Bourbaki

§ 16. Autres descriptions du groupe de brauer

Dans ce paragraphe, si F est un groupe abélien et gg un automorphisme de F, on note g.fg.f pour g(f)g(f).

1. τ\tau-extensions de groupes

Dans ce numéro, on fixe un groupe G, un groupe abélien F noté multiplicativement et un homomorphisme de groupes τ\tau de G dans le groupe Aut(F) des automorphismes du groupe F. On note ee l’élément neutre de G et 1 l’élément neutre de F.

Rappelons (I, p. 62) qu’une extension E\mathscr{E} de G par F est un triplet (Γ,ι,π)(\Gamma , \iota , \pi ), où Γ est un groupe, π:Γ→G\pi : \Gamma \rightarrow G est un homomorphisme surjectif et ι\iota un homomorphisme injectif de F dans Γ tel que Im(ι\iota ) == Ker(π\pi ). Soit E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) une telle extension. Pour tout γ∈Γ\gamma \in \Gamma, l’application φγ:F→F\varphi_{\gamma}: F\rightarrow F définie par

ι(φγ(f))=γι(f)γ−1 \iota (\varphi_{\gamma}(f)) =\gamma \iota (f)\gamma^{-1}

pour tout f∈Ff\in F est un automorphisme de F. Comme F est commutatif, pour tout f∈Ff\in F, l’automorphisme défini par ι(f)\iota (f) est l’application identique de F. Par passage au quotient, on obtient un homomorphisme IntE_{\mathscr{E}} de G dans Aut(F) caractérisé par

γι(f)γ−1=ι\gamma \iota (f)\gamma^{-1}=\iota(IntE(π(γ)).f_{\mathscr{E}}(\pi (\gamma )).f)

pour γ∈Γ\gamma \in \Gamma et f∈Ff\in F.

On appelle τ\tau-extension de G par F une extension E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) telle que IntE_{\mathscr{E}} soit égal à τ\tau, c’est-à-dire vérifiant la relation

γι(f)γ−1=ι(τ(π(γ)).f)(1) \gamma \iota (f)\gamma^{-1}=\iota (\tau (\pi (\gamma )).f) \tag{1}

pour γ∈Γ\gamma \in \Gamma et f∈Ff\in F. Si E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) et E′=(Γ′,ι′,π′)\mathscr{E}'= (\Gamma ', \iota ', \pi ') sont des τ\tau-extensions, un morphisme de τ\tau-extensions de E\mathscr{E} dans E′\mathscr{E}' est un morphisme d’extensions de E\mathscr{E} dans E′\mathscr{E}' (I, p. 63), c’est-à-dire un homomorphisme de groupes u:Γ→Γ′u: \Gamma \rightarrow \Gamma ' tel que π′∘u=π\pi '\circ u=\pi et ι′=u∘ι\iota '=u\circ \iota. Notons que les τ\tau-extensions forment une espèce de structure pour laquelle tout morphisme est un isomorphisme (E, IV, p. 6 et I, p. 63, prop. 1). Notons Isoτ(E,F)_{\tau}(\mathscr{E},\mathscr{F}) la relation

« E\mathscr{E} et F\mathscr{F} sont des τ\tau-extensions isomorphes. »

C’est une relation d’équivalence ; on appelle classe de l’extension E\mathscr{E} la classe d’objets équivalents à E\mathscr{E} pour Isoτ_{\tau} (E, II, p. 47).

Lemme 1 00I9

La relation

« α\alpha est la classe d’une τ\tau-extension pour Isoτ_{\tau} »

est collectivisante en α\alpha.

Posons E0=F×GE_0= F\times G et considérons les applications ι0:F→E0\iota_0: F\rightarrow E_0 et π0:E0→G\pi_0: E_0\rightarrow G définies par ι0(f)=(f,e)\iota_0(f) = (f, e) pour f∈Ff\in F et π0(f,g)=g\pi_0(f, g) =g pour (f,g)∈F×G(f, g)\in F\times G. Soit E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) une τ\tau-extension de G par F. L’application π\pi est surjective, donc possède une section σ:G→Γ\sigma : G\rightarrow \Gamma telle que σ(e)=e\sigma (e) =e. L’application u:(f,g)→ι(f)σ(g)u: (f, g)\rightarrow \iota (f)\sigma (g) de F×GF\times G dans Γ est bijective. Munissons F×GF\times G de la loi de groupe obtenue par transport de structure. Le triplet (E0,ι0,π0)(E_0, \iota_0, \pi_0) est alors une τ\tau-extension isomorphe à E\mathscr{E}. Le lemme 1 résulte alors de E, II, p. 47.

On note Exτ(G,F)_{\tau}(G,F) l’ensemble des classes de τ\tau-extensions pour la relation Isoτ_{\tau}.

Exemple 1 00IA

Le produit semi-direct externe (F×τG,i,p)(F\times_{\tau}G, i, p) (I, p. 64, prop. 3) est une τ\tau-extension qu’on notera Iτ\mathscr{I}_{\tau}. On dira qu’une τ\tau-extension est semi-triviale si elle est isomorphe à la τ\tau-extension Iτ\mathscr{I}_{\tau}.

Exemple 2 00IB

Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, on se donne un groupe GiG_i, un groupe abélien FiF_i et un homomorphisme de groupes τi\tau_i de GiG_i dans le groupe des automorphismes de FiF_i. On note τ1×τ2:G1×G2→\tau_1\times \tau_2: G_1\times G_2\rightarrow Aut(F1×F2_1\times F_2) l’homomorphisme défini par

(τ1×τ2)(g1,g2).(f1,f2)=(τ1(g1).f1,τ2(g2).f2) (\tau_1\times \tau_2)(g_1, g_2).(f_1, f_2) = (\tau_1(g_1).f_1, \tau_2(g_2).f_2)

pour g1∈G1,g2∈G2,f1∈F1g_1\in G_1,g_2\in G_2,f_1\in F_1 et f2∈F2f_2\in F_2. Soient E1=(Γ1,ι1,π1)\mathscr{E}_1= (\Gamma_1, \iota_1, \pi_1) une τ1\tau_1-extension de G1G_1 par F1F_1 et E2=(Γ2,ι2,π2)\mathscr{E}_2= (\Gamma_2, \iota_2, \pi_2) une τ2\tau_2-extension de G2G_2 par F2F_2. Alors le triplet (Γ1×Γ2,ι1×ι2,π1×π2)(\Gamma_1\times \Gamma_2, \iota_1\times \iota_2, \pi_1\times \pi_2) est une τ1×τ2\tau_1\times \tau_2-extension de G1×G2G_1\times G_2 par F1×F2F_1\times F_2 appelée le produit extérieur des extensions E1\mathscr{E}_1 et E2\mathscr{E}_2 et notée E1×E2\mathscr{E}_1\times \mathscr{E}_2.

2. Image inverse d’une τ\tau-extension

Soient GG et G′G' des groupes. Soit FF un groupe abélien, soit τ:G→Aut⁡(F)\tau : G \to \operatorname{Aut}(F) un homomorphisme de groupes et soit u:G′→Gu : G' \to G un homomorphisme de groupes. Considérons l’homomorphisme de groupes τ′=τ∘u:G′→Aut⁡(F)\tau' = \tau \circ u : G' \to \operatorname{Aut}(F) et notons Γ′\Gamma' le produit fibré Γ×GG′\Gamma \times_G G' relativement à π\pi et uu (I, p. 44). C’est le sous-groupe de Γ×G′\Gamma \times G' formé des couples (γ,g′)(\gamma, g') tels que π(γ)=u(g′)\pi(\gamma) = u(g'). Soit ι′:F→Γ′\iota' : F \to \Gamma' l’homomorphisme de groupes donné par ι′(α)=(ι(α),e)\iota'(\alpha) = (\iota(\alpha), e) pour α∈F\alpha \in F et notons π′:Γ′→G′\pi' : \Gamma' \to G' la seconde projection. Alors le morphisme ι′\iota' est injectif, le morphisme π′\pi' est surjectif puisque π\pi l’est et l’image de ι′\iota' coïncide avec le noyau de π′\pi'. En outre, pour tout α∈F\alpha \in F et tout γ′=(γ,g)∈Γ′\gamma' = (\gamma, g) \in \Gamma', on a les relations

γ′ι′(α)γ′−1=(γ,g)(ι(α),e)(γ,g)−1=(ι(τ(π(γ)).α),e)=ι′(τ′(π′(γ′)).α). \gamma' \iota'(\alpha) {\gamma'}^{-1} = (\gamma, g)(\iota(\alpha), e)(\gamma, g)^{-1} = (\iota(\tau(\pi(\gamma)).\alpha), e) = \iota'(\tau'(\pi'(\gamma')).\alpha).
Par conséquent, (Γ′,ι′,π′)(\Gamma', \iota', \pi') est une τ′\tau'-extension de G′G' par FF qu’on appelle l’image inverse par uu de E\mathscr{E} et qu’on note u∗(E)u^*(\mathscr{E}). La première projection est un homomorphisme de groupes φ:Γ′→Γ\varphi : \Gamma' \to \Gamma qui sera dit canonique.

Proposition 1 00IC

Le diagramme

F→ι′Γ′→π′G′∥∥∥F→ιΓ→πG \begin{array}{ccccc} F & \xrightarrow{\iota'} & \Gamma' & \xrightarrow{\pi'} & G' \\ \| & & \| & & \| \\ F & \xrightarrow{\iota} & \Gamma & \xrightarrow{\pi} & G \end{array}

est commutatif. En outre, si E1′=(Γ1′,ι1′,π1′)\mathscr{E}'_1 = (\Gamma'_1, \iota'_1, \pi'_1) est une τ′\tau'-extension et φ1:Γ1′→Γ\varphi_1 : \Gamma'_1 \to \Gamma est un homomorphisme de groupes tel que le diagramme

F→ι1′Γ1′→π1′G′∥∥∥F→ιΓ→πG \begin{array}{ccccc} F & \xrightarrow{\iota'_1} & \Gamma'_1 & \xrightarrow{\pi'_1} & G' \\ \| & & \| & & \| \\ F & \xrightarrow{\iota} & \Gamma & \xrightarrow{\pi} & G \end{array}

soit commutatif, alors il existe un unique morphisme ψ\psi de τ′\tau'-extensions de E1′\mathscr{E}'_1 dans u∗(E)u^*(\mathscr{E}) tel qu’on ait φ1=φ∘ψ\varphi_1 = \varphi \circ \psi.

La commutativité du premier diagramme découle de la définition de φ\varphi. L’existence et l’unicité de ψ\psi résultent du lemme qui suit.

Lemme 2 00ID

Soit F1′F'_1 un groupe abélien et soient w:F1′→Fw : F'_1 \to F et τ1:G′→Aut⁡(F1′)\tau_1 : G' \to \operatorname{Aut}(F'_1) des homomorphismes de groupes tels que

w(τ1(g)(f))=τ(u(g))(w(f)) w(\tau_1(g)(f)) = \tau(u(g))(w(f))

pour tout f∈F1′f \in F'_1 et tout g∈G′g \in G'. Soit E1′=(Γ1′,ι1′,π1′)\mathscr{E}'_1 = (\Gamma'_1, \iota'_1, \pi'_1) une τ1\tau_1-extension de G′G' par F1′F'_1 et φ1:Γ1′→Γ\varphi_1 : \Gamma'_1 \to \Gamma un homomorphisme de groupes tel que le diagramme

F1′→ι1′Γ1′→π1′G′↓w↓φ1↓uF→ιΓ→πG \begin{array}{ccccc} F'_1 & \xrightarrow{\iota'_1} & \Gamma'_1 & \xrightarrow{\pi'_1} & G' \\ \downarrow w & & \downarrow \varphi_1 & & \downarrow u \\ F & \xrightarrow{\iota} & \Gamma & \xrightarrow{\pi} & G \end{array}

soit commutatif. Alors il existe un unique homomorphisme de groupes ψ:Γ1′→Γ′\psi : \Gamma'_1 \to \Gamma' tel que le diagramme

F1′→ι1′Γ1′→π1′G′↓w↓ψ∥F→ι′Γ′→π′G′ \begin{array}{ccccc} F'_1 & \xrightarrow{\iota'_1} & \Gamma'_1 & \xrightarrow{\pi'_1} & G' \\ \downarrow w & & \downarrow \psi & & \parallel \\ F & \xrightarrow{\iota'} & \Gamma' & \xrightarrow{\pi'} & G' \end{array}

soit commutatif et tel que φ1=φ∘ψ\varphi_1 = \varphi \circ \psi.

Si l’homomorphisme de groupes ψ:Γ1′→Γ′\psi : \Gamma'_1 \to \Gamma' convient, alors il vérifie les relations

ψ(γ)=(φ∘ψ(γ),π′∘ψ(γ))=(φ1(γ),π1′(γ)) \psi(\gamma) = (\varphi \circ \psi(\gamma), \pi' \circ \psi(\gamma)) = (\varphi_1(\gamma), \pi'_1(\gamma))

pour tout γ∈Γ1′\gamma \in \Gamma'_1. Inversement, l’homomorphisme de groupes de Γ1′\Gamma'_1 dans Γ×G′\Gamma \times G' défini par γ↦(φ1(γ),π1′(γ))\gamma \mapsto (\varphi_1(\gamma), \pi'_1(\gamma)) est à valeurs dans le produit fibré Γ×GG′\Gamma \times_G G' puisque π∘φ1(γ)=u∘π1′(γ)\pi \circ \varphi_1(\gamma) = u \circ \pi'_1(\gamma) pour tout γ∈Γ1′\gamma \in \Gamma'_1.

Corollaire 1 00IE

Soient E1\mathscr{E}_1 et E2\mathscr{E}_2 des τ\tau-extensions de GG par FF et soit ψ\psi un morphisme de τ\tau-extensions de E1\mathscr{E}_1 dans E2\mathscr{E}_2. Notons φ1\varphi_1 (resp. φ2\varphi_2) l’homomorphisme canonique pour u∗(E1)u^*(\mathscr{E}_1) (resp. u∗(E2)u^*(\mathscr{E}_2)). Alors il existe un unique morphisme de τ′\tau'-extensions de u∗(E1)u^*(\mathscr{E}_1) dans u∗(E2)u^*(\mathscr{E}_2), noté u∗(ψ)u^*(\psi), tel que φ2∘u∗(ψ)=ψ∘φ1\varphi_2 \circ u^*(\psi) = \psi \circ \varphi_1.

Il suffit d’appliquer la prop. 1 à ψ∘φ1\psi \circ \varphi_1.

La classe de la τ′\tau'-extension u∗(E)u^*(\mathscr{E}) ne dépend donc que de la classe de E\mathscr{E}. On note également u∗:Exτ(G,F)→Exτ′(G′,F)u^* : \mathrm{Ex}_{\tau}(G, F) \to \mathrm{Ex}_{\tau'}(G', F) l’application qui envoie la classe d’une τ\tau-extension E\mathscr{E} sur la classe de la τ′\tau'-extension u∗(E)u^*(\mathscr{E}).

Corollaire 2 00IF

Soit u′:G′′→G′u' : G'' \to G' un homomorphisme de groupes et soit E\mathscr{E} une τ\tau-extension de GG par FF. Posons τ′′=τ′∘u′\tau'' = \tau' \circ u' et notons φ\varphi (resp. φ′,φ′′\varphi', \varphi'') l’homomorphisme canonique associé à la τ′\tau'-extension u∗(E)u^*(\mathscr{E}) (resp. la τ′′\tau''-extension u′∗(u∗(E)){u'}^*(u^*(\mathscr{E}))), la τ′′\tau''-extension (u∘u′)∗(E)(u \circ u')^*(\mathscr{E})). Alors il existe un unique morphisme ψ\psi de la τ′′\tau''-extension u′∗(u∗(E)){u'}^*(u^*(\mathscr{E})) dans la τ′′\tau''-extension (u∘u′)∗(E)(u \circ u')^*(\mathscr{E}) telle que φ′′∘ψ=φ∘φ′\varphi'' \circ \psi = \varphi \circ \varphi'.

Exemple 00RI

Soit HH un sous-groupe de GG et j:H→Gj : H \to G l’injection canonique. Alors pour toute τ\tau-extension E=(Γ,ι,π)\mathscr{E} = (\Gamma, \iota, \pi), la τ∘j\tau \circ j-extension j∗(E)j^*(\mathscr{E}) est isomorphe à (πˉ1(H),ι′,π′)(\bar{\pi}^1(H), \iota', \pi') où ι′:F→πˉ1(H)\iota' : F \to \bar{\pi}^1(H) (resp. π′:πˉ1(H)→H\pi' : \bar{\pi}^1(H) \to H) est l’homomorphisme de groupes f→ι(f)f\rightarrow \iota (f) (resp. γ→π(γ)\gamma \rightarrow \pi (\gamma )). Plus généralement, si l’homomorphisme de groupes u:G′→Gu: G'\rightarrow G est injectif, alors l’homomorphisme canonique φ\varphi est injectif d’image π−1(u(G′))\overset{-1}{\pi}(u(G')).

3. Image directe d’une τ\tau-extension

Soit G un groupe, soient F et F′F' des groupes abéliens, soit τ\tau (resp. τ′\tau ') un homomorphisme de groupes de G dans le groupe des automorphismes de F (resp. F′F') et soit v:F→F′v: F\rightarrow F' un homomorphisme de groupes tel que

v(τ(g).f)=τ′(g).v(f)(3) v(\tau (g).f) =\tau '(g).v(f) \tag{3}

pour g∈Gg\in G et f∈Ff\in F. Soit E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) une τ\tau-extension de G par F. Soit Γ~\widetilde{\Gamma} le produit semi-direct externe F′×τ′∘πΓF'\times_{\tau'\circ\pi}\Gamma. On note ı~:F′→Γ~\widetilde{\imath}: F'\rightarrow \widetilde{\Gamma} l’homomorphisme f→(f,e)f\rightarrow (f, e) et p~:Γ~→Γ\widetilde{p}:\widetilde{\Gamma}\rightarrow \Gamma la première projection. Soit j:F→Γ~j: F\rightarrow \widetilde{\Gamma} l’application définie par f→(v(f),ι(f)−1)f\rightarrow (v(f), \iota (f)^{-1}). Comme l’image de ι\iota est contenue dans le noyau de τ′∘π\tau '\circ \pi, l’application jj est un homomorphisme de groupes ; il est injectif puisque ι\iota est injectif. On a les relations

(f′,γ)j(f)(f′,γ)−1=(f′,γ)(v(f),ι(f)−1)(f′,γ)−1 (f', \gamma )j(f)(f', \gamma )^{-1}= (f', \gamma )(v(f), \iota (f)^{-1})(f', \gamma )^{-1}
=(τ′(π(γ)).v(f),ι(τ(π(γ)).f)−1)(4) = (\tau '(\pi (\gamma )).v(f), \iota (\tau (\pi (\gamma )).f)^{-1}) \tag{4}
=j(τ(π(γ)).f) =j(\tau (\pi (\gamma )).f)

pour tout f∈Ff\in F, tout γ∈Γ\gamma \in \Gamma et tout f′∈F′f'\in F'. Par conséquent, l’image de jj est un sous-groupe distingué dans Γ~\widetilde{\Gamma}. Notons Γ′\Gamma ' le quotient de Γ~\widetilde{\Gamma} par l’image de jj. On note ι′\iota ' la composée de la surjection canonique de Γ~\widetilde{\Gamma} dans Γ′\Gamma ' et de ı~\widetilde{\imath}. Le noyau de l’homomorphisme π∘p~\pi \circ \widetilde{p} est le produit F′×ι(F)F'\times \iota (F) qui contient l’image de jj. On définit π′:Γ′→G\pi ': \Gamma '\rightarrow G comme l’homomorphisme de groupes déduit de π∘p~\pi \circ \widetilde{p} par passage au quotient. Comme ι\iota est injective, l’intersection de j(F)j(F) avec ı~(F′)\widetilde{\imath}(F') est réduite à l’élément neutre de Γ~\widetilde{\Gamma}; il en résulte que ι′\iota ' est injective. L’application de F′×FF'\times F dans F′×ι(F)=F'\times \iota (F) = Ker(π∘p~\pi \circ \widetilde{p}) donnée par

(f′,f)⟶(f′v(f),ι(f)−1) (f', f)\longrightarrow (f'v(f), \iota (f)^{-1})

est un isomorphisme de groupes. L’image de ι′\iota ' coïncide donc avec le noyau de π′\pi '. Comme π\pi et p~\widetilde{p} sont surjectifs, il en est de même de π′\pi '. Ceci démontre que E′=\mathscr{E}'= (Γ′,ι,π′)(\Gamma ', \iota , \pi ') est une τ′\tau '-extension de G par F′F' qu’on appelle l’image directe de E\mathscr{E} par vv et qu’on note v∗(E)v_*(\mathscr{E}). La composée de la surjection canonique de Γ~\tilde{\Gamma} dans Γ′\Gamma' et de l’homomorphisme de groupes de Γ\Gamma dans Γ~\tilde{\Gamma}, donné par γ↦(1,γ)\gamma \mapsto (1, \gamma) est un homomorphisme de groupes φ:Γ→Γ′\varphi : \Gamma \to \Gamma' qui est dit canonique.

Proposition 2 00IG

Avec les notations qui précèdent, le diagramme

F→ιΓ∣∣F′→ι′Γ′ \begin{array}{ccc} F & \xrightarrow{\iota} & \Gamma \\ | & & | \\ F' & \xrightarrow{\iota'} & \Gamma' \end{array}
→πG∣∣φ∣ \begin{array}{ccc} & \xrightarrow{\pi} & G \\ & | & | \\ & \varphi & | \end{array}
G∥G′→π′G \begin{array}{ccc} G & & \\ & \parallel & \\ G' & \xrightarrow{\pi'} & G \end{array}

est commutatif. Soit E1′=(Γ1′,ι1′,π1′)\mathscr{E}'_1 = (\Gamma'_1, \iota'_1, \pi'_1) une τ′\tau'-extension de GG par F′F' et soit φ1:Γ→Γ1′\varphi_1 : \Gamma \to \Gamma'_1 un homomorphisme de groupes tel que le diagramme

F→ιΓ∣∣F′→ι1′Γ1′ \begin{array}{ccc} F & \xrightarrow{\iota} & \Gamma \\ | & & | \\ F' & \xrightarrow{\iota'_1} & \Gamma'_1 \end{array}
→πG∣∣φ1∣ \begin{array}{ccc} & \xrightarrow{\pi} & G \\ & | & | \\ & \varphi_1 & | \end{array}
G∥G′→π1′G \begin{array}{ccc} G & & \\ & \parallel & \\ G' & \xrightarrow{\pi'_1} & G \end{array}

soit commutatif, alors il existe un unique morphisme ψ\psi de τ′\tau'-extensions de v∗(E)v_*(\mathscr{E}) dans E1′\mathscr{E}'_1 tel qu’on ait φ1=ψ∘φ\varphi_1 = \psi \circ \varphi.

La commutativité du premier diagramme résulte des constructions. L’existence et l’unicité de ψ\psi découlent du lemme qui suit.

Lemme 3 00IH

Soit G1′G'_1 un groupe et soient w:G→G1′w : G \to G'_1 et τ1:G1′→Aut(F′)\tau_1 : G'_1 \to \mathrm{Aut}(F') des homomorphismes de groupes tels que τ′=τ1∘w\tau' = \tau_1 \circ w. Soit E1′=(Γ1′,ι1′,π1′)\mathscr{E}'_1 = (\Gamma'_1, \iota'_1, \pi'_1) une τ1\tau_1-extension de G1′G'_1 par F′F' et soit φ1:Γ→Γ1′\varphi_1 : \Gamma \to \Gamma'_1 un homomorphisme de groupes tel que le diagramme

F→ιΓ∣∣F′→ι1′Γ1′ \begin{array}{ccc} F & \xrightarrow{\iota} & \Gamma \\ | & & | \\ F' & \xrightarrow{\iota'_1} & \Gamma'_1 \end{array}
→πG∣∣φ1∣ \begin{array}{ccc} & \xrightarrow{\pi} & G \\ & | & | \\ & \varphi_1 & | \end{array}
G↓wG1′ \begin{array}{ccc} G & & \\ & \downarrow w & \\ G'_1 & & \end{array}

soit commutatif. Alors il existe un unique homomorphisme de groupes ψ:Γ′→Γ1′\psi : \Gamma' \to \Gamma'_1 tel que le diagramme

F′→ι′Γ′∣∣F′→ι1′Γ1′ \begin{array}{ccc} F' & \xrightarrow{\iota'} & \Gamma' \\ | & & | \\ F' & \xrightarrow{\iota'_1} & \Gamma'_1 \end{array}
→π′G∣∣ψ∣ \begin{array}{ccc} & \xrightarrow{\pi'} & G \\ & | & | \\ & \psi & | \end{array}
G↓wG1′ \begin{array}{ccc} G & & \\ & \downarrow w & \\ G'_1 & & \end{array}

soit commutatif et tel que φ1=ψ∘φ\varphi_1 = \psi \circ \varphi.

Pour tout (f,γ)∈F′×Γ(f, \gamma) \in F' \times \Gamma, notons (f,γ)‾\overline{(f, \gamma)} la classe de (f,γ)(f, \gamma) dans Γ′\Gamma'. Si l’homomorphisme de groupes ψ:Γ′→Γ1′\psi : \Gamma' \to \Gamma'_1 convient, il vérifie les relations

ψ((f′,γ)‾)=ψ(ι′(f′)φ(γ))=ι1′(f′)φ1(γ) \psi\left(\overline{(f', \gamma)}\right) = \psi(\iota'(f')\varphi(\gamma)) = \iota'_1(f')\varphi_1(\gamma)
pour tout f′∈F′f' \in F' et tout γ∈Γ\gamma \in \Gamma. Inversement, l’application ψ~\tilde{\psi} de F′×τ′∘πΓF' \times_{\tau' \circ \pi} \Gamma dans Γ1′\Gamma'_1 donnée par (f,γ)↦ι1′(f)φ1(γ)(f, \gamma) \mapsto \iota'_1(f)\varphi_1(\gamma) est un homomorphisme de groupes. En effet, on a les relations
ι1′(f)φ1(γ)ι1′(f′)φ1(γ′)=ι1′(fτ1(π1′(φ1(γ))).f′)φ1(γγ′)=ι1′(fτ′(π(γ)).f′)φ1(γγ′), \iota'_1(f)\varphi_1(\gamma)\iota'_1(f')\varphi_1(\gamma') = \iota'_1(f\tau_1(\pi'_1(\varphi_1(\gamma))).f')\varphi_1(\gamma\gamma') = \iota'_1(f\tau'(\pi(\gamma)).f')\varphi_1(\gamma\gamma'),
pour f,f′∈F′f, f' \in F' et γ,γ′∈Γ\gamma, \gamma' \in \Gamma. Le noyau de ψ~\tilde{\psi} contient l’image de jj puisque ι1′(v(f))=φ1(ι(f))\iota'_1(v(f)) = \varphi_1(\iota(f)) pour f∈Ff \in F et le morphisme ψ\psi déduit de ψ~\tilde{\psi} par passage au quotient convient.

Remarque 00II

Notons Σ\Sigma l’espèce de structure de τ′\tau'-extension et définissons les α\alpha-applications comme les applications de Γ\Gamma dans un groupe Γ′\Gamma' sous-jacent à une τ′\tau'-extension qui sont des homomorphismes de groupes et qui rendent le diagramme

F→ιΓ→πG↓v↓φ∥F′→ι′Γ′→π′G \begin{array}{ccccc} F & \xrightarrow{\iota} & \Gamma & \xrightarrow{\pi} & G \\ \downarrow v & & \downarrow \varphi & & \parallel \\ F' & \xrightarrow{\iota'} & \Gamma' & \xrightarrow{\pi'} & G \end{array}

commutatif. La prop. 2 exprime que v∗(E)v_*(\mathscr{E}) est une solution du problème d’application universelle correspondant (E, IV, p. 22).

Corollaire 1 00IJ

Soient E1\mathscr{E}_1 et E2\mathscr{E}_2 des τ\tau-extensions de GG par FF et soit ψ\psi un morphisme de τ\tau-extensions de E1\mathscr{E}_1 dans E2\mathscr{E}_2. Notons φ1\varphi_1 (resp. φ2\varphi_2) l’homomorphisme canonique pour v∗(E1)v_*(\mathscr{E}_1) (resp. v∗(E2)v_*(\mathscr{E}_2)). Alors il existe un unique morphisme de τ′\tau'-extensions de v∗(E1)v_*(\mathscr{E}_1) dans v∗(E2)v_*(\mathscr{E}_2), noté v∗(ψ)v_*(\psi), tel que φ2∘ψ=v∗(ψ)∘φ1\varphi_2 \circ \psi = v_*(\psi) \circ \varphi_1. Il suffit d’appliquer la prop. 2 à φ2∘ψ\varphi_2 \circ \psi.

La classe de la τ′\tau'-extension v∗(E)v_*(\mathscr{E}) ne dépend donc que de la classe de E\mathscr{E}. On note également v∗:Exτ(G,F)→Exτ′(G,F′)v_* : \mathrm{Ex}_{\tau}(G, F) \to \mathrm{Ex}_{\tau'}(G, F') l’application qui envoie la classe d’une τ\tau-extension E\mathscr{E} sur la classe de la τ′\tau'-extension v∗(E)v_*(\mathscr{E}).

Corollaire 2 00RJ

On conserve les notations de la proposition. Soit F′′F'' un groupe abélien et soient τ′′:G→Aut(F′′)\tau'' : G \to \mathrm{Aut}(F'') et v′:F′→F′′v' : F' \to F'' des homomorphismes de groupes tels que*

τ′′(g).v′(f)=v′(τ′(g).f) \tau''(g).v'(f) = v'(\tau'(g).f)
pour g∈Gg \in G et f∈F′f \in F'. Soit E\mathscr{E} une τ\tau-extension de GG par FF et notons φ\varphi (resp. φ′,φ′′\varphi', \varphi'') l’homomorphisme canonique associé à v∗(E)v_*(\mathscr{E}) (resp. v∗′(v∗(E))v'_*(v_*(\mathscr{E})), (v′∘v)∗(E)(v' \circ v)_*(\mathscr{E})). Alors il existe un unique morphisme ψ\psi de la τ′′\tau''-extension v∗′(v∗(E))v'_*(v_*(\mathscr{E})) de GG par F′′F'' dans la τ′′\tau''-extension (v′∘v)∗(E)(v' \circ v)_*(\mathscr{E}) tel que φ′′=ψ∘φ′∘φ\varphi'' = \psi \circ \varphi' \circ \varphi.

Exemple 1 00IK

Soit j:{1}→Fj : \{1\} \to F l’injection canonique. L’extension semi-triviale Iτ\mathscr{I}_\tau est isomorphe à j∗((G,i,IdG))j_*((G, i, \mathrm{Id}_G)) où i:{e}→Gi : \{e\} \to G est l’injection canonique. Soit c:F→Fc : F \to F l’homomorphisme constant f↦1f \mapsto 1 et soit E\mathscr{E} une τ\tau-extension. La τ\tau-extension c∗(E)c_*(\mathscr{E}) est également isomorphe à Iτ\mathscr{I}_\tau.

Exemple 2 00IL

Soit EE un sous-groupe de FF stable pour l’action de GG. Notons F′F' le quotient de FF par EE, v:F→F′v : F \to F' l’homomorphisme canonique et τ′:G→Aut(F′)\tau' : G \to \mathrm{Aut}(F') l’action de GG sur F′F' caractérisée par

τ′(g).v(f)=v(τ(g).f) \tau'(g).v(f) = v(\tau(g).f)
pour g∈Gg \in G et f∈Ff \in F. Soit E=(Γ,ι,π)\mathscr{E} = (\Gamma, \iota, \pi) une τ\tau-extension de GG par FF. Alors ι(E)\iota(E) est un sous-groupe distingué de Γ\Gamma et la τ′\tau'-extension v∗(E)v_*(\mathscr{E}) de GG par F′F' est isomorphe à l’extension (Γ/ι(E),ιˉ,πˉ)(\Gamma/\iota(E), \bar{\iota}, \bar{\pi}) où ιˉ\bar{\iota} et πˉ\bar{\pi} sont les homomorphismes de groupes déduits de ι\iota et π\pi par passages aux quotients. L’homomorphisme canonique φ\varphi associé à v∗(E)v_*(\mathscr{E}) correspond par cet isomorphisme à l’homomorphisme canonique de Γ\Gamma dans Γ/ι(E)\Gamma/\iota(E).

Proposition 3 00IM

Soient GG et G′G' des groupes. Soient FF et F′F' des groupes abéliens. Soient τ:G→Aut(F)\tau : G \to \mathrm{Aut}(F), τ′:G→Aut(F′)\tau' : G \to \mathrm{Aut}(F'), u:G′→Gu : G' \to G et v:F→F′v : F \to F' des homomorphismes de groupes tels que

τ′(g).v(f)=v(τ(g).f) \tau'(g).v(f) = v(\tau(g).f)
pour g∈Gg \in G et f∈Ff \in F. On note τ′′=τ′∘u\tau'' = \tau' \circ u. Soit E\mathscr{E} une τ\tau-extension de GG par FF. On note φu\varphi_u (resp. φv,φu′,φv′\varphi_v, \varphi'_u, \varphi'_v) l’homomorphisme canonique correspondant à la τ∘u\tau \circ u-extension u∗(E)u^*(\mathscr{E}) (resp. à la τ′\tau'-extension v∗(E)v_*(\mathscr{E}), aux τ′′\tau''-extensions u∗(v∗(E))u^*(v_*(\mathscr{E})) et v∗(u∗(E))v_*(u^*(\mathscr{E}))). Alors il existe un unique morphisme ψ\psi de τ′′\tau''-extensions de v∗(u∗(E))v_*(u^*(\mathscr{E})) dans u∗(v∗(E))u^*(v_*(\mathscr{E})) tel que φv∘φu=φu′∘ψ∘φv′\varphi_v \circ \varphi_u = \varphi'_u \circ \psi \circ \varphi'_v.

On note (Γu,ιu,πu)(\Gamma_u, \iota_u, \pi_u) (resp. (Γu′,ιu′,πu′)(\Gamma'_u, \iota'_u, \pi'_u)) la τ∘u\tau \circ u-extension u∗(E)u^*(\mathscr{E}) (resp. la τ′′\tau''-extension u∗(v∗(E))u^*(v_*(\mathscr{E}))). En appliquant le lemme 2 de VIII, p. 283 à φv∘φu\varphi_v \circ \varphi_u, on obtient qu’il existe un homomorphisme de groupes ψ1:Γu→Γu′\psi_1 : \Gamma_u \to \Gamma'_u tel que le diagramme

F→ιuΓu→πuG′∣∣∥F′→ιu′Γu′→πu′G′ \begin{array}{ccccc} F & \xrightarrow{\iota_u} & \Gamma_u & \xrightarrow{\pi_u} & G' \\ | & & | & & \| \\ F' & \xrightarrow{\iota'_u} & \Gamma'_u & \xrightarrow{\pi'_u} & G' \end{array}

soit commutatif et tel que φu′∘ψ1=φv∘φu\varphi'_u \circ \psi_1 = \varphi_v \circ \varphi_u. L’existence de ψ\psi s’en déduit à l’aide de la proposition 2 appliquée à ψ1\psi_1. Inversement, si ψ′\psi' convient également, on a ψ′∘φv′=ψ1\psi' \circ \varphi'_v = \psi_1 par le lemme 2, donc ψ′=ψ\psi' = \psi (prop. 2).

4. Loi de groupe sur les classes de τ\tau-extensions

Soit GG un groupe, soit FF un groupe abélien et soit τ:G→Aut(F)\tau : G \to \mathrm{Aut}(F) un homomorphisme de groupes. On désigne par δ:G→G×G\delta : G \to G \times G l’application diagonale g↦(g,g)g \mapsto (g, g) et par m:F×F→Fm : F \times F \to F l’homomorphisme de multiplication (f1,f2)↦f1f2(f_1, f_2) \mapsto f_1 f_2. On note s:F→Fs : F \to F l’homomorphisme de groupes donné par f↦f−1f \mapsto f^{-1}. Soient E1=(Γ1,ι1,π1)\mathscr{E}_1 = (\Gamma_1, \iota_1, \pi_1) et E2=(Γ2,ι2,π2)\mathscr{E}_2 = (\Gamma_2, \iota_2, \pi_2) des τ\tau-extensions de GG par FF. Comme on a la relation

m(((τ×τ)∘δ)(g).(f1,f2))=τ(g).m(f1,f2), m(((\tau \times \tau) \circ \delta)(g).(f_1, f_2)) = \tau(g).m(f_1, f_2),
pour tout g∈Gg \in G et tous f1,f2∈Ff_1, f_2 \in F, l’extension m∗(δ∗(E1×E2))m_*(\delta^*(\mathscr{E}_1 \times \mathscr{E}_2)) est une τ\tau-extension qu’on appelle le produit des τ\tau-extensions E1\mathscr{E}_1 et E2\mathscr{E}_2 et qu’on note E1E2\mathscr{E}_1 \mathscr{E}_2. La classe de cette extension ne dépend que des classes des extensions E1\mathscr{E}_1 et E2\mathscr{E}_2 (VIII, p. 284, cor. 1 et VIII, p. 287, cor. 1). On en déduit donc une loi de composition sur Exτ(G,F)\mathrm{Ex}_\tau(G, F).

Remarque 00IN

Soient E1=(Γ1,ι1,π1)\mathscr{E}_1 = (\Gamma_1, \iota_1, \pi_1) et E2=(Γ2,ι2,π2)\mathscr{E}_2 = (\Gamma_2, \iota_2, \pi_2) des τ\tau-extensions de GG par FF. Soit E1E2=(Γ,ι,π)\mathscr{E}_1 \mathscr{E}_2 = (\Gamma, \iota, \pi) le produit de ces extensions. Compte tenu de l’exemple de VIII, p. 284, la construction fournit un homomorphisme de groupes surjectif du produit fibré Γ1×GΓ2\Gamma_1 \times_G \Gamma_2 dans Γ\Gamma dont le noyau est l’image de l’homomorphisme de groupes f↦(ι1(f),ι2(f)−1)f \mapsto (\iota_1(f), \iota_2(f)^{-1}) de FF dans Γ1×GΓ2\Gamma_1 \times_G \Gamma_2.

Proposition 4 00IO

Le produit des τ\tau-extensions munit l’ensemble Exτ(G,F)\mathrm{Ex}_\tau(G, F) d’une structure de groupe abélien. Son élément neutre est la classe de l’extension semi-triviale Iτ\mathscr{I}_\tau. L’inverse de la classe d’une τ\tau-extension E\mathscr{E} est la classe de s∗(E)s_*(\mathscr{E}).

L’associativité de la loi résulte de la commutativité des diagrammes

G→δG×G↓δ↓Id×δG×G→δ×IdG×G×G \begin{array}{ccc} G & \xrightarrow{\delta} & G \times G \\ \downarrow \delta & & \downarrow \mathrm{Id} \times \delta \\ G \times G & \xrightarrow{\delta \times \mathrm{Id}} & G \times G \times G \end{array}
et
F×F×F→m×IdF×F↓Id×m↓mF×F→mF, \begin{array}{ccc} F \times F \times F & \xrightarrow{m \times \mathrm{Id}} & F \times F \\ \downarrow \mathrm{Id} \times m & & \downarrow m \\ F \times F & \xrightarrow{m} & F, \end{array}

du cor. 2 de VIII, p. 284, du cor. 2 de VIII, p. 287 et de la prop. 3 de VIII, p. 288.

Soit Δ:F→F×F\Delta : F \to F \times F l’application diagonale f↦(f,f)f \mapsto (f, f). Soit E=(Γ,ι,π)\mathscr{E} = (\Gamma, \iota, \pi) une τ\tau-extension. Soit Δ~:Γ→Γ×GΓ\tilde{\Delta} : \Gamma \to \Gamma \times_G \Gamma l’homomorphisme de groupes donné par γ↦(γ,γ)\gamma \mapsto (\gamma, \gamma). Le diagramme

F→ιΓ→πG↓Δ↓Δ~∥F×F⟶Γ×GΓ⟶G \begin{array}{ccccc} F & \xrightarrow{\iota} & \Gamma & \xrightarrow{\pi} & G \\ \downarrow \Delta & & \downarrow \tilde{\Delta} & & \parallel \\ F \times F & \longrightarrow & \Gamma \times_G \Gamma & \longrightarrow & G \end{array}

est commutatif. D’après la prop. 2 de VIII, p. 286, il en résulte que la (τ×τ)∘δ(\tau \times \tau) \circ \delta-extension δ∗(E×E)\delta^*(\mathscr{E} \times \mathscr{E}) est isomorphe à Δ∗(E)\Delta_*(\mathscr{E}).

Notons c:F→Fc : F \to F l’homomorphisme constant f↦1f \mapsto 1. Compte tenu de l’exemple 1 de VIII, p. 288, le fait que Iτ\mathscr{I}_{\tau} soit un élément neutre pour cette loi de composition résulte de l’isomorphisme de δ∗(E×E)\delta^*(\mathscr{E} \times \mathscr{E}) sur Δ∗(E)\Delta_*(\mathscr{E}) et du diagramme commutatif

F→(IdF×c)∘ΔF×F(c×IdF)∘Δ↓↓mF×F→IdFF. \begin{array}{ccc} F & \xrightarrow{(\mathrm{Id}_F \times c) \circ \Delta} & F \times F \\ (c \times \mathrm{Id}_F) \circ \Delta \downarrow & & \downarrow m \\ F \times F & \xrightarrow{\mathrm{Id}_F} & F. \end{array}

La dernière assertion résulte du diagramme commutatif

F→(IdF×s)∘ΔF×F(s×IdF)∘Δ↓↓mF×F→cF. \begin{array}{ccc} F & \xrightarrow{(\mathrm{Id}_F \times s) \circ \Delta} & F \times F \\ (s \times \mathrm{Id}_F) \circ \Delta \downarrow & & \downarrow m \\ F \times F & \xrightarrow{c} & F. \end{array}

Soient E1=(Γ1,ι1,π1)\mathscr{E}_1 = (\Gamma_1, \iota_1, \pi_1) et E2=(Γ2,ι2,π2)\mathscr{E}_2 = (\Gamma_2, \iota_2, \pi_2) des τ\tau-extensions. L’isomorphisme de groupes Γ1×Γ2→Γ2×Γ1\Gamma_1 \times \Gamma_2 \to \Gamma_2 \times \Gamma_1 donné par (γ1,γ2)↦(γ2,γ1)(\gamma_1, \gamma_2) \mapsto (\gamma_2, \gamma_1) induit par passage aux sous-ensembles un isomorphisme de groupes σ:Γ1×GΓ2→Γ2×GΓ1\sigma : \Gamma_1 \times_G \Gamma_2 \to \Gamma_2 \times_G \Gamma_1. Compte tenu des relations

σ(ι1(f),ι2(f)−1)=(ι2(f−1),ι1(f−1)−1) \sigma(\iota_1(f), \iota_2(f)^{-1}) = (\iota_2(f^{-1}), \iota_1(f^{-1})^{-1})

pour f∈Ff \in F, l’homomorphisme de groupes σ\sigma induit par passage aux quotients un morphisme de τ\tau-extensions de E1E2\mathscr{E}_1 \mathscr{E}_2 sur E2E1\mathscr{E}_2 \mathscr{E}_1. Donc la loi de composition est commutative.

Proposition 5 00IP

a) Soient GG et G′G' des groupes. Soit FF un groupe abélien. Soient τ:G→Aut(F)\tau : G \to \mathrm{Aut}(F) et u:G′→Gu : G' \to G des homomorphismes de groupes. L’application u∗:Exτ(G,F)→Exτou(G′,F)u^* : \mathrm{Ex}_{\tau}(G, F) \to \mathrm{Ex}_{\tau ou}(G', F) est un homomorphisme de groupes.

b) Soit GG un groupe. Soient FF et F′F' des groupes abéliens. Soient τ:G→Aut(F)\tau : G \to \mathrm{Aut}(F), τ′:G→Aut(F′)\tau' : G \to \mathrm{Aut}(F') et v:F→F′v : F \to F' des homomorphismes de groupes tels que

τ′(g).v(f)=v(τ(g).f) \tau'(g).v(f) = v(\tau(g).f)

pour g∈Gg \in G et f∈Ff \in F. L’application v∗:Exτ(G,F)→Exτ′(G,F′)v_* : \mathrm{Ex}_{\tau}(G, F) \to \mathrm{Ex}_{\tau'}(G, F') est un homomorphisme de groupes.

Cela résulte de la commutativité des diagrammes

G′→δG′×G′↓u↓u×uG→δG×G \begin{array}{ccc} G' & \xrightarrow{\delta} & G' \times G' \\ \downarrow u & & \downarrow u \times u \\ G & \xrightarrow{\delta} & G \times G \end{array}
et
F×F→mF↓v×v↓vF′×F′→mF′. \begin{array}{ccc} F \times F & \xrightarrow{m} & F \\ \downarrow v \times v & & \downarrow v \\ F' \times F' & \xrightarrow{m} & F'. \end{array}

5. Description cohomologique

Soit G un groupe, soit F un groupe abélien et soit τ:G→\tau : G\rightarrow Aut(F) un homomorphisme de groupes. Pour tout g∈Gg\in G et tout f∈Ff\in F on note également gf^gf pour τ(g).f\tau (g).f. Un 2-cocycle de G à valeurs dans F est une application c:G×G→Fc: G\times G\rightarrow F telle que pour tout (g1,g2,g3)∈G×G×G(g_1, g_2, g_3)\in G\times G\times G, on ait

g1c(g2,g3)c(g1,g2g3)=c(g1,g2)c(g1g2,g3)(7) g_{_1}c(g_2, g_3)c(g_1, g_2g_3) =c(g_1, g_2)c(g_1g_2, g_3) \tag{7}

Comme F est commutatif, l’ensemble des 2-cocycles est un sous-groupe du groupe des applications de G×GG\times G dans F, on le note Z2(G,F)Z^2(G,F). Notons C1(G,F)C^1(G,F) le groupe des applications de G dans F. Pour tout h∈C1(G,F)h\in C^1(G,F) et tout (g1,g2)∈G×G(g_1, g_2)\in G\times G, posons

(∂h)(g1,g2)=g1h(g2)h(g1g2)−1h(g1)(8) (\partial h)(g_1, g_2) =^{g_1}h(g_2)h(g_1g_2)^{-1}h(g_1) \tag{8}

Un calcul simple démontre que l’application ∂h:G×G→F\partial h: G\times G\rightarrow F est un 2-cocycle. L’application ∂:C1(G,F)→Z2(G,F)\partial : C^1(G,F)\rightarrow Z^2(G,F) est un homomorphisme de groupes. Pour tout h∈C1(G,F)h\in C^1(G,F), le 2-cocycle ∂h\partial h est appelé un 2-cobord. Le groupe Z2(G,F)/∂(C1(G,F))Z^2(G,F)/\partial (C^1(G,F)) est noté H2(G,F)H^2(G,F) et est appelé le deuxième groupe de cohomologie de G à coefficients dans F.

∗*Les notations qui précèdent sont conforme à celles de X, p. 112 concernant la cohomologie des groupes. ∗*

Soit E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) une τ\tau-extension. Soit σ\sigma une section de l’application surjective π(E\pi (E II, p. 18), c’est-à-dire une application de G dans Γ telle que π(σ(g))=g\pi (\sigma (g)) =g pour tout gg dans G. On appelle 2-cocycle associé à σ\sigma, l’application cσ:G×G→Fc_{\sigma}: G\times G\rightarrow F définie par la formule

ι(cσ(g1,g2))=σ(g1)σ(g2)σ(g1g2)−1(9) \iota (c_{\sigma}(g_1, g_2)) =\sigma (g_1)\sigma (g_2)\sigma (g_1g_2)^{-1} \tag{9}

pour g1,g2∈Gg_1, g_2\in G. L’application cσc_{\sigma} est constante de valeur 1 si et seulement si σ\sigma est un homomorphisme de groupes.

Proposition 6 00IQ

L’application cσc_{\sigma} est un élément du groupe Z2(G,F)Z^2(G,F)et sa classe dans le groupe de cohomologie H2(G,F)H^2(G,F)ne dépend que de la classe de la τ\tau-extension E\mathscr{E}. On l’appelle la classe de cohomologie de la τ\tau-extension E\mathscr{E}.

Vérifions tout d’abord que cσc_{\sigma} satisfait à la condition de cocycle. Soient g1,g2g_1,g_2 et g3g_3 des éléments de G. En utilisant la relation (1) de VIII, p. 281 et (9), on obtient les relations

ι(g1cσ(g2,g3)cσ(g1,g2g3)) \iota (^{g_1}c_{\sigma}(g_2, g_3)c_{\sigma}(g_1, g_2g_3))
=σ(g1)σ(g2)σ(g3)σ(g2g3)−1σ(g1)−1σ(g1)σ(g2g3)σ(g1g2g3)−1 =\sigma (g_1)\sigma (g_2)\sigma (g_3)\sigma (g_2g_3)^{-1}\sigma (g_1)^{-1}\sigma (g_1)\sigma (g_2g_3)\sigma (g_1g_2g_3)^{-1}
=σ(g1)σ(g2)σ(g3)σ(g1g2g3)−1 =\sigma (g_1)\sigma (g_2)\sigma (g_3)\sigma (g_1g_2g_3)^{-1}

et

ι(cσ(g1,g2)cσ(g1g2,g3)) \iota (c_{\sigma}(g_1, g_2)c_{\sigma}(g_1g_2, g_3))
=σ(g1)σ(g2)σ(g1g2)−1σ(g1g2)σ(g3)σ(g1g2g3)−1 =\sigma (g_1)\sigma (g_2)\sigma (g_1g_2)^{-1}\sigma (g_1g_2)\sigma (g_3)\sigma (g_1g_2g_3)^{-1}
=σ(g1)σ(g2)σ(g3)σ(g1g2g3)−1 =\sigma (g_1)\sigma (g_2)\sigma (g_3)\sigma (g_1g_2g_3)^{-1}

L’application cσc_{\sigma} est donc un élément de Z2(G,F)Z^2(G,F).

Démontrons maintenant que l’image de cσc_{\sigma} dans H2(G,F)H^2(G,F) est indépendante de la section σ\sigma choisie. Soient σ\sigma et σ′\sigma ' de telles sections. Pour tout élément gg de G, il existe un unique élément aga_g de F tel que σ′(g)=ι(ag)σ(g)\sigma '(g) =\iota (a_g)\sigma (g). Soient g1g_1 et g2g_2 des éléments de G. En utilisant la définition (9) on obtient les égalités suivantes :

ι(cσ′(g1,g2))=σ′(g1)σ′(g2)σ′(g1g2)−1 \iota (c_{\sigma'}(g_1, g_2)) =\sigma '(g_1)\sigma '(g_2)\sigma '(g_1g_2)^{-1}
=ι(ag1)σ(g1)ι(ag2)σ(g2)σ(g1g2)−1ι(ag1g2)−1(10) =\iota (a_{g_1})\sigma (g_1)\iota (a_{g_2})\sigma (g_2)\sigma (g_1g_2)^{-1}\iota (a_{g_1g_2})^{-1} \tag{10}
=ι(ag1)ι(g1ag2)ι(cσ(g1,g2))ι(ag1g2)−1 =\iota (a_{g_1})\iota (^{g_1}a_{g_2})\iota (c_{\sigma}(g_1, g_2))\iota (a_{g_1g_2})^{-1}

Le groupe F étant commutatif, on a les relations

cσ′(g1,g2)cσ(g1,g2)−1=(g1ag2)ag1g2−1ag1(11) c_{\sigma'}(g_1, g_2)c_{\sigma}(g_1, g_2)^{-1}= (^{g_1}a_{g_2})a^{-1}_{g_1g_2}a_{g_1} \tag{11}

et les classes de cσ′c_{\sigma'} et cσc_{\sigma} dans H2(G,F)H^2(G,F) coïncident.

Enfin, soient E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) et E′=(Γ′,ι′,π′)\mathscr{E}'= (\Gamma ', \iota ', \pi ') des τ\tau-extensions isomorphes, soit u:E→E′u:\mathscr{E}\rightarrow \mathscr{E}' un morphisme de τ\tau-extensions et soit σ\sigma une section de l’application π\pi. L’application u∘σu\circ \sigma est une section de l’application π′\pi ' et l’on a cσ=cu∘σc_{\sigma}=c_{u\circ\sigma}. La classe de cσc_{\sigma} dans H2(G,F)H^2(G,F) ne dépend donc que de la classe de E\mathscr{E} dans Exτ(G,F)_{\tau}(G,F).

On note Θτ:\Theta_{\tau}: Exτ(G,F)→H2(G,F)_{\tau}(G,F)\rightarrow H^2(G,F) ou, plus simplement, Θ l’application qui envoie la classe d’une τ\tau-extension (Γ,ι,π)(\Gamma , \iota , \pi ) sur la classe du 2-cocycle cσc_{\sigma}, où σ\sigma est une section de la surjection π\pi.

Théorème 1 00IR

L’application Θ est un isomorphisme de groupes de Exτ(G,F)_{\tau}(G,F)sur H2(G,F)H^2(G,F).

Démontrons tout d’abord que Θ est un homomorphisme de groupes. Soient E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) et E′=(Γ′,ι′,π′)\mathscr{E}'= (\Gamma ', \iota ', \pi ') des τ\tau-extensions et soit σ\sigma (resp. σ′\sigma ') une section de l’application π\pi (resp. π′\pi '). Notons EE′=(Γ′′,ι′′,π′′)\mathscr{E} \mathscr{E}'= (\Gamma '', \iota '', \pi '') le produit des τ\tau-extensions E\mathscr{E} et E′\mathscr{E}'. On notera [γ,γ′][\gamma , \gamma '] l’image dans Γ′′\Gamma '' d’un élément (γ,γ′)(\gamma , \gamma ') de Γ×GΓ′\Gamma \times_G\Gamma ' par l’homomorphisme surjectif de la remarque de VIII, p. 289. L’application de G dans Γ′′\Gamma '' qui envoie un élément gg sur [σ(g),σ′(g)][\sigma (g), \sigma '(g)] est une section σ′′\sigma '' de l’application π′′\pi ''. Soient g1g_1 et g2g_2 des éléments de G. On a les relations

ι′′(cσ′′(g1,g2))=σ′′(g1)σ′′(g2)σ′′(g1g2)−1 \iota ''(c_{\sigma''}(g_1, g_2)) =\sigma ''(g_1)\sigma ''(g_2)\sigma ''(g_1g_2)^{-1}
=[ι(cσ(g1,g2)),ι′(cσ′(g1,g2)] = [\iota (c_{\sigma}(g_1, g_2)), \iota '(c_{\sigma'}(g_1, g_2)]
=ι′′(cσ(g1,g2)cσ′(g1,g2)) =\iota ''(c_{\sigma}(g_1, g_2)c_{\sigma'}(g_1, g_2))

On a donc cσ′′(g1,g2)=cσ(g1,g2)cσ′(g1,g2)c_{\sigma''}(g_1, g_2) =c_{\sigma}(g_1, g_2)c_{\sigma'}(g_1, g_2).

Démontrons que l’application Θ est injective. Soit donc E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) une τ\tau-extension et soit σ\sigma une section de l’application π\pi telle que l’image de cσc_{\sigma} dans H2(G,F)H^2(G,F) soit triviale. Il existe donc une application a:G→Fa: G\rightarrow F telle que

cσ(g1,g2)=(g1a(g2))a(g1g2)−1a(g1) c_{\sigma}(g_1, g_2) = (^{g_1}a(g_2))a(g_1g_2)^{-1}a(g_1)

pour tous g1,g2∈Gg_1, g_2\in G. On définit alors σ′:G→Γ\sigma ': G\rightarrow \Gamma par

σ′(g)=ι(a(g)−1)σ(g) \sigma '(g) =\iota (a(g)^{-1})\sigma (g)

pour g∈Gg\in G. En utilisant (11), on obtient que cσ′c_{\sigma'} est constante de valeur 1 ; par conséquent, σ′\sigma ' est un homomorphisme de groupes ce qui prouve que la τ\tau-extension E\mathscr{E} est semi-triviale (I, p. 64, prop. 4).

Démontrons que l’application Θ est surjective. Soit cc un élément de Z2(G,F)Z^2(G,F). On munit l’ensemble Γ=F×G\Gamma = F\times G de la loi de composition suivante :

(f1,g1)(f2,g2)=(f1(g1f2)c(g1,g2),g1g2)(12) (f_1, g_1)(f_2, g_2) = (f_1(^{g_1}f_2)c(g_1, g_2), g_1g_2) \tag{12}

pour tous f1,f2∈Ff_1, f_2\in F et tous g1,g2∈Gg_1, g_2\in G; on a les relations

(f1,g1)((f2,g2)(f3,g3))=(f1,g1)(f2(g2f3)c(g2,g3),g2g3) (f_1, g_1)((f_2, g_2)(f_3, g_3)) = (f_1, g_1)(f_2(^{g_2}f_3)c(g_2, g_3), g_2g_3)
=(f1(g1f2)(g1g2f3)(g1c(g2,g3))c(g1,g2g3),g1g2g3) = (f_1(^{g_1}f_2)(^{g_1g_2}f_3)(^{g_1}c(g_2, g_3))c(g_1, g_2g_3), g_1g_2g_3)

et

((f1,g1)(f2,g2))(f3,g3)=(f1(g1f2)c(g1,g2),g1g2)(f3,g3) ((f_1, g_1)(f_2, g_2))(f_3, g_3) = (f_1(^{g_1}f_2)c(g_1, g_2), g_1g_2)(f_3, g_3)
=(f1(g1f2)(g1g2f3)c(g1,g2)c(g1g2,g3),g1g2g3) = (f_1(^{g_1}f_2)(^{g_1g_2}f_3)c(g_1, g_2)c(g_1g_2, g_3), g_1g_2g_3)

pour tous f1,f2,f3∈Ff_1, f_2, f_3\in F et tous g1,g2,g3∈Gg_1,g_2, g_3\in G. Il en résulte que cette loi est associative car cσc_{\sigma} est un 2-cocycle. Pour tout (f,g)∈Γ(f, g)\in \Gamma, on a

(f,g)(c(e,e)−1,e)=(f(gc(e,e)−1)c(g,e),g) (f, g)(c(e, e)^{-1}, e) = (f(^gc(e, e)^{-1})c(g, e), g)

or il résulte de la définition d’un 2-cocycle que c(g,e)=gc(e,e)c(g, e) =^gc(e, e), d’où l’on déduit que (f,g)(c(e,e)−1,e)=(f,g)(f, g)(c(e, e)^{-1}, e) = (f, g). De manière analogue on démontre que

(c(e,e)−1,e)(f,g)=(fc(e,e)−1c(e,g),g)=(f,g) (c(e, e)^{-1}, e)(f, g) = (f c(e, e)^{-1}c(e, g), g) = (f, g)

La loi de composition définie par (12) admet donc (c(e,e)−1,e)(c(e, e)^{-1}, e) comme élément neutre et tout élément (f,g)(f, g) de Γ est inversible, d’inverse

(g−1(f−1c(e,e)−1c(g,g−1)−1),g−1) (^{g^{-1}}(f^{-1}c(e, e)^{-1}c(g, g^{-1})^{-1}), g^{-1})

On a donc muni Γ d’une structure de groupe. Notons alors ι:F→G\iota : F\rightarrow G l’application envoyant ff sur (c(e,e)−1f,e),π:Γ→G(c(e, e)^{-1}f, e),\pi : \Gamma \rightarrow G la deuxième projection et σ\sigma l’application g→(1,g)g\rightarrow (1, g). Les applications ι\iota et π\pi sont des homomorphismes de groupes, le triplet E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) est alors une τ\tau-extension, σ\sigma une section de l’application π\pi et le cocycle associé cσc_{\sigma} est égal à cc, car

σ(g1)σ(g2)σ(g1g2)−1=(1,g1)(1,g2)(1,g1g2)−1=(c(g1,g2),g1g2)(1,g1g2)−1 \sigma (g_1)\sigma (g_2)\sigma (g_1g_2)^{-1}= (1, g_1)(1, g_2)(1, g_1g_2)^{-1}= (c(g_1, g_2), g_1g_2)(1, g_1g_2)^{-1}
=(c(g1,g2)c(e,g1g2)−1,e)=(c(e,e)−1c(g1,g2),e) = (c(g_1, g_2)c(e, g_1g_2)^{-1}, e) = (c(e, e)^{-1}c(g_1, g_2), e)

pour g1,g2∈Gg_1, g_2\in G.

Remarque 00RK

Soit G un groupe, soient F et F′F' des groupes abéliens, soit τ\tau (resp. τ′\tau ') un homomorphisme de groupes de G dans le groupe des automorphismes de F (resp. F′F') et soit v:F→F′v: F\rightarrow F' un morphisme de groupes tel que

v(τ(g).f)=τ′(g).v(f)(13) v(\tau (g).f) =\tau '(g).v(f) \tag{13}

pour g∈Gg\in G et f∈Ff\in F. Soit α\alpha un élément de Exτ(G,F)_{\tau}(G,F). Si le cocycle cc représente Θ(α)\Theta (\alpha ), alors v∘cv\circ c représente Θ(v∗(α))∈H2(G,F′)\Theta (v_*(\alpha ))\in H^2(G,F').

6. Restriction et corestriction

Soient G et G′G' des groupes, soit F un groupe abélien et soit τ\tau un homomorphisme de G dans le groupe des automorphismes du groupe F. Soit u:G′→Gu: G'\rightarrow G un homomorphisme de groupes. On note τ′=τ∘u\tau '=\tau \circ u.

Si ψ:G×G→F\psi : G\times G\rightarrow F est un 2-cocycle de G à valeurs dans F, alors l’application ψ∘(u×u)\psi \circ (u\times u) de G′×G′G'\times G' dans F donnée par (g1,g2)→ψ(u(g1),u(g2))(g_1, g_2)\rightarrow \psi (u(g_1), u(g_2)) est un 2cocycle de G′G' à valeurs dans F et l’application ψ→ψ∘(u×u)\psi \rightarrow \psi \circ (u\times u) de Z2(G,F)Z^2(G,F) dans Z2(G′,F)Z^2(G',F) induit un homomorphisme de groupes u∗:H2(G,F)→H2(G′,F)u^*: H^2(G,F)\rightarrow H^2(G',F). Pour tout λ∈H2(G,F)\lambda \in H^2(G,F), l’élément u∗(λ)u^*(\lambda ) est appelé l’image inverse de λ\lambda par uu. Lorsque G′G' est un sous-groupe de G et u:G′→Gu: G'\rightarrow G est l’injection canonique, l’homomorphisme u∗u^* est appelée l’homomorphisme de restriction de G à G′ et on le note ResG′G. Lorsque G est un quotient de G′ et u : G′ → G est la surjection canonique, l’homomorphisme u* est appelée l’homomorphisme d’inflation de G à G′.

Proposition 7 00IS

Avec les notations qui précèdent, le diagramme

Ex⁡τ(G,F)→u∗Ex⁡τ(G′,F)↓Θτ↓Θτ′H2(G,F)→u∗H2(G′,F) \begin{array}{ccc} \operatorname{Ex}_{\tau}(G, F) & \xrightarrow{u^*} & \operatorname{Ex}_{\tau}(G', F) \\ \downarrow \Theta_{\tau} & & \downarrow \Theta_{\tau'} \\ H^2(G, F) & \xrightarrow{u^*} & H^2(G', F) \end{array}

est commutatif.

Soit H un sous-groupe d’indice fini de G. Soit s une section de la surjection canonique de G dans H\GH\backslash G. On note (g, x) ↦ x.g l’action à droite de G sur H\GH\backslash G induite par l’action à droite de G sur lui-même par multiplication. Notons que pour tout x ∈ H\GH\backslash G et tout g ∈ G, l’élément s(x)gs(x.g)−1 appartient à H. Pour toute application c : H × H → F, on définit donc une application c~s:G×G→F\tilde{c}_s : G \times G \to F par la relation

c~s(g1,g2)=∏x∈H∖Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1) \tilde{c}_s(g_1, g_2) = \prod_{x \in H\setminus G}^{s(x)^{-1}} c\left(s(x)g_1 s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2 s(x.g_1g_2)^{-1}\right)

pour g1,g2∈Gg_1, g_2 \in G. L’application c↦c~sc \mapsto \tilde{c}_s est un homomorphisme de groupes de FH×HF^{H \times H} dans FG×GF^{G \times G}.

Lemme 4 00IT

Si c:H×H→Fc : H \times H \to F est un 2-cocycle de H à valeurs dans F, alors c~s\tilde{c}_s est un 2-cocycle de G à valeurs dans F.

Soient g1,g2g_1, g_2 et g3g_3 des éléments de G. Pour tout i∈{1,2,3}i \in \{1, 2, 3\} on définit une application hi:H∖G→Hh_i : H\setminus G \to H par la relation

hi(x)=s(x.g1⋯gi−1)gis(x.g1⋯gi)−1 h_i(x) = s(x.g_1 \cdots g_{i-1})g_i s(x.g_1 \cdots g_i)^{-1}

pour x∈H∖Gx \in H\setminus G. Notons que

h1(x)h2(x)=s(x)g1g2s(x.g1g2)−1eth2(x)h3(x)=s(x.g1)g2g3s(x.g1g2g3)−1 h_1(x)h_2(x) = s(x)g_1g_2 s(x.g_1g_2)^{-1} \quad \text{et} \quad h_2(x)h_3(x) = s(x.g_1)g_2g_3 s(x.g_1g_2g_3)^{-1}

pour x∈H\Gx\in H\backslash G. On a alors les relations

g1c~s(g2,g3)c~s(g1g2,g3)−1c~s(g1,g2g3)c~s(g1,g2)−1 ^{g_1}\widetilde{c}_s(g_2, g_3)\widetilde{c}_s(g_1g_2, g_3)^{-1}\widetilde{c}_s(g_1, g_2g_3)\widetilde{c}_s(g_1, g_2)^{-1}
=∏x∈H\Gg1s(x)−1c(s(x)g2s(x.g2)−1,s(x.g2)g3s(x.g2g3)−1) =\prod_{x\in H\backslash G}^{g_1s(x)^{-1}}c(s(x)g_2s(x.g_2)^{-1}, s(x.g_2)g_3s(x.g_2g_3)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1(c(h1(x)h2(x),h3(x))−1c(h1(x),h2(x)h3(x))c(h1(x),h2(x))−1) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}(c(h_1(x)h_2(x), h_3(x))^{-1}c(h_1(x), h_2(x)h_3(x))c(h_1(x), h_2(x))^{-1})
=∏x∈H\Gs(x.g1−1)−1h1(x.g1−1)c(h2(x.g1−1),h3(x.g1−1)) =\prod_{x\in H\backslash G}^{s(x.g_1^{-1})^{-1}h_1(x.g^{-1}_1)}c(h_2(x.g_1^{-1}), h_3(x.g_1^{-1}))
×∏x∈H\Gs(x)−1h1(x)c(h2(x),h3(x))−1 \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}h_1(x)}c(h_2(x), h_3(x))^{-1}
=1 = 1

où la deuxième égalité résulte du fait que cc est un 2-cocycle.

Lemme 5 00IU

Si cc est un 2-cobord, alors il en est de même de c~s\widetilde{c}_s.

Soit t:H→Ft: H\rightarrow F une application telle que c=∂tc=\partial t. Soient t~s:G→F\widetilde{t}_s: G\rightarrow F l’application définie par

t~s(g)=∏x∈H\Gs(x)−1t(s(x)gs(x.g)−1) \widetilde{t}_s(g) =\prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}t(s(x)gs(x.g)^{-1})

pour g∈Gg\in G. Il suffit de démontrer que c~s=∂t~s\widetilde{c}_s=\partial \widetilde{t}_s, ce qui découle des relations

c~s(g1,g2)=∏x∈H\Gs(x)−1s(x)g1s(x.g1)−1t(s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1) \widetilde{c}_s(g_1, g_2) =\prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}}t(s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1(t(s(x)g1g2s(x.g1g2)−1)−1t(s(x)g1s(x.g1)−1)) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}(t(s(x)g_1g_2s(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}t(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}))
=∂t~s(g1,g2) =\partial \widetilde{t}_s(g_1, g_2)

pour g1,g2∈Gg_1, g_2\in G.

Lemme 6 00IV

Soit cc un 2-cocycle de H à valeurs dans F. L’image de c~s\widetilde{c}_s dans le groupe H2(G,F)H^2(G,F)ne dépend pas du choix de la section ss.

Soit s′s' une section de la surjection canonique de G dans H\GH\backslash G. Soit h:H\G→Hh: H\backslash G\rightarrow H l’application caractérisée par les relations

s′(x)=h(x)s(x) s'(x) =h(x)s(x)

pour x∈H\Gx\in H\backslash G. Le 2-cocycle c~s′\widetilde{c}_{s'} est alors donné par les relations

c~s′(g1,g2) \widetilde{c}_{s'}(g_1, g_2)
=∏x∈H\Gs(x)−1h(x)−1c(h(x)s(x)g1s′(x.g1)−1,s′(x.g1)g2s′(x.g1g2)−1) =\prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}h(x)^{-1}}c(h(x)s(x)g_1s'(x.g_1)^{-1}, s'(x.g_1)g_2s'(x.g_1g_2)^{-1})
=∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1h(x.g1)−1,h(x.g1)s(x.g1)g2s′(x.g1g2)−1) =\prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}h(x.g_1)^{-1}, h(x.g_1)s(x.g_1)g_2s'(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1(c(h(x)−1,s′(x)g1g2s′(x.g1g2)−1)−1c(h(x)−1,s′(x)g1s′(x.g1)−1)) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}(c(h(x)^{-1}, s'(x)g_1g_2s'(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}c(h(x)^{-1}, s'(x)g_1s'(x.g_1)^{-1}))
=∏x∈H\Gg1s(x.g1)−1c(h(x.g1)−1,h(x.g1)s(x.g1)g2s′(x.g1g2)−1) =\prod_{x\in H\backslash G}^{g_1s(x.g_1)^{-1}}c(h(x.g_1)^{-1}, h(x.g_1)s(x.g_1)g_2s'(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s′(x.g1g2)−1) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2s'(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,h(x.g1)−1)−1 \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, h(x.g_1)^{-1})^{-1}
×∏x∈H\Gs(x)−1(c(h(x)−1,s′(x)g1g2s′(x.g1g2)−1)−1c(h(x)−1,s′(x)g1s′(x.g1)−1)) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}(c(h(x)^{-1}, s'(x)g_1g_2s'(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}c(h(x)^{-1}, s'(x)g_1s'(x.g_1)^{-1}))
=∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s′(x.g1g2)−1) =\prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2s'(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,h(x.g1)−1)−1 \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, h(x.g_1)^{-1})^{-1}
×∏x∈H\Gg1s(x)−1c(h(x)−1,h(x)s(x)g2s′(x.g2)−1) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{g_1s(x)^{-1}}c(h(x)^{-1}, h(x)s(x)g_2s'(x.g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1(c(h(x)−1,s′(x)g1g2s′(x.g1g2)−1)−1c(h(x)−1,s′(x)g1s′(x.g1)−1)) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}(c(h(x)^{-1}, s'(x)g_1g_2s'(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}c(h(x)^{-1}, s'(x)g_1s'(x.g_1)^{-1}))

pour tous g1,g2∈Gg_1, g_2\in G; la première égalité provient de la relation de cocycle (VIII, p. 291, relation (7)) appliquée aux éléments

h(x)−1,h(x)s(x)g1s′(x.g1)−1h(x)^{-1},h(x)s(x)g_1s'(x.g_1)^{-1} et s′(x.g1)g2s′(x.g1g2)−1s'(x.g_1)g_2s'(x.g_1g_2)^{-1},

la seconde est obtenue en appliquant la relation de cocycle aux éléments

s(x)g1s(x.g1)−1,h(x.g1)−1s(x)g_1s(x.g_1)^{-1},h(x.g_1)^{-1} et h(x.g1)s(x.g1)g2s′(x.g1g2)−1h(x.g_1)s(x.g_1)g_2s'(x.g_1g_2)^{-1},

la dernière utilise simplement le fait que l’application x→x.g1x\rightarrow x.g_1 est une permutation de H\GH\backslash G.

Les deux dernières lignes de l’expression obtenue correspondent à un 2-cobord. On obtient que c~s′\widetilde{c}_{s'} a la même classe dans H2(G,F)H^2(G,F) que le cocycle dont la valeur en (g1,g2)∈G2(g_1, g_2)\in G^2 est donnée par l’expression

∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1h(x.g1g2)−1) \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1}h(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,h(x.g1)−1)−1 \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, h(x.g_1)^{-1})^{-1}
=∏x∈H\Gg1s(x.g1)−1c(s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1,h(x.g1g2)−1)−1=\prod_{x\in H\backslash G}^{g_1s(x.g_1)^{-1}}c(s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1}, h(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}
×∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gs(x)−1(c(s(x)g1g2s(x.g1g2)−1,h(x.g1g2)−1)c(s(x)g1s(x.g1)−1,h(x.g1)−1)−1) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}(c(s(x)g_1g_2s(x.g_1g_2)^{-1}, h(x.g_1g_2)^{-1})c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, h(x.g_1)^{-1})^{-1})
=∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1)=\prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gg1s(x)−1c(s(x)g2s(x.g2)−1,h(x.g2)−1)−1 \times \prod_{x\in H\backslash G}^{g_1s(x)^{-1}}c(s(x)g_2s(x.g_2)^{-1}, h(x.g_2)^{-1})^{-1}
×∏x∈H\Gs(x)−1(c(s(x)g1g2s(x.g1g2)−1,h(x.g1g2)−1)c(s(x)g1s(x.g1)−1,h(x.g1)−1)−1) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}(c(s(x)g_1g_2s(x.g_1g_2)^{-1}, h(x.g_1g_2)^{-1})c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, h(x.g_1)^{-1})^{-1})

où la première égalité résulte de la relation de cocycle appliquée aux éléments

s(x)g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1s(x)g_1s(x.g_1)^{-1},s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1} et h(x.g1g2)−1h(x.g_1g_2)^{-1}

Les deux dernières lignes de l’expression obtenue correspondent à un 2-cobord. On obtient que la classe de c~s′\widetilde{c}_{s'} coïncide avec celle de c~s\widetilde{c}_s.

Nous avons construit un homomorphisme du groupe H2(H,F)H^2(H,F) dans le groupe H2(G,F)H^2(G,F), qu’on appelle l’homomorphisme de corestriction de H à G et qu’on note CorHG^G_H.

Proposition 8 00IW

Soit H un sous-groupe d’indice fini de G. L’endomorphisme CorHG∘^G_H\circ ResHG^G_H du groupe H2(G,F)H^2(G,F)coïncide avec la multiplication par l’indice (G : H).

Soit α\alpha un élément de H2(G,F)H^2(G,F). Soit cc un élément de Z2(G,F)Z^2(G,F) représentant α\alpha. L’élément CorHG∘^G_H\circ ResHG(α)^G_H(\alpha ) est la classe du cocycle dont la valeur en (g1,g2)∈G2(g_1, g_2)\in G^2 est donnée par l’expression

∏x∈H\Gs(x)−1c(s(x)g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1) \prod_{x\in H\backslash G}^{s(x)^{-1}}c(s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1})
=∏x∈H\Gc(g1s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1) =\prod_{x\in H\backslash G}c(g_1s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\G(c(s(x)−1,s(x)g1g2s(x.g1g2)−1)−1c(s(x)−1,s(x)g1s(x.g1)−1)) \times \prod_{x\in H\backslash G}(c(s(x)^{-1}, s(x)g_1g_2s(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}c(s(x)^{-1}, s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}))
=∏x∈H\Gg1c(s(x.g1)−1,s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1) =\prod_{x\in H\backslash G}^{g_1}c(s(x.g_1)^{-1}, s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1})
×∏x∈H\Gc(g1,g2s(x.g1g2)−1)c(g1,s(x.g1)−1)−1 \times \prod_{x\in H\backslash G}c(g_1, g_2s(x.g_1g_2)^{-1})c(g_1, s(x.g_1)^{-1})^{-1}
×∏x∈H\G(c(s(x)−1,s(x)g1g2s(x.g1g2)−1)−1c(s(x)−1,s(x)g1s(x.g1)−1)) \times \prod_{x\in H\backslash G}(c(s(x)^{-1}, s(x)g_1g_2s(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}c(s(x)^{-1}, s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}))
=∏x∈H\Gc(g1,g2s(x.g1g2)−1)c(g1,s(x.g1)−1)−1 =\prod_{x\in H\backslash G}c(g_1, g_2s(x.g_1g_2)^{-1})c(g_1, s(x.g_1)^{-1})^{-1}
×∏x∈H\Gg1c(s(x)−1,s(x)g2s(xg2)−1) \times \prod_{x\in H\backslash G}^{g_1}c(s(x)^{-1}, s(x)g_2s(xg_2)^{-1})
×∏x∈H\G(c(s(x)−1,s(x)g1g2s(x.g1g2)−1)−1c(s(x)−1,s(x)g1s(x.g1)−1)) \times \prod_{x\in H\backslash G}(c(s(x)^{-1}, s(x)g_1g_2s(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}c(s(x)^{-1}, s(x)g_1s(x.g_1)^{-1}))

la première égalité provient de la relation de cocycle (VIII, p. 291, relation (7)) appliquée aux éléments

s(x)−1,s(x)g1s(x.g1)−1s(x)^{-1},s(x)g_1s(x.g_1)^{-1} et s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1},

la seconde est obtenue en appliquant la relation de cocycle aux éléments

g1,s(x.g1)−1g_1,s(x.g_1)^{-1} et s(x.g1)g2s(x.g1g2)−1s(x.g_1)g_2s(x.g_1g_2)^{-1}.

En ôtant un cobord, on obtient que CorHG∘^G_H\circ ResHG(α)^G_H(\alpha ) est la classe du cocycle dont la valeur en (g1,g2)∈G2(g_1, g_2)\in G^2 est donnée par l’expression

∏x∈H\Gc(g1,g2s(x.g1g2)−1)c(g1,s(x.g1)−1)−1 \prod_{x\in H\backslash G}c(g_1, g_2s(x.g_1g_2)^{-1})c(g_1, s(x.g_1)^{-1})^{-1}
=∏x∈H\Gg1c(g2,s(x.g1g2)−1)−1c(g1g2,s(x.g1g2)−1)c(g1,g2) =\prod_{x\in H\backslash G}^{g_1}c(g_2, s(x.g_1g_2)^{-1})^{-1}c(g_1g_2, s(x.g_1g_2)^{-1})c(g_1, g_2)
×∏x∈H\Gc(g1,s(x.g1)−1)−1 \times \prod_{x\in H\backslash G}c(g_1, s(x.g_1)^{-1})^{-1}
=∏x∈H\Gg1c(g2,s(x.g2)−1)−1c(g1g2,s(x.g1g2)−1)c(g1,s(x.g1)−1)−1 =\prod_{x\in H\backslash G}^{g_1}c(g_2, s(x.g_2)^{-1})^{-1}c(g_1g_2, s(x.g_1g_2)^{-1})c(g_1, s(x.g_1)^{-1})^{-1}
×c(g1,g2)(G:H) \times c(g_1, g_2)^{(G:H)}

ce qui démontre le résultat.

7. Algèbres galoisiennes

Soit K un corps commutatif. Si E est une K-algèbre, on note AutK(E)_K(E) le groupe de ses automorphismes ; si E est une extension galoisienne du corps K, le groupe AutK(E)_K(E) n’est autre que le groupe de Galois Gal(E/K/K) (V, p. 56).

Soit G un groupe. On appelle (K,G)(K,G)-algèbre une K-algèbre E munie d’un homomorphisme de groupes λ:G→\lambda : G\rightarrow AutK(E)_K(E). L’homomorphisme λ\lambda munit alors E d’une structure de groupe à opérateurs dans G ainsi que d’une structure de K[G]-module à gauche dont la loi d’action est donnée par

(∑g∈Gμgg)x=∑g∈Gμgλ(g).x(14) (\sum_{g\in G}\mu_gg)x=\sum_{g\in G}\mu_g\lambda (g).x \tag{14}

pour tout x∈Lx\in L et tout élément (μg)g∈G(\mu_g)_{g\in G} de K[G]. Un morphisme de (K(K, G)-algèbres est un morphisme d’algèbres qui est également un morphisme de groupes à opérateurs.

Pour toute famille (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} de (K(K, G)-algèbres, la K-algèbre produit∏i∈IEi\prod_{i\in I}E_i munie de sa structure de groupe à opérateurs produit est une (K(K, G)-algèbre.

Si E est une (K(K, G)-algèbre, l’ensemble EGE^G des éléments de E invariants sous G est une sous-algèbre de E.

Soit E une (K(K, G)-algèbre, où G opère par λ:G→\lambda : G\rightarrow AutK(E)_K(E). Si K′K' est une extension de K, pour tout g∈Gg\in G, soit λ′(g)\lambda '(g) l’automorphisme IdK′⊗λ(g)_{K'}\otimes \lambda (g) de la K′K'-algèbre L(K′)L_{(K')}. Alors λ′:g→λ′(g)\lambda ':g\rightarrow \lambda '(g) munit L(K′)L_{(K')} d’une structure de (K′(K', G)-algèbre.

Étant donné un groupe H et des H-ensembles X et Y, on note FH(X,Y)\mathscr{F}_H(X,Y) l’ensemble des morphismes de H-ensembles de X dans Y. C’est donc l’ensemble des applications f:X→Yf: X\rightarrow Y telles que f(hx)=hf(x)f(hx) =hf(x) pour tout h∈Hh\in H et tout x∈Xx\in X.

Soit G un groupe d’élément neutre ee, soit H un sous-groupe de G et soit E une (K(K, H)-algèbre. On note CoïndHG(E)^G_H(E) et on appelle (K,G)(K,G)-algèbre déduite de E par coïnduction de H à G la K-algèbre FH(G,E)\mathscr{F}_H(G,E) munie de l’action de G donnée par l’homomorphisme λ\lambda de G dans AutK_K(CoïndHG(E)^G_H(E)) défini par

(λ(g).f)(g′)=f(g′g)(15) (\lambda (g).f)(g') =f(g'g) \tag{15}

pour f∈f\in CoïndHG(E)^G_H(E) et g,g′∈Gg, g'\in G.

Lemme 7 00IX

a) Soit S une partie de G telle que tout élément de G s’écrive de manière unique sous la forme hshs avec h∈Hh\in Het s∈Ss\in S. Alors l’application envoyant ff sur (f(s))s∈S(f(s))_{s\in S} est un isomorphisme de la K-algèbre CoïndHG(E)^G_H(E)sur la K-algèbre F(S,E)\mathscr{F}(S,E)des applications de S dans E.

b) L’algèbre CoïndHG(E)^G_H(E)est de degré fini sur K si et seulement si E est de degré fini sur K et l’indice de H par rapport à G est fini. Dans ce cas, on a la formule

[CoïndHG(E):K]=(G:H)[E:K]^G_H(E) : K] = (G : H)[E : K].

c) Soient EHE^H l’algèbre des invariants du groupe H dans E et CoïndHG(E)G^G_H(E)^G celle du groupe G dans CoïndHG(E)^G_H(E). L’application f→f(e)f\rightarrow f(e)de CoïndHG(E)^G_H(E)dans E induit par passage aux sous-ensembles un isomorphisme d’algèbres de CoïndHG(E)G^G_H(E)^G sur EHE^H.

L’assertion a) résulte des définitions et b) en découle. Par (15), une application de G dans E est un élément de CoïndHG(E)^G_H(E) invariant sous G si et seulement si elle est constante de valeur un élément de E invariant sous H.

Remarque 1 00IY

Soient G un groupe, H un sous-groupe de G et N un sous-groupe de H. Soit E une (K(K, N)-algèbre. Soit α\alpha un élément de FH(G,FN(H,E))\mathscr{F}_H(G,\mathscr{F}_N(H,E)). On a la relation

α(g)(nh)=n(α(g)(h))(16) \alpha (g)(nh) =n(\alpha (g)(h)) \tag{16}

pour tout g∈Gg\in G, tout h∈Hh\in H et tout n∈Nn\in N et les relations

α(hg)(h′)=(hα(g))(h′)=α(g)(h′h)(17) \alpha (hg)(h') = (h\alpha (g))(h') =\alpha (g)(h'h) \tag{17}

pour tous h,h′∈Hh, h'\in H et tout g∈Gg\in G. Par conséquent, α(ng)(e)=α(g)(n)=n(α(g)(e))\alpha (ng)(e) =\alpha (g)(n) =n(\alpha (g)(e)) pour tout g∈Gg\in G et tout n∈Nn\in N. On peut donc considérer l’application

ψ:FH(G,FN(H,E))→FN(G,E) \psi :\mathscr{F}_H(G,\mathscr{F}_N(H,E))\rightarrow \mathscr{F}_N(G,E)

définie par la relation ψ(α)(g)=α(g)(e)\psi (\alpha )(g) =\alpha (g)(e) pour tout élément α\alpha de FH(G,FN(H,E))\mathscr{F}_H(G,\mathscr{F}_N(H,E)) et tout élément gg de G. L’application ψ\psi est un isomorphisme d’algèbres de l’algèbre CoïndHG^G_H(CoïndNH(E)^H_N(E)) sur CoïndNG(E)^G_N(E) dont la réciproque envoie un élément β\beta de FN(G,E)\mathscr{F}_N(G,E) sur l’application α\alpha définie par la relation α(g)(h)=β(hg)\alpha (g)(h) =\beta (hg) pour g∈Gg\in G et h∈Hh\in H.

On suppose maintenant donnés un groupe fini G, une K-algèbre L commutative, de degré fini et réduite (V, p. 33), munie en outre d’une action de G donnée par un homomorphisme λ\lambda de G dans AutK(L)_K(L). Pour x∈Lx\in L et g∈Gg\in G, on note g.xg.x le transformé de xx par l’automorphismeλ(g)\lambda (g) de L. Soit S\mathscr{S} l’ensemble des idéaux maximaux de L ; on note g.mg.\mathfrak{m} le transformé d’un élément m\mathfrak{m} de S\mathscr{S} par l’automorphisme λ(g)\lambda (g) de L. C’est un élément de S\mathscr{S}. Pour tout m\mathfrak{m} de S\mathscr{S}, le corps L/mL/\mathfrak{m} est une extension finie de K. On note πm:L→L/m\pi_{\mathfrak{m}}: L\rightarrow L/\mathfrak{m} et GmG_{\mathfrak{m}} le stabilisateur de m\mathfrak{m} dans G, c’est-à-dire l’ensemble des g∈Gg\in G tels que gm=mg\mathfrak{m}=\mathfrak{m}; la K-algèbre L/mL/\mathfrak{m} est munie d’une action de GmG_{\mathfrak{m}} via l’homomorphisme λm\lambda_{\mathfrak{m}} de GmG_{\mathfrak{m}} dans AutK(L/m)_K(L/\mathfrak{m}) qui, à un élément hh de GmG_{\mathfrak{m}}, associe l’automorphisme de L/mL/\mathfrak{m} déduit de λ(h)\lambda (h) par passage aux quotients.

Soit O\mathscr{O} l’ensemble des orbites de G dans S\mathscr{S}. Étant donnée une orbite σ∈O\sigma \in \mathscr{O}, posons aσ=⋂m∈σm\mathfrak{a}_{\sigma}=\bigcap_{\mathfrak{m}\in\sigma}\mathfrak{m} et Lσ=L/aσL_{\sigma}= L/\mathfrak{a}_{\sigma}. Comme aσ\mathfrak{a}_{\sigma} est invariant par G, l’action de G sur L définit par passage aux quotients un homomorphisme λσ\lambda_{\sigma} de G dans AutK(Lσ)_K(L_{\sigma}). Enfin, notons πσ\pi_{\sigma} l’application canonique de L sur LσL_{\sigma}.

Lemme 8 00RL

a) Pour tout g∈Gg\in G, tout σ∈O\sigma \in \mathscr{O} et tout m∈σ\mathfrak{m}\in \sigma,

[Lσ:K]=[L_{\sigma}: K] = Card(σ\sigma )[L/m:K][L/\mathfrak{m}: K].

b) L’application π:x→(πσ(x))σ∈O\pi :x\rightarrow (\pi_{\sigma}(x))_{\sigma\in\mathscr{O}} est un isomorphisme de (K,G)(K,G)-algèbres de L sur ∏σ∈OLσ\prod_{\sigma\in\mathscr{O}}L_{\sigma}.

c) Notons LGL^G (resp. LσGL^G_{\sigma})la sous-algèbre de L (resp. LσL_{\sigma})des éléments invariants sous l’action de G dans L (resp. LσL_{\sigma}). Alors π\pi induit un isomorphisme de LGL^G sur ∏σ∈OLσG\prod_{\sigma\in\mathscr{O}}L^G_{\sigma}.

Comme l’algèbre L est réduite et de degré fini, l’intersection des idéaux maximaux de L est réduite à 0 (VIII, p. 169, cor. 2). De plus si m\mathfrak{m} et m′\mathfrak{m}' sont deux idéaux maximaux de L distincts, on a m+m′=L\mathfrak{m}+\mathfrak{m}'= L. D’après la prop. 10 de I, p. 105, l’application canonique de L dans ∏m∈SL/m\prod_{\mathfrak{m}\in\mathscr{S}}L/\mathfrak{m} est un isomorphisme de même que l’application canonique de L/aσL/\mathfrak{a}_{\sigma} dans ∏m∈σL/m\prod_{\mathfrak{m}\in\sigma}L/\mathfrak{m}, pour tout σ∈O\sigma \in \mathscr{O}. L’assertion a) en résulte. Comme O\mathscr{O} est une partition de S\mathscr{S}, l’assertion b) en découle et c) est une conséquence immédiate de b).

Fixons maintenant une orbite σ∈O\sigma \in \mathscr{O} et un élément m\mathfrak{m} de σ\sigma. Posons Fm=F_{\mathfrak{m}}= CoïndGmG(L/m)^G_{G_{\mathfrak{m}}}(L/\mathfrak{m}) et notons λFm\lambda_{F_{\mathfrak{m}}} l’action de G sur FmF_{\mathfrak{m}}. Pour tout x∈Lx\in L, notons x‾\overline{x} l’application de G dans L/mL/\mathfrak{m} qui envoie gg sur πm(gx)\pi_{\mathfrak{m}}(gx). Compte tenu de la formule (15) de VIII, p. 300 et de la définition de l’action de GmG_{\mathfrak{m}} sur L/mL/\mathfrak{m}, il est immédiat que x‾\overline{x} appartient à FmF_{\mathfrak{m}} et l’application u:x→x‾u:x\rightarrow \overline{x} de L dans FmF_{\mathfrak{m}} vérifie λFm(g)∘u=u∘λ(g)\lambda_{F_{\mathfrak{m}}}(g)\circ u=u\circ \lambda (g) pour g∈Gg\in G. Autrement dit, uu est un morphisme de (K(K, G)-algèbres.

Lemme 9 00IZ

Le morphime uu est surjectif de noyau aσ\mathfrak{a}_{\sigma}. L’application déduite de uu par passage au quotient est un isomorphisme de (K,G)(K,G)-algèbres de LσL_{\sigma} sur FmF_{\mathfrak{m}}.

Comme le noyau de πm\pi_{\mathfrak{m}} est égal à m\mathfrak{m}, celui de uu est égal à ⋂g∈Gg−1.m=aσ\bigcap_{g\in G}g^{-1}.\mathfrak{m}=\mathfrak{a}_{\sigma}. Pour prouver que uu est surjectif, il suffit de démontrer que les espaces vectoriels Lσ=L/aσL_{\sigma}= L/\mathfrak{a}_{\sigma} et FmF_{\mathfrak{m}} ont même dimension sur K. Or tous les idéaux g.mg.\mathfrak{m} ont la même codimension dans L et, par le lemme 8 a),

[Lσ:K]=[L_{\sigma}: K] = Card(σ\sigma ).[L/m:K].[L/\mathfrak{m}: K].

Par ailleurs, d’après le lemme 7, b) de VIII, p. 300, on a

[Fm:K]=(G:Gm)[L/m:K] [F_{\mathfrak{m}}: K] = (G : G_{\mathfrak{m}})[L/\mathfrak{m}: K]

comme on a Card(σ\sigma ) =(G:Gm)= (G : G_{\mathfrak{m}}), on a prouvé l’égalité [Lσ:K]=[Fm:K][L_{\sigma}: K] = [F_{\mathfrak{m}}: K].

On suppose maintenant en outre que l’homomorphismeλ\lambda de G dans AutK(L)_K(L) est injectif. On identifie K à son image dans L par l’application ξ→ξ.1\xi \rightarrow \xi .1. Par ailleurs, soit Ω une extension algébriquement close de K. L’ensemble F(G,Ω)\mathscr{F}(G,\Omega ) des applications de G dans Ω coïncide avec la (Ω(\Omega, G)-algèbre coïnduite Coïnd{e}G(Ω)^G_{\{e\}}(\Omega ). C’est un Ω[G]module libre de rang 1. Soit H\mathscr{H} l’ensemble des homomorphismes de K-algèbres de L dans Ω. On fait opérer G à droite sur H\mathscr{H} par la loi d’action (g,χ)→χ∘λ(g)(g, \chi )\rightarrow \chi \circ \lambda (g). La Ω-algèbre F(H,Ω)\mathscr{F}(\mathscr{H},\Omega ) est alors munie d’une structure de (Ω(\Omega, G)-algèbre déduite de l’action à droite de G sur H\mathscr{H}.

Lemme 10 00J0

Soit L une (K,G)(K,G)-algèbre qui est étale sur K. L’application ψ\psi de L(Ω)L_{(\Omega )} dans F(H,Ω)\mathscr{F}(\mathscr{H},\Omega )caractérisée par la relation

ψ(ξ⊗x)=(ξχ(x))χ∈H \psi (\xi \otimes x) = (\xi \chi (x))_{\chi\in\mathscr{H}}

est un isomorphisme de (K,G)(K,G)-algèbres.

Comme L est étale, l’application ψ\psi est un isomorphisme de Ω-algèbres (V, p. 29, prop. 2 et V, p. 28, prop. 1, c)). On a les relations

ψ\psi((Id ⊗λ(g)\otimes \lambda (g))(ξ⊗x)(\xi \otimes x)) =(ξ(χ∘λ(g))(x))χ∈H= (\xi (\chi \circ \lambda (g))(x))_{\chi\in\mathscr{H}}

pour ξ∈Ω,x∈L\xi \in \Omega ,x\in L et g∈Gg\in G. Donc ψ\psi est un morphisme de (Ω(\Omega, G)-algèbres.

Théorème 2 00J1

Soit G un groupe fini et soit L une K-algèbre commutative, de degré fini et réduite munie d’une action de G donnée par un homomorphisme injectif λ\lambda de G dans AutK(L)_K(L). Alors, les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe un sous-groupe H de G, une extension galoisienne E de degré fini de K, un isomorphisme de H sur Gal(E/K/K)et un isomorphisme de (K,G)(K,G)-algèbres de L sur CoïndHG(E)^G_H(E);

(ii) L’algèbre L est étale et H\mathscr{H} est un G-ensemble principal homogène (I, p. 58, déf. 7) ;

(iii) Il existe un isomorphisme de (Ω,G)(\Omega ,G)-algèbres ψ:L(Ω)→F(G,Ω)\psi : L_{(\Omega )}\rightarrow \mathscr{F}(G,\Omega )autrement dit, pour tout g∈Gg\in G, l’automorphisme ψ∘λ(g)(Ω)∘ψ−1\psi \circ \lambda (g)_{(\Omega )}\circ \psi^{-1} est égal à l’automorphisme

(xh)h∈G⟶(xhg)h∈G (x_h)_{h\in G}\longrightarrow (x_{hg})_{h\in G}

de ΩG\Omega^G;

(iv) L’algèbre L est réduite et L est un K[G]-module libre de rang 1 ;

(v) L’algèbre L est réduite, on a Card(G) = [L : K] et K est le sous-anneau de L des éléments invariants sous l’action de G ;

(vi) L’algèbre L est réduite, le groupe G opère transitivement sur l’ensemble des idéaux maximaux de L et, pour tout idéal maximal m\mathfrak{m} de L, le stabilisateur GmG_{\mathfrak{m}} de m\mathfrak{m} dans G agit fidèlement dans L/mL/\mathfrak{m} et admet K comme sous-corps des invariants.

(i)⇒\Rightarrow(ii) : Soient E une extension galoisienne de degré fini de K et τ\tau un isomorphisme de H sur AutK(E)_K(E). Soit S un système de représentants des classes à droite suivant H dans G. La K-algèbre F = CoïndHG(E)^G_H(E) est isomorphe à F(S,E)\mathscr{F}(S,E) (VIII, p. 300, lemme 7 a)), elle est donc étale. Notons λF\lambda_F l’action de G sur F. Par ailleurs, soit ψ\psi un homomorphisme de K-algèbres de E dans Ω et soit χ0\chi_0 l’homomorphisme f→ψ(f(e))f\rightarrow \psi (f(e)) de F dans Ω. Soit g∈Gg\in G tel que l’on ait χ0∘λF(g)=χ0\chi_0\circ \lambda_F(g) =\chi_0; Comme ψ\psi est injective, on a alors f(g)=f(e)f(g) =f(e) pour tout f∈Ff\in F. Compte tenu du lemme 7, a) de VIII, p. 300,g∈H,g\in H et par la formule

f(h)=τ(h).f(e)(18) f(h) =\tau (h).f(e) \tag{18}

valide pour tout h∈Hh\in H, ceci ne peut avoir lieu que pour g=eg=e. D’autre part, d’après le lemme 7, b) de VIII, p. 300 et le th. 3 de V, p. 64, on a

[F : K] = (G : H)[E : K] = (G : H) Card(H) = Card(G).

L’ensemble K\mathscr{K} des K-homomorphismes de F dans Ω est de cardinal [F : K] puisque F est étale (V, p. 31, prop. 4), d’où Card(K\mathscr{K}) == Card(G). Comme le stabilisateur de χ0\chi_0 dans G est égal à {e}\{e\} par ce qui précède, le G-ensemble K\mathscr{K} est principal homogène.

(ii)⇒\Rightarrow(iii) : Supposons que L soit étale et que H\mathscr{H} soit un G-ensemble principal homogène. Par le lemme 10, les (Ω(\Omega, G)-algèbres L(Ω)L_{(\Omega )} et F(H,Ω)\mathscr{F}(\mathscr{H},\Omega ) sont isomorphes. Comme H\mathscr{H} est un G-ensemble principal homogène, les (Ω(\Omega, G)-algèbres F(H,Ω)\mathscr{F}(\mathscr{H},\Omega ) et F(G,Ω)\mathscr{F}(G,\Omega ) sont isomorphes.

(iii)⇒\Rightarrow(iv) : Supposons la propriété (iii) satisfaite ; alors L(Ω)L_{(\Omega )} est un module libre de rang 1 sur l’algèbre Ω[G] et cette dernière s’identifie canoniquement à K[G](Ω)K[G]_{(\Omega )}. On applique alors le théorème 3 de VIII, p. 34.

L’implication (iv)⇒\Rightarrow(v) est immédiate.

Démontrons l’implication (v)⇒\Rightarrow(vi). L’algèbre L est réduite. Par le lemme 8, c), G opère transitivement sur l’ensemble S\mathscr{S} des idéaux maximaux de L. Soit m\mathfrak{m} un élément de S\mathscr{S}. Par le lemme 9, comme ⋂n∈Sn={0}\bigcap_{\mathfrak{n}\in\mathscr{S}}\mathfrak{n}=\{0\}, l’algèbre L est isomorphe à l’algèbre CoïndGmG(L/m)^G_{G_{\mathfrak{m}}}(L/\mathfrak{m}). L’algèbre des invariants de GmG_{\mathfrak{m}} dans L/mL/\mathfrak{m} coïncide donc avec K par le lemme 7, c). Donc l’homomorphisme λm\lambda_{\mathfrak{m}} de GmG_{\mathfrak{m}} sur Gal((L/m/\mathfrak{m})/K/K) est surjectif. Par la lemme 7, on a en outre

Card(G) =[L:K]=(G:Gm)[L/m:K]= [L : K] = (G : G_{\mathfrak{m}})[L/\mathfrak{m}: K] Donc Card(Gm_{\mathfrak{m}}) =[L/m:K]= [L/\mathfrak{m}: K] et l’homomorphisme λm\lambda_{\mathfrak{m}} est injectif.

Il reste à démontrer l’implication (vi)⇒\Rightarrow(i). Soit m\mathfrak{m} un idéal maximal de L. Par le lemme 9, l’algèbre L est isomorphe à l’algèbre CoïndGmG(L/m)^G_{G_{\mathfrak{m}}}(L/\mathfrak{m}) en tant que (K(K, G)-algèbre. Comme GmG_{\mathfrak{m}} agit fidèlement dans L/mL/\mathfrak{m} et admet K comme sous-corps des invariants, l’homomorphisme de groupes λm\lambda_{\mathfrak{m}} définit un isomorphisme de GmG_{\mathfrak{m}} sur Gal((L/m/\mathfrak{m})/K/K).

Remarque 2 00J2

Dans le théorème 2, on peut remplacer l’hypothèse que Ω est algébriquement clos par l’hypothèse que Ω est séparablement clos. En effet, si L est étale, l’image de tout homomorphisme de K-algèbres de L dans Ω est une extension séparable de K.

Remarque 3 00J3

Le théorème de la base normale (V, p. 70, th. 6) est un cas particulier de l’implication (i)⇒\Rightarrow(iv) dans le théorème 2.

Définition 1 00J4

Soit G un groupe fini et soit L une algèbre commutative, non nulle, et de degré fini sur K, munie d’une structure de (K,G)(K,G)-algèbre, l’action de G étant donnée par un homomorphisme injectif de G dans le groupe AutK(L)_K(L). On dit que L est une algèbre galoisienne de groupe G si elle satisfait aux propriétés équivalentes (i) à (vi) du théorème 2.

Remarque 4 00J5

Supposons que L soit une extension de K munie d’une action λ\lambda de G. Alors L est une algèbre galoisienne sur K si et seulement si L est une extension galoisienne de K et λ\lambda un isomorphisme de G sur le groupe de Galois de L sur K.

Remarque 5 00J6

Supposons que le groupe G soit commutatif. Si G opère fidèlement et transitivement sur un ensemble X, le stabilisateur de tout point de X est réduit à l’identité (car les stabilisateurs des points de X sont tous égaux et leur intersection est réduite à l’élément neutre de G). Par suite, les propriétés (i) à (vi) énoncées dans le théorème 2 sont encore équivalentes à la suivante :

(vii) L’algèbre L est étale et G opère fidèlement et transitivement sur H\mathscr{H}.

Remarque 6 00J7

D’après V, p. 72, lemme 5, V, p. 73, prop. 12 et VIII, p. 133, prop. 3, une algèbre galoisienne est commutative et semi-simple.

Exemple 1 00J8

Soit nn un entier strictement positif, étranger à l’exposant caractéristique de K. On suppose que le groupe μn\mu_n des racines nn-èmes de l’unité dans K est d’ordre nn. Pour tout diviseur dd de nn, le groupe μd\mu_d des racines dd-èmes de l’unité est alors d’ordre dd. Soit aa un élément non nul de K, soit L l’algèbre K[X]/(Xn−a)K[X]/(X^n-a) et soit xx la classe de X dans L. La suite (1,x,...,xn−1)(1, x, . . . , x^{n-1}) est une base de l’espace vectoriel L sur le corps K et l’on a xn=ax^n=a. De plus, le polynôme Xn−aX^n-a est étranger à sa dérivée nXn−1nX^{n-1}, donc l’algèbre L est étale (V, p. 36, prop. 3). Pour tout ζ\zeta dans μn\mu_n, l’automorphisme P(X)→P(ζX)P(X)\rightarrow P(\zeta X) de l’anneau K[X] définit par passage aux quotients un endomorphisme λ(ζ)\lambda (\zeta ) de L, puisqu’on a (ζX)n−a=Xn−a(\zeta X)^n-a= X^n-a; c’est un automorphisme. On a

λ(ζ)xi=ζixi(19) \lambda (\zeta )x^i=\zeta^ix^i \tag{19}

pour 0⩽i<n0\leqslant i < n. L’application λ:ζ→λ(ζ)\lambda :\zeta \rightarrow \lambda (\zeta ) est un homomorphisme injectif de μn\mu_n dans AutK(L)_K(L) et l’anneau des invariants du groupe λ(μn)\lambda (\mu_n) dans L est égal à K.1K.1. Comme le cardinal de μn\mu_n est égal à n=[L:K]n= [L : K], l’algèbre L munie de l’action λ\lambda est une algèbre galoisienne (VIII, p. 303, th. 2, (v)).

Soit rr le plus petit entier strictement positif tel que ara^r appartienne à K∗nK^{*n}; c’est un diviseur de nn et il existe un élément bb de K∗K^* tel que a=bn/ra=b^{n/r}. Alors (V, p. 87, remarque), le polynôme Xr−bX^r-b est irréductible et l’on a Xn−a=∏ζ∈μn/r(Xr−ζb)X^n-a=\prod_{\zeta\in\mu_{n/r}}(X^r-\zeta b). Soit E le corps K[Y]/(Yr−b)K[Y]/(Y^r-b) et soit yy la classe de Y dans E. Il existe un isomorphisme θ\theta de μn/r\mu_{n/r} sur Gal(E/K/K), caractérisé par la relation θ(ξ)(y)=ξy\theta (\xi )(y) =\xi y (V, p. 86, exemple 3). On vérifie alors que l’algèbre galoisienne L est isomorphe à la (K,μn(K, \mu_n)-algèbre Coïndμn/rμn(E)^{\mu_n}_{\mu_{n/r}}(E).

Exemple 2 00J9

Supposons maintenant que le corps K soit de caractéristique p≠0p\not= 0. Soit cc un élément de K. Le polynôme f=Xp−X−cf= X^p-X-c est étranger à sa dérivée f′=−1f'=-1, l’algèbre L=K[X]/(f)L = K[X]/(f) est donc étale (V, p. 36, prop. 3). On note xx l’image de X dans L, et on a la relation xp=x+cx^p=x+c; la suite (1,x,...,xp−1)(1, x, . . . , x^{p-1}) est une base de L considéré comme espace vectoriel sur K.

Soit P le groupe additif du sous-corps premier de K ; c’est un groupe cyclique d’ordre pp, engendré par l’élément unité 1 de K. Pour tout jj dans P, on a jp=jj^p=j (V, p. 4, (4)), d’où f(X+j)=f(X)f(X +j) =f(X). Il existe donc un automorphisme γ(j)\gamma (j) de l’algèbre L caractérisé par la relation γ(j)(x)=x+j\gamma (j)(x) =x+j; de plus, l’application γ\gamma ainsi définie est un homomorphisme injectif de P dans AutK(L)_K(L).

Soit Ω une extension algébriquement close de K et soit ξ\xi une racine du polynôme ff dans Ω. On a ξp=ξ+c\xi^p=\xi +c, d’où

Xp−X−c=(Xp−ξp)−(X−ξ)=(X−ξ)p−(X−ξ)=∏j∈P(X−ξ−j) X^p-X-c= (X^p-\xi^p)-(X-\xi ) = (X-\xi )^p-(X-\xi ) =\prod_{j\in P}(X-\xi -j)

d’après V, p. 89, formule (1). Pour tout jj dans P, il existe un unique homomorphisme d’algèbres χj:L→Ω\chi_j: L\rightarrow \Omega qui applique xx sur ξ+j\xi +j; de plus, tout homomorphisme de L dans Ω est l’un des χj\chi_j et l’on a la relation χj=χ0∘γ(j)\chi_j=\chi_0\circ \gamma (j). D’après la condition (ii) du th. 2 de VIII, p. 303, l’algèbre L munie de γ\gamma est une algèbre galoisienne sur K.

Pour décrire la structure de L on doit distinguer deux cas :

a) On a ξ∉K:\xi \notin K : alors le polynôme f(X)f(X) est irréductible dans K[X] (V, p. 89, exemple 3). Dans ce cas L est une extension cyclique de degré pp de K et γ\gamma est un isomorphisme de P sur Gal(L/K/K).

b) On a ξ∈K:\xi \in K : alors l’application ψ:y→(χj(y))j∈P\psi :y\rightarrow (\chi_j(y))_{j\in P} est un isomorphisme de l’algèbre L sur l’algèbre produit KPK^P; de plus, ψ∘γ(k)∘ψ−1\psi \circ \gamma (k)\circ \psi^{-1} est l’automorphisme (xj)j∈P→(xj+k)j∈P(x_j)_{j\in P}\rightarrow (x_{j+k})_{j\in P} de KPK^P pour tout k∈Pk\in P.

8. Opérations sur les algèbres galoisiennes

Proposition 9 00JA

Soit G un groupe fini, soit H un sous-groupe de G et soit E une algèbre galoisienne de groupe H sur le corps K. Alors la (K,G)(K,G)-algèbre CoïndHG(E)^G_H(E) déduite de E par coïnduction de H à G est une algèbre galoisienne de groupe G sur le corps K.

Comme E est une algèbre galoisienne sur K, l’algèbre E est réduite, on a Card(H) = [E : K] et K est l’anneau des invariants de H dans E (propriété (v) du th. 2 de VIII, p. 303). Mais d’après le lemme 7 de VIII, p. 300, l’algèbre F = CoïndHG(E)^G_H(E) est réduite, et on a

[F : K] = (G : H)[E : K] = (G : H) Card(H) = Card(G),

et K est l’anneau des invariants de G dans F. Donc F est une algèbre galoisienne d’après le critère donné par le th. 2, (v).

Proposition 10 00JB

Soit G un groupe fini. Soit L une algèbre galoisienne de groupe G sur le corps K et soit K′K' une extension de K. Alors la (K′,G)(K',G)-algèbre L(K′)L_{(K')} est une algèbre galoisienne sur K′K'.

On utilise le th. 2, (v) en remarquant que si la K-algèbre L est étale, la K′K'-algèbre L(K′)L_{(K')} l’est aussi (V, p. 32, cor. 2), que l’on a l’égalité [L(K′):K′]=[L:K][L_{(K')}: K'] = [L : K], et que l’anneau des invariants de G dans L(K′)L_{(K')} est (LG)(K′)(L^G)_{(K')}, où LGL^G est l’anneau des invariants de G dans L.

Proposition 11 00JC

Soient G1G_1 et G2G_2 des groupes. Soient L1L_1 et L2L_2 des algèbres galoisiennes sur K d’actions respectives λ1:G1→\lambda_1: G_1\rightarrow AutK(L1)_K(L_1)et λ2:G2→\lambda_2: G_2\rightarrow AutK(L2)_K(L_2). Posons L=L1⊗KL2,G=G1×G2L = L_1\otimes_KL_2, G = G_1\times G_2 et λ(g1,g2)=λ1(g1)⊗λ2(g2)\lambda (g_1, g_2) =\lambda_1(g_1)\otimes \lambda_2(g_2)pour (g1,g2)∈G(g_1, g_2)\in G. Alors la K-algèbre L munie de l’action λ\lambda est une algèbre galoisienne sur K.

On raisonne comme précédemment au moyen des remarques suivantes : si L1L_1 et L2L_2 sont étales, il en est de même de l’algèbre L=L1⊗KL2L = L_1\otimes_KL_2 (V, p. 31, cor. 1) et l’on a les égalités

[L:K]=[L1:K][L2:K][L : K] = [L_1: K][L_2: K] et Card(G) = Card(G1_1) Card(G2_2).

De plus si LiGiL^{G_i}_i désigne l’anneau des invariants de GiG_i dans LiL_i alors il résulte du lemme suivant que L1G1⊗KL2G2L^{G_1}_1\otimes_KL^{G_2}_2 est l’anneau des invariants de G1×G2G_1\times G_2 dans L1⊗KL2L_1\otimes_KL_2.

Lemme 11 00JD

Soient G1G_1 et G2G_2 des groupes et soient W1W_1 et W2W_2 des K-espaces vectoriels. On munit W1W_1 (resp. W2W_2)d’une action de G1G_1 (resp. G2G_2)donnée par un homomorphisme de groupes ρ1:G1→\rho_1: G_1\rightarrow AutK(W1)_K(W_1) (resp. ρ2:G2→\rho_2: G_2\rightarrow AutK(W2)_K(W_2)). On considère l’homomorphisme de groupes

ρ1⊗ρ2:G1×G2⟶\rho_1\otimes \rho_2: G_1\times G_2\longrightarrow AutK(W1⊗KW2)_K(W_1\otimes_KW_2)

défini par la relation (ρ1⊗ρ2)(g1,g2)(w1⊗w2)=ρ1(g1)(w1)⊗ρ2(g2)(w2)(\rho_1\otimes \rho_2)(g_1, g_2)(w_1\otimes w_2) =\rho_1(g_1)(w_1)\otimes \rho_2(g_2)(w_2), pour tout g1∈G1g_1\in G_1 tout g2∈G2g_2\in G_2, tout w1∈W1w_1\in W_1 et tout w2∈W2w_2\in W_2. Alors l’application linéaire de W1G1⊗KW2G2W^{G_1}_1\otimes_KW^{G_2}_2 dans W1⊗KW2W_1\otimes_KW_2 donnée par le produit tensoriel des injections canoniques induit un isomorphisme de K-espaces vectoriels de W1G1⊗KW2G2W^{G_1}_1\otimes_KW_2^{G_2} sur (W1⊗KW2)G1×G2(W_1\otimes_KW_2)^{G_1\times G_2}.

Cela résulte du lemme 1 de VIII, p. 209, appliqué aux K[G]-modules M1=M_1= M2=KM_2= K munis de l’action triviale de G,N1=W1G, N_1= W_1 et N2=W2N_2= W_2.

Remarque 00JE

☡ Soit L une extension galoisienne de degré fini du corps K et soit G son groupe de Galois ; notons λ\lambda l’application identique de G. Alors L muni de λ\lambda est une algèbre galoisienne de groupe G sur K. Soit K′K' une extension de K. D’après la proposition 10, L(K′)L_{(K')} est une algèbre galoisienne sur K′K', mais ce n’est pas en général une extension de K′K'. De manière analogue, d’après la prop. 11, le produit tensoriel d’extensions galoisiennes E et F de degré fini de K peut être considéré comme une algèbre galoisienne ; en général, ce n’est pas une extension galoisienne de K. C’est néanmoins le cas si E et F sont en outre des sous-extensions linéairement disjointes d’une extension de K (V, p. 13 et p. 55, prop. 1).

9. Produits croisés

Soit K un corps et soit G un groupe dont on note ee l’élément neutre, soit L une K-algèbre commutative et soit λ\lambda un homomorphisme de G dans le groupe des automorphismes de la K-algèbre L. Pour tout gg de G, soit τ(g)\tau (g) l’automorphisme du groupe multiplicatif L∗L^* de L qui est induit par λ(g)\lambda (g).

Soit E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) une τ\tau-extension du groupe G par L∗L^*. Faisons opérer le groupe L∗L^* à droite sur l’ensemble L×ΓL\times \Gamma par la loi d’opération :

(β,γ).α=(βα,ι(α)−1γ)(20) (\beta , \gamma ).\alpha = (\beta \alpha , \iota (\alpha )^{-1}\gamma ) \tag{20}

pour α∈L∗,β∈L\alpha \in L^*,\beta \in L et γ∈Γ\gamma \in \Gamma. Notons E l’ensemble des orbites de L∗L^* dans L×ΓL\times \Gamma et [β;γ][\beta ;\gamma ] l’orbite du couple (β,γ)(\beta , \gamma ). On a donc par construction la relation

[βα;γ]=[β;ι(α)γ](21) [\beta \alpha ;\gamma ] = [\beta ;\iota (\alpha )\gamma ] \tag{21}

pour α∈L∗,β∈L\alpha \in L^*,\beta \in L et γ∈Γ\gamma \in \Gamma.

Étant donnés β\beta dans L et γ\gamma dans Γ, on note γβ^{\gamma}\beta le transformé de β\beta par l’automorphisme λ∘π(γ)\lambda \circ \pi (\gamma ) de L ; on a les relations

(22) γ(γ′β)=γγ′β,γ(β+β′)=γβ+γβ′^{\gamma}(^{\gamma'}\beta ) =^{\gamma \gamma'}\beta ,^{\gamma}(\beta +\beta ') =^{\gamma}\beta +^{\gamma}\beta ' et γ(ββ′)=γβγβ′^{\gamma}(\beta \beta ') =^{\gamma}\beta^{\gamma}\beta '

pour γ,γ′\gamma , \gamma ' dans Γ et β,β′\beta , \beta ' dans L. Il existe une loi de composition sur E caractérisée par la relation

[β;γ][β′;γ′]=[βγβ′;γγ′](23) [\beta ;\gamma ][\beta ';\gamma '] = [\beta^{\gamma}\beta ';\gamma \gamma '] \tag{23}

en effet, il suffit de vérifier que le membre de droite ne change pas si l’on remplace respectivement β,γ,β′,γ′\beta ,\gamma ,\beta ',\gamma ' par βα,ι(α)−1γ,β′α′,ι(α′)−1γ′\beta \alpha ,\iota (\alpha )^{-1}\gamma ,\beta '\alpha ',\iota (\alpha ')^{-1}\gamma ' avec α,α′\alpha ,\alpha ' dans L∗L^* et cela résulte aussitôt de la formule (1) de VIII, p. 281 appliquée à E\mathscr{E} qui s’écrit également γι(α)=ι(γα)γ\gamma \iota (\alpha ) =\iota (^{\gamma}\alpha )\gamma pour γ∈Γ\gamma \in \Gamma et α∈L∗\alpha \in L^*. D’après les formules (22), l’ensemble E muni de cette loi est un monoïde d’élément neutre [1;e][1;e].

Comme π∘ι\pi \circ \iota est constante de valeur ee, il existe une application π~\widetilde{\pi} de E dans G telle que l’on ait

π~([β;γ])=π(γ)(24) \widetilde{\pi}([\beta ;\gamma ]) =\pi (\gamma ) \tag{24}

pour β∈L\beta \in L et γ∈Γ\gamma \in \Gamma.

Soit gg un élément de G et soit Eg=π~−1(g)E_g=\widetilde{\pi}^{-1}(g). Si γ0\gamma_0 est un élément fixé de π−1(g)\pi^{-1}(g), l’application β→[β;γ0]\beta \rightarrow [\beta ;\gamma_0] est une bijection de L sur EgE_g, grâce à laquelle nous transporterons à EgE_g la structure de K-espace vectoriel de L. Comme π−1(g)\pi^{-1}(g) se compose des éléments de la forme ι(α)γ0\iota (\alpha )\gamma_0 où α\alpha parcourt L∗L^* et que l’on a

[β;ι(α)γ0]=[βα;γ0] [\beta ;\iota (\alpha )\gamma_0] = [\beta \alpha ;\gamma_0]

la structure d’espace vectoriel de EgE_g ne dépend pas du choix de γ0\gamma_0.

Soient gg et g′g' des éléments de G ; d’après les formules (22) et (23), la loi de composition de E induit par restriction une application K-bilinéaire de Eg×Eg′E_g\times E_{g'} dans Egg′E_{gg'}. Par suite, l’espace vectoriel P=⨁g∈GEgP =\bigoplus_{g\in G}E_g est muni d’une structure d’algèbre associative et unifère, dont la multiplication induit l’application bilinéaire précédente de Eg×Eg′E_g\times E_{g'} dans Egg′E_{gg'}, quels que soient gg et g′g' dans G. L’algèbre P s’appelle le produit croisé de L par E\mathscr{E} et se note A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L]; son élément unité est l’élément [1;e][1;e] de EeE_e.

Posons

u(β)=[β;e](25) u(\beta ) = [\beta ;e] \tag{25}

pour β\beta dans L. Alors u:L→A[E;L]u: L\rightarrow \mathbf{A}[\mathscr{E}; L] est un homorphisme injectif de K-algèbres. Par (23), pour tout γ∈Γ\gamma \in \Gamma, l’élément [1;γ][1;\gamma ] est inversible dans A[E,L]\mathbf{A}[\mathscr{E},L] et l’application v:Γ→A[E,L]∗v: \Gamma \rightarrow \mathbf{A}[\mathscr{E},L]^* qui envoie γ\gamma sur [1;γ][1;\gamma ] est un homomorphisme injectif de groupes. Les homomorphismes uu et vv sont dits canoniques. On a les relations

u(α)=v(ι(α))(26) u(\alpha ) =v(\iota (\alpha )) \tag{26}
u(γβ)=v(γ)u(β)v(γ)−1(27) u(^{\gamma}\beta ) =v(\gamma )u(\beta )v(\gamma )^{-1} \tag{27}
[β;γ]=u(β)v(γ)(28) [\beta ;\gamma ] =u(\beta )v(\gamma ) \tag{28}

pour α∈L∗,β∈L\alpha \in L^*,\beta \in L et γ∈Γ\gamma \in \Gamma.

Réciproquement, on a la propriété universelle suivante de l’algèbre A[E;L]:\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] :

Proposition 12 00JF

Soient B une K-algèbre, u′:L→Bu': L\rightarrow Bun homomorphisme de K-algèbres et v′:Γ→B∗v': \Gamma \rightarrow B^* un homomorphisme de groupes. On suppose vérifiées les relations

u′(α)=v′(ι(α))(29) u'(\alpha ) =v'(\iota (\alpha )) \tag{29}
u′(γβ)=v′(γ)u′(β)v′(γ)−1(30) u'(^{\gamma}\beta ) =v'(\gamma )u'(\beta )v'(\gamma )^{-1} \tag{30}

pour α\alpha dans L∗,βL^*,\beta dans L et γ\gamma dans Γ. Il existe alors un homomorphisme d’algèbres ff de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L]dans B, et un seul, tel que l’on ait u′=f∘uu'=f\circ u et v′=f∘vv'=f\circ v.

Pour démontrer l’unicité de ff, remarquons que l’espace vectoriel A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] sur le corps K est engendré par l’ensemble des éléments de la forme [β;γ]=u(β)v(γ)[\beta ;\gamma ] =u(\beta )v(\gamma ); si l’homomorphisme f′:A[E;L]→Bf': \mathbf{A}[\mathscr{E}; L]\rightarrow B satisfait à f′∘u=u′f'\circ u=u' et f′∘v=v′f'\circ v=v' il envoie [β;γ][\beta ;\gamma ] sur u′(β)v′(γ)u'(\beta )v'(\gamma ), donc coïncide avec ff.

D’après la formule (29), on a

u′(βα)v′(ι(α)−1γ)=u′(β)v′(γ)(31) u'(\beta \alpha )v'(\iota (\alpha )^{-1}\gamma ) =u'(\beta )v'(\gamma ) \tag{31}

pour α\alpha dans L∗,βL^*,\beta dans L et γ\gamma dans Γ. Vu la définition de E, il existe donc une application f0:E→Bf_0: E\rightarrow B telle que f0([β;γ])=u′(β)v′(γ)f_0([\beta ;\gamma ]) =u'(\beta )v'(\gamma ). D’après les formules (23) et (30), on a f0(xx′)=f0(x)f0(x′)f_0(xx') =f_0(x)f_0(x') pour xx et x′x' dans E. La restriction de f0f_0 à EgE_g est K-linéaire pour tout élément gg de G ; par suite, il existe une application K-linéaire ff de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] dans B et une seule, qui coïncide avec f0f_0 sur E. L’application ff est un morphisme d’algèbres qui vérifie u′=f∘uu'=f\circ u et v′=f∘vv'=f\circ v.

Remarque 00JG

Soit σ:G→Γ\sigma : G\rightarrow \Gamma une section de l’application π\pi. Posons εg=v(σ(g))\varepsilon_g=v(\sigma (g)) pour tout gg de G et notons cσc_{\sigma} le 2-cocycle associé à σ\sigma (VIII, p. 291). En particulier

εgεg′=u(cσ(g,g′))εgg′(32) \varepsilon_g\varepsilon_{g'}=u(c_{\sigma}(g, g'))\varepsilon_{gg'} \tag{32}

pour tous g,g′∈Gg, g'\in G. Identifions par ailleurs L à une sous-algèbre de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] par l’homomorphisme uu. Alors tout élément de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] s’écrit de manière unique sous la forme ∑g∈Gagεg\sum_{g\in G}a_g\varepsilon_g, où (ag)(a_g) est une famille à support fini d’éléments de L. La multiplication dans A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] s’exprime par la formule

(∑gagεg)((∑gbgεg)=∑gdgεg(33) (\sum_ga_g\varepsilon_g)((\sum_gb_g\varepsilon_g)=\sum_gd_g\varepsilon_g \tag{33}

avec

dg=∑hh′=gah(λ(h).bh′)cσ(h,h′)(34) d_g=\sum_{hh'=g}a_h(\lambda (h).b_{h'})c_{\sigma}(h, h') \tag{34}

Si l’extension E\mathscr{E} est semi-triviale, on peut choisir une section σ\sigma de π\pi qui est un morphisme de groupes de G dans Γ ; le cocycle cσc_{\sigma} est donc constant de valeur 1 et la formule (34) se simplifie alors en

dg=∑hh′=gahλ(h).bh′(35) d_g=\sum_{hh'=g}a_h\lambda (h).b_{h'} \tag{35}

Soit K′K' une extension du corps K. Notons L′L' la K′K'-algèbre L(K′)L_{(K')} et pour tout gg de G, notons λ′(g)\lambda '(g) l’automorphismeλ(g)(K′)\lambda (g)_{(K')} induit par λ(g)\lambda (g) sur L(K′)L_{(K')}. Notons également τ′(g)\tau '(g) l’automorphisme de L′∗L^{'*} induit par λ′(g)\lambda '(g). Enfin, soit hh l’homomorphisme de L∗L^* dans L′∗L^{'*} qui envoie xx sur x⊗1x\otimes 1. Soit alors E′=(Γ′,ι′,π′)\mathscr{E}'= (\Gamma ', \iota ', \pi ') l’image directe de l’extension E\mathscr{E} par hh (VIII, p. 285). Soit A[E′,L′]\mathbf{A}[\mathscr{E}',L'] la K′K'-algèbre produit croisé de E′\mathscr{E}' par L′L' et soient u′:L′→A[E′,L′]u': L'\rightarrow \mathbf{A}[\mathscr{E}',L'] et v′:Γ′→A[E′,L′]∗v': \Gamma '\rightarrow \mathbf{A}[\mathscr{E}',L']^* les homomorphismes canoniques.

Proposition 13 00JH

Il existe un isomorphisme de K′K'-algèbres φ\varphi de A[E;L](K′)\mathbf{A}[\mathscr{E}; L]_{(K')} dans A[E′;L′]\mathbf{A}[\mathscr{E}'; L'], et un seul, qui satisfasse aux relations

u′(h(β))=φ(1⊗u(β))(36) u'(h(\beta )) =\varphi (1\otimes u(\beta )) \tag{36}

pour β∈L\beta \in Let (37) v′(h(γ))=φ(1⊗v(γ))v'(h(\gamma )) =\varphi (1\otimes v(\gamma )).

pour γ∈Γ\gamma \in \Gamma.

La démonstration résulte aussitôt des constructions.

L’isomorphisme φ\varphi sera dit canonique.

10. Application au groupe de Brauer

Dans ce numéro, on note K un corps, L une algèbre galoisienne sur K d’action λ:G→\lambda : G\rightarrow AutK(L)_K(L). On note nn le degré de L sur K. On a n=n= Card(G).

Théorème 3 00JI

Soit E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi )une τ\tau-extension de G par L∗L^*. L’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] est simple, centrale et de rang n2n^2 sur K. De plus, l’homomorphisme canonique uu de L dans A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L]est un isomorphisme de L sur une sous-algèbre commutative maximale de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L].

Lemme 12 00JJ

a) Il n’existe aucun idéal de L, autre que {0}\{0\} et L, qui soit invariant par G.

b) Soit gg un élément de G distinct de l’élément neutre et soit ag\mathfrak{a}_g l’idéal de L engendré par les éléments de la forme x−λ(g)xx-\lambda (g)x où xx parcourt L. On a ag=L\mathfrak{a}_g= L.

Soit S\mathscr{S} l’ensemble des idéaux maximaux de L ; pour toute partie S de S\mathscr{S}, posons a(S)=⋂m∈Sm\mathfrak{a}(S) =\bigcap_{\mathfrak{m}\in S}\mathfrak{m}. Comme l’anneau L est commutatif et semi-simple (VIII, p. 305, remarque 6), l’application S→a(S)S\rightarrow \mathfrak{a}(S) est une bijection de l’ensemble des parties de S\mathscr{S} sur l’ensemble des idéaux de L (VIII, p. 137, prop. 9). L’idéal a(S)\mathfrak{a}(S) est invariant sous G si et seulement si S l’est. Comme G agit de manière transitive sur S\mathscr{S} (VIII, p. 303, th. 2 vi)), les seules parties de S\mathscr{S} invariantes par G sont ∅\emptyset et S\mathscr{S}. Comme a(∅)=L\mathfrak{a}(\emptyset ) = L et a(S)={0}\mathfrak{a}(\mathscr{S}) =\{0\}, on a démontré l’assertion a).

Pour démontrer b), raisonnons par l’absurde en supposant qu’on ait ag≠L\mathfrak{a}_g\not= L. Soit m\mathfrak{m} un idéal maximal de L contenant ag\mathfrak{a}_g. On a donc λ(g)x≡x\lambda (g)x\equiv x mod. m\mathfrak{m} pour tout xx de L. En particulier, m\mathfrak{m} est invariant par gg et λ(g)\lambda (g) induit l’identité sur le corps L/mL/\mathfrak{m}. Par le th. 2, (vi) de VIII, p. 303, l’élément gg de GmG_{\mathfrak{m}} est trivial ce qui contredit l’hypothèse de b).

Démontrons maintenant le théorème 3. L’espace vectoriel A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] est de dimension finie Card(G)[L:K]=n2: K] =n^2 sur K, d’après VIII, p. 311 et l’égalité Card(G) = [L:K]=n[L : K] =n faite en hypothèse.

Soit a\mathfrak{a} un idéal bilatère non nul de l’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L]. Reprenons les notations de VIII, p. 311. Tout élément aa de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] s’écrit de manière unique sous la forme a=∑g∈Gagεga=\sum_{g\in G}a_g\varepsilon_g avec ag∈La_g\in L pour tout g∈Gg\in G; on note Φ(a)\Phi (a) l’ensemble des éléments gg de G tels que ag≠0a_g\not= 0. D’après la formule (32) de VIII, p. 311, on a la relation

εgεg′=cσ(g,g′)εgg′(38) \varepsilon_g\varepsilon_{g'}=c_{\sigma}(g, g')\varepsilon_{gg'} \tag{38}

pour tous g,g′∈Gg, g'\in G et par suite

Φ(aεg)=Φ(a).g(39) \Phi (a\varepsilon_g) = \Phi (a).g \tag{39}

pour tout g∈Gg\in G et tout a∈A[E;L]a\in \mathbf{A}[\mathscr{E}; L].

Soit aa un élément non nul de a\mathfrak{a}, pour lequel Φ(a)\Phi (a) soit minimal pour l’inclusion ; d’après la formule (39), on peut supposer, quitte à remplacer aa par un élément de la forme aεg−1a\varepsilon_{g^{-1}}, où g∈Φ(a)g\in \Phi (a), qu’on a e∈Φ(a)e\in \Phi (a). Soit ss un élément de Φ(a)\Phi (a) distinct de ee. D’après le lemme 12, b), il existe un élément xx de L tel que as(x−λ(s).x)≠0a_s(x-\lambda (s).x)\not= 0. Mais on a la relation

xa−ax=∑gag(x−λ(g).x)εg(40) xa-ax=\sum_ga_g(x-\lambda (g).x)\varepsilon_g \tag{40}

la somme s’étendant sur les éléments gg de Φ(a)\Phi (a) distincts de ee. Vu le caractère minimal de Φ(a)\Phi (a), on a donc xa−ax=0xa-ax= 0, mais ceci contredit l’hypothèse faite sur xx. On a donc prouvé par l’absurde que Φ(a)\Phi (a) contient seulement l’unité ee de G, d’où a∈La\in L.

Donc L∩aL\cap \mathfrak{a} est un idéal de L non réduit à {0}\{0\}. De plus, pour tout xx de L, on a εgxεg−1=λ(g).x\varepsilon_gx\varepsilon^{-1}_g=\lambda (g).x, donc L∩aL\cap \mathfrak{a} est invariant par G. D’après le lemme 12, on a donc L∩a=LL\cap \mathfrak{a}= L, c’est-à-dire L⊂aL\subset \mathfrak{a}. Comme L contient l’élément unité de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L], on a a=A[E;L]\mathfrak{a}= \mathbf{A}[\mathscr{E}; L].

Comme l’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] est de dimension finie non nulle sur K et qu’elle n’a d’autre idéal bilatère que {0}\{0\} et A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L], elle est simple.

Démontrons que tout élément aa de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] qui commute à L appartient à L. Écrivons aa sous la forme ∑g∈Gagεg\sum_{g\in G}a_g\varepsilon_g avec des coefficients aga_g dans L. Pour tout xx de L, on a xa−ax=0xa-ax= 0 et la relation (40) montre qu’on a

ag(x−λ(g).x)=0(41) a_g(x-\lambda (g).x) = 0 \tag{41}

quels que soient g∈Gg\in G et x∈Lx\in L. D’après le lemme 12, on a donc ag=0a_g= 0 pour g≠eg\not=e; d’où a∈La\in L.

Déterminons enfin le centre de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L]. Si zz appartient au centre, il commute à L, donc appartient à L. Mais on a alors

0=εgz−zεg=(λ(g).z−z)εg 0 =\varepsilon_gz-z\varepsilon_g= (\lambda (g).z-z)\varepsilon_g

pour tout gg de G. Donc zz est invariant par le groupe λ(G)\lambda (G) d’automorphismes de L. On a donc z∈Kz\in K par hypothèse.

Théorème 4 00JK

Soit A une algèbre simple et centrale, de rang fini sur K et soit L une sous-algèbre commutative maximale de A. Alors il existe une τ\tau-extension E\mathscr{E} de G par L∗L^* telle que A soit isomorphe à A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L].

On ne restreint pas la généralité en supposant que L est une sous-algèbre commutative maximale de A. Soit Γ le groupe multiplicatif formé des éléments inversibles γ\gamma de A tels qu’il existe gg appartenant à G avec

γxγ−1=λ(g).x(42) \gamma x\gamma^{-1}=\lambda (g).x \tag{42}

pour tout élément xx de L. Si γ∈Γ\gamma \in \Gamma est donné, l’élément gg satisfaisant à cette relation est unique, on le note π(γ)\pi (\gamma ); il est immédiat que π\pi est un homomorphisme de Γ dans G et que son noyau est égal à L∗L^*. Que π\pi soit surjectif résulte du théorème de Skolem-Noether (VIII, p. 259, cor.).

Si l’on note ι\iota l’injection canonique de L∗L^* dans Γ, il résulte des constructions que E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) est une τ\tau-extension de G par L∗L^*. Soient

u:L→A[E;L]u: L\rightarrow \mathbf{A}[\mathscr{E}; L] et v:Γ→A[E;L]v: \Gamma \rightarrow \mathbf{A}[\mathscr{E}; L]

les homomorphismes canoniques. D’après la propriété universelle de A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] (VIII, p. 310, prop. 12), il existe un unique homomorphisme d’algèbres f:A[E;L]→Af: \mathbf{A}[\mathscr{E}; L]\rightarrow A tel que f∘u(x)=xf\circ u(x) =x et f∘v(γ)=γf\circ v(\gamma ) =\gamma pour x∈Lx\in L et γ∈Γ\gamma \in \Gamma. Comme l’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] est simple, l’homomorphisme ff est injectif. Or l’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] est de rang n2n^2 sur K et il en est de même de A, puisque L est une sous-algèbre semi-simple commutative maximale de A et qu’on a n=[L:K]n= [L : K] (VIII, p. 258, prop. 3, (ii)). Donc ff est bijectif.

Définition 2 00JL

Soit S\mathscr{S} l’ensemble des idéaux maximaux de L. On définit

Br(L/K/K) =⋂m∈S=\bigcap_{\mathfrak{m}\in\mathscr{S}} Ker(r(L/m)/Kr_{(L/\mathfrak{m})/K}),

où r(L/m)/K:r_{(L/\mathfrak{m})/K}: Br(K) →\rightarrow Br(L/m/\mathfrak{m})est l’homomorphisme d’extension des scalaires (VIII, p. 277).

Théorème 5 00JM

Il existe un isomorphisme de groupes

Ψ : Exτ(G,L∗)⟶_{\tau}(G,L^*)\longrightarrow Br(L/K/K)

qui à la classe de toute τ\tau-extension E\mathscr{E} de G par L∗L^* associe la classe dans Br(L/K/K) de l’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L].

Pour définir Ψ et vérifier que c’est une bijection, il s’agit d’établir les points suivants :

a) Si E\mathscr{E} et E′\mathscr{E}' sont des τ\tau-extensions isomorphes de G par L∗L^*, les algèbres A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] et A[E′;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}'; L] sont isomorphes ;

b) Réciproquement, si les algèbres A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] et A[E′;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}'; L] sont isomorphes, les τ\tau-extensions E\mathscr{E} et E′\mathscr{E}' de G par L∗L^* sont isomorphes ;

c) Dans toute classe appartenant à Br(L/K/K), il y a une algèbre E contenant L comme sous-algèbre commutative maximale ;

d) Si E est une algèbre simple et centrale de rang fini sur K et contenant L comme sous-algèbre commutative maximale, alors il existe une τ\tau-extension E\mathscr{E} de G par L∗L^* telle que E soit isomorphe à A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L].

La vérification de a) résulte de la construction du produit croisé ; celle de b) résulte de VIII, p. 259, cor. L’assertion c) résulte de la prop. 5 de VIII, p. 277 et l’assertion d) n’est autre que le th. 4 ci-dessus.

Il reste à vérifier que Ψ est un homomorphisme de groupes ; pour cela il suffit de démontrer que si E1=(Γ1,ι1,π1)\mathscr{E}_1= (\Gamma_1, \iota_1, \pi_1) et E2=(Γ2,ι2,π2)\mathscr{E}_2= (\Gamma_2, \iota_2, \pi_2) sont des τ\tau-extensions alors l’algèbre A[E1E2;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}_1\mathscr{E}_2; L] est équivalente à l’algèbre A[E1;L]⊗A[E2;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}_1; L]\otimes \mathbf{A}[\mathscr{E}_2; L]. Notons E=(Γ,ι,π)\mathscr{E}= (\Gamma , \iota , \pi ) l’extension produit E1E2\mathscr{E}_1\mathscr{E}_2. Le groupe Γ est donc isomorphe au conoyau de l’homomorphisme ρ\rho de L∗L^* dans le produit fibré Γ1×GΓ2\Gamma_1\times_G\Gamma_2 qui envoie μ\mu sur (ι1(μ),ι2(μ)−1)(\iota_1(\mu ), \iota_2(\mu )^{-1}). Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, notons Ai=A[Ei;L]A_i= \mathbf{A}[\mathscr{E}_i; L]. Soient ui:L→Aiu_i: L\rightarrow A_i et vi:Γi→Ai∗v_i: \Gamma_i\rightarrow A^*_i les homomorphismes canoniques et identifions L avec ses images par les homomorphismes uiu_i, ce qui fait de L une sous-algèbre commutative maximale de AiA_i. Notons ViV_i le L-espace vectoriel défini par la multiplication à gauche dans AiA_i. L’anneau L⊗KAioL\otimes_KA^o_i opère sur ViV_i. Comme il est simple et de dimension n2n^2 sur L, on obtient un isomorphisme de L⊗KAioL\otimes_KA^o_i sur EndL(Vi)_L(V_i). Donc l’anneau L⊗KA1o⊗KA2oL\otimes_KA^o_1\otimes_KA^o_2, qu’on peut identifier à (L⊗KA1o)⊗L(L⊗KA2o)(L\otimes_KA^o_1)\otimes_L(L\otimes_KA^o_2) est isomorphe à EndL(V1⊗LV2)_L(V_1\otimes_LV_2). Posons C = EndA1o⊗KA2o(V1⊗LV2)_{A^o_1\otimes_KA^o_2}(V_1\otimes_LV_2). Par le lemme 3 de VIII, p. 277, C est semblable à A1⊗KA2A_1\otimes_KA_2 et L⊗1⊗1L\otimes 1\otimes 1 est une sous-algèbre commutative maximale de C. Pour tout couple (γ1,γ2)∈Γ1×Γ2(\gamma_1, \gamma_2)\in \Gamma_1\times \Gamma_2 vérifiant π1(γ1)=π2(γ2)\pi_1(\gamma_1) =\pi_2(\gamma_2), notons w(γ1,γ2)w(\gamma_1, \gamma_2) l’unique endomorphisme λ(π1(γ1\lambda (\pi_1(\gamma_1))-semi-linéaire (II, p. 32) tel que

w(γ1,γ2)(x1⊗x2)=v1(γ1)x1⊗v2(γ2)x2 w(\gamma_1, \gamma_2)(x_1\otimes x_2) =v_1(\gamma_1)x_1\otimes v_2(\gamma_2)x_2

pour x1∈V1x_1\in V_1 et x2∈V2x_2\in V_2. On a w(γ1,γ2)∈C∗w(\gamma_1, \gamma_2)\in C^* et ww est un homomorphisme de groupes du produit fibré Γ1×GΓ2\Gamma_1\times_G\Gamma_2 dans C∗C^*. Cet homomorphisme est trivial sur l’image de ρ\rho et induit un homomorphisme vv de Γ dans C∗C^*. Notons u:L→Cu: L\rightarrow C le morphisme donné par u:l→l⊗1⊗1u:l\rightarrow l\otimes 1\otimes 1. On vérifie alors les relations

u(α)=v(ι(α))u(\alpha ) =v(\iota (\alpha )) et u(γβ)=v(γ)u(β)v(γ)−1u(^{\gamma}\beta ) =v(\gamma )u(\beta )v(\gamma )^{-1}

pour α∈L∗,β∈L\alpha \in L^*,\beta \in L et γ∈Γ\gamma \in \Gamma. La proposition 12 de VIII, p. 310 fournit un homomorphisme ff de l’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] dans C. Comme l’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] est simple, l’homomorphisme ff est injectif. Les algèbres CC et A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] ayant la même dimension sur KK, ff est un isomorphisme.

Remarque 1 00JN

Si LL est une algèbre étale sur KK et GG le groupe des automorphismes de LL, il n’est pas toujours vrai que l’algèbre A[E;L]\mathbf{A}[\mathscr{E}; L] soit simple et centrale (par exemple, on peut prendre L=KnL = K^n et G=SnG = \mathfrak{S}_n).

Remarque 2 00JO

On peut calculer comme suit un 2-cocycle cc associé à une algèbre AA déployée par une extension galoisienne finie LL de groupe GG. Tout d’abord, il existe un KK-homomorphisme φ:A→Mm(L)\varphi : A \to \mathbf{M}_m(L), où [A:K]=m2[A : K] = m^2. Pour g∈Gg \in G, soit φg\varphi^g l’homomorphisme de AA dans Mm(L)\mathbf{M}_m(L) donné par a↦φ(g−1ag)a \mapsto \varphi(g^{-1}ag). D’après le théorème de Skolem-Noether, il existe, pour tout g∈Gg \in G, un élément ugu_g de GLm(L)\mathbf{GL}_m(L) tels que

φg(a)=ugφ(a)ug−1 \varphi^g(a) = u_g \varphi(a) u_g^{-1}

pour a∈Aa \in A. On pose ensuite

c(g,g′)=ugug′ugg′−1. c(g, g') = u_g u_{g'} u_{gg'}^{-1}.

On peut également définir une extension de GG par L∗L^* au moyen de φ\varphi : on considère le groupe Γ⊂GLm(L)\Gamma \subset \mathbf{GL}_m(L) formé des γ\gamma pour lesquels il existe g∈Gg \in G avec

φg(a)=γφ(a)γ−1 \varphi^g(a) = \gamma \varphi(a) \gamma^{-1}

pour tout a∈Aa \in A. La classe de cette extension est l’image inverse par Ψ\Psi de la classe de AA dans Br(L/K)\mathrm{Br}(L/K).

Corollaire 00JP

L’application* ΦL/K=Θ∘Ψ−1\Phi_{L/K} = \Theta \circ \Psi^{-1} définit un isomorphisme de groupes de Br(L/K)\mathrm{Br}(L/K) sur H2(G,L∗)H^2(G, L^*).

Soient K′K' une extension de KK et φ:K′→L\varphi : K' \to L un morphisme de KK-algèbres. L’ensemble HH des éléments hh de GG tels que λ(h)∘φ=φ\lambda(h) \circ \varphi = \varphi est un sous-groupe de GG et la K′K'-algèbre-L munie de la restriction de λ\lambda à HH est une algèbre galoisienne sur K′K'.

Proposition 14 00JQ

Le diagramme

Br(L/K)→ΦL/KH2(G,L∗)↓rK′/K↓ResHGBr(L/K′)→ΦL/K′H2(H,L∗) \begin{array}{ccc} \mathrm{Br}(L/K) & \xrightarrow{\Phi_{L/K}} & H^2(G, L^*) \\ \downarrow r_{K'/K} & & \downarrow \mathrm{Res}_H^G \\ \mathrm{Br}(L/K') & \xrightarrow{\Phi_{L/K'}} & H^2(H, L^*) \end{array}

est commutatif

Cela resulte de la prop. 7 de VIII, p. 295 et de la prop. 13 de VIII, p. 311.

11. Indice et exposant

Théorème 6 00JR

Soit K un corps commutatif et soit A une algèbre centrale, simple et de degré fini sur K. Soit L une extension séparable de degré fini de K qui déploie l’algèbre A. Alors [L : K][A] est nul dans Br(K).

Il existe une extension M de L qui est une extension galoisienne de degré fini de K (V, p. 55, prop. 2). La classe [A] de A dans le groupe de Brauer de K appartient au sous-groupe Br(M/K/K). Soit G le groupe de Galois de M sur K et soit α\alpha l’image de [A] dans H2(G,M∗)H^2(G,M^*) (VIII, p. 316, cor.). Soit H le groupe de Galois de M sur L. Alors H est un sous-groupe d’indice [L : K] dans G (V, p. 66, cor. 5). Comme ResHG(α)=ΦM/L(A(L))^G_H(\alpha ) = \Phi_{M/L}(A_{(L)}) (prop. 14), on a ResHG(α)=0^G_H(\alpha ) = 0. Par la prop. 8 de VIII, p. 298, on en déduit que [L:K]α=0[L : K]\alpha = 0, puis [L : K][A] = 0.

Soit K un corps commutatif et soit A une algèbre centrale, simple et de degré fini sur K. Alors A est isomorphe à une algèbre de la forme Mn\mathbf{M}_n(D), où D est un corps de centre K et [A] = [D] dans Br(K). Le degré réduit de D ne dépend que de A. On appelle indice de A ce degré réduit. L’indice de A divise donc le degré réduit de A. On appelle exposant de A l’ordre de la classe de A dans le groupe de Brauer de K.

Corollaire 1 00JS

L’exposant d’une algèbre centrale simple et de degré fini sur un corps commutatif divise son indice.

Il suffit de le démontrer pour un corps D de degré fini sur son centre K. Soit L un sous-corps commutatif maximal de D qui est une extension séparable de K ; on a [D:K]=[L:K]2[D : K] = [L : K]^2 (VIII, p. 261, cor. 2, b) et c)). Alors l’extension L de K déploie l’algèbre D (VIII, p. 277, prop. 5) et [L : K] coïncide avec le degré réduit de D. On applique alors le théorème 6.

Corollaire 2 00JT

Soit K un corps commutatif et soit A une algèbre centrale, simple et de degré fini sur K. Soit pp un nombre premier. Si pp divise l’indice de A, alors il divise l’exposant de A.

Supposons que le nombre premier pp ne divise pas l’exposant de A et démontrons qu’il ne divise pas son indice. Il suffit de démontrer ce résultat dans le cas où A est un corps. Soit L une extension galoisienne de degré fini de K qui déploie A. Soit G le groupe de Galois de L sur K et soit H un pp-sous-groupe de Sylow de G (I, p. 74). On note L′=LHL'= L^H le sous-corps de L des invariants de H. L’exposant de A(L′)A_{(L')} divise celui de A donc est premier à pp. Par le théorème 6, on a que [L:L′][A(L′)]=0[L : L'][A_{(L')}] = 0 dans le groupe de Brauer de L′L'. Il en résulte que [A(L′)]=0[A_{(L')}] = 0 et que le corps L′L' déploie A. On applique alors le cor. 2 de VIII, p. 278 ; il en résulte que l’indice de A divise [L′:K][L': K] et n’est donc pas divisible par pp.

Corollaire 3 00JU

Soit K un corps parfait de caractéristique pp et soit A une algèbre centrale et simple de degré fini sur K, alors pp ne divise pas l’indice de A.

Il suffit de traiter le cas où pp est strictement positif.

Démontrons dans ce cas que le groupe de Brauer de K ne contient pas d’élément d’ordre pp. Pour toute extension M galoisienne de degré fini sur K, le corps M est parfait (V, p. 35, prop. 2). Donc l’élévation à la puissance pp est un automorphisme du groupe M∗M^*. Il en résulte que la multiplication par pp est un automorphisme du groupe H2H^2(Gal(M/K/K),M∗,M^*) qui est isomorphe à Br(M/K/K).

Par conséquent, l’ordre de [A] est premier à pp et, par le corollaire 2, son indice n’est pas divisible par pp.

Remarque 00JV

En considérant des produits tensoriels d’algèbres de quaternions, il est possible de construire des corps de centre K d’exposant 2 et d’indice arbitrairement grand (cf. VIII, p. 363, exercices 7 et 8).

∗*Par contre, si K est une extension finie d’un corps pp-adique ou un corps de

série formelle sur un corps fini, alors l’exposant d’une algèbre centrale simple et de degré fini sur K est égal à son indice (VIII, p. 327, exerc. 17, e)).∗*

Exercices

See the exercises for § 16.

Transcribed from the printed volume. Not translated.