son caractère est la fonction constante de valeur 1.
Exemple 2 00NF
La représentation régulière (gauche) de G est la représentation de G dans K[G] définie par pour et . Elle correspond à la représentation régulière gauche de l’algèbre K[G] (VIII, p. 367). Supposons le groupe G fini. La représentation régulière est donc de degré fini. Pour tout élément de G distinct de l’élément neutre, la matrice de la multiplication à gauche par dans K[G], par rapport à la base canonique, est la matrice d’une permutation sans point fixe. On a donc
si est l’élément neutre,
0 sinon.
On définit de façon similaire la représentation régulière droite de G. La représentation birégulière de G est la représentation de dans K[G] définie par pour tout et tout .
Exemple 3 00NG
Étant donnée une représentation linéaire de G, la représentation contragrédiente ou duale de est la représentation de G dans le K-module dual de M définie par la relation pour tout cf. II, p. 42). Si M est un K-module libre de dimension finie, il en est de même de son dual et on a pour tout .
Exemple 4 00NH
Soient et des représentations linéaires de G. On a défini dans l’exemple 1 de VIII, p. 193 une structure de K[G]-module sur . La représentation linéaire correspondante est appelée produit tensoriel de et et notée . Pour et , on a .
Si M et sont des K-modules libres de dimension finie, on a, d’après la prop. 2 de III, p. 109,
Exemple 5 00NI
Supposons que G soit le produit de deux groupes. L’application K-linéaire de dans K[G] qui envoie sur pour et est un isomorphisme d’algèbres. Soient une représentation linéaire de , et une représentation linéaire de . On appelle produit tensoriel externe de et , et on note , la représentation de dans l’espace vectoriel définie par pour . Si et sont des K-modules libres de dimension finie, alors est un K-module libre de dimension finie et le caractère de la représentation est donné par la formule
pour et (prop. 2 de III, p. 109).
Exemple 6 00NJ
Soit une représentation linéaire de G, tel que V soit un K-module libre de dimension finie. On définit une représentation de dans End par la formule
L’isomorphisme de K-modules End de II, p. 77, est un isomorphime de représentations du produit tensoriel externe sur . L’application (resp. ) est une représentation de G isomorphe à (resp. ).
Soit L une K-algèbre commutative et soit une représentation linéaire du groupe G. L’homomorphisme de groupes défini par Id est une représentation linéaire de G dans le L-module , appelée la représentation linéaire de G déduite de la représentation par extension à L de l’anneau K des scalaires.
Supposons que K soit un corps et que L soit une K algèbre commutative non nulle. Soient et des représentations linéaires de G. Les représentations et sont isomorphes si et seulement si et le sont (VIII, p. 34, th. 3).
On suppose en outre que l’algèbre L est une extension de K. Considérons les anneaux et définis dans l’exemple 1 de VIII, p. 193. L’extension des scalaires définit un homomorphisme d’anneaux
Cet homomorphisme est injectif et un élément est effectif si et seulement si l’est (VIII, p. 191, th. 1).
2. Le théorème de Maschke
Théorème 1 00NK
On suppose que le groupe G est fini. Soit M un K[G]-module, soit N un sous-K[G]-module de M. On suppose que N est un facteur direct du K-module M et que |G| est inversible dans K. Alors N est un facteur direct du K[G]-module M.
Soit p un projecteur K-linéaire dans M, d’image N. On définit un endomorphisme q du K-module M en posant
pour tout . Comme N est stable pour l’action de G et que p induit l’identité sur N, on voit que q applique M dans N et induit l’identité sur N.
Le K-module M est donc somme directe de l’image N de q et du noyau de q. On a pour tout et tout , de sorte que le noyau de q est un sous-K[G]-module de M. Cela prouve que N est facteur direct du K[G]-module M.
Corollaire 1 (Maschke) 00SC
On suppose que le groupe G est fini et que K est un corps commutatif. L’algèbre K[G] est semi-simple si et seulement si l’élément |G| du corps K n’est pas nul.
Supposons . Par le th. 1, tout sous-K[G]-module de K[G]_s est un facteur direct. Donc K[G] est semi-simple.
Inversement, supposons nul et notons l’élément du centre de K[G]. On a mais donc K[G] n’est pas semi-simple (VIII, p. 149, prop. 3 a) et VIII, p. 153, remarque 1).
Corollaire 2 00NL
On suppose que le groupe G est fini et que |G| est inversible dans K. Une suite exacte de K[G]-modules est scindée si et seulement si elle est scindée en tant que suite exacte de K-modules.
Étant donnée une suite exacte de K[G]-modules
il suffit d’appliquer le théorème 1 à l’image du morphisme f.
Corollaire 3 00NM
On suppose que le groupe G est fini et que |G| est inversible dans K. Un K[G]-module est projectif si et seulement s’il est projectif en tant que K-module.
Soit P un K[G]-module. Si P est facteur direct d’un K[G]-module libre M, il est a fortiori facteur direct du K-module libre M. La réciproque résulte du corollaire 2, compte tenu de II, p. 39, prop. 4, d).
Corollaire 4 00NN
a) On suppose que le groupe G est fini et que K est un corps commutatif de caractéristique 0. Pour que deux représentations linéaires, de dimension finie, de G soient isomorphes, il faut et il suffit qu’elles aient même caractère.
b) Supposons que K soit un corps parfait de caractéristique un nombre premier et que le groupe G soit fini, de cardinal premier à . Pour que le caractère d’une représentation linéaire de dimension finie de G soit nul, il faut et il suffit que cette représentation soit isomorphe à la somme directe de représentations deux à deux isomorphes.
Sous les hypothèses du corollaire, toute représentation linéaire de dimension finie de G est semi-simple. Le corollaire résulte alors du cor. de VIII, p. 376.
Corollaire 5 00NO
Supposons que le groupe G est fini et que K est un corps commutatif dans lequel . Soient et des représentations linéaires de dimension finie de G. Pour que et soient isomorphes, il faut et il suffit que, pour tout dans G, les endomorphismes et aient mêmes polynômes caractéristiques.
Cela résulte du cor. 1 de VIII, p. 378.
3. Représentations induites et coïnduites
Soit H un sous-groupe du groupe G.
Si est une représentation linéaire de G, la restriction de à H est une représentation linéaire de H dans V ; on la note Res. Le K[H]-module associé à Res n’est autre que le module déduit du K[G]-module V par restriction des scalaires (II, p. 30). Si V est un K-module libre de dimension finie, le caractère de Res est la restriction à H du caractère de .
Soit une représentation de H.
Considérons K[G] comme un , K[H])-bimodule et M comme un K[H]module. Le K[G]-module (VIII, p. 54) définit une représentation linéaire de G, notée Ind et qu’on appelle la représentation de G induite par . Si est une représentation linéaire de G, le K[H]-module Hom s’identifie au K[H]-module correspondant à la représentation Res. Par conséquent, le morphisme d’adjonction (VIII, p. 55) fournit un isomorphisme dit canonique de K-modules de Hom, Res sur Hom(Ind ) (« réciprocité de Frobenius »).
Considérons K[G] comme un , K[G])-bimodule. Le K[G]-module Hom définit une représentation de G, notée Coïnd et qu’on appelle la représentation de G coïnduite par . Si est une représentation linéaire de G, le K[H]-module s’identifie au K[H]-module correspondant à la représentation Res. Par conséquent, le morphisme d’adjonction (loc. cit.) fournit un isomorphisme dit canonique de K-modules de Hom(Res ) sur Hom, Coïnd.
Soit l’homomorphisme de K-modules caractérisé par les relations si et si - H. L’application est un homomorphisme de , K[H])-bimodules. Soit une représentation linéaire de H. L’application de Hom dans Hom est un homomorphisme de K[H]-modules. En identifiant M avec Hom, on obtient un homomorphisme de K[H]-modules de M dans Res(Coïnd). La réciprocité de Frobenius lui associe un homomorphisme de K[G]-modules de Ind dans Coïnd qui est caractérisé par les relations
pour et . Cet homomorphisme sera dit canonique.
Proposition 2 00NP
Soit H un sous-groupe de G et soit une représentation linéaire de H. L’homomorphisme canonique Ind Coïndest injectif. Si le sous-groupe H est d’indice fini dans G, c’est un isomorphisme de K[G]-modules.
Soit un système de représentants de . La famille est une base du K[H]-module à droite K[G]. Il en résulte que l’application Ind définie par est un isomorphisme de K-modules. Pour tous et tout , on a les relations
Il en résulte que est injective.
Supposons que H est d’indice fini dans G. L’ensemble S est alors fini ; soit l’application de Coïnd dans Ind donnée par . Elle vérifie pour Coïnd et . Comme la famille est une base de K[H]-module à gauche K[G], l’application est l’application identique. Par suite, est bijective de bijection réciproque .
Soit H un sous-groupe d’indice fini de G. Soit une fonction centrale sur H ; notons la fonction sur G qui prolonge et qui s’annule en tout point de G- H. Soit S un système de représentants de . Pour , posons
(4) Ind.
Notons que, pour tous et tout on a . Il en résulte que Ind est une fonction centrale sur G, indépendante du choix de S. On définit ainsi une application K-linéaire Ind de dans .
Proposition 3 00NQ
Soit H un sous-groupe d’indice fini de G. Soit une représentation linéaire de H. Supposons que M est un K-module libre de dimension finie. Notons la représentation de G induite par . Alors le K-module V est libre de dimension finie et
(5) Ind.
Soit S un système de représentants de . Comme on l’a vu plus haut, l’application linéaire Ind donnée par est un isomorphisme de K-modules. En particulier, V est un K-module libre de dimension finie. Pour tout , notons l’image de M par l’application . Pour tous , on a que si et seulement si et V est somme directe des sous-modules pour . Pour tous on a également . Pour tout , notons l’ensemble des éléments de S tels que . Pour tous tels que , l’automorphisme de V induit un automorphisme de et l’on a
Tr() Tr() Tr().
La dernière assertion en résulte.
4. Représentations et groupe de Grothendieck
On suppose dans ce numéro que K est un corps commutatif. Étant donnée une représentation linéaire de G, de dimension finie, on note la classe du K[G]-module M dans l’anneau de Grothendieck (VIII, p. 193, exemple 1).
Par définition des lois de composition de l’anneau (G), si et sont des représentations linéaires de dimension finie de G, on a
L’élément unité de l’anneau est la classe de la représentation unité de G (VIII, p. 389, exemple 1).
L’anneau est un -module libre ayant pour base l’ensemble des classes des K[G]-modules simples de dimension finie sur K. Lorsque est inversible dans K, pour que deux représentations de dimension finie soient isomorphes, il faut et il suffit qu’elles aient la même classe dans (VIII, p. 186, cor. et p. 391, cor. 1).
Étant donnée une représentation linéaire de dimension finie de G, sa contragrédiente est également de dimension finie. Les représentations et sont isomorphes. Si est également une représentation linéaire de dimension finie de G, les représentations et sont isomorphes. Si
est une suite exacte de K[G]-modules de dimension finie sur K alors les représentations contragrédientes fournissent une suite exacte de K[G]-modules
(II, p. 102, cor. du th. 5). En raison de la propriété universelle des groupes de Grothendieck (VIII, p. 182, prop. 4), il existe un automorphisme de l’anneau caractérisé par pour toute représentation linéaire de G de dimension finie ; on a pour tout élément de .
Soit H un sous-groupe de G. La restriction préserve les suites exactes. D’après la propriété universelle des groupes de Grothendieck (VIII, p. 182, prop. 4), il existe donc un homomorphisme de groupes, noté Res, de dans caractérisé par les relations
(6) Res [Res
pour toute représentation linéaire de G de dimension finie ; c’est un homomorphisme d’anneaux. Si H est d’indice fini dans G, par la prop. 14 de II, p. 108, on définit de manière analogue un homomorphisme de groupes Ind de dans caractérisé par les relations
(7) Ind [Ind
pour toute représentation linéaire de H de dimension finie.
D’après les relations (1) de VIII, p. 388 et (3) de VIII, p. 389 et la propriété universelle déjà citée des groupes de Grothendieck, il existe un homomorphisme d’anneaux de dans l’algèbre des fonctions centrales sur G, caractérisé par pour toute représentation de dimension finie de G.
Si H est un sous-groupe de G, les homomorphismes et relatifs aux groupes G et H sont compatibles avec les opérations et (VIII, p. 392 et VIII, p. 394, prop. 3).
Supposons que G soit le produit de deux groupes. D’après VIII, p. 209, remarque 2, Il existe une application -linéaire de dans le groupe caractérisée par les relations pour (resp. ) une représentation de (resp. ) de dimension finie, désignant leur produit tensoriel externe (VIII, p. 390, exemple 5). C’est un homomorphisme d’anneaux. Si le corps K est algébriquement clos, l’application est un isomorphisme (VIII, p. 209, remarque 2).
Supposons que G soit le produit de deux groupes. Notons l’homomorphisme de sur qui transforme en la fonction . On a un diagramme commutatif
5. Formule d’inversion de Fourier
On suppose pour le reste de ce paragraphe que le groupe G est fini, que K est un corps algébriquement clos, dont la caractéristique ne divise pas l’ordre de G, de sorte que l’élément de K n’est pas nul.
L’algèbre est semi-simple (théorème de Maschke) et de dimension finie. Notons l’ensemble des classes de -modules simples. Pour tout , choisissons une représentation linéaire de G dont le -module associé ait pour classe . L’ensemble est fini et les espaces vectoriels sont de dimension finie (VIII, p. 137, exemple). Pour tout , notons le degré de la représentation , c’est-à-dire la dimension du K-espace vectoriel , et son caractère.
Notons l’algèbre produit et l’application de dans définie par . Comme le corps K est algébriquement clos, l’application est un isomorphisme d’algèbres (loc. cit.).
Pour tout , la dimension de l’algèbre End est ; celle de l’algèbre K[G] est Card(G) ; on a donc la relation
(8) Card(G) .
Notons la trace dans l’algèbre K[G] ; par définition, la trace d’un élément de K[G] est la trace de l’endomorphisme de K[G] (III, p. 110). Soit un élément de K[G] ; d’après la formule (2), on a pour tout , d’où la relation
Notons la trace dans l’algèbre . Soit un élément de ; on a (cf. III, p. 111, exemple 3)
(10) Tr(A).
Comme l’application est un isomorphisme de K-algèbres, on a , d’où
Tr() Tr
pour tout , c’est-à-dire
(11) Tr.
D’après (2), pour , on a donc
si est l’élément neutre
0 sinon.
Pour , la relation (9) prend la forme suivante :
(13) Tr();
il en résulte que, pour tout élément de , on a
(14) Tr(A).
(« Formule d’inversion de Fourier »).
Pour , notons End End l’application telle que où si et . Par la formule (14),
(15) Tr().
Le centre de l’algèbre End se compose des familles , où est une famille d’éléments de K. C’est l’image par du centre de l’algèbre K[G]. Celui-ci possède donc une base caractérisée par la condition
pour , où désigne le symbole de Kronecker. D’après la formule (15), on a, pour tout ,
Ces éléments satisfont aux relations
(18) , et
pour tous tels que ; ce sont les idempotents indécomposables de Z(K[G]) (VIII, p. 143, prop. 15)
Remarque 00NR
Soit une représentation linéaire de G. D’après le théorème de Maschke, le K[G]-module V est semi-simple. Pour tout , notons le composant isotypique de type du K[G]-module V ; on a . D’après la prop. 15 de VIII, p. 143 et la formule (17), le projecteur de V d’image associé à cette décomposition de V est égal à
En appliquant cette formule à , on obtient que l’élément de K n’est pas nul. Nous verrons plus loin (VIII, p. 410, cor. 2) que divise le cardinal de G.
Soit un élément de . L’application de K[G] dans End induit un isomorphisme de bimodules de sur End. Par la prop. 15 de VIII, p. 143, le sous-K[G]-module est le composant isotypique de type de K[G]. C’est aussi le composant isotypique de type pour le représentation régulière droite de G (VIII, p. 139, prop. 11) ainsi que le composant isotypique de type pour la représentation birégulière (VIII, p. 373, prop. 4).
6. Relations d’orthogonalité de Schur
Conservons les notations du numéro précédent. Soient un élément de et des éléments de End; d’après la formule (10), on a
Tr().
Comme , on déduit des formules (2) et (15) la relation
Tr() Tr() Tr().
On a remarqué plus haut que dans le corps K ; on en déduit
(20) Tr() Tr() Tr().
Spécialisons cette relation au cas où et sont de rang ; on obtient
pour dans et dans le dual de .
Pour tout , soit une base de ; notons la matrice de l’endomorphisme de par rapport à cette base. Si l’on note la base de duale de , on a , d’où
Soient maintenant et deux éléments distincts de et soient End et End. À nouveau d’après la relation (15), on a
(23) Tr() Tr() .
On en déduit comme plus haut
pour et ; on a aussi
pour dans et dans .
Les relations (20) à (25) sont connues sous le nom de relations d’orthogonalité de Schur.
Remarque 00NS
Identifions l’algèbre End à l’algèbre de matrices au moyen de la base de . L’application est un isomorphisme de l’algèbre sur l’algèbre K[G]. Pour , notons l’élément de dont la composante d’indice est l’unité matricielle de (II, p. 142) et dont les autres composantes sont nulles ; posons . La famille des éléments , pour , est une base de l’algèbre K[G] ; la table de multiplication est
De plus, d’après la formule (15), on a
7. Relation d’orthogonalité des caractères
Conservons les notations des numéros 5 et 6. Rappelons que Z(K[G]) est formé des fonctions centrales.
On définit une application bilinéaire symétrique de dans K par la formule
pour tous et appartenant à K[G]. On a .
Proposition 4 (Relation d’orthogonalité des caractères) 00SG
Pour et dans , on a .
C’est le cas particulier des relations (20) et (23), où les endomorphismes et sont pris égaux à l’identité.
Corollaire 00NT
Soient et des représentations linéaires de dimension finie de G. On a, dans le corps K,
(29) (dim Hom).
Supposons d’abord que et soient des représentations simples. L’espace vectoriel Hom est de dimension 1 ou 0 suivant que et sont isomorphes ou non (lemme de Schur, VIII, p. 43, prop. 2). La formule (29) résulte dans ce cas de la proposition 4.
Dans le cas général, la représentation (resp. ) est somme directe de représentations simples (resp. ). L’espace Hom est isomorphe à la somme directe des espaces Hom, pour , et l’on a
Par linéarité, la démonstration de la formule (29) est ramenée au cas des représentations simples.
8. Fonctions centrales sur un groupe fini
Proposition 5 00NU
La famille est une base de l’espace vectoriel des fonctions centrales. Le nombre de classes de représentations linéaires simples de G est égal au nombre de classes de conjugaison de G.
Pour , notons ; l’application est un antiautomorphisme involutif de l’algèbre K[G]. D’après la formule (17), on a pour tout . La proposition résulte alors de ce que la famille est une base du centre de K[G].
Notons l’ensemble des classes de conjugaison de G. Soit C un élément de ; l’image de C par l’application est une classe de conjugaison. Les centralisateurs des éléments de C sont des sous-groupes de G conjugués entre eux ; leur cardinal satisfait à
(30) Card(G) = Card(C) .
En particulier, on a dans le corps K.
Soit une fonction centrale sur G. Pour toute classe de conjugaison C, notons la valeur commune des pour . Avec cette notation, la relation d’orthogonalité des caractères (VIII, p. 400, prop. 4) s’écrit
pour et dans .
Notons A la matrice de type d’éléments et B la matrice de type , d’éléments . Les ensembles et ont le même cardinal (prop. 5) ; la relation (31) exprime que la matrice produit AB est la matrice unité de type . D’après la prop. 11 de II, p. 159, la matrice produit BA est la matrice unité de type ; autrement dit, on a la relation
pour C et dans (appelée parfois « seconde relation d’orthogonalité des caractères »).
Soit H un sous-groupe de G. Remarquons que l’entier Card(H) divise Card(G) et que n’est pas nul dans K ; on a donc dans K.
Notons Res l’application linéaire de Z(K[G]) dans Z(K[H]) qui associe à une fonction centrale sur G sa restriction à H. Si est le caractère d’une représentation de dimension finie de G, on a vu que Res est le caractère de la représentation Res de H.
Proposition 6 00NV
Soient une fonction centrale sur G et une fonction centrale sur H. On a
(33) Ind, Res.
Les caractères des représentations simples de G forment une base de Z(K[G]) (VIII, p. 401, prop. 5) et il en est de même pour H. Il suffit donc d’établir (33) dans le cas où est le caractère d’une représentation simple de G et le caractère d’une représentation simple de H. Dans ce cas, Ind est le caractère de la représentation Ind de G et, d’après VIII, p. 400, corollaire, on a
Ind (dim Hom(Ind )).
On établit de même la relation
, Res (dim Hom, Res))
et l’égalité (33) résulte de la réciprocité de Frobenius.
Proposition 7 00NW
Soit une application de G dans K. Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe un élément de et un élément de K tels que ;
(ii) Pour tout couple d’éléments de G, on a
Soit un élément de ; pour tout endomorphisme de , posons
L’endomorphisme de est K[G]-linéaire ; d’après le lemme de Schur (VIII, p. 43, th. 1) est une homothétie ; comme et ont la même trace, on a donc
Tr() .
Soient et des endomorphismes de ; on en déduit
(36) Tr() Tr() Tr() Tr().
Prenons dans la formule (36) ; la relation (34) pour en résulte.
Inversement, supposons la condition (ii) satisfaite. Si l’on a , on en déduit pour tout couple d’éléments de G, d’où . On peut donc supposer . Prenons dans (34), on obtient la relation
pour tout , ce qui entraîne que est une fonction centrale. D’après la proposition 5, il existe une famille d’éléments de K telle que . Remplaçons par cette expression dans la formule (34) ; tenant compte de ce que chacun des caractères satisfait aussi à cette relation, on trouve
pour . La relation précédente s’écrit également
pour . Or les fonctions , pour , sont linéairement indépendantes (prop. 5 de VIII, p. 401) ; on en déduit que
pour . En particulier, dès que . Par suite, il existe au plus un élément de tel que et l’on a , d’où (i).
9. Cas des groupes commutatifs
Dans ce numéro, on suppose que le groupe G est commutatif.
D’après le lemme de Schur (VIII, p. 44, cor. 1), toute représentation simple de G est de dimension 1. Soient une telle représentation et son caractère ; pour tout et tout , on a . Par suite, le caractère est un homomorphisme de G dans le groupe multiplicatif de K. Inversement, tout homomorphisme de G dans est le caractère d’une représentation de degré 1 de G. Ainsi l’ensemble des classes de K[G]-modules simples s’identifie à l’ensemble Hom(G) des homomorphismes de G dans . On en déduit une structure de groupe commutatif sur ; le produit dans correspond au produit tensoriel des représentations. Les groupes G et ont même cardinal d’après la prop. 5 de VIII, p. 401. Toute fonction sur G est centrale et est une base de l’espace vectoriel des applications de G dans K (loc. cit.). En vertu de la relation d’orthogonalité des caractères, une telle application se décompose sur la base de la manière suivante :
Pour des applications et de G dans K, on a la relation
Soit une représentation linéaire de G. Pour tout , notons le sous-espace de V formé des vecteurs tels que pour tout ; l’espace est le composant isotypique de type du K[G]-module V. L’espace V est somme directe de la famille et le projecteur de V d’image associé à cette décomposition est donné par
en vertu de la relation (19).
Remarque 00NX
Soit le cardinal du groupe G et soit le groupe des racines -èmes de l’unité dans K. Pour tout , on a ; par suite, s’identifie au groupe Hom(G). Le groupe est cyclique d’ordre (V, p. 75, th. 1). Le groupe est donc isomorphe au groupe D(G) = Hom(G). D’après VII, p. 25, prop. 10, le groupe est isomorphe au groupe G et l’application qui, à tout élément de G, associe l’homomorphisme de dans est un isomorphisme de G sur .
10. Caractères et groupes de Grothendieck
Notons l’homomorphisme de K-algèbres de dans qui transforme en pour toute représentation de dimension finie.
Proposition 8 00NY
a) L’homomorphisme est un isomorphisme de sur .
b) Supposons K de caractéristique 0. Alors définit un isomorphisme de sur le sous-anneau de formé des combinaisons linéaires à coefficients entiers des caractères , pour parcourant .
La famille est une base du -module et la famille est une base du K-espace vectoriel . Les assertions a) et b) en résultent (VIII, p. 401, prop. 5).
11. Dimension des représentations simples
Notons le cardinal du groupe G. Soit une représentation linéaire de G dans un K-espace vectoriel M de dimension finie. Pour tout , on a , donc le polynôme minimal de divise . Comme dans K, ce polynôme minimal est séparable (V, p. 75), et comme le corps K est algébriquement clos, l’endomorphisme de M est diagonalisable (VII, p. 39, prop. 12). Les valeurs propres de sont des racines -èmes de l’unité et, pour tout , la multiplicité géométrique de comme valeur propre de (VII, p. 29, déf. 1) est égale à la multiplicité de comme racine du polynôme caractéristique de . Notons le sous-groupe de K engendré par l’ensemble des racines -èmes de l’unité ; c’est un -module de type fini et un sous-anneau de K. Le caractère de prend ses valeurs dans .
Proposition 9 00NZ
Supposons le corps K de caractéristique nulle. Alors le degré de toute représentation simple de G divise le cardinal de G.
Soient une représentation simple de G et son caractère. Pour tout élément de Z(K[G]), l’endomorphisme de V est une homothétie (VIII, p. 43, th. 1) ; notons le scalaire tel que . L’application de Z(K[G]) dans K ainsi définie est un homomorphisme d’algèbres. Prenons ; d’après la remarque de VIII, p. 398, on a (dim ). D’autre part appartient au sous-anneau de K[G], qui est un -module de type fini (VII, p. 15, cor.). Ainsi l’élément (dim ) de K appartient à un sous-anneau de K qui est un -module de type fini. On conclut à l’aide du lemme suivant :
Lemme 00O0
Soit L une extension de . Soit A un sous-anneau de L. On suppose que A est un -module de type fini. On a .
Comme le -module est de type fini, il existe un entier N strictement positif tel que soit contenu dans . Soit un élément de ; écrivons , où et sont des entiers premiers entre eux et . On a (E, III, p. 30, th. 2), les entiers et sont premiers entre eux et par suite . Par conséquent n’appartient pas à A, d’où le lemme.
Nous étendrons au numéro suivant la proposition 9 au cas où l’on suppose seulement que la caractéristique de K ne divise pas l’ordre de G.
12. Changement de corps de base
Conservons les notations du numéro précédent. Soit un corps algébriquement clos tel que l’élément de ne soit pas nul. Les groupes et sont cycliques d’ordre (V, p. 75, th. 1). Choisissons un isomorphisme de sur . Soit une représentation linéaire de G dans un K-espace vectoriel de dimension finie et soit une représentation linéaire de G dans un -espace vectoriel de dimension finie. On dira que et sont apparentées (par ) si pour tout et tout (K), la multiplicité de comme valeur propre de est égale à la multiplicité de comme valeur propre de . S’il en est ainsi, et ont même dimension, comme on le voit en prenant .
Soient et (resp. et ) des représentations linéaires de G dans des espaces vectoriels de dimension finie sur K (resp. ). On a les propriétés suivantes :
a) Si est apparentée à et , alors et sont isomorphes ;
b) Si est apparentée à , et à , alors est apparentée à , et est apparentée à .
L’assertion a) résulte du cor. 5 de VIII, p. 392 et l’assertion b) est claire.
On note ici l’ensemble des classes de K[G]-modules simples, noté précédemment et on définit de manière analogue. Les ensembles et sont tous deux finis, de cardinal le nombre de clases de conjugaison (VIII, p. 401, prop. 5).
Proposition 10 00O1
Il existe une unique application de dans telle que et soient apparentées par pour tout dans . De plus, est bijective.
L’unicité de résulte de la propriété a) ci-dessus.
A) Supposons le corps K de caractéristique 0.
Le groupe est cyclique (V, p. 75, th. 1) ; choisissons un générateur de ce groupe. Considérons l’homomorphisme d’anneaux qui applique X sur . Il est surjectif. Le polynôme cyclotomique est irréductible dans (V, p. 80, th. 2) ; c’est donc le polynôme minimal de sur . Le polynôme est un polynôme unitaire à coefficients entiers (V, p. 78). Soit un polynôme tel que ; d’après la division euclidienne des polynômes (IV, p. 10), il existe deux polynômes Q et R de tels que P = QΦ et deg(R) deg(Φ). On a , donc R = 0 puisque est le polynôme minimal de . Par conséquent, le noyau de est l’idéal de et induit un isomorphisme d’anneaux de sur .
Posons ; c’est une racine primitive -ème de l’unité dans , et l’on a donc (V, p. 80, lemme 3). Par suite, il existe un homomorphisme de l’anneau dans le corps qui transforme en ; il prolonge l’application de dans . Soit le sous-anneau de K formé des éléments avec et . Comme est inversible dans , l’homomorphisme se prolonge en un homomorphisme de dans .
Identifions l’algèbre du groupe G sur à un sous-anneau de l’algèbre K[G], et définissons un homomorphisme d’anneaux Φ de dans par la formule
Notons l’ensemble des classes de conjugaison de G. Pour C dans , notons l’élément de ; la famille est une base sur du centre de l’algèbre (VIII, p. 388). Pour tout élément de (G), notons son caractère, sa dimension et l’élément de K[G] défini par
La famille est une base sur K du centre Z(K[G]) de l’anneau K[G] (VIII, p. 398). On a
avec
Pour et (G), posons . La matrice a ses éléments dans et il résulte de la formule (31) de VIII, p. 401 que sa matrice inverse est la matrice , qui a aussi ses éléments dans en vertu de la prop. 9 de VIII, p. 405. Par conséquent, la famille est une base du -module .
Les éléments de forment une base sur du centre de l’anneau . On a
et la matrice d’éléments est inversible. La famille des est donc une base de . La famille est une partition de l’idempotent 1 dans Z(K[G]) (VIII, p. 141 et p. 398) ; autrement dit, on a
si .
Il en résulte que la famille des est une partition de l’idempotent 1 dans ; comme cette famille est une base de sur , ses éléments sont les idempotents indécomposables de (VIII, p. 143, remarque 4).
Pour dans (G), définissons comme ci-dessus et . D’après VIII, p. 398, les éléments sont les idempotents indécomposables de . Il existe donc une bijection de sur telle que pour tout dans .
Soit dans ; posons . Soit (resp. ) une représentation linéaire de G dont le K[G]-module (resp. [G]-module) associé soit de classe (resp. ). Démontrons que et sont apparentées. Soit un élément de G. Soit le déterminant de l’endomorphisme du K[T]-module . Soient les valeurs propres de ; on a
On définit de même et on note les valeurs propres de . Le -module est libre de base G et le K-espace vectoriel K[G] a pour base G. Notons Δ(T) le déterminant de la multiplication par dans le [T]-module . C’est aussi le déterminant de la multiplication par dans le K[T]-module . Soit l’homomorphisme de dans qui prolonge et applique T sur T. Comme G est une base du -espace vectoriel , le polynôme est égal au déterminant de la multiplication par dans le -espace vectoriel .
L’algèbre K[G] est somme directe de ses composants simples pour parcourant . Pour distinct de , l’élément annule ; de plus, la multiplication par coïncide avec la multiplication par dans . Compte tenu de VIII, p. 398 et de l’exemple 6 de VIII, p. 390, la représentation de G dans est somme directe de représentations de classe . On a par suite .
De manière analogue, on a .
De la relation (Δ(T)), on déduit d’abord que , d’où puis le fait que la suite se déduit de la suite par une permutation de l’ensemble des indices.
Ceci étant prouvé pour tout élément de G, les représentations et sont apparentées. On a donc prouvé la proposition 10 lorsque le corps K est de caractéristique 0.
B) Cas général.
Soit L un corps algébriquement clos de caractéristique 0 (par exemple, une clôture algébrique de ). Notons l’ensemble des classes de L[G]-modules simples. Choisissons un isomorphisme du groupe sur le groupe et posons . D’après la partie A) de la démonstration, il existe des bijections
possédant la propriété suivante : pour tout dans (G), les représentations et sont apparentées par , et les représentations et sont apparentées par . La bijection convient.
La bijection de sur se prolonge en un isomorphisme, encore noté , du groupe de Grothendieck sur le groupe .
Remarque 1 00O2
Supposons que soit une extension de K et que l’isomorphisme soit l’application , alors l’application est donnée par l’extension des scalaires de K à .
Corollaire 1 00O3
L’application est un isomorphisme d’anneaux de sur . Pour toute représentation de dimension finie de dans un -espace vectoriel, on a , où est une représentation apparentée à par .
Cela résulte de la semi-simplicité des représentations de et de la propriété b) de VIII, p. 406.
Corollaire 2 00O4
La dimension de toute représentation simple de divise l’ordre de .
Cela résulte de la prop. 10 et de la prop. 9 de VIII, p. 405.
Remarque 2 00O5
Supposons le groupe commutatif. On a vu dans la remarque de VIII, p. 404 que s’identifie à l’ensemble . De manière analogue, s’identifie à . Avec ces identifications, la bijection n’est autre que l’application .
Remarque 3 00O6
Soient et des représentations linéaires de dans des espaces vectoriels de dimension finie sur . Pour , soit une représentation apparentée à par . On a
Cela se démontre comme dans le corollaire de VIII, p. 400 par réduction au cas où les (et donc les ) sont simples.
Remarque 4 00O7
Soit un sous-groupe de de cardinal . L’isomorphisme induit par passage aux sous-ensembles un isomorphisme de sur et, par conséquent, un isomorphisme d’anneaux de sur Les diagrammes suivants sont commutatifs :
La commutativité du premier diagramme est évidente et celle du deuxième s’en déduit à l’aide de la réciprocité de Frobenius et de la formule (47).
Remarque 5 00O8
Supposons que soit le produit de deux groupes finis. On définit, comme dans l’exemple précédent des isomorphismes et . On a alors un diagramme commutatif
où les isomorphismes et sont ceux définis en VIII, p. 396.
\*13. Représentations linéaires complexes
Dans ce numéro, on suppose que est le corps des nombres complexes.
Soit une représentation linéaire de . On dit qu’une forme hermitienne sur est invariante par si l’on a
pour tous et tout . Cela signifie aussi que pour tout l’automorphisme de est unitaire par rapport à .
Proposition 11 00O9
Soit une représentation linéaire de , de dimension finie. a) Il existe sur une forme hermitienne, positive, séparante et invariante par . b) Supposons la représentation simple; si et sont des formes hermitiennes non nulles sur , invariantes par , il existe un nombre réel tel que .
Sur l’espace vectoriel , choisissons une forme hermitienne, positive et séparante, notée . On définit une forme hermitienne , positive, séparante et invariante par en posant
pour .
Soit une forme hermitienne sur ; il existe un unique endomorphisme de tel que pour dans . Si, de plus, est invariante par , l’endomorphisme commute aux automorphismes pour . Si la représentation est simple, d’après le lemme de Schur (VIII, p. 43, th. 1), est une homothétie et il existe donc un nombre complexe tel que . Comme Φ et Ψ sont hermitiennes et Φ non nulle, est un nombre réel, d’où la proposition.
On munit l’espace vectoriel des fonctions complexes sur G de la structure d’espace hilbertien dont le produit scalaire est donné par
Pour toute fonction , on note la fonction définie par
pour ; on a . On a aussi
pour , avec les notations de la formule (28) de VIII, p. 400. On a donc
Soit une représentation linéaire de G, de dimension finie. Munissons l’espace vectoriel M d’une structure d’espace hilbertien pour laquelle les endomorphismes sont unitaires (prop. 11). Si l’on note l’adjoint d’un endomorphisme A de M pour cette structure, on a Tr() Tr(A). Pour tout , on a d’où ; autrement dit, on a . La relation d’orthogonalité des caractères (VIII, p. 400, prop. 4) prend alors la forme
pour ; elle exprime que la famille des caractères des représentations simples de G est une base orthonormale de l’espace hilbertien des fonctions centrales.
Soient et des représentations linéaires de G, de dimension finie. On a la relation dim Hom (VIII, p. 400, cor.). La représentation est irréductible si et seulement si .
Pour tout élément de , munissons l’espace vectoriel d’une structure d’espace hilbertien pour laquelle les automorphismes soient unitaires, et notons le produit scalaire de deux éléments de et l’adjoint d’un endomorphisme de . Soient et des éléments de . Notons . On a pour tout élément de . Posons
D’après la formule (10) de VIII, p. 397, on a
(56) Tr(A).
G
Comme les formules (53) et (55) entraînent que l’application est un isomorphisme d’espaces hilbertiens de sur .
Les relations d’orthogonalité de Schur (VIII, p. 399) peuvent être reformulées à l’aide des produits scalaires hilbertiens. Ainsi, les relations (21) et (24) donnent les assertions suivantes. Pour et pour dans , on a
Si et sont deux éléments distincts de , pour dans et dans , on a
Pour tout , choisissons une base orthonormale de . Pour tout , notons la matrice de l’endomorphisme de par rapport à cette base ; on a
Comme l’endomorphisme est unitaire, son inverse est égal à , d’où (60) .
Il résulte alors des formules (22) de VIII, p. 399 et (25) p. 399, que les fonctions , pour , forment une base orthonormale de l’espace hilbertien
Exercices
See the exercises for § 21.
[^1]: Les éléments de Hom sont parfois appelés opérateurs d’entrelacement de et .