Bourbaki

§ 21. Représentations linéaires des groupes finis

Dans tout ce paragraphe, on désigne par G un groupe et par K un anneau commutatif. Si G est un groupe fini, on note ∣G∣|G| l’élément Card(G).1.1de K. A partir du no5^o5, on suppose que le groupe G est fini, que le corps K est algébriquement clos et que ∣G∣|G| n’est pas nul.

1. Représentations linéaires

Définition 1 00NC

Soit M un K-module. On appelle représentation linéaire de G dans M tout homomorphisme de groupes de G dans le groupe linéaire GL(M)\mathbf{G}\mathbf{L}(M) (II, p. 5).

Soit π\pi une représentation linéaire de G dans un K-module M. On dit aussi que le couple (M,π)(M, \pi ) est une représentation linéaire de G. Lorsque K est non nul et que M est un K-module libre, la dimension de M est appelée le degré (ou la dimension) de la représentation π\pi.

Rappelons que l’application canonique g→egg\rightarrow e_g de G dans l’algèbre K[G] du groupe G est une base du K-module K[G]. Par abus, on note également gg l’élément ege_g de K[G]. Étant donnée une représentation linéaire π:G→GL(M)\pi : G\rightarrow \mathbf{G}\mathbf{L}(M) de G, il existe un unique homomorphisme de K-algèbres de K[G] dans EndK(M)_K(M) qui prolonge π\pi (III, p. 20, exemple) ; on note encore π\pi ce prolongement. C’est une représentation de l’algèbre K[G] dans M (VIII, p. 365, déf. 1), de sorte que M est un K[G]-module. Inversement, toute représentation linéaire ρ\rho de l’algèbre K[G] dans M définit une représentation linéaire de G dans M donnée par g→ρ(g)g\rightarrow \rho (g).

On utilisera librement pour les représentations linéaires du groupe G la terminologie se rapportant à la structure de K[G]-module. C’est ainsi qu’on parlera de sous-représentation, de représentation simple, de somme directe de représentations, etc. Soient (M,π)(M, \pi ) et (M′,π′)(M', \pi ') des représentations linéaires de G ; on note HomG(π,π′)_G(\pi , \pi ') le K-module HomK[G](M,M′)_{K[G]}(M,M') des homomorphismes de K[G]-modules de M dans M′M'.[^1]

Une application ff de G dans K est appelée fonction centrale si l’on a f(gg′)=f(gg') = f(g′g)f(g'g) pour tout couple d’éléments g,g′g, g' de G ; il revient au même de dire que l’on a f(ghg−1)=f(h)f(ghg^{-1}) =f(h) pour tout couple d’éléments g,hg, h de G. Les fonctions centrales sont donc les fonctions sur G dont la restriction à chaque classe de conjugaison est constante. Elles forment un sous-module de l’espace des applications de G dans K, noté ZK(G)\mathscr{Z}_K(G). Lorsque G est fini, la K-algèbre ZK(G)\mathscr{Z}_K(G) est un K-module libre de dimension le nombre des classes de conjugaison de G. Le centre Z(K[G]) de l’algèbre K[G] est formé des éléments a=∑agga=\sum a_gg de K[G] tels que hah−1=ahah^{-1}=a pour tout h∈Gh\in G. Or on a

hah−1=∑g∈Gah−1ghg hah^{-1}=\sum_{g\in G}a_{h^{-1}gh}g

par suite, lorsque G est fini, le centre Z(K[G]) de l’algèbre K[G] se compose des fonctions centrales.

Soit (M,π)(M, \pi ) une représentation linéaire de G. Supposons que M soit un K-module libre de dimension finie. On appelle trace de π\pi la trace de la représentation de K[G] associée à π\pi, c’est-à-dire (VIII, p. 374) la forme linéaire a→a\rightarrow Tr(π(a)\pi (a)) sur K[G]. Cette forme linéaire est déterminée par l’application g→g\rightarrow Tr(π(g)\pi (g)) de G dans K, qu’on appelle caractère de la représentation π\pi et qu’on note χπ\chi_{\pi}. Le caractère d’une représentation est une fonction centrale (II, p. 78, prop. 3).

Soient M et M′M' des K-modules libres de dimension finie. Soient π\pi et π′\pi ' des représentations linéaires de G dans M et M′M' respectivement. Alors M⊕M′M\oplus M' est un K-module libre de dimension finie et, par la prop. 1 de III, p. 109, on a

χπ⊕π′=χπ+χπ′ \chi_{\pi\oplus\pi'}=\chi_{\pi}+\chi_{\pi'}

Plus généralement, soit

0⟶M′⟶M⟶M′′⟶0 0\longrightarrow M'\longrightarrow M\longrightarrow M''\longrightarrow 0

une suite exacte de K[G] modules et soient π,π′\pi ,\pi ' et π′′\pi '' les représentations linéaires de G associées à M,M′M, M' et M′′M'' respectivement. On suppose que les K-modules M′M' et M′′M'' sont libres de dimension finie. Il en est alors de même de M (II, p. 27, prop. 21) et l’on a

χπ=χπ′+χπ′′(1) \chi_{\pi}=\chi_{\pi'}+\chi_{\pi''} \tag{1}

Proposition 1 00ND

On suppose que K est un corps commutatif. Soient π\pi et π′\pi ' des représentations K-linéaires semi-simples de dimension finie de G.

a) Si les polynômes caractéristiques de π(g)\pi (g)et de π′(g)\pi '(g)sont les mêmes pour tout g∈Gg\in G, alors les représentations π\pi et π′\pi ' sont isomorphes.

b) On suppose en outre que K est de caractéristique 0. Si les caractères χπ\chi_{\pi} et χπ′\chi_{\pi'} sont égaux, alors les représentations π\pi et π′\pi ' sont isomorphes.

L’assertion a) résulte du cor. 1 de VIII, p. 378 ; l’assertion b) découle du corollaire de VIII, p. 376, a).

Exemple 1 00NE

La représentation unité de G est la représentation (K,ε)(K, \varepsilon ) où ε(g)=\varepsilon (g) = IdK_K pour tout g∈Gg\in G. Son caractère est la fonction constante de valeur 1.

Exemple 2 00NF

La représentation régulière (gauche) de G est la représentation γ\boldsymbol{\gamma } de G dans K[G] définie par γ(g)(x)=gx\boldsymbol{\gamma }(g)(x) =gx pour g∈Gg\in G et x∈K[G]x\in K[G]. Elle correspond à la représentation régulière gauche de l’algèbre K[G] (VIII, p. 367). Supposons le groupe G fini. La représentation régulière est donc de degré fini. Pour tout élément gg de G distinct de l’élément neutre, la matrice de la multiplication à gauche par gg dans K[G], par rapport à la base canonique, est la matrice d’une permutation sans point fixe. On a donc

∣G∣|G| si gg est l’élément neutre,

χγ(g)=(2) \chi_{\boldsymbol{\gamma }}(g) = \tag{2}

0 sinon.

On définit de façon similaire la représentation régulière droite de G. La représentation birégulière de G est la représentation ρ\rho de G×GG\times G dans K[G] définie par ρ(g,g′)(x)=gxg′−1\rho (g, g')(x) =gxg^{'-1} pour tout (g,g′)∈G×G(g, g')\in G\times G et tout x∈K[G]x\in K[G].

Exemple 3 00NG

Étant donnée une représentation linéaire (M,π)(M, \pi ) de G, la représentation contragrédiente ou duale π∨\pi^{\vee} de π\pi est la représentation de G dans le K-module dual de M définie par la relation π∨(g)=tπ(g−1)\pi^{\vee}(g) =^t\pi (g^{-1}) pour tout g∈G(g\in G (cf. II, p. 42). Si M est un K-module libre de dimension finie, il en est de même de son dual et on a χπ∨(g)=χπ(g−1)\chi_{\pi^{\vee}}(g) =\chi_{\pi}(g^{-1}) pour tout g∈Gg\in G.

Exemple 4 00NH

Soient (M,π)(M, \pi ) et (M′,π′)(M', \pi ') des représentations linéaires de G. On a défini dans l’exemple 1 de VIII, p. 193 une structure de K[G]-module sur M⊗KM′M\otimes_KM'. La représentation linéaire correspondante est appelée produit tensoriel de π\pi et π′\pi ' et notée π⊗π′\pi \otimes \pi '. Pour g∈G,x∈Mg\in G,x\in M et x′∈M′x'\in M', on a ((π⊗π′)(g))(x⊗x′)=π(g)x⊗π′(g)x′((\pi \otimes \pi ')(g))(x\otimes x') =\pi (g)x\otimes \pi '(g)x'.

Si M et M′M' sont des K-modules libres de dimension finie, on a, d’après la prop. 2 de III, p. 109,

χπ⊗π′=χπχπ′(3) \chi_{\pi\otimes\pi'}=\chi_{\pi}\chi_{\pi'} \tag{3}

Exemple 5 00NI

Supposons que G soit le produit G′×G′′G'\times G'' de deux groupes. L’application K-linéaire de K[G′]⊗KK[G′′]K[G']\otimes_KK[G''] dans K[G] qui envoie g′⊗g′′g'\otimes g'' sur (g′,g′′)(g', g'') pour g′∈G′g'\in G' et g′′∈G′′g''\in G'' est un isomorphisme d’algèbres. Soient (M′,π′)(M', \pi ') une représentation linéaire de G′G', et (M′′,π′′)(M'', \pi '') une représentation linéaire de G′′G''. On appelle produit tensoriel externe de π′\pi ' et π′′\pi '', et on note π⊠′π′′\pi '_{\boxtimes}\pi '', la représentation de G′×G′′G'\times G'' dans l’espace vectoriel M′⊗M′′M'\otimes M'' définie par (π⊠′π′′)(g′,g′′)=π′(g′)⊗π′′(g′′)(\pi '_{\boxtimes}\pi '')(g', g'') =\pi '(g')\otimes \pi ''(g'') pour (g′,g′′)∈G′×G′′(g', g'')\in G'\times G''. Si M′M' et M′′M'' sont des K-modules libres de dimension finie, alors M′⊗KM′′M'\otimes_KM'' est un K-module libre de dimension finie et le caractère de la représentation π⊠′π′′\pi '_{\boxtimes}\pi '' est donné par la formule

χπ⊠′π′′(g′,g′′)=χπ′(g′)χπ′′(g′′) \chi_{\pi'_{\boxtimes}\pi''}(g', g'') =\chi_{\pi'}(g')\chi_{\pi''}(g'')

pour g′∈G′g'\in G' et g′′∈G′′g''\in G'' (prop. 2 de III, p. 109).

Exemple 6 00NJ

Soit (V,π)(V, \pi ) une représentation linéaire de G, tel que V soit un K-module libre de dimension finie. On définit une représentation ρ\rho de G×GG\times G dans EndK(V)_K(V) par la formule

ρ(g,g′)(u)=π(g′)∘u∘π(g−1) \rho (g, g')(u) =\pi (g')\circ u\circ \pi (g^{-1})

L’isomorphisme de K-modules θV:V∗⊗KV→\theta_V: V^*\otimes_KV\rightarrow EndK(V)_K(V) de II, p. 77, est un isomorphime de représentations du produit tensoriel externe π∨×π\pi^{\vee}\times \pi sur ρ\rho. L’application g→ρ(1,g)g\rightarrow \rho (1, g) (resp. g→ρ(g,1)g\rightarrow \rho (g,1)) est une représentation de G isomorphe à πdimKV\pi^{dim_KV} (resp. (π∨)dimKV(\pi^{\vee})^{dim_KV}).

Soit L une K-algèbre commutative et soit (M,π)(M, \pi ) une représentation linéaire du groupe G. L’homomorphisme de groupes π(L):G→GL(M(L))\pi_{(L)}: G\rightarrow \mathbf{G}\mathbf{L}(M_{(L)}) défini par g→g\rightarrow IdL⊗π(g)_L\otimes \pi (g) est une représentation linéaire de G dans le L-module M(L)M_{(L)}, appelée la représentation linéaire de G déduite de la représentation π\pi par extension à L de l’anneau K des scalaires.

Supposons que K soit un corps et que L soit une K algèbre commutative non nulle. Soient (M,π)(M, \pi ) et (M′,π′)(M', \pi ') des représentations linéaires de G. Les représentations π\pi et π′\pi ' sont isomorphes si et seulement si π(L)\pi_{(L)} et π(L)′\pi '_{(L)} le sont (VIII, p. 34, th. 3).

On suppose en outre que l’algèbre L est une extension de K. Considérons les anneaux RK(G)R_K(G) et RL(G)R_L(G) définis dans l’exemple 1 de VIII, p. 193. L’extension des scalaires définit un homomorphisme d’anneaux

u:RK(G)⟶RL(G) u: R_K(G)\longrightarrow R_L(G)

Cet homomorphisme est injectif et un élément ξ∈RK(G)\xi \in R_K(G) est effectif si et seulement si u(ξ)u(\xi ) l’est (VIII, p. 191, th. 1).

2. Le théorème de Maschke

Théorème 1 00NK

On suppose que le groupe G est fini. Soit M un K[G]-module, soit N un sous-K[G]-module de M. On suppose que N est un facteur direct du K-module M et que |G| est inversible dans K. Alors N est un facteur direct du K[G]-module M.

Soit p un projecteur K-linéaire dans M, d’image N. On définit un endomorphisme q du K-module M en posant

q(x)=∣G∣−1∑g∈Gg p(g−1x), q(x) = |G|^{-1} \sum_{g \in G} g \ p(g^{-1}x),

pour tout x∈Mx \in M. Comme N est stable pour l’action de G et que p induit l’identité sur N, on voit que q applique M dans N et induit l’identité sur N.

Le K-module M est donc somme directe de l’image N de q et du noyau de q. On a g q(x)=q(gx)g \ q(x) = q(gx) pour tout x∈Mx \in M et tout g∈Gg \in G, de sorte que le noyau de q est un sous-K[G]-module de M. Cela prouve que N est facteur direct du K[G]-module M.

Corollaire 1 (Maschke) 00SC

On suppose que le groupe G est fini et que K est un corps commutatif. L’algèbre K[G] est semi-simple si et seulement si l’élément |G| du corps K n’est pas nul.

Supposons ∣G∣≠0|G| \neq 0. Par le th. 1, tout sous-K[G]-module de K[G]_s est un facteur direct. Donc K[G] est semi-simple.

Inversement, supposons ∣G∣|G| nul et notons ε\varepsilon l’élément ∑g∈Gg\sum_{g \in G} g du centre de K[G]. On a ε≠0\varepsilon \neq 0 mais ε2=∣G∣ε=0\varepsilon^2 = |G|\varepsilon = 0 donc K[G] n’est pas semi-simple (VIII, p. 149, prop. 3 a) et VIII, p. 153, remarque 1).

Corollaire 2 00NL

On suppose que le groupe G est fini et que |G| est inversible dans K. Une suite exacte de K[G]-modules est scindée si et seulement si elle est scindée en tant que suite exacte de K-modules.

Étant donnée une suite exacte de K[G]-modules

0⟶M′→fM⟶M′′⟶0, 0 \longrightarrow M' \xrightarrow{f} M \longrightarrow M'' \longrightarrow 0,

il suffit d’appliquer le théorème 1 à l’image du morphisme f.

Corollaire 3 00NM

On suppose que le groupe G est fini et que |G| est inversible dans K. Un K[G]-module est projectif si et seulement s’il est projectif en tant que K-module.

Soit P un K[G]-module. Si P est facteur direct d’un K[G]-module libre M, il est a fortiori facteur direct du K-module libre M. La réciproque résulte du corollaire 2, compte tenu de II, p. 39, prop. 4, d).

Corollaire 4 00NN

a) On suppose que le groupe G est fini et que K est un corps commutatif de caractéristique 0. Pour que deux représentations linéaires, de dimension finie, de G soient isomorphes, il faut et il suffit qu’elles aient même caractère.

b) Supposons que K soit un corps parfait de caractéristique un nombre premier pp et que le groupe G soit fini, de cardinal premier à pp. Pour que le caractère d’une représentation linéaire de dimension finie de G soit nul, il faut et il suffit que cette représentation soit isomorphe à la somme directe de pp représentations deux à deux isomorphes.

Sous les hypothèses du corollaire, toute représentation linéaire de dimension finie de G est semi-simple. Le corollaire résulte alors du cor. de VIII, p. 376.

Corollaire 5 00NO

Supposons que le groupe G est fini et que K est un corps commutatif dans lequel ∣G∣≠0|G| \not= 0. Soient π\pi et π′\pi ' des représentations linéaires de dimension finie de G. Pour que π\pi et π′\pi ' soient isomorphes, il faut et il suffit que, pour tout gg dans G, les endomorphismes π(g)\pi (g)et π′(g)\pi '(g)aient mêmes polynômes caractéristiques.

Cela résulte du cor. 1 de VIII, p. 378.

3. Représentations induites et coïnduites

Soit H un sous-groupe du groupe G.

Si (V,π)(V, \pi ) est une représentation linéaire de G, la restriction de π\pi à H est une représentation linéaire de H dans V ; on la note ResHG(π)^G_H(\pi ). Le K[H]-module associé à ResHG(π)^G_H(\pi ) n’est autre que le module déduit du K[G]-module V par restriction des scalaires (II, p. 30). Si V est un K-module libre de dimension finie, le caractère de ResHG(π)^G_H(\pi ) est la restriction à H du caractère de π\pi.

Soit (M,σ)(M, \sigma ) une représentation de H.

Considérons K[G] comme un (K[G](K[G], K[H])-bimodule et M comme un K[H]module. Le K[G]-module T(M)=K[G]⊗K[H]M\mathscr{T}(M) = K[G]\otimes_{K[H]}M (VIII, p. 54) définit une représentation linéaire de G, notée IndHG(σ)^G_H(\sigma ) et qu’on appelle la représentation de G induite par σ\sigma. Si (V,π)(V, \pi ) est une représentation linéaire de G, le K[H]-module H(V)=\mathscr{H}(V) = HomK[G](K[G],V)_{K[G]}(K[G],V) s’identifie au K[H]-module correspondant à la représentation ResHG(π)^G_H(\pi ). Par conséquent, le morphisme d’adjonction (VIII, p. 55) fournit un isomorphisme dit canonique de K-modules de HomH(σ_H(\sigma, ResHG(π))^G_H(\pi )) sur HomG_G(IndHG(σ),π^G_H(\sigma ), \pi ) (« réciprocité de Frobenius »).

Considérons K[G] comme un (K[H](K[H], K[G])-bimodule. Le K[G]-module H(M)=\mathscr{H}(M) = HomK[H](K[G],M)_{K[H]}(K[G],M) définit une représentation de G, notée CoïndHG(σ)^G_H(\sigma ) et qu’on appelle la représentation de G coïnduite par σ\sigma. Si (V,π)(V, \pi ) est une représentation linéaire de G, le K[H]-module T(V)=K[G]⊗K[G]V\mathscr{T}(V) = K[G]\otimes_{K[G]}V s’identifie au K[H]-module correspondant à la représentation ResHG(π)^G_H(\pi ). Par conséquent, le morphisme d’adjonction (loc. cit.) fournit un isomorphisme dit canonique de K-modules de HomH_H(ResHG(π),σ^G_H(\pi ), \sigma ) sur HomG(π_G(\pi, CoïndHG(σ))^G_H(\sigma )).

Soit ε:K[G]→K[H]\varepsilon : K[G]\rightarrow K[H] l’homomorphisme de K-modules caractérisé par les relations ε(h)=h\varepsilon (h) =h si h∈Hh\in H et ε(g)=0\varepsilon (g) = 0 si g∈Gg\in G - H. L’application ε\varepsilon est un homomorphisme de (K[H](K[H], K[H])-bimodules. Soit (M,σ)(M, \sigma ) une représentation linéaire de H. L’application v→v∘εv\rightarrow v\circ \varepsilon de HomK[H](K[H],M)_{K[H]}(K[H],M) dans HomK[H](K[G],M)_{K[H]}(K[G],M) est un homomorphisme de K[H]-modules. En identifiant M avec HomK[H](K[H],M)_{K[H]}(K[H],M), on obtient un homomorphisme de K[H]-modules de M dans ResHG^G_H(CoïndHG(σ)^G_H(\sigma )). La réciprocité de Frobenius lui associe un homomorphisme ι\iota de K[G]-modules de IndHG(σ)^G_H(\sigma ) dans CoïndHG(σ)^G_H(\sigma ) qui est caractérisé par les relations

ι(g⊗m)(g′)=ε(g′g)m \iota (g\otimes m)(g') =\varepsilon (g'g)m

pour g,g′∈Gg, g'\in G et m∈Mm\in M. Cet homomorphisme sera dit canonique.

Proposition 2 00NP

Soit H un sous-groupe de G et soit (M,σ)(M, \sigma )une représentation linéaire de H. L’homomorphisme canonique ι:\iota : IndHG(σ)→^G_H(\sigma )\rightarrow CoïndHG(σ)^G_H(\sigma )est injectif. Si le sous-groupe H est d’indice fini dans G, c’est un isomorphisme de K[G]-modules.

Soit S⊂GS\subset G un système de représentants de G/HG/H. La famille (s)s∈S(s)_{s\in S} est une base du K[H]-module à droite K[G]. Il en résulte que l’application M(S)→M^{(S)}\rightarrow IndHG(σ)^G_H(\sigma ) définie par (ms)s∈S→∑s∈Ss⊗ms(m_s)_{s\in S}\rightarrow \sum_{s\in S}s\otimes m_s est un isomorphisme de K-modules. Pour tous s,s′∈Ss, s'\in S et tout m∈Mm\in M, on a les relations

ι(s′⊗m)(s−1)={msi s=s′,0sinon. \iota (s'\otimes m)(s^{-1}) =\begin{cases} m & \text{si } s=s',\\ 0 & \text{sinon.}\end{cases}

Il en résulte que ι\iota est injective.

Supposons que H est d’indice fini dans G. L’ensemble S est alors fini ; soit ρ\rho l’application de CoïndHG(σ)^G_H(\sigma ) dans IndHG(σ)^G_H(\sigma ) donnée par u→∑s∈Ss⊗u(s−1)u\rightarrow \sum_{s\in S}s\otimes u(s^{-1}). Elle vérifie (ι∘ρ(u))(s−1)=u(s−1)(\iota \circ \rho (u))(s^{-1}) =u(s^{-1}) pour u∈u\in CoïndHG(σ)^G_H(\sigma ) et s∈Ss\in S. Comme la famille (s−1)s∈S(s^{-1})_{s\in S} est une base de K[H]-module à gauche K[G], l’application ι∘ρ\iota \circ \rho est l’application identique. Par suite, ι\iota est bijective de bijection réciproque ρ\rho.

Soit H un sous-groupe d’indice fini de G. Soit uu une fonction centrale sur H ; notons u0u^0 la fonction sur G qui prolonge uu et qui s’annule en tout point de G- H. Soit S un système de représentants de G/HG/H. Pour g∈Gg\in G, posons

(4) IndHG(u)(g)=∑s∈Su0(s−1gs)^G_H(u)(g) =\sum_{s\in S}u^0(s^{-1}gs).

Notons que, pour tous x,g∈Gx, g\in G et tout h∈Hh\in H on a u0((xh)−1gxh)=u0(x−1gx)u^0((xh)^{-1}gxh) =u^0(x^{-1}gx). Il en résulte que IndHG(u)^G_H(u) est une fonction centrale sur G, indépendante du choix de S. On définit ainsi une application K-linéaire IndHG^G_H de ZK(H)\mathscr{Z}_K(H) dans ZK(G)\mathscr{Z}_K(G).

Proposition 3 00NQ

Soit H un sous-groupe d’indice fini de G. Soit (M,σ)(M, \sigma )une représentation linéaire de H. Supposons que M est un K-module libre de dimension finie. Notons (V,π)(V, \pi )la représentation de G induite par σ\sigma. Alors le K-module V est libre de dimension finie et

(5) χπ=\chi_{\pi}= IndHG(χσ)^G_H(\chi_{\sigma}).

Soit S un système de représentants de G/HG/H. Comme on l’a vu plus haut, l’application linéaire MS→M^S\rightarrow IndHG(M)^G_H(M) donnée par (ms)s∈S→∑s∈Ss⊗ms(m_s)_{s\in S}\rightarrow \sum_{s\in S}s\otimes m_s est un isomorphisme de K-modules. En particulier, V est un K-module libre de dimension finie. Pour tout g∈Gg\in G, notons MgM_g l’image de M par l’application m→g⊗mm\rightarrow g\otimes m. Pour tous g,g′∈Gg, g'\in G, on a que Mg=Mg′M_g= M_{g'} si et seulement si gH=g′HgH =g'H et V est somme directe des sous-modules MsM_s pour s∈Ss\in S. Pour tous g,g′∈Gg, g'\in G on a également π(g)Mg′=Mgg′\pi (g)M_{g'}= M_{gg'}. Pour tout g∈Gg\in G, notons SgS_g l’ensemble des éléments ss de S tels que s−1gs∈Hs^{-1}gs\in H. Pour tous g,g′∈Gg, g'\in G tels que g′−1gg′∈Hg^{'-1}gg'\in H, l’automorphisme π(g)\pi (g) de V induit un automorphisme π(g)g′\pi (g)_{g'} de Mg′M_{g'} et l’on a

Tr(π(g)\pi (g)) =∑s∈Sg=\sum_{s\in S_g} Tr(π(g)s\pi (g)_s) =∑s∈Sg=\sum_{s\in S_g} Tr(σ(s−1gs)\sigma (s^{-1}gs)).

La dernière assertion en résulte.

4. Représentations et groupe de Grothendieck

On suppose dans ce numéro que K est un corps commutatif. Étant donnée une représentation linéaire (M,π)(M, \pi ) de G, de dimension finie, on note [π][\pi ] la classe du K[G]-module M dans l’anneau de Grothendieck RK(G)R_K(G) (VIII, p. 193, exemple 1).

Par définition des lois de composition de l’anneau RKR_K(G), si π\pi et π′\pi ' sont des représentations linéaires de dimension finie de G, on a

[π⊕π′]=[π]+[π′],[π⊗π′]=[π][π′] [\pi \oplus \pi '] = [\pi ] + [\pi '],[\pi \otimes \pi '] = [\pi ] [\pi ']

L’élément unité de l’anneau RK(G)R_K(G) est la classe de la représentation unité de G (VIII, p. 389, exemple 1).

L’anneau RK(G)R_K(G) est un Z\mathbf{Z}-module libre ayant pour base l’ensemble des classes des K[G]-modules simples de dimension finie sur K. Lorsque ∣G∣|G| est inversible dans K, pour que deux représentations de dimension finie soient isomorphes, il faut et il suffit qu’elles aient la même classe dans RK(G)R_K(G) (VIII, p. 186, cor. et p. 391, cor. 1).

Étant donnée une représentation linéaire (M,π)(M, \pi ) de dimension finie de G, sa contragrédiente π∨\pi^{\vee} est également de dimension finie. Les représentations π\pi et (π∨)∨(\pi^{\vee})^{\vee} sont isomorphes. Si π′\pi ' est également une représentation linéaire de dimension finie de G, les représentations (π⊗π′)∨(\pi \otimes \pi ')^{\vee} et π∨⊗π′∨\pi^{\vee}\otimes \pi^{'\vee} sont isomorphes. Si

0⟶M′⟶M⟶M′′⟶0 0\longrightarrow M'\longrightarrow M\longrightarrow M''\longrightarrow 0

est une suite exacte de K[G]-modules de dimension finie sur K alors les représentations contragrédientes fournissent une suite exacte de K[G]-modules

0⟶M′′∨⟶M∨⟶M′∨⟶0 0\longrightarrow M^{''\vee}\longrightarrow M^{\vee}\longrightarrow M^{'\vee}\longrightarrow 0

(II, p. 102, cor. du th. 5). En raison de la propriété universelle des groupes de Grothendieck (VIII, p. 182, prop. 4), il existe un automorphisme c→c∨c\rightarrow c^{\vee} de l’anneau RK(G)R_K(G) caractérisé par [π]∨=[π∨][\pi ]^{\vee}= [\pi^{\vee}] pour toute représentation linéaire π\pi de G de dimension finie ; on a (c∨)∨=c(c^{\vee})^{\vee}=c pour tout élément cc de RK(G)R_K(G).

Soit H un sous-groupe de G. La restriction préserve les suites exactes. D’après la propriété universelle des groupes de Grothendieck (VIII, p. 182, prop. 4), il existe donc un homomorphisme de groupes, noté ResHG^G_H, de RK(G)R_K(G) dans RK(H)R_K(H) caractérisé par les relations

(6) ResHG[π]=^G_H[\pi ] = [ResHG(π)]^G_H(\pi )]

pour toute représentation linéaire π\pi de G de dimension finie ; c’est un homomorphisme d’anneaux. Si H est d’indice fini dans G, par la prop. 14 de II, p. 108, on définit de manière analogue un homomorphisme de groupes IndHG^G_H de RK(H)R_K(H) dans RK(G)R_K(G) caractérisé par les relations

(7) IndHG[σ]=^G_H[\sigma ] = [IndHG(σ)]^G_H(\sigma )]

pour toute représentation linéaire σ\sigma de H de dimension finie.

D’après les relations (1) de VIII, p. 388 et (3) de VIII, p. 389 et la propriété universelle déjà citée des groupes de Grothendieck, il existe un homomorphisme d’anneaux ΘG\Theta_G de RK(G)R_K(G) dans l’algèbre ZK(G)\mathscr{Z}_K(G) des fonctions centrales sur G, caractérisé par ΘG([π])=χπ\Theta_G([\pi ]) =\chi_{\pi} pour toute représentation π\pi de dimension finie de G.

Si H est un sous-groupe de G, les homomorphismes ΘG\Theta_G et ΘH\Theta_H relatifs aux groupes G et H sont compatibles avec les opérations Res⁡HG\operatorname{Res}_H^G et Ind⁡HG\operatorname{Ind}_H^G (VIII, p. 392 et VIII, p. 394, prop. 3).

Supposons que G soit le produit G′×G′′G' \times G'' de deux groupes. D’après VIII, p. 209, remarque 2, Il existe une application Z\mathbf{Z}-linéaire κ\kappa de RK(G′)⊗ZRK(G′′)R_K(G') \otimes_{\mathbf{Z}} R_K(G'') dans le groupe RK(G′×G′′)R_K(G' \times G'') caractérisée par les relations κ([π′]⊗[π′′])=[π′⊗π′′]\kappa([\pi'] \otimes [\pi'']) = [\pi' \otimes \pi''] pour π′\pi' (resp. π′′\pi'') une représentation de G′G' (resp. G′′G'') de dimension finie, π′⊗π′′\pi' \otimes \pi'' désignant leur produit tensoriel externe (VIII, p. 390, exemple 5). C’est un homomorphisme d’anneaux. Si le corps K est algébriquement clos, l’application κ\kappa est un isomorphisme (VIII, p. 209, remarque 2).

Supposons que G soit le produit G′×G′′G' \times G'' de deux groupes. Notons ψ\psi l’homomorphisme de LK(G′)⊗KLK(G′′)\mathscr{L}_K(G') \otimes_K \mathscr{L}_K(G'') sur LK(G)\mathscr{L}_K(G) qui transforme f′⊗f′′f' \otimes f'' en la fonction (g′,g′′)↦f′(g′)f′′(g′′)(g', g'') \mapsto f'(g')f''(g''). On a un diagramme commutatif

RK(G′)⊗ZRK(G′′)→κRK(G)↓ΘG′⊗ΘG′′↓ΘGLK(G′)⊗KLK(G′′)→ψLK(G). \begin{array}{ccc} R_K(G') \otimes_{\mathbf{Z}} R_K(G'') & \xrightarrow{\kappa} & R_K(G) \\ \downarrow \Theta_{G'} \otimes \Theta_{G''} & & \downarrow \Theta_G \\ \mathscr{L}_K(G') \otimes_K \mathscr{L}_K(G'') & \xrightarrow{\psi} & \mathscr{L}_K(G). \end{array}

5. Formule d’inversion de Fourier

On suppose pour le reste de ce paragraphe que le groupe G est fini, que K est un corps algébriquement clos, dont la caractéristique ne divise pas l’ordre de G, de sorte que l’élément ∣G∣|G| de K n’est pas nul.

L’algèbre K[G]K[G] est semi-simple (théorème de Maschke) et de dimension finie. Notons G^\widehat{G} l’ensemble des classes de K[G]K[G]-modules simples. Pour tout λ∈G^\lambda \in \widehat{G}, choisissons une représentation linéaire (Vλ,πλ)(V_\lambda, \pi_\lambda) de G dont le K[G]K[G]-module associé ait pour classe λ\lambda. L’ensemble G^\widehat{G} est fini et les espaces vectoriels VλV_\lambda sont de dimension finie (VIII, p. 137, exemple). Pour tout λ∈G^\lambda \in \widehat{G}, notons dλd_\lambda le degré de la représentation πλ\pi_\lambda, c’est-à-dire la dimension du K-espace vectoriel VλV_\lambda, et χλ\chi_\lambda son caractère.

Notons F(G^)F(\widehat{G}) l’algèbre produit ∏λ∈G^End⁡K(Vλ)\prod_{\lambda \in \widehat{G}} \operatorname{End}_K(V_\lambda) et F\mathscr{F} l’application de K[G]K[G] dans F(G^)F(\widehat{G}) définie par F(a)=(πλ(a))λ∈G^\mathscr{F}(a) = (\pi_\lambda(a))_{\lambda \in \widehat{G}}. Comme le corps K est algébriquement clos, l’application F\mathscr{F} est un isomorphisme d’algèbres (loc. cit.).

Pour tout λ∈G^\lambda \in \widehat{G}, la dimension de l’algèbre EndK(Vλ)_K(V_{\lambda}) est dλ2d^2_{\lambda}; celle de l’algèbre K[G] est Card(G) ; on a donc la relation

(8) Card(G) =∑λ∈G^dλ2=\sum_{\lambda\in\widehat{G}}d^2_{\lambda}.

Notons τ\tau la trace dans l’algèbre K[G] ; par définition, la trace τ(a)\tau (a) d’un élément aa de K[G] est la trace de l’endomorphisme x→axx\rightarrow ax de K[G] (III, p. 110). Soit a=∑g∈Gagga=\sum_{g\in G}a_gg un élément de K[G] ; d’après la formule (2), on a τ(ag−1)=∣G∣ag\tau (ag^{-1}) =|G|a_g pour tout g∈Gg\in G, d’où la relation

a=∣G∣−1∑g∈Gτ(ag−1)g(9) a=|G|^{-1}\sum_{g\in G}\tau (ag^{-1})g \tag{9}

Notons τ^\widehat{\tau} la trace dans l’algèbre F(G^)F(\widehat{G}). Soit A=(Aλ)λ∈G^A = (A_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} un élément de F(G^)F(\widehat{G}); on a (cf. III, p. 111, exemple 3)

(10) τ^(A)=∑λ∈G^dλ\widehat{\tau}(A) =\sum_{\lambda\in\widehat{G}}d_{\lambda} Tr(Aλ_{\lambda}).

Comme l’application F‾\overline{\mathscr{F}} est un isomorphisme de K-algèbres, on a τ^∘F‾=τ\widehat{\tau}\circ \overline{\mathscr{F}}=\tau, d’où

τ(a)=τ^(F‾(a))=τ^((πλ(a))λ∈G^)=∑λ∈G^dλ\tau (a) =\widehat{\tau}(\overline{\mathscr{F}}(a)) =\widehat{\tau}((\pi_{\lambda}(a))_{\lambda\in\widehat{G}})=\sum_{\lambda\in\widehat{G}}d_{\lambda} Tr(πλ(a)\pi_{\lambda}(a)) =∑λ∈G^dλ=\sum_{\lambda\in\widehat{G}}d_{\lambda} Trλ(a)_{\lambda}(a)

pour tout a∈K[G]a\in K[G], c’est-à-dire

(11) τ=∑λ∈G^dλ\tau =\sum_{\lambda\in\widehat{G}}d_{\lambda} Trλ_{\lambda}.

D’après (2), pour g∈Gg\in G, on a donc

∑∣G∣\sum|G| si gg est l’élément neutre

dλχλ(g)=(12) d_{\lambda}\chi_{\lambda}(g) = \tag{12}

λ∈G^_{\lambda\in\widehat{G}} 0 sinon.

Pour a∈K[G]a\in K[G], la relation (9) prend la forme suivante :

(13) a=∣G∣−1∑g∈G∑λ∈G^dλa=|G|^{-1}\sum_{g\in G}\sum_{\lambda\in\widehat{G}}d_{\lambda} Tr(πλ(a)πλ(g−1)\pi_{\lambda}(a)\pi_{\lambda}(g^{-1}))gg;

il en résulte que, pour tout élément A=(Aλ)λ∈G^A = (A_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} de F(G^)F(\widehat{G}), on a

(14) F‾−1(A)=∣G∣−1∑g∈G∑λ∈G^dλ\overline{\mathscr{F}}^{-1}(A) =|G|^{-1}\sum_{g\in G}\sum_{\lambda\in\widehat{G}}d_{\lambda} Tr(Aλπλ(g−1)_{\lambda}\pi_{\lambda}(g^{-1}))gg.

(« Formule d’inversion de Fourier »).

Pour μ∈G^\mu \in \widehat{G}, notons jμ:j_{\mu}: EndK(Vμ)⟶∏λ∈G^_K(V_{\mu})\longrightarrow \prod_{\lambda\in\widehat{G}} EndK(Vλ)_K(V_{\lambda}) l’application telle que jμ(u)=(vλ)j_{\mu}(u) = (v_{\lambda}) où vλ=0v_{\lambda}= 0 si λ≠μ\lambda \not=\mu et vμ=uv_{\mu}=u. Par la formule (14),

(15) F‾−1(jμ(u))=∣G∣−1dμ∑g∈G\overline{\mathscr{F}}^{-1}(j_{\mu}(u)) =|G|^{-1}d_{\mu}\sum_{g\in G} Tr(uπμ(g−1)u\pi_{\mu}(g^{-1}))gg.

Le centre de l’algèbre F(G^)=∏λ∈G^F(\widehat{G}) =\prod_{\lambda\in\widehat{G}} EndK(Vλ)_K(V_{\lambda}) se compose des familles (aλ1Vλ)λ∈G^(a_{\lambda}1_{V_{\lambda}})_{\lambda\in\widehat{G}}, où (aλ)(a_{\lambda}) est une famille d’éléments de K. C’est l’image par F\mathscr{F} du centre de l’algèbre K[G]. Celui-ci possède donc une base (eλ)λ∈G^(e_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} caractérisée par la condition

πλ(eμ)=δλμ1Vλ(16) \pi_{\lambda}(e_{\mu}) =\delta_{\lambda \mu}1_{V_{\lambda}} \tag{16}

pour λ,μ∈G^\lambda , \mu \in \widehat{G}, où δλμ\delta_{\lambda \mu} désigne le symbole de Kronecker. D’après la formule (15), on a, pour tout μ∈G^\mu \in \widehat{G},

eμ=∣G∣−1dμ∑g∈Gχμ(g−1)g(17) e_{\mu}=|G|^{-1}d_{\mu}\sum_{g\in G}\chi_{\mu}(g^{-1})g \tag{17}

Ces éléments satisfont aux relations

(18) ∑λ∈G^eλ=1,eμ2=eμ\sum_{\lambda\in\widehat{G}}e_{\lambda}= 1,e^2_{\mu}=e_{\mu}, et eμeν=0e_{\mu}e_{\nu}= 0

pour tous μ,ν∈G^\mu , \nu \in \widehat{G} tels que μ≠ν\mu \not=\nu; ce sont les idempotents indécomposables de Z(K[G]) (VIII, p. 143, prop. 15)

Remarque 00NR

Soit (V,π)(V, \pi ) une représentation linéaire de G. D’après le théorème de Maschke, le K[G]-module V est semi-simple. Pour tout λ∈G^\lambda \in \widehat{G}, notons VλV^{\lambda} le composant isotypique de type λ\lambda du K[G]-module V ; on a V=⨁λ∈G^VλV =\bigoplus_{\lambda\in\widehat{G}}V^{\lambda}. D’après la prop. 15 de VIII, p. 143 et la formule (17), le projecteur de V d’image VλV^{\lambda} associé à cette décomposition de V est égal à

π(eλ)=∣G∣−1dλ∑g∈Gχλ(g−1)π(g)(19) \pi (e_{\lambda}) =|G|^{-1}d_{\lambda}\sum_{g\in G}\chi_{\lambda}(g^{-1})\pi (g) \tag{19}

En appliquant cette formule à π=πλ\pi =\pi_{\lambda}, on obtient que l’élément dλ.1d_{\lambda}.1 de K n’est pas nul. Nous verrons plus loin (VIII, p. 410, cor. 2) que dμd_{\mu} divise le cardinal de G.

Soit λ\lambda un élément de G^\widehat{G}. L’application πλ\pi_{\lambda} de K[G] dans EndK(Vλ)_K(V_{\lambda}) induit un isomorphisme de (K[G],K[G])(K[G],K[G]) bimodules de eλK[G]e_{\lambda}K[G] sur EndK(Vλ)_K(V_{\lambda}). Par la prop. 15 de VIII, p. 143, le sous-K[G]-module eλK[G]e_{\lambda}K[G] est le composant isotypique de type λ\lambda de K[G]. C’est aussi le composant isotypique de type λ∨\lambda^{\vee} pour le représentation régulière droite de G (VIII, p. 139, prop. 11) ainsi que le composant isotypique de type λ×λ∨\lambda \times \lambda^{\vee} pour la représentation birégulière (VIII, p. 373, prop. 4).

6. Relations d’orthogonalité de Schur

Conservons les notations du numéro précédent. Soient λ\lambda un élément de G^,u\widehat{G},u et vv des éléments de EndK(Vλ)_K(V_{\lambda}); d’après la formule (10), on a

τ^(jλ(u)jλ(v))=dλ\widehat{\tau}(j_{\lambda}(u)j_{\lambda}(v)) =d_{\lambda} Tr(uvuv).

Comme τ=τ^∘F‾\tau = \widehat{\tau}\circ \overline{\mathscr{F}}, on déduit des formules (2) et (15) la relation

dλ2∣G∣−1∑g∈Gd^2_{\lambda}|G|^{-1}\sum_{g\in G} Tr(uπλ(g)u\pi_{\lambda}(g)) Tr(vπλ(g−1)v\pi_{\lambda}(g^{-1})) =dλ=d_{\lambda} Tr(uvuv).

On a remarqué plus haut que dλ.1≠0d_{\lambda}.1\not= 0 dans le corps K ; on en déduit

(20) ∣G∣−1∑g∈G|G|^{-1}\sum_{g\in G} Tr(uπλ(g)u\pi_{\lambda}(g)) Tr(vπλ(g−1)v\pi_{\lambda}(g^{-1})) =dλ−1=d^{-1}_{\lambda} Tr(uvuv).

Spécialisons cette relation au cas où uu et vv sont de rang ⩽1\leqslant 1; on obtient

∣G∣−1∑g∈G⟨x∗,πλ(g)x⟩⟨y∗,πλ(g−1)y⟩=dλ−1⟨x∗,y⟩⟨y∗,x⟩(21) |G|^{-1}\sum_{g\in G}\langle x^*, \pi_{\lambda}(g)x\rangle \langle y^*, \pi_{\lambda}(g^{-1})y\rangle =d^{-1}_{\lambda}\langle x^*, y\rangle \langle y^*, x\rangle \tag{21}

pour x,yx,y dans VλV_{\lambda} et x∗,y∗x^*, y^* dans le dual Vλ∗V^*_{\lambda} de VλV_{\lambda}.

Pour tout λ∈G^\lambda \in \widehat{G}, soit (eλ,j)1⩽j⩽dλ(e_{\lambda ,j})_{1\leqslant j\leqslant d_{\lambda}} une base de VλV_{\lambda}; notons (πijλ(g))(\pi_{ij}^{\lambda}(g)) la matrice de l’endomorphisme πλ(g)\pi_{\lambda}(g) de VλV_{\lambda} par rapport à cette base. Si l’on note (eλ,i∗)1⩽i⩽dλ(e^*_{\lambda ,i})_{1\leqslant i\leqslant d_{\lambda}} la base de Vλ∗V^*_{\lambda} duale de (eλ,j)(e_{\lambda ,j}), on a πijλ(g)=⟨eλ,i∗,πλ(g)eλ,j⟩\pi_{ij}^{\lambda}(g) =\langle e^*_{\lambda ,i}, \pi_{\lambda}(g)e_{\lambda ,j}\rangle, d’où

∣G∣−1∑g∈Gπijλ(g)πkℓλ(g−1)=dλ−1δiℓδjk(22) |G|^{-1}\sum_{g\in G}\pi^{\lambda}_{ij}(g)\pi^{\lambda}_{k\ell}(g^{-1}) =d^{-1}_{\lambda}\delta_{i\ell}\delta_{jk} \tag{22}

Soient maintenant λ\lambda et μ\mu deux éléments distincts de G^\widehat{G} et soient u∈u\in EndK(Vλ)_K(V_{\lambda}) et v∈v\in EndK(Vμ)_K(V_{\mu}). À nouveau d’après la relation (15), on a

(23) ∑g∈G\sum_{g\in G} Tr(uπλ(g)u\pi_{\lambda}(g)) Tr(vπμ(g−1)v\pi_{\mu}(g^{-1})) =0= 0.

On en déduit comme plus haut

∑g∈G⟨x∗,πλ(g)x⟩⟨y∗,πμ(g−1)y⟩=0(24) \sum_{g\in G}\langle x^*, \pi_{\lambda}(g)x\rangle \langle y^*, \pi_{\mu}(g^{-1})y\rangle = 0 \tag{24}

pour x∈Vλ,x∗∈Vλ∗,y∈Vμx\in V_{\lambda},x^*\in V^*_{\lambda},y\in V_{\mu} et y∗∈Vμ∗y^*\in V^*_{\mu}; on a aussi

∑g∈Gπijλ(g)πkℓμ(g−1)=0(25) \sum_{g\in G}\pi_{ij}^{\lambda}(g)\pi_{k\ell}^{\mu}(g^{-1}) = 0 \tag{25}

pour i,ji, j dans [1,dλ][1, d_{\lambda}] et k,ℓk, \ell dans [1,dμ][1, d_{\mu}].

Les relations (20) à (25) sont connues sous le nom de relations d’orthogonalité de Schur.

Remarque 00NS

Identifions l’algèbre EndK(Vλ)_K(V_{\lambda}) à l’algèbre de matrices Mdλ(K)\mathbf{M}_{d_{\lambda}}(K) au moyen de la base (eλ,j)(e_{\lambda ,j}) de VλV_{\lambda}. L’application F‾−1\overline{\mathscr{F}}^{-1} est un isomorphisme de l’algèbre ∏λMdλ(K)\prod_{\lambda}\mathbf{M}_{d_{\lambda}}(K) sur l’algèbre K[G]. Pour μ∈G^\mu \in \widehat{G}, notons EijμE^{\mu}_{ij} l’élément de ∏λMdλ(K)\prod_{\lambda}\mathbf{M}_{d_{\lambda}}(K) dont la composante d’indice μ\mu est l’unité matricielle EijE_{ij} de Mdμ(K)\mathbf{M}_{d_{\mu}}(K) (II, p. 142) et dont les autres composantes sont nulles ; posons uijμ=F‾−1(Eijμ)u^{\mu}_{ij}=\overline{\mathscr{F}}^{-1}(E^{\mu}_{ij}). La famille des éléments uijλu^{\lambda}_{ij}, pour λ∈G^,1⩽i⩽dλ,1⩽j⩽dλ\lambda \in \widehat{G}, 1\leqslant i\leqslant d_{\lambda}, 1\leqslant j\leqslant d_{\lambda}, est une base de l’algèbre K[G] ; la table de multiplication est

uijλukℓμ=δλμδjkuiℓλ(26) u^{\lambda}_{ij}u^{\mu}_{k\ell}=\delta_{\lambda \mu}\delta_{jk}u^{\lambda}_{i\ell} \tag{26}

De plus, d’après la formule (15), on a

uijλ=∣G∣−1dλ∑g∈Gπjiλ(g−1)g(27) u^{\lambda}_{ij}=|G|^{-1}d_{\lambda}\sum_{g\in G}\pi_{ji}^{\lambda}(g^{-1})g \tag{27}

7. Relation d’orthogonalité des caractères

Conservons les notations des numéros 5 et 6. Rappelons que Z(K[G]) est formé des fonctions centrales.

On définit une application bilinéaire symétrique de K[G]×K[G]K[G]\times K[G] dans K par la formule

⟨f,f′⟩G=∣G∣−1∑g∈Gfgfg−1′(28) \langle f, f'\rangle_G=|G|^{-1}\sum_{g\in G}f_gf'_{g^{-1}} \tag{28}

pour tous f=∑fggf=\sum f_gg et f′=∑fg′gf'=\sum f'_gg appartenant à K[G]. On a ⟨f,f′⟩G=∣G∣−2τ(ff′)\langle f, f'\rangle_G=|G|^{-2}\tau (f f').

Proposition 4 (Relation d’orthogonalité des caractères) 00SG

Pour λ\lambda et μ\mu dans G^\widehat{G}, on a ⟨χλ,χμ⟩G=δλμ\langle \chi_{\lambda}, \chi_{\mu}\rangle_G=\delta_{\lambda \mu}.

C’est le cas particulier des relations (20) et (23), où les endomorphismes uu et vv sont pris égaux à l’identité.

Corollaire 00NT

Soient π\pi et π′\pi ' des représentations linéaires de dimension finie de G. On a, dans le corps K,

(29) ⟨χπ,χπ′⟩G=\langle \chi_{\pi}, \chi_{\pi'}\rangle_G= (dimK_K HomG(π,π′)_G(\pi , \pi ')).1.1.

Supposons d’abord que π\pi et π′\pi ' soient des représentations simples. L’espace vectoriel HomG(π,π′)_G(\pi , \pi ') est de dimension 1 ou 0 suivant que π\pi et π′\pi ' sont isomorphes ou non (lemme de Schur, VIII, p. 43, prop. 2). La formule (29) résulte dans ce cas de la proposition 4.

Dans le cas général, la représentation π\pi (resp. π′\pi ') est somme directe de représentations simples π1,...,πm\pi_1, . . . , \pi_m (resp. π1′,...,πn′\pi '_1, . . . , \pi '_n). L’espace HomG(π,π′)_G(\pi , \pi ') est isomorphe à la somme directe des espaces HomG(πi,πj′)_G(\pi_i, \pi '_j), pour 1⩽i⩽m,1⩽j⩽n1\leqslant i\leqslant m, 1\leqslant j\leqslant n, et l’on a

χπ=χπ1+⋯+χπm,χπ′=χπ1′+⋯+χπn′ \chi_{\pi}=\chi_{\pi_1}+\cdots +\chi_{\pi_m},\chi_{\pi'}=\chi_{\pi'_1}+\cdots +\chi_{\pi'_n}

Par linéarité, la démonstration de la formule (29) est ramenée au cas des représentations simples.

8. Fonctions centrales sur un groupe fini

Proposition 5 00NU

La famille (χλ)λ∈G^(\chi_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} est une base de l’espace vectoriel des fonctions centrales. Le nombre de classes de représentations linéaires simples de G est égal au nombre de classes de conjugaison de G.

Pour a=∑g∈Gagg∈K[G]a=\sum_{g\in G}a_gg\in K[G], notons a∨=∑g∈Gag−1ga^{\vee}=\sum_{g\in G}a_{g^{-1}}g; l’application a→a∨a\rightarrow a^{\vee} est un antiautomorphisme involutif de l’algèbre K[G]. D’après la formule (17), on a eλ=∣G∣−1dλχλ∨e_{\lambda}=|G|^{-1}d_{\lambda}\chi^{\vee}_{\lambda} pour tout λ∈G^\lambda \in \widehat{G}. La proposition résulte alors de ce que la famille (eλ)λ∈G^(e_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} est une base du centre de K[G].

Notons C\mathscr{C} l’ensemble des classes de conjugaison de G. Soit C un élément de C\mathscr{C}; l’image C−1C^{-1} de C par l’application g→g−1g\rightarrow g^{-1} est une classe de conjugaison. Les centralisateurs des éléments de C sont des sous-groupes de G conjugués entre eux ; leur cardinal d(C)d(C) satisfait à

(30) Card(G) = Card(C) d(C)d(C).

En particulier, on a d(C).1≠0d(C).1\not= 0 dans le corps K.

Soit ff une fonction centrale sur G. Pour toute classe de conjugaison C, notons f(C)f(C) la valeur commune des f(x)f(x) pour x∈Cx\in C. Avec cette notation, la relation d’orthogonalité des caractères (VIII, p. 400, prop. 4) s’écrit

∑C∈Cχλ(C−1)χμ(C)d(C)−1=δλμ(31) \sum_{C\in\mathscr{C}}\chi_{\lambda}(C^{-1})\chi_{\mu}(C)d(C)^{-1}=\delta_{\lambda \mu} \tag{31}

pour λ\lambda et μ\mu dans G^\widehat{G}.

Notons A la matrice de type G^×C\widehat{G}\times \mathscr{C} d’éléments χλ(C)\chi_{\lambda}(C) et B la matrice de type C×G^\mathscr{C}\times \widehat{G}, d’éléments χλ(C−1)d(C)−1\chi_{\lambda}(C^{-1})d(C)^{-1}. Les ensembles G^\widehat{G} et C\mathscr{C} ont le même cardinal (prop. 5) ; la relation (31) exprime que la matrice produit AB est la matrice unité de type G^×G^\widehat{G}\times \widehat{G}. D’après la prop. 11 de II, p. 159, la matrice produit BA est la matrice unité de type C×C\mathscr{C}\times \mathscr{C}; autrement dit, on a la relation

∑λ∈G^χλ(C−1)χλ(C′)=d(C)δCC′(32) \sum_{\lambda\in\widehat{G}}\chi_{\lambda}(C^{-1})\chi_{\lambda}(C') =d(C)\delta_{CC'} \tag{32}

pour C et C′C' dans C\mathscr{C} (appelée parfois « seconde relation d’orthogonalité des caractères »).

Soit H un sous-groupe de G. Remarquons que l’entier Card(H) divise Card(G) et que ∣G∣|G| n’est pas nul dans K ; on a donc ∣H∣≠0|H| \not= 0 dans K.

Notons ResHG^G_H l’application linéaire de Z(K[G]) dans Z(K[H]) qui associe à une fonction centrale sur G sa restriction à H. Si χπ\chi_{\pi} est le caractère d’une représentation de dimension finie π\pi de G, on a vu que ResHG(χπ)^G_H(\chi_{\pi}) est le caractère de la représentation ResHG(π)^G_H(\pi ) de H.

Proposition 6 00NV

Soient ff une fonction centrale sur G et uu une fonction centrale sur H. On a

(33) ⟨\langleIndHG(u),f⟩G=⟨u^G_H(u), f\rangle_G=\langle u, ResHG(f)⟩H^G_H(f)\rangle_H.

Les caractères des représentations simples de G forment une base de Z(K[G]) (VIII, p. 401, prop. 5) et il en est de même pour H. Il suffit donc d’établir (33) dans le cas où ff est le caractère χπ\chi_{\pi} d’une représentation simple π\pi de G et uu le caractère χσ\chi_{\sigma} d’une représentation simple σ\sigma de H. Dans ce cas, IndHG(u)^G_H(u) est le caractère de la représentation IndHG(σ)^G_H(\sigma ) de G et, d’après VIII, p. 400, corollaire, on a

⟨\langleIndHG(u),f⟩G=^G_H(u), f\rangle_G= (dimK_K HomG_G(IndHG(σ),π^G_H(\sigma ), \pi )).1.1.

On établit de même la relation

⟨u\langle u, ResHG(f)⟩H=^G_H(f)\rangle_H= (dimK_K HomH(σ_H(\sigma, ResHG(π)^G_H(\pi ))).1.1

et l’égalité (33) résulte de la réciprocité de Frobenius.

Proposition 7 00NW

Soit ff une application de G dans K. Les assertions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe un élément λ\lambda de G^\widehat{G} et un élément aa de K tels que f=aχλf=a\chi_{\lambda};

(ii) Pour tout couple (g,g′)(g, g')d’éléments de G, on a

f(g)f(g′)=∣G∣−1f(1)∑h∈Gf(hgh−1g′)(34) f(g)f(g') =|G|^{-1}f(1)\sum_{h\in G}f(hgh^{-1}g') \tag{34}

Soit λ\lambda un élément de G^\widehat{G}; pour tout endomorphisme uu de VλV_{\lambda}, posons

u♮=∣G∣−1∑h∈Gπλ(h)uπλ(h−1)(35) u^{\natural}=|G|^{-1}\sum_{h\in G}\pi_{\lambda}(h)u \pi_{\lambda}(h^{-1}) \tag{35}

L’endomorphisme u♮u^{\natural} de VλV_{\lambda} est K[G]-linéaire ; d’après le lemme de Schur (VIII, p. 43, th. 1),u♮,u^{\natural} est une homothétie ; comme uu et u♮u^{\natural} ont la même trace, on a donc

u♮=dλ−1u^{\natural}=d^{-1}_{\lambda} Tr(uu) 1Vλ1_{V_{\lambda}}.

Soient uu et vv des endomorphismes de VλV_{\lambda}; on en déduit

(36) Tr(uu) Tr(vv) =dλ=d_{\lambda} Tr(u♮vu^{\natural}v) =dλ∣G∣−1∑h∈G=d_{\lambda}|G|^{-1}\sum_{h\in G} Tr(πλ(h)uπλ(h−1)v\pi_{\lambda}(h)u \pi_{\lambda}(h^{-1})v).

Prenons u=πλ(g),v=πλ(g′)u=\pi_{\lambda}(g),v=\pi_{\lambda}(g') dans la formule (36) ; la relation (34) pour f=χλf=\chi_{\lambda} en résulte.

Inversement, supposons la condition (ii) satisfaite. Si l’on a f(1)=0f(1) = 0, on en déduit f(g)f(g′)=0f(g)f(g') = 0 pour tout couple (g,g′)(g, g') d’éléments de G, d’où f=0f= 0. On peut donc supposer f(1)≠0f(1)\not= 0. Prenons g′=1g'= 1 dans (34), on obtient la relation

f(g)=∣G∣−1∑h∈Gf(hgh−1) f(g) =|G|^{-1}\sum_{h\in G}f(hgh^{-1})

pour tout g∈Gg\in G, ce qui entraîne que ff est une fonction centrale. D’après la proposition 5, il existe une famille (aλ)(a_{\lambda}) d’éléments de K telle que f=∑λ∈G^aλχλf=\sum_{\lambda\in\widehat{G}}a_{\lambda}\chi_{\lambda}. Remplaçons ff par cette expression dans la formule (34) ; tenant compte de ce que chacun des caractères χλ\chi_{\lambda} satisfait aussi à cette relation, on trouve

∑λ,μ∈G^aλaμχλ(g)χμ(g′)=∑λ∈G^aλdλ−1f(1)χλ(g)χλ(g′)(37) \sum_{\lambda ,\mu\in\widehat{G}}a_{\lambda}a_{\mu}\chi_{\lambda}(g)\chi_{\mu}(g') =\sum_{\lambda\in\widehat{G}}a_{\lambda}d^{-1}_{\lambda}f(1)\chi_{\lambda}(g)\chi_{\lambda}(g') \tag{37}

pour g,g′∈Gg, g'\in G. La relation précédente s’écrit également

∑λ,μ(aλaμ−δλμaλdλ−1f(1))χλ(g)χμ(g′)=0(38) \sum_{\lambda ,\mu}(a_{\lambda}a_{\mu}-\delta_{\lambda \mu}a_{\lambda}d^{-1}_{\lambda}f(1))\chi_{\lambda}(g)\chi_{\mu}(g') = 0 \tag{38}

pour g,g′∈Gg, g'\in G. Or les fonctions χλ\chi_{\lambda}, pour λ∈G^\lambda \in \widehat{G}, sont linéairement indépendantes (prop. 5 de VIII, p. 401) ; on en déduit que

aλaμ=δλμaλdλ−1f(1) a_{\lambda}a_{\mu}=\delta_{\lambda \mu}a_{\lambda}d^{-1}_{\lambda}f(1)

pour λ,μ∈G^\lambda , \mu \in \widehat{G}. En particulier, aλaμ=0a_{\lambda}a_{\mu}= 0 dès que λ≠μ\lambda \not=\mu. Par suite, il existe au plus un élément λ\lambda de G^\widehat{G} tel que aλ≠0a_{\lambda}\not= 0 et l’on a f=aλχλf=a_{\lambda}\chi_{\lambda}, d’où (i).

9. Cas des groupes commutatifs

Dans ce numéro, on suppose que le groupe G est commutatif.

D’après le lemme de Schur (VIII, p. 44, cor. 1), toute représentation simple de G est de dimension 1. Soient (M,π)(M, \pi ) une telle représentation et χ\chi son caractère ; pour tout g∈Gg\in G et tout x∈Mx\in M, on a π(g)(x)=χ(g)x\pi (g)(x) =\chi (g)x. Par suite, le caractère χ\chi est un homomorphisme de G dans le groupe multiplicatif K∗K^* de K. Inversement, tout homomorphisme de G dans K∗K^* est le caractère d’une représentation de degré 1 de G. Ainsi l’ensemble G^\widehat{G} des classes de K[G]-modules simples s’identifie à l’ensemble Hom(G,K∗,K^*) des homomorphismes de G dans K∗K^*. On en déduit une structure de groupe commutatif sur G^\widehat{G}; le produit dans G^\widehat{G} correspond au produit tensoriel des représentations. Les groupes G et G^\widehat{G} ont même cardinal d’après la prop. 5 de VIII, p. 401. Toute fonction sur G est centrale et G^\widehat{G} est une base de l’espace vectoriel des applications de G dans K (loc. cit.). En vertu de la relation d’orthogonalité des caractères, une telle application ff se décompose sur la base G^\widehat{G} de la manière suivante :

f=∑χ∈G^⟨χ,f⟩Gχ(39) f=\sum_{\chi\in\widehat{G}}\langle \chi , f\rangle_G\chi \tag{39}

Pour des applications ff et f′f' de G dans K, on a la relation

⟨f,f′⟩G=∑χ∈G^⟨χ,f⟩G⟨χ,f′⟩G(40) \langle f, f'\rangle_G=\sum_{\chi\in\widehat{G}}\langle \chi , f\rangle_G\langle \chi , f'\rangle_G \tag{40}

Soit (V,π)(V, \pi ) une représentation linéaire de G. Pour tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}, notons VχV^{\chi} le sous-espace de V formé des vecteurs vv tels que π(g)(v)=χ(g)v\pi (g)(v) =\chi (g)v pour tout g∈Gg\in G; l’espace VχV^{\chi} est le composant isotypique de type χ\chi du K[G]-module V. L’espace V est somme directe de la famille (Vχ)χ∈G^(V^{\chi})_{\chi\in\widehat{G}} et le projecteur pχp_{\chi} de V d’image VχV^{\chi} associé à cette décomposition est donné par

pχ=∣G∣−1∑g∈Gχ(g−1)π(g)(41) p_{\chi}=|G|^{-1}\sum_{g\in G}\chi (g^{-1})\pi (g) \tag{41}

en vertu de la relation (19).

Remarque 00NX

Soit nn le cardinal du groupe G et soit μn(K)\mu_n(K) le groupe des racines nn-èmes de l’unité dans K. Pour tout g∈Gg\in G, on a gn=1g^n= 1; par suite, G^\widehat{G} s’identifie au groupe Hom(G,μn(K), \mu_n(K)). Le groupe μn(K)\mu_n(K) est cyclique d’ordre nn (V, p. 75, th. 1). Le groupe G^\widehat{G} est donc isomorphe au groupe D(G) = Hom(G,Q/Z,\mathbf{Q}/\mathbf{Z}). D’après VII, p. 25, prop. 10, le groupe G^\widehat{G} est isomorphe au groupe G et l’application qui, à tout élément gg de G, associe l’homomorphisme χ→χ(g)\chi \rightarrow \chi (g) de G^\widehat{G} dans K∗K^* est un isomorphisme de G sur G^\widehat{G}.

10. Caractères et groupes de Grothendieck

Notons θG\theta_G l’homomorphisme de K-algèbres de K⊗ZRK(G)K\otimes_{\mathbf{Z}}R_K(G) dans ZK(G)\mathscr{Z}_K(G) qui transforme 1⊗[π]1\otimes [\pi ] en χπ\chi_{\pi} pour toute représentation π\pi de dimension finie.

Proposition 8 00NY

a) L’homomorphisme θG\theta_G est un isomorphisme de K⊗ZRK(G)K\otimes_{\mathbf{Z}}R_K(G) sur ZK(G)\mathscr{Z}_K(G).

b) Supposons K de caractéristique 0. Alors ΘG\Theta_G définit un isomorphisme de RK(G)R_K(G)sur le sous-anneau de ZK(G)\mathscr{Z}_K(G)formé des combinaisons linéaires à coefficients entiers des caractères χλ\chi_{\lambda}, pour λ\lambda parcourant G^\widehat{G}.

La famille ([λ])λ∈G^([\lambda ])_{\lambda\in\widehat{G}} est une base du Z\mathbf{Z}-module RK(G)R_K(G) et la famille (χλ)λ∈G^(\chi_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} est une base du K-espace vectoriel ZK(G)\mathscr{Z}_K(G). Les assertions a) et b) en résultent (VIII, p. 401, prop. 5).

11. Dimension des représentations simples

Notons nn le cardinal du groupe G. Soit π\pi une représentation linéaire de G dans un K-espace vectoriel M de dimension finie. Pour tout g∈Gg\in G, on a π(g)n=1M\pi (g)^n= 1_M, donc le polynôme minimal de π(g)\pi (g) divise Tn−1T^n-1. Comme n.1≠0n.1\not= 0 dans K, ce polynôme minimal est séparable (V, p. 75), et comme le corps K est algébriquement clos, l’endomorphisme π(g)\pi (g) de M est diagonalisable (VII, p. 39, prop. 12). Les valeurs propres de π(g)\pi (g) sont des racines nn-èmes de l’unité et, pour tout α∈K\alpha \in K, la multiplicité géométrique de α\alpha comme valeur propre de π(g)\pi (g) (VII, p. 29, déf. 1) est égale à la multiplicité de α\alpha comme racine du polynôme caractéristique de π(g)\pi (g). Notons On\mathscr{O}_n le sous-groupe de K engendré par l’ensemble μn(K)\mu_n(K) des racines nn-èmes de l’unité ; c’est un Z\mathbf{Z}-module de type fini et un sous-anneau de K. Le caractère de π\pi prend ses valeurs dans On\mathscr{O}_n.

Proposition 9 00NZ

Supposons le corps K de caractéristique nulle. Alors le degré de toute représentation simple de G divise le cardinal de G.

Soient (V,π)(V, \pi ) une représentation simple de G et χ\chi son caractère. Pour tout élément aa de Z(K[G]), l’endomorphisme π(a)\pi (a) de V est une homothétie (VIII, p. 43, th. 1) ; notons φ(a)\varphi (a) le scalaire tel que π(a)=φ(a)V\pi (a) =\varphi (a)_V. L’application φ\varphi de Z(K[G]) dans K ainsi définie est un homomorphisme d’algèbres. Prenons a=∑g∈Gχ(g−1)ga=\sum_{g\in G}\chi (g^{-1})g; d’après la remarque de VIII, p. 398, on a φ(a)=\varphi (a) = (dim VV)−1∣G∣^{-1}|G|. D’autre part aa appartient au sous-anneau On[G]∩Z(K[G])\mathscr{O}_n[G]\cap Z(K[G]) de K[G], qui est un Z\mathbf{Z}-module de type fini (VII, p. 15, cor.). Ainsi l’élément φ(a)=\varphi (a) = (dim VV)−1∣G∣^{-1}|G| de K appartient à un sous-anneau de K qui est un Z\mathbf{Z}-module de type fini. On conclut à l’aide du lemme suivant :

Lemme 00O0

Soit L une extension de Q\mathbf{Q}. Soit A un sous-anneau de L. On suppose que A est un Z\mathbf{Z}-module de type fini. On a A∩Q=ZA\cap \mathbf{Q} = \mathbf{Z}.

Comme le Z\mathbf{Z}-module A∩QA\cap \mathbf{Q}est de type fini, il existe un entier N strictement positif tel que A∩QA\cap \mathbf{Q}soit contenu dans 1NZ\frac{1}{N}\mathbf{Z}. Soit xx un élément de Q−Z\mathbf{Q}-\mathbf{Z}; écrivons x=pqx=\frac{p}{q}, où pp et qq sont des entiers premiers entre eux et q⩾2q\geqslant 2. On a qN⩾2N>Nq^N\geqslant 2^N>N (E, III, p. 30, th. 2), les entiers pNp^N et qNq^N sont premiers entre eux et par suite xN∉1NZx^N\notin\frac{1}{N}\mathbf{Z}. Par conséquent xx n’appartient pas à A, d’où le lemme.

Nous étendrons au numéro suivant la proposition 9 au cas où l’on suppose seulement que la caractéristique de K ne divise pas l’ordre de G.

12. Changement de corps de base

Conservons les notations du numéro précédent. Soit K′K' un corps algébriquement clos tel que l’élément n.1n.1 de K′K' ne soit pas nul. Les groupes μn(K)\mu_n(K) et μn(K′)\mu_n(K') sont cycliques d’ordre nn (V, p. 75, th. 1). Choisissons un isomorphisme φ\varphi de μn(K)\mu_n(K) sur μn(K′)\mu_n(K'). Soit π\pi une représentation linéaire de G dans un K-espace vectoriel de dimension finie et soit π′\pi ' une représentation linéaire de G dans un K′K'-espace vectoriel de dimension finie. On dira que π\pi et π′\pi ' sont apparentées (par φ\varphi ) si pour tout g∈Gg\in G et tout ω∈μn\omega \in \mu_n(K), la multiplicité de ω\omega comme valeur propre de π(g)\pi (g) est égale à la multiplicité de φ(ω)\varphi (\omega ) comme valeur propre de π′(g)\pi '(g). S’il en est ainsi, π\pi et π′\pi ' ont même dimension, comme on le voit en prenant g=1g= 1.

Soient π1\pi_1 et π2\pi_2 (resp. π1′\pi '_1 et π2′\pi '_2) des représentations linéaires de G dans des espaces vectoriels de dimension finie sur K (resp. K′K'). On a les propriétés suivantes :

a) Si π1\pi_1 est apparentée à π1′\pi '_1 et π2′\pi '_2, alors π1′\pi '_1 et π2′\pi '_2 sont isomorphes ;

b) Si π1\pi_1 est apparentée à π1′\pi '_1, et π2\pi_2 à π2′\pi '_2, alors π1⊕π2\pi_1\oplus \pi_2 est apparentée à π1′⊕π2′\pi '_1\oplus \pi '_2, et π1⊗π2\pi_1\otimes \pi_2 est apparentée à π1′⊗π2′\pi '_1\otimes \pi '_2.

L’assertion a) résulte du cor. 5 de VIII, p. 392 et l’assertion b) est claire.

On note ici SK(G)\mathscr{S}_K(G) l’ensemble des classes de K[G]-modules simples, noté précédemment G^\widehat{G} et on définit SK′(G)\mathscr{S}_{K'}(G) de manière analogue. Les ensembles SK(G)\mathscr{S}_K(G) et SK′(G)\mathscr{S}_{K'}(G) sont tous deux finis, de cardinal le nombre de clases de conjugaison (VIII, p. 401, prop. 5).

Proposition 10 00O1

Il existe une unique application φG\varphi_G de SK(G)\mathscr{S}_K(G)dans SK′(G)\mathscr{S}_{K'}(G) telle que λ\lambda et φG(λ)\varphi_G(\lambda )soient apparentées par φ\varphi pour tout λ\lambda dans SK(G)\mathscr{S}_K(G). De plus, φG\varphi_G est bijective.

L’unicité de φG\varphi_G résulte de la propriété a) ci-dessus.

A) Supposons le corps K de caractéristique 0.

Le groupe μn(K)\mu_n(K) est cyclique (V, p. 75, th. 1) ; choisissons un générateur ζ\zeta de ce groupe. Considérons l’homomorphisme d’anneaux ρ:Z[X]→On\rho : \mathbf{Z}[X]\rightarrow \mathscr{O}_n qui applique X sur ζ\zeta. Il est surjectif. Le polynôme cyclotomique Φn(X)\Phi_n(X) est irréductible dans Q[X]\mathbf{Q}[X] (V, p. 80, th. 2) ; c’est donc le polynôme minimal de ζ\zeta sur Q\mathbf{Q}. Le polynôme Φn\Phi_n est un polynôme unitaire à coefficients entiers (V, p. 78). Soit P∈Z[X]P\in \mathbf{Z}[X] un polynôme tel que P(ζ)=0P(\zeta ) = 0; d’après la division euclidienne des polynômes (IV, p. 10), il existe deux polynômes Q et R de Z[X]\mathbf{Z}[X] tels que P = QΦn+R_n+ R et deg(R) << deg(Φn_n). On a R(ζ)=0R(\zeta ) = 0, donc R = 0 puisque Φn\Phi_n est le polynôme minimal de ζ\zeta. Par conséquent, le noyau de ρ\rho est l’idéal ΦnZ[X]\Phi_n\mathbf{Z}[X] de Z[X]\mathbf{Z}[X] et ρ\rho induit un isomorphisme d’anneaux de Z[X]/ΦnZ[X]\mathbf{Z}[X]/\Phi_n\mathbf{Z}[X] sur On\mathscr{O}_n.

Posons ζ′=φ(ζ)\zeta '=\varphi (\zeta ); c’est une racine primitive nn-ème de l’unité dans K′K', et l’on a donc Φn(ζ′)=0\Phi_n(\zeta ') = 0 (V, p. 80, lemme 3). Par suite, il existe un homomorphisme φ0\varphi_0 de l’anneau On\mathscr{O}_n dans le corps K′K' qui transforme ζ\zeta en ζ′\zeta '; il prolonge l’application φ\varphi de μn(K)\mu_n(K) dans μn(K′)\mu_n(K'). Soit O\mathscr{O} le sous-anneau de K formé des éléments anr\frac{a}{n^r} avec a∈Ona\in \mathscr{O}_n et r∈Nr\in \mathbf{N}. Comme n.1n.1 est inversible dans K′K', l’homomorphisme φ0\varphi_0 se prolonge en un homomorphisme φ1\varphi_1 de O\mathscr{O} dans K′K'.

Identifions l’algèbre O[G]\mathscr{O}[G] du groupe G sur O\mathscr{O} à un sous-anneau de l’algèbre K[G], et définissons un homomorphisme d’anneaux Φ de O[G]\mathscr{O}[G] dans K′[G]K'[G] par la formule

Φ(∑g∈Gagg)=∑g∈Gφ1(ag)g(42) \Phi (\sum_{g\in G}a_gg)=\sum_{g\in G}\varphi_1(a_g)g \tag{42}

Notons C\mathscr{C} l’ensemble des classes de conjugaison de G. Pour C dans C\mathscr{C}, notons uCu_C l’élément ∑g∈Cg\sum_{g\in C}g de O[G]\mathscr{O}[G]; la famille (uC)C∈C(u_C)_{C\in\mathscr{C}} est une base sur O\mathscr{O} du centre Z(O[G])Z(\mathscr{O}[G]) de l’algèbre O[G]\mathscr{O}[G] (VIII, p. 388). Pour tout élément λ\lambda de SK\mathscr{S}_K(G), notons χλ\chi_{\lambda} son caractère, dλd_{\lambda} sa dimension et eλe_{\lambda} l’élément de K[G] défini par

eλ=∣G∣−1dλ∑g∈Gχλ(g−1)g(43) e_{\lambda}=|G|^{-1}d_{\lambda}\sum_{g\in G}\chi_{\lambda}(g^{-1})g \tag{43}

La famille (eλ)(e_{\lambda}) est une base sur K du centre Z(K[G]) de l’anneau K[G] (VIII, p. 398). On a

eλ=∑C∈Cαλ,CuC(44) e_{\lambda}=\sum_{C\in\mathscr{C}}\alpha_{\lambda ,C}u_C \tag{44}

avec

αλ,C=∣G∣−1dλχλ(C−1)(45) \alpha_{\lambda ,C}=|G|^{-1}d_{\lambda}\chi_{\lambda}(C^{-1}) \tag{45}

Pour C∈CC\in \mathscr{C} et λ∈SK\lambda \in \mathscr{S}_K(G), posons βC,λ=∣G∣dλ−1d(C)−1χλ(C)\beta_{C,\lambda}=|G|d^{-1}_{\lambda}d(C)^{-1}\chi_{\lambda}(C). La matrice (αλ,C)(\alpha_{\lambda ,C}) a ses éléments dans O\mathscr{O} et il résulte de la formule (31) de VIII, p. 401 que sa matrice inverse est la matrice (βC,λ)(\beta_{C,\lambda}), qui a aussi ses éléments dans O\mathscr{O} en vertu de la prop. 9 de VIII, p. 405. Par conséquent, la famille (eλ)(e_{\lambda}) est une base du O\mathscr{O}-module Z(O[G])Z(\mathscr{O}[G]).

Les éléments Φ(uC)=∑g∈Cg\Phi (u_C) =\sum_{g\in C}g de K′[G]K'[G] forment une base sur K′K' du centre Z(K′[G])Z(K'[G]) de l’anneau K′[G]K'[G]. On a

Φ(eλ)=∑C∈Cφ1(αλ,C)Φ(uC)(46) \Phi (e_{\lambda}) =\sum_{C\in\mathscr{C}}\varphi_1(\alpha_{\lambda ,C}) \Phi (u_C) \tag{46}

et la matrice d’éléments φ1(αλ,C)\varphi_1(\alpha_{\lambda ,C}) est inversible. La famille des Φ(eλ)\Phi (e_{\lambda}) est donc une base de Z(K′[G])Z(K'[G]). La famille (eλ)(e_{\lambda}) est une partition de l’idempotent 1 dans Z(K[G]) (VIII, p. 141 et p. 398) ; autrement dit, on a

∑λeλ=1,eλ2=eλ,eλeμ=0\sum_{\lambda}e_{\lambda}= 1,e^2_{\lambda}=e_{\lambda},e_{\lambda}e_{\mu}= 0 si λ≠μ\lambda \not=\mu.

Il en résulte que la famille des Φ(eλ)\Phi (e_{\lambda}) est une partition de l’idempotent 1 dans Z(K′[G])Z(K'[G]); comme cette famille est une base de Z(K′[G])Z(K'[G]) sur K′K', ses éléments sont les idempotents indécomposables de Z(K′[G])Z(K'[G]) (VIII, p. 143, remarque 4).

Pour λ′\lambda ' dans SK′\mathscr{S}_{K'}(G), définissons comme ci-dessus χλ′,dλ′\chi_{\lambda'},d_{\lambda'} et eλ′e_{\lambda'}. D’après VIII, p. 398, les éléments eλ′e_{\lambda'} sont les idempotents indécomposables de Z(K′[G])Z(K'[G]). Il existe donc une bijection φG\varphi_G de SK(G)\mathscr{S}_K(G) sur SK′(G)\mathscr{S}_{K'}(G) telle que Φ(eλ)=eφG(λ)\Phi (e_{\lambda}) =e_{\varphi_G(\lambda)} pour tout λ\lambda dans SK(G)\mathscr{S}_K(G).

Soit λ\lambda dans SK(G)\mathscr{S}_K(G); posons λ′=φG(λ)\lambda '=\varphi_G(\lambda ). Soit (Vλ,πλ)(V_{\lambda}, \pi_{\lambda}) (resp. (Vλ′,πλ′)(V_{\lambda'}, \pi_{\lambda'})) une représentation linéaire de G dont le K[G]-module (resp. K′K'[G]-module) associé soit de classe λ\lambda (resp. λ′\lambda '). Démontrons que λ\lambda et λ′\lambda ' sont apparentées. Soit gg un élément de G. Soit δ(T)\delta (T) le déterminant de l’endomorphisme 1+Tπλ(g)1 + T\pi_{\lambda}(g) du K[T]-module K[T]⊗KVλK[T]\otimes_KV_{\lambda}. Soient ω1,...,ωdλ\omega_1, . . . , \omega_{d_{\lambda}} les valeurs propres de πλ(g)\pi_{\lambda}(g); on a

δ(T)=(1+Tω1)...(1+Tωdλ) \delta (T) = (1 + T\omega_1). . .(1 + T\omega_{d_{\lambda}})

On définit de même δ′(T)\delta '(T) et on note ω1′,...,ωdλ′′\omega '_1, . . . , \omega '_{d_{\lambda'}} les valeurs propres de πλ′(g)\pi_{\lambda'}(g). Le O\mathscr{O}-module O[G]\mathscr{O}[G] est libre de base G et le K-espace vectoriel K[G] a pour base G. Notons Δ(T) le déterminant de la multiplication par 1+eλgT1 +e_{\lambda}gT dans le O\mathscr{O}[T]-module O[T]⊗OO[G]\mathscr{O}[T]\otimes_{\mathscr{O}}\mathscr{O}[G]. C’est aussi le déterminant de la multiplication par 1+eλgT1 +e_{\lambda}gT dans le K[T]-module K[T]⊗KK[G]K[T]\otimes_KK[G]. Soit φ‾1\overline{\varphi}_1 l’homomorphisme de O[T]\mathscr{O}[T] dans K′[T]K'[T] qui prolonge φ1\varphi_1 et applique T sur T. Comme G est une base du K′K'-espace vectoriel K′[G]K'[G], le polynôme φ‾1(Δ(T))\overline{\varphi}_1(\Delta (T)) est égal au déterminant Δ′(T)\Delta '(T) de la multiplication par 1+eλ′gT1 +e_{\lambda'}gT dans le K′K'-espace vectoriel K′[G]K'[G].

L’algèbre K[G] est somme directe de ses composants simples eμK[G]e_{\mu}K[G] pour μ\mu parcourant SK(G)\mathscr{S}_K(G). Pour μ\mu distinct de λ\lambda, l’élément eλge_{\lambda}g annule eμK[G]e_{\mu}K[G]; de plus, la multiplication par eλge_{\lambda}g coïncide avec la multiplication par gg dans eλK[G]e_{\lambda}K[G]. Compte tenu de VIII, p. 398 et de l’exemple 6 de VIII, p. 390, la représentation de G dans eλK[G]e_{\lambda}K[G] est somme directe de dλd_{\lambda} représentations de classe λ\lambda. On a par suite Δ(T)=δ(T)dλ\Delta (T) =\delta (T)^{d_{\lambda}}.

De manière analogue, on a Δ′(T)=δ′(T)dλ′\Delta '(T) =\delta '(T)^{d_{\lambda'}}.

De la relation Δ′(T)=φ‾1\Delta '(T) =\overline{\varphi}_1(Δ(T)), on déduit d’abord que dλ2=dλ′2d^2_{\lambda}=d^2_{\lambda'}, d’où dλ=dλ′d_{\lambda}=d_{\lambda'} puis le fait que la suite φ(ω1),...,φ(ωdλ)\varphi (\omega_1), . . . , \varphi (\omega_{d_{\lambda}}) se déduit de la suite (ω1′,...,ωdλ′′′)(\omega '_1, . . . , \omega '_{d'_{\lambda'}}) par une permutation de l’ensemble des indices.

Ceci étant prouvé pour tout élément gg de G, les représentations λ\lambda et λ′\lambda ' sont apparentées. On a donc prouvé la proposition 10 lorsque le corps K est de caractéristique 0.

B) Cas général.

Soit L un corps algébriquement clos de caractéristique 0 (par exemple, une clôture algébrique de Q\mathbf{Q}). Notons SL(G)\mathscr{S}_L(G) l’ensemble des classes de L[G]-modules simples. Choisissons un isomorphisme η\eta du groupe μn(L)\mu_n(L) sur le groupe μn(K)\mu_n(K) et posons η′=φ∘η\eta '=\varphi \circ \eta. D’après la partie A) de la démonstration, il existe des bijections

ηG:SL(G)→SK(G),ηG′:SL(G)→SK′(G) \eta_G:\mathscr{S}_L(G)\rightarrow \mathscr{S}_K(G), \eta '_G:\mathscr{S}_L(G)\rightarrow \mathscr{S}_{K'}(G)

possédant la propriété suivante : pour tout λ\lambda dans SL\mathscr{S}_L(G), les représentations λ\lambda et ηG(λ)\eta_G(\lambda ) sont apparentées par η\eta, et les représentations λ\lambda et ηG′(λ)\eta '_G(\lambda ) sont apparentées par η′\eta '. La bijection φG=ηG′∘ηG−1\varphi_G=\eta '_G\circ \eta_G^{-1} convient.

La bijection φG\varphi_G de SK(G)\mathscr{S}_K(G) sur SK′(G)\mathscr{S}_{K'}(G) se prolonge en un isomorphisme, encore noté φG\varphi_G, du groupe de Grothendieck RK(G)R_K(G) sur le groupe RK′(G)R_{K'}(G).

Remarque 1 00O2

Supposons que K′K' soit une extension de K et que l’isomorphisme φ\varphi soit l’application ξ→ξ.1\xi \rightarrow \xi .1, alors l’application φG\varphi_G est donnée par l’extension des scalaires de K à K′K'.

Corollaire 1 00O3

L’application φG\varphi_G est un isomorphisme d’anneaux de RK(G)R_K(G) sur RK′(G)R_{K'}(G). Pour toute représentation π\pi de dimension finie de GG dans un KK-espace vectoriel, on a φG([π])=[π′]\varphi_G([\pi]) = [\pi'], où π′\pi' est une représentation apparentée à π\pi par φ\varphi.

Cela résulte de la semi-simplicité des représentations de GG et de la propriété b) de VIII, p. 406.

Corollaire 2 00O4

La dimension de toute représentation simple de GG divise l’ordre de GG.

Cela résulte de la prop. 10 et de la prop. 9 de VIII, p. 405.

Remarque 2 00O5

Supposons le groupe GG commutatif. On a vu dans la remarque de VIII, p. 404 que IK(G)\mathscr{I}_K(G) s’identifie à l’ensemble Hom⁡(G,μn(K))\operatorname{Hom}(G, \mu_n(K)). De manière analogue, IK′(G)\mathscr{I}_{K'}(G) s’identifie à Hom⁡(G,μn(K′))\operatorname{Hom}(G, \mu_n(K')). Avec ces identifications, la bijection φG\varphi_G n’est autre que l’application χ↦φ∘χ\chi \mapsto \varphi \circ \chi.

Remarque 3 00O6

Soient π1\pi_1 et π2\pi_2 des représentations linéaires de GG dans des espaces vectoriels de dimension finie sur KK. Pour i=1,2i = 1, 2, soit πi′\pi'_i une représentation apparentée à πi\pi_i par φ\varphi. On a

dim⁡KHom⁡K(π1,π2)=dim⁡K′Hom⁡K′(π1′,π2′). \dim_K \operatorname{Hom}_K(\pi_1, \pi_2) = \dim_{K'} \operatorname{Hom}_{K'}(\pi'_1, \pi'_2).

Cela se démontre comme dans le corollaire de VIII, p. 400 par réduction au cas où les πi\pi_i (et donc les πi′\pi'_i) sont simples.

Remarque 4 00O7

Soit HH un sous-groupe de GG de cardinal mm. L’isomorphisme φ\varphi induit par passage aux sous-ensembles un isomorphisme de μm(K)\mu_m(K) sur μm(K′)\mu_m(K') et, par conséquent, un isomorphisme d’anneaux φH\varphi_H de RK(H)R_K(H) sur RK′(H)R_{K'}(H) Les diagrammes suivants sont commutatifs :

RK(G)→Res⁡HGRK(H)↓φG↓φHRK′(G)→Res⁡HG′RK′(H) \begin{array}{ccc} R_K(G) & \xrightarrow{\operatorname{Res}_H^G} & R_K(H) \\ \downarrow \varphi_G & & \downarrow \varphi_H \\ R_{K'}(G) & \xrightarrow{\operatorname{Res}_H^{G'}} & R_{K'}(H) \end{array}
RK(H)→Ind⁡HGRK(G)↓φH↓φGRK′(H)→Ind⁡HG′RK′(G). \begin{array}{ccc} R_K(H) & \xrightarrow{\operatorname{Ind}_H^G} & R_K(G) \\ \downarrow \varphi_H & & \downarrow \varphi_G \\ R_{K'}(H) & \xrightarrow{\operatorname{Ind}_H^{G'}} & R_{K'}(G). \end{array}

La commutativité du premier diagramme est évidente et celle du deuxième s’en déduit à l’aide de la réciprocité de Frobenius et de la formule (47).

Remarque 5 00O8

Supposons que GG soit le produit G′×G′′G' \times G'' de deux groupes finis. On définit, comme dans l’exemple précédent des isomorphismes φG′\varphi_{G'} et φG′′\varphi_{G''}. On a alors un diagramme commutatif

RK(G′)⊗ZRK(G′′)→κRK(G)↓φG′⊗φG′′↓φGRK′(G′)⊗ZRK′(G′′)→κ′RK′(G), \begin{array}{ccc} R_K(G') \otimes_{\mathbf{Z}} R_K(G'') & \xrightarrow{\kappa} & R_K(G) \\ \downarrow \varphi_{G'} \otimes \varphi_{G''} & & \downarrow \varphi_G \\ R_{K'}(G') \otimes_{\mathbf{Z}} R_{K'}(G'') & \xrightarrow{\kappa'} & R_{K'}(G), \end{array}

où les isomorphismes κ\kappa et κ′\kappa' sont ceux définis en VIII, p. 396.

\*13. Représentations linéaires complexes

Dans ce numéro, on suppose que KK est le corps C\mathbf{C} des nombres complexes.

Soit (M,π)(M, \pi) une représentation linéaire de GG. On dit qu’une forme hermitienne Φ\Phi sur MM est invariante par GG si l’on a

Φ(π(g)x,π(g)x′)=Φ(x,x′) \Phi(\pi(g)x, \pi(g)x') = \Phi(x, x')

pour tous x,x′∈Mx, x' \in M et tout g∈Gg \in G. Cela signifie aussi que pour tout g∈Gg \in G l’automorphisme π(g)\pi(g) de MM est unitaire par rapport à Φ\Phi.

Proposition 11 00O9

Soit (M,π)(M, \pi) une représentation linéaire de GG, de dimension finie. a) Il existe sur MM une forme hermitienne, positive, séparante et invariante par GG. b) Supposons la représentation π\pi simple; si Φ\Phi et Ψ\Psi sont des formes hermitiennes non nulles sur MM, invariantes par GG, il existe un nombre réel aa tel que Ψ=aΦ\Psi = a \Phi.

Sur l’espace vectoriel MM, choisissons une forme hermitienne, positive et séparante, notée Φ0\Phi_0. On définit une forme hermitienne Φ\Phi, positive, séparante et invariante par GG en posant

Φ(x,x′)=∑g∈GΦ0(π(g)x,π(g)x′) \Phi(x, x') = \sum_{g \in G} \Phi_0(\pi(g)x, \pi(g)x')

pour x,x′∈Mx, x' \in M.

Soit Ψ\Psi une forme hermitienne sur MM; il existe un unique endomorphisme AA de MM tel que Ψ(x,x′)=Φ(x,Ax′)\Psi(x, x') = \Phi(x, Ax') pour x,x′x, x' dans MM. Si, de plus, Ψ\Psi est invariante par GG, l’endomorphisme AA commute aux automorphismes π(g)\pi(g) pour g∈Gg \in G. Si la représentation π\pi est simple, d’après le lemme de Schur (VIII, p. 43, th. 1), AA est une homothétie et il existe donc un nombre complexe aa tel que Ψ=aΦ\Psi =a\Phi. Comme Φ et Ψ sont hermitiennes et Φ non nulle, aa est un nombre réel, d’où la proposition.

On munit l’espace vectoriel C[G]\mathbf{C}[G] des fonctions complexes sur G de la structure d’espace hilbertien dont le produit scalaire est donné par

⟨f∣f′⟩G=∣G∣−1∑g∈Gf(g)‾f′(g)(50) \langle f|f'\rangle_G=|G|^{-1}\sum_{g\in G}\overline{f(g)}f'(g) \tag{50}

Pour toute fonction f∈C[G]f\in \mathbf{C}[G], on note f∗f^* la fonction définie par

f∗(g)=f(g−1)‾(51) f^*(g) =\overline{f(g^{-1})} \tag{51}

pour g∈Gg\in G; on a (f∗)∗=f(f^*)^*=f. On a aussi

⟨f∣f′⟩G=⟨f∗,f′⟩G(52) \langle f|f'\rangle_G=\langle f^*, f'\rangle_G \tag{52}

pour f,f′∈C[G]f, f'\in \mathbf{C}[G], avec les notations de la formule (28) de VIII, p. 400. On a donc

⟨f∣f′⟩G=∣G∣−2τ(f∗f′)(53) \langle f|f'\rangle_G=|G|^{-2}\tau (f^*f') \tag{53}

Soit (M,π)(M, \pi ) une représentation linéaire de G, de dimension finie. Munissons l’espace vectoriel M d’une structure d’espace hilbertien pour laquelle les endomorphismes π(g)\pi (g) sont unitaires (prop. 11). Si l’on note A∗A^* l’adjoint d’un endomorphisme A de M pour cette structure, on a Tr(A∗A^*) == Tr(A). Pour tout g∈Gg\in G, on a π(g−1)=π(g)∗\pi (g^{-1}) =\pi (g)^* d’où χπ(g−1)=χπ(g)\chi_{\pi}(g^{-1}) =\chi_{\pi}(g); autrement dit, on a χπ=χπ∗\chi_{\pi}=\chi^*_{\pi}. La relation d’orthogonalité des caractères (VIII, p. 400, prop. 4) prend alors la forme

⟨χλ∣χμ⟩G=δλμ(54) \langle \chi_{\lambda}|\chi_{\mu}\rangle_G=\delta_{\lambda \mu} \tag{54}

pour λ,μ∈G^\lambda , \mu \in \widehat{G}; elle exprime que la famille des caractères (χλ)λ∈G^(\chi_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} des représentations simples de G est une base orthonormale de l’espace hilbertien Z(C[G])Z(\mathbf{C}[G])des fonctions centrales.

Soient π\pi et π′\pi ' des représentations linéaires de G, de dimension finie. On a la relation ⟨χπ∣χπ′⟩G=\langle \chi_{\pi}|\chi_{\pi'}\rangle_G= dimC_{\mathbf{C}} HomG(π,π′)_G(\pi , \pi ') (VIII, p. 400, cor.). La représentation π\pi est irréductible si et seulement si ⟨χπ∣χπ⟩G=1\langle \chi_{\pi}|\chi_{\pi}\rangle_G= 1.

Pour tout élément λ\lambda de G^\widehat{G}, munissons l’espace vectoriel VλV_{\lambda} d’une structure d’espace hilbertien pour laquelle les automorphismes πλ(g)\pi_{\lambda}(g) soient unitaires, et notons ⟨v∣v′⟩λ\langle v|v'\rangle_{\lambda} le produit scalaire de deux éléments v,v′v, v' de VλV_{\lambda} et u∗u^* l’adjoint d’un endomorphisme uu de VλV_{\lambda}. Soient A=(Aλ)λ∈G^A = (A_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} et A′=(Aλ′)λ∈G^A'= (A'_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}} des éléments de F(G^)F(\widehat{G}). Notons A∗=(Aλ∗)λ∈G^A^*= (A^*_{\lambda})_{\lambda\in\widehat{G}}. On a F(a∗)=(F‾(a))∗\mathscr{F}(a^*) = (\overline{\mathscr{F}}(a))^* pour tout élément aa de C[G]\mathbf{C}[G]. Posons

⟨A∣A′⟩G^=∣G∣−2τ^(A∗A′)(55) \langle A|A'\rangle_{\widehat{G}}=|G|^{-2}\widehat{\tau}(A^*A') \tag{55}

D’après la formule (10) de VIII, p. 397, on a

(56) ⟨A∣A′⟩G^=1∣∣2∑dλ\langle A|A'\rangle_{\widehat{G}}=\frac{1}{||^2}\sum d_{\lambda} Tr(Aλ∗Aλ′^*_{\lambda}A'_{\lambda}).

G λ∈G^_{\lambda\in\widehat{G}}

Comme τ^∘F‾=τ\widehat{\tau}\circ \overline{\mathscr{F}}=\tau les formules (53) et (55) entraînent que l’application F‾\overline{\mathscr{F}} est un isomorphisme d’espaces hilbertiens de C[G]\mathbf{C}[G] sur F(G^)F(\widehat{G}).

Les relations d’orthogonalité de Schur (VIII, p. 399) peuvent être reformulées à l’aide des produits scalaires hilbertiens. Ainsi, les relations (21) et (24) donnent les assertions suivantes. Pour λ∈G^\lambda \in \widehat{G} et pour x,x′,y,y′x, x', y, y' dans VλV_{\lambda}, on a

∣G∣−1∑g∈G⟨x∣πλ(g)x′⟩λ‾⟨y∣πλ(g)y′⟩λ=dλ−1⟨x∣y⟩λ‾⟨x′∣y′⟩λ(57) |G|^{-1}\sum_{g\in G}\overline{\langle x|\pi_{\lambda}(g) x'\rangle_{\lambda}}\langle y|\pi_{\lambda}(g)y'\rangle_{\lambda}=d^{-1}_{\lambda}\overline{\langle x|y\rangle_{\lambda}}\langle x'|y'\rangle_{\lambda} \tag{57}

Si λ\lambda et μ\mu sont deux éléments distincts de G^\widehat{G}, pour x,x′x, x' dans VλV_{\lambda} et y,y′y, y' dans VμV_{\mu}, on a

∑g∈G⟨x∣πλ(g)x′⟩λ‾⟨y∣πμ(g)y′⟩μ=0(58) \sum_{g\in G}\overline{\langle x|\pi_{\lambda}(g) x'\rangle_{\lambda}}\langle y|\pi_{\mu}(g)y'\rangle_{\mu}= 0 \tag{58}

Pour tout λ∈G^\lambda \in \widehat{G}, choisissons une base orthonormale (eλ,i)1⩽i⩽dλ(e_{\lambda ,i})_{1\leqslant i\leqslant d_{\lambda}} de VλV_{\lambda}. Pour tout g∈Gg\in G, notons (πijλ(g))(\pi_{ij}^{\lambda}(g)) la matrice de l’endomorphisme πλ(g)\pi_{\lambda}(g) de VλV_{\lambda} par rapport à cette base ; on a

πijλ(g)=⟨eλ,i∣πλ(g)eλ,j⟩λ(59) \pi^{\lambda}_{ij}(g) =\langle e_{\lambda ,i}|\pi_{\lambda}(g)e_{\lambda ,j}\rangle_{\lambda} \tag{59}

Comme l’endomorphisme πλ(g)\pi_{\lambda}(g) est unitaire, son inverse est égal à πλ(g)∗\pi_{\lambda}(g)^*, d’où (60) πijλ(g)=πjiλ(g−1)\pi^{\lambda}_{ij}(g) =\pi_{ji}^{\lambda}(g^{-1}).

Il résulte alors des formules (22) de VIII, p. 399 et (25) p. 399, que les fonctions (dλ)1/2πijλ(d_{\lambda})^{1/2}\pi_{ij}^{\lambda}, pour λ∈G^,1⩽i⩽dλ,1⩽j⩽dλ\lambda \in \widehat{G}, 1\leqslant i\leqslant d_{\lambda}, 1\leqslant j\leqslant d_{\lambda}, forment une base orthonormale de l’espace hilbertien C[G].∗\mathbf{C}[G].*

Exercices

See the exercises for § 21.

[^1]: Les éléments de HomG(π,π′)_G(\pi , \pi ') sont parfois appelés opérateurs d’entrelacement de π\pi et π′\pi '.

Transcribed from the printed volume. Not translated.