Bourbaki

§ 17. Normes et traces réduites

Dans ce paragraphe on désigne par K un corps commutatif et par A une K-algèbre centrale simple de degré fini. On note nn le degré réduit de A.

1. Compléments sur les polynômes caractéristiques

Soient L un anneau commutatif et M un L-module libre de dimension finie mm. Si uu est un endomorphisme de M et rr un entier positif, on note cr(u)c_r(u) la trace de l’endomorphisme ∧r(u)\wedge^r(u) du L-module libre ∧r(M)\wedge^r(M). On a en particulier

(1) c0(u)=1,c1(u)=c_0(u) = 1,c_1(u) = Tr(uu),cm(u)=,c_m(u) = det(uu)

et cr(u)=0c_r(u) = 0 pour r>mr > m. D’après la prop. 7 de III, p. 94, L’application u→u\rightarrow det(uu) de End(M) dans L est polynomiale homogène de degré mm (IV, p. 52). Plus généralement, pour tout entier rr tel que 0⩽r⩽m0\leqslant r\leqslant m, l’application crc_r de End(M) dans L est polynomiale homogène de degré rr; cela résulte de la prop. 10 de III, p. 96.

Soient uu un endomorphisme de M et u‾\overline{u} l’endomorphisme du L[X]-module M[X] = M⊗LL[X]M\otimes_LL[X] déduit de uu par extension des scalaires (II, p. 83). On rappelle (III, p. 107, déf. 3 et (50)) que le polynôme caractéristique de uu est le déterminant χu(X)\chi_u(X) du L[X]-endomorphisme X−u‾X-\overline{u} de M[X] et que l’on a la relation

χu(X)=∑r=0m(−1)rcr(u)Xm−r(2) \chi_u(X) =\sum_{r=0}^m(-1)^rc_r(u) X^{m-r} \tag{2}

Proposition 1 00KD

Soient L un anneau commutatif, M un L-module libre de dimension finie m⩾1m\geqslant 1et uu un endomorphisme de M. Il existe un endomorphisme u~\widetilde{u} de M, et un seul, satisfaisant à la relation

u~(x)∧w=x∧∧m−1(u)(w)(3) \widetilde{u}(x)\wedge w=x\wedge \wedge^{m-1}(u)(w) \tag{3}

pour x∈Mx\in Met w∈∧m−1(M)w\in \wedge^{m-1}(M). De plus, on a les relations

(4) u∘u~=u~∘u=u\circ \widetilde{u}=\widetilde{u}\circ u= det(uu)M_M,

(5) det(u~\widetilde{u}) == det(uu)m−1^{m-1},

u~=∑r=0m−1(−1)rcm−1−r(u)ur(6) \widetilde{u}=\sum^{m-1}_{r=0}(-1)^rc_{m-1-r}(u)u^r \tag{6}

Lemme 1 00KE

Soit pp un entier tel que 0⩽p⩽m0\leqslant p\leqslant m. Pour tout ww dans ∧p(M)\wedge^p(M), soit hp(w)h_p(w)l’application linéaire w′→w∧w′w'\rightarrow w\wedge w' de ∧m−p(M)\wedge^{m-p}(M)dans ∧m(M)\wedge^m(M). L’application linéaire hp:w→hp(w)h_p:w\rightarrow h_p(w)de ∧p(M)\wedge^p(M)dans HomL(∧m−p(M),∧m(M))_L(\wedge^{m-p}(M),\wedge^m(M))est un isomorphisme.

Soit (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} une base de M ; munissons l’ensemble I d’une relation d’ordre total. Pour toute partie J de I, posons eJ=ei1∧⋯∧eire_J=e_{i_1}\wedge \cdots \wedge e_{i_r}, où (i1,...,ir)(i_1, . . . , i_r) est la suite des éléments de J rangés par ordre croissant. Le L-module ∧m−p(M)\wedge^{m-p}(M) admet pour base les éléments eSe_S, où S parcourt l’ensemble des parties à m−pm-p éléments de I ; de plus ∧m(M)\wedge^m(M) a pour base {eI}\{e_I\}. Il existe donc une base de HomL(∧m−p(M),∧m(M))_L(\wedge^{m-p}(M),\wedge^m(M)) formée des applications linéaires eJ∗e^*_J caractérisées par la formule

∗eI_*e_I si I=J∪SI = J\cup S

eJ(eS)=(7) e_J(e_S) = \tag{7}

0 sinon

où J parcourt l’ensemble des parties à pp éléments de I. Il résulte de la formule (20) de III, p. 87 que, pour toute partie J à pp éléments de I, on a hp(eJ)∈{eJ∗,−eJ∗}h_p(e_J)\in \{e^*_J,-e^*_J\}; comme les éléments eJe_J forment une base de ∧p\wedge^p(M), l’application linéaire hph_p est bijective.

Démontrons maintenant la proposition 1. Soient uu et u~\widetilde{u} des endomorphismes de M. La relation (3) équivaut à

(8) h1∘u~=h_1\circ \widetilde{u}= Hom(∧m−1(u),1∧(M)m\wedge^{m-1}(u),1\wedge^{^m}_{(M)})∘h1\circ h_1;

d’après le lemme 1,h1,h_1 est un isomorphisme de M sur HomL(∧m−1(M),∧m(M))_L(\wedge^{m-1}(M),\wedge^m(M)).

Par suite, pour tout endomorphisme uu de M, il existe un unique endomorphisme u~\widetilde{u} de M satisfaisant à la relation (3).

Soient x1,...,xmx_1, . . . , x_m des éléments de M. Remplaçons xx par u(x1)u(x_1) et ww par x2∧⋯∧xmx_2\wedge \cdots \wedge x_m dans (3) ; on obtient

u~(u(x1))∧x2∧⋯∧xm=u(x1)∧⋯∧u(xm) \widetilde{u}(u(x_1))\wedge x_2\wedge \cdots \wedge x_m=u(x_1)\wedge \cdots \wedge u(x_m)

= det(uu)x1∧⋯∧xmx_1\wedge \cdots \wedge x_m.

Par suite, h1(u~∘u(x1))=h1h_1(\widetilde{u}\circ u(x_1)) =h_1(det(uu)x1x_1), d’où la relation u~∘u=\widetilde{u}\circ u= det(uu)M_M d’après le lemme 1.

Notons U l’endomorphisme X−u‾X-\overline{u} du L[X]-module M[X] (VIII, p. 329). D’après ce qui précède, appliqué à U, il existe un endomorphisme U~\widetilde{U} du L[X]-module M[X] qui satisfait aux relations

U~(x1)∧x2∧⋯∧xm=x1∧(Xx2−u(x2))∧⋯∧(Xxm−u(xm))(9) \widetilde{U}(x_1)\wedge x_2\wedge \cdots \wedge x_m=x_1\wedge (Xx_2-u(x_2))\wedge \cdots \wedge (Xx_m-u(x_m)) \tag{9}

pour x1,...,xmx_1, . . . , x_m dans M et

(10) U~∘U=\widetilde{U}\circ U = det(X −u-u)M[X]_{M[X]}.

Considérons U~\widetilde{U} comme un élément de End(M)[X](VIII, p. 9) ; d’après la formule (9) et le lemme 1, il est de degré ⩽m−1\leqslant m-1 et on peut donc l’écrire sous la forme

U~=∑r=0m−1(−1)rurXm−1−r(11) \widetilde{U} =\sum^{m-1}_{r=0}(-1)^ru_rX^{m-1-r} \tag{11}

où les uru_r sont des endomorphismes de M. D’après la formule (2) de VIII, p. 329, la relation (10) fournit l’égalité

(∑r=0m−1(−1)rurXm−1−r)(X−u)=∑r=0m(−1)rcr(u)Xm−r(12) (\sum^{m-1}_{r=0}(-1)^ru_rX^{m-1-r})(X-u) =\sum_{r=0}^m(-1)^rc_r(u)X^{m-r} \tag{12}

dans l’anneau End(M)[X]. Identifiant les coefficients des monômes en X, on obtient les relations suivantes

(13) ur+ur−1∘u=cr(u)Mu_r+u_{r-1}\circ u=c_r(u)_M pour 1⩽r⩽m−11\leqslant r\leqslant m-1,

et

u0=c0(u)M,um−1∘u=cm(u)M(14) u_0=c_0(u)_M,u_{m-1}\circ u=c_m(u)_M \tag{14}

De là, on déduit

um−1=∑r=0m−1(−1)rcm−1−r(u)ur(15) u_{m-1}=\sum^{m-1}_{r=0}(-1)^rc_{m-1-r}(u)u^r \tag{15}

or, en identifiant les termes constants, les égalités (9) et (11) entraînent um−1=u~u_{m-1}=\widetilde{u}, d’où la formule (6).

En particulier, u~\widetilde{u} appartient à la sous-algèbre de End(M) engendrée par uu, et il commute donc à uu. On a déjà établi la relation u~∘u=\widetilde{u}\circ u= det(uu)M_M, d’où la formule (4).

Enfin, soient x1,...,xmx_1, . . . , x_m des éléments de M. Remplaçons xx par x1x_1 et ww par u~(x2)∧⋯∧u~(xm)\widetilde{u}(x_2)\wedge \cdots \wedge \widetilde{u}(x_m) dans la formule (3). On obtient

u~(x1)∧u~(x2)∧⋯∧u~(xm)=x1∧u∘(u~(x2))∧⋯∧u∘(u~(xm)) \widetilde{u}(x_1)\wedge \widetilde{u}(x_2)\wedge \cdots \wedge \widetilde{u}(x_m) =x_1\wedge u\circ (\widetilde{u}(x_2))\wedge \cdots \wedge u\circ (\widetilde{u}(x_m))

= det(uu)m−1x1∧x2∧⋯∧xm^{m-1}x_1\wedge x_2\wedge \cdots \wedge x_m, d’où la formule (5).

Remarque 1 00KF

L’endomorphisme u~\widetilde{u} de M coïncide avec celui que nous avons appelé le cotransposé de uu en III, p. 99.

Remarque 2 00KG

Des formules (1), (2), (4) et (6), on déduit la relation χu(u)=0\chi_u(u) = 0, d’où une autre démonstration du théorème de Hamilton-Cayley (III, p. 107).

Remarque 3 00KH

Comme l’application crc_r de End(M) dans L est polynomiale homogène de degré rr pour 0⩽r⩽m−10\leqslant r\leqslant m-1, il résulte de la formule (6) que l’application u→u~u\rightarrow \widetilde{u} de End(M) dans End(M) est polynomiale homogène de degré m−1m-1.

Soit B une algèbre sur l’anneau L ; on suppose que B est un L-module libre de dimension m⩾1m\geqslant 1 et l’on identifie L au sous-anneau L⋅1L\cdot 1 de B. Soit bb un élément de B. Appliquons ce qui précède à l’endomorphisme γ(b):x→bx\gamma (b) :x\rightarrow bx du L-module B. Posons γr(b)=cr(γ(b))\gamma_r(b) =c_r(\gamma (b)) pour 0⩽r⩽m0\leqslant r\leqslant m; on a en particulier γn(b)=NB/L(b)\gamma_n(b) = N_{B/L}(b) (III, p. 110). Le polynôme caractéristique de b(b(loc. cit.) s’écrit sous la forme

(16) PcB/L(b;X)=∑r=0m(−1)rγr(b)Xm−r_{B/L}(b; X) =\sum_{r=0}^m(-1)^r\gamma_r(b) X^{m-r}

Comme l’application γ\gamma de B dans EndL(B)_L(B) est L-linéaire, l’application γr\gamma_r de B dans L est polynomiale homogène de degré rr; en particulier, l’application b→NB/L(b)b\rightarrow N_{B/L}(b) de B dans L est polynomiale homogène de degré mm.

Pour tout élément bb de B, posons

b~=∑r=0m−1(−1)rγm−1−r(b)br(17) \widetilde{b}=\sum^{m-1}_{r=0}(-1)^r\gamma_{m-1-r}(b)b^r \tag{17}

D’après la proposition 1 (VIII, p. 329), l’application linéaire γ(b~)\gamma (\widetilde{b}) de B dans B est cotransposée de l’application γ(b)\gamma (b), et l’on en déduit

bb~=b~b=NB/L(b)(18) b\widetilde{b}=\widetilde{b}b= N_{B/L}(b) \tag{18}

De plus l’application b→b~b\rightarrow \widetilde{b} de B dans B est polynomiale homogène de degré m−1m-1.

2. Normes et traces réduites

Rappelons qu’on désigne par A une algèbre centrale simple sur le corps commutatif K, de degré réduit nn.

Proposition 2 00KI

Soient aa un élément de A et Pc(a;Xa; X)son polynôme caractéristique. Il existe un polynôme unitaire P dans K[X], et un seul, tel que l’on ait Pc(a;Xa; X) =P(X)n= P(X)^n.

A) L’unicité de P résulte du lemme suivant :

Lemme 2 00KJ

Soient P et Q des polynômes unitaires de K[X] et ss un entier strictement positif. Si l’on a Ps=QsP^s= Q^s, on a P = Q.

Soit I\mathscr{I} l’ensemble des polynômes unitaires irréductibles dans K[X]. Comme P et Q sont unitaires, il existe des éléments (aF)(a_F) et (bF)(b_F) de N(I)\mathbf{N}^{(\mathscr{I})} tels que l’on ait P=∏F∈IFaFP =\prod_{F\in\mathscr{I}}F^{a_F} et Q=∏F∈IFbFQ =\prod_{F\in\mathscr{I}}F^{b_F}. Il résulte de l’égalité Ps=QsP^s= Q^s et de l’unicité de la décomposition en facteurs extrémaux qu’on a saF=sbFsa_F=sb_F pour tout F∈IF\in \mathscr{I}. Comme ss est strictement positif, on en déduit aF=bFa_F=b_F pour tout F∈IF\in \mathscr{I}, d’où P = Q.

B) Démontrons maintenant l’existence de P.

D’après le th. 1 de VIII, p. 248, il existe une extension L de K, galoisienne et de degré fini, et un isomorphisme de L-algèbres θ:A(L)→Mn(L)\theta : A_{(L)}\rightarrow \mathbf{M}_n(L). D’après la formule (12) de III, p. 108, le polynôme Pc(a;Xa; X) est aussi le polynôme caractéristique de l’élément 1⊗a1\otimes a de la L-algèbre A(L)A_{(L)}, donc de l’élément θ(1⊗a)\theta (1\otimes a) de la L-algèbre Mn(L)\mathbf{M}_n(L).

Posons P(X) = det(XIn−θ(1⊗a)I_n-\theta (1\otimes a)); c’est un polynôme unitaire de L[X]. D’après l’exemple 3 de III, p. 111, on a

(19) Pc(a;Xa; X) =P(X)n= P(X)^n.

Soit G le groupe de Galois de L sur K. Pour σ∈G\sigma \in G, notons σ‾\overline{\sigma} l’automorphisme de l’anneau L[X] qui coïncide avec σ\sigma dans L et fixe X. Alors K[X] est l’ensemble des polynômes Q de L[X] tels que l’on ait σ‾(Q)=Q\overline{\sigma}(Q) = Q pour tout σ∈G\sigma \in G (V, p. 54, th. 1). Comme le polynôme Pc(a;Xa; X) =P(X)n= P(X)^n appartient à K[X], on a σ‾(P)n=Pn\overline{\sigma}(P)^n= P^n pour tout σ∈G\sigma \in G. D’après le lemme 2, on a donc σ‾(P)=P\overline{\sigma}(P) = P pour tout σ∈G\sigma \in G; ainsi P appartient à K[X].

Définition 1 00RM

Soit aa un élément de l’algèbre A. On appelle polynôme caractéristique réduit de aa (relativement à A) l’unique polynôme unitaire de K[X], que l’on note PcrdA/K(a;X)_{A/K}(a; X), qui satisfait à la relation

(20) PcA/K(a;X)=_{A/K}(a; X) = PcrdA/K(a;X)n_{A/K}(a; X)^n.

Soit aa un élément de A. Comme A est de degré n2n^2 sur K, le polynôme PcA/K(a;X)_{A/K}(a; X) est de degré n2n^2, donc PcrdA/K(a;X)_{A/K}(a; X) est un polynôme unitaire de degré nn; écrivons-le sous la forme

(21) PcrdA/K(a;X)=Xn+∑r=0n−1(−1)rbr(a)Xn−r_{A/K}(a; X) = X^n+\sum^{n-1}_{r=0}(-1)^rb_r(a)X^{n-r}.

On pose

(22) TrdA/K(a)=b1(a)_{A/K}(a) =b_1(a), NrdA/K(a)=bn(a)_{A/K}(a) =b_n(a).

Définition 2 00KK

On dit que TrdA/K(a)_{A/K}(a)est la trace réduite de aa et NrdA/K(a)_{A/K}(a)sa norme réduite (relativement à la K-algèbre A).

Lorsqu’il n’y a pas de risque de confusion, on omet A et K dans les notations précédentes et l’on écrit simplement Pcrd(a;Xa; X), Trd(aa) et Nrd(aa).

Les formules suivantes résultent des formules (20), (22) et des formules (7) et (8) de III, p. 108 :

(23) TrA/K(a)=n_{A/K}(a) =n TrdA/K(a)_{A/K}(a)

(24) NA/K(a)=N_{A/K}(a) = (NrdA/K(a)_{A/K}(a))n^n.

Proposition 3 00KL

Pour qu’un élément aa de A soit inversible, il faut et il suffit que sa norme réduite soit non nulle. En particulier, A est un corps si et seulement si l’on a NrdA/K(a)≠0_{A/K}(a)\not= 0pour tout élément non nul aa de A.

Pour qu’un élément aa de A soit inversible, il faut et il suffit que sa norme soit non nulle (III, p. 111, prop. 3). La prop. 3 résulte donc de la formule (24).

Remarque 00KM

Soit L le corps K(X) des fractions rationnelles en une indéterminée X. Le polynôme caractéristique réduit d’un élément aa de A n’est autre que la norme réduite de l’élément X⊗1−1⊗aX\otimes 1-1\otimes a de la L-algèbre A(L)A_{(L)}. Cela résulte de la définition du polynôme caractéristique réduit et de la formule suivante (III, p. 111)

(25) PcA/K(a;X)=NA(L)/L(X⊗1−1⊗a)_{A/K}(a; X) = N_{A_{(L)}/L}(X\otimes 1-1\otimes a).

Exemple 1 00RN

D’après le th. 1 de VIII, p. 116, il existe un entier r⩾1r\geqslant 1 et un corps D tels que A soit isomorphe à Mr(D)\mathbf{M}_r(D); soit dd le degré réduit de D sur K ; on a r=n/dr=n/d. Soit M un A-module de longueur finie ℓ\ell; nous allons prouver la formule

(26) PcM/K(aM;X)=_{M/K}(a_M; X) = PcrdA/K(a;X)dℓ_{A/K}(a; X)^{d\ell}

pour tout élément aa de A. Le A-module AsA_s est de longueur rr (VIII, p. 117, lemme 2) ; les A-modules MrM^r et AsℓA^{\ell}_s ont même longueur, donc ils sont isomorphes, et l’on a

PcM/K(aM;X)r=_{M/K}(a_M; X)^r= PcA/K(a;X)ℓ_{A/K}(a; X)^{\ell}

d’après la formule (15) de III, p. 109. Comme on a rd=nrd=n, la formule (26) résulte de la formule (20) et du lemme 2 (VIII, p. 333).

Exemple 2 00RO

Considérons le cas particulier où A est l’algèbre EndK(V)_K(V) des endomorphismes d’un K-espace vectoriel V de dimension finie sur K. Prenant pour M le A-module simple V, on obtient les relations

(27) PcrdA/K(u;X)=χu(X)_{A/K}(u; X) =\chi_u(X), NrdA/K(u)=_{A/K}(u) = det(uu) et TrdA/K(u)=_{A/K}(u) = Tr(uu)

pour tout endomorphisme uu de V.

3. Propriétés des normes et traces réduites

Proposition 4 00KN

Soient L une extension de K et aa un élément de l’algèbre centrale et simple A. On a les relations

(28) PcrdA(L)/L(1⊗a;X)=_{A_{(L)}/L}(1\otimes a; X) = PcrdA/K(a;X)_{A/K}(a; X)

(29) TrdA(L)/L(1⊗a)=_{A_{(L)}/L}(1\otimes a) = TrdA/K(a)_{A/K}(a)

(30) NrdA(L)/L(1⊗a)=_{A_{(L)}/L}(1\otimes a) = NrdA/K(a)_{A/K}(a),

(« invariance par extension des scalaires » ).

Les deux membres de l’égalité (28) ont même puissance nn-ème en vertu de la définition (formule (20) de VIII, p. 333) et de la relation

PcA(L)/L(1⊗a;X)=_{A_{(L)}/L}(1\otimes a; X) = PcA/K(a;X)_{A/K}(a; X)

(III, p. 110, formule (21)). L’égalité (28) résulte donc du lemme 2 de VIII, p. 333. Les formules (29) et (30) se déduisent de (28), (21) et (22).

Corollaire 1 00KO

Soient L une extension de K, V un espace vectoriel de dimension nn sur L et θ\theta un homomorphisme de K-algèbres de A dans EndL(V)_L(V). Pour tout élément aa de A, on a

(31) PcrdA/K(a;X)=χθ(a)(X)_{A/K}(a; X) =\chi_{\theta(a)}(X)

(32) TrdA/K(a)=_{A/K}(a) = Tr(θ(a)\theta (a))

(33) NrdA/K(a)=_{A/K}(a) = det(θ(a)\theta (a)).

Soit θ′\theta ' l’homomorphisme de L-algèbres de A(L)A_{(L)} dans EndL(V)_L(V) tel que θ′(λ⊗a)=λθ(a)\theta '(\lambda \otimes a) =\lambda \theta (a) pour λ∈\lambda \in L et a∈a\in A. L’algèbre A(L)A_{(L)} est simple d’après le cor. 2 de VIII, p. 217, et l’homomorphisme θ′\theta ' est donc injectif. Mais les algèbres A(L)A_{(L)} et EndL(V)_L(V) sur le corps L ont même degré, égal à n2n^2, donc θ′\theta ' est un isomorphisme. Le cor. 1 résulte alors de la prop. 4 et de l’exemple 2 ci-dessus.

Corollaire 2 00KP

Soient aa et a′a' des éléments de A et λ\lambda un élément de K. On a les relations

(34) PcrdA/K(a;a)=0_{A/K}(a;a) = 0,

(35) PcrdA/K(λa;λX)=λn_{A/K}(\lambda a;\lambda X) =\lambda^n PcrdA/K(a;X)_{A/K}(a; X),

(36) TrdA/K(a+a′)=_{A/K}(a+a') = TrdA/K(a)+_{A/K}(a) + TrdA/K(a′)_{A/K}(a'), TrdA/K(λa)=λ_{A/K}(\lambda a) =\lambda TrdA/K(a)_{A/K}(a),

(37) TrdA/K(aa′)=_{A/K}(aa') = TrdA/K(a′a)_{A/K}(a'a),

(38) NrdA/K(aa′)=_{A/K}(aa') = NrdA/K(a)⋅_{A/K}(a)\cdot NrdA/K(a′)_{A/K}(a'), NrdA/K(λa)=λn_{A/K}(\lambda a) =\lambda^n NrdA/K(a)_{A/K}(a),

(39) TrdA/K(1)=n_{A/K}(1) =n, NrdA/K(1)=1_{A/K}(1) = 1.

Comme A est centrale, simple et de degré réduit nn sur K, il existe une extension L de K et un espace vectoriel V de dimension nn sur L tels que A(L)A_{(L)} soit isomorphe à l’algèbre EndL(V)_L(V) (VIII, p. 248, th. 1) Le corollaire 2 résulte alors du corollaire 1 et des propriétés de la trace et du déterminant d’un endomorphisme. En particulier, la formule (34) résulte du théorème de Hamilton-Cayley (III, p. 107, prop. 20).

Corollaire 3 00RP

Soit AoA^o l’algèbre opposée de A. Pour tout aa dans A, on a

(40) PcrdAo/K(a;X)=_{A^o/K}(a; X) = PcrdA/K(a;X)_{A/K}(a; X)

(41) TrdAo/K(a)=_{A^o/K}(a) = TrdA/K(a)_{A/K}(a)

(42) NrdAo/K(a)=_{A^o/K}(a) = NrdA/K(a)_{A/K}(a).

Choisissons une extension L de K, un espace vectoriel V de dimension nn sur L et un homomorphisme θ\theta de A dans EndL(V)_L(V) (VIII, p. 248, th. 1). Soit V∗V^* l’espace vectoriel dual de V. L’application qui associe à un élément aa de A l’endomorphisme tθ(a)^t\theta (a) de V∗V^* est un homomorphisme de K-algèbres de AoA^o dans EndL(V∗)_L(V^*). Le corollaire 3 résulte alors du cor. 1 et du cor. 3 de III, p. 95.

☡ La trace, la norme et le polynôme caractéristique de aa sont donc les mêmes, qu’on considère aa comme élément de A ou de AoA^o. Cette propriété n’est pas toujours satisfaite lorsque A n’est plus supposée centrale et simple (III, p. 196, exerc. 1 du § 9).

Proposition 5 00KQ

Pour tout x dans A, soit txt_x la forme linéaire y→y\rightarrow TrdA/K(xy)_{A/K}(xy) sur A.

a) L’application t:x→txt:x\rightarrow t_x est un isomorphisme de (A,A)(A,A)-bimodules de A sur son dual HomK(A,K)_K(A,K).

b) Soit hh une forme linéaire sur A. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe un élément λ\lambda de K tel que h(x)=λh(x) =\lambda TrdA/K(x)_{A/K}(x)pour tout x∈Ax\in A;

(ii) On a h(xy)=h(yx)h(xy) =h(yx)quels que soient x,yx, y dans A.

Rappelons (II, p. 34) que la structure de (A(A, A)-bimodule sur A∗=A^*= HomK(A,K)_K(A,K) est définie par la relation

⟨atb,c⟩=⟨t,bca⟩(43) \langle atb, c\rangle =\langle t, bca\rangle \tag{43}

pour a,b,c∈Aa, b, c\in A et t∈A∗t\in A^*. En particulier, pour tout xx dans A, on a

⟨atxb,c⟩=⟨tx,bca⟩=\langle at_xb, c\rangle =\langle t_x, bca\rangle = TrdA/K(xbca)_{A/K}(xbca)

⟨taxb,c⟩=\langle t_{axb}, c\rangle = TrdA/K(axbc)_{A/K}(axbc)

et ces deux éléments sont égaux d’après la formule (37) de VIII, p. 336. On a donc atxb=taxbat_xb=t_{axb}, ce qui signifie que tt est un homomorphisme de (A(A, A)-bimodules de A dans A∗A^*.

Choisissons une extension L du corps K et un isomorphisme θ\theta de la L-algèbre A(L)A_{(L)} sur l’algèbre des matrices Mn(L)\mathbf{M}_n(L) (VIII, p. 248, th. 1). Identifions l’espace vectoriel (A∗)(L)(A^*)_{(L)} au dual de l’espace vectoriel A(L)A_{(L)} sur le corps L. D’après la prop. 4 de VIII, p. 335, on a, avec ces conventions,

(44) TrdA(L)/L=1L⊗_{A_{(L)}/L}= 1_L\otimes TrdA/K_{A/K}.

Soit t(L)t_{(L)} l’application L-linéaire de A(L)A_{(L)} dans A(L)∗A^*_{(L)} déduite de tt par extension des scalaires ; d’après la formule (44) et le cor. 1 de VIII, p. 335, on a

(45) ⟨t(L)(x),y⟩=\langle t_{(L)}(x), y\rangle = TrdA(L)/L(xy)=_{A_{(L)}/L}(xy) = Tr(θ(x)θ(y)\theta (x)\theta (y))

pour x,yx, y dans A(L)A_{(L)}. D’après la prop. 7 de II, p. 158, l’application t(L)t_{(L)} est bijective, d’où il résulte que tt est bijective. On a prouvé a).

Soit hh dans A∗A^*; d’après ce qui précède, il existe un élément aa de A tel que hh soit égal à tat_a. D’après a), on a

h(xy)−h(yx)=ta(xy−yx)=tax(y)−txa(y) h(xy)-h(yx) =t_a(xy-yx) =t_{ax}(y)-t_{xa}(y)

Par suite, la relation « h(xy)=h(yx)h(xy) =h(yx) pour x,yx, y dans A » équivaut à « tax−xa=0t_{ax-xa}= 0 pour tout x∈Ax\in A », et d’après la partie a) de la démonstration, ceci signifie que aa appartient au centre K de A. Cela prouve b), compte tenu de la formule (36).

Corollaire 00KR

Le sous-espace vectoriel de A engendré par les éléments de la forme xy−yxxy-yx, où xx et yy parcourent A, est un hyperplan, noyau de la forme linéaire non nulle TrdA/K_{A/K}.

Remarque 00KS

D’après la formule (23) de VIII, p. 334, on a

TrA/K(a)=n_{A/K}(a) =n TrdA/K(a)_{A/K}(a) pour tout a∈Aa\in A. Si la caractéristique du corps K est égale à 0 ou à un nombre premier pp ne divisant pas nn, on peut remplacer la trace réduite par la trace dans la prop. 5. Par contre, si la caractéristique de K est un nombre premier divisant nn, on a TrA/K(a)=0_{A/K}(a) = 0 pour tout a∈Aa\in A.

4. La norme réduite est une fonction polynomiale

Lemme 3 00KT

Soient L une extension de K, I un ensemble, T=(Ti)i∈I\mathbf{T} = (T_i)_{i\in I} une famille d’indéterminées. On a K(T)∩L[T]=K[T]K(\mathbf{T})\cap L[\mathbf{T}] = K[\mathbf{T}].

Soient P et Q des éléments de K[T]K[\mathbf{T}], avec Q≠0Q\not= 0. Les coefficients des polynômes R∈L[T]R\in L[\mathbf{T}] tels que P = QR sont les solutions d’un système d’équations linéaires à coefficients dans K. Par suite, s’il existe un polynôme R∈L[T]R\in L[\mathbf{T}] tel que P = QR, il en existe un aussi dans K[T]K[\mathbf{T}] (II, p. 123, prop. 6). Cela prouve l’inclusion K(T)∩L[T]⊂K[T]K(\mathbf{T})\cap L[\mathbf{T}]\subset K[\mathbf{T}]; l’inclusion opposée est évidente.

Rappelons que le polynôme caractéristique réduit d’un élément aa de A s’écrit (46) PcrdA/K(a;X)=∑r=0n(−1)rbr(a)Xn−r_{A/K}(a; X) =\sum_{r=0}^n(-1)^rb_r(a) X^{n-r}

et que l’on a

b0(a)=1,b1(a)=b_0(a) = 1,b_1(a) = TrdA/K(a),bn(a)=_{A/K}(a),b_n(a) = NrdA/K(a)_{A/K}(a).

Proposition 6 00KU

Pour tout entier rr tel que 0⩽r⩽n0\leqslant r\leqslant n, l’application brb_r de A dans K est polynomiale homogène de degré rr. En particulier, la norme réduite est une application polynomiale homogène de degré nn de A dans K.

Soit (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} une base de A sur K et T=(Ti)i∈I\mathbf{T} = (T_i)_{i\in I} une famille d’indéterminées.

Lemme 4 00KV

Soit uu l’élément ∑i∈ITi⊗ei\sum_{i\in I}T_i\otimes e_i de la K(T)K(\mathbf{T})-algèbre centrale et simple A(K(T))A_{(K(\mathbf{T}))}. Soit P le polynôme caractéristique réduit de cet élément uu. Alors P appartient à l’anneau K[T][X]K[\mathbf{T}][X];considéré comme élément de l’anneau K[T,X]K[\mathbf{T},X], il est homogène de degré nn.

Choisissons une extension L de K et un isomorphisme θ\theta de L-algèbres de A(L)A_{(L)} sur Mn(L)\mathbf{M}_n(L). Notons θ‾:A(L(T))→Mn(L(T))\overline{\theta}: A_{(L(\mathbf{T}))}\rightarrow \mathbf{M}_n(L(\mathbf{T})) l’isomorphisme de L(TL(\mathbf{T})-algèbres déduit de θ\theta par extension des scalaires. D’après le cor. 1 de VIII, p. 335, on a

(47) P(X)=χθ‾(u)(X)=P(X) =\chi_{\overline{\theta}(u)}(X) = det(XIn−θ‾(u)I_n-\overline{\theta}(u)) == det(XIn−∑i∈ITiθ(1⊗ei))(XI_n-\sum_{i\in I}T_i\theta (1\otimes e_i)).

Comme les matrices θ(1⊗ei)\theta (1\otimes e_i) appartiennent à Mn\mathbf{M}_n(L), cette formule montre que P est un polynôme homogène de degré nn dans L[T,X]L[\mathbf{T},X]. Il appartient aussi à K(T)[X]K(\mathbf{T})[X] et il s’écrit sous la forme P(X)=∑j⩾0cjXjP(X) =\sum_{j\geqslant 0}c_jX^j, où chaque cjc_j appartient à K(T)∩L[T]K(\mathbf{T})\cap L[\mathbf{T}]. D’après le lemme 3, chacun des éléments cjc_j appartient à K[T]K[\mathbf{T}], d’où le lemme 4.

Lemme 5 00KW

Pour toute extension K′K' de K et tout élément (ti)i∈I(t_i)_{i\in I} de K′I{K'}^I, on a

(48) PcrdA(K′)/K′(∑i∈Iti⊗ei)=P((ti)i∈I,X)_{A_{(K')}/K'}(\sum_{i\in I}t_i\otimes e_i)= P((t_i)_{i\in I},X).

Soit φ:K[T]→K′\varphi : K[\mathbf{T}]\rightarrow K' l’unique homomorphisme de K-algèbres qui transforme TiT_i en tit_i pour tout i∈i\in I ; il définit sur K′K' une structure de K[TK[\mathbf{T}]-algèbre. La K′K'-algèbre A(K[T])(K′)A_{(K[\mathbf{T}])(K')} s’identifie à A(K′)A_{(K')} (transitivité de l’extension des scalaires), l’élément 1⊗(∑Ti⊗ei)1\otimes (\sum T_i\otimes e_i) s’identifiant à l’élément ∑ti⊗ei\sum t_i\otimes e_i de A(K′)A_{(K')}. Notons φ‾:K[T][X]→K′[X]\overline{\varphi}: K[\mathbf{T}][X]\rightarrow K'[X] l’homomorphisme de K-algèbres déduit de φ\varphi. D’après la formule (21) de III, p. 110, le polynôme caractéristique de ∑ti⊗ei\sum t_i\otimes e_i relativement à la K′K'-algèbre A(K′)A_{(K')} est l’image par φ‾\overline{\varphi} du polynôme caractéristique de ∑Ti⊗ei\sum T_i\otimes e_i relativement à la K[TK[\mathbf{T}]-algèbre A(K[T])A_{(K[\mathbf{T}])}, c’est-à-dire de PnP^n. Autrement dit, on a

(49) PcA(K′)/K′(∑i∈Iti⊗ei;X)=P((ti)i∈I,X)n_{A_{(K')}/K'}(\sum_{i\in I}t_i\otimes e_i; X) = P((t_i)_{i\in I},X)^n;

le lemme 5 résulte alors du lemme 2 de VIII, p. 333.

Considérons le cas particulier K′=KK'= K du lemme 5. On a

(50) PcrdA/K(∑i∈Itiei;X)=P((ti)i∈I,X)_{A/K}(\sum_{i\in I}t_ie_i; X)= P((t_i)_{i\in I},X)

quel que soit l’élément (ti)i∈I(t_i)_{i\in I} de KIK^I. Comme le polynôme P de K[T,X]K[\mathbf{T},X] est homogène de degré nn, il se développe sous la forme

P(T,X)=∑r=0n(−1)rBr(T)Xn−r(51) P(\mathbf{T},X) =\sum_{r=0}^n(-1)^rB_r(\mathbf{T}) X^{n-r} \tag{51}

où BrB_r est un polynôme homogène de degré rr dans K[T]K[\mathbf{T}]. D’après les formules (46), (50) et (51), on a

br(∑i∈Itiei)=Br((ti)i∈I) b_r(\sum_{i\in I}t_ie_i)= B_r((t_i)_{i\in I})

quel que soit l’élément (ti)i∈I(t_i)_{i\in I} de KIK^I, d’où la proposition 6.

Remarque 00KX

Soit K′K' une K-algèbre commutative. Tout élément tt de A(K′)A_{(K')} s’écrit sous la forme ∑i∈Iti⊗ei\sum_{i\in I}t_i\otimes e_i, avec (ti)∈K′I(t_i)\in {K'}^I. Il ressort de la démonstration du lemme 5 que le polynôme caractéristique PcA(K′)/K′(t;X)_{A_{(K')}/K'}(t; X) est égal à P((ti),X)nP((t_i),X)^n.

5. Transitivité des normes et traces réduites

Proposition 7 00KY

Soient L une sous-algèbre semi-simple commutative maximale de A et aa un élément de L. On a

(52) PcrdA/K(a;X)=_{A/K}(a; X) = PcL/K(a;X)_{L/K}(a; X),

(53) TrdA/K(a)=_{A/K}(a) = TrL/K(a)_{L/K}(a),

(54) NrdA/K(a)=NL/K(a)_{A/K}(a) = N_{L/K}(a).

D’après la prop. 3 de VIII, p. 258, les L-modules A et LnL^n sont isomorphes, d’où la relation

PcA/K(a;X)=_{A/K}(a; X) = PcL/K(a;X)n_{L/K}(a; X)^n

Comme le polynôme PcL/K(a;X)_{L/K}(a; X) est unitaire, il est donc égal au polynôme caractéristique réduit PcrdA/K(a;X)_{A/K}(a; X) (VIII, p. 333, lemme 2), d’où la formule (52). En comparant dans les deux membres de (52) les coefficients de Xn−1X^{n-1} (resp. les termes constants), on obtient la formule (53) (resp. (54)).

Corollaire 00KZ

Soit D un corps de centre K, et de degré fini sur K. Soient aa un élément de K et L un sous-corps commutatif maximal de D contenant aa. On a

(55) PcrdD/K(a;X)=_{D/K}(a; X) = PcL/K(a;X)_{L/K}(a; X), TrD/K(a)=_{D/K}(a) = TrL/K(a)_{L/K}(a), NrdD/K(a)=NL/K(a)_{D/K}(a) = N_{L/K}(a).

En effet, un sous-corps commutatif maximal L de D est une sous-algèbre semi-simple commutative maximale de D d’après le cor. 2 de VIII, p. 261.

Proposition 8 00L0

Soit B une sous-algèbre simple de A. Notons L le centre de B et B′B' le commutant de B dans A. Alors B′B' est une algèbre centrale et simple sur le corps L ; notons rr son degré réduit. Pour tout élément bb de B, on a les relations

(56) PcrdA/K(b;X)=NL[X]/K[X]_{A/K}(b; X) = N_{L[X]/K[X]}(PcrdB/L(b;X)_{B/L}(b; X))r^r

(57) TrdA/K(b)=r_{A/K}(b) =r TrL/K_{L/K}(TrdB/K(b)_{B/K}(b))

(58) NrdA/K(b)=NL/K_{A/K}(b) = N_{L/K}(NrdB/L(b)_{B/L}(b))r^r.

Lemme 6 00L1

Soient K′K' une algèbre commutative de degré fini dd sur K et

P(X)=Xs+a1Xs−1+⋯+as P(X) = X^s+a_1X^{s-1}+\cdots +a_s

un polynôme unitaire à coefficients dans K′K'. Le polynôme Q=NK′[X]/K[X](P)Q = N_{K'[X]/K[X]}(P)de K[X] est unitaire de degré sdsd, le coefficient de Xsd−1X^{sd-1} dans Q(X) est égal à TrK′/K(a1)_{K'/K}(a_1), et son terme constant est NK′/K(as)N_{K'/K}(a_s).

Notons K′′K'' la K′K'-algèbre K′[T]/(P(T))K'[T]/(P(T)) et tt la classe de canonique de T dans K′′K''. La suite (1,t,...,ts−1)(1, t, . . . , t^{s-1}) est une base de K′′K'' sur K′K' et la matrice de la multiplication par tt dans cette base est de la forme

0 0 ... .. 0 −as-a_s

1 0 ... .. 0 −as−1-a_{s-1}

(59) τ=\tau = 0 1 ... .. 0 −as−2-a_{s-2}.

⋅⋅...⋅⋅ \cdot \cdot . . .\cdot \cdot
⋅⋅...⋅⋅ \cdot \cdot . . .\cdot \cdot

0 ⋅..\cdot . .. 1 −a1-a_1

Le calcul du déterminant de XIn−τI_n-\tau se fait par récurrence sur ss, en développant selon la première ligne. On trouve det(XIn−τI_n-\tau ) =P(X)= P(X). Autrement dit, on a P(X) = PcK′′/K′(t;X)_{K''/K'}(t; X). En particulier, TrK′′/K′(t)=−a1_{K''/K'}(t) =-a_1 et NK′′/K′(t)=(−1)sasN_{K''/K'}(t) = (-1)^sa_s. Compte tenu de la formule de transitivité (III, p. 114, cor.), on a

TrK′′/K(t)=−_{K''/K}(t) =- TrK′/K(a1),NK′′/K(t)=(−1)sdNK′/K(as)_{K'/K}(a_1),N_{K''/K}(t) = (-1)^{sd}N_{K'/K}(a_s) et Q(X) = PcK′′/K(t;X)_{K''/K}(t; X).

D’autre part, [K′′:K]=[K′′:K′][K′:K]=sd[K'': K] = [K'': K'][K': K] =sd, donc Q(X) est un polynôme unitaire de degré sdsd. Le lemme 6 résulte de là.

Démontrons la prop. 8. Comme l’anneau B est simple, son centre L est un corps (VIII, p. 117, cor. 1). D’après le th. 5 de VIII, p. 255, le commutant B′B' de B dans A est un anneau simple de centre L et l’on a [A:K]=[B:K][B′:K][A : K] = [B : K][B': K]. Notons rr le degré réduit de B′B' sur L,sL,s celui de B sur L et dd le degré de L sur K. On a

[A:K]=n2,[B′:K]=r2d,[B:K]=s2d [A : K] =n^2,[B': K] =r^2d,[B : K] =s^2d

d’où n2=r2s2d2n^2=r^2s^2d^2, c’est-à-dire n=rsdn=rsd.

Soit bb un élément de B et soit P(X) son polynôme caractéristique réduit dans la L-algèbre B ; il est unitaire de degré ss. D’après le lemme 6, le polynôme Q=NL[X]/K[X](P)Q = N_{L[X]/K[X]}(P) est unitaire de degré sdsd. Le polynôme R=QrR = Q^r est donc unitaire de degré rsd=nrsd=n. Toujours d’après le lemme 6, le coefficient de Xn−1X^{n-1} dans R(X) est égal à −r-r TrL/K_{L/K}(TrdB/L(b)_{B/L}(b)) et le terme constant de R(X) est (NL/K((−1)s(N_{L/K}((-1)^s NrdB/L(b)))r=(−1)nNL/K_{B/L}(b)))^r= (-1)^nN_{L/K}(NrdB/L(b)_{B/L}(b))r^r.

Comme [A:K]=r2d[B:K][A : K] =r^2d[B : K], le B-module à gauche A est libre de dimension r2dr^2d (VIII, p. 120, prop. 5). On a donc

(60) PcA/K(b;X)=_{A/K}(b; X) = PcB/K(b;X)dr2_{B/K}(b; X)^{dr^2};

d’après le corollaire de III, p. 114, on a

(61) PcB/K(b;X)=NL[X]/K[X]_{B/K}(b; X) = N_{L[X]/K[X]}(PcB/L(b;X)_{B/L}(b; X)) et comme P(X) est le polynôme caractéristique réduit de bb dans la L-algèbre B, on a

(62) PcB/L(b;X)=P(X)s_{B/L}(b; X) = P(X)^s.

Compte tenu des formules (60) à (62) et de la définition de R(X), on a finalement

(63) PcA/K(b;X)=NL[X]/K[X](P(X))dr2s=Q(X)dr2s=R(X)rsd=R(X)n_{A/K}(b; X) = N_{L[X]/K[X]}(P(X))^{dr^2s}= Q(X)^{dr^2s}= R(X)^{rsd}= R(X)^n,

donc R(X) est le polynôme caractéristique réduit de bb dans la K-algèbre A.

On a prouvé la formule (56). Les formules (57) et (58) résultent aussitôt de la formule (56) et du lemme 6 puisque le coefficient de Xn−1X^{n-1} dans PcrdA/K(b;X)_{A/K}(b; X) est égal à −- TrdA/K(b)_{A/K}(b), et que son terme constant est (−1)n(-1)^n NrdA/K(b)_{A/K}(b).

6. Normes réduites et déterminants

Dans ce numéro, on note D un corps de centre K et de degré fini sur K. On note Dab∗D^*_{ab} le quotient du groupe multiplicatif D∗D^* par son groupe dérivé et π\pi l’homomorphisme canonique de D∗D^* sur Dab∗D^*_{ab}. L’application NrdD/K_{D/K} induit un homomorphisme de groupes de D∗D^* dans K∗K^*; le noyau de cet homomorphisme contient le groupe dérivé de D∗D^* puisque K est commutatif. Il existe donc un homomorphisme Nrd de Dab∗D^*_{ab} dans K∗K^*, et un seul, tel que NrdD/K(x)=_{D/K}(x) = Nrd ∘π(x)\circ \pi (x) pour tout x∈D∗x\in D^*.

Proposition 9 00L2

Soit V un espace vectoriel à droite sur le corps D, de dimension finie. Soit E l’algèbre EndD(V)_D(V)sur le corps K ; elle est centrale, simple et de degré fini. Pour tout élément inversible uu de E, on a

(64) NrdE/K(u)=_{E/K}(u) = Nrd(det uu)

(cf. VIII, p. 442, prop. 2 pour la définition du déterminant det uu de uu).

Notons nn la dimension de V sur D et identifions E à l’algèbre de matrices Mn(D)\mathbf{M}_n(D) au moyen d’une base de V sur D. Le groupe multiplicatif GLn(D)_n(D) de l’algèbre E est engendré par les matrices diagonales et les matrices Bij(λ)B_{ij}(\lambda ) (II, p. 162, cor. 1). La prop. 9 résulte donc des deux cas particuliers ci-dessous.

A) Supposons que uu soit la matrice diagonale diag(a1,...,ana_1, . . . , a_n). Pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n, soit LiL_i un sous-corps commutatif maximal de D contenant aia_i; soit L la sous-algèbre de E formée des matrices diagonales diag(t1,...,tnt_1, . . . , t_n) avec ti∈Lit_i\in L_i pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n. Soit dd le degré réduit de D sur K. On a [Li:K]=d[L_i: K] =d pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n (VIII, p. 261, cor. 2). La K-algèbre L est isomorphe à L1×⋯×LnL_1\times \cdots \times L_n, donc est semi-simple de degré ndnd; or on a [E:K]=n2[D:K]=n2d2=[L:K]2[E : K] =n^2[D : K] =n^2d^2= [L : K]^2. Il en résulte que L est une sous-algèbre semi-simple commutative maximale de E (VIII, p. 258, prop. 3). D’après la prop. 7 de VIII, p. 340, on a NrdE/K(u)=NL/K(u)_{E/K}(u) = N_{L/K}(u), d’où, compte tenu de la formule (18) de III, p. 110,

NrdE/K(u)=∏i=1nNLi/K(ai)=∏i=1n_{E/K}(u) =\prod_{i=1}^nN_{L_i/K}(a_i) =\prod_{i=1}^n NrdD/K(ai)_{D/K}(a_i)

= NrdD/K(a1...an)=_{D/K}(a_1. . . a_n) = Nrd(π(a1...an)\pi (a_1. . . a_n)).

Par ailleurs, on a det u=π(a1...an)u=\pi (a_1. . . a_n) d’après la prop. 3 de VIII, p. 443, d’où la formule (64) dans ce cas.

B) Supposons que uu soit égal à Bij(λ)B_{ij}(\lambda ), où λ\lambda est un élément de D et i,ji, j des entiers distincts dans l’intervalle [1,n][1, n]. Notons dd le degré réduit de D sur K et M l’espace vectoriel sur K déduit de V par restriction des scalaires de D à K. Alors M est un E-module simple et l’on a

(65) PcM/K(u;X)=_{M/K}(u; X) = PcrdE/K(u;X)d_{E/K}(u; X)^d

d’après la formule (26) de VIII, p. 334. Par ailleurs, M est un espace vectoriel de dimension nd2nd^2 sur K, et u−1Mu-1_M est un endomorphisme nilpotent de M ; on a donc (66) PcM/K(u;X)=(X−1)nd2_{M/K}(u; X) = (X-1)^{nd^2}.

Par comparaison des formules (65) et (66), on trouve

(67) PcrdE/K(u;X)=(X−1)nd_{E/K}(u; X) = (X-1)^{nd}

et en particulier NrdE/K(u)=1_{E/K}(u) = 1. Par ailleurs, on a det u=1u= 1 d’après la prop. 3 de VIII, p. 443 ; la formule (64) est donc établie dans ce cas.

Remarque 00L3

On a NrdE/K(u)=0_{E/K}(u) = 0 si l’élément uu de E n’est pas inversible (VIII, p. 334, prop. 3).

Exercices

See the exercises for § 17.

Transcribed from the printed volume. Not translated.