Appendice
Algèbres alternatives. Octonions
1. Algèbres alternatives
Soient A un anneau commutatif, F une A-algèbre (non nécessairement associative). Pour trois éléments quelconques de F, on pose (1)
(associateur de ); est évidemment une application A-trilinéaire de dans .
Lemme 1
Quels que soient dans l’algèbre , on a
Proposition 1
Pour une A-algèbre , les conditions suivantes sont équivalentes: a) Pour tout couple d’éléments de , la sous-algèbre engendrée par et est associative. b) L’application trilinéaire est alternée (III, p. 80). c) Pour tout couple d’éléments de , on a et . Il est clair que a) implique c). Montrons que c) implique b): en effet, par définition (III, p. 80), pour prouver b), il suffit de vérifier que et , ce qui n’est autre que c).
Pour établir l’implication , nous prouverons les 4 lemmes suivants.
Lemme 2
Soient une A-algèbre telle que l’application trilinéaire soit alternée, un système générateur de , un sous-A-module de contenant et tel que et pour tout . Alors on a . En effet, l’ensemble des tels que et est évidemment un sous-A-module de , qui contient par hypothèse. D’autre part, pour dans et , on a par hypothèse
Disons qu’une partie de est fortement associative si lorsque deux au moins des éléments appartiennent à .
Lemme 3
Supposons l’application alternée. Si est une partie fortement associative de , la sous-algèbre de engendrée par est fortement associative. Comme l’ensemble des parties fortement associatives de est inductif, il suffit de prouver que si est une partie fortement associative maximale de , est alors une sous-algèbre de . Comme est évidemment un sous-A-module de , il suffit de voir que pour deux éléments quelconques de , est encore fortement associative, car en vertu de la définition de , cela entraînera . Or, pour tout et tout , on a en vertu de (2)
Lemme 4
Supposons l’application a alternée. Alors, pour tout , la sous-algèbre de engendrée par est fortement associative.
En effet, on a chaque fois que deux des trois éléments sont égaux à , et il suffit d’appliquer le lemme 3.
Lemme 5
Supposons l’application a alternée, et soient deux sous-algèbres fortement associatives de . Alors la sous-algèbre engendrée par est associative.
En effet, soit l’ensemble des tels que quels que soient et ; c’est évidemment un sous-A-module contenant et puisque et sont fortement associatives; en vertu du lemme 2, il suffira de voir que pour et , on a et . Or, pour dans et , on a d’après (2) (III, p. 173)
en vertu du fait que est fortement associative et de la définition de . Mais comme est fortement associative, et puisque , par définition de . On a donc bien ce qui montre que . En appliquant maintenant (2) avec , on obtient de même . Echangeant les rôles de et (en tenant compte de ce que est alternée), on obtient et ; d’où le lemme.
Il suffit maintenant, pour achever de montrer que b) implique a) dans la prop. 1, de prendre et , en utilisant le lemme 4.
Définition 1
On dit qu’une A-algèbre est alternative si elle satisfait aux condition équivalentes de la prop. 1.
Une algèbre associative est évidemment alternative. Nous donnerons dans III, p. 176 un exemple d’algèbre alternative qui n’est pas associative.
Si est une A-algèbre alternative, toute A-algèbre obtenue à partir de par extension des scalaires (III, p. 7) est une -algèbre alternative, comme il résulte de la condition b) de la prop. 1.
2. Algèbres cayleyennes alternatives
Proposition 2
Soient un anneau, une A-algèbre cayleyenne, e son élément unité, sa conjugaison, sa norme cayleyenne (III, p. 15).
(i) *Pour que soit alternative, il faut et il suffit que l’on ait, pour tout couple d’éléments de , .
(ii) Si est alternative, on a quels que soient dans .
(iii) Supposons F alternative. Pour qu’un élément x ∈ F soit inversible il faut et il suffit que N(x) soit inversible dans Ae; l’inverse de x est alors unique et égal à N(x)^{-1}\bar{x}; en le notant x^{-1}, on a
pour tout y ∈ F.
La condition x^2y = x(xy) est évidemment nécessaire pour que F soit alternative (III, p. 173, prop. 1). Inversement, si elle est vérifiée pour tout couple d’éléments de F, en l’appliquant à \bar{x} et \bar{y}, elle donne \bar{x}^2\bar{y} = \bar{x}(\bar{x}\bar{y}); appliquant à cette relation la conjugaison s, il vient yx^2 = (yx)x, de sorte que les conditions c) de la prop. 1 de III, p. 173 sont satisfaites.
On a évidemment a(e, x, y) = 0 quels que soient x, y dans F. Si F est alternative, on déduit donc de la prop. 1 (III, p. 173) que la sous-algèbre G de F engendrée par e, x et y est associative. Comme \bar{x} = -x + T(x) \in -x + Ae, on a \bar{x} \in G, et de même \bar{y} \in G. Ceci étant, on a N(xy) = (xy)(\bar{x}\bar{y}) = xy.\bar{y}.\bar{x} = N(y)x\bar{x} = N(y)N(x), compte tenu de ce que N(y) \in Ae. Ceci prouve b).
Démontrons enfin c). Si N(x) est inversible dans Ae, et si l’on pose x' = N(x)^{-1}\bar{x}, on a xx' = x'x = e, car N(x) = x\bar{x} = \bar{x}x. Réciproquement, si x admet un inverse à gauche x'', on a N(x'')N(x) = N(e) = e par b), et N(x) est inversible dans Ae; de plus, comme x' = N(x)^{-1}\bar{x} est dans la sous-algèbre engendrée par x et e, les éléments x, x' et x'' appartiennent à la sous-algèbre associative engendrée par x, x'' et e, donc on a x'' = x''(xx') = (x''x)x' = x', d’où l’assertion d’unicité. Les formules x^{-1}(xy) = x(x^{-1}y) = y résultent de ce que x^{-1}, x et y sont éléments de la sous-algèbre engendrée par x, y et e, qui est associative.
C. Q. F. D.
Proposition 3
Soient E une A-algèbre cayleyenne, γ un élément de A et F l’extension cayleyenne de E définie par γ et la conjugaison de E (III, p. 17, prop. 5). Pour que F soit alternative, il faut et il suffit que E soit associative.
Soient u = (x, y), v = (x', y') deux éléments de F (x, y, x', y' étant dans E). On a (III, p. 17, formule (27))
En tenant compte de ce que \bar{y}y et \bar{x} + x sont dans Ae, l’examen de ces formules montre que l’associativité de E entraîne u^2v = u(uv), donc le fait que F est alternative (III, p. 174, prop. 2). Réciproquement, si F est alternative, l’égalité u^2v = u(uv) appliquée pour y' = 0 donne
Or le premier membre est égal à (yT(x))\bar{x}' = y(\bar{x}'T(x)) = y(\bar{x}'x + \bar{x}'\bar{x}); comparant au second membre, il vient (y\bar{x}')x = y(\bar{x}'x), ce qui prouve l’associativité de E, puisque x, y et \bar{x}' sont arbitraires dans E.
C. Q. F. D.
3. Octonions
Soit E une algèbre de quaternions de type sur A (III, p. 18, Exemple 2), et soit . L’extension cayleyenne F de E définie par et la conjugaison de E s’appelle une algèbre d’octonions sur A, et on dit qu’elle est de type . En vertu de la prop. 3 de III, p. 175, F est une algèbre alternative. Elle possède une base de 8 éléments, définis par
où est la base de E définie loc. cit.; il est clair que (aussi noté ) est l’élément unité de F. Si est un élément de F (avec les ), les formules (23), (24) de III, p. 17 et (31) de III, p. 18 donnent pour le conjugué, la trace et la norme de l’octonion
Soient maintenant , et trois octonions (les éléments appartenant à E). Les formules (24) et (27) de III, p. 17 donnent
(où T désigne la trace dans E et où l’on tient compte de ce que E est associative). Comme quels que soient les quaternions (III, p. 16, formule (17)), on en déduit
Etudions en particulier les octonions de type : les formules (4) se simplifient alors en
\* Si l’on prend pour A le corps des nombres réels, les octonions de type sur s’appellent les octonions (ou octaves) de Cayley. Il résulte de la prop. 2, (ii) de III, p. 174 que tout octonion de Cayley est inversible.*
Proposition 4
Soit F une algèbre d’octonions de type (−1, 0, −1, −1) sur A. Il existe un espace vectoriel V de dimension 3 sur le corps à deux éléments et une bijection de V sur la base telle que
(7)
Gardons les notations du début de ce n°. Il résulte des formules (33) de III, p. 18, que l’ensemble S formé des éléments est stable pour la multiplication. En outre, pour dans E, on a, en vertu de la formule (22) de III, p. 16,
(8)
En particulier, soient A'' le corps à deux éléments, et soient E'' l’algèbre des quaternions de type (1, 0, 1) sur A'', F'' l’algèbre des octonions de type (1, 0, 1, 1) sur A''; soit la base de F'' formée comme ci-dessus. Puisque , l’ensemble T'' des a 8 éléments et est stable par la multiplication; en outre, il résulte aussitôt de ce qui précède que l’application telle que pour est un homomorphisme pour la multiplication. D’ailleurs l’algèbre des quaternions E'' est ici commutative, donc F'' est associative (III, p. 17, prop. 5); de plus, la conjugaison dans F'' est ici l’identité. Donc T'' est un groupe, et les formules (8) montrent qu’il est commutatif; ces formules et les formules (33) de III, p. 18 montrent que le carré de tout élément de T'' est l’unité. Si l’on désigne par V le groupe T'' écrit en notation additive, V peut être muni d’une seule manière d’une structure d’espace vectoriel sur , nécessairement de dimension 3 puisque Card(V) = 8 = .
Pour tout , notons alors l’élément de tel que ; on a ; en outre, comme est un homomorphisme et que la relation équivaut à , on a . Si sont linéairement indépendants sur , ils forment une base de V, donc tous les éléments () appartiennent à la sous-algèbre engendrée par et ; lorsque dans A, on ne peut par suite avoir , car F serait associative, donc E serait commutative (III, p. 17, prop. 5), ce qui contredit les relations (33) de III, p. 18. Au contraire, si sont linéairement dépendants dans V, les trois éléments appartiennent à une sous-algèbre à 2 générateurs de F, qui est par suite associative (III, p. 173, prop. 1); d’où la conclusion.
Remarque
Comme pour , on a
Exercises
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