Appendice 1 algèbres sans élément unité
Dans cet appendice, la lettre désigne un anneau commutatif ; les -algèbres sont supposées associatives mais non nécessairement unifères.
1. Idéaux réguliers
Soit A une -algèbre. Rappelons (III, p. 4) qu’on appelle idéal à gauche de A un sous--module de A tel que les relations entraînent . On définit de façon similaire les notions d’idéal à droite et d’idéal bilatère. Si A est une -algèbre et un idéal bilatère de A, la multiplication de A définit par passage aux quotients une structure de -algèbre sur le -module loc. cit.).
On dit qu’un idéal à gauche de A est maximal si c’est un élément maximal de l’ensemble des idéaux à gauche de A distincts de A pour la relation d’inclusion.
Définition 1 00P4
Soient A une -algèbre et un idéal à gauche de A. Un élément de A tel que appartienne à pour tout s’appelle une unité à droite modulo . On dit que l’idéal est régulier s’il existe une unité à droite modulo .
On dit de même qu’un idéal à droite de A est régulier si A possède une unité à gauche modulo , c’est-à-dire un élément tel que pour tout . Lorsqu’un idéal est bilatère on veillera à préciser s’il est régulier en tant qu’idéal à gauche ou en tant qu’idéal à droite.
Lorsque l’algèbre A est unifère, l’élément unité de A est une unité à droite modulo pour tout idéal à gauche de A ; dans ce cas, tout idéal à gauche (ou à droite) de A est régulier. Par contre, si A est une -algèbre dont tout élément est nilpotent, A est le seul idéal (à gauche ou à droite) de A qui soit régulier.
Soient un idéal à gauche régulier de A et une unité à droite modulo . Si est un idéal à gauche de A contenant est une unité à droite modulo , donc est régulier. Ainsi les idéaux à gauche de A qui sont maximaux et réguliers sont les éléments maximaux de l’ensemble des idéaux à gauche réguliers de A distincts de A. De plus, pour qu’un idéal à gauche de A contenant soit distinct de A, il faut et il suffit que n’appartienne pas à . L’ensemble des idéaux à gauche de A contenant et distincts de A, ordonné par inclusion, est donc inductif. Le théorème 2 de E, III, p. 20, appliqué à cet ensemble entraîne le résultat suivant :
Proposition 1 00P5
Tout idéal à gauche (resp. à droite) de A, qui est régulier et distinct de A, est contenu dans un idéal à gauche (resp. à droite) maximal régulier.
Proposition 2 00P6
Soient A une -algèbre commutative. Pour qu’un idéal de A soit maximal régulier, il faut et il suffit que le pseudo-anneau (I, p. 93) soit un corps.
Pour qu’un élément de A soit une unité (à droite ou à gauche) modulo , il faut et il suffit que l’image canonique de dans soit un élément unité de l’algèbre . Pour que l’idéal soit régulier il faut et il suffit donc que l’algèbre soit unifère. Supposons ces conditions satisfaites.
L’application est une bijection de l’ensemble des idéaux de l’algèbre A contenant sur l’ensemble des idéaux de l’algèbre . Ceux-ci sont les idéaux de l’anneau puisque cette algèbre est unifère. Enfin, d’après le th. 1 de I, p. 109, l’anneau est un corps si et seulement s’il n’est pas nul et que ses seuls idéaux sont 0 et lui-même. La proposition résulte de là.
Exemple 1 00P7
Soit V un espace vectoriel de dimension infinie sur un corps commutatif K. Soit End la sous-K-algèbre de End formée des endomorphismes de rang fini. Soit W un sous-espace vectoriel de V et soit l’ensemble des éléments de End dont le noyau contient W ; c’est un idéal à gauche de End. Un élément de End est une unité à droite modulo si et seulement si l’on a pour tout . Pour qu’un tel élément existe, c’est-à-dire pour que soit régulier, il faut et il suffit que W soit de dimension finie. Pour que soit maximal et régulier, il faut et il suffit que W soit de dimension 1.
Exemple 2 00P8
Soit T un espace localement compact et soit la -algèbre commutative
des applications continues de T dans , tendant vers 0 à l’infini (TG, X, p. 40) ; elle est unifère si et seulement si T est compact. Soit F une partie fermée de T, et soit l’ensemble des éléments de dont la restriction à F est la fonction nulle ; c’est un idéal de . Un élément de est une unité modulo si et seulement si l’on a pour tout . Pour qu’un tel élément existe, c’est-à-dire pour que soit régulier, il faut et il suffit que F soit compact. L’application est une bijection de T sur l’ensemble des idéaux maximaux réguliers de (TS, I, §3, n et 2). Supposons que T ne soit pas compact et notons la partie de formée des fonctions à support compact ; alors est un idéal de qui n’est contenu dans aucun idéal régulier de .
Exemple 3 00P9
Soit l’algèbre de convolution du groupe localement compact . Rappelons (INT, VIII, §4, n) que est l’espace des classes de fonctions sur intégrables pour la mesure de Lebesgue ; le produit des classes de deux fonctions et est la classe de la fonction définie pour presque tout par la formule
L’algèbre n’est pas unifère. Pour tout dans , notons l’ensemble des éléments de satisfaisant à
D’après TS, II, §3, n 1, th. 1, l’application est une bijection de sur l’ensemble des idéaux maximaux réguliers de l’algèbre
2. Adjonction d’un élément unité
Soit A une -algèbre. On a défini en III, p. 5, l’algèbre unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité . On identifie A à un idéal bilatère de . Le -module est somme directe des sous-modules et A.
Proposition 3 00PA
a) Soit un idéal à gauche de tel que . On pose . Il existe un élément de A tel que appartienne à . Si est un tel élément, c’est une unité à droite de A modulo , et l’on a ;en particulier l’idéal est régulier.
b) Inversement, soient un idéal à gauche régulier de A et une unité à droite de A modulo . Posons . Alors est un idéal à gauche de , tel que , et l’on a .
c) Si est un corps, la condition équivaut à dire que n’est pas contenu dans A.
Sous les hypothèses de a), l’élément de s’écrit sous la forme , avec et . Soit un élément de , avec et ; si appartient à , l’élément de A appartient à , et l’on a ; cela prouve l’égalité . De plus, pour tout dans A, l’élément de A appartient à , donc est une unité à droite modulo . Cela établit l’assertion a).
Plaçons-nous sous les hypothèses de b) ; comme est somme directe de A et de , on a et . Tout élément de est de la forme avec et ; pour tout , on a
Comme est une unité à droite de A modulo appartient à , de sorte que est un idéal à gauche de A. Cela prouve b).
Enfin si est un corps, A est un hyperplan dans , et est somme de et de A si et seulement si n’est pas contenu dans A.
Corollaire 00PB
Les idéaux à gauche réguliers de A sont les idéaux de la forme , où est un idéal à gauche de tel que .
Proposition 4 00PC
a) Soit un idéal à gauche maximal régulier de A. Il existe un unique idéal à gauche de tel que et . Cet idéal est maximal et ne contient pas A.
b) L’application est une bijection de l’ensemble des idéaux à gauche maximaux de ne contenant pas A sur l’ensemble des idéaux à gauche maximaux réguliers de A.
Soit un idéal à gauche maximal régulier de A. D’après la prop. 3, a), les idéaux à gauche de tels que et sont les idéaux , où est une unité à droite modulo . Pour démontrer l’unicité de , il suffit donc de prouver que deux unités à droite et de A modulo sont congrues modulo . Raisonnons par l’absurde en supposant que n’appartient pas à . La formule montre qu’on a ; il en résulte que est un idéal à gauche de A, contenant et distinct de . Puisque est maximal, on a donc , d’où AA . Pour tout , on a (mod ), d’où par ce qui précède, ce qui contredit l’hypothèse .
Il existe donc un unique idéal à gauche de tel que et . Soit un idéal à gauche de contenant et distinct de . Alors est un idéal à gauche de A, contenant , et distinct de A. Il est donc égal à puisque est maximal, ce qui entraîne par le lemme 2 de VIII, p. 3. Cela prouve que est un idéal maximal de ; pour un tel idéal, la condition signifie que ne contient pas A.
Il reste à prouver que si est un idéal à gauche maximal de , ne contenant pas A, alors l’idéal à gauche de A est maximal. Soit un idéal à gauche de A, distinct de A et contenant . Soit une unité à droite modulo telle que (prop. 3 de VIII, p. 427). C’est aussi une unité à droite modulo ; notons l’idéal de . D’après la prop. 3, b), on a . L’idéal , égal à , est contenu dans , donc égal à puisque est distinct de et que est maximal. Par suite on a , et est maximal.
On laisse au lecteur le soin de traduire les prop. 3 et 4 pour les idéaux à droite.
3. Radical d’une algèbre
Soit A une -algèbre. On appelle pseudomodule à gauche sur A un -module M muni d’une structure de pseudomodule à gauche sur le pseudo-anneau A (II, p. 177), tel qu’on ait pour . On définit de même les pseudomodules à droite sur A.
Soit M un pseudomodule à gauche sur A ; on définit une structure dite canonique de -module à gauche sur M en posant
pour .
Inversement, tout -module à gauche est muni canoniquement, par restriction de l’anneau des opérateurs à et A, d’une structure de pseudomodule à gauche sur A. Ainsi les espèces de structure de pseudomodule à gauche sur A et de module sur sont équivalentes (E, IV, p. 9).
Soit M un pseudomodule à gauche sur A et soit N un sous--module de M. Pour que N soit un sous--module de M, il faut et il suffit qu’il soit stable par l’action de A ; on dit alors que N est un sous-pseudomodule de M.
Comme dans le cas des anneaux, on définit le pseudomodule à gauche sur A, et le pseudomodule à droite . Les idéaux à gauche (resp. à droite) de A sont les sous-pseudomodules de (resp. ).
Soient un idéal à gauche régulier de A et une unité à droite modulo . Posons et notons l’image de dans M. On a et est l’annulateur de .
Réciproquement, soit M un pseudomodule à gauche sur A et soit un élément de M tel que . Il existe alors un élément de A tel que . Pour tout , on a , donc appartient à l’annulateur de . Par suite, est un idéal à gauche régulier de A, l’élément est une unité à droite modulo et l’application définit par passage au quotient un isomorphisme de sur M.
Définition 2 00PD
On dit qu’un pseudomodule M sur A est simple si l’on a AM et si 0 et M sont les seuls sous-pseudomodules de M.
Cela revient à dire que le -module M est simple et que son annulateur ne contient pas A. Lorsque A est un anneau et M un A-module, on a AM = M et la définition 2 coïncide donc avec la définition 1 de VIII, p. 41.
Proposition 5 00PE
a) Soit un idéal à gauche maximal régulier de A. Alors le pseudomodule est simple et il existe un élément non nul de dont l’annulateur est .
b) Soit M un pseudomodule simple et soit un élément non nul de M. On a , l’annulateur de est un idéal à gauche maximal régulier de A et l’application définit par passage au quotient un isomorphisme de sur M.
c) Soit M un pseudomodule non réduit à 0. Pour que M soit simple, il faut et il suffit que l’on ait pour tout élément non nul de M.
Soit un idéal à gauche maximal régulier de A. On a vu qu’il existe un élément non nul de dont l’annulateur est égal à et tel que ; en particulier, on a . De plus, tout sous-pseudomodule de est de la forme , où est un idéal à gauche de A contenant . Comme est maximal, les seules possibilités sont et , de sorte que le pseudomodule est simple. Cela prouve a).
Sous les hypothèses de b), l’ensemble des éléments de M tels que est un sous-pseudomodule de M, distinct de M, donc réduit à 0. Par suite, est un sous-pseudomodule non nul de M, ce qui entraîne . L’assertion b) résulte alors des remarques faites avant la définition 2.
Soit M un pseudomodule non nul. Supposons qu’on ait pour tout élément non nul de M. En particulier, on a AM . Soit N un sous-pseudomodule non nul de M et soit un élément non nul de N ; on a , d’où N = M. Donc M est simple. Réciproquement, si M est simple, on a pour tout d’après b).
Définition 3 00RT
On appelle radical de la -algèbre A, et on note , l’intersection des idéaux à gauche maximaux réguliers de A.
Lorsque A est un anneau, tout idéal à gauche de A est régulier, donc la définition du radical coïncide avec la définition 2 de VIII, p. 150.
Exemple 1 00PF
Le radical de la -algèbre End est réduit à 0 (VIII, p. 426, exemple 1)Il en est de même pour les algèbres et
Exemple 2 00PG
Soit A un pseudo-anneau dans lequel tout élément est nilpotent. Le radical de A est égal à A, puisque A est le seul idéal à gauche régulier.
La proposition 5 entraîne aussitôt le résultat suivant :
Proposition 6 00PH
Le radical de l’algèbre A est l’intersection des annulateurs des pseudomodules simples. C’est en particulier un idéal bilatère de A.
Proposition 7 00PI
Le radical de A est la trace sur A du radical de ;il est aussi égal au radical de l’algèbre opposée c’est-à-dire à l’intersection des idéaux à droite maximaux réguliers de A). Si l’anneau est sans radical, le radical de A est égal à celui de .
L’égalité résulte de la prop. 4 de VIII, p. 428, b). Comme et ont le même radical (VIII, p. 152, cor. 1), on en déduit l’égalité . Si est sans radical, l’intersection des idéaux à gauche maximaux de contenant A est égale à A ; par suite, est contenu dans A, donc égal à .
Remarque 00PJ
Soient et des éléments de A ; on dit que est adverse à gauche de , ou que est adverse à droite de , si, dans est inverse à gauche de , autrement dit si l’on a . D’après la prop. 7 et le théorème de Jacobson (VIII, p. 151, th. 1), le radical de A se compose des éléments de A tels que soit inversible à gauche dans pour tout dans . Comme on a (pour ), le radical de A est l’ensemble des éléments de A tels que ait un adverse à gauche dans A quels que soient et .
4. Théorème de densité
Soit A une -algèbre. Un pseudomodule à gauche M est dit semi-simple s’il est somme directe d’une famille de pseudomodules à gauche simples.
Lemme 1 00PK
Soit M un A-pseudomodule à gauche semi-simple. Soit B le bicommutant du -module M. Alors tout sous-A-pseudomodule de M est un sous-B-module de M.
Le -module M est semi-simple. Soit N un sous-A-pseudomodule de M. Alors N est un sous--module de M. Par le cor. 2 de VIII, p. 52 il existe un projecteur du -module M d’image N. Comme on a la relation pour tout , on obtient que N est un sous-B-module de M.
Lemme 2 00PL
Soit M un A-pseudomodule à gauche semi-simple et soit un élément de M. Il existe un élément tel que .
Soit N le A-pseudomodule à gauche . Il vérifie AN . D’après le corollaire 3 de VIII, p. 52 appliqué aux -modules M et , le A-pseudomodule N est semi-simple. Par définition, tout sous-pseudomodule simple S de N vérifie AS . Par conséquent, le pseudomodule N est nul et on obtient que .
Théorème 1 (Théorème de densité de Jacobson) 00SD
Soit M un A-pseudomodule à gauche semi-simple. Soit un élément du bicommutant du -module M. Soit une partie finie de M. Alors il existe un élément A tel que pour tout .
Soit B le bicommutant du -module M. Le A-pseudomodule est semi-simple. Soit . Il résulte du lemme 2 que . Le bicommutant du -module coïncide avec les homothéties du B-module (VIII, p. 75, prop. 2). Par le lemme 1, le sous-A-pseudomodule de est donc un sous-B-module de . On en déduit l’inclusion . Donc il existe tel que . Le résultat en découle.
Exercices
See the exercises for Appendix 1.