§ 18. Algèbres simples sur un corps fini
1. Polynômes sur un corps fini
Théorème 1 (Chevalley-Warning) 00SA
Soit K un corps commutatif fini, de caractéristique . Soient un entier et une famille finie d’éléments non nuls de . Notons Z l’ensemble des éléments de tels que l’on ait pour . Si l’on a deg(), le cardinal de Z est divisible par .
Lemme 1 00LB
Soient L un corps, G un groupe fini et un homomorphisme non trivial de G dans le groupe multiplicatif . On a .
Par hypothèse, il existe un élément de G tel que ; comme la multiplication par est une permutation de G, on a
d’où le lemme 1.
Lemme 2 00LC
Soit le cardinal de K. Pour tout entier , posons = . On a si est un multiple non nul de et dans les autres cas.
Rappelons que (I, p. 13). Supposons multiple de . Comme le groupe commutatif est d’ordre , on a pour tout , et , d’où l’assertion dans ce cas.
Supposons que ne soit pas multiple de . Posons pour . Comme le groupe multiplicatif est cyclique d’ordre (V, p. 89, prop. 1), il existe un élément de tel que . D’après le lemme 1 appliqué à , on a
d’où le lemme 2.
Prouvons maintenant le théorème 1. Soit un élément de ; on a si et si . Posons ; on a
1 si ,
0 si .
Développons le polynôme P sous la forme ; il est de degré par hypothèse. Soit un élément de tel que soit non nul ; puisque l’on a , il existe donc un entier tel que et . D’après le lemme 2, on a alors , d’où
On a donc
Or, d’après la formule (1), on a Card(Z) , d’où Card(Z) , ce qui signifie que Card(Z) est divisible par .
Corollaire 00LD
Soient V un espace vectoriel de dimension finie sur K, I un ensemble fini, et pour chaque , soit une application polynomiale homogène de degré . Si l’on a , il existe un élément non nul de V tel que pour tout .
Soit une base de V sur K. Par définition des applications polynomiales homogènes (IV, p. 52, déf. 3), il existe pour tout un polynôme dans homogène de degré , tel que l’on ait . Soit Z l’ensemble des éléments de V tels que pour tout . D’après le théorème 1, le cardinal de Z est divisible par et, comme 0 appartient à S, on a Card(Z) .
2. Algèbres simples sur un corps fini
Théorème 2 (Wedderburn) 00SB
Tout corps fini est commutatif.
Soit D un corps fini et soit K son centre. La K-algèbre D est centrale et simple, de degré , où est un entier strictement positif. La norme réduite est une application polynomiale Nrd, homogène de degré (VIII, p. 338, prop. 6) et l’on a Nrd() pour tout dans D (VIII, p. 334, prop. 3). Le corollaire ci-dessus entraîne , d’où . On a donc D = K.
Corollaire 1 00LE
Tout anneau simple fini est isomorphe à un anneau de matrices où est un entier strictement positif et L un corps commutatif fini.
Cela résulte du théorème 2 et du théorème de structure des anneaux simples (VIII, p. 116, th. 1).
Corollaire 2 00LF
Soit K un corps commutatif fini. Toute algèbre simple centrale sur K est isomorphe à une algèbre de matrices où est un entier strictement positif.
Cela résulte du théorème 2 et du théorème de structure des algèbres centrales simples (VIII, p. 248, th. 1).
Remarque 1 00LG
Voici une autre démonstration du théorème 2. Soit D un corps fini, soit K son centre et soit L un sous-corps commutatif maximal de D. Soit un élément de ; il appartient à un sous-corps commutatif maximal de D ; on a l’égalité
d’après le cor. 2 de VIII, p. 261, d’où . D’après la prop. 3 de V, p. 90, les extensions L et de K sont isomorphes. D’après VIII, p. 259, cor., il existe un élément de tel que , donc appartient à L. On a alors pour tout . Par suite, si S est un ensemble de représentants de classes à gauche dans modulo , tout élément de s’écrit , avec et . Notons l’ordre de et celui de ; comme le cardinal de S est égal à , on a ; on en déduit , d’où L = D, ce qui prouve que le corps D est commutatif.
Remarque 2 00LH
Soit L un corps commutatif qui satisfait à la propriété suivante :
Soit V un espace vectoriel de dimension finie sur le corps L, soit tel que . Pour toute application polynomiale homogène de degré , il existe un élément non nul de V tel que .
La démonstration du théorème 2 prouve que tout corps de centre L et de degré fini sur L est égal à L.
D’après le cor. de VIII, p. 348 tout corps fini possède la propriété . On peut prouver (VIII, p. 352, exerc. 7) que les corps suivants possèdent la propriété – toute extension algébrique d’un corps fini ;
– tout corps de fractions rationnelles en une indéterminée à coefficients dans un corps algébriquement clos (théorème de Tsen). – tout corps muni d’une valuation discrète, pour laquelle il est complet, et dont le
corps résiduel est algébriquement clos (VIII, p. 327, exerc. 17)
Remarque 3 00LI
Supposons que le corps K satisfasse à la condition suivante :
– Si L est une extension de degré fini de K, elle est cyclique et l’application norme est surjective.
Cette condition est en particulier vérifiée si le corps K est fini (V, p. 91, prop. 4). On peut alors démontrer que tout corps de centre K, de degré fini sur K, est égal à K (exerc. 10 de VIII, p. 325).
Exercices
See the exercises for § 18.