Bourbaki

Appendice 2 déterminants sur un corps non commutatif

Dans cet appendice, la lettre D désigne un corps et Dab∗D^*_{ab} le quotient du groupe multiplicatif D∗D^* de D par son sous-groupe dérivé (I, p. 67). Le groupe Dab∗D^*_{ab} est commutatif et Dab∗D^*_{ab} s’identifie à D∗D^* si le corps D est commutatif. On note π\pi l’homomorphisme canonique de D∗D^* sur Dab∗D^*_{ab}.

1. Une généralisation des formes multilinéaires alternées

Soit V un espace vectoriel à droite sur le corps D, de dimension finie n⩾0n\geqslant 0. On note B(V) l’ensemble des bases de V et Ω(V) l’ensemble des applications ω\omega de B(V) dans Dab∗D^*_{ab} qui satisfont aux deux conditions suivantes :

a) Si λ1,...,λn\lambda_1, . . . , \lambda_n sont des éléments de D∗D^*, on a

ω(v1λ1,...,vnλn)=π(λ1...λn)ω(v1,...,vn)(1) \omega (v_1\lambda_1, . . . , v_n\lambda_n) =\pi (\lambda_1. . . \lambda_n)\omega (v_1, . . . , v_n) \tag{1}

pour toute base (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n)de V.

b) Si ii et jj sont deux entiers distincts de l’intervalle [1,n][1, n], on a

ω(v1,...,vi−1,vi+vj,vi+1,...,vn)=ω(v1,...,vn)(2) \omega (v_1, . . . , v_{i-1}, v_i+v_j, v_{i+1}, . . . , v_n) =\omega (v_1, . . . , v_n) \tag{2}

pour toute base (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n)de V.

Soit ω\omega un élément de Ω(V). Soient (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n) une base de V et ii un entier de l’intervalle [1,n−1][1, n-1]; d’après la propriété b), on a

ω(v1,...,vi,vi+1,...,vn)=ω(v1,...,vi+vi+1,vi+1,...,vn) \omega (v_1, . . . , v_i, v_{i+1}, . . . , v_n) =\omega (v_1, . . . , v_i+v_{i+1}, v_{i+1}, . . . , v_n)
=ω(v1,...,vi+vi+1,vi+1−(vi+vi+1),...,vn) =\omega (v_1, . . . , v_i+v_{i+1}, v_{i+1}-(v_i+v_{i+1}), . . . , v_n)
=ω(v1,...,vi+vi+1,−vi,...,vn) =\omega (v_1, . . . , v_i+v_{i+1},-v_i, . . . , v_n)
=ω(v1,...,(vi+vi+1)−vi,−vi,...,vn) =\omega (v_1, . . . ,(v_i+v_{i+1})-v_i,-v_i, . . . , v_n)

d’où finalement

ω(v1,...,vi,vi+1,...,vn)=π(−1)ω(v1,...,vi+1,vi,...,vn)(3) \omega (v_1, . . . , v_i, v_{i+1}, . . . , v_n) =\pi (-1)\omega (v_1, . . . , v_{i+1}, v_i, . . . , v_n) \tag{3}

Comme le groupe symétrique Sn\mathfrak{S}_n est engendré par les transpositions de deux éléments consécutifs de l’intervalle [1,n][1, n] (I, p. 61, prop. 9), la formule (3) se généralise en

ω(vσ(1),...,vσ(n))=π(ε(σ))ω(v1,...,vn)(4) \omega (v_{\sigma(1)}, . . . , v_{\sigma(n)}) =\pi (\varepsilon (\sigma ))\omega (v_1, . . . , v_n) \tag{4}

où σ\sigma appartient à Sn\mathfrak{S}_n et ε(σ)\varepsilon (\sigma ) désigne sa signature (I, p. 62).

La formule (2) se généralise comme suit. Tout d’abord, pour tout λ\lambda dans D∗D^*, on a

ω(v1,...,vn)=π(λ)ω(v1,...,viλ−1,...,vn) \omega (v_1, . . . , v_n) =\pi (\lambda )\omega (v_1, . . . , v_i\lambda^{-1}, . . . , v_n)
=π(λ)ω(v1,...,viλ−1+vj,...,vn) =\pi (\lambda )\omega (v_1, . . . , v_i\lambda^{-1}+v_j, . . . , v_n)
=ω(v1,...,(viλ−1+vj)λ,...,vn) =\omega (v_1, . . . ,(v_i\lambda^{-1}+v_j)\lambda , . . . , v_n)

c’est-à-dire

ω(v1,...,vn)=ω(v1,...,vi+vjλ,...,vn)(5) \omega (v_1, . . . , v_n) =\omega (v_1, . . . , v_i+v_j\lambda , . . . , v_n) \tag{5}

Par une récurrence immédiate, on en déduit

ω(v1,...,vn)=ω(v1,...,vi+w,...,vn)(6) \omega (v_1, . . . , v_n) =\omega (v_1, . . . , v_i+w, . . . , v_n) \tag{6}

pour toute combinaison linéaire w=∑j≠ivjλjw=\sum_{j\not=i}v_j\lambda_j des vecteurs vjv_j pour jj distinct de ii dans l’intervalle [1,n][1, n].

2. Un théorème d’unicité

Dans ce numéro, pour tout entier strictement positif mm, tout entier ii de l’intervalle [1,m][1, m] et toute suite (v1,...,vm)(v_1, . . . , v_m) de VmV^m, on notera (v1,...,v^i,...,vm)(v_1, . . . ,\widehat{v}_i, . . . , v_m) la suite (v1,...,vi−1,vi+1,...,vm)(v_1, . . . , v_{i-1}, v_{i+1}, . . . , v_m) de Vm−1V^{m-1}.

Proposition 1 00Q1

Soient W un hyperplan de V et ee un vecteur de V - W. Soit φ\varphi un élément de Ω(W). Il existe un élément ω\omega de Ω(V), et un seul, tel que l’on ait (7) ω(w1,...,wn−1,e)=φ(w1,...,wn−1)\omega (w_1, . . . , w_{n-1}, e) =\varphi (w_1, . . . , w_{n-1})

pour toute base de (w1,...,wn−1)(w_1, . . . , w_{n-1})de W.

A) Unicité de ω:\omega : Soit ω\omega un élément de Ω(V). Soit (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n) une base de V, et soient μ1,...,μn\mu_1, . . . , \mu_n les coordonnées de ee dans cette base. Désignons par I l’ensemble des entiers compris entre 1 et nn tels que μi≠0\mu_i\not= 0; il n’est pas vide. Soit ii un élément de I ; la suite (v1,...,v^i,...,vn,e)(v_1, . . . ,\widehat{v}_i, . . . , v_n, e) est une base de V et, comme e−viμie-v_i\mu_i est combinaison linéaire de la suite (v1,...,v^i,...,vn)(v_1, . . . ,\widehat{v}_i, . . . , v_n), la formule (6) entraîne

ω(v1,...,v^i,...,vn,viμi)=ω(v1,...,v^i,...,vn,e)(8) \omega (v_1, . . . ,\widehat{v}_i, . . . , v_n, v_i\mu_i) =\omega (v_1, . . . ,\widehat{v}_i, . . . , v_n, e) \tag{8}

Il résulte des formules (1) et (3) que le premier membre de cet égalité est égal à π(−1)n−iπ(μi)ω(v1,...,vn)\pi (-1)^{n-i}\pi (\mu_i)\omega (v_1, . . . , v_n). Notons pp le projecteur de V d’image W et de noyau eDeD. Les vecteurs vj−p(vj)v_j-p(v_j) sont proportionnels à ee, et une application répétée de la formule (6) montre que le second membre de la formule (8) est égal à ω(p(v1),...,p(v^i),...,p(vn),e)\omega (p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_i), . . . , p(v_n), e).

De tout ceci il résulte que si ω\omega satisfait à la relation (7), on a

ω(v1,...,vn)=π(−1)n−iπ(μi)−1φ(p(v1),...,p(v^i),...,p(vn))(9) \omega (v_1, . . . , v_n) =\pi (-1)^{n-i}\pi (\mu_i)^{-1}\varphi (p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_i), . . . , p(v_n)) \tag{9}

pour tout ii dans I ce qui prouve l’unicité de ω\omega.

B) Construction de ω:\omega : Soit (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n) une base de V ; on définit μ1,...,μn\mu_1, . . . , \mu_n et I comme ci-dessus. Pour tout ii dans I, l’hypothèse μi≠0\mu_i\not= 0 entraîne que la suite (v1,...,v^i,...,vn,e)(v_1, . . . ,\widehat{v}_i, . . . , v_n, e) engendre l’espace V, donc la suite (p(v1),...,p(v^i),...,p(vn))(p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_i), . . . , p(v_n)) engendre l’espace W=p(V)W =p(V). Autrement dit, cette dernière suite est une base de W, et l’on peut définir l’élément

ti=π(−1)n−iπ(μi)−1φ(p(v1),...,p(v^i),...,p(vn))(10) t_i=\pi (-1)^{n-i}\pi (\mu_i)^{-1}\varphi (p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_i), . . . , p(v_n)) \tag{10}

de Dab∗D^*_{ab}.

Soient ii et jj deux éléments de I tels que i<ji < j; démontrons l’égalité ti=tjt_i=t_j. Par définition, le vecteur viμi+vjμj−ev_i\mu_i+v_j\mu_j-e est combinaison linéaire des vecteurs p(vk)p(v_k) pour kk distinct de ii et jj; par suite p(vi)μi+p(vj)μjp(v_i)\mu_i+p(v_j)\mu_j est combinaison linéaire des vecteurs p(vk)p(v_k) pour kk distinct de ii et jj. D’après la formule (6), on a donc

φ(p(v1),...,p(v^i),...,p(v^j),...,p(vn),p(vi)μi) \varphi (p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_i), . . . ,p(\widehat{v}_j), . . . , p(v_n), p(v_i)\mu_i)
=φ(p(v1),...,p^(vi),...,p(v^j),...,p(vn),−p(vj)μj) =\varphi (p(v_1), . . . ,\widehat{p}(v_i), . . . ,p(\widehat{v}_j), . . . , p(v_n),-p(v_j)\mu_j)

Par application des formules (1) et (3), on en déduit

φ(p(v1),...,p(v^j),...,p(vn))π(μi)π(−1)n−i−1 \varphi (p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_j), . . . , p(v_n))\pi (\mu_i)\pi (-1)^{n-i-1}
=φ(p(v1),...,p(v^i),...,p(vn))π(−μj)π(−1)n−j =\varphi (p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_i), . . . , p(v_n))\pi (-\mu_j)\pi (-1)^{n-j}

d’où ti=tjt_i=t_j.

Ceci étant prouvé, on définit ω(v1,...,vn)\omega (v_1, . . . , v_n) comme la valeur commune des tit_i pour ii parcourant I. On a ainsi construit une application ω\omega de B(V) dans Dab∗D^*_{ab} qui satisfait à la relation (9). Soit (w1,...,wn−1)(w_1, . . . , w_{n-1}) une base de W ; si l’on pose vi=wiv_i=w_i pour 1⩽i⩽n−11\leqslant i\leqslant n-1 et vn=ev_n=e, on a I={n}I =\{n\} et μn=1\mu_n= 1; on a par ailleurs p(vi)=wip(v_i) =w_i pour 1⩽i⩽n−11\leqslant i\leqslant n-1 et la formule ω(w1,...,wn−1,e)=φ(w1,...,wn−1)\omega (w_1, . . . , w_{n-1}, e) =\varphi (w_1, . . . , w_{n-1}) est un cas particulier de (9).

Il s’agit maintenant de prouver que ω\omega appartient à Ω(V).

C) Preuve de la formule (1) : Soient λ1,...,λn\lambda_1, . . . , \lambda_n des éléments de D∗D^* et (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n) une base de V. On définit μ1,...,μn\mu_1, . . . , \mu_n et I comme ci-dessus ; choisissons ii dans I. Comme on a e=∑j=1n(vjλj)(λj−1μj)e=\sum^n_{j=1}(v_j\lambda_j)(\lambda^{-1}_j\mu_j), la formule (9) entraîne

ω(v1λ1,...,vnλn)=π(−1)n−iπ(λi−1μi)−1φ(p(v1)λ1,...,p(vi)λi^,...,p(vn)λn)(11) \omega (v_1\lambda_1, . . . , v_n\lambda_n) =\pi (-1)^{n-i}\pi (\lambda^{-1}_i\mu_i)^{-1}\varphi (p(v_1)\lambda_1, . . . ,\widehat{p(v_i)\lambda_i}, . . . , p(v_n)\lambda_n) \tag{11}

Mais on a π(λi−1μi)−1=π(μi)−1π(λi)\pi (\lambda^{-1}_i\mu_i)^{-1}=\pi (\mu_i)^{-1}\pi (\lambda_i) et

φ(p(v1)λ1,...,p(vi)λi^,...,p(vn)λn) \varphi (p(v_1)\lambda_1, . . . ,\widehat{p(v_i)\lambda_i}, . . . , p(v_n)\lambda_n)
=φ(p(v1),...,p(vi)^,...,p(vn))π(λ1...λ^i...λn) =\varphi (p(v_1), . . . ,\widehat{p(v_i)}, . . . , p(v_n))\pi (\lambda_1. . .\widehat{\lambda}_i. . . \lambda_n)

la comparaison des formules (9) et (11) établit la relation cherchée

ω(v1λ1,...,vnλn)=ω(v1,...,vn)π(λ1...λn) \omega (v_1\lambda_1, . . . , v_n\lambda_n) =\omega (v_1, . . . , v_n)\pi (\lambda_1. . . \lambda_n)

D) Preuve de la formule (2) : Soient (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n) une base de V et i,ji, j deux entiers distincts dans l’intervalle [1,n][1, n]; définissonsμ1,...,μn\mu_1, . . . , \mu_n comme précédemment. Considérons la base (v1′,...,vn′)(v'_1, . . . , v'_n) de V définie par vi′=vi+vjv'_i=v_i+v_j et vk′=vkv'_k=v_k pour k≠ik\not=i, et introduisons les coordonnées μ1′,...,μn′\mu '_1, . . . , \mu '_n de ee par rapport à cette base ; elles satisfont à μj′=μj−μi\mu '_j=\mu_j-\mu_i et μk′=μk\mu '_k=\mu_k pour k≠jk\not=j. On pose t=ω(v1,...,vn)t=\omega (v_1, . . . , v_n) et t′=ω(v1′,...,vn′)t'=\omega (v'_1, . . . , v'_n). Il s’agit de prouver l’égalité de tt et t′t'.

Remarquons d’abord que, par définition de ω\omega, on a

t=π(−1)n−kπ(μk)−1φ(p(v1),...,p(vk)^,...,p(vn))(12) t=\pi (-1)^{n-k}\pi (\mu_k)^{-1}\varphi (p(v_1), . . . ,\widehat{p(v_k)}, . . . , p(v_n)) \tag{12}
t′=π(−1)n−kπ(μk′)−1φ(p(v1′),...,p(vk′)^,...,p(vn′))(13) t'=\pi (-1)^{n-k}\pi (\mu'_k)^{-1}\varphi (p(v'_1), . . . ,\widehat{p(v'_k)}, . . . , p(v'_n)) \tag{13}

pour tout kk tel que μk\mu_k et μk′\mu '_k soient non nuls.

a) Si μi≠0\mu_i\not=0, les suites (p(v1),...,p(vk)^,...,p(vn))(p(v_1), . . . ,\widehat{p(v_k)}, . . . , p(v_n)) et (p(v1′),...,p(vk′)^,...,p(vn′))(p(v'_1), . . . ,\widehat{p(v'_k)}, . . . , p(v'_n))

sont égales et l’on a μi=μi′\mu_i=\mu '_i, d’où t=t′t=t'.

b) S’il existe un indice kk, distinct de ii et de jj, tel que μk≠0\mu_k\not= 0, on a p(vl′)=p(vl)p(v'_l) =p(v_l) pour l≠il\not=i et p(vi′)=p(vi)+p(vj)p(v'_i) =p(v_i) +p(v_j); les éléments p(vi)p(v_i) et p(vj)p(v_j) appartiennent tous les deux à la suite (p(v1),...,p(vk)^,...,p(vn))(p(v_1), . . . ,\widehat{p(v_k)}, . . . , p(v_n)). Comme φ\varphi appartient à Ω(W) la formule (2) de VIII, p. 437 s’applique et donne

φ(p(v1),...,p(v^k),...,p(vn))=φ(p(v1′),...,p(v^k′),...,p(vn′)) \varphi (p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_k), . . . , p(v_n)) =\varphi (p(v'_1), . . . ,p(\widehat{v}'_k), . . . , p(v'_n))

Mais on a aussi μk=μk′\mu_k=\mu '_k, d’où t=t′t=t'.

c) Il reste à examiner le cas où le seul indice kk tel que μk≠0\mu_k\not= 0 est jj. On a alors μj′=μj,e=vjμj\mu '_j=\mu_j,e=v_j\mu_j et p(vj)=0p(v_j) = 0. Faisons k=jk=j dans les formules (12) et (13). Comme les suites (p(v1),...,p(v^j),...,p(vn))(p(v_1), . . . ,p(\widehat{v}_j), . . . , p(v_n)) et (p(v1′),...,p(v^j′),...,p(vn′))(p(v'_1), . . . ,p(\widehat{v}'_j), . . . , p(v'_n)) sont égales, on

a t=t′t=t'.

Corollaire 1 00Q2

Soient (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n)une base de V et tt un élément de Dab∗D^*_{ab}. Il existe un élément ω\omega de Ω(V), et un seul, tel que ω(e1,...,en)=t\omega (e_1, . . . , e_n) =t.

Démontrons le corollaire par récurrence sur nn. Si n=0,Vn= 0, V admet pour seule base la base vide, de sorte que l’assertion est vérifiée. Supposons donc n⩾1n\geqslant 1; notons W le sous-espace de V engendré par e1,...,en−1e_1, . . . , e_{n-1}. D’après la prop. 1, il existe une bijection Λ de Ω(V) sur Ω(W) satisfaisant à

(Λ(ω))(w1,...,wn−1)=ω(w1,...,wn−1,en) (\Lambda (\omega ))(w_1, . . . , w_{n-1}) =\omega (w_1, . . . , w_{n-1}, e_n)

pour toute base (w1,...,wn−1)(w_1, . . . , w_{n-1}) de W et tout ω\omega dans Ω(V). Par hypothèse de récurrence, il existe un unique élément φ\varphi de Ω(W) tel que φ(e1,...,en−1)=t\varphi (e_1, . . . , e_{n-1}) =t. La relation ω(e1,...,en)=t\omega (e_1, . . . , e_n) =t, pour ω\omega dans Ω(V) équivaut à Λ(ω)=φ\Lambda (\omega ) =\varphi, d’où le corollaire 1.

Corollaire 2 00Q3

Soient ω\omega et ω′\omega ' deux éléments de Ω(V). il existe un unique élément tt de Dab∗D^*_{ab} tel que ω′=tω\omega '=t\omega.

Remarque 00Q4

Supposons le corps D commutatif. Par définition, B(V) est une partie de VnV^n. Il est clair que la restriction à B(V) d’une forme nn-linéaire alternée non nulle f:Vn→Df: V^n\rightarrow D appartient à Ω(V). Par ailleurs, si (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) est une base de V et tt un élément non nul de D, il existe une unique forme nn-linéaire alternée ff telle que f(e1,...,en)=tf(e_1, . . . , e_n) =t (III, p. 80 et p. 87). D’après le cor. 1, Ω(V) se compose des restrictions à B(V) des formes nn-linéaires alternées non nulles.

3. Déterminant d’un automorphisme

Supposons d’abord le corps D commutatif. Compte tenu de la remarque ci-dessus, le déterminant d’un automorphisme uu de V est l’unique élément det uu de D∗D^* tel que l’on ait

(14) ω(u(v1),...,u(vn))=\omega (u(v_1), . . . , u(v_n)) = (det uu)ω(v1,...,vn)\omega (v_1, . . . , v_n) pour toute base (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n) de V et tout élément ω\omega de Ω(V).

Revenons au cas où D n’est plus supposé commutatif.

Proposition 2 00Q5

a) Soit uu un automorphisme de V. Il existe un unique élément de Dab∗D^*_{ab} noté det uu et appelé le déterminant de uu, tel que l’on ait

(15) ω(u(v1),...,u(vn))=\omega (u(v_1), . . . , u(v_n)) = (det uu)ω(v1,...,vn)\omega (v_1, . . . , v_n)

pour toute base (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n)de V et tout ω\omega dans Ω(V).

b) L’application u→u\rightarrow det uu de GL(V)\mathbf{G}\mathbf{L}(V)dans Dab∗D^*_{ab} est un homomorphisme de groupes.

Soit ω0\omega_0 un élément de Ω(V). L’application (v1,...,vn)→ω0(u(v1),...,u(vn))(v_1, . . . , v_n)\rightarrow \omega_0(u(v_1), . . . , u(v_n)) de B(V) dans Dab∗D^*_{ab} appartient à Ω(V) ; d’après le cor. 2 de VIII, p. 441, il existe un unique élément tt de Dab∗D^*_{ab} tel que l’on ait

ω0(u(v1),...,u(vn))=tω0(v1,...,vn) \omega_0(u(v_1), . . . , u(v_n)) =t\omega_0(v_1, . . . , v_n)

pour (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n) dans B(V). Si ω\omega est un autre élément de Ω(V), il existe un élément ss de Dab∗D^*_{ab} tel que

ω(v1,...,vn)=sω0(v1,...,vn) \omega (v_1, . . . , v_n) =s\omega_0(v_1, . . . , v_n)

pour toute base (v1,...,vn)(v_1, . . . , v_n) de V (loc. cit.). On en déduit aussitôt la relation

ω(u(v1),...,u(vn))=tω(v1,...,vn) \omega (u(v_1), . . . , u(v_n)) =t\omega (v_1, . . . , v_n)

Ceci prouve a) ; l’assertion b) est une conséquence immédiate de a).

4. Déterminant d’une matrice carrée

Soit nn un entier positif. Appliquons ce qui précède à l’espace vectoriel à droite DdnD^n_d sur le corps D ; les éléments de DdnD^n_d sont interprétés comme des matrices à nn lignes et une colonne. Soit (ε1,...,εn)(\varepsilon_1, . . . , \varepsilon_n) la base canonique de DdnD^n_d. D’après le cor. 2 de VIII, p. 441, il existe un unique élément ω0\omega_0 de Ω(Ddn)\Omega (D^n_d) tel que ω0(ε1,...,εn)=1\omega_0(\varepsilon_1, . . . , \varepsilon_n) = 1. Si A est un élément de GLn\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D), ses colonnes a1,...,ana_1, . . . , a_n forment une base de DdnD^n_d; l’élément ω0(a1,...,an)\omega_0(a_1, . . . , a_n) de Dab∗D^*_{ab} d’appelle le déterminant de A et se note det(A). Comme on a ai=Aεia_i= A\varepsilon_i pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n, le déterminant de A n’est autre que le déterminant de l’automorphisme x→Axx\rightarrow Ax de DdnD^n_d. En particulier, si le corps D est commutatif, le déterminant de A coïncide avec celui qu’on a défini en III, p. 92.

Soit V un espace vectoriel à droite, de dimension finie nn sur le corps D, et soit (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) une base de V. Si uu est un automorphisme de V et A la matrice de uu par rapport à la base (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n), on a det(uu) == det(A).

On note (EijE_{ij}) la famille des unités matricielles de Mn(D)\mathbf{M}_n(D) (II. p. 142). Pour tout élément λ\lambda de D et tout couple (i,j)(i, j) d’entiers distincts dans [1,n][1, n], on pose (II, p. 161)

Bij(λ)=In+λEij B_{ij}(\lambda ) = I_n+\lambda E_{ij}

c’est un élément de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D). Si λ1,...,λn\lambda_1, . . . , \lambda_n sont des éléments de D∗D^*, la matrice diagonale diag(λ1,...,λn\lambda_1, . . . , \lambda_n) appartient aussi à GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D).

Proposition 3 00Q6

L’application det est l’unique homomorphisme de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) dans Dab∗D^*_{ab} qui satisfait aux relations

(16) det(Bij(1)B_{ij}(1)) =1= 1

pour i≠ji\not=j et

(17) det(diag(λ1,...,λn\lambda_1, . . . , \lambda_n)) =π(λ1...λn)=\pi (\lambda_1. . . \lambda_n),

pour λ1,...,λn∈D∗\lambda_1, . . . , \lambda_n\in D^*

Soient A un élément de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) et a1,...,ana_1, . . . , a_n ses colonnes. On a

det(A) =ω0(a1,...,an)=\omega_0(a_1, . . . , a_n).

Or les colonnes de la matrice A diag(λ1,...,λn\lambda_1, . . . , \lambda_n) sont a1λ1,...,anλna_1\lambda_1, . . . , a_n\lambda_n et celles de la matrice ABij(1)_{ij}(1) dont a1,...,aj+ai,aj+1,...,ana_1, . . . , a_j+a_i, a_{j+1}, . . . , a_n. Comme ω0\omega_0 est l’unique élément de Ω(Ddn)\Omega (D^n_d) tel que ω0(ε1,...,εn)=1\omega_0(\varepsilon_1, . . . , \varepsilon_n) = 1, on voit que le déterminant est l’unique application φ:GLn(D)→Dab∗\varphi : \mathbf{G}\mathbf{L}_n(D)\rightarrow D^*_{ab} qui satisfait aux relations

(18) φ(\varphi (A diag(λ1,...,λn\lambda_1, . . . , \lambda_n)) =φ(=\varphi (A)π(λ1...λn))\pi (\lambda_1. . . \lambda_n)

(19) φ(\varphi (ABij(1))=φ(_{ij}(1)) =\varphi (A) pour i≠ji\not=j

φ(In)=1(20) \varphi (I_n) = 1 \tag{20}

Cela prouve tout d’abord que que l’application déterminant satisfait aux relations (16) et (17). Nous savons déjà que cette application est un homomorphisme de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) dans Dab∗D^*_{ab}. Inversement, si φ\varphi est un homomorphisme de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) dans Dab∗D^*_{ab} tel que φ(Bij(1))=1\varphi (B_{ij}(1)) = 1 pour i≠ji\not=j et φ\varphi(diag(λ1,...,λn\lambda_1, . . . , \lambda_n)) =π(λ1...λn)=\pi (\lambda_1. . . \lambda_n), alors φ\varphi satisfait aux relations (18) à (20) et est donc égal à det.

Exemple 1 00Q7

Les colonnes de la matrice Bij(λ)B_{ij}(\lambda ) sont ε1,...,εj+εiλ,εi+1,...,εn\varepsilon_1, . . . , \varepsilon_j+\varepsilon_i\lambda , \varepsilon_{i+1}, . . . , \varepsilon_n. Compte tenu de la formule (5) de VIII, p. 438, on a

(21) det(Bij(λ)B_{ij}(\lambda )) =1= 1.

Exemple 2 00Q8

Soit σ\sigma une permutation de l’intervalle [1,n][1, n] de N\mathbf{N}, de signature ε(σ)\varepsilon (\sigma ). Soit M (σ)(\sigma ) la matrice de la permutation σ\sigma (II, p. 151). Les colonnes de la matrice M (σ)(\sigma ) sont εσ(1),...,εσ(n)\varepsilon_{\sigma(1)}, . . . , \varepsilon_{\sigma(n)}. Par application de la formule (4) de VIII, p. 438, on a donc (22) det(M (σ)(\sigma )) =π(ε(σ))=\pi (\varepsilon (\sigma )).

Exemple 3 00Q9

Supposons n⩾1n\geqslant 1. Pour toute matrice diagonale inversible de la forme Δ = diag(d1,...,dnd_1, . . . , d_n), on a ΔBij(λ)Δ−1=Bij(diλdj−1)B_{ij}(\lambda )\Delta^{-1}= B_{ij}(d_i\lambda d^{-1}_j). Soit A un élément de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D). D’après le cor. 1 de II, p. 162 et la formule précédente, il existe des matrices P et Δ dans GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) telles que A = PΔ, que P soit produit de matrices de la forme Bij(λ)B_{ij}(\lambda ) et que Δ soit une matrice diagonale de la forme diag(1,...,1,d, . . . ,1, d). On a det(P) = 1 d’après l’exemple 1, donc det(A) = det(Δ) =π(d)=\pi (d) par la prop. 3.

Exemple 4 00QA

Soit D′D' un corps et soit uu un homomorphisme de D dans D′D'. Par passage aux quotients, uu définit un homomorphisme de groupes uabu_{ab} de Dab∗D^*_{ab} dans Dab′∗D^{'*}_{ab}. Soit unu_n l’homomorphisme de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) dans GLn(D′)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D') qui transforme une matrice A =(aij)= (a_{ij}) en la matrice (u(aij))(u(a_{ij})). La formule

(23) det(un(u_n(A)) =uab=u_{ab}(det(A))

pour A∈GLnA\in \mathbf{G}\mathbf{L}_n(D), résulte aussitôt de l’exemple 3.

Exemple 5 00QB

On a GL1(D)=D∗\mathbf{G}\mathbf{L}_1(D) = D^* et la prop. 3 montre que l’on a det(aa) =π(a)=\pi (a) pour aa dans GL1(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_1(D).

Exemple 6 00QC

Supposons que l’on ait n=2n= 2. Soit A=(abcd)A = \begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix} un élément de GL2(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_2(D). Les éléments aa et cc de D ne sont pas tous deux nuls. Nous allons expliciter le déterminant de A.

a) Si aa n’est pas nul, on a

(24) A=(10ca−11)(a00d−ca−1b)(1a−1b01)A = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ ca^{-1} & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} a & 0 \\ 0 & d-ca^{-1}b \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & a^{-1}b \\ 0 & 1 \end{pmatrix}.

D’où ad−aca−1b≠0ad-aca^{-1}b\not= 0 et

(25) det(A) =π(ad−aca−1b)=\pi (ad-aca^{-1}b).

b) Si aa est nul, on a c≠0c\not= 0 et

(26) A=(0bcd)=(0110)(cd0b)A = \begin{pmatrix} 0 & b \\ c & d \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} c & d \\ 0 & b \end{pmatrix},

d’où d’après a) et l’exemple 2,cb≠0,cb\not= 0 et

(27) det(A) =π(−cb)=\pi (-cb).

Exemple 7 00QD

Soit DoD^o le corps opposé de D. L’application A→tAA\rightarrow^tAde Mn(D)\mathbf{M}_n(D) dans Mn(Do)\mathbf{M}_n(D^o) satisfait à t(^t(AB)=tBtA) =^tB^tA. Pour toute matrice A dans GLn\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D), la matrice transposée tA^tAest donc inversible dans Mn(Do)\mathbf{M}_n(D^o), mais elle n’est pas nécessairement inversible dans Mn(D)\mathbf{M}_n(D). Il résulte de l’exemple 3 que si A appartient à GLn\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D), les éléments A de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) et tA^tAde GLn(Do)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D^o) ont même déterminant. Par contre, même si la matrice tA^tAappartient à GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) son déterminant deans GLn(D)_n(D) n’est pas nécessairement égal à celui de A (cf. exemple 6).

Remarque 1 00QE

Soit V un espace vectoriel à droite sur le corps D, de dimension finie nn. Considérons l’espace dual V∗=V^*= HomD(V,D)_D(V,D) comme un espace vectoriel à droite sur le corps DoD^o opposé de D. Soit uu un automorphisme de V et soit tu^tu l’automorphisme de V∗V^* transposé de uu. Si uu est représenté par une matrice A de Mn(D)\mathbf{M}_n(D) par rapport à une base (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) de V, l’automorphisme tu^tu est représenté par la matrice tA^tAde Mn(Do)\mathbf{M}_n(D^o) par rapport à la base (e1∗,...,en∗)(e^*_1, . . . , e^*_n) de V∗V^* duale de (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) (II, p. 145, prop. 3). D’après l’exemple 7, le déterminant de tu^tu est égal à celui de uu.

Remarque 2 00QF

Les résultats des numéros 1 à 4 se généralisent au cas où D est un anneau local (VIII, p. 448, exerc. 2).

5. Le groupe unimodulaire

Soit nn un entier positif. On note SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D) le noyau de l’homomorphisme de groupes det:GLn(D)→Dab∗: \mathbf{G}\mathbf{L}_n(D)\rightarrow D^*_{ab}, et on l’appelle le groupe unimodulaire (cf. III, p. 104 pour le cas où le corps D est commutatif).

Théorème 1 00QG

Supposons n⩾2n\geqslant 2.

a) Le sous-groupe SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D)de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D)est engendré par les matrices Bij(λ)B_{ij}(\lambda )où ii et jj sont des entiers distincts de l’intervalle [1,n][1, n] et λ\lambda parcourt D.

b) Supposons n⩾3n\geqslant 3ou Card(D) ⩾3\geqslant 3. Le groupe dérivé de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D)est égal à SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D).

c) Supposons n⩾3n\geqslant 3ou Card(D) ⩾4\geqslant 4. Le groupe dérivé de SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D)est égal à SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D).

A) Notons T le sous-groupe de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) engendré par les matrices Bij(λ)B_{ij}(\lambda ). D’après l’exemple 1 de VIII, p. 443, on a det(Bij(λ)B_{ij}(\lambda )) =1= 1, d’où T⊂SLn(D)T\subset \mathbf{S}\mathbf{L}_n(D). Pour prouver que ces deux groupes sont égaux, il suffit alors, d’après l’exemple 3 de loc. cit., de prouver que toute matrice de la forme diag(1,...,1,d, . . . ,1, d)avec π(d)=1\pi (d) = 1appartient à T. La matrice diag(1,...,1,d, . . . ,1, d) appartient à l’image de l’homomorphisme U→(In−200U)U\rightarrow \begin{pmatrix} I_{n-2} & 0 \\ 0 & U \end{pmatrix} de GL2(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_2(D) dans GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D); il suffit donc de considérer le cas n=2n= 2. Comme le noyau de π\pi est le groupe dérivé de D∗D^*, on peut supposer d=uvu−1v−1d=uvu^{-1}v^{-1} avec u,vu, v dans D∗D^*. Notre assertion résulte alors des égalités

(28) (100d)=(u−100u)(v−100v)(vu00u−1v−1)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & d \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} u^{-1} & 0 \\ 0 & u \end{pmatrix}\begin{pmatrix} v^{-1} & 0 \\ 0 & v \end{pmatrix}\begin{pmatrix} vu & 0 \\ 0 & u^{-1}v^{-1} \end{pmatrix}

et

(29) (s00s−1)=(1s01)(101−s−11)(1−101)(101−s1)\begin{pmatrix} s & 0 \\ 0 & s^{-1} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & s \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 1-s^{-1} & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 1-s & 1 \end{pmatrix}

pour s∈D∗s\in D^*.

B) Par construction, SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D) est le noyau d’un homomorphisme de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D) dans un groupe commutatif, donc il contient le groupe dérivé (GLn(D),GLn(D))(\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D),\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D)) de GLn(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D). Vu ce qui précède, on a

SLn(D)⊃(GLn(D),GLn(D))⊃(SLn(D),SLn(D)) \mathbf{S}\mathbf{L}_n(D)\supset (\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D),\mathbf{G}\mathbf{L}_n(D))\supset (\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D),\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D))

Pour prouver c), il suffit de démontrer que les matrices Bij(λ)B_{ij}(\lambda ) sont des commutateurs dans SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D).

Supposons n⩾3n\geqslant 3. Si i,j,ki,j,k sont des entiers distincts dans l’intervalle [1,n][1, n] et μ,ν\mu , \nu des éléments de D, on a

Bij(μν)=Bik(μ)−1Bkj(ν)−1Bik(μ)Bkj(ν)(30) B_{ij}(\mu \nu ) = B_{ik}(\mu )^{-1}B_{kj}(\nu )^{-1}B_{ik}(\mu )B_{kj}(\nu ) \tag{30}

En prenant μ=1\mu = 1 et ν=λ\nu =\lambda, on voit que la matrice Bij(λ)B_{ij}(\lambda ) est un commutateur d’éléments de SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D).

Supposons maintenant n=2n= 2. Soient uu et vv des éléments de D avec u≠0u\not= 0. On a les relations

(31) (1v−uvu01)=(u00u−1)(1−v01)(u−100u)(1v01)\begin{pmatrix} 1 & v-uvu \\ 0 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} u & 0 \\ 0 & u^{-1} \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & -v \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} u^{-1} & 0 \\ 0 & u \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & v \\ 0 & 1 \end{pmatrix}

et

(32) (10v−uvu1)=(u−100u)(10−v1)(u00u−1)(10v1)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ v-uvu & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} u^{-1} & 0 \\ 0 & u \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ -v & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} u & 0 \\ 0 & u^{-1} \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ v & 1 \end{pmatrix}

On a det(u00u−1)=1\begin{pmatrix} u & 0 \\ 0 & u^{-1} \end{pmatrix}= 1; donc les matrices B12(v−uvu)B_{12}(v-uvu) et B21(v−uvu)B_{21}(v-uvu) sont des commutateurs d’éléments de SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D).

Supposons que le corps D ait au moins 4 éléments. Soit λ\lambda un élément de D. Si λ\lambda est égal à 0, 1 ou −1-1, choisissons un élément uu arbitraire dans D−{0,1,−1}D- \{0,1,-1\}; sinon posons u=λu=\lambda. Dans les deux cas, uu est un élément non nul de D, il commute à λ\lambda, et l’on a u2≠1u^2\not= 1. Posons v=λ(1−u2)−1v=\lambda (1-u^2)^{-1}. On a uv=vuuv=vu d’où v−uvu=v(1−u2)=λv-uvu=v(1-u^2) =\lambda. Il résulte alors des relations (31) et (32) que les matrices B12(λ)B_{12}(\lambda ) et B21(λ)B_{21}(\lambda ) sont des commutateurs dans SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D) d’où c).

C) Il reste à prouver que SL2(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_2(D) est le groupe dérivé de GL2(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_2(D) lorsque D a 3 éléments. D’après A), le groupe SL2(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_2(D) est engendré par les matrices B12(1)=(1101)B_{12}(1) = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} et B21(1)=(1011)B_{21}(1) = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 1 & 1 \end{pmatrix}, et ces matrices sont des commutateurs d’éléments de GL2(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_2(D) puisque l’on a B21(1)=tB12(1)B_{21}(1) =^tB_{12}(1) et

(33) (1101)=(−1001)(1101)(−1001)−1(1101)−1\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} -1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}^{-1}\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}^{-1}.

Remarque 00QH

Si D est un corps à 2 éléments, alors GL2(D)\mathbf{G}\mathbf{L}_2(D) est égal à SL2(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_2(D) et c’est un groupe d’ordre 6 dont le groupe dérivé est d’ordre 3. Si D est un corps à 3 éléments, le groupe SL2(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_2(D) est d’ordre 24 et son groupe dérivé est d’ordre 8. Supposons n⩾2n\geqslant 2; sauf dans les deux cas précédents, tout sous-groupe distingué de SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D) distinct de SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D) est contenu dans le centre Z(SLn(D))Z(\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D)) de SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D) (II. p. 207, exerc. 13 et p. 208 exerc. 14). Le groupe SLn(D)/Z(SLn(D))\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D)/Z(\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D)) est alors simple.

Soit V un espace vectoriel à droite sur le corps D, de dimension finie nn. On note SL(V)\mathbf{S}\mathbf{L}(V) et on appelle groupe unimodulaire de V, le noyau de l’homomorphisme det:GL(V)→Dab∗: \mathbf{G}\mathbf{L}(V)\rightarrow D^*_{ab}. Le choix d’une base de V permet d’identifier ce groupe à SLn(D)\mathbf{S}\mathbf{L}_n(D).

On dit qu’un automorphisme uu de V est une transvection s’il existe un vecteur vv de V et une forme linéaire φ\varphi sur V tels que φ(v)=0\varphi (v) = 0 et u(x)=x+vφ(x)u(x) =x+v\varphi (x) pour tout xx de V. Lorsque n⩾2,un\geqslant 2,u est une transvection si et seulement s’il existe une base de V dans laquelle la matrice de uu soit de la forme Bij(λ)B_{ij}(\lambda ). Le th. 1 entraîne le corollaire suivant :

Corollaire 00RU

Soit V un espace vectoriel à droite sur le corps D, de dimension finie n⩾2n\geqslant 2.

a) Le sous-groupe SL(V)\mathbf{S}\mathbf{L}(V)de GL(V)\mathbf{G}\mathbf{L}(V)est engendré par les transvections.

b) Le sous-groupe SL(V)\mathbf{S}\mathbf{L}(V)est le groupe dérivé de GL(V)\mathbf{G}\mathbf{L}(V)sauf lorsque l’on a n=2n= 2et que D possède 2 éléments.

c) Le groupe SL(V)\mathbf{S}\mathbf{L}(V)est égal à son groupe dérivé sauf lorsqu’on a n=2n= 2et que D possède 2 ou 3 éléments.

Exercices

See the exercises for Appendix 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.