§ 17. Normes et traces réduites
Dans ce paragraphe on désigne par K un corps commutatif et par A une K-algèbre centrale simple de degré fini. On note le degré réduit de A.
1. Compléments sur les polynômes caractéristiques
Soient L un anneau commutatif et M un L-module libre de dimension finie . Si est un endomorphisme de M et un entier positif, on note la trace de l’endomorphisme du L-module libre . On a en particulier
(1) Tr() det()
et pour . D’après la prop. 7 de III, p. 94, L’application det() de End(M) dans L est polynomiale homogène de degré (IV, p. 52). Plus généralement, pour tout entier tel que , l’application de End(M) dans L est polynomiale homogène de degré ; cela résulte de la prop. 10 de III, p. 96.
Soient un endomorphisme de M et l’endomorphisme du L[X]-module M[X] = déduit de par extension des scalaires (II, p. 83). On rappelle (III, p. 107, déf. 3 et (50)) que le polynôme caractéristique de est le déterminant du L[X]-endomorphisme de M[X] et que l’on a la relation
Proposition 1 00KD
Soient L un anneau commutatif, M un L-module libre de dimension finie et un endomorphisme de M. Il existe un endomorphisme de M, et un seul, satisfaisant à la relation
pour et . De plus, on a les relations
(4) det(),
(5) det() det(),
Lemme 1 00KE
Soit un entier tel que . Pour tout dans , soit l’application linéaire de dans . L’application linéaire de dans Homest un isomorphisme.
Soit une base de M ; munissons l’ensemble I d’une relation d’ordre total. Pour toute partie J de I, posons , où est la suite des éléments de J rangés par ordre croissant. Le L-module admet pour base les éléments , où S parcourt l’ensemble des parties à éléments de I ; de plus a pour base . Il existe donc une base de Hom formée des applications linéaires caractérisées par la formule
si
0 sinon
où J parcourt l’ensemble des parties à éléments de I. Il résulte de la formule (20) de III, p. 87 que, pour toute partie J à éléments de I, on a ; comme les éléments forment une base de (M), l’application linéaire est bijective.
Démontrons maintenant la proposition 1. Soient et des endomorphismes de M. La relation (3) équivaut à
(8) Hom();
d’après le lemme 1 est un isomorphisme de M sur Hom.
Par suite, pour tout endomorphisme de M, il existe un unique endomorphisme de M satisfaisant à la relation (3).
Soient des éléments de M. Remplaçons par et par dans (3) ; on obtient
= det().
Par suite, (det()), d’où la relation det() d’après le lemme 1.
Notons U l’endomorphisme du L[X]-module M[X] (VIII, p. 329). D’après ce qui précède, appliqué à U, il existe un endomorphisme du L[X]-module M[X] qui satisfait aux relations
pour dans M et
(10) det(X ).
Considérons comme un élément de End(M)[X](VIII, p. 9) ; d’après la formule (9) et le lemme 1, il est de degré et on peut donc l’écrire sous la forme
où les sont des endomorphismes de M. D’après la formule (2) de VIII, p. 329, la relation (10) fournit l’égalité
dans l’anneau End(M)[X]. Identifiant les coefficients des monômes en X, on obtient les relations suivantes
(13) pour ,
et
De là, on déduit
or, en identifiant les termes constants, les égalités (9) et (11) entraînent , d’où la formule (6).
En particulier, appartient à la sous-algèbre de End(M) engendrée par , et il commute donc à . On a déjà établi la relation det(), d’où la formule (4).
Enfin, soient des éléments de M. Remplaçons par et par dans la formule (3). On obtient
= det(), d’où la formule (5).
Remarque 1 00KF
L’endomorphisme de M coïncide avec celui que nous avons appelé le cotransposé de en III, p. 99.
Remarque 2 00KG
Des formules (1), (2), (4) et (6), on déduit la relation , d’où une autre démonstration du théorème de Hamilton-Cayley (III, p. 107).
Remarque 3 00KH
Comme l’application de End(M) dans L est polynomiale homogène de degré pour , il résulte de la formule (6) que l’application de End(M) dans End(M) est polynomiale homogène de degré .
Soit B une algèbre sur l’anneau L ; on suppose que B est un L-module libre de dimension et l’on identifie L au sous-anneau de B. Soit un élément de B. Appliquons ce qui précède à l’endomorphisme du L-module B. Posons pour ; on a en particulier (III, p. 110). Le polynôme caractéristique de loc. cit.) s’écrit sous la forme
(16) Pc
Comme l’application de B dans End est L-linéaire, l’application de B dans L est polynomiale homogène de degré ; en particulier, l’application de B dans L est polynomiale homogène de degré .
Pour tout élément de B, posons
D’après la proposition 1 (VIII, p. 329), l’application linéaire de B dans B est cotransposée de l’application , et l’on en déduit
De plus l’application de B dans B est polynomiale homogène de degré .
2. Normes et traces réduites
Rappelons qu’on désigne par A une algèbre centrale simple sur le corps commutatif K, de degré réduit .
Proposition 2 00KI
Soient un élément de A et Pc()son polynôme caractéristique. Il existe un polynôme unitaire P dans K[X], et un seul, tel que l’on ait Pc() .
A) L’unicité de P résulte du lemme suivant :
Lemme 2 00KJ
Soient P et Q des polynômes unitaires de K[X] et un entier strictement positif. Si l’on a , on a P = Q.
Soit l’ensemble des polynômes unitaires irréductibles dans K[X]. Comme P et Q sont unitaires, il existe des éléments et de tels que l’on ait et . Il résulte de l’égalité et de l’unicité de la décomposition en facteurs extrémaux qu’on a pour tout . Comme est strictement positif, on en déduit pour tout , d’où P = Q.
B) Démontrons maintenant l’existence de P.
D’après le th. 1 de VIII, p. 248, il existe une extension L de K, galoisienne et de degré fini, et un isomorphisme de L-algèbres . D’après la formule (12) de III, p. 108, le polynôme Pc() est aussi le polynôme caractéristique de l’élément de la L-algèbre , donc de l’élément de la L-algèbre .
Posons P(X) = det(X); c’est un polynôme unitaire de L[X]. D’après l’exemple 3 de III, p. 111, on a
(19) Pc() .
Soit G le groupe de Galois de L sur K. Pour , notons l’automorphisme de l’anneau L[X] qui coïncide avec dans L et fixe X. Alors K[X] est l’ensemble des polynômes Q de L[X] tels que l’on ait pour tout (V, p. 54, th. 1). Comme le polynôme Pc() appartient à K[X], on a pour tout . D’après le lemme 2, on a donc pour tout ; ainsi P appartient à K[X].
Définition 1 00RM
Soit un élément de l’algèbre A. On appelle polynôme caractéristique réduit de (relativement à A) l’unique polynôme unitaire de K[X], que l’on note Pcrd, qui satisfait à la relation
(20) Pc Pcrd.
Soit un élément de A. Comme A est de degré sur K, le polynôme Pc est de degré , donc Pcrd est un polynôme unitaire de degré ; écrivons-le sous la forme
(21) Pcrd.
On pose
(22) Trd, Nrd.
Définition 2 00KK
On dit que Trdest la trace réduite de et Nrdsa norme réduite (relativement à la K-algèbre A).
Lorsqu’il n’y a pas de risque de confusion, on omet A et K dans les notations précédentes et l’on écrit simplement Pcrd(), Trd() et Nrd().
Les formules suivantes résultent des formules (20), (22) et des formules (7) et (8) de III, p. 108 :
(23) Tr Trd
(24) (Nrd).
Proposition 3 00KL
Pour qu’un élément de A soit inversible, il faut et il suffit que sa norme réduite soit non nulle. En particulier, A est un corps si et seulement si l’on a Nrdpour tout élément non nul de A.
Pour qu’un élément de A soit inversible, il faut et il suffit que sa norme soit non nulle (III, p. 111, prop. 3). La prop. 3 résulte donc de la formule (24).
Remarque 00KM
Soit L le corps K(X) des fractions rationnelles en une indéterminée X. Le polynôme caractéristique réduit d’un élément de A n’est autre que la norme réduite de l’élément de la L-algèbre . Cela résulte de la définition du polynôme caractéristique réduit et de la formule suivante (III, p. 111)
(25) Pc.
Exemple 1 00RN
D’après le th. 1 de VIII, p. 116, il existe un entier et un corps D tels que A soit isomorphe à ; soit le degré réduit de D sur K ; on a . Soit M un A-module de longueur finie ; nous allons prouver la formule
(26) Pc Pcrd
pour tout élément de A. Le A-module est de longueur (VIII, p. 117, lemme 2) ; les A-modules et ont même longueur, donc ils sont isomorphes, et l’on a
Pc Pc
d’après la formule (15) de III, p. 109. Comme on a , la formule (26) résulte de la formule (20) et du lemme 2 (VIII, p. 333).
Exemple 2 00RO
Considérons le cas particulier où A est l’algèbre End des endomorphismes d’un K-espace vectoriel V de dimension finie sur K. Prenant pour M le A-module simple V, on obtient les relations
(27) Pcrd, Nrd det() et Trd Tr()
pour tout endomorphisme de V.
3. Propriétés des normes et traces réduites
Proposition 4 00KN
Soient L une extension de K et un élément de l’algèbre centrale et simple A. On a les relations
(28) Pcrd Pcrd
(29) Trd Trd
(30) Nrd Nrd,
(« invariance par extension des scalaires » ).
Les deux membres de l’égalité (28) ont même puissance -ème en vertu de la définition (formule (20) de VIII, p. 333) et de la relation
Pc Pc
(III, p. 110, formule (21)). L’égalité (28) résulte donc du lemme 2 de VIII, p. 333. Les formules (29) et (30) se déduisent de (28), (21) et (22).
Corollaire 1 00KO
Soient L une extension de K, V un espace vectoriel de dimension sur L et un homomorphisme de K-algèbres de A dans End. Pour tout élément de A, on a
(31) Pcrd
(32) Trd Tr()
(33) Nrd det().
Soit l’homomorphisme de L-algèbres de dans End tel que pour L et A. L’algèbre est simple d’après le cor. 2 de VIII, p. 217, et l’homomorphisme est donc injectif. Mais les algèbres et End sur le corps L ont même degré, égal à , donc est un isomorphisme. Le cor. 1 résulte alors de la prop. 4 et de l’exemple 2 ci-dessus.
Corollaire 2 00KP
Soient et des éléments de A et un élément de K. On a les relations
(34) Pcrd,
(35) Pcrd Pcrd,
(36) Trd Trd Trd, Trd Trd,
(37) Trd Trd,
(38) Nrd Nrd Nrd, Nrd Nrd,
(39) Trd, Nrd.
Comme A est centrale, simple et de degré réduit sur K, il existe une extension L de K et un espace vectoriel V de dimension sur L tels que soit isomorphe à l’algèbre End (VIII, p. 248, th. 1) Le corollaire 2 résulte alors du corollaire 1 et des propriétés de la trace et du déterminant d’un endomorphisme. En particulier, la formule (34) résulte du théorème de Hamilton-Cayley (III, p. 107, prop. 20).
Corollaire 3 00RP
Soit l’algèbre opposée de A. Pour tout dans A, on a
(40) Pcrd Pcrd
(41) Trd Trd
(42) Nrd Nrd.
Choisissons une extension L de K, un espace vectoriel V de dimension sur L et un homomorphisme de A dans End (VIII, p. 248, th. 1). Soit l’espace vectoriel dual de V. L’application qui associe à un élément de A l’endomorphisme de est un homomorphisme de K-algèbres de dans End. Le corollaire 3 résulte alors du cor. 1 et du cor. 3 de III, p. 95.
☡ La trace, la norme et le polynôme caractéristique de sont donc les mêmes, qu’on considère comme élément de A ou de . Cette propriété n’est pas toujours satisfaite lorsque A n’est plus supposée centrale et simple (III, p. 196, exerc. 1 du § 9).
Proposition 5 00KQ
Pour tout x dans A, soit la forme linéaire Trd sur A.
a) L’application est un isomorphisme de -bimodules de A sur son dual Hom.
b) Soit une forme linéaire sur A. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe un élément de K tel que Trdpour tout ;
(ii) On a quels que soient dans A.
Rappelons (II, p. 34) que la structure de , A)-bimodule sur Hom est définie par la relation
pour et . En particulier, pour tout dans A, on a
Trd
Trd
et ces deux éléments sont égaux d’après la formule (37) de VIII, p. 336. On a donc , ce qui signifie que est un homomorphisme de , A)-bimodules de A dans .
Choisissons une extension L du corps K et un isomorphisme de la L-algèbre sur l’algèbre des matrices (VIII, p. 248, th. 1). Identifions l’espace vectoriel au dual de l’espace vectoriel sur le corps L. D’après la prop. 4 de VIII, p. 335, on a, avec ces conventions,
(44) Trd Trd.
Soit l’application L-linéaire de dans déduite de par extension des scalaires ; d’après la formule (44) et le cor. 1 de VIII, p. 335, on a
(45) Trd Tr()
pour dans . D’après la prop. 7 de II, p. 158, l’application est bijective, d’où il résulte que est bijective. On a prouvé a).
Soit dans ; d’après ce qui précède, il existe un élément de A tel que soit égal à . D’après a), on a
Par suite, la relation « pour dans A » équivaut à « pour tout », et d’après la partie a) de la démonstration, ceci signifie que appartient au centre K de A. Cela prouve b), compte tenu de la formule (36).
Corollaire 00KR
Le sous-espace vectoriel de A engendré par les éléments de la forme , où et parcourent A, est un hyperplan, noyau de la forme linéaire non nulle Trd.
Remarque 00KS
D’après la formule (23) de VIII, p. 334, on a
Tr Trd pour tout . Si la caractéristique du corps K est égale à 0 ou à un nombre premier ne divisant pas , on peut remplacer la trace réduite par la trace dans la prop. 5. Par contre, si la caractéristique de K est un nombre premier divisant , on a Tr pour tout .
4. La norme réduite est une fonction polynomiale
Lemme 3 00KT
Soient L une extension de K, I un ensemble, une famille d’indéterminées. On a .
Soient P et Q des éléments de , avec . Les coefficients des polynômes tels que P = QR sont les solutions d’un système d’équations linéaires à coefficients dans K. Par suite, s’il existe un polynôme tel que P = QR, il en existe un aussi dans (II, p. 123, prop. 6). Cela prouve l’inclusion ; l’inclusion opposée est évidente.
Rappelons que le polynôme caractéristique réduit d’un élément de A s’écrit (46) Pcrd
et que l’on a
Trd Nrd.
Proposition 6 00KU
Pour tout entier tel que , l’application de A dans K est polynomiale homogène de degré . En particulier, la norme réduite est une application polynomiale homogène de degré de A dans K.
Soit une base de A sur K et une famille d’indéterminées.
Lemme 4 00KV
Soit l’élément de la -algèbre centrale et simple . Soit P le polynôme caractéristique réduit de cet élément . Alors P appartient à l’anneau ;considéré comme élément de l’anneau , il est homogène de degré .
Choisissons une extension L de K et un isomorphisme de L-algèbres de sur . Notons l’isomorphisme de )-algèbres déduit de par extension des scalaires. D’après le cor. 1 de VIII, p. 335, on a
(47) det(X) det.
Comme les matrices appartiennent à (L), cette formule montre que P est un polynôme homogène de degré dans . Il appartient aussi à et il s’écrit sous la forme , où chaque appartient à . D’après le lemme 3, chacun des éléments appartient à , d’où le lemme 4.
Lemme 5 00KW
Pour toute extension de K et tout élément de , on a
(48) Pcrd.
Soit l’unique homomorphisme de K-algèbres qui transforme en pour tout I ; il définit sur une structure de ]-algèbre. La -algèbre s’identifie à (transitivité de l’extension des scalaires), l’élément s’identifiant à l’élément de . Notons l’homomorphisme de K-algèbres déduit de . D’après la formule (21) de III, p. 110, le polynôme caractéristique de relativement à la -algèbre est l’image par du polynôme caractéristique de relativement à la ]-algèbre , c’est-à-dire de . Autrement dit, on a
(49) Pc;
le lemme 5 résulte alors du lemme 2 de VIII, p. 333.
Considérons le cas particulier du lemme 5. On a
(50) Pcrd
quel que soit l’élément de . Comme le polynôme P de est homogène de degré , il se développe sous la forme
où est un polynôme homogène de degré dans . D’après les formules (46), (50) et (51), on a
quel que soit l’élément de , d’où la proposition 6.
Remarque 00KX
Soit une K-algèbre commutative. Tout élément de s’écrit sous la forme , avec . Il ressort de la démonstration du lemme 5 que le polynôme caractéristique Pc est égal à .
5. Transitivité des normes et traces réduites
Proposition 7 00KY
Soient L une sous-algèbre semi-simple commutative maximale de A et un élément de L. On a
(52) Pcrd Pc,
(53) Trd Tr,
(54) Nrd.
D’après la prop. 3 de VIII, p. 258, les L-modules A et sont isomorphes, d’où la relation
Pc Pc
Comme le polynôme Pc est unitaire, il est donc égal au polynôme caractéristique réduit Pcrd (VIII, p. 333, lemme 2), d’où la formule (52). En comparant dans les deux membres de (52) les coefficients de (resp. les termes constants), on obtient la formule (53) (resp. (54)).
Corollaire 00KZ
Soit D un corps de centre K, et de degré fini sur K. Soient un élément de K et L un sous-corps commutatif maximal de D contenant . On a
(55) Pcrd Pc, Tr Tr, Nrd.
En effet, un sous-corps commutatif maximal L de D est une sous-algèbre semi-simple commutative maximale de D d’après le cor. 2 de VIII, p. 261.
Proposition 8 00L0
Soit B une sous-algèbre simple de A. Notons L le centre de B et le commutant de B dans A. Alors est une algèbre centrale et simple sur le corps L ; notons son degré réduit. Pour tout élément de B, on a les relations
(56) Pcrd(Pcrd)
(57) Trd Tr(Trd)
(58) Nrd(Nrd).
un polynôme unitaire à coefficients dans . Le polynôme de K[X] est unitaire de degré , le coefficient de dans Q(X) est égal à Tr, et son terme constant est .
Notons la -algèbre et la classe de canonique de T dans . La suite est une base de sur et la matrice de la multiplication par dans cette base est de la forme
0 0 . 0
1 0 . 0
(59) 0 1 . 0 .
0 . 1
Le calcul du déterminant de X se fait par récurrence sur , en développant selon la première ligne. On trouve det(X ) . Autrement dit, on a P(X) = Pc. En particulier, Tr et . Compte tenu de la formule de transitivité (III, p. 114, cor.), on a
Tr Tr et Q(X) = Pc.
D’autre part, , donc Q(X) est un polynôme unitaire de degré . Le lemme 6 résulte de là.
Démontrons la prop. 8. Comme l’anneau B est simple, son centre L est un corps (VIII, p. 117, cor. 1). D’après le th. 5 de VIII, p. 255, le commutant de B dans A est un anneau simple de centre L et l’on a . Notons le degré réduit de sur celui de B sur L et le degré de L sur K. On a
d’où , c’est-à-dire .
Soit un élément de B et soit P(X) son polynôme caractéristique réduit dans la L-algèbre B ; il est unitaire de degré . D’après le lemme 6, le polynôme est unitaire de degré . Le polynôme est donc unitaire de degré . Toujours d’après le lemme 6, le coefficient de dans R(X) est égal à Tr(Trd) et le terme constant de R(X) est Nrd(Nrd).
Comme , le B-module à gauche A est libre de dimension (VIII, p. 120, prop. 5). On a donc
(60) Pc Pc;
d’après le corollaire de III, p. 114, on a
(61) Pc(Pc) et comme P(X) est le polynôme caractéristique réduit de dans la L-algèbre B, on a
(62) Pc.
Compte tenu des formules (60) à (62) et de la définition de R(X), on a finalement
(63) Pc,
donc R(X) est le polynôme caractéristique réduit de dans la K-algèbre A.
On a prouvé la formule (56). Les formules (57) et (58) résultent aussitôt de la formule (56) et du lemme 6 puisque le coefficient de dans Pcrd est égal à Trd, et que son terme constant est Nrd.
6. Normes réduites et déterminants
Dans ce numéro, on note D un corps de centre K et de degré fini sur K. On note le quotient du groupe multiplicatif par son groupe dérivé et l’homomorphisme canonique de sur . L’application Nrd induit un homomorphisme de groupes de dans ; le noyau de cet homomorphisme contient le groupe dérivé de puisque K est commutatif. Il existe donc un homomorphisme Nrd de dans , et un seul, tel que Nrd Nrd pour tout .
Proposition 9 00L2
Soit V un espace vectoriel à droite sur le corps D, de dimension finie. Soit E l’algèbre Endsur le corps K ; elle est centrale, simple et de degré fini. Pour tout élément inversible de E, on a
(64) Nrd Nrd(det )
(cf. VIII, p. 442, prop. 2 pour la définition du déterminant det de ).
Notons la dimension de V sur D et identifions E à l’algèbre de matrices au moyen d’une base de V sur D. Le groupe multiplicatif GL de l’algèbre E est engendré par les matrices diagonales et les matrices (II, p. 162, cor. 1). La prop. 9 résulte donc des deux cas particuliers ci-dessous.
A) Supposons que soit la matrice diagonale diag(). Pour , soit un sous-corps commutatif maximal de D contenant ; soit L la sous-algèbre de E formée des matrices diagonales diag() avec pour . Soit le degré réduit de D sur K. On a pour (VIII, p. 261, cor. 2). La K-algèbre L est isomorphe à , donc est semi-simple de degré ; or on a . Il en résulte que L est une sous-algèbre semi-simple commutative maximale de E (VIII, p. 258, prop. 3). D’après la prop. 7 de VIII, p. 340, on a Nrd, d’où, compte tenu de la formule (18) de III, p. 110,
Nrd Nrd
= Nrd Nrd().
Par ailleurs, on a det d’après la prop. 3 de VIII, p. 443, d’où la formule (64) dans ce cas.
B) Supposons que soit égal à , où est un élément de D et des entiers distincts dans l’intervalle . Notons le degré réduit de D sur K et M l’espace vectoriel sur K déduit de V par restriction des scalaires de D à K. Alors M est un E-module simple et l’on a
(65) Pc Pcrd
d’après la formule (26) de VIII, p. 334. Par ailleurs, M est un espace vectoriel de dimension sur K, et est un endomorphisme nilpotent de M ; on a donc (66) Pc.
Par comparaison des formules (65) et (66), on trouve
(67) Pcrd
et en particulier Nrd. Par ailleurs, on a det d’après la prop. 3 de VIII, p. 443 ; la formule (64) est donc établie dans ce cas.
Remarque 00L3
On a Nrd si l’élément de E n’est pas inversible (VIII, p. 334, prop. 3).
Exercices
See the exercises for § 17.