§ 10. Extensions galoisiennes
Dans tout ce paragraphe, on note K un corps.
1. Définition des extensions galoisiennes
Théorème 1
Soient N une extension algébrique de K et Γ le groupe des K-auto-morphismes de N. Les assertions suivantes sont équivalentes : a) Tout élément de N invariant par Γ appartient à l’image de K dans N. b) N est une extension quasi-galoisienne et séparable de K. c) Pour tout , le polynôme minimal de x sur K se décompose dans N[X] en produit de polynômes distincts de degré 1.* L’équivalence de b) et c) résulte du cor. de la prop. 6 (V, p. 39) et de la définition des extensions quasi-galoisiennes (V, p. 52, déf. 2). Identifions K à son image canonique dans N. : supposons que K soit le corps des invariants de Γ. Soit , de polynôme minimal f sur K et soit A l’ensemble des racines de f dans N. Posons
Cite 6 · Cité par 4
Cite Corollaire, V § 7, Définition 2, V § 9, Proposition 5, IV § 2, Théorème 1, V § 3, Théorème 2 (Steinitz), V § 4, Corollaire 1, V § 9
Cité par Exercice 15, § 1, Définition 1, Proposition 6, Lemme 2, VIII § 17
: soit un élément de n’appartenant pas à . Notons une clôture algébrique de contenant comme sous-extension (V, p. 22, th. 2). Soit le polynôme minimal de sur , qui est de degré par hypothèse et soit l’ensemble des racines de dans . Si la condition c) est satisfaite, on a et par suite (V, p. 51, cor. 1), est l’ensemble des conjugués de dans . Comme est de degré , il existe dans un élément , donc un -automorphisme de tel que . Or, sous les hypothèses de c), l’extension de est quasi-galoisienne, d’où (V, p. 52, cor. 1); par suite, induit un -automorphisme de tel que , et est le corps des invariants de .
Définition 1
On dit qu’une extension du corps est galoisienne si elle est algébrique et si elle satisfait aux conditions équivalentes a), b) et c) du théorème 1.
Soient un corps, un groupe d’automorphismes de et le corps des invariants de . Lorsque est algébrique sur , c’est une extension galoisienne de . Il n’en est pas toujours ainsi : par exemple, supposons infini et prenons pour le corps des fractions rationnelles ; pour tout , soit l’automorphisme de qui transforme en . L’ensemble des est un groupe d’automorphismes de dont on montre facilement que est le corps des invariants ; pourtant, n’est pas algébrique sur .
Soit une clôture algébrique de . Notons un ensemble d’éléments de séparables sur et l’ensemble des conjugués sur des éléments de . Alors, se compose d’éléments algébriques et séparables sur . Par suite (V, p. 38, prop. 6, et p. 54, prop. 5), le corps est une extension séparable et quasi-galoisienne de ; autrement dit, l’extension quasi-galoisienne engendrée par (V, p. 54) est une extension galoisienne de ; on dit aussi que c’est l’extension galoisienne de engendrée par la partie de .
En particulier, le corps de décomposition dans d’une famille de polynômes séparables sur , une clôture séparable de , sont des extensions galoisiennes de .
Proposition 1
Soient une extension de , et une famille non vide de sous-extensions de . On pose et . Si les extensions sont galoisiennes sur il en est de même de et .
Cite 2 · Cité par 3
Cite Proposition 8, V § 7, Proposition 4, V § 9
Cité par Remark, V § 10, Corollaire, V § 11, Remarque, VIII § 16
Tout d’abord est algébrique et séparable sur (V, p. 35, prop. 1) et il en est de même de (V, p. 40, prop. 8). De plus, et sont quasi-galoisiennes sur d’après la prop. 4 (V, p. 53).
Proposition 2
Soient une extension galoisienne de et une sous-extension de , de degré fini sur . Il existe une sous-extension de , contenant , galoisienne et de degré fini sur .
Cité par 5
Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Lemme 2, Lemme 4, VIII § 13, Théorème 1, VIII § 14, Théorème 6, VIII § 16
Comme N est quasi-galoisienne sur K, le cor. 1 de V, p. 54, prouve l’existence d’une sous-extension quasi-galoisienne F de N contenant E et de degré fini sur K. Comme N est séparable sur K, il en est de même de F (V, p. 35, prop. 1), donc F est galoisienne sur K.
La prop. 2 entraîne le résultat suivant : soient Ω une clôture algébrique de K, et E₁, ..., Eₙ des extensions algébriques séparables de degré fini sur K, contenues dans Ω. Il existe une extension galoisienne N de K, de degré fini, contenue dans Ω et contenant E₁, ..., Eₙ.
2. Groupe de Galois
Définition 2
Soit N une extension galoisienne du corps K. On appelle groupe de Galois de N sur K, et l’on note Gal(N/K), le groupe des K-automorphismes de N.
Cite 4
Cite Théorème 3, Proposition 4, V § 6, Proposition 3, V § 9, Remarque 3, V § 9
Soit N une extension finie et galoisienne de K. Alors N est une extension finie séparable et quasi-galoisienne de K. Par suite (V, p. 31, prop. 4, et V, p. 52, prop. 3), l’ordre de Gal(N/K) est égal à [N : K]. On démontrera plus loin que si N est une extension galoisienne de K telle que Gal(N/K) soit fini, alors N est de degré fini sur K (V, p. 64, th. 3).
Soient Ω une extension algébriquement close de K, et A l’ensemble des racines dans Ω d’un polynôme séparable f ∈ K[X]. Le corps N = K(A) est une extension galoisienne de K. Il est clair que tout K-automorphisme de N laisse stable A, et comme A engendre N sur K, l’application σ ↦ σ|A est un isomorphisme de Gal(N/K) sur un sous-groupe Γ du groupe symétrique S_A de l’ensemble A qu’on appelle groupe de Galois du polynôme f. Il résulte de la remarque 3 (V, p. 53) que si x et y appartiennent à A, les propriétés suivantes sont équivalentes :
a) x et y sont conjugués sur K, b) x et y appartiennent à la même orbite de Γ, c) x et y sont racines du même facteur irréductible de f. En particulier f est irréductible si et seulement si A est non vide et Γ opère transitivement sur A.
Exemple 1
Supposons la caractéristique de K différente de 2, et soit N une extension quadratique de K. Si x ∈ N − K, on a N = K(x), et le polynôme minimal de x sur K est de la forme f(X) = X² − aX + b, avec a, b ∈ K. On a alors f(X) = (X − x)(X − y) où y = a − x ; donc y est conjugué de x ; comme f(X) est séparable, l’extension N est galoisienne. Le groupe Gal(N/K) possède deux éléments qui induisent les deux permutations de l’ensemble {x, y}.
Cité par 1
Cité par Exemple 3
Exemple 2
\* Soit f = X³ + X² − 2X − 1 ∈ Q[X]. Le polynôme f est irréductible, car sinon il posséderait une racine x ∈ Q ; écrivant x = a/b, avec a, b ∈ Z, a et b étrangers, on aurait a(a² + ab − 2b²) = b³ et a³ = b(b² + 2ab − a²) ; mais cela implique que a divise b et b divise a, donc x = ± 1, ce qui est impossible. Soit ξ ≡ e^{2πi/7} ∈ C. Le polynôme f admet les racines α = ξ + ξ⁻¹, β = ξ² + ξ⁻², γ = ξ³ + ξ⁻³. On a β = α² − 2 et γ = α³ − 3α, donc l’extension Q(α) est galoisienne sur Q. Le groupe de Galois de Q(α) sur Q est cyclique d’ordre 3 et il est engendré par un élément σ tel que σ(α) = β, σ(β) = γ, σ(γ) = α. \
Cité par 1
Cité par Exemple 6
Exemple 3
Supposons que et prenons . Utilisant la décomposition des entiers en produit de facteurs premiers (I, p. 49), on voit facilement que 2 n’est pas le cube d’un élément de . Le polynôme est donc irréductible car sinon il possèderait une racine dans . Soient l’ensemble des racines de dans et le groupe de Galois de . Il opère transitivement sur . Son ordre est donc divisible par trois. D’autre part le quotient est différent de 1 et l’on a . Donc vérifie la relation ; or le polynôme n’a pas de racines dans , ce qui montre (cf. exemple 1) que . Donc est divisible par 2 et par suite l’ordre de est divisible par 6. Comme est contenu dans le groupe d’ordre 6, on a .
Exemple 4
Supposons de caractéristique et soient le corps des fractions rationnelles et . On pose et . Le polynôme de a les racines dans . Soit le -automorphisme de tel que . On a et . Le groupe est cyclique d’ordre , et son corps des invariants contient ; comme , le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2) implique que est le corps des invariants de et que . Le polynôme est donc irréductible dans ; l’extension de est galoisienne, son groupe de Galois est cyclique d’ordre , et le groupe est le groupe des permutations circulaires de .
Pour une généralisation de cet exemple, voir V, p. 89, Exemple 2.
Cite 1
Cite Corollaire 2, V § 6
Exemple 5
Soit le corps des fractions rationnelles en indéterminées à coefficients dans . Posons
Cité par 4
Cité par V, p. 59, Example 5, Exercice 10, § 10, Exercice 5, § 10, Exercice 7, § 10
Exemple 6
Supposons unitaire de degré et de caractéristique . Munissons d’un ordre total noté . Posons , et pour tout σ ∈ S_A posons δ_σ(f) = . On a où est la signature de (I, p. 61), et . Pour tout , on a . Donc est contenu dans le groupe alterné si et seulement si . Par ailleurs est le discriminant du polynôme (IV, p. 76). Donc si et seulement si est le carré d’un élément de . Ainsi dans l’exemple 2, on a et dans l’exemple 3, (IV, p. 81).
Soit une extension galoisienne de , et soit une sous-extension de galoisienne sur . Tout -automorphisme de induit un -automorphisme de (V, p. 53, remarque 1). Par suite, l’application est un homomorphisme de dans , appelé homomorphisme de restriction.
Proposition 3
L’homomorphisme de restriction de Gal(N/K) dans Gal(L/K) est surjectif.
Cite 3 · Cité par 2
Cite Théorème 2 (Steinitz), V § 4, Remarque 1, V § 9, Proposition 1, V § 9
Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Corollaire 4
Plus généralement, considérons deux sous-extensions et de , et un -isomorphisme de sur . Choisissons une clôture algébrique de , contenant comme sous-extension (V, p. 22, th. 2). Il existe un -automorphisme de qui coïncide avec sur (V, p. 50, prop. 1), et comme est une extension quasi-galoisienne de , induit un -automorphisme de (V, p. 53, remarque 1). Autrement dit, l’élément de coïncide avec sur .
3. Topologie du groupe de Galois
Soient une extension galoisienne de et le groupe de Galois de sur . On munit de la topologie discrète, l’ensemble des applications de dans de la topologie produit des topologies discrètes des facteurs (« topologie de la convergence simple dans ») et le groupe de la topologie induite par celle de .
Soit l’ensemble des sous-extensions de de degré fini sur . Pour et , notons l’ensemble des éléments de qui ont même restriction que à . Si , l’ensemble se compose des éléments de tels que . Il en résulte que la famille est une base du filtre des voisinages de dans .
Lorsque est de degré fini sur , on a et , donc la topologie de est discrète ; rappelons (V, p. 53, remarque) que le groupe est fini dans ce cas.
Cette description de la topologie de montre que l’*homomorphisme de restriction de Gal(N/K) sur Gal(L/K)* est continu pour toute sous-extension de , galoisienne sur .
Soit une partie de . Dire que est ouverte signifie que, pour tout , il existe dans tel que l’ensemble soit contenu dans . L’*adhérence* de se compose des tels que pour tout , il existe ayant même restriction à que ; le corps des invariants de est le même que celui de .
Soit ε l’élément neutre de Γ, et soit Λ’ l’ensemble des sous-extensions de N qui sont galoisiennes et de degré fini sur K. D’après la prop. 2 (V, p. 55), l’ensemble Λ’ est cofinal dans Λ et la famille est donc une base du filtre des voisinages de ε dans Γ. De plus, pour E ∈ Λ’, l’ensemble est le noyau de l’homomorphisme de restriction de Gal(N/K) = Γ dans Gal(E/K). Comme le groupe Gal(E/K) est fini, il en résulte que est un sous-groupe ouvert et fermé, distingué et d’indice fini dans Γ.
On a évidemment pour et . Comme est un sous-groupe distingué de Γ pour tout , et que la famille est une base de voisinages de ε, la topologie de Γ est compatible avec sa structure de groupe (TG, III, p. 5). Autrement dit, l’application de dans Γ est continue.
Proposition 4
Soit N une extension galoisienne de K. Le groupe de Galois Γ = Gal(N/K) est compact et totalement discontinu.
Tout élément σ de Γ a une base de voisinages formée des ensembles ouverts et fermés , donc Γ est totalement discontinu (TG, I, p. 83). On a , donc Γ est séparé. Pour tout , l’ensemble des conjugués de x, où σ parcourt Γ, est fini puisque x est algébrique sur K (V, p. 51, cor. 1); toutes les projections de Γ sur les espaces facteurs de sont donc des ensembles finis, ce qui prouve que Γ est relativement compact dans (TG, I, p. 64). Il reste à prouver que Γ est fermé dans . Or, si u est adhérent à Γ dans , pour tout couple de points de N, il existe avec , d’où et . Par le même raisonnement, on a pour , donc u est un K-homomorphisme de N dans N; comme N est algébrique sur K, u est un K-automorphisme de N (V, p. 50, prop. 1), donc .
Soient N une extension galoisienne de K et une famille filtrante croissante de sous-extensions de N. On suppose que est galoisienne sur K pour tout et que . Pour tout , notons le groupe de Galois de sur K ; pour dans I, on a et l’homomorphisme de restriction de dans est défini. Il est continu et la famille est donc un système projectif de groupes topologiques. Par ailleurs, pour tout , notons l’homomorphisme de restriction de Gal(N/K) dans Gal(N_i/K) = ; il est continu et l’on a pour , donc la famille définit un homomorphisme continu de Gal(N/K) dans .
Proposition 5
L’homomorphisme λ de Gal(N/K) dans est un isomorphisme de groupes topologiques.
Comme Gal(N/K) est compact, que λ est continu et que le groupe est séparé, il suffit de prouver que λ est bijectif (TG, I, p. 63, cor. 2). Soit un élément de ; pour tout , est un K-automorphisme de , et est la restriction de à pour . Comme on a , il existe un unique élément de qui coïncide avec sur pour tout . Alors est l’unique élément de tel que , donc est bijectif.
Cela s’applique notamment lorsqu’on prend pour famille la famille de toutes les sous-extensions galoisiennes finies de ; alors chaque groupe est discret et fini. Le groupe topologique est donc isomorphe à une limite projective filtrante de groupes finis, munis de la topologie discrète ; on dit parfois que c’est un groupe topologique profini.
4. Descente galoisienne
Dans tout ce numéro, on note un corps, un groupe d’automorphismes de , l’élément neutre de , et le corps des invariants de .
Soit un espace vectoriel sur . Rappelons (II, p. 119) qu’une -structure sur est un sous--espace vectoriel de tel que l’application -linéaire qui transforme en soit bijective. Soit une telle -structure ; pour tout , on pose . On a alors pour toute famille d’éléments de et de , d’où les relations
Proposition 6
a) Soit un espace vectoriel sur muni d’une -structure. Pour qu’un vecteur soit rationnel sur , il faut et il suffit qu’on ait pour tout . Pour qu’un sous-N-espace vectoriel de soit rationnel sur , il faut et il suffit qu’on ait pour tout .
b) Soient et deux espaces vectoriels sur , munis chacun d’une -structure. Pour qu’une application linéaire de dans soit rationnelle sur , il faut et il suffit qu’on ait pour tout et tout .
Il est clair que est l’ensemble des tels que pour tout et tout . La proposition résulte alors du th. 1 (II, p. 125).
Corollaire
Soit un espace vectoriel sur et soit un sous-N-espace vectoriel de . On suppose que est stable par les applications pour tout . Soit l’ensemble des tels que . Alors est l’unique sous-K-espace vectoriel de tel que .
Cité par 1
Cité par Proposition 7
Il suffit de noter que l’ensemble des éléments de la forme () est une -structure sur pour laquelle on a pour .
Proposition 7
Soient V un espace vectoriel sur N, une famille d’applications de V dans V satisfaisant aux relations (1) à (4) et l’ensemble des tels que pour tout .
Cite 2 · Cité par 4
Cite Corollaire, Corollaire 2, V § 6
Cité par Proposition 8, Proposition 9, Exercice 2, § 19, Proposition 2, LIE IX Appendix 2
a) est un sous--espace vectoriel de V et l’application -linéaire de dans V qui transforme en est injective.
b) Si est fini, alors est bijective et est une -structure sur V.
Il est clair que est un sous--espace vectoriel de V.
La formule montre que le noyau W de est stable par les applications ; d’après le corollaire de la prop. 6, il existe donc un sous-espace de tel que . Si appartient à , on a donc , d’où et donc . Ceci prouve a).
Supposons fini; il s’agit de prouver que est surjective, ou encore que engendre le N-espace vectoriel V. Soit donc une forme N-linéaire sur V, dont la restriction à soit nulle. Soit ; pour tout , l’élément de V appartient évidemment à , d’où , c’est-à-dire . D’après le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2), on a donc pour tout ; faisant en particulier , on trouve , c’est-à-dire . Ceci prouve b).
Soit M un espace vectoriel sur N; pour tout , soit l’espace vectoriel sur N ayant même groupe additif sous-jacent que M, avec la loi externe . Posons ; le groupe additif sous-jacent de V est celui des applications de dans M, avec la loi externe définie par
(Le produit est calculé dans l’espace vectoriel M.) Par ailleurs on définit sur une structure d’espace vectoriel sur N par la formule
Enfin, on note l’application -linéaire de dans V caractérisée par la relation
Proposition 8
L’application N-linéaire de dans est injective, et elle est bijective si est fini.
Cite 1 · Cité par 3
Cite Proposition 7
Cité par Corollaire, Remarque 1, Proposition 1, LIE IX Appendix 2
Pour tout , on définit une application de V dans V par
Corollaire
Soit l’application -linéaire de dans l’espace vectoriel produit telle que pour dans et . Alors est injective et elle est bijective si est fini.
C’est le cas particulier de la proposition 8.
Remarque 1
Soient une extension de et une sous-extension de . Soit un groupe fini d’automorphismes de , dont soit le corps des invariants. La prop. 8 entraîne l’existence d’un isomorphisme de -algèbres caractérisé par pour et .
Cite 1
Cite Proposition 8
Remarque 2
Les notations et ont la signification précédente. Pour tout entier , soit le produit tensoriel de -algèbres identiques à ; soit l’ensemble des applications de dans . Par récurrence sur , on déduit du corollaire de la prop. 8 l’existence d’un isomorphisme transformant en la fonction .
Cite 1
Cite Corollaire
5. Cohomologie galoisienne
Soient un corps, un groupe fini d’automorphismes de et le corps des invariants de . Pour tout entier , on note le groupe des matrices carrées d’ordre , à coefficients dans et de déterminant non nul (II, p. 149). On fait opérer le groupe sur le groupe par la règle pour .
Proposition 9
Soit une famille d’éléments de . Pour qu’il existe dans avec pour tout , il faut et il suffit que l’on ait pour dans .
Cite 2 · Cité par 2
Cite § 10. Extensions galoisiennes, Proposition 7
Cité par Corollaire 2, Exercice 5, § 16
La condition est nécessaire : si l’on a , on a
Corollaire 1
Soit une famille d’éléments non nuls de . Pour qu’il existe dans tel que pour tout , il faut et il suffit qu’on ait pour dans .
Cité par 2
Cité par Lemma 4, V § 11, Proposition 9, V § 11
Corollaire 2
Soit une famille d’éléments de . Pour qu’il existe dans avec pour tout , il faut et il suffit que l’on ait pour dans .
On a pour tout dans , et dans , d’où la nécessité.
Réciproquement, supposons qu’on ait quels que soient et dans . Posons pour . On a alors pour dans ; d’après la prop. .9, il existe donc une matrice de déterminant non nul, telle que pour tout ; en explicitant la relation , on trouve
En particulier, et appartiennent à et l’on a
Si , on a avec ; si , on a la même relation avec . Or et ne sont pas tous deux nuls puisque l’on a
6. Le théorème d’Artin
Théorème 2 (Artin)
Soient un corps, un groupe d’automorphismes de et le corps des invariants de . Soit un sous--espace vectoriel de , de dimension finie sur . Alors toute application -linéaire de dans est combinaison linéaire à coefficients dans de restrictions à d’éléments de .
Soit une application -linéaire de dans et soit le -espace vectoriel déduit de par extension des scalaires; notons la forme -linéaire sur telle que pour et . Pour tout , il existe une forme -linéaire sur telle que pour et . L’application canonique de dans est injective. Le cor. de la prop. 8 (V, p. 62) montre alors que l’intersection des noyaux des formes linéaires sur est réduite à 0. Par suite (II, p. 104, cor. 1), il existe dans et dans tels que , d’où pour tout .
Munissons l’ensemble de toutes les applications de dans de la topologie produit des topologies discrètes des facteurs. Le th. 2 signifie que l’ensemble des combinaisons linéaires à coefficients dans des éléments de est dense dans l’ensemble des applications -linéaires de dans .
Théorème 3
Soient un corps, un groupe fini d’automorphismes de et le corps des invariants de . Soit le cardinal de . a) *On a et est une extension galoisienne de , de groupe de Galois . b) *Soient les éléments de et une base de sur . Alors on a . c) *Soit une application -linéaire de dans . Il existe une unique famille d’éléments de telle que pour tout .
Cite 2 · Cité par 7
Cite Corollaire, Corollaire 2, V § 6
Cité par Corollaire 2, AC V § 2, Définition 2, Exercice 18, § 10, Lemme 2, Définition 3, V § 11, Proposition 4, V § 12, Théorème 2, VIII § 16
On munit l’anneau de la structure de -algèbre dont la loi externe est caractérisée par pour dans . Alors la dimension du -espace vectoriel est égale à . La dimension du -espace vectoriel produit est égale à . L’application définie dans le cor. de la prop. 8 (V, p. 62) est un -isomorphisme de sur , d’où . Soit le groupe des -automorphismes de . On a , donc est le corps des invariants de , et est extension galoisienne de . De plus, l’ordre de est au plus égal à d’après le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2) et comme l’ordre de est égal à , on a . Donc est le groupe de Galois de sur . Ceci prouve a). Avec les notations de b), posons ; on a pour et . Comme est un isomorphisme de -espaces vectoriels, la suite est une base de sur , d’où , c’est-à-dire
7. Le théorème fondamental de la théorie de Galois
Théorème 4
Soient une extension galoisienne de et son groupe de Galois. Soit l’ensemble des sous-extensions de et soit l’ensemble des sous-groupes fermés de . Pour tout sous-groupe , on note le corps des invariants de et pour tout sous-corps , on note le groupe des -automorphismes de . Alors est une bijection de sur , et est la bijection réciproque.* A) La relation (pour ) résulte du lemme plus précis suivant :
Cité par 2
Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Lemme 5
Lemme 1
Soit une sous-extension de . Alors est extension galoisienne de , et est un sous-groupe fermé de , avec la topologie induite.* Soit ; le polynôme minimal de sur divise dans le polynôme minimal de sur (V, p. 16, cor. 2). Comme est galoisienne sur , le polynôme est produit dans de facteurs distincts de degré 1 ; il en est donc de même de , donc est galoisienne sur .
Soient le groupe de Galois de sur et celui de sur . Par définition, est le sous-groupe de formé des tels que pour tout . Or, pour tout , l’application de dans l’espace discret est continue, donc est fermé dans . Soit . Pour dans , soit l’ensemble des tels que pour ; posons
B) La relation (pour ) résulte du lemme plus précis suivant :
Lemme 2
Soit un sous-groupe de . Soit le corps des invariants de . Alors le groupe de Galois de sur est l’adhérence de dans .
Cite 4 · Cité par 1
Cite Lemme 1, Proposition 2, Corollaire 2, V § 6, Théorème 3
Cité par Proposition 5, V § 12
Le groupe de Galois de sur est fermé dans (lemme 1) et contient , donc il contient l’adhérence de . Soit un -automorphisme de et soient dans . Comme est galoisien sur (lemme 1), il existe (V, p. 55, prop. 2) une sous-extension de , galoisienne et de degré fini sur , contenant . Soit l’image du sous-groupe de par l’homomorphisme de restriction de dans . Comme est fini, le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2) montre que est fini. Donc est fini, et comme est le corps des invariants de , on a (V, p. 64, th. 3). En particulier, contient la restriction de à . Il existe donc tel que et aient même restriction à , d’où . Par suite, est adhérent à dans , donc .
Corollaire 1
Soient et deux sous-corps de contenant ; on a si et seulement si l’on a . Si et sont deux sous-groupes fermés de , on a si et seulement si .
Cité par 3
Cité par Corollaire 2, Corollaire 5, Corollaire 1
En effet les deux bijections réciproques et sont décroissantes.
Corollaire 2
Soit une famille de sous-corps de contenant ; posons et . Alors est le plus petit sous-groupe fermé de contenant et l’on a .
La première assertion résulte du cor. 1 et la deuxième est immédiate.
Corollaire 3
Pour , soit un sous-corps de contenant et soit . Pour tout , les relations et sont équivalentes.
Cité par 2
Cité par Corollaire 4, Proposition 13
En effet, on a si et seulement si l’on a , c’est-à-dire , pour tout ; ceci équivaut encore à , d’où .
Corollaire 4
Soit un sous-corps de contenant et soit . Pour que soit galoisien sur , il faut et il suffit que soit un sous-groupe distingué de . S’il en est ainsi, l’homomorphisme de restriction de dans définit par passage au quotient un isomorphisme de groupes topologiques de sur .
Cite 5 · Cité par 5
Cite Corollaire 3, Proposition 1, V § 9, Proposition 3, V § 9, Proposition 3, Corollaire 2, TG I § 9
Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Corollaire 6, Définition 1, V § 11, Définition 3, V § 11, Proposition 1, V § 11
Comme est séparable sur , il en est de même de (V, p. 35, prop. 1). Par suite, est galoisien sur si et seulement s’il est quasi-galoisien sur ; ceci signifie aussi qu’on a pour tout -automorphisme de (V, p. 50, prop. 1 et p. 52, prop. 3). D’après le cor. 3, ceci équivaut à pour tout .
L’homomorphisme de restriction est continu et surjectif (V, p. 58, prop. 3), et son noyau est évidemment égal à . Comme est compact, l’homomorphisme de sur déduit de par passage au quotient est un isomorphisme de groupes topologiques (TG, I, p. 63, cor. 2).
Corollaire 5
Soit un sous-corps de contenant . Pour que soit de degré fini sur , il faut et il suffit que soit ouvert dans . S’il en est ainsi, l’indice est fini et égal à .
Cite 5 · Cité par 2
Cite § 10. Extensions galoisiennes, Corollaire 1, Théorème 2 (Steinitz), V § 4, Proposition 4, V § 6, Proposition 1, V § 9
Cité par Lemme 5, Théorème 6, VIII § 16
Pour que soit ouvert, il faut et il suffit qu’il existe une sous-extension de , de degré fini sur , telle que, avec les notations de V, p. 58, contienne . La relation équivaut à d’après le cor. 1 (V, p. 65), d’où la première assertion du cor. 5.
Supposons fini. Soit une clôture algébrique de contenant comme sous-extension (V, p. 22, th. 2) et soit l’ensemble des -homomorphismes de dans . Tout élément de est induit par un -automorphisme de (V, p. 50, prop. 1), et comme est quasi-galoisienne sur , l’application de dans est surjective. Pour que et aient même restriction à , il faut et il suffit qu’on ait , d’où . Enfin, comme est une algèbre étale sur , on a (V, p. 31, prop. 4). En conclusion, on a .
Corollaire 6
Pour , soient une sous-extension de et le groupe de Galois de sur . Les conditions suivantes sont équivalentes : a) Le groupe est produit direct des sous-groupes et . b) Les extensions et sont galoisiennes sur , on a et
Cite 4 · Cité par 2
Cite Proposition 15, I § 4, Corollaire 2, Corollaire 4, Corollaire 1, TG I § 6
Cité par Remark, V § 10, Corollaire 2
Pour que soit produit direct des sous-groupes et , il faut et il suffit que les conditions suivantes soient remplies (A, I, p. 46, prop. 15) : (i) les sous-groupes et sont distingués dans ; (ii) on a , où est l’élément neutre de ; (iii) on a .
Or (i) signifie que et sont galoisiennes sur (cor. 4). D’après le cor. 2, la condition (ii) équivaut à . Enfin si (i) et (ii) sont vérifiées, est le plus petit sous-groupe de contenant ; il est fermé car et sont compacts et l’application de dans est continue (TG, I, p. 63, cor. 1). Le cor. 2 montre alors que (iii) équivaut à . Ceci prouve l’équivalence de a) et b).
Remarque
Avec les notations du cor. 6, supposons les conditions a) et b) remplies. Les homomorphismes de restriction pour induisent des isomorphismes de groupes topologiques
D’après a), on voit que l’application est un isomorphisme de groupes topologiques de sur .
8. Changement du corps de base
Soient une extension galoisienne de et le groupe de Galois de sur ; soit aussi une extension galoisienne d’un corps , de groupe de Galois . On identifie (resp. ) à son image dans (resp. ). Soient un homomorphisme
Fig. 1.
de dans et un homomorphisme de dans , dont la restriction à soit égale à (cf. fig. 1). Soit ; comme on a , est un -automorphisme de ; de plus, est extension galoisienne de , donc induit un -automorphisme de (V, p. 53, remarque 1). Autrement dit, pour tout , il existe un unique élément de tel que
L’application est un homomorphisme de dans . Pour tout , l’application de dans l’espace discret est continue, donc est continue.
Trois cas particuliers sont importants :
a) Si est une extension galoisienne de et une sous-extension de , on sait (V, p. 64, lemme 1) que est extension galoisienne de . Appliquons ce qui précède au cas où et . Alors n’est autre que l’injection canonique
On l’appelle parfois l’homomorphisme d’inflation.
b) Supposons de plus que soit galoisienne sur . Appliquons ce qui précède au cas où et où est l’injection canonique de dans . Alors n’est autre que l’homomorphisme de restriction
On sait (V, p. 58, prop. 3) que est surjectif, de noyau , et définit par passage au quotient un isomorphisme de groupes topologiques de sur (V, p. 66, cor. 4).
c) Supposons que l’on ait et . Montrons que l’homomorphisme
est un isomorphisme de groupes topologiques, appelé parfois la translation. En effet, le groupe est compact, le groupe est séparé et est continu ; il suffit donc (TG, I, p. 63, cor. 2) de prouver que est bijectif. Or tout élément du noyau de est un automorphisme de qui induit l’identité sur et sur , donc puisque ; par suite, est injectif. Par ailleurs, l’image de est un sous-groupe fermé de (TG, I, p. 63, ibid.) et le corps des invariants de est égal à ; par suite, on a (V, p. 64, th. 4), donc est surjectif.
Le cas général se ramène par composition aux précédents. Remarquons tout d’abord que est le corps des invariants dans du noyau de ; comme est un sous-groupe distingué de , l’extension de est galoisienne (V, p. 66, cor. 4). Alors est composé des homomorphismes
dans cette suite, est l’homomorphisme de restriction associé au triplet , est l’isomorphisme de translation associé au carré central du diagramme (fig. 2) et est l’homomorphisme d’inflation associé au triplet .
Fig. 2.
Le théorème suivant précise la structure des isomorphismes de translation.
Théorème 5
Soient une extension de , engendrée par deux sous-extensions et . On suppose que est galoisienne sur , de groupe de Galois et que . Alors l’extension de est galoisienne et l’homomorphisme canonique de dans est un isomorphisme. Soit et soit l’élément de qui lui correspond par l’isomorphisme de translation ; on a .
Cite 4 · Cité par 5
Cite Proposition 10, V § 7, Corollaire 4, V § 9, Corollaire 1, V § 3, § 10. Extensions galoisiennes
Cité par Exercice 2, § 10, Exercice 4, § 10, Proposition 13, Corollaire 2, Proposition 1, V § 17
On a et est algébrique et séparable sur ; donc (V, p. 41, prop. 10), l’extension de est algébrique et séparable. D’après le cor. 4 de V, p. 53, l’extension de est quasi-galoisienne. Par suite, l’extension de est galoisienne. D’après c) ci-dessus, l’application est un isomorphisme de sur .
On a puisque est algébrique sur (V, p. 18, cor. 1), donc est surjectif. Si appartient à , on a
Par suite, le noyau de est stable par les applications , donc de la forme avec (V, p. 60, cor.). Pour dans , on a , d’où et donc est injectif.
Corollaire 1
Soit un sous-corps de contenant . Il existe un unique sous-corps de , contenant et tel que . On a .
Cite 1
Cite Corollaire 1
Posons , d’où . Posons et , et définissons de manière analogue et . L’application est un isomorphisme de sur , et aussi de sur ; autrement dit, se compose des tels que appartienne à . Si laisse fixes les éléments de , on a , d’où et laisse fixes les éléments de ; d’après le cor. 1 de V, p. 65, on a donc .
On a prouvé l’égalité , d’où . Si est un sous-corps de contenant et tel que , on a de même , d’où .
Corollaire 2
Soit une extension galoisienne de . On suppose que le groupe de Galois de sur est produit direct de deux sous-groupes fermés et , et l’on note le corps des invariants de pour . L’homomorphisme canonique de dans est un isomorphisme.
Cite 2
Cite Corollaire 6, Théorème 5
On a et d’après le cor. 6 (V, p. 66), et il suffit alors d’appliquer le théorème 5.
Remarque
Soient et deux corps et un homomorphisme de dans . Soit (resp. ) une clôture séparable (V, p. 44, prop. 14) de (resp. ) et (resp. ) le groupe de Galois de sur (resp. sur ). Comme est une extension algébrique et séparable de , et que l’extension de est séparablement close, il existe (V, p. 44, cor.) un homomorphisme de dans prolongeant . On déduit de un homomorphisme continu de dans . Soit un autre prolongement de . Comme est une extension quasi-galoisienne de , il existe un élément de tel que . On en déduit pour tout .
9. Théorème de la base normale
Soit une extension galoisienne de , de groupe de Galois . Identifions à la base canonique de l’algèbre de groupe (III, p. 19); on peut considérer comme un -module à gauche (III, p. 20, exemple), de sorte qu’on a
Si est de degré fini sur , le groupe est fini d’après le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2), et l’on peut définir l’élément de ; on a alors
c’est-à-dire pour tout .
Définissons une action à droite de sur par . De manière analogue, on peut considérer le groupe multiplicatif comme un -module à droite, la loi externe étant notée . Par exemple, la notation , où sont des éléments de , désigne le produit . Si est de degré fini sur , et si comme plus haut, on a , c’est-à-dire pour tout .
Supposons désormais de degré fini sur . Soit ; pour que soit une base du -module , il faut et il suffit que la famille soit une base de sur . On dit qu’une telle base est une base normale de sur .
Théorème 6
Soit une extension galoisienne de degré fini sur et soit le groupe de Galois de sur . Il existe une base normale de sur . Autrement dit, le -module est libre de rang 1.
Cite 2 · Cité par 3
Cite V § 2. Extensions, § 10. Extensions galoisiennes
Cité par Exercice 10, § 2, Remarque 3, VIII § 16, Théorème 2, LIE V § 5
Nous donnerons deux démonstrations de cet énoncé. La première utilise le lemme suivant qui sera démontré au chapitre VIII (§ 2, n° 5). \* Lemme 3. — Soient une -algèbre, et deux -modules de rang fini sur . On suppose qu’il existe une extension de telle que les modules et sur l’anneau soient isomorphes. Alors les -modules et sont isomorphes.
On appliquera le lemme 3 au cas où , , et D’après le cor. de V, p. 62, il existe un -isomorphisme de sur qui transforme en . Il est immédiat que est un isomorphisme de -modules, et le théorème résulte alors du lemme 3. \*
Pour la deuxième démonstration, nous utiliserons la proposition suivante :
Proposition 10
Soit . Pour que soit une base du -module , il faut et il suffit que soit non nul.
Comme et ont même dimension sur , dire que est une base de sur signifie que l’application de dans est injective. Cela signifie aussi que l’application de dans est injective (II, p. 108, prop. 14). Or, il existe un isomorphisme de -modules de sur qui transforme en . Il s’ensuit que est une base de sur si et seulement si, pour toute famille non nulle d’éléments de , on a . Mais cette dernière relation signifie qu’il existe tel que , d’où la proposition.
A) Supposons K infini ; l’application de N dans N est polynômiale sur K (IV, p. 51). Par extension des scalaires de K à N elle donne l’application analogue pour le N-espace vectoriel , et on vient de voir que cette dernière n’est pas identiquement nulle (puisque est bien libre de rang 1 sur ). Il existe donc tel que (IV, p. 17, th. 2) ; plus généralement, d’après la même référence on a :
Proposition 11
Supposons K infini, et soit une application polynômiale sur K non nulle. Il existe tel que et que soit une base de N sur .
B) Supposons K fini. D’après la prop. 4 (V, p. 91) toute extension de degré fini de K a un groupe de Galois cyclique. Nous allons donc considérer plus généralement le cas où le groupe est cyclique d’ordre ; on note un générateur de .
Le lemme suivant est un cas particulier de résultats plus généraux démontrés au chapitre VII. L’anneau A est, soit l’anneau des entiers rationnels, soit l’anneau de polynômes sur le corps K.
Lemme 4
Soit M un A-module de torsion engendré par un nombre fini d’éléments . Il existe alors un élément x de M dont l’annulateur (II, p. 28) est égal à l’annulateur de M.
Cite 2 · Cité par 1
Cite II § 1. Modules, I § 4. Groupes et groupes à opérateurs
Cité par Lemme 1, V § 11
Dans les deux cas, A est un anneau intègre et tout idéal de A est principal. Lorsque (resp. ), on note l’ensemble des nombres premiers (resp. l’ensemble des polynômes unitaires irréductibles de ). Pour tout élément de A, il existe alors un élément inversible u de A et une famille à support fini d’entiers positifs tels que , et u et les entiers sont déterminés de manière unique (I, p. 49 et IV, p. 13, prop. 13).
Soient l’annulateur de (pour ) et a l’annulateur de M. Soient des éléments non nuls de A tels que et ; comme on a , il résulte de ce qui précède qu’on a
Écrivons sous la forme avec distincts dans , des entiers et un élément inversible u de A. Soit ; d’après la formule (10), il existe un entier tel que et ; il existe dans A avec , et l’élément a pour annulateur l’idéal .
Montrons que l’annulateur b de est égal à l’annulateur a de M. On a en tout cas , donc b est de la forme avec
1 Le lecteur vérifiera aisément que le théorème de la base normale n’est utilisé nulle part avant la démonstration de cette proposition.
pour . Si l’on avait , il existerait un entier tel que et et par suite annulerait . Or on a pour , d’où l’on déduirait ; mais l’annulateur de est et n’est pas multiple de . L’hypothèse est donc absurde.
Nous appliquerons le lemme 4 au cas où est l’anneau de polynômes , et où est le groupe commutatif muni de la loi externe définie par
10. -ensembles finis et algèbres étalées
Soient une clôture séparable de (V, p. 44, prop. 14) et le groupe de Galois de sur . On appelle -ensemble un ensemble muni d’une action du groupe , telle que le stabilisateur de tout point de soit un sous-groupe ouvert de . Il revient au même de dire que l’application de dans est continue lorsqu’on munit de la topologie discrète.
Soit un -ensemble fini. On définit une action du groupe sur la -algèbre des applications de dans par la formule
Lemme 5
Soit un -ensemble fini et soient des points de tels que les orbites forment une partition de . Pour , soit le stabilisateur de dans , et soit le corps des invariants de . Alors sont des extensions séparables de degré fini de , et l’application est un isomorphisme de -algèbres de sur .
Par hypothèse, les sous-groupes de sont ouverts et le cor. 5 de V, p. 66, montre que les sous-extensions de sont de degré fini sur . Elles sont évidemment séparables. La dernière assertion du lemme 5 est immédiate.
Du lemme 5 et du th. 4 (V, p. 34), on déduit immédiatement le résultat suivant.
Proposition 12
Pour tout -ensemble fini , l’algèbre est étale sur , de degré égal au cardinal de . De plus, toute algèbre étale sur est isomorphe à une algèbre de la forme .
Cité par 1
Cité par Remarque 6, VIII § 16
Remarque 1
On montre facilement que pour tout homomorphisme de -algèbres de dans , il existe un unique élément de tel que pour tout .
Remarque 2
Soient et deux -ensembles finis. Soit l’ensemble des applications de dans telles que pour tout et tout . Pour , on définit un homomorphisme de -algèbres par . Pour tout homomorphisme de dans , il existe un unique élément de tel que .
11. Structure des extensions quasi-galoisiennes
Proposition 13
Soit une extension quasi-galoisienne de . On note le corps des invariants du groupe des -automorphismes de et la fermeture algébrique séparable de dans (V, p. 42). Alors : a) est la fermeture radicielle de dans (V, p. 24). b) est une extension galoisienne de et tout -automorphisme de se prolonge de manière unique en un -automorphisme de . c) Les corps et sont linéairement disjoints sur et l’on a ; autrement dit, l’homomorphisme canonique de dans est un isomorphisme.
Soit une clôture algébrique de , contenant comme sous-extension (V, p. 22, th. 2). Tout -automorphisme de induit un automorphisme de puisque est quasi-galoisienne. Par suite, tout élément de est invariant par le groupe des -automorphismes de , donc est radiciel sur (V, p. 51, cor. 3). Réciproquement, tout élément de radiciel sur est évidemment invariant par tout -automorphisme de , donc appartient à . Ceci prouve a).
Tout -automorphisme de applique dans , donc dans , et est donc une extension quasi-galoisienne de (V, p. 52, prop. 3). Par suite, est une extension galoisienne de . Tout élément de est algébrique séparable et radiciel sur , donc appartient à (V, p. 38, cor. 3) ; on a donc . Or est radiciel sur (V, p. 42, prop. 13) et algébrique séparable sur (V, p. 54, th. 1), donc à la fois radiciel et séparable sur . On a donc (V, p. 38, cor. 3) et les assertions b) et c) résultent du th. 5 (V, p. 68).
Corollaire
Soient l’exposant caractéristique de , une clôture algébrique de , la fermeture séparable de dans et la clôture parfaite de . Alors l’homomorphisme canonique de dans est un isomorphisme.
Remarque
Soit (resp. ) une extension radicielle (resp. algébrique séparable) de . Alors l’algèbre est un corps : en effet, (resp. ) est isomorphe à une sous-extension de (resp. ) et il suffit d’appliquer le cor. ci-dessus et la prop. 1 de V, p. 17.
Exercices
See the exercises for § 10.