§ 19. Algèbres de quaternions
Dans ce paragraphe, la lettre K désigne un corps commutatif.
1. Propriétés générales des algèbres de quaternions
Soient des éléments de K et soit F l’algèbre de quaternions de type . Rappelons (III, p. 18) que F est une K-algèbre associative et unifère possédant une base sur K satisfaisant aux relations
C’est une algèbre cayleyenne (III, p. 15, déf. 1) dont la conjugaison satisfait à
Rappelons que la trace et la norme cayleyennes de F sont les applications et de F dans K définies par et .
Le sous-espace vectoriel E de F de base est une sous-algèbre cayleyenne commutative de F ; c’est une algèbre quadratique de type et F s’identifie à l’extension cayleyenne de E définie par (III, p. 17). Pour tout , on a . Tout élément de F s’écrit de manière unique sous la forme , avec , et l’on a
Proposition 1 00LQ
Le polynôme caractéristique d’un élément de F est égal à .
D’après ce qui précède, l’algèbre F est un E-module à droite libre de base . Par conséquent, F[X] est un E[X]-module à droite libre de base . Notons l’endomorphisme du E[X]-module à droite F[X] défini par pour tout . Le polynôme caractéristique de est le déterminant de considéré comme endomorphisme du K[X]-module F[X]. D’après la prop. 6 de III, p. 112, il est égal à N(det ), où N désigne la norme de E[X] à K[X]. Écrivons sous la forme , avec . La matrice de par rapport à la base est ; son déterminant est égal à cf. formule (3)). Comme D appartient à K[X], on a , d’où la prop. 1.
Remarque 1 00LR
Supposons la caractéristique de K différente de 2 et posons . Alors est une base de E sur K et l’on a . Il en résulte que E est isomorphe à l’algèbre quadratique de type et F à l’algèbre de quaternions de type .
Cité par 1
Cité par Exemple
Remarque 2 00LS
L’algèbre de quaternions de type est isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (III, p. 18). Elle est aussi isomorphe à l’algèbre de quaternions de type pour tout couple d’éléments non nuls de K.
Remarque 3 00LT
Soit un élément de F. Pour que soit nilpotent, il faut et il suffit que son polynôme caractéristique soit égal à , c’est-à-dire que et on a alors .
Cité par 2
Cité par Proposition 3, Proposition 5
Exemple 00LU
L’algèbre de matrices est isomorphe à l’algèbre de quaternions de type . Considérons en effet l’algèbre quadratique (de type ) et l’algèbre de quaternions , extension cayleyenne de E définie par l’élément . L’application est un homomorphisme d’algèbres de E dans . Comme l’on a, pour dans K,
0 1 0 1 1 0 0 1 0 0 0 1
= =.
1 0 1 0 0 1 1 0 0 0 1 0
cet homomorphisme se prolonge en un homomorphisme d’algèbres défini par
=.
Cet homomorphisme est bijectif. Lorsque la caractéristique de K est différente de 2, l’algèbre est aussi isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (remarque 1).
Cite 1
Cite Remarque 1
2. Centre des algèbres de quaternions
Soient des éléments de K et soit F l’algèbre de quaternions de type .
Proposition 2 00LV
a) Supposons le corps K de caractéristique différente de 2. Si ou est non nul, le centre de F est égal à K ; sinon il est de dimension 2 et engendré par 1 et .
Cite 1 · Cité par 3
Cite III § 2. Exemples d’algèbres
Cité par § 19. Algèbres de quaternions, Remarque, Proposition 3
b) Supposons le corps K de caractéristique 2. Si , le centre de F est égal à K ; si , l’algèbre F est commutative.
D’après la formule (30) de III, p. 18, on a
Pour qu’un élément de F soit central, il faut et il suffit qu’il commute avec et , c’est-à-dire qu’on ait
(5) et .
Supposons d’abord la caractéristique de K différente de 2. Si est non nul, les égalités (5) entraînent puis , d’où . Si et , elles entraînent d’où . Si , le système (5) se réduit à , d’où , ce qui conclut la preuve de a).
Supposons maintenant le corps K de caractéristique 2. Le système (5) s’écrit alors , d’où b).
3. Simplicité des algèbres de quaternions
Proposition 3 00LW
Soient des éléments de K et soit F une algèbre de quaternions de type . Notons et sa trace et sa norme cayleyennes. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’algèbre F est centrale et simple ;
(ii) Pour tout élément non nul de F, il existe tel que ;
(iii) On a .
Supposons qu’elles soient satisfaites. Alors, pour tout appartenant à F, le polynôme caractéristique réduit de est . En particulier, est la trace réduite de et sa norme réduite.
(i)(ii) : Si l’algèbre F est centrale et simple, il résulte de la prop. 1 de VIII, p. 353 et de la définition de la trace réduite (VIII, p. 334, déf. 2) que est sa trace réduite d’où (ii) (VIII, p. 336, prop. 5).
(ii)(iii) : Soit une base de F de type (III, p 18). La matrice est égale à
2 0 0
0 0
.
0 0
0 0
Son déterminant est . L’équivalence des conditions (ii) et (iii) résulte de V, p. 47, lemme 1.
(iii)(i) : Supposons . On a alors et on a si K est de caractéristique 2. D’après la prop. 2, l’algèbre F est centrale. Soit un élément du radical de Jacobson de F. Pour tout est nilpotent, donc (remarque 3 de VIII, p. 354). Comme (ii) est équivalent à (iii), on a . Cela prouve que F est une K-algèbre semi-simple. Puisque son centre est K, elle est simple.
La dernière assertion résulte de la prop. 1 et de la définition du polynôme caractéristique réduit (VIII, p. 333, déf. 1).
Notons la caractéristique de K. D’après la prop. 3, si , toute algèbre de quaternions sur K de type , avec et dans , est centrale et simple. Si , toute algèbre de quaternions de type , avec et , est centrale et simple. Inversement :
Proposition 4 00LX
Soit A une algèbre centrale et simple de degré 4 sur K. Notons la caractéristique de K.
Cite 5 · Cité par 2
Cite III § 2. Exemples d’algèbres, Corollaire 2, VIII § 14, Corollaire 1, VIII § 14, § 19. Algèbres de quaternions, Théorème 1 (Wedderburn), VIII § 7
Cité par Corollaire 1, Théorème 1
a) Si , il existe des éléments non nuls et de K tels que l’algèbre A soit isomorphe à l’algèbre de quaternions de type .
b) Si , il existe un élément de K et un élément de tels que l’algèbre A soit isomorphe à l’algèbre de quaternions de type .
D’après le théorème de Wedderburn (VIII, p. 116, th. 1), il existe un entier et un corps D de centre K tels que A soit isomorphe à . On a alors . Si est isomorphe à et la proposition 4 résulte de l’exemple de VIII, p. 354 ; sinon, on a et A est un corps de centre K. Il possède alors un sous-corps commutatif maximal E qui est une extension séparable de K ; comme A est de degré 4 sur K, l’extension E est de degré 2 sur K (VIII, p. 261, cor. 2). Elle est donc quadratique (III, p. 16). Soit la conjugaison dans E (III, p. 14). D’après le théorème de Skolem-Noether (VIII, p. 253, cor. 1), il existe un élément inversible de A tel que l’on ait pour tout dans E. Comme E est séparable sur K, on a Id, d’où ; comme A est un espace vectoriel de dimension 4 sur K, c’est un espace vectoriel à gauche de dimension 2 sur E, d’où . Comme Id, l’élément de A appartient au centre de A ; il existe donc un élément de tel que .
Lorsque , il existe un élément de E et un élément tels que et (V, p. 86, exemple 3) ; dans ce cas, A est isomorphe à l’algèbre de quaternions de type . Lorsque , il existe un élément de E et un élément de K tels que et (V, p. 89, exemple 2), de sorte que A est isomorphe à l’algèbre de quaternions de type .
Corollaire 1 00LY
Soit A une K-algèbre centrale et simple, de degré fini , dont tout élément est algébrique de degré sur K. Alors A est isomorphe à une algèbre de quaternions sur K.
Cite 6 · Cité par 1
Cite Proposition 7, V § 7, Proposition 3, VIII § 14, Proposition 4, VIII § 14, Corollaire 2, VIII § 18, § 19. Algèbres de quaternions, Proposition 4
Cité par Corollaire 2
Si K est fini, l’algèbre A est isomorphe à une algèbre de matrices (VIII, p. 349, cor. 2), donc contient des éléments de degré sur K ; l’hypothèse entraîne , d’où le résultat dans ce cas (VIII, p. 354, exemple). Supposons le corps K infini. Soit L une sous-algèbre étale maximale de A. D’après V, p. 40, prop. 7, il existe un élément de A tel que la K-algèbre L soit égale à , donc par hypothèse de degré . Comme on a (VIII, p. 260, prop. 4 et p. 258, prop. 3) on en déduit [A : K] = 4 ; le corollaire 1 résulte alors de la prop. 4.
Corollaire 2 00LZ
Soit une algèbre cayleyenne sur K, telle que la K-algèbre E soit centrale, simple et de degré fini sur K. Alors E est isomorphe à une algèbre de quaternions sur K.
Cite 1
Cite Corollaire 1
Tout élément de E satisfait à , donc la K-algèbre E est isomorphe à une algèbre de quaternions (cor. 1).
4. Critères pour qu’une algèbre de quaternions soit un corps
Soient des éléments du corps K et soit F l’algèbre de quaternions de type . Comme au n 1, notons la base canonique de F et E la sous-algèbre de F.
Proposition 5 00M0
Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’algèbre de quaternions F est un corps ;
(ii) Il n’existe aucun élément non nul tel que ;
(iii) Tout élément de F de carré nul est nul ;
(iv) Il n’existe aucun vecteur non nul de tel que
(v) Il n’existe aucun vecteur non nul de tel que
(vi) L’algèbre quadratique E est un corps et n’est pas la norme d’un élément de E.
Pour qu’un élément de F soit inversible, il faut et il suffit que soit différent de 0. L’équivalence de (i) et (iv) résulte donc de la formule (31) de III, p. 18 ; il est clair que (i) implique (iii) et que (iv) implique (v).
L’équivalence de (ii) et (iii) résulte de la remarque 3 de VIII, p. 354.
Supposons que F ne soit pas un corps. Si , l’algèbre F est centrale et simple de degré 4 sur K ; elle est isomorphe à l’algèbre (VIII, p. 116, th. 1) et contient donc un élément non nul de carré nul. Si , on a . Si , on a et si K est de caractéristique différente de 2. Enfin, si K est de caractéristique 2 et que est nul, on a pour tout (III, p. 18, formule (31)) ; comme F n’est pas un corps, il existe un élément non nul de F tel que ; on a . Cela démontre l’implication (iii)(i).
Soit un élément de E. On a . Supposons la condition (v) satisfaite. On a et si , d’où (vi).
Enfin, supposons la condition (vi) satisfaite. Soit un élément non nul de F ; écrivons-le sous la forme , avec et dans E. Si est nul, est inversible. Si n’est pas nul, on a d’après III, p. 17, formule (24). Comme n’est pas une norme, n’est pas nul, et est inversible.
Remarque 00RQ
Supposons que l’algèbre de quaternions F soit un corps. Il résulte de l’égalité que l’on a . D’après la prop. 2 de VIII, p. 355, le centre de F est égal à K, sauf si K est de caractéristique 2 et que est nul, auquel cas l’algèbre F est commutative.
Cite 1
Cite Proposition 2
5. Algèbres sur un corps ordonné maximal
Soit R un corps ordonné maximal (VI, p. 24). Soit C la R-algèbre quadratique de type ; si est sa base canonique, on a . De plus, C est une clôture algébrique de R (VI, p. 25, th. 3). Soit H la R-algèbre de quaternions de type . La table de multiplication de H dans sa base canonique est donnée par
On identifie C à la sous-algèbre de H. Le conjugué d’un élément de H est . La trace et la norme cayleyennes de sont données par
Comme R est un corps ordonné, on a si , donc H est un corps, de centre R (VIII, p. 355, prop. 2). La trace et la norme réduites d’un élément de H sont et respectivement.
Théorème 1 00M1
Soit D une R-algèbre de degré fini qui est un corps. Alors D est isomorphe à R, C ou H.
Cite 3 · Cité par 1
Cite Corollaire 2, VIII § 14, Remarque 2, Proposition 4
Cité par VIII § 15. Groupes de Brauer
Notons Z le centre de D et soit L un sous-corps commutatif maximal de D. On a d’après VIII, p. 261, cor. 2 ; de plus, on a puisque C est une clôture algébrique de R. Il y a donc trois cas possibles :
a) On a R = Z = L, d’où [D : Z] = 1 et D = R.
b) On a et Z = L, d’où [D : Z] = 1 et D = L ; dans ce cas, D est isomorphe à C.
c) On a R = Z et [L : R] = 2, d’où [D : R] = 4. D’après la prop. 4 de VIII, p. 356, la R-algèbre D est isomorphe à une algèbre de quaternions de type où et sont des éléments non nuls de R. Soit - Z tel que . On a . Si , il existe tel que (VI, p. 25, th. 3) ; on a alors , ce qui est absurde puisque D est un corps. On a donc . On démontre de même l’inégalité . Il existe alors des éléments et de tels que et loc. cit.). L’algèbre D est donc isomorphe à l’algèbre de quaternions de type (VIII, p. 354, remarque 2), c’est-à-dire à H.
Remarque 1 00M2
Soit O l’algèbre d’octonions de type sur R (III, p. 176). Soit D une algèbre cayleyenne alternative sur R telle que tout élément non nul de D ait un inverse. On peut démontrer (VIII, p. 362, exerc. 5) que D est isomorphe à R, C, H ou O.
Cite 2 · Cité par 1
Cite III App. 0. Algèbres alternatives. Octonions, Exercice 5, § 19
Cité par Exercice 5, § 19
Remarque 2 00M3
Ce qui précède s’applique au corps des nombres réels. Toute -algèbre de
degré fini qui est un corps est isomorphe à ou .
Remarque 3 00M4
Soit A une algèbre normée sur le corps . Supposons que A soit un corps. Alors A est isomorphe à ou (« théorème de Gelfand-Mazur ») (cf. AC, p. 123, th. 1 et TS, I, §2, n, cor. )
Exercices
See the exercises for § 19.