Bourbaki

Appendice

Algèbres alternatives. Octonions

1. Algèbres alternatives

Soient A un anneau commutatif, F une A-algèbre (non nécessairement associative). Pour trois éléments quelconques x,y,zx, y, z de F, on pose (1)

a(x,y,z)=x(yz)−(xy)z a(x, y, z) = x(yz) - (xy)z

(associateur de x,y,zx, y, z); aa est évidemment une application A-trilinéaire de F×F×F\mathbf{F} \times \mathbf{F} \times \mathbf{F} dans F\mathbf{F}.

Lemme 1

Quels que soient p,q,r,sp, q, r, s dans l’algèbre F\mathbf{F}, on a

a(pq,r,s)−a(p,qr,s)+a(p,q,rs)=a(p,q,r)s+pa(q,r,s). a(pq, r, s) - a(p, qr, s) + a(p, q, rs) = a(p, q, r)s + pa(q, r, s).
La vérification résulte aussitôt de la définition (1).

Proposition 1

Pour une A-algèbre F\mathbf{F}, les conditions suivantes sont équivalentes: a) Pour tout couple d’éléments x,yx, y de F\mathbf{F}, la sous-algèbre engendrée par xx et yy est associative. b) L’application trilinéaire (x,y,z)↦a(x,y,z)(x, y, z) \mapsto a(x, y, z) est alternée (III, p. 80). c) Pour tout couple d’éléments x,yx, y de F\mathbf{F}, on a x2y=x(xy)x^2y = x(xy) et yx2=(yx)xyx^2 = (yx)x. Il est clair que a) implique c). Montrons que c) implique b): en effet, par définition (III, p. 80), pour prouver b), il suffit de vérifier que a(x,x,y)=0a(x, x, y) = 0 et a(x,y,y)=0a(x, y, y) = 0, ce qui n’est autre que c).

Pour établir l’implication b)⇒a)b) \Rightarrow a), nous prouverons les 4 lemmes suivants.

Lemme 2

Soient E\mathbf{E} une A-algèbre telle que l’application trilinéaire (x,y,z)↦a(x,y,z)(x, y, z) \mapsto a(x, y, z) soit alternée, SS un système générateur de E\mathbf{E}, U\mathbf{U} un sous-A-module de E\mathbf{E} contenant SS et tel que sU⊂Us\mathbf{U} \subset \mathbf{U} et Us⊂U\mathbf{Us} \subset \mathbf{U} pour tout s∈Ss \in S. Alors on a U=E\mathbf{U} = \mathbf{E}. En effet, l’ensemble U′\mathbf{U}' des x∈Ex \in \mathbf{E} tels que xU⊂Ux\mathbf{U} \subset \mathbf{U} et Ux⊂U\mathbf{U}x \subset \mathbf{U} est évidemment un sous-A-module de E\mathbf{E}, qui contient SS par hypothèse. D’autre part, pour x,yx, y dans U′\mathbf{U}' et u∈Uu \in \mathbf{U}, on a par hypothèse

(xy)u=x(yu)+a(x,y,u)=x(yu)−a(x,u,y)=x(yu)−(xu)y+x(uy)∈U; (xy)u = x(yu) + a(x, y, u) = x(yu) - a(x, u, y) = x(yu) - (xu)y + x(uy) \in \mathbf{U};
par passage à l’algèbre opposée, on a de même u(xy)∈Uu(xy) \in \mathbf{U}. Donc U′\mathbf{U}' est une sous-algèbre de E\mathbf{E}, et puisqu’elle contient SS, on a U′=E\mathbf{U}' = \mathbf{E}. On a donc EU⊂U\mathbf{EU} \subset \mathbf{U}, et aa fortiori UU⊂U\mathbf{UU} \subset \mathbf{U}, ce qui prouve que U\mathbf{U} est une sous-algèbre de E\mathbf{E}; comme elle contient SS, on a U=E\mathbf{U} = \mathbf{E}, ce qui démontre le lemme.

Disons qu’une partie H\mathbf{H} de F\mathbf{F} est fortement associative si a(u,v,w)=0a(u, v, w) = 0 lorsque deux au moins des éléments u,v,wu, v, w appartiennent à H\mathbf{H}.

Lemme 3

Supposons l’application aa alternée. Si H\mathbf{H} est une partie fortement associative de F\mathbf{F}, la sous-algèbre de F\mathbf{F} engendrée par H\mathbf{H} est fortement associative. Comme l’ensemble des parties fortement associatives de F\mathbf{F} est inductif, il suffit de prouver que si H\mathbf{H} est une partie fortement associative maximale de F\mathbf{F}, H\mathbf{H} est alors une sous-algèbre de F\mathbf{F}. Comme H\mathbf{H} est évidemment un sous-A-module de F\mathbf{F}, il suffit de voir que pour deux éléments quelconques u,vu, v de H\mathbf{H}, H∪{uv}\mathbf{H} \cup \{uv\} est encore fortement associative, car en vertu de la définition de H\mathbf{H}, cela entraînera uv∈Huv \in \mathbf{H}. Or, pour tout z∈Hz \in \mathbf{H} et tout t∈Ft \in \mathbf{F}, on a en vertu de (2)

a(uv,t,z)−a(u,vt,z)+a(u,v,tz)=0 a(uv, t, z) - a(u, vt, z) + a(u, v, tz) = 0
puisque H\mathbf{H} est fortement associative; comme u,v,zu, v, z sont dans H\mathbf{H}, on a aussi a(u, vt, z) = a(u, v, tz) = 0, d’où a(uv,t,z)=0a(uv, t, z) = 0. Compte tenu de ce que aa est alternée, cela montre que a(p,q,r)=0a(p, q, r) = 0 chaque fois que deux au moins des éléments p,q,rp, q, r appartiennent à H∪{uv}\mathrm{H} \cup \{uv\}, d’où le lemme.

Lemme 4

Supposons l’application a alternée. Alors, pour tout x∈Fx \in \mathbf{F}, la sous-algèbre de F\mathbf{F} engendrée par xx est fortement associative.

En effet, on a a(u,v,w)=0a(u, v, w) = 0 chaque fois que deux des trois éléments u,v,wu, v, w sont égaux à xx, et il suffit d’appliquer le lemme 3.

Lemme 5

Supposons l’application a alternée, et soient X,YX, Y deux sous-algèbres fortement associatives de F\mathbf{F}. Alors la sous-algèbre EE engendrée par X∪YX \cup Y est associative.

En effet, soit ZZ l’ensemble des z∈Ez \in E tels que a(u,v,z)=0a(u, v, z) = 0 quels que soient u∈Xu \in X et v∈Yv \in Y; c’est évidemment un sous-A-module contenant XX et YY puisque XX et YY sont fortement associatives; en vertu du lemme 2, il suffira de voir que pour u∈Xu \in X et v∈Yv \in Y, on a uZ⊂Z,vZ⊂Z,Zu⊂ZuZ \subset Z, vZ \subset Z, Zu \subset Z et Zv⊂ZZv \subset Z. Or, pour u,u′u, u' dans X,v∈YX, v \in Y et z∈Zz \in Z, on a d’après (2) (III, p. 173)

a(u′u,z,v)−a(u′,uz,v)+a(u′,u,zv)=a(u′,u,z)v+u′a(u,z,v)=0 a(u'u, z, v) - a(u', uz, v) + a(u', u, zv) = a(u', u, z)v + u'a(u, z, v) = 0

en vertu du fait que XX est fortement associative et de la définition de ZZ. Mais comme XX est fortement associative, a(u′,u,zv)=0a(u', u, zv) = 0 et puisque u′u∈Xu'u \in X, a(u′u,z,v)=0a(u'u, z, v) = 0 par définition de ZZ. On a donc bien a(u′,uz,v)=0a(u', uz, v) = 0 ce qui montre que uZ⊂ZuZ \subset Z. En appliquant maintenant (2) avec (p,q,r,s)=(v,z,u,u′)(p, q, r, s) = (v, z, u, u'), on obtient de même Zu⊂ZZu \subset Z. Echangeant les rôles de XX et YY (en tenant compte de ce que aa est alternée), on obtient vZ⊂ZvZ \subset Z et Zv⊂ZZv \subset Z; d’où le lemme.

Il suffit maintenant, pour achever de montrer que b) implique a) dans la prop. 1, de prendre X={x}X = \{x\} et Y={y}Y = \{y\}, en utilisant le lemme 4.

Définition 1

On dit qu’une A-algèbre FF est alternative si elle satisfait aux condition équivalentes de la prop. 1.

Une algèbre associative est évidemment alternative. Nous donnerons dans III, p. 176 un exemple d’algèbre alternative qui n’est pas associative.

Si FF est une A-algèbre alternative, toute A-algèbre F⊗AA′F \otimes_A A' obtenue à partir de FF par extension des scalaires (III, p. 7) est une A′A'-algèbre alternative, comme il résulte de la condition b) de la prop. 1.

2. Algèbres cayleyennes alternatives

Proposition 2

Soient AA un anneau, FF une A-algèbre cayleyenne, e son élément unité, s:x↦xˉs : x \mapsto \bar{x} sa conjugaison, N:F→AN : F \to A sa norme cayleyenne (III, p. 15).

(i) *Pour que FF soit alternative, il faut et il suffit que l’on ait, pour tout couple d’éléments x,yx, y de FF, x2y=x(xy)x^2y = x(xy).

(ii) Si FF est alternative, on a N(xy)=N(x)N(y)N(xy) = N(x)N(y) quels que soient x,yx, y dans FF.

(iii) Supposons F alternative. Pour qu’un élément x ∈ F soit inversible il faut et il suffit que N(x) soit inversible dans Ae; l’inverse de x est alors unique et égal à N(x)^{-1}\bar{x}; en le notant x^{-1}, on a

x−1(xy)=x(x−1y)=y x^{-1}(xy) = x(x^{-1}y) = y

pour tout y ∈ F.

La condition x^2y = x(xy) est évidemment nécessaire pour que F soit alternative (III, p. 173, prop. 1). Inversement, si elle est vérifiée pour tout couple d’éléments de F, en l’appliquant à \bar{x} et \bar{y}, elle donne \bar{x}^2\bar{y} = \bar{x}(\bar{x}\bar{y}); appliquant à cette relation la conjugaison s, il vient yx^2 = (yx)x, de sorte que les conditions c) de la prop. 1 de III, p. 173 sont satisfaites.

On a évidemment a(e, x, y) = 0 quels que soient x, y dans F. Si F est alternative, on déduit donc de la prop. 1 (III, p. 173) que la sous-algèbre G de F engendrée par e, x et y est associative. Comme \bar{x} = -x + T(x) \in -x + Ae, on a \bar{x} \in G, et de même \bar{y} \in G. Ceci étant, on a N(xy) = (xy)(\bar{x}\bar{y}) = xy.\bar{y}.\bar{x} = N(y)x\bar{x} = N(y)N(x), compte tenu de ce que N(y) \in Ae. Ceci prouve b).

Démontrons enfin c). Si N(x) est inversible dans Ae, et si l’on pose x' = N(x)^{-1}\bar{x}, on a xx' = x'x = e, car N(x) = x\bar{x} = \bar{x}x. Réciproquement, si x admet un inverse à gauche x'', on a N(x'')N(x) = N(e) = e par b), et N(x) est inversible dans Ae; de plus, comme x' = N(x)^{-1}\bar{x} est dans la sous-algèbre engendrée par x et e, les éléments x, x' et x'' appartiennent à la sous-algèbre associative engendrée par x, x'' et e, donc on a x'' = x''(xx') = (x''x)x' = x', d’où l’assertion d’unicité. Les formules x^{-1}(xy) = x(x^{-1}y) = y résultent de ce que x^{-1}, x et y sont éléments de la sous-algèbre engendrée par x, y et e, qui est associative.

C. Q. F. D.

Proposition 3

Soient E une A-algèbre cayleyenne, γ un élément de A et F l’extension cayleyenne de E définie par γ et la conjugaison de E (III, p. 17, prop. 5). Pour que F soit alternative, il faut et il suffit que E soit associative.

Soient u = (x, y), v = (x', y') deux éléments de F (x, y, x', y' étant dans E). On a (III, p. 17, formule (27))

{u2v=((x2+γyˉy)x′+γyˉ′(yxˉ+yx),(yxˉ+yx)xˉ′+y′(x2+γyˉy))u(uv)=(x(xx′+γyˉ′y)+γ(x′yˉ+xˉ.yˉ′)y,y(xˉ′xˉ+γyˉy′)+(yxˉ′+y′xˉ)x). \begin{cases} u^2v = ((x^2 + \gamma\bar{y}y)x' + \gamma\bar{y}'(y\bar{x} + yx), (y\bar{x} + yx)\bar{x}' + y'(x^2 + \gamma\bar{y}y)) \\ u(uv) = (x(xx' + \gamma\bar{y}'y) + \gamma(x'\bar{y} + \bar{x}.\bar{y}')y, y(\bar{x}'\bar{x} + \gamma\bar{y}y') + (y\bar{x}' + y'\bar{x})x). \end{cases}

En tenant compte de ce que \bar{y}y et \bar{x} + x sont dans Ae, l’examen de ces formules montre que l’associativité de E entraîne u^2v = u(uv), donc le fait que F est alternative (III, p. 174, prop. 2). Réciproquement, si F est alternative, l’égalité u^2v = u(uv) appliquée pour y' = 0 donne

(yxˉ+yx)xˉ′=y(xˉ′xˉ)+(yxˉ′)x.(y\bar{x} + yx)\bar{x}' = y(\bar{x}'\bar{x}) + (y\bar{x}')x.

Or le premier membre est égal à (yT(x))\bar{x}' = y(\bar{x}'T(x)) = y(\bar{x}'x + \bar{x}'\bar{x}); comparant au second membre, il vient (y\bar{x}')x = y(\bar{x}'x), ce qui prouve l’associativité de E, puisque x, y et \bar{x}' sont arbitraires dans E.

C. Q. F. D.

3. Octonions

Soit E une algèbre de quaternions de type (α,β,γ)(\alpha, \beta, \gamma) sur A (III, p. 18, Exemple 2), et soit δ∈A\delta \in A. L’extension cayleyenne F de E définie par δ\delta et la conjugaison de E s’appelle une algèbre d’octonions sur A, et on dit qu’elle est de type (α,β,γ,δ)(\alpha, \beta, \gamma, \delta). En vertu de la prop. 3 de III, p. 175, F est une algèbre alternative. Elle possède une base (ei)0≤i≤7(e_i)_{0 \leq i \leq 7} de 8 éléments, définis par

e0=(e,0),e1=(i,0),e2=(j,0),e3=(k,0)e4=(0,e),e5=(0,i),e6=(0,j),e7=(0,k) \begin{align*} e_0 &= (e, 0), & e_1 &= (i, 0), & e_2 &= (j, 0), & e_3 &= (k, 0) \\ e_4 &= (0, e), & e_5 &= (0, i), & e_6 &= (0, j), & e_7 &= (0, k) \end{align*}

où (e,i,j,k)(e, i, j, k) est la base de E définie loc. cit.; il est clair que e0e_0 (aussi noté ee) est l’élément unité de F. Si u=∑i=07ξieiu = \sum_{i=0}^{7} \xi_i e_i est un élément de F (avec les ξi∈A\xi_i \in A), les formules (23), (24) de III, p. 17 et (31) de III, p. 18 donnent pour le conjugué, la trace et la norme de l’octonion uu

{u‾=(ξ0+βξ1)e0−∑i=17ξieiTF(u)=2ξ0+βξ1NF(u)=ξ02+βξ0ξ1−αξ12−γ(ξ22+βξ2ξ3−αξ32)−δ(ξ42+βξ4ξ5−αξ52)+γδ(ξ62+βξ6ξ7−αξ72) \left\{ \begin{aligned} \overline{u} &= (\xi_0 + \beta \xi_1)e_0 - \sum_{i=1}^{7} \xi_i e_i \\ T_F(u) &= 2\xi_0 + \beta \xi_1 \\ N_F(u) &= \xi_0^2 + \beta \xi_0 \xi_1 - \alpha \xi_1^2 - \gamma (\xi_2^2 + \beta \xi_2 \xi_3 - \alpha \xi_3^2) \\ &\quad - \delta (\xi_4^2 + \beta \xi_4 \xi_5 - \alpha \xi_5^2) + \gamma \delta (\xi_6^2 + \beta \xi_6 \xi_7 - \alpha \xi_7^2) \end{aligned} \right.

Soient maintenant u=(x,y)u = (x, y), u′=(x′,y′)u' = (x', y') et u′′=(x′′,y′′)u'' = (x'', y'') trois octonions (les éléments x,x′,x′′,y,y′,y′′x, x', x'', y, y', y'' appartenant à E). Les formules (24) et (27) de III, p. 17 donnent

TF((uu′)u′′)=T(xx′x′′)+δT(y‾′yx′′)+δT(y‾′′yx‾′)+δT(y‾′′y′x)TF(u(u′u′′))=T(xx′x′′)+δT(x′′y′y)+δT(x‾′y‾′′y)+δT(xy‾′′y′) \begin{align*} T_F((uu')u'') &= T(xx'x'') + \delta T(\overline{y}'y x'') + \delta T(\overline{y}''y \overline{x}') + \delta T(\overline{y}''y' x) \\ T_F(u(u'u'')) &= T(xx'x'') + \delta T(x''y'y) + \delta T(\overline{x}' \overline{y}''y) + \delta T(x \overline{y}''y') \end{align*}

(où T désigne la trace dans E et où l’on tient compte de ce que E est associative). Comme T(xy)=T(yx)T(xy) = T(yx) quels que soient les quaternions x,yx, y (III, p. 16, formule (17)), on en déduit

TF((uu′)u′′)=TF(u(u′u′′)) T_F((uu')u'') = T_F(u(u'u''))

Etudions en particulier les octonions de type (−1,0,−1,−1)(-1, 0, -1, -1): les formules (4) se simplifient alors en

{u‾=ξ0e0−∑i=17ξieiTF(u)=2ξ0NF(u)=∑i=07ξi2. \left\{ \begin{aligned} \overline{u} &= \xi_0 e_0 - \sum_{i=1}^{7} \xi_i e_i \\ T_F(u) &= 2\xi_0 \\ N_F(u) &= \sum_{i=0}^{7} \xi_i^2. \end{aligned} \right.

\* Si l’on prend pour A le corps R\mathbf{R} des nombres réels, les octonions de type (−1,0,−1,−1)(-1, 0, -1, -1) sur R\mathbf{R} s’appellent les octonions (ou octaves) de Cayley. Il résulte de la prop. 2, (ii) de III, p. 174 que tout octonion de Cayley ≠0\neq 0 est inversible.*

Proposition 4

Soit F une algèbre d’octonions de type (−1, 0, −1, −1) sur A. Il existe un espace vectoriel V de dimension 3 sur le corps à deux éléments Z/2Z\mathbf{Z}/2\mathbf{Z} et une bijection λ↦eλ′\lambda \mapsto e'_\lambda de V sur la base (ei)0≤i≤7(e_i)_{0 \leq i \leq 7} telle que

(7)

e0′=e0,eλ′eμ′=±eλ+μ′ e'_0 = e_0, \quad e'_\lambda e'_\mu = \pm e'_{\lambda + \mu}
quels que soient λ,μ\lambda, \mu dans V. Pour qu’on ait eλ′(eμ′ev′)=(eλ′eμ′)ev′e'_\lambda(e'_\mu e'_v) = (e'_\lambda e'_\mu)e'_v, il suffit que, dans V, λ,μ,v\lambda, \mu, v, soient linéairement dépendants sur Z/2Z\mathbf{Z}/2\mathbf{Z}; cette condition est nécessaire si 2≠02 \neq 0 dans A.

Gardons les notations du début de ce n°. Il résulte des formules (33) de III, p. 18, que l’ensemble S formé des éléments ±e0,±e1,±e2,±e3\pm e_0, \pm e_1, \pm e_2, \pm e_3 est stable pour la multiplication. En outre, pour x,y,y′x, y, y' dans E, on a, en vertu de la formule (22) de III, p. 16,

(8)

(x,0)(0,y′)=(0,y′x),(0,y′)(x,0)=(0,y′xˉ),(0,y)(0,y′)=(−yˉ′y,0) (x, 0)(0, y') = (0, y'x), \quad (0, y')(x, 0) = (0, y'\bar{x}), \quad (0, y)(0, y') = (-\bar{y}'y, 0)
de sorte que l’ensemble T formé des éléments ±ei\pm e_i (0≤i≤70 \leq i \leq 7) est stable pour la multiplication; en outre, sa table de multiplication est indépendante de l’anneau A.

En particulier, soient A'' le corps Z/2Z\mathbf{Z}/2\mathbf{Z} à deux éléments, et soient E'' l’algèbre des quaternions de type (1, 0, 1) sur A'', F'' l’algèbre des octonions de type (1, 0, 1, 1) sur A''; soit (ei′′)0≤i≤7(e''_i)_{0 \leq i \leq 7} la base de F'' formée comme ci-dessus. Puisque −ei′′=ei′′-e''_i = e''_i, l’ensemble T'' des ei′′e''_i a 8 éléments et est stable par la multiplication; en outre, il résulte aussitôt de ce qui précède que l’application θ:T→T′′\theta : T \to T'' telle que θ(ei)=θ(−ei)=ei′′\theta(e_i) = \theta(-e_i) = e''_i pour 0≤i≤70 \leq i \leq 7 est un homomorphisme pour la multiplication. D’ailleurs l’algèbre des quaternions E'' est ici commutative, donc F'' est associative (III, p. 17, prop. 5); de plus, la conjugaison dans F'' est ici l’identité. Donc T'' est un groupe, et les formules (8) montrent qu’il est commutatif; ces formules et les formules (33) de III, p. 18 montrent que le carré de tout élément de T'' est l’unité. Si l’on désigne par V le groupe T'' écrit en notation additive, V peut être muni d’une seule manière d’une structure d’espace vectoriel sur Z/2Z\mathbf{Z}/2\mathbf{Z}, nécessairement de dimension 3 puisque Card(V) = 8 = 2dim⁡(V)2^{\dim(V)}.

Pour tout λ∈V\lambda \in V, notons alors eλ′e'_\lambda l’élément de (ei)0≤i≤7(e_i)_{0 \leq i \leq 7} tel que θ(eλ′)=λ\theta(e'_\lambda) = \lambda; on a e0′=e0e'_0 = e_0; en outre, comme θ\theta est un homomorphisme et que la relation θ(x)=θ(y)\theta(x) = \theta(y) équivaut à x=±yx = \pm y, on a eλ′eμ′=±eλ+μ′e'_\lambda e'_\mu = \pm e'_{\lambda + \mu}. Si λ,μ,v\lambda, \mu, v sont linéairement indépendants sur Z/2Z\mathbf{Z}/2\mathbf{Z}, ils forment une base de V, donc tous les éléments eie_i (0≤i≤70 \leq i \leq 7) appartiennent à la sous-algèbre engendrée par eλ′,eμ′e'_\lambda, e'_\mu et ev′e'_v; lorsque 2≠02 \neq 0 dans A, on ne peut par suite avoir eλ′(eμ′ev′)=(eλ′eμ′)ev′e'_\lambda(e'_\mu e'_v) = (e'_\lambda e'_\mu)e'_v, car F serait associative, donc E serait commutative (III, p. 17, prop. 5), ce qui contredit les relations (33) de III, p. 18. Au contraire, si λ,μ,v\lambda, \mu, v sont linéairement dépendants dans V, les trois éléments eλ′,eμ′,ev′e'_\lambda, e'_\mu, e'_v appartiennent à une sous-algèbre à 2 générateurs de F, qui est par suite associative (III, p. 173, prop. 1); d’où la conclusion.

Remarque

Comme eˉλ′=−eλ′\bar{e}'_\lambda = -e'_\lambda pour λ≠0\lambda \neq 0, on a

e′λ2=−e0pour λ≠0, {e'}^2_\lambda = -e_0 \quad \text{pour } \lambda \neq 0,
eμ′eλ′=−eλ′eμ′pour λ≠0,μ≠0 et μ≠λ. e'_\mu e'_\lambda = -e'_\lambda e'_\mu \quad \text{pour } \lambda \neq 0, \mu \neq 0 \text{ et } \mu \neq \lambda.

Exercises

Exercices

See the exercises for Appendix 0.

Transcribed from the printed volume. Not translated.