Bourbaki

§ 19. Algèbres de quaternions

Dans ce paragraphe, la lettre K désigne un corps commutatif.

1. Propriétés générales des algèbres de quaternions

Soient α,β,γ\alpha , \beta , \gamma des éléments de K et soit F l’algèbre de quaternions de type (α,β,γ)(\alpha , \beta , \gamma ). Rappelons (III, p. 18) que F est une K-algèbre associative et unifère possédant une base (1,i,j,k)(1, i, j, k) sur K satisfaisant aux relations

i2=α+βi,j2=γ,ij=k,ji=βj−k(1) i^2=\alpha +\beta i,j^2=\gamma ,ij=k,ji=\beta j-k \tag{1}

C’est une algèbre cayleyenne (III, p. 15, déf. 1) dont la conjugaison satisfait à

i‾=β−i,j‾=−j,k‾=−k(2) \overline{i}=\beta -i,\overline{j}=-j,\overline{k}=-k \tag{2}

Rappelons que la trace et la norme cayleyennes de F sont les applications TFT_F et NFN_F de F dans K définies par TF(q)=q+q‾T_F(q) =q+\overline{q} et NF(q)=qqN_F(q) =qq.

Le sous-espace vectoriel E de F de base (1,i)(1, i) est une sous-algèbre cayleyenne commutative de F ; c’est une algèbre quadratique de type (α,β)(\alpha , \beta ) et F s’identifie à l’extension cayleyenne de E définie par γ\gamma (III, p. 17). Pour tout z∈Ez\in E, on a zj=jzzj=jz. Tout élément qq de F s’écrit de manière unique sous la forme x+jyx+jy, avec x,y∈Ex, y\in E, et l’on a

q‾=x‾−jy,TF(q)=x+x‾,NF(q)=xx−γyy(3) \overline{q}=\overline{x}-jy,T_F(q) =x+\overline{x},N_F(q) =xx-\gamma yy \tag{3}

Proposition 1 00LQ

Le polynôme caractéristique d’un élément qq de F est égal à (X2−TF(q)X+NF(q))2(X^2-T_F(q)X + N_F(q))^2.

Cite 1 · Cité par 1

Cite Proposition 6, III § 9

Cité par Proposition 3

D’après ce qui précède, l’algèbre F est un E-module à droite libre de base (1,j)(1, j). Par conséquent, F[X] est un E[X]-module à droite libre de base (1,j)(1, j). Notons uu l’endomorphisme du E[X]-module à droite F[X] défini par u(P)=(X−q)Pu(P) = (X-q)P pour tout P∈F[X]P\in F[X]. Le polynôme caractéristique de qq est le déterminant de uu considéré comme endomorphisme du K[X]-module F[X]. D’après la prop. 6 de III, p. 112, il est égal à N(det uu), où N désigne la norme de E[X] à K[X]. Écrivons qq sous la forme x+jyx+jy, avec x,y∈Ex, y\in E. La matrice de uu par rapport à la base (1,j)(1, j) est (X−x−γy−yX−x‾)\begin{pmatrix} X-x & -\gamma y \\ -y & X-\overline{x} \end{pmatrix} ; son déterminant est égal à D=(X−x)(X−x‾)−γyy=X2−TF(q)X+NF(q)(D = (X-x)(X-\overline{x})-\gamma yy= X^2-T_F(q)X + N_F(q) (cf. formule (3)). Comme D appartient à K[X], on a N(D)=D2N(D) = D^2, d’où la prop. 1.

Remarque 1 00LR

Supposons la caractéristique de K différente de 2 et posons i′=i'= 2i−β2i-\beta. Alors (1,i′)(1, i') est une base de E sur K et l’on a i′2=4α+β2{i'}^2= 4\alpha +\beta^2. Il en résulte que E est isomorphe à l’algèbre quadratique de type (4α+β2,0)(4\alpha +\beta^2,0) et F à l’algèbre de quaternions de type (4α+β2,0,γ)(4\alpha +\beta^2,0, \gamma ).

Cité par 1

Cité par Exemple

Remarque 2 00LS

L’algèbre de quaternions de type (α,0,γ)(\alpha ,0, \gamma ) est isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (γ,0,α)(\gamma ,0, \alpha ) (III, p. 18). Elle est aussi isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (αa2,0,γc2)(\alpha a^2,0, \gamma c^2) pour tout couple (a,c)(a, c) d’éléments non nuls de K.

Cite 1 · Cité par 1

Cite III § 2. Exemples d’algèbres

Cité par Théorème 1

Remarque 3 00LT

Soit qq un élément de F. Pour que qq soit nilpotent, il faut et il suffit que son polynôme caractéristique soit égal à X4X^4, c’est-à-dire que TF(q)=NF(q)=0T_F(q) = N_F(q) = 0 et on a alors q2=0q^2= 0.

Cité par 2

Cité par Proposition 3, Proposition 5

Exemple 00LU

L’algèbre de matrices M2(K)\mathbf{M}_2(K) est isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (0,1,1)(0,1,1). Considérons en effet l’algèbre quadratique E=K×KE = K\times K (de type (0,1)(0,1)) et l’algèbre de quaternions F=E+EjF = E + Ej, extension cayleyenne de E définie par l’élément γ=1\gamma = 1. L’application (a,b)→(a00b)(a, b)\rightarrow \begin{pmatrix} a & 0 \\ 0 & b \end{pmatrix} est un homomorphisme d’algèbres de E dans M2(K)\mathbf{M}_2(K). Comme l’on a, pour a,ba, b dans K,

0 1 0 1 1 0 0 1 aa 0 bb 0 0 1

= =.

1 0 1 0 0 1 1 0 0 bb 0 aa 1 0

cet homomorphisme se prolonge en un homomorphisme d’algèbres θ:F⟶M2(K)\theta : F\longrightarrow \mathbf{M}_2(K) défini par

()ac ()a c

θ(a,b)+(c,d)j\theta (a, b) + (c, d)j =.

db d b

Cet homomorphisme est bijectif. Lorsque la caractéristique de K est différente de 2, l’algèbre M2(K)\mathbf{M}_2(K) est aussi isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (1,0,1)(1,0,1) (remarque 1).

Cite 1

Cite Remarque 1

2. Centre des algèbres de quaternions

Soient α,β,γ\alpha ,\beta ,\gamma des éléments de K et soit F l’algèbre de quaternions de type (α,β,γ)(\alpha , \beta , \gamma ).

Proposition 2 00LV

a) Supposons le corps K de caractéristique différente de 2. Si γ\gamma ou 4α+β24\alpha +\beta^2 est non nul, le centre de F est égal à K ; sinon il est de dimension 2 et engendré par 1 et ij−jiij-ji.

Cite 1 · Cité par 3

Cite III § 2. Exemples d’algèbres

Cité par § 19. Algèbres de quaternions, Remarque, Proposition 3

b) Supposons le corps K de caractéristique 2. Si β≠0\beta \not= 0, le centre de F est égal à K ; si β=0\beta = 0, l’algèbre F est commutative.

D’après la formule (30) de III, p. 18, on a

ij−ji=−βj+2k,jk−kj=βγ−2γi,ki−ik=−2αj−βk(4) ij-ji=-\beta j+ 2k,jk-kj=\beta \gamma -2\gamma i,ki-ik=-2\alpha j-\beta k \tag{4}

Pour qu’un élément q=x+yi+zj+tkq=x+yi+zj+tk de F soit central, il faut et il suffit qu’il commute avec ii et jj, c’est-à-dire qu’on ait

(5) 2z+βt=−βz+2αt=02z+\beta t=-\beta z+ 2\alpha t= 0 et 2γt=βγt=2y=βy=02\gamma t=\beta \gamma t= 2y=\beta y= 0.

Supposons d’abord la caractéristique de K différente de 2. Si γ\gamma est non nul, les égalités (5) entraînent y=t=0y=t= 0 puis z=0z= 0, d’où q∈Kq\in K. Si γ=0\gamma = 0 et 4α+β2≠04\alpha +\beta^2\not= 0, elles entraînent y=z=t=0y=z=t= 0 d’où q∈Kq\in K. Si γ=4α+β2=0\gamma = 4\alpha +\beta^2= 0, le système (5) se réduit à y=2z+βt=0y= 2z+\beta t= 0, d’où q=x+t/2(ij−ji)q=x+t/2(ij-ji), ce qui conclut la preuve de a).

Supposons maintenant le corps K de caractéristique 2. Le système (5) s’écrit alors βt=βz=βy=0\beta t=\beta z=\beta y= 0, d’où b).

3. Simplicité des algèbres de quaternions

Proposition 3 00LW

Soient α,β,γ\alpha ,\beta ,\gamma des éléments de K et soit F une algèbre de quaternions de type (α,β,γ)(\alpha , \beta , \gamma ). Notons TFT_F et NFN_F sa trace et sa norme cayleyennes. Les conditions suivantes sont équivalentes :

Cite 8

Cite Définition 2, VIII § 17, Proposition 5, VIII § 17, Proposition 1, III § 2. Exemples d’algèbres, Lemme 1, V § 8, Remarque 3, Proposition 2, Définition 1, VIII § 17

(i) L’algèbre F est centrale et simple ;

(ii) Pour tout élément non nul xx de F, il existe y∈Fy\in Ftel que TF(xy)≠0T_F(xy)\not= 0;

(iii) On a (4α+β2)γ≠0(4\alpha +\beta^2)\gamma \not= 0.

Supposons qu’elles soient satisfaites. Alors, pour tout xx appartenant à F, le polynôme caractéristique réduit de xx est X2−TF(x)X+NF(x)X^2-T_F(x)X + N_F(x). En particulier, TF(x)T_F(x)est la trace réduite de xx et NF(x)N_F(x)sa norme réduite.

(i)⇒\Rightarrow(ii) : Si l’algèbre F est centrale et simple, il résulte de la prop. 1 de VIII, p. 353 et de la définition de la trace réduite (VIII, p. 334, déf. 2) que TFT_F est sa trace réduite d’où (ii) (VIII, p. 336, prop. 5).

(ii)⇔\Leftrightarrow(iii) : Soit (ei)1⩽i⩽4(e_i)_{1\leqslant i\leqslant 4} une base de F de type (α,β,γ)(\alpha , \beta , \gamma ) (III, p 18). La matrice (TF(eiej))(T_F(e_ie_j)) est égale à

2 β\beta 0 0

β2α+β2\beta 2\alpha +\beta^2 0 0

.

0 0 2γβγ2\gamma \beta \gamma

0 0 βγ−2αγ\beta \gamma -2\alpha \gamma

Son déterminant est −γ2(4α+β2)2-\gamma^2(4\alpha +\beta^2)^2. L’équivalence des conditions (ii) et (iii) résulte de V, p. 47, lemme 1.

(iii)⇒\Rightarrow(i) : Supposons (4α+β2)γ≠0(4\alpha +\beta^2)\gamma \not= 0. On a alors γ≠0\gamma \not= 0 et on a β≠0\beta \not= 0 si K est de caractéristique 2. D’après la prop. 2, l’algèbre F est centrale. Soit xx un élément du radical de Jacobson de F. Pour tout y∈F,xyy\in F,xy est nilpotent, donc TF(xy)=0T_F(xy) = 0 (remarque 3 de VIII, p. 354). Comme (ii) est équivalent à (iii), on a x=0x= 0. Cela prouve que F est une K-algèbre semi-simple. Puisque son centre est K, elle est simple.

La dernière assertion résulte de la prop. 1 et de la définition du polynôme caractéristique réduit (VIII, p. 333, déf. 1).

Notons pp la caractéristique de K. D’après la prop. 3, si p≠2p\not= 2, toute algèbre de quaternions sur K de type (α,0,γ)(\alpha ,0, \gamma ), avec α\alpha et γ\gamma dans K∗K^*, est centrale et simple. Si p=2p= 2, toute algèbre de quaternions de type (α,1,γ)(\alpha ,1, \gamma ), avec α∈K\alpha \in K et γ∈K∗\gamma \in K^*, est centrale et simple. Inversement :

Proposition 4 00LX

Soit A une algèbre centrale et simple de degré 4 sur K. Notons pp la caractéristique de K.

Cite 5 · Cité par 2

Cite III § 2. Exemples d’algèbres, Corollaire 2, VIII § 14, Corollaire 1, VIII § 14, § 19. Algèbres de quaternions, Théorème 1 (Wedderburn), VIII § 7

Cité par Corollaire 1, Théorème 1

a) Si p≠2p\not= 2, il existe des éléments non nuls α\alpha et γ\gamma de K tels que l’algèbre A soit isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (α,0,γ)(\alpha ,0, \gamma ).

b) Si p=2p= 2, il existe un élément α\alpha de K et un élément γ\gamma de K∗K^* tels que l’algèbre A soit isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (α,1,γ)(\alpha ,1, \gamma ).

D’après le théorème de Wedderburn (VIII, p. 116, th. 1), il existe un entier r⩾1r\geqslant 1 et un corps D de centre K tels que A soit isomorphe à Mr(D)\mathbf{M}_r(D). On a alors r2[D:K]=[A:K]=4r^2[D : K] = [A : K] = 4. Si r=2,Ar= 2, A est isomorphe à M2(K)\mathbf{M}_2(K) et la proposition 4 résulte de l’exemple de VIII, p. 354 ; sinon, on a r=1r= 1 et A est un corps de centre K. Il possède alors un sous-corps commutatif maximal E qui est une extension séparable de K ; comme A est de degré 4 sur K, l’extension E est de degré 2 sur K (VIII, p. 261, cor. 2). Elle est donc quadratique (III, p. 16). Soit ss la conjugaison dans E (III, p. 14). D’après le théorème de Skolem-Noether (VIII, p. 253, cor. 1), il existe un élément inversible jj de A tel que l’on ait s(x)=jxj−1s(x) =jxj^{-1} pour tout xx dans E. Comme E est séparable sur K, on a s≠s\not= IdE_E, d’où j∉Ej \notin E; comme A est un espace vectoriel de dimension 4 sur K, c’est un espace vectoriel à gauche de dimension 2 sur E, d’où A=E⊕EjA = E\oplus Ej. Comme s2=s^2= IdE_E, l’élément j2j^2 de A appartient au centre de A ; il existe donc un élément γ\gamma de K∗K^* tel que j2=γj^2=\gamma.

Lorsque p≠2p\not= 2, il existe un élément ii de E et un élément α∈K∗\alpha \in K^* tels que E=K(i)E = K(i) et i2=αi^2=\alpha (V, p. 86, exemple 3) ; dans ce cas, A est isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (α,0,γ)(\alpha ,0, \gamma ). Lorsque p=2p= 2, il existe un élément ii de E et un élément α\alpha de K tels que E=K(i)E = K(i) et i2=i+αi^2=i+\alpha (V, p. 89, exemple 2), de sorte que A est isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (α,1,γ)(\alpha ,1, \gamma ).

Corollaire 1 00LY

Soit A une K-algèbre centrale et simple, de degré fini >1>1, dont tout élément est algébrique de degré ⩽2\leqslant 2sur K. Alors A est isomorphe à une algèbre de quaternions sur K.

Cite 6 · Cité par 1

Cite Proposition 7, V § 7, Proposition 3, VIII § 14, Proposition 4, VIII § 14, Corollaire 2, VIII § 18, § 19. Algèbres de quaternions, Proposition 4

Cité par Corollaire 2

Si K est fini, l’algèbre A est isomorphe à une algèbre de matrices Mn(K)\mathbf{M}_n(K) (VIII, p. 349, cor. 2), donc contient des éléments de degré nn sur K ; l’hypothèse entraîne n=2n= 2, d’où le résultat dans ce cas (VIII, p. 354, exemple). Supposons le corps K infini. Soit L une sous-algèbre étale maximale de A. D’après V, p. 40, prop. 7, il existe un élément xx de A tel que la K-algèbre L soit égale à K[x]K[x], donc par hypothèse de degré ⩽2\leqslant 2. Comme on a [A:K]=[L:K]2[A : K] = [L : K]^2 (VIII, p. 260, prop. 4 et p. 258, prop. 3) on en déduit [A : K] = 4 ; le corollaire 1 résulte alors de la prop. 4.

Corollaire 2 00LZ

Soit (E,s)(E, s)une algèbre cayleyenne sur K, telle que la K-algèbre E soit centrale, simple et de degré fini >1>1sur K. Alors E est isomorphe à une algèbre de quaternions sur K.

Cite 1

Cite Corollaire 1

Tout élément uu de E satisfait à u2−TE(u)u+NE(u)=0u^2-T_E(u)u+ N_E(u) = 0, donc la K-algèbre E est isomorphe à une algèbre de quaternions (cor. 1).

4. Critères pour qu’une algèbre de quaternions soit un corps

Soient α,β,γ\alpha , \beta , \gamma des éléments du corps K et soit F l’algèbre de quaternions de type (α,β,γ)(\alpha , \beta , \gamma ). Comme au no^o 1, notons (1,i,j,k)(1, i, j, k) la base canonique de F et E la sous-algèbre K+KiK + Ki de F.

Proposition 5 00M0

Les conditions suivantes sont équivalentes :

Cite 3

Cite III § 2. Exemples d’algèbres, Remarque 3, Théorème 1 (Wedderburn), VIII § 7

(i) L’algèbre de quaternions F est un corps ;

(ii) Il n’existe aucun élément non nul q∈Fq\in Ftel que TF(q)=NF(q)=0T_F(q) = N_F(q) = 0;

(iii) Tout élément de F de carré nul est nul ;

(iv) Il n’existe aucun vecteur non nul (x,y,z,t)(x, y, z, t)de K4K^4 tel que

x2+βxy−αy2−γ(z2+βzt−αt2)=0 x^2+\beta xy-\alpha y^2-\gamma (z^2+\beta zt-\alpha t^2) = 0

(v) Il n’existe aucun vecteur non nul (x,y,z)(x, y, z)de K3K^3 tel que

x2+βxy−αy2−γz2=0 x^2+\beta xy-\alpha y^2-\gamma z^2= 0

(vi) L’algèbre quadratique E est un corps et γ\gamma n’est pas la norme d’un élément de E.

Pour qu’un élément qq de F soit inversible, il faut et il suffit que NF(q)N_F(q) soit différent de 0. L’équivalence de (i) et (iv) résulte donc de la formule (31) de III, p. 18 ; il est clair que (i) implique (iii) et que (iv) implique (v).

L’équivalence de (ii) et (iii) résulte de la remarque 3 de VIII, p. 354.

Supposons que F ne soit pas un corps. Si γ(4α+β2)≠0\gamma (4\alpha +\beta^2)\not= 0, l’algèbre F est centrale et simple de degré 4 sur K ; elle est isomorphe à l’algèbre M2(K)\mathbf{M}_2(K) (VIII, p. 116, th. 1) et contient donc un élément non nul de carré nul. Si γ=0\gamma = 0, on a j2=0j^2= 0. Si 4α+β2=04\alpha +\beta^2= 0, on a (2i−β)2=0(2i-\beta )^2= 0 et 2i−β≠02i-\beta \not= 0 si K est de caractéristique différente de 2. Enfin, si K est de caractéristique 2 et que β\beta est nul, on a TF(q)=0T_F(q) = 0 pour tout q∈Fq\in F (III, p. 18, formule (31)) ; comme F n’est pas un corps, il existe un élément non nul qq de F tel que NF(q)=0N_F(q) = 0; on a q2=0q^2= 0. Cela démontre l’implication (iii)⇒\Rightarrow(i).

Soit q=x+yiq=x+yi un élément de E. On a NE/K(q)=x2+βxy−αy2N_{E/K}(q) =x^2+\beta xy-\alpha y^2. Supposons la condition (v) satisfaite. On a NE/K(q)−γ≠0N_{E/K}(q)-\gamma \not= 0 et NE/K(q)≠0N_{E/K}(q)\not= 0 si q≠0q\not= 0, d’où (vi).

Enfin, supposons la condition (vi) satisfaite. Soit qq un élément non nul de F ; écrivons-le sous la forme u+vju+vj, avec uu et vv dans E. Si vv est nul, qq est inversible. Si vv n’est pas nul, on a NF(q)=NF(v)NF(v−1u+j)=NE/K(v)(NE/K(v−1u)−γ)N_F(q) = N_F(v)N_F(v^{-1}u+j) = N_{E/K}(v)(N_{E/K}(v^{-1}u)-\gamma ) d’après III, p. 17, formule (24). Comme γ\gamma n’est pas une norme, NF(q)N_F(q) n’est pas nul, et qq est inversible.

Remarque 00RQ

Supposons que l’algèbre de quaternions F soit un corps. Il résulte de l’égalité j2=γj^2=\gamma que l’on a γ≠0\gamma \not= 0. D’après la prop. 2 de VIII, p. 355, le centre de F est égal à K, sauf si K est de caractéristique 2 et que β\beta est nul, auquel cas l’algèbre F est commutative.

Cite 1

Cite Proposition 2

5. Algèbres sur un corps ordonné maximal

Soit R un corps ordonné maximal (VI, p. 24). Soit C la R-algèbre quadratique de type (−1,0)(-1,0); si (1,i)(1, i) est sa base canonique, on a i2=−1i^2=-1. De plus, C est une clôture algébrique de R (VI, p. 25, th. 3). Soit H la R-algèbre de quaternions de type (−1,0,−1)(-1,0,-1). La table de multiplication de H dans sa base canonique (1,i,j,k)(1, i, j, k) est donnée par

i2=j2=k2=−1,ij=−ji=k,−ik=ki=j,jk=−kj=i i^2=j^2=k^2=-1,ij=-ji=k,-ik=ki=j,jk=-kj=i

On identifie C à la sous-algèbre R+RiR + Ri de H. Le conjugué d’un élément q=x+yi+q=x+yi+ zj+tkzj+tk de H est q‾=x−yi−zj−tk\overline{q}=x-yi-zj-tk. La trace et la norme cayleyennes de qq sont données par

T(q)=q+q‾=2x,N(q)=qq=x2+y2+z2+t2 T(q) =q+\overline{q}= 2x,N(q) =qq=x^2+y^2+z^2+t^2

Comme R est un corps ordonné, on a N(q)>0N(q)>0 si q≠0q\not= 0, donc H est un corps, de centre R (VIII, p. 355, prop. 2). La trace et la norme réduites d’un élément qq de H sont T(q)T(q) et N(q)N(q) respectivement.

Théorème 1 00M1

Soit D une R-algèbre de degré fini qui est un corps. Alors D est isomorphe à R, C ou H.

Cite 3 · Cité par 1

Cite Corollaire 2, VIII § 14, Remarque 2, Proposition 4

Cité par VIII § 15. Groupes de Brauer

Notons Z le centre de D et soit L un sous-corps commutatif maximal de D. On a [D:Z]=[L:Z]2[D : Z] = [L : Z]^2 d’après VIII, p. 261, cor. 2 ; de plus, on a [L:R]⩽2[L : R]\leqslant 2 puisque C est une clôture algébrique de R. Il y a donc trois cas possibles :

a) On a R = Z = L, d’où [D : Z] = 1 et D = R.

b) On a R≠ZR\not= Z et Z = L, d’où [D : Z] = 1 et D = L ; dans ce cas, D est isomorphe à C.

c) On a R = Z et [L : R] = 2, d’où [D : R] = 4. D’après la prop. 4 de VIII, p. 356, la R-algèbre D est isomorphe à une algèbre de quaternions de type (α,0,γ)(\alpha ,0, \gamma ) où α\alpha et γ\gamma sont des éléments non nuls de R. Soit i∈Di\in D - Z tel que i2=αi^2=\alpha. On a α≠0\alpha \not= 0. Si α>0\alpha >0, il existe a∈Ra\in R tel que a2=αa^2=\alpha (VI, p. 25, th. 3) ; on a alors (a−i)(a+i)=0(a-i)(a+i) = 0, ce qui est absurde puisque D est un corps. On a donc α<0\alpha <0. On démontre de même l’inégalité γ<0\gamma <0. Il existe alors des éléments aa et cc de R∗R^* tels que α=−a2\alpha =-a^2 et γ=−c2(\gamma =-c^2(loc. cit.). L’algèbre D est donc isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (−1,0,−1)(-1,0,-1) (VIII, p. 354, remarque 2), c’est-à-dire à H.

Remarque 1 00M2

Soit O l’algèbre d’octonions de type (−1,0,−1,−1)(-1,0,-1,-1) sur R (III, p. 176). Soit D une algèbre cayleyenne alternative sur R telle que tout élément non nul de D ait un inverse. On peut démontrer (VIII, p. 362, exerc. 5) que D est isomorphe à R, C, H ou O.

Cite 2 · Cité par 1

Cite III App. 0. Algèbres alternatives. Octonions, Exercice 5, § 19

Cité par Exercice 5, § 19

Remarque 2 00M3

Ce qui précède s’applique au corps R\mathbf{R}des nombres réels. Toute R\mathbf{R}-algèbre de

degré fini qui est un corps est isomorphe à R,C\mathbf{R}, \mathbf{C}ou H\mathbf{H}.

Remarque 3 00M4

Soit A une algèbre normée sur le corps R\mathbf{R}. Supposons que A soit un corps. Alors A est isomorphe à R,C\mathbf{R}, \mathbf{C}ou H\mathbf{H}(« théorème de Gelfand-Mazur ») (cf. AC, p. 123, th. 1 et TS, I, §2, no5^o5, cor. 22).∗.*

Exercices

See the exercises for § 19.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.