Soit A une algèbre de degré fini n sur K. Pour tout x∈A, notons Lx l’application linéaire a↦xa de A dans A. Rappelons (III, p. 110) que la trace de Lx s’appelle la trace de x relativement à A et se note TrA/K(x); de même, le déterminant de Lx s’appelle la norme de x relativement à A et se note NA/K(x). Le discriminant d’une suite (x1,…,xn) de n éléments de A est par définition le déterminant DA/K(x1,…,xn) de la matrice (TrA/K(xixj))1≤i,j≤n (III, p. 115).
Soit K′ une extension du corps K et soit A′=A(K′) la K′-algèbre déduite de A par extension des scalaires. On a les formules
pour tout x∈A (III, p. 110). Pour toute suite (x1,…,xn) d’éléments de A, on a
(2)DA′/K′(1⊗x1,…,1⊗xn)=DA/K(x1,…,xn)⋅1,
comme il résulte de la première formule (1).
2. Normes et traces dans les algèbres étalées
Soit A une algèbre étale de degré (fini) n sur K. Par définition, il existe donc une extension L de K et des homomorphismes distincts u1,…,un de A dans L avec les propriétés suivantes : a) tout homomorphisme de A dans L est égal à l’un des ui (V, p. 29, cor.); b) il existe un isomorphisme de L-algèbres u:A(L)→Ln tel que
u(1⊗x)=(u1(x),…,un(x)) pour tout x∈A.
De plus, toute extension algébriquement close L de K a les propriétés précédentes (V, p. 29, prop. 2).
On fixe L,u1,…,un dans la suite. Soit x∈A. On va prouver les formules
Soit v la multiplication par 1⊗x dans A(L); par rapport à la base de A(L) image par u−1 de la base canonique de Ln, la matrice de l’application linéaire v est diagonale, d’éléments diagonaux u1(x),…,un(x). On en déduit
Soit A une algèbre commutative de degré fini sur K. Les conditions suivantes sont équivalentes :
a) L’algèbre A est étale.
b) Il existe une base de A dont le discriminant est non nul.
c) Pour tout x=0 dans A, il existe y dans A tel que TrA/K(xy)=0.
De plus, lorsque ces conditions sont remplies, le discriminant d’une base quelconque de A est non nul.
Nous allons montrer que, A étant supposée étale, le discriminant de A par rapport à une base quelconque (x1,...,xn) de A sur K est non nul ; ceci établira en particulier l’implication a)⇒b). D’après (4) et avec les notations précédentes, il suffit de montrer que la matrice U est inversible, ou encore que le système d’équations linéaires
i=1∑nλiui(xj)=0(pour 1≤j≤n)
n’admet que la solution λ1=⋯=λn=0 dans L. Or la relation (5) entraîne
i=1∑nλiui(x)=0 pour tout x∈A,
d’où λi=0 pour 1≤i≤n d’après le théorème d’indépendance linéaire des homomorphismes (V, p. 26, th. 1).
L’équivalence de b) et c) résulte du lemme général suivant :
Lemme 1
Soient V un espace vectoriel de dimension finie sur K, et B une forme bilinéaire sur V×V. Soient (v1,...,vn) une base de V sur K et Δ=detB(vi,vj). On a Δ=0 si et seulement si, pour tout x=0 dans V, il existe y dans V avec B(x,y)=0.
On a Δ=0 si et seulement si le système d’équations linéaires
i=1∑nλiB(vi,vj)=0(1≤j≤n)
n’admet que la solution λ1=⋯=λn=0 dans K. Si l’on pose x=∑i=1nλivi, le système précédent équivaut à B(x,vj)=0 pour 1≤j≤n, ou encore, comme (v1,...,vn) est une base de V sur K, à B(x,y)=0 pour tout y∈V, d’où le lemme.
Montrons que la condition c) entraîne que A est réduite. Soit x un élément nilpotent de A; pour tout y∈A, l’élément xy de A est nilpotent, et par suite l’endomorphisme Lxy de l’espace vectoriel A est nilpotent. Le lemme suivant entraîne alors Tr(xy)=0 pour tout y∈A, d’où x=0 sous l’hypothèse c).
Lemme 2
Soient V un espace vectoriel de dimension finie sur K et u un endomorphisme nilpotent de V. On a Tr(u)=0.
Pour tout entier n≥0, soit Vn l’image de un. Comme u est nilpotent, il existe un entier r≥0 tel que V0=V,Vr=0 et Vi=Vi+1 pour 0≤i≤r−1. Soit d_i la dimension de V_{i-1} (pour 1≤i≤r). Il existe une base (x1,...,xd) de V telle que les vecteurs xj avec d−di<j≤d forment une base de Vi−1 (pour 1≤i≤r). On a u(Vi−1)⊂Vi et par suite les éléments diagonaux de la matrice de u dans la base (x1,...,xd) sont nuls. On a alors Tr(u)=0, d’où le lemme.
Montrons enfin que b) entraîne a). Soit (x1,...,xn) une base de A sur K telle que DA/K(x1,...,xn)=0. Soient K' une extension de K, A' la K'-algèbre déduite de A par extension des scalaires et xi′=1⊗xi pour 1≤i≤n. D’après la formule (2) (V, p. 46), on a DA′/K′(x1′,...,xn′)=0. En appliquant le résultat précédent à A', on voit que A' est réduite. L’algèbre A est donc étale (V, p. 34, th. 4).
Corollaire
Soit E une extension de degré fini de K. Pour que E soit séparable, il faut et il suffit qu’il existe a dans E tel que TrE/K(a)=0*.
La condition est nécessaire d’après la prop. 1. Inversement, supposons qu’il existe a∈E tel que TrE/K(a)=0. Soit x=0 dans E ; si l’on pose y=ax−1, on a TrE/K(xy)=0. La prop. 1 montre alors que E est une algèbre étale sur K, donc une extension séparable de K.
3. Normes et traces dans les extensions de degré fini
Les formules de transitivité des normes et traces dans les algèbres (III, p. 114) entraînent la proposition suivante dans le cas des extensions de degré fini.
Proposition 2
Soient F une extension de degré fini de K et E une sous-extension de F. Pour tout x∈F, on a
TrF/K(x)=TrE/K(TrF/E(x))
NF/K(x)=NE/K(NF/E(x)).
Corollaire
Posons m=[F:E]. Pour tout x∈E, on a
TrF/K(x)=m⋅TrE/K(x)
NF/K(x)=NE/K(x)m.
Proposition 3
Soient E une extension de degré fini n de K et x un élément de E, de degré d sur K. Notons f(X)=Xd+∑i=1daiXd−i le polynôme minimal de x sur K. On a
TrE/K(x)=−dna1
NE/K(x)=((−1)dad)n/d=(−1)nadn/d.
La prop. 3 résulte aussitôt du cor. de la prop. 2 et du lemme suivant :
Lemme 3
Soient R un anneau commutatif, f(X)=Xd+∑i=1daiXd−i un polynôme unitaire de R[X], A la R-algèbre R[X]/(f), et x la classe de X dans A. On a alors TrA/R(x)=−a1 et NA/R(x)=(−1)dad.
D’après le cor. (IV, p. 10), la suite (1,x,...,xd−1) est une base de A; on a par ailleurs
La matrice qui exprime la multiplication par x par rapport à la base (1,x,...,xd−1) de A est donc de la forme suivante (on a fait d=5 pour fixer les idées) :
01000001000001000001−a5−a4−a3−a2−a1.
La trace de cette matrice est visiblement égale à −a1; le déterminant se calcule en développant par rapport à la première ligne, et l’on trouve
(−1)d−1(−ad)=(−1)dad.
Dans la suite de ce numéro, on note E une extension de degré fini de K et x un élément de E. Nous allons indiquer comment calculer la norme et la trace de x dans divers cas.
a) Cas d’une extension séparable : supposons E séparable de degré n sur K, notons Ω une clôture algébrique de K et σ1,...,σn les nK-homomorphismes distincts de E dans Ω. D’après la formule (3) (V, p. 46), on a dans Ω
TrE/K(x)=i=1∑nσi(x),NE/K(x)=i=1∏nσi(x).
b) Cas d’une extension radicielle : supposons K de caractéristique p>0 et l’extension E radicielle ; il existe un entier e⩾0 tel que [E:K]=pe (V, p. 25, prop. 4). Si f est la hauteur de x sur K, le polynôme minimal de x sur K est Xpf−xpf (V, p. 23, prop. 1). D’après la prop. 3, on a NE/K(x)=(xpf)pe/pf; d’où
NE/K(x)=xpe=x[E:K].
Pour la trace, on trouve TrE/K(x)=−pe−fa, où a est le coefficient de Xpf−1 dans le polynôme Xpf−xpf; autrement dit, on a
TrE/K(x)=pe.x=[E:K]x={x0si [E:K]=1si [E:K]>1.
c) Cas général : on peut résumer le calcul de la norme et de la trace dans la proposition suivante :
Proposition 4
Soient p l’exposant caractéristique de K et E une extension de degré fini de K. Soient σ1,...,σn les K-homomorphismes distincts de E dans une clôture algébrique Ω de K, et soit pe=[E:K]i. Pour tout x∈E, on a dans Ω
Soit Es la fermeture séparable de K dans E; alors Es est une extension séparable de degré n de K, et σ1,...,σn induisent des K-homomorphismes distincts de Es dans Ω; de plus, E est une extension radicielle de Es, de degré pe (V, p. 42, prop. 13 et p. 45). La prop. 4 résulte alors des formules (6), (7), (13), (14) et (12).