Bourbaki

§ 10. Extensions galoisiennes

Dans tout ce paragraphe, on note K un corps.

1. Définition des extensions galoisiennes

Théorème 1

Soient N une extension algébrique de K et Γ le groupe des K-auto-morphismes de N. Les assertions suivantes sont équivalentes : a) Tout élément de N invariant par Γ appartient à l’image de K dans N. b) N est une extension quasi-galoisienne et séparable de K. c) Pour tout x∈Nx \in N, le polynôme minimal de x sur K se décompose dans N[X] en produit de polynômes distincts de degré 1.* L’équivalence de b) et c) résulte du cor. de la prop. 6 (V, p. 39) et de la définition des extensions quasi-galoisiennes (V, p. 52, déf. 2). Identifions K à son image canonique dans N. a)⇒c)a) \Rightarrow c) : supposons que K soit le corps des invariants de Γ. Soit x∈Nx \in N, de polynôme minimal f sur K et soit A l’ensemble des racines de f dans N. Posons

g(X)=∏y∈A(X−y). g(X) = \prod_{y \in A} (X - y).
Tout automorphisme σ∈Γ\sigma \in \Gamma induit une permutation de A, donc laisse invariants les coefficients du polynôme g∈N[X]g \in N[X]. On a donc g∈K[X]g \in K[X] et comme g(x)=0g(x) = 0, le polynôme gg est multiple de ff dans K[X]K[X] (V, p. 15, th. 1). Par ailleurs, ff et gg sont unitaires et gg divise ff (IV, p. 15, prop. 5); on a donc f=gf = g, c'est-à-dire que le polynôme minimal ff de xx sur KK est produit dans N[X]N[X] de polynômes distincts de degré 1.

Cite 6 · Cité par 4

Cite Corollaire, V § 7, Définition 2, V § 9, Proposition 5, IV § 2, Théorème 1, V § 3, Théorème 2 (Steinitz), V § 4, Corollaire 1, V § 9

Cité par Exercice 15, § 1, Définition 1, Proposition 6, Lemme 2, VIII § 17

c)⇒a)c) \Rightarrow a): soit xx un élément de NN n’appartenant pas à KK. Notons Ω\Omega une clôture algébrique de KK contenant NN comme sous-extension (V, p. 22, th. 2). Soit ff le polynôme minimal de xx sur KK, qui est de degré ≥2\geq 2 par hypothèse et soit AA l’ensemble des racines de f(X)f(X) dans NN. Si la condition c) est satisfaite, on a f(X)=∏y∈A(X−y)f(X) = \prod_{y \in A} (X - y) et par suite (V, p. 51, cor. 1), AA est l’ensemble des conjugués de xx dans Ω\Omega. Comme ff est de degré ≥2\geq 2, il existe dans AA un élément y≠xy \neq x, donc un KK-automorphisme uu de Ω\Omega tel que u(x)=yu(x) = y. Or, sous les hypothèses de c), l’extension NN de KK est quasi-galoisienne, d’où u(N)=Nu(N) = N (V, p. 52, cor. 1); par suite, uu induit un KK-automorphisme σ\sigma de NN tel que σ(x)=y≠x\sigma(x) = y \neq x, et KK est le corps des invariants de Γ\Gamma.

Définition 1

On dit qu’une extension NN du corps KK est galoisienne si elle est algébrique et si elle satisfait aux conditions équivalentes a), b) et c) du théorème 1.

Cite 3

Cite Théorème 1, Proposition 6, V § 7, V § 9. Éléments conjugués et extensions quasi-galoisiennes

Soient NN un corps, Γ\Gamma un groupe d’automorphismes de NN et N0N_0 le corps des invariants de Γ\Gamma. Lorsque NN est algébrique sur N0N_0, c’est une extension galoisienne de N0N_0. Il n’en est pas toujours ainsi : par exemple, supposons KK infini et prenons pour NN le corps des fractions rationnelles K(X)K(X); pour tout a∈Ka \in K, soit σa\sigma_a l’automorphisme de K(X)K(X) qui transforme f(X)f(X) en f(X+a)f(X + a). L’ensemble des σa\sigma_a est un groupe d’automorphismes de K(X)K(X) dont on montre facilement que KK est le corps des invariants ; pourtant, K(X)K(X) n’est pas algébrique sur KK.

Soit Ω\Omega une clôture algébrique de KK. Notons AA un ensemble d’éléments de Ω\Omega séparables sur KK et BB l’ensemble des conjugués sur KK des éléments de AA. Alors, BB se compose d’éléments algébriques et séparables sur KK. Par suite (V, p. 38, prop. 6, et p. 54, prop. 5), le corps K(B)K(B) est une extension séparable et quasi-galoisienne de KK; autrement dit, l’extension quasi-galoisienne engendrée par AA (V, p. 54) est une extension galoisienne de KK; on dit aussi que c’est l’extension galoisienne de KK engendrée par la partie AA de Ω\Omega.

En particulier, le corps de décomposition dans Ω\Omega d’une famille de polynômes séparables sur KK, une clôture séparable de KK, sont des extensions galoisiennes de KK.

Proposition 1

Soient NN une extension de KK, et (Ni)i∈I(N_i)_{i \in I} une famille non vide de sous-extensions de NN. On pose E=⋂i∈INiE = \bigcap_{i \in I} N_i et F=K(⋃i∈INi)F = K(\bigcup_{i \in I} N_i). Si les extensions NiN_i sont galoisiennes sur KK il en est de même de EE et FF.

Cite 2 · Cité par 3

Cite Proposition 8, V § 7, Proposition 4, V § 9

Cité par Remark, V § 10, Corollaire, V § 11, Remarque, VIII § 16

Tout d’abord EE est algébrique et séparable sur KK (V, p. 35, prop. 1) et il en est de même de FF (V, p. 40, prop. 8). De plus, EE et FF sont quasi-galoisiennes sur KK d’après la prop. 4 (V, p. 53).

Proposition 2

Soient NN une extension galoisienne de KK et EE une sous-extension de NN, de degré fini sur KK. Il existe une sous-extension FF de NN, contenant EE, galoisienne et de degré fini sur KK.

Cité par 5

Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Lemme 2, Lemme 4, VIII § 13, Théorème 1, VIII § 14, Théorème 6, VIII § 16

Comme N est quasi-galoisienne sur K, le cor. 1 de V, p. 54, prouve l’existence d’une sous-extension quasi-galoisienne F de N contenant E et de degré fini sur K. Comme N est séparable sur K, il en est de même de F (V, p. 35, prop. 1), donc F est galoisienne sur K.

La prop. 2 entraîne le résultat suivant : soient Ω une clôture algébrique de K, et E₁, ..., Eₙ des extensions algébriques séparables de degré fini sur K, contenues dans Ω. Il existe une extension galoisienne N de K, de degré fini, contenue dans Ω et contenant E₁, ..., Eₙ.

2. Groupe de Galois

Définition 2

Soit N une extension galoisienne du corps K. On appelle groupe de Galois de N sur K, et l’on note Gal(N/K), le groupe des K-automorphismes de N.

Cite 4

Cite Théorème 3, Proposition 4, V § 6, Proposition 3, V § 9, Remarque 3, V § 9

Soit N une extension finie et galoisienne de K. Alors N est une extension finie séparable et quasi-galoisienne de K. Par suite (V, p. 31, prop. 4, et V, p. 52, prop. 3), l’ordre de Gal(N/K) est égal à [N : K]. On démontrera plus loin que si N est une extension galoisienne de K telle que Gal(N/K) soit fini, alors N est de degré fini sur K (V, p. 64, th. 3).

Soient Ω une extension algébriquement close de K, et A l’ensemble des racines dans Ω d’un polynôme séparable f ∈ K[X]. Le corps N = K(A) est une extension galoisienne de K. Il est clair que tout K-automorphisme de N laisse stable A, et comme A engendre N sur K, l’application σ ↦ σ|A est un isomorphisme de Gal(N/K) sur un sous-groupe Γ du groupe symétrique S_A de l’ensemble A qu’on appelle groupe de Galois du polynôme f. Il résulte de la remarque 3 (V, p. 53) que si x et y appartiennent à A, les propriétés suivantes sont équivalentes :

a) x et y sont conjugués sur K, b) x et y appartiennent à la même orbite de Γ, c) x et y sont racines du même facteur irréductible de f. En particulier f est irréductible si et seulement si A est non vide et Γ opère transitivement sur A.

Exemple 1

Supposons la caractéristique de K différente de 2, et soit N une extension quadratique de K. Si x ∈ N − K, on a N = K(x), et le polynôme minimal de x sur K est de la forme f(X) = X² − aX + b, avec a, b ∈ K. On a alors f(X) = (X − x)(X − y) où y = a − x ; donc y est conjugué de x ; comme f(X) est séparable, l’extension N est galoisienne. Le groupe Gal(N/K) possède deux éléments qui induisent les deux permutations de l’ensemble {x, y}.

Cité par 1

Cité par Exemple 3

Exemple 2

\* Soit f = X³ + X² − 2X − 1 ∈ Q[X]. Le polynôme f est irréductible, car sinon il posséderait une racine x ∈ Q ; écrivant x = a/b, avec a, b ∈ Z, a et b étrangers, on aurait a(a² + ab − 2b²) = b³ et a³ = b(b² + 2ab − a²) ; mais cela implique que a divise b et b divise a, donc x = ± 1, ce qui est impossible. Soit ξ ≡ e^{2πi/7} ∈ C. Le polynôme f admet les racines α = ξ + ξ⁻¹, β = ξ² + ξ⁻², γ = ξ³ + ξ⁻³. On a β = α² − 2 et γ = α³ − 3α, donc l’extension Q(α) est galoisienne sur Q. Le groupe de Galois de Q(α) sur Q est cyclique d’ordre 3 et il est engendré par un élément σ tel que σ(α) = β, σ(β) = γ, σ(γ) = α. \

Cité par 1

Cité par Exemple 6

Exemple 3

Supposons que K=QK = \mathbf{Q} et prenons f=X3−2f = X^3 - 2. Utilisant la décomposition des entiers en produit de facteurs premiers (I, p. 49), on voit facilement que 2 n’est pas le cube d’un élément de Q\mathbf{Q}. Le polynôme ff est donc irréductible car sinon il possèderait une racine dans Q\mathbf{Q}. Soient A={x1,x2,x3}A = \{ x_1, x_2, x_3 \} l’ensemble des racines de ff dans Ω\Omega et Γ\Gamma le groupe de Galois de ff. Il opère transitivement sur AA. Son ordre est donc divisible par trois. D’autre part le quotient j=x2x1j = \frac{x_2}{x_1} est différent de 1 et l’on a j3=1j^3 = 1. Donc jj vérifie la relation j2+j+1=0j^2 + j + 1 = 0; or le polynôme T2+T+1=(T+12)2+34T^2 + T + 1 = (T + \frac{1}{2})^2 + \frac{3}{4} n’a pas de racines dans Q\mathbf{Q}, ce qui montre (cf. exemple 1) que [Q(j):Q]=2[\mathbf{Q}(j) : \mathbf{Q}] = 2. Donc [N:Q][\mathbf{N} : \mathbf{Q}] est divisible par 2 et par suite l’ordre de Γ\Gamma est divisible par 6. Comme Γ\Gamma est contenu dans le groupe SA\mathfrak{S}_A d’ordre 6, on a Γ=SA\Gamma = \mathfrak{S}_A.

Cite 2 · Cité par 1

Cite I § 4. Groupes et groupes à opérateurs, Exemple 1

Cité par Exemple 6

Exemple 4

Supposons KK de caractéristique p≠0p \neq 0 et soient K(T)K(T) le corps des fractions rationnelles et U=Tp−TU = T^p - T. On pose E=K(U)E = K(U) et F=K(T)F = K(T). Le polynôme f(X)=Xp−X−Uf(X) = X^p - X - U de E[X]E[X] a les racines T,T+1,...,T+p−1T, T + 1, ..., T + p - 1 dans FF. Soit σ\sigma le KK-automorphisme de FF tel que σ(T)=T+1\sigma(T) = T + 1. On a σi(T)=T+i\sigma^i(T) = T + i et σ(U)=U\sigma(U) = U. Le groupe G={1,σ,...,σp−1}G = \{ 1, \sigma, ..., \sigma^{p-1} \} est cyclique d’ordre pp, et son corps des invariants contient EE; comme [F:E]≤p[F : E] \leq p, le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2) implique que EE est le corps des invariants de GG et que [F:E]=p[F : E] = p. Le polynôme ff est donc irréductible dans E[X]E[X]; l’extension FF de EE est galoisienne, son groupe de Galois GG est cyclique d’ordre pp, et le groupe Γ\Gamma est le groupe des permutations circulaires de T,T+1,...,T+p−1T, T + 1, ..., T + p - 1.

Pour une généralisation de cet exemple, voir V, p. 89, Exemple 2.

Cite 1

Cite Corollaire 2, V § 6

Exemple 5

Soit F=K(X1,...,Xn)F = K(X_1, ..., X_n) le corps des fractions rationnelles en nn indéterminées X1,...,XnX_1, ..., X_n à coefficients dans KK. Posons

sk=∑1≤i1<...<ik≤nXi1...Xik s_k = \sum_{1 \leq i_1 < ... < i_k \leq n} X_{i_1} ... X_{i_k}
pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n et E=K(s1,...,sn)E = K(s_1, ..., s_n); on note f(T)f(T) le polynôme
Tn−s1Tn−1+⋯+(−1)nsn. T^n - s_1 T^{n-1} + \cdots + (-1)^n s_n .
On a f(T)=∏i=1n(T−Xi)f(T) = \prod_{i=1}^n (T - X_i) de sorte que FF est un corps de décomposition du polynôme séparable f(T)∈E[T]f(T) \in E[T]. De plus, pour toute permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n, il existe un KK-automorphisme hσh_\sigma de FF et un seul tel que hσ(Xi)=Xσ(i)h_\sigma(X_i) = X_{\sigma(i)} pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n; on a hσ(sk)=skh_\sigma(s_k) = s_k pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, donc hσh_\sigma est un EE-automorphisme de FF. Autrement dit, FF est une extension galoisienne de EE, et par restriction à l’ensemble {X1,...,Xn}\{ X_1, ..., X_n \} des racines de f(T)f(T), on définit un isomorphisme de Gal(F/E)\mathrm{Gal}(F/E) sur le groupe Sn\mathfrak{S}_n. En particulier, EE se compose des fractions rationnelles ff telles que
f(Xσ(1),...,Xσ(n))=f(X1,...,Xn) f(X_{\sigma(1)}, ..., X_{\sigma(n)}) = f(X_1, ..., X_n)
pour tout σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n (cf. IV, p. 63, cor.).

Cité par 4

Cité par V, p. 59, Example 5, Exercice 10, § 10, Exercice 5, § 10, Exercice 7, § 10

Exemple 6

Supposons ff unitaire de degré >0> 0 et KK de caractéristique ≠2\neq 2. Munissons AA d’un ordre total noté ≤\leq. Posons δ(f)=∏α<β(β−α),(α,β)∈A×A\delta(f) = \prod_{\alpha < \beta} (\beta - \alpha), (\alpha, \beta) \in A \times A, et pour tout σ ∈ S_A posons δ_σ(f) = ∏α<β(σ(β)−σ(α))\prod_{\alpha < \beta} (\sigma(\beta) - \sigma(\alpha)). On a δσ(f)=ε(σ)δ(f)\delta_\sigma(f) = \varepsilon(\sigma) \delta(f) où ε(σ)\varepsilon(\sigma) est la signature de σ\sigma (I, p. 61), et δ(f)≠0\delta(f) \neq 0. Pour tout τ∈Gal(N/K)\tau \in \mathrm{Gal}(N/K), on a τ(δ(f))=δτ∣A(f)\tau(\delta(f)) = \delta_{\tau|A}(f). Donc Γ\Gamma est contenu dans le groupe alterné AA\mathfrak{A}_A si et seulement si δ(f)∈K\delta(f) \in K. Par ailleurs δ(f)2=∏α<β(β−α)2=d(f)\delta(f)^2 = \prod_{\alpha < \beta} (\beta - \alpha)^2 = d(f) est le discriminant du polynôme ff (IV, p. 76). Donc Γ⊂AA\Gamma \subset \mathfrak{A}_A si et seulement si d(f)d(f) est le carré d’un élément de KK. Ainsi dans l’exemple 2, on a d(f)=49=72d(f) = 49 = 7^2 et dans l’exemple 3, d(f)=−108d(f) = -108 (IV, p. 81).

Soit NN une extension galoisienne de KK, et soit LL une sous-extension de NN galoisienne sur KK. Tout KK-automorphisme σ\sigma de NN induit un KK-automorphisme σL\sigma_L de LL (V, p. 53, remarque 1). Par suite, l’application σ↦σL\sigma \mapsto \sigma_L est un homomorphisme de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) dans Gal(L/K)\mathrm{Gal}(L/K), appelé homomorphisme de restriction.

Cite 4

Cite I § 5. Groupes opérant sur un ensemble, Exemple 2, Exemple 3, Remarque 1, V § 9

Proposition 3

L’homomorphisme de restriction de Gal(N/K) dans Gal(L/K) est surjectif.

Cite 3 · Cité par 2

Cite Théorème 2 (Steinitz), V § 4, Remarque 1, V § 9, Proposition 1, V § 9

Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Corollaire 4

Plus généralement, considérons deux sous-extensions LL et L′L' de NN, et un KK-isomorphisme uu de LL sur L′L'. Choisissons une clôture algébrique Ω\Omega de KK, contenant NN comme sous-extension (V, p. 22, th. 2). Il existe un KK-automorphisme vv de Ω\Omega qui coïncide avec uu sur LL (V, p. 50, prop. 1), et comme NN est une extension quasi-galoisienne de KK, vv induit un KK-automorphisme σ\sigma de NN (V, p. 53, remarque 1). Autrement dit, l’élément σ\sigma de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) coïncide avec uu sur LL.

3. Topologie du groupe de Galois

Soient NN une extension galoisienne de KK et Γ\Gamma le groupe de Galois de NN sur KK. On munit NN de la topologie discrète, l’ensemble NNN^N des applications de NN dans NN de la topologie produit des topologies discrètes des facteurs (« topologie de la convergence simple dans NN ») et le groupe Γ\Gamma de la topologie induite par celle de NNN^N.

Soit Λ\Lambda l’ensemble des sous-extensions de NN de degré fini sur KK. Pour σ∈Γ\sigma \in \Gamma et E∈ΛE \in \Lambda, notons UE(σ)U_E(\sigma) l’ensemble des éléments τ\tau de Γ\Gamma qui ont même restriction que σ\sigma à EE. Si E=K(x1,...,xn)E = K(x_1, ..., x_n), l’ensemble UE(σ)U_E(\sigma) se compose des éléments τ\tau de Γ\Gamma tels que τ(x1)=σ(x1),...,τ(xn)=σ(xn)\tau(x_1) = \sigma(x_1), ..., \tau(x_n) = \sigma(x_n). Il en résulte que la famille (UE(σ))E∈Λ(U_E(\sigma))_{E \in \Lambda} est une base du filtre des voisinages de σ\sigma dans Γ\Gamma.

Lorsque NN est de degré fini sur KK, on a N∈ΛN \in \Lambda et UN(σ)={σ}U_N(\sigma) = \{ \sigma \}, donc la topologie de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) est discrète ; rappelons (V, p. 53, remarque) que le groupe Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) est fini dans ce cas.

Cette description de la topologie de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) montre que l’*homomorphisme de restriction de Gal(N/K) sur Gal(L/K)* est continu pour toute sous-extension LL de NN, galoisienne sur KK.

Soit AA une partie de Γ\Gamma. Dire que AA est ouverte signifie que, pour tout σ∈A‾\sigma \in \overline{A}, il existe EE dans Λ\Lambda tel que l’ensemble UE(σ)U_E(\sigma) soit contenu dans AA. L’*adhérence* A‾\overline{A} de AA se compose des σ∈Γ\sigma \in \Gamma tels que pour tout E∈ΛE \in \Lambda, il existe τ∈A\tau \in A ayant même restriction à EE que σ\sigma ; le corps des invariants de A‾\overline{A} est le même que celui de AA.

Soit ε l’élément neutre de Γ, et soit Λ’ l’ensemble des sous-extensions de N qui sont galoisiennes et de degré fini sur K. D’après la prop. 2 (V, p. 55), l’ensemble Λ’ est cofinal dans Λ et la famille (UE(ε))E∈Λ′(U_E(\varepsilon))_{E \in \Lambda'} est donc une base du filtre des voisinages de ε dans Γ. De plus, pour E ∈ Λ’, l’ensemble UE(ε)U_E(\varepsilon) est le noyau de l’homomorphisme de restriction de Gal(N/K) = Γ dans Gal(E/K). Comme le groupe Gal(E/K) est fini, il en résulte que UE(ε)U_E(\varepsilon) est un sous-groupe ouvert et fermé, distingué et d’indice fini dans Γ.

On a évidemment UE(σ)=σUE(ε)=UE(ε)σU_E(\sigma) = \sigma U_E(\varepsilon) = U_E(\varepsilon) \sigma pour σ∈Γ\sigma \in \Gamma et E∈Λ′E \in \Lambda'. Comme UE(ε)U_E(\varepsilon) est un sous-groupe distingué de Γ pour tout E∈Λ′E \in \Lambda', et que la famille (UE(ε))E∈Λ′(U_E(\varepsilon))_{E \in \Lambda'} est une base de voisinages de ε, la topologie de Γ est compatible avec sa structure de groupe (TG, III, p. 5). Autrement dit, l’application (σ,τ)↦στ−1(\sigma, \tau) \mapsto \sigma\tau^{-1} de Γ×Γ\Gamma \times \Gamma dans Γ est continue.

Proposition 4

Soit N une extension galoisienne de K. Le groupe de Galois Γ = Gal(N/K) est compact et totalement discontinu.

Cite 3

Cite Proposition 1, V § 9, TG I § 11. Connexion, TG I § 9. Espaces compacts et espaces localement compacts

Tout élément σ de Γ a une base de voisinages formée des ensembles ouverts et fermés UE(σ)U_E(\sigma), donc Γ est totalement discontinu (TG, I, p. 83). On a {σ}=⋂E∈ΛUE(σ)\{\sigma\} = \bigcap_{E \in \Lambda} U_E(\sigma), donc Γ est séparé. Pour tout x∈Nx \in N, l’ensemble des conjugués σ(x)\sigma(x) de x, où σ parcourt Γ, est fini puisque x est algébrique sur K (V, p. 51, cor. 1); toutes les projections de Γ sur les espaces facteurs de NNN^N sont donc des ensembles finis, ce qui prouve que Γ est relativement compact dans NNN^N (TG, I, p. 64). Il reste à prouver que Γ est fermé dans NNN^N. Or, si u est adhérent à Γ dans NNN^N, pour tout couple (x,y)(x, y) de points de N, il existe σ∈Γ\sigma \in \Gamma avec u(x)=σ(x),u(y)=σ(y),u(x+y)=σ(x+y),u(xy)=σ(xy)u(x) = \sigma(x), u(y) = \sigma(y), u(x + y) = \sigma(x + y), u(xy) = \sigma(xy), d’où u(x+y)=u(x)+u(y)u(x + y) = u(x) + u(y) et u(xy)=u(x)u(y)u(xy) = u(x) u(y). Par le même raisonnement, on a u(x)=xu(x) = x pour x∈Kx \in K, donc u est un K-homomorphisme de N dans N; comme N est algébrique sur K, u est un K-automorphisme de N (V, p. 50, prop. 1), donc u∈Γu \in \Gamma.

Soient N une extension galoisienne de K et (Ni)i∈I(N_i)_{i \in I} une famille filtrante croissante de sous-extensions de N. On suppose que NiN_i est galoisienne sur K pour tout i∈Ii \in I et que N=⋃i∈INiN = \bigcup_{i \in I} N_i. Pour tout i∈Ii \in I, notons Γi\Gamma_i le groupe de Galois de NiN_i sur K ; pour i≤ji \leq j dans I, on a Ni⊂NjN_i \subset N_j et l’homomorphisme de restriction φij\varphi_{ij} de Γj\Gamma_j dans Γi\Gamma_i est défini. Il est continu et la famille (Γi,φij)(\Gamma_i, \varphi_{ij}) est donc un système projectif de groupes topologiques. Par ailleurs, pour tout i∈Ii \in I, notons λi\lambda_i l’homomorphisme de restriction de Gal(N/K) dans Gal(N_i/K) = Γi\Gamma_i; il est continu et l’on a λi=φij∘λj\lambda_i = \varphi_{ij} \circ \lambda_j pour i≤ji \leq j, donc la famille (λi)i∈I(\lambda_i)_{i \in I} définit un homomorphisme continu λ\lambda de Gal(N/K) dans lim⁡←Γi\lim_{\leftarrow} \Gamma_i.

Proposition 5

L’homomorphisme λ de Gal(N/K) dans lim⁡←Gal(Ni/K)\lim_{\leftarrow} \mathrm{Gal}(N_i/K) est un isomorphisme de groupes topologiques.

Comme Gal(N/K) est compact, que λ est continu et que le groupe lim⁡←Gal(Ni/K)\lim_{\leftarrow} \mathrm{Gal}(N_i/K) est séparé, il suffit de prouver que λ est bijectif (TG, I, p. 63, cor. 2). Soit u=(ui)i∈Iu = (u_i)_{i \in I} un élément de lim⁡←Gal(Ni/K)\lim_{\leftarrow} \mathrm{Gal}(N_i/K); pour tout i∈Ii \in I, uiu_i est un K-automorphisme de NiN_i, et uiu_i est la restriction de uju_j à NiN_i pour i≤ji \leq j. Comme on a N=⋃i∈INiN = \bigcup_{i \in I} N_i, il existe un unique élément σ\sigma de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) qui coïncide avec uiu_i sur NiN_i pour tout i∈Ii \in I. Alors σ\sigma est l’unique élément de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) tel que λ(σ)=u\lambda(\sigma) = u, donc λ\lambda est bijectif.

Cela s’applique notamment lorsqu’on prend pour famille (Ni)(N_i) la famille de toutes les sous-extensions galoisiennes finies de NN; alors chaque groupe Gal(Ni/K)\mathrm{Gal}(N_i/K) est discret et fini. Le groupe topologique Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) est donc isomorphe à une limite projective filtrante de groupes finis, munis de la topologie discrète ; on dit parfois que c’est un groupe topologique profini.

4. Descente galoisienne

Dans tout ce numéro, on note NN un corps, Γ\Gamma un groupe d’automorphismes de NN, ε\varepsilon l’élément neutre de Γ\Gamma, et KK le corps des invariants de Γ\Gamma.

Soit VV un espace vectoriel sur NN. Rappelons (II, p. 119) qu’une KK-structure sur VV est un sous-KK-espace vectoriel V0V_0 de VV tel que l’application KK-linéaire φ:N⊗KV0→V\varphi : N \otimes_K V_0 \to V qui transforme λ⊗x\lambda \otimes x en λx\lambda x soit bijective. Soit V0V_0 une telle KK-structure ; pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, on pose uσ=φ∘(σ⊗IdV0)∘φ−1u_\sigma = \varphi \circ (\sigma \otimes \mathrm{Id}_{V_0}) \circ \varphi^{-1}. On a alors uσ(∑i∈Iλiei)=∑i∈Iσ(λi)eiu_\sigma(\sum_{i \in I} \lambda_i e_i) = \sum_{i \in I} \sigma(\lambda_i) e_i pour toute famille d’éléments λi\lambda_i de NN et eie_i de V0V_0, d’où les relations

(1)uσ(x+y)=uσ(x)+uσ(y)(2)uσ(λx)=σ(λ)uσ(x)(3)uσ∘uτ=uστ(4)uε=IdV \begin{align*} (1) \quad &u_\sigma(x + y) = u_\sigma(x) + u_\sigma(y) \\ (2) \quad &u_\sigma(\lambda x) = \sigma(\lambda) u_\sigma(x) \\ (3) \quad &u_\sigma \circ u_\tau = u_{\sigma \tau} \\ (4) \quad &u_\varepsilon = \mathrm{Id}_V \end{align*}
pour σ,τ\sigma, \tau dans Γ\Gamma, x,yx, y dans VV et λ\lambda dans NN.

Proposition 6

a) Soit VV un espace vectoriel sur NN muni d’une KK-structure. Pour qu’un vecteur x∈Vx \in V soit rationnel sur KK, il faut et il suffit qu’on ait uσ(x)=xu_\sigma(x) = x pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma. Pour qu’un sous-N-espace vectoriel WW de VV soit rationnel sur KK, il faut et il suffit qu’on ait uσ(W)⊂Wu_\sigma(W) \subset W pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma.

Cite 2

Cite II § 8. Restriction du corps des scalaires dans les espaces vectoriels, Théorème 1

b) Soient V1V_1 et V2V_2 deux espaces vectoriels sur NN, munis chacun d’une KK-structure. Pour qu’une application linéaire ff de V1V_1 dans V2V_2 soit rationnelle sur KK, il faut et il suffit qu’on ait f(uσ(x))=uσ(f(x))f(u_\sigma(x)) = u_\sigma(f(x)) pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma et tout x∈V1x \in V_1.

Il est clair que KK est l’ensemble des x∈Nx \in N tels que σ(xy)=xσ(y)\sigma(xy) = x \sigma(y) pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma et tout y∈Ny \in N. La proposition résulte alors du th. 1 (II, p. 125).

Corollaire

Soit V0V_0 un espace vectoriel sur KK et soit WW un sous-N-espace vectoriel de N⊗KV0N \otimes_K V_0. On suppose que WW est stable par les applications σ⊗IdV0\sigma \otimes \mathrm{Id}_{V_0} pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma. Soit W0W_0 l’ensemble des x∈V0x \in V_0 tels que 1⊗x∈W1 \otimes x \in W. Alors W0W_0 est l’unique sous-K-espace vectoriel de V0V_0 tel que W=N⊗KW0W = N \otimes_K W_0.

Cité par 1

Cité par Proposition 7

Il suffit de noter que l’ensemble des éléments de la forme 1⊗x1 \otimes x (x∈V0x \in V_0) est une KK-structure sur N⊗KV0N \otimes_K V_0 pour laquelle on a uσ=σ⊗IdV0u_\sigma = \sigma \otimes \mathrm{Id}_{V_0} pour σ∈Γ\sigma \in \Gamma.

Proposition 7

Soient V un espace vectoriel sur N, (uσ)σ∈Γ(u_\sigma)_{\sigma \in \Gamma} une famille d’applications de V dans V satisfaisant aux relations (1) à (4) et V0V_0 l’ensemble des x∈Vx \in V tels que uσ(x)=xu_\sigma(x) = x pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma.

Cite 2 · Cité par 4

Cite Corollaire, Corollaire 2, V § 6

Cité par Proposition 8, Proposition 9, Exercice 2, § 19, Proposition 2, LIE IX Appendix 2

a) V0V_0 est un sous-K\mathbf{K}-espace vectoriel de V et l’application K\mathbf{K}-linéaire φ\varphi de N⊗KV0N \otimes_K V_0 dans V qui transforme λ⊗x\lambda \otimes x en λx\lambda x est injective.

b) Si Γ\Gamma est fini, alors φ\varphi est bijective et V0V_0 est une K\mathbf{K}-structure sur V.

Il est clair que V0V_0 est un sous-K\mathbf{K}-espace vectoriel de V.

La formule uσ∘φ=φ∘(σ⊗IdV0)u_\sigma \circ \varphi = \varphi \circ (\sigma \otimes \mathrm{Id}_{V_0}) montre que le noyau W de φ\varphi est stable par les applications σ⊗IdV0\sigma \otimes \mathrm{Id}_{V_0}; d’après le corollaire de la prop. 6, il existe donc un sous-espace W0W_0 de V0V_0 tel que W=N⊗KW0W = N \otimes_K W_0. Si xx appartient à W0W_0, on a donc x=φ(1⊗x)=0x = \varphi(1 \otimes x) = 0, d’où W0=0W_0 = 0 et donc W=0W = 0. Ceci prouve a).

Supposons Γ\Gamma fini; il s’agit de prouver que φ\varphi est surjective, ou encore que V0V_0 engendre le N-espace vectoriel V. Soit donc ff une forme N-linéaire sur V, dont la restriction à V0V_0 soit nulle. Soit x∈Vx \in V; pour tout λ∈N\lambda \in N, l’élément yλ=∑σ∈Γuσ(λx)y_\lambda = \sum_{\sigma \in \Gamma} u_\sigma(\lambda x) de V appartient évidemment à V0V_0, d’où f(yλ)=0f(y_\lambda) = 0, c’est-à-dire ∑σ∈Γf(uσ(x))σ(λ)=0\sum_{\sigma \in \Gamma} f(u_\sigma(x)) \sigma(\lambda) = 0. D’après le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2), on a donc f(uσ(x))=0f(u_\sigma(x)) = 0 pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma; faisant en particulier σ=ε\sigma = \varepsilon, on trouve f(x)=0f(x) = 0, c’est-à-dire f=0f = 0. Ceci prouve b).

Soit M un espace vectoriel sur N; pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, soit MσM^\sigma l’espace vectoriel sur N ayant même groupe additif sous-jacent que M, avec la loi externe (λ,x)↦σ(λ)x(\lambda, x) \mapsto \sigma(\lambda)x. Posons V=∏σ∈ΓMσV = \prod_{\sigma \in \Gamma} M^\sigma; le groupe additif sous-jacent de V est celui des applications de Γ\Gamma dans M, avec la loi externe définie par

(5)(5)
(λ.h)(σ)=σ(λ)h(σ)(λ∈N,h∈V,σ∈Γ).(\lambda . h)(\sigma) = \sigma(\lambda) h(\sigma) \quad (\lambda \in N, h \in V, \sigma \in \Gamma).

(Le produit σ(λ)h(σ)\sigma(\lambda) h(\sigma) est calculé dans l’espace vectoriel M.) Par ailleurs on définit sur N⊗KMN \otimes_K M une structure d’espace vectoriel sur N par la formule

λ(∑iμi⊗xi)=∑iλμi⊗xi.\lambda (\sum_i \mu_i \otimes x_i) = \sum_i \lambda \mu_i \otimes x_i.

Enfin, on note ψ\psi l’application K\mathbf{K}-linéaire de N⊗KMN \otimes_K M dans V caractérisée par la relation

(6)(6)
ψ(λ⊗x)(σ)=σ(λ).x\psi(\lambda \otimes x)(\sigma) = \sigma(\lambda) . x
pour λ∈N,x∈M\lambda \in N, x \in M et σ∈Γ\sigma \in \Gamma. Il est immédiat que ψ\psi est N-linéaire.

Proposition 8

L’application N-linéaire ψ\psi de N⊗KMN \otimes_K M dans V=∏σ∈ΓMσV = \prod_{\sigma \in \Gamma} M^\sigma est injective, et elle est bijective si Γ\Gamma est fini.

Cite 1 · Cité par 3

Cite Proposition 7

Cité par Corollaire, Remarque 1, Proposition 1, LIE IX Appendix 2

Pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, on définit une application uσu_\sigma de V dans V par

(7)(7)
(uσh)(τ)=h(τσ)(u_\sigma h)(\tau) = h(\tau \sigma)
pour h∈Vh \in V et τ∈Γ\tau \in \Gamma. La vérification des formules (1) à (4) est immédiate. Notons V0V_0 l’ensemble des h∈Vh \in V tels que uσ(h)=hu_\sigma(h) = h pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma. Pour tout x∈Mx \in M, soit θ(x)\theta(x) l’application constante de Γ\Gamma dans MM de valeur xx; alors θ\theta est un KK-isomorphisme de MM sur V0V_0. Définissons l’homomorphisme φ:N⊗KV0→V\varphi : N \otimes_K V_0 \to V comme plus haut; on a ψ=φ∘(IdN⊗θ)\psi = \varphi \circ (\mathrm{Id}_N \otimes \theta), et la prop. 8 résulte alors de la prop. 7.

Corollaire

Soit ψ\psi l’application KK-linéaire de N⊗KNN \otimes_K N dans l’espace vectoriel produit NΓN^\Gamma telle que ψ(x⊗y)(σ)=σ(x) y\psi(x \otimes y)(\sigma) = \sigma(x)\ y pour x, yx,\ y dans NN et σ∈Γ\sigma \in \Gamma. Alors ψ\psi est injective et elle est bijective si Γ\Gamma est fini.

Cite 1 · Cité par 3

Cite Proposition 8

Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Remarque 2, Théorème 3

C’est le cas particulier M=NM = N de la proposition 8.

Remarque 1

Soient FF une extension de KK et NN une sous-extension de FF. Soit Γ\Gamma un groupe fini d’automorphismes de NN, dont KK soit le corps des invariants. La prop. 8 entraîne l’existence d’un isomorphisme de KK-algèbres θ:N⊗KF→FΓ\theta : N \otimes_K F \to F^\Gamma caractérisé par θ(x⊗y)(σ)=σ(x) y\theta(x \otimes y)(\sigma) = \sigma(x)\ y pour x∈N, y∈Fx \in N,\ y \in F et σ∈Γ\sigma \in \Gamma.

Cite 1

Cite Proposition 8

Remarque 2

Les notations K,NK, N et Γ\Gamma ont la signification précédente. Pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, soit AnA_n le produit tensoriel de nn KK-algèbres identiques à NN; soit BnB_n l’ensemble des applications de Γn−1\Gamma^{n-1} dans NN. Par récurrence sur nn, on déduit du corollaire de la prop. 8 l’existence d’un isomorphisme φn:An→Bn\varphi_n : A_n \to B_n transformant x1⊗…⊗xnx_1 \otimes \ldots \otimes x_n en la fonction (σ1,…,σn−1)↦σ1(x1)…σn−1(xn−1) xn(\sigma_1, \ldots, \sigma_{n-1}) \mapsto \sigma_1(x_1) \ldots \sigma_{n-1}(x_{n-1})\ x_n.

Cite 1

Cite Corollaire

5. Cohomologie galoisienne

Soient NN un corps, Γ\Gamma un groupe fini d’automorphismes de NN et KK le corps des invariants de Γ\Gamma. Pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, on note GL(n,N)\mathbf{GL}(n, N) le groupe des matrices carrées d’ordre nn, à coefficients dans NN et de déterminant non nul (II, p. 149). On fait opérer le groupe Γ\Gamma sur le groupe GL(n,N)\mathbf{GL}(n, N) par la règle σ(A)=(σ(aij))\sigma(A) = (\sigma(a_{ij})) pour A=(aij)A = (a_{ij}).

Proposition 9

Soit (Uσ)σ∈Γ(U_\sigma)_{\sigma \in \Gamma} une famille d’éléments de GL(n,N)\mathbf{GL}(n, N). Pour qu’il existe AA dans GL(n,N)\mathbf{GL}(n, N) avec Uσ=A−1⋅σ(A)U_\sigma = A^{-1} \cdot \sigma(A) pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, il faut et il suffit que l’on ait Uστ=Uσ⋅σ(Uτ)U_{\sigma \tau} = U_\sigma \cdot \sigma(U_\tau) pour σ,τ\sigma, \tau dans Γ\Gamma.

Cite 2 · Cité par 2

Cite § 10. Extensions galoisiennes, Proposition 7

Cité par Corollaire 2, Exercice 5, § 16

La condition est nécessaire : si l’on a Uσ=A−1⋅σ(A)U_\sigma = A^{-1} \cdot \sigma(A), on a

Uσ⋅σ(Uτ)=A−1⋅σ(A) σ(A−1⋅τ(A))=A−1στ(A)=Uστ. U_\sigma \cdot \sigma(U_\tau) = A^{-1} \cdot \sigma(A) \ \sigma(A^{-1} \cdot \tau(A)) = A^{-1} \sigma \tau(A) = U_{\sigma \tau}.
La condition est suffisante : on identifie les éléments de NnN^n aux matrices à nn lignes et une colonne à coefficients dans NN. On fait agir le groupe Γ\Gamma sur NnN^n par
σ(x)=(σ(xi))1⩽i⩽n pour x=(xi)1⩽i⩽n. \sigma(x) = (\sigma(x_i))_{1 \leqslant i \leqslant n} \text{ pour } x = (x_i)_{1 \leqslant i \leqslant n}.
Pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, on note uσu_\sigma l’application x↦Uσ⋅σ(x)x \mapsto U_\sigma \cdot \sigma(x) de NnN^n dans lui-même. La vérification des formules (1) à (3) de V, p. 60, est immédiate. De plus, on a uε∘uε=uεu_\varepsilon \circ u_\varepsilon = u_\varepsilon et comme uεu_\varepsilon est bijective, on a uε=IdNnu_\varepsilon = \mathrm{Id}_{N^n}. Soit V0V_0 l’ensemble des vecteurs x∈Nnx \in N^n tels que uσ(x)=xu_\sigma(x) = x pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma. D’après la prop. 7 (V, p. 61), V0V_0 est une KK-structure sur NnN^n; en particulier, il existe dans V0V_0 des vecteurs b1,…,bnb_1, \ldots, b_n formant une base de NnN^n sur NN. La matrice BB ayant pour colonnes b1,…,bnb_1, \ldots, b_n est donc inversible, et la relation uσ(bi)=biu_\sigma(b_i) = b_i pour 1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n équivaut à Uσ⋅σ(B)=BU_\sigma \cdot \sigma(B) = B. Posant A=B−1A = B^{-1}, on obtient Uσ=A−1σ(A)U_\sigma = A^{-1} \sigma(A) pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma.

Corollaire 1

Soit (cσ)σ∈Γ(c_\sigma)_{\sigma \in \Gamma} une famille d’éléments non nuls de N\mathbf{N}. Pour qu’il existe a≠0a \neq 0 dans N\mathbf{N} tel que cσ=σ(a)⋅a−1c_\sigma = \sigma(a) \cdot a^{-1} pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, il faut et il suffit qu’on ait cστ=cσ⋅σ(cτ)c_{\sigma \tau} = c_\sigma \cdot \sigma(c_\tau) pour σ,τ\sigma, \tau dans Γ\Gamma.

Cité par 2

Cité par Lemma 4, V § 11, Proposition 9, V § 11

Corollaire 2

Soit (aσ)σ∈Γ(a_\sigma)_{\sigma \in \Gamma} une famille d’éléments de N\mathbf{N}. Pour qu’il existe bb dans N\mathbf{N} avec aσ=σ(b)−ba_\sigma = \sigma(b) - b pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, il faut et il suffit que l’on ait aστ=aσ+σ(aτ)a_{\sigma \tau} = a_\sigma + \sigma(a_\tau) pour σ,τ\sigma, \tau dans Γ\Gamma.

Cite 1 · Cité par 2

Cite Proposition 9

Cité par Lemma 4, V § 11, Proposition 10, V § 11

On a στ(b)−b=[σ(b)−b]+σ[τ(b)−b]\sigma \tau(b) - b = [\sigma(b) - b] + \sigma[\tau(b) - b] pour tout bb dans N\mathbf{N}, et σ,τ\sigma, \tau dans Γ\Gamma, d’où la nécessité.

Réciproquement, supposons qu’on ait aστ=aσ+σ(aτ)a_{\sigma \tau} = a_\sigma + \sigma(a_\tau) quels que soient σ\sigma et τ\tau dans Γ\Gamma. Posons Uσ=(1aσ01)U_\sigma = \begin{pmatrix} 1 & a_\sigma \\ 0 & 1 \end{pmatrix} pour σ∈Γ\sigma \in \Gamma. On a alors Uστ=Uσ⋅σ(Uτ)U_{\sigma \tau} = U_\sigma \cdot \sigma(U_\tau) pour σ,τ\sigma, \tau dans Γ\Gamma; d’après la prop. .9, il existe donc une matrice A=(xyzt)A = \begin{pmatrix} x & y \\ z & t \end{pmatrix} de déterminant non nul, telle que σ(A)=AUσ\sigma(A) = AU_\sigma pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma; en explicitant la relation σ(A)=AUσ\sigma(A) = AU_\sigma, on trouve

(σ(x)σ(y)σ(z)σ(t))=(xxaσ+yzzaσ+t)(σ∈Γ). \begin{pmatrix} \sigma(x) & \sigma(y) \\ \sigma(z) & \sigma(t) \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} x & xa_\sigma + y \\ z & za_\sigma + t \end{pmatrix} \quad (\sigma \in \Gamma).

En particulier, xx et zz appartiennent à K\mathbf{K} et l’on a

σ(y)=xaσ+y,σ(t)=zaσ+t(σ∈Γ). \sigma(y) = xa_\sigma + y, \quad \sigma(t) = za_\sigma + t \quad (\sigma \in \Gamma).

Si x≠0x \neq 0, on a aσ=σ(b)−ba_\sigma = \sigma(b) - b avec b=x−1yb = x^{-1}y; si z≠0z \neq 0, on a la même relation avec b=z−1tb = z^{-1}t. Or xx et zz ne sont pas tous deux nuls puisque l’on a

xt−yz=det⁡A≠0. xt - yz = \det A \neq 0.

6. Le théorème d’Artin

Théorème 2 (Artin)

Soient N\mathbf{N} un corps, Γ\Gamma un groupe d’automorphismes de N\mathbf{N} et K\mathbf{K} le corps des invariants de Γ\Gamma. Soit VV un sous-K\mathbf{K}-espace vectoriel de N\mathbf{N}, de dimension finie sur K\mathbf{K}. Alors toute application K\mathbf{K}-linéaire uu de VV dans N\mathbf{N} est combinaison linéaire à coefficients dans N\mathbf{N} de restrictions à VV d’éléments de Γ\Gamma.

Soit uu une application K\mathbf{K}-linéaire de VV dans N\mathbf{N} et soit V(N)=N⊗KVV_{(\mathbf{N})} = \mathbf{N} \otimes_{\mathbf{K}} V le N\mathbf{N}-espace vectoriel déduit de VV par extension des scalaires; notons u~\tilde{u} la forme N\mathbf{N}-linéaire sur V(N)V_{(\mathbf{N})} telle que u~(x⊗y)=x⋅u(y)\tilde{u}(x \otimes y) = x \cdot u(y) pour x∈Nx \in \mathbf{N} et y∈Vy \in V. Pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, il existe une forme N\mathbf{N}-linéaire hσh_\sigma sur V(N)V_{(\mathbf{N})} telle que hσ(x⊗y)=xσ(y)h_\sigma(x \otimes y) = x \sigma(y) pour x∈Nx \in \mathbf{N} et y∈Vy \in V. L’application canonique de V(N)=N⊗KVV_{(\mathbf{N})} = \mathbf{N} \otimes_{\mathbf{K}} V dans N⊗KN\mathbf{N} \otimes_{\mathbf{K}} \mathbf{N} est injective. Le cor. de la prop. 8 (V, p. 62) montre alors que l’intersection des noyaux des formes linéaires hσh_\sigma sur V(N)V_{(\mathbf{N})} est réduite à 0. Par suite (II, p. 104, cor. 1), il existe σ1,...,σn\sigma_1, ..., \sigma_n dans Γ\Gamma et a1,...,ana_1, ..., a_n dans N\mathbf{N} tels que u~=∑i=1naihσi\tilde{u} = \sum_{i=1}^n a_i h_{\sigma_i}, d’où u(x)=∑i=1naiσi(x)u(x) = \sum_{i=1}^n a_i \sigma_i(x) pour tout x∈Vx \in V.

Munissons l’ensemble NN\mathbf{N}^\mathbf{N} de toutes les applications de N\mathbf{N} dans N\mathbf{N} de la topologie produit des topologies discrètes des facteurs. Le th. 2 signifie que l’ensemble des combinaisons linéaires à coefficients dans N\mathbf{N} des éléments de Γ\Gamma est dense dans l’ensemble des applications K\mathbf{K}-linéaires de N\mathbf{N} dans N\mathbf{N}.

Théorème 3

Soient N\mathbf{N} un corps, Γ\Gamma un groupe fini d’automorphismes de N\mathbf{N} et K\mathbf{K} le corps des invariants de Γ\Gamma. Soit nn le cardinal de Γ\Gamma. a) *On a [N:K]=n[\mathbf{N} : \mathbf{K}] = n et N\mathbf{N} est une extension galoisienne de K\mathbf{K}, de groupe de Galois Γ\Gamma. b) *Soient σ1,…,σn\sigma_1, \ldots, \sigma_n les éléments de Γ\Gamma et (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) une base de N\mathbf{N} sur K\mathbf{K}. Alors on a det⁡(σi(xj))≠0\det (\sigma_i(x_j)) \neq 0. c) *Soit uu une application K\mathbf{K}-linéaire de N\mathbf{N} dans N\mathbf{N}. Il existe une unique famille (aσ)σ∈Γ(a_\sigma)_{\sigma \in \Gamma} d’éléments de N\mathbf{N} telle que u(x)=∑σ∈Γaσσ(x)u(x) = \sum_{\sigma \in \Gamma} a_\sigma \sigma(x) pour tout x∈Nx \in \mathbf{N}.

Cite 2 · Cité par 7

Cite Corollaire, Corollaire 2, V § 6

Cité par Corollaire 2, AC V § 2, Définition 2, Exercice 18, § 10, Lemme 2, Définition 3, V § 11, Proposition 4, V § 12, Théorème 2, VIII § 16

On munit l’anneau N⊗KN\mathbf{N} \otimes_\mathbf{K} \mathbf{N} de la structure de N\mathbf{N}-algèbre dont la loi externe est caractérisée par λ(x⊗y)=x⊗λy\lambda(x \otimes y) = x \otimes \lambda y pour λ,x,y\lambda, x, y dans N\mathbf{N}. Alors la dimension du N\mathbf{N}-espace vectoriel N⊗KN\mathbf{N} \otimes_\mathbf{K} \mathbf{N} est égale à [N:K][\mathbf{N} : \mathbf{K}]. La dimension du N\mathbf{N}-espace vectoriel produit NΓ\mathbf{N}^\Gamma est égale à nn. L’application ψ\psi définie dans le cor. de la prop. 8 (V, p. 62) est un N\mathbf{N}-isomorphisme de N⊗KN\mathbf{N} \otimes_\mathbf{K} \mathbf{N} sur NΓ\mathbf{N}^\Gamma, d’où [N:K]=n[\mathbf{N} : \mathbf{K}] = n. Soit Δ\Delta le groupe des K\mathbf{K}-automorphismes de N\mathbf{N}. On a Γ⊂Δ\Gamma \subset \Delta, donc K\mathbf{K} est le corps des invariants de Δ\Delta, et N\mathbf{N} est extension galoisienne de K\mathbf{K}. De plus, l’ordre de Δ\Delta est au plus égal à [N:K][\mathbf{N} : \mathbf{K}] d’après le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2) et comme l’ordre de Γ\Gamma est égal à [N:K][\mathbf{N} : \mathbf{K}], on a Γ=Δ\Gamma = \Delta. Donc Γ\Gamma est le groupe de Galois de N\mathbf{N} sur K\mathbf{K}. Ceci prouve a). Avec les notations de b), posons fi=ψ(xi⊗1)f_i = \psi(x_i \otimes 1); on a fi(σ)=σ(xi)f_i(\sigma) = \sigma(x_i) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n et σ∈Γ\sigma \in \Gamma. Comme ψ\psi est un isomorphisme de N\mathbf{N}-espaces vectoriels, la suite (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n) est une base de NΓ\mathbf{N}^\Gamma sur N\mathbf{N}, d’où det⁡(fj(σi))≠0\det(f_j(\sigma_i)) \neq 0, c’est-à-dire

det⁡(σi(xj))≠0. \det (\sigma_i(x_j)) \neq 0.
Ceci prouve b). Enfin, l’assertion c) résulte du th. 2 (V, p. 63) qui prouve l’*existence* d’une famille (aσ)σ∈Γ(a_\sigma)_{\sigma \in \Gamma} telle que u(x)=∑σ∈Γaσσ(x)u(x) = \sum_{\sigma \in \Gamma} a_\sigma \sigma(x) (pour tout x∈Nx \in \mathbf{N}), et du théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2) qui prouve l’unicité de (aσ)σ∈Γ(a_\sigma)_{\sigma \in \Gamma}.

7. Le théorème fondamental de la théorie de Galois

Théorème 4

Soient N\mathbf{N} une extension galoisienne de K\mathbf{K} et Γ\Gamma son groupe de Galois. Soit K\mathscr{K} l’ensemble des sous-extensions de N\mathbf{N} et soit G\mathscr{G} l’ensemble des sous-groupes fermés de Γ\Gamma. Pour tout sous-groupe Δ∈G\Delta \in \mathscr{G}, on note k(Δ)k(\Delta) le corps des invariants de Δ\Delta et pour tout sous-corps E∈KE \in \mathscr{K}, on note g(E)g(E) le groupe des EE-automorphismes de N\mathbf{N}. Alors Δ↦k(Δ)\Delta \mapsto k(\Delta) est une bijection de G\mathscr{G} sur K\mathscr{K}, et E↦g(E)E \mapsto g(E) est la bijection réciproque.* A) La relation E=k(g(E))E = k(g(E)) (pour E∈KE \in \mathscr{K}) résulte du lemme plus précis suivant :

Cité par 2

Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Lemme 5

Lemme 1

Soit EE une sous-extension de N\mathbf{N}. Alors N\mathbf{N} est extension galoisienne de EE, et Gal(N/E)\mathrm{Gal}(\mathbf{N}/E) est un sous-groupe fermé de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(\mathbf{N}/\mathbf{K}), avec la topologie induite.* Soit x∈Nx \in \mathbf{N}; le polynôme minimal ff de xx sur EE divise dans E[X]E[X] le polynôme minimal gg de xx sur K\mathbf{K} (V, p. 16, cor. 2). Comme N\mathbf{N} est galoisienne sur K\mathbf{K}, le polynôme gg est produit dans N[X]\mathbf{N}[X] de facteurs distincts de degré 1 ; il en est donc de même de ff, donc N\mathbf{N} est galoisienne sur EE.

Cite 1 · Cité par 2

Cite Corollaire 2, V § 3

Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Lemme 2

Soient Γ\Gamma le groupe de Galois de N\mathbf{N} sur KK et Δ\Delta celui de N\mathbf{N} sur EE. Par définition, Δ\Delta est le sous-groupe de Γ\Gamma formé des σ\sigma tels que σ(x)=x\sigma(x) = x pour tout x∈Ex \in E. Or, pour tout x∈Ex \in E, l’application σ↦σ(x)\sigma \mapsto \sigma(x) de Γ\Gamma dans l’espace discret N\mathbf{N} est continue, donc Δ\Delta est fermé dans Γ\Gamma. Soit σ∈Γ\sigma \in \Gamma. Pour x1,…,xnx_1, \ldots, x_n dans N\mathbf{N}, soit U(x1,…,xn)U(x_1, \ldots, x_n) l’ensemble des τ∈Γ\tau \in \Gamma tels que τ(xi)=σ(xi)\tau(x_i) = \sigma(x_i) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n; posons

V(x1,…,xn)=U(x1,…,xn)∩Δ. V(x_1, \ldots, x_n) = U(x_1, \ldots, x_n) \cap \Delta.
Alors la famille des ensembles U(x1,…,xn)U(x_1, \ldots, x_n) (resp. V(x1,…,xn)V(x_1, \ldots, x_n)) est une base de voisinages de σ\sigma dans Γ\Gamma (resp. Δ\Delta). Donc la topologie de Δ\Delta est induite par celle de Γ\Gamma.

B) La relation Δ=g(k(Δ))\Delta = g(k(\Delta)) (pour Δ∈G\Delta \in \mathscr{G}) résulte du lemme plus précis suivant :

Lemme 2

Soit Δ\Delta un sous-groupe de Γ\Gamma. Soit EE le corps des invariants de Δ\Delta. Alors le groupe de Galois de N\mathbf{N} sur EE est l’adhérence de Δ\Delta dans Γ\Gamma.

Cite 4 · Cité par 1

Cite Lemme 1, Proposition 2, Corollaire 2, V § 6, Théorème 3

Cité par Proposition 5, V § 12

Le groupe de Galois de N\mathbf{N} sur EE est fermé dans Γ\Gamma (lemme 1) et contient Δ\Delta, donc il contient l’adhérence Δ‾\overline{\Delta} de Δ\Delta. Soit σ\sigma un EE-automorphisme de N\mathbf{N} et soient x1,…,xnx_1, \ldots, x_n dans N\mathbf{N}. Comme N\mathbf{N} est galoisien sur EE (lemme 1), il existe (V, p. 55, prop. 2) une sous-extension N0\mathbf{N}_0 de N\mathbf{N}, galoisienne et de degré fini sur EE, contenant x1,…,xnx_1, \ldots, x_n. Soit Δ0\Delta_0 l’image du sous-groupe Δ\Delta de Gal(N/E)\mathrm{Gal}(\mathbf{N}/E) par l’homomorphisme de restriction de Gal(N/E)\mathrm{Gal}(\mathbf{N}/E) dans Gal(N0/E)\mathrm{Gal}(\mathbf{N}_0/E). Comme [N0:E][\mathbf{N}_0 : E] est fini, le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2) montre que Gal(N0/E)\mathrm{Gal}(\mathbf{N}_0/E) est fini. Donc Δ0\Delta_0 est fini, et comme EE est le corps des invariants de Δ0\Delta_0, on a Δ0=Gal(N0/E)\Delta_0 = \mathrm{Gal}(\mathbf{N}_0/E) (V, p. 64, th. 3). En particulier, Δ0\Delta_0 contient la restriction de σ\sigma à N0\mathbf{N}_0. Il existe donc τ∈Δ\tau \in \Delta tel que σ\sigma et τ\tau aient même restriction à N0\mathbf{N}_0, d’où σ(x1)=τ(x1),…,σ(xn)=τ(xn)\sigma(x_1) = \tau(x_1), \ldots, \sigma(x_n) = \tau(x_n). Par suite, σ\sigma est adhérent à Δ\Delta dans Γ\Gamma, donc Gal(N/E)⊂Δ‾\mathrm{Gal}(\mathbf{N}/E) \subset \overline{\Delta}.

Corollaire 1

Soient EE et E′E' deux sous-corps de N\mathbf{N} contenant KK ; on a E⊂E′E \subset E' si et seulement si l’on a g(E)⊃g(E′)g(E) \supset g(E'). Si Δ\Delta et Δ′\Delta' sont deux sous-groupes fermés de Γ\Gamma, on a Δ⊂Δ′\Delta \subset \Delta' si et seulement si k(Δ)⊃k(Δ′)k(\Delta) \supset k(\Delta').

Cité par 3

Cité par Corollaire 2, Corollaire 5, Corollaire 1

En effet les deux bijections réciproques E↦g(E)E \mapsto g(E) et Δ↦k(Δ)\Delta \mapsto k(\Delta) sont décroissantes.

Corollaire 2

Soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de sous-corps de N\mathbf{N} contenant KK ; posons L=⋂i∈IEiL = \bigcap_{i \in I} E_i et M=K(⋃i∈IEi)M = K(\bigcup_{i \in I} E_i). Alors g(L)g(L) est le plus petit sous-groupe fermé de Γ\Gamma contenant ⋃i∈Ig(Ei)\bigcup_{i \in I} g(E_i) et l’on a g(M)=⋂i∈Ig(Ei)g(M) = \bigcap_{i \in I} g(E_i).

Cite 1 · Cité par 1

Cite Corollaire 1

Cité par Corollaire 6

La première assertion résulte du cor. 1 et la deuxième est immédiate.

Corollaire 3

Pour i=1,2i = 1, 2, soit EiE_i un sous-corps de N\mathbf{N} contenant KK et soit Δi=g(Ei)\Delta_i = g(E_i). Pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma, les relations σ(E1)=E2\sigma(E_1) = E_2 et σΔ1σ−1=Δ2\sigma \Delta_1 \sigma^{-1} = \Delta_2 sont équivalentes.

Cité par 2

Cité par Corollaire 4, Proposition 13

En effet, on a τ∈g(σ(E1))\tau \in g(\sigma(E_1)) si et seulement si l’on a τσ(x)=σ(x)\tau \sigma(x) = \sigma(x), c’est-à-dire σ−1τσ(x)=x\sigma^{-1} \tau \sigma(x) = x, pour tout x∈E1x \in E_1 ; ceci équivaut encore à σ−1τσ∈Δ1\sigma^{-1} \tau \sigma \in \Delta_1, d’où g(σ(E1))=σΔ1σ−1g(\sigma(E_1)) = \sigma \Delta_1 \sigma^{-1}.

Corollaire 4

Soit EE un sous-corps de NN contenant KK et soit Δ=g(E)\Delta = g(E). Pour que EE soit galoisien sur KK, il faut et il suffit que Δ\Delta soit un sous-groupe distingué de Γ\Gamma. S’il en est ainsi, l’homomorphisme de restriction de Γ\Gamma dans Gal(E/K)\mathrm{Gal}(E/K) définit par passage au quotient un isomorphisme de groupes topologiques de Γ/Δ\Gamma / \Delta sur Gal(E/K)\mathrm{Gal}(E/K).

Cite 5 · Cité par 5

Cite Corollaire 3, Proposition 1, V § 9, Proposition 3, V § 9, Proposition 3, Corollaire 2, TG I § 9

Cité par § 10. Extensions galoisiennes, Corollaire 6, Définition 1, V § 11, Définition 3, V § 11, Proposition 1, V § 11

Comme NN est séparable sur KK, il en est de même de EE (V, p. 35, prop. 1). Par suite, EE est galoisien sur KK si et seulement s’il est quasi-galoisien sur KK; ceci signifie aussi qu’on a σ(E)=E\sigma(E) = E pour tout KK-automorphisme σ\sigma de NN (V, p. 50, prop. 1 et p. 52, prop. 3). D’après le cor. 3, ceci équivaut à σΔσ−1=Δ\sigma \Delta \sigma^{-1} = \Delta pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma.

L’homomorphisme de restriction φ:Gal(N/K)→Gal(E/K)\varphi : \mathrm{Gal}(N/K) \to \mathrm{Gal}(E/K) est continu et surjectif (V, p. 58, prop. 3), et son noyau est évidemment égal à Δ=Gal(N/E)\Delta = \mathrm{Gal}(N/E). Comme Γ\Gamma est compact, l’homomorphisme de Γ/Δ\Gamma / \Delta sur Gal(E/K)\mathrm{Gal}(E/K) déduit de φ\varphi par passage au quotient est un isomorphisme de groupes topologiques (TG, I, p. 63, cor. 2).

Corollaire 5

Soit EE un sous-corps de NN contenant KK. Pour que EE soit de degré fini sur KK, il faut et il suffit que g(E)g(E) soit ouvert dans Γ\Gamma. S’il en est ainsi, l’indice (Γ:g(E))(\Gamma : g(E)) est fini et égal à [E:K][E : K].

Cite 5 · Cité par 2

Cite § 10. Extensions galoisiennes, Corollaire 1, Théorème 2 (Steinitz), V § 4, Proposition 4, V § 6, Proposition 1, V § 9

Cité par Lemme 5, Théorème 6, VIII § 16

Pour que g(E)g(E) soit ouvert, il faut et il suffit qu’il existe une sous-extension FF de NN, de degré fini sur KK, telle que, avec les notations de V, p. 58, g(E)g(E) contienne UF(IdN)=g(F)U_F(\mathrm{Id}_N) = g(F). La relation g(E)⊃g(F)g(E) \supset g(F) équivaut à E⊂FE \subset F d’après le cor. 1 (V, p. 65), d’où la première assertion du cor. 5.

Supposons [E:K][E : K] fini. Soit Ω\Omega une clôture algébrique de KK contenant NN comme sous-extension (V, p. 22, th. 2) et soit H\mathscr{H} l’ensemble des KK-homomorphismes de EE dans Ω\Omega. Tout élément de H\mathscr{H} est induit par un KK-automorphisme de Ω\Omega (V, p. 50, prop. 1), et comme NN est quasi-galoisienne sur KK, l’application σ↦σ∣E\sigma \mapsto \sigma|E de Γ\Gamma dans H\mathscr{H} est surjective. Pour que σ∈Γ\sigma \in \Gamma et σ′∈Γ\sigma' \in \Gamma aient même restriction à EE, il faut et il suffit qu’on ait σ−1σ′∈g(E)\sigma^{-1} \sigma' \in g(E), d’où Card H=(Γ:g(E))\mathrm{Card} \, \mathscr{H} = (\Gamma : g(E)). Enfin, comme EE est une algèbre étale sur KK, on a Card H=[E:K]\mathrm{Card} \, \mathscr{H} = [E : K] (V, p. 31, prop. 4). En conclusion, on a (Γ:g(E))=[E:K](\Gamma : g(E)) = [E : K].

Corollaire 6

Pour i=1,2i = 1, 2, soient EiE_i une sous-extension de NN et Γi\Gamma_i le groupe de Galois de NN sur EiE_i. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) Le groupe Γ\Gamma est produit direct des sous-groupes Γ1\Gamma_1 et Γ2\Gamma_2. b) Les extensions E1E_1 et E2E_2 sont galoisiennes sur KK, on a E1∩E2=KE_1 \cap E_2 = K et

K(E1∪E2)=N. K(E_1 \cup E_2) = N.

Cite 4 · Cité par 2

Cite Proposition 15, I § 4, Corollaire 2, Corollaire 4, Corollaire 1, TG I § 6

Cité par Remark, V § 10, Corollaire 2

Pour que Γ\Gamma soit produit direct des sous-groupes Γ1\Gamma_1 et Γ2\Gamma_2, il faut et il suffit que les conditions suivantes soient remplies (A, I, p. 46, prop. 15) : (i) les sous-groupes Γ1\Gamma_1 et Γ2\Gamma_2 sont distingués dans Γ\Gamma; (ii) on a Γ1∩Γ2={ε}\Gamma_1 \cap \Gamma_2 = \{ \varepsilon \}, où ε\varepsilon est l’élément neutre de Γ\Gamma; (iii) on a Γ=Γ1.Γ2\Gamma = \Gamma_1 . \Gamma_2.

Or (i) signifie que E1E_1 et E2E_2 sont galoisiennes sur KK (cor. 4). D’après le cor. 2, la condition (ii) équivaut à N=K(E1∪E2)N = K(E_1 \cup E_2). Enfin si (i) et (ii) sont vérifiées, Γ1Γ2\Gamma_1 \Gamma_2 est le plus petit sous-groupe de Γ\Gamma contenant Γ1∪Γ2\Gamma_1 \cup \Gamma_2; il est fermé car Γ1\Gamma_1 et Γ2\Gamma_2 sont compacts et l’application (σ,τ)↦στ(\sigma, \tau) \mapsto \sigma \tau de Γ1×Γ2\Gamma_1 \times \Gamma_2 dans Γ\Gamma est continue (TG, I, p. 63, cor. 1). Le cor. 2 montre alors que (iii) équivaut à E1∩E2=KE_1 \cap E_2 = K. Ceci prouve l’équivalence de a) et b).

Remarque

Avec les notations du cor. 6, supposons les conditions a) et b) remplies. Les homomorphismes de restriction φi:Γ→Gal(Ei/K)\varphi_i : \Gamma \to \mathrm{Gal}(E_i/K) pour i=1,2i = 1, 2 induisent des isomorphismes de groupes topologiques

Ψ1:Γ2→Gal(E1/K),Ψ2:Γ1→Gal(E2/K). \Psi_1 : \Gamma_2 \to \mathrm{Gal}(E_1/K) , \quad \Psi_2 : \Gamma_1 \to \mathrm{Gal}(E_2/K) .

D’après a), on voit que l’application σ↦(φ1(σ),φ2(σ))\sigma \mapsto (\varphi_1(\sigma), \varphi_2(\sigma)) est un isomorphisme de groupes topologiques de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) sur Gal(E1/K)×Gal(E2/K)\mathrm{Gal}(E_1/K) \times \mathrm{Gal}(E_2/K).

8. Changement du corps de base

Soient NN une extension galoisienne de KK et Γ\Gamma le groupe de Galois de NN sur KK; soit aussi N′N' une extension galoisienne d’un corps K′K', de groupe de Galois Γ′\Gamma'. On identifie KK (resp. K′K') à son image dans NN (resp. N′N'). Soient uu un homomorphisme

N→vN′∣∣K→uK′ \begin{array}{ccc} N & \xrightarrow{v} & N' \\ | & & | \\ K & \xrightarrow{u} & K' \end{array}

Fig. 1.

de KK dans K′K' et vv un homomorphisme de NN dans N′N', dont la restriction à KK soit égale à uu (cf. fig. 1). Soit σ∈Γ′\sigma \in \Gamma'; comme on a u(K)⊂K′u(K) \subset K', σ\sigma est un u(K)u(K)-automorphisme de N′N'; de plus, v(N)v(N) est extension galoisienne de u(K)u(K), donc σ\sigma induit un u(K)u(K)-automorphisme de v(N)v(N) (V, p. 53, remarque 1). Autrement dit, pour tout σ∈Γ′\sigma \in \Gamma', il existe un unique élément v∗(σ)v^*(\sigma) de Γ\Gamma tel que

v∘v∗(σ)=σ∘v. v \circ v^*(\sigma) = \sigma \circ v .

L’application v∗v^* est un homomorphisme de Gal(N′/K′)\mathrm{Gal}(N'/K') dans Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K). Pour tout x∈Nx \in N, l’application σ↦v∗(σ)(x)=v−1(σ(v(x)))\sigma \mapsto v^*(\sigma)(x) = v^{-1}(\sigma(v(x))) de Γ′\Gamma' dans l’espace discret NN est continue, donc v∗v^* est continue.

Trois cas particuliers sont importants :

a) Si FF est une extension galoisienne de KK et EE une sous-extension de FF, on sait (V, p. 64, lemme 1) que FF est extension galoisienne de EE. Appliquons ce qui précède au cas où N=F,K′=E,N′=FN = F, K' = E, N' = F et v=IdFv = \mathrm{Id}_F. Alors v∗v^* n’est autre que l’injection canonique

j:Gal(F/E)→Gal(F/K). j : \mathrm{Gal}(F/E) \to \mathrm{Gal}(F/K) .

On l’appelle parfois l’homomorphisme d’inflation.

b) Supposons de plus que EE soit galoisienne sur KK. Appliquons ce qui précède au cas où N=E,K′=K,N′=FN = E, K' = K, N' = F et où vv est l’injection canonique de EE dans FF. Alors v∗v^* n’est autre que l’homomorphisme de restriction

π:Gal(F/K)→Gal(E/K). \pi : \mathrm{Gal}(F/K) \to \mathrm{Gal}(E/K) .

On sait (V, p. 58, prop. 3) que π\pi est surjectif, de noyau Gal(F/E)\mathrm{Gal}(F/E), et définit par passage au quotient un isomorphisme de groupes topologiques de Gal(F/K)/Gal(F/E)\mathrm{Gal}(F/K)/\mathrm{Gal}(F/E) sur Gal(E/K)\mathrm{Gal}(E/K) (V, p. 66, cor. 4).

c) Supposons que l’on ait v−1(K′)=Kv^{-1}(K') = K et N′=K′(v(N))N' = K'(v(N)). Montrons que l’homomorphisme

v∗:Gal(N′/K′)→Gal(N/K), v^*: \mathrm{Gal}(N'/K') \to \mathrm{Gal}(N/K),

est un isomorphisme de groupes topologiques, appelé parfois la translation. En effet, le groupe Gal(N′/K′)\mathrm{Gal}(N'/K') est compact, le groupe Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) est séparé et v∗v^* est continu ; il suffit donc (TG, I, p. 63, cor. 2) de prouver que v∗v^* est bijectif. Or tout élément σ\sigma du noyau de v∗v^* est un automorphisme de N′N' qui induit l’identité sur K′K' et sur v(N)v(N), donc σ=ε\sigma = \varepsilon puisque N′=K′(v(N))N' = K'(v(N)); par suite, v∗v^* est injectif. Par ailleurs, l’image de v∗v^* est un sous-groupe fermé Δ\Delta de Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K) (TG, I, p. 63, ibid.) et le corps des invariants de Δ\Delta est égal à v−1(K′)=Kv^{-1}(K') = K; par suite, on a Δ=Gal(N/K)\Delta = \mathrm{Gal}(N/K) (V, p. 64, th. 4), donc v∗v^* est surjectif.

Le cas général se ramène par composition aux précédents. Remarquons tout d’abord que K′(v(N))K'(v(N)) est le corps des invariants dans N′N' du noyau Δ\Delta de v∗v^*; comme Δ\Delta est un sous-groupe distingué de Gal(N′/K′)\mathrm{Gal}(N'/K'), l’extension K′(v(N))K'(v(N)) de K′K' est galoisienne (V, p. 66, cor. 4). Alors v∗v^* est composé des homomorphismes

Gal(N′/K′)→πGal(K′(v(N))/K′)→ψGal(N/v−1(K′))→jGal(N/K); \mathrm{Gal}(N'/K') \xrightarrow{\pi} \mathrm{Gal}(K'(v(N))/K') \xrightarrow{\psi} \mathrm{Gal}(N/v^{-1}(K')) \xrightarrow{j} \mathrm{Gal}(N/K);

dans cette suite, π\pi est l’homomorphisme de restriction associé au triplet K′⊂K′(v(N))⊂N′K' \subset K'(v(N)) \subset N', ψ\psi est l’isomorphisme de translation associé au carré central du diagramme (fig. 2) et jj est l’homomorphisme d’inflation associé au triplet K⊂v−1(K′)⊂NK \subset v^{-1}(K') \subset N.

N→K′(v(N))→N′↑↑K→v−1(K′)→K′ \begin{array}{ccc} N & \to & K'(v(N)) \to N' \\ \uparrow & & \uparrow \\ K & \to & v^{-1}(K') \to K' \end{array}

Fig. 2.

Le théorème suivant précise la structure des isomorphismes de translation.

Théorème 5

Soient N′N' une extension de KK, engendrée par deux sous-extensions K′K' et NN. On suppose que NN est galoisienne sur KK, de groupe de Galois Γ\Gamma et que K′∩N=KK' \cap N = K. Alors l’extension N′N' de K′K' est galoisienne et l’homomorphisme canonique φ\varphi de K′⊗KNK' \otimes_K N dans N′N' est un isomorphisme. Soit σ∈Gal(N/K)\sigma \in \mathrm{Gal}(N/K) et soit σ′\sigma' l’élément de Gal(N′/K′)\mathrm{Gal}(N'/K') qui lui correspond par l’isomorphisme de translation ; on a σ′∘φ=φ∘(IdK′⊗σ)\sigma' \circ \varphi = \varphi \circ (\mathrm{Id}_{K'} \otimes \sigma).

Cite 4 · Cité par 5

Cite Proposition 10, V § 7, Corollaire 4, V § 9, Corollaire 1, V § 3, § 10. Extensions galoisiennes

Cité par Exercice 2, § 10, Exercice 4, § 10, Proposition 13, Corollaire 2, Proposition 1, V § 17

On a N′=K′(N)N' = K'(N) et NN est algébrique et séparable sur KK; donc (V, p. 41, prop. 10), l’extension N′N' de K′K' est algébrique et séparable. D’après le cor. 4 de V, p. 53, l’extension N′N' de K′K' est quasi-galoisienne. Par suite, l’extension N′N' de K′K' est galoisienne. D’après c) ci-dessus, l’application σ↦σ∣N\sigma \mapsto \sigma|N est un isomorphisme λ\lambda de Gal(N′/K′)\mathrm{Gal}(N'/K') sur Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K).

On a N′=K′[N]N' = K'[N] puisque NN est algébrique sur KK (V, p. 18, cor. 1), donc φ\varphi est surjectif. Si σ\sigma appartient à Gal(N/K)\mathrm{Gal}(N/K), on a

λ−1(σ)∘φ=φ∘(IdK′⊗σ) \lambda^{-1}(\sigma) \circ \varphi = \varphi \circ (\mathrm{Id}_{K'} \otimes \sigma)

Par suite, le noyau de φ\varphi est stable par les applications IdK′⊗σ\mathrm{Id}_{K'} \otimes \sigma, donc de la forme K′⊗KN0K' \otimes_K N_0 avec N0⊂NN_0 \subset N (V, p. 60, cor.). Pour xx dans N0N_0, on a x=φ(1⊗x)=0x = \varphi(1 \otimes x) = 0, d’où N0=0N_0 = 0 et donc φ\varphi est injectif.

Corollaire 1

Soit E′E' un sous-corps de N′N' contenant K′K'. Il existe un unique sous-corps EE de NN, contenant KK et tel que E′=K′(E)E' = K'(E). On a E=E′∩NE = E' \cap N.

Cite 1

Cite Corollaire 1

Posons E=E′∩NE = E' \cap N, d’où E′⊃K′(E)E' \supset K'(E). Posons Γ=Gal(N/K)\Gamma = \mathrm{Gal}(N/K) et Δ=Gal(N/E)\Delta = \mathrm{Gal}(N/E), et définissons de manière analogue Γ′\Gamma' et Δ′\Delta'. L’application λ^:σ↦σ∣N\hat{\lambda} : \sigma \mapsto \sigma|N est un isomorphisme de Γ′\Gamma' sur Γ\Gamma, et aussi de Δ′\Delta' sur Δ\Delta; autrement dit, Δ′\Delta' se compose des σ∈Γ′\sigma \in \Gamma' tels que λ^(σ)\hat{\lambda}(\sigma) appartienne à Δ\Delta. Si σ∈Γ′\sigma \in \Gamma' laisse fixes les éléments de K′(E)K'(E), on a λ^(σ)∈Δ\hat{\lambda}(\sigma) \in \Delta, d’où σ∈Δ′\sigma \in \Delta' et σ\sigma laisse fixes les éléments de E′E'; d’après le cor. 1 de V, p. 65, on a donc K′(E)⊃E′K'(E) \supset E'.

On a prouvé l’égalité E′=K′(E)E' = K'(E), d’où φ−1(E′)=K′⊗KE\varphi^{-1}(E') = K' \otimes_K E. Si FF est un sous-corps de NN contenant KK et tel que E′=K′(F)E' = K'(F), on a de même φ−1(E′)=K′⊗KF\varphi^{-1}(E') = K' \otimes_K F, d’où F=EF = E.

Corollaire 2

Soit NN une extension galoisienne de KK. On suppose que le groupe de Galois Γ\Gamma de NN sur KK est produit direct de deux sous-groupes fermés Γ1\Gamma_1 et Γ2\Gamma_2, et l’on note EiE_i le corps des invariants de Γi\Gamma_i pour i=1,2i = 1, 2. L’homomorphisme canonique de E1⊗KE2E_1 \otimes_K E_2 dans NN est un isomorphisme.

Cite 2

Cite Corollaire 6, Théorème 5

On a E1∩E2=KE_1 \cap E_2 = K et N=K(E1∪E2)N = K(E_1 \cup E_2) d’après le cor. 6 (V, p. 66), et il suffit alors d’appliquer le théorème 5.

Remarque

Soient KK et K′K' deux corps et uu un homomorphisme de KK dans K′K'. Soit KsK_s (resp. Ks′K'_s) une clôture séparable (V, p. 44, prop. 14) de KK (resp. K′K') et Π\Pi (resp. Π′\Pi') le groupe de Galois de KsK_s sur KK (resp. Ks′K'_s sur K′K'). Comme KsK_s est une extension algébrique et séparable de KK, et que l’extension (Ks′,u)(K'_s, u) de KK est séparablement close, il existe (V, p. 44, cor.) un homomorphisme vv de KsK_s dans Ks′K'_s prolongeant uu. On déduit de vv un homomorphisme continu v∗v^* de Π′\Pi' dans Π\Pi. Soit v1v_1 un autre prolongement de uu. Comme KsK_s est une extension quasi-galoisienne de KK, il existe un élément σ0\sigma_0 de Π\Pi tel que v1=v∘σ0v_1 = v \circ \sigma_0. On en déduit v1∗(τ)=σ0−1v∗(τ)σ0v_1^*(\tau) = \sigma_0^{-1} v^*(\tau) \sigma_0 pour tout τ∈Π\tau \in \Pi.

9. Théorème de la base normale

Soit NN une extension galoisienne de KK, de groupe de Galois Γ\Gamma. Identifions Γ\Gamma à la base canonique de l’algèbre de groupe K(Γ)K^{(\Gamma)} (III, p. 19); on peut considérer NN comme un K(Γ)K^{(\Gamma)}-module à gauche (III, p. 20, exemple), de sorte qu’on a

u⋅x=∑σ∈Γaσσ(x) pour x∈N et u=∑σ∈Γaσσ dans K(Γ). u \cdot x = \sum_{\sigma \in \Gamma} a_\sigma \sigma(x) \text{ pour } x \in N \text{ et } u = \sum_{\sigma \in \Gamma} a_\sigma \sigma \text{ dans } K^{(\Gamma)}.

Si NN est de degré fini sur KK, le groupe Γ\Gamma est fini d’après le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2), et l’on peut définir l’élément t=∑σ∈Γσt = \sum_{\sigma \in \Gamma} \sigma de K(Γ)K^{(\Gamma)}; on a alors

Tr⁡N/K(x)=∑σ∈Γσ(x), \operatorname{Tr}_{N/K}(x) = \sum_{\sigma \in \Gamma} \sigma(x),

c’est-à-dire Tr⁡N/K(x)=t.x\operatorname{Tr}_{N/K}(x) = t.x pour tout x∈Nx \in N.

Définissons une action à droite de Γ\Gamma sur NN par xσ=σ−1(x)x^\sigma = \sigma^{-1}(x). De manière analogue, on peut considérer le groupe multiplicatif N∗N^* comme un Z(Γ)\mathbf{Z}^{(\Gamma)}-module à droite, la loi externe étant notée (x,u)↦xu(x, u) \mapsto x^u. Par exemple, la notation x2σ+3τ+πx^{2\sigma + 3\tau + \pi}, où σ,τ,π\sigma, \tau, \pi sont des éléments de Γ\Gamma, désigne le produit (xσ)2⋅(xτ)3⋅xπ(x^\sigma)^2 \cdot (x^\tau)^3 \cdot x^\pi. Si NN est de degré fini sur KK, et si t=∑σ∈Γσt = \sum_{\sigma \in \Gamma} \sigma comme plus haut, on a NN/K(x)=∏σ∈ΓxσN_{N/K}(x) = \prod_{\sigma \in \Gamma} x^\sigma, c’est-à-dire NN/K(x)=xtN_{N/K}(x) = x^t pour tout x∈N∗x \in N^*.

Supposons désormais NN de degré fini sur KK. Soit x∈Nx \in N; pour que {x}\{ x \} soit une base du K(Γ)K^{(\Gamma)}-module NN, il faut et il suffit que la famille (σ(x))σ∈Γ(\sigma(x))_{\sigma \in \Gamma} soit une base de NN sur KK. On dit qu’une telle base est une base normale de NN sur KK.

Théorème 6

Soit NN une extension galoisienne de degré fini sur KK et soit Γ\Gamma le groupe de Galois de NN sur KK. Il existe une base normale de NN sur KK. Autrement dit, le K(Γ)K^{(\Gamma)}-module NN est libre de rang 1.

Cite 2 · Cité par 3

Cite V § 2. Extensions, § 10. Extensions galoisiennes

Cité par Exercice 10, § 2, Remarque 3, VIII § 16, Théorème 2, LIE V § 5

Nous donnerons deux démonstrations de cet énoncé. La première utilise le lemme suivant qui sera démontré au chapitre VIII (§ 2, n° 5). \* Lemme 3. — Soient AA une KK-algèbre, M1M_1 et M2M_2 deux AA-modules de rang fini sur KK. On suppose qu’il existe une extension LL de KK telle que les modules L⊗KM1L \otimes_K M_1 et L⊗KM2L \otimes_K M_2 sur l’anneau L⊗KAL \otimes_K A soient isomorphes. Alors les AA-modules M1M_1 et M2M_2 sont isomorphes.

On appliquera le lemme 3 au cas où A=K(Γ)A = K^{(\Gamma)}, M1=NM_1 = N, M2=AsM_2 = A_s et L=NL = N D’après le cor. de V, p. 62, il existe un KK-isomorphisme φ\varphi de N⊗KNN \otimes_K N sur N⊗KK(Γ)N \otimes_K K^{(\Gamma)} qui transforme x⊗yx \otimes y en ∑σ∈Γxσ−1(y)⊗σ\sum_{\sigma \in \Gamma} x \sigma^{-1}(y) \otimes \sigma. Il est immédiat que φ\varphi est un isomorphisme de N⊗KK(Γ)N \otimes_K K^{(\Gamma)}-modules, et le théorème résulte alors du lemme 3. \*

Pour la deuxième démonstration, nous utiliserons la proposition suivante :

Proposition 10

Soit x∈Nx \in N. Pour que {x}\{ x \} soit une base du K(Γ)K^{(\Gamma)}-module NN, il faut et il suffit que det⁡(στ(x))σ,τ∈Γ\det(\sigma \tau(x))_{\sigma, \tau \in \Gamma} soit non nul.

Cite 3

Cite Proposition 14, II § 7, Théorème 2 (principe du prolongement des identités algébriques), IV § 2, IV § 5. Tenseurs symétriques et applications polynomiales

Comme K(Γ)K^{(\Gamma)} et NN ont même dimension sur KK, dire que {x}\{ x \} est une base de NN sur K(Γ)K^{(\Gamma)} signifie que l’application a↦axa \mapsto ax de K(Γ)K^{(\Gamma)} dans NN est injective. Cela signifie aussi que l’application b↦b(1⊗x)b \mapsto b(1 \otimes x) de N⊗KK(Γ)N \otimes_K K^{(\Gamma)} dans N⊗KNN \otimes_K N est injective (II, p. 108, prop. 14). Or, il existe un isomorphisme de N⊗KK(Γ)N \otimes_K K^{(\Gamma)}-modules de N⊗KNN \otimes_K N sur N⊗KK(Γ)N \otimes_K K^{(\Gamma)} qui transforme 1⊗x1 \otimes x en ∑σσ−1(x)⊗σ\sum_{\sigma} \sigma^{-1}(x) \otimes \sigma. Il s’ensuit que {x}\{ x \} est une base de NN sur K(Γ)K^{(\Gamma)} si et seulement si, pour toute famille non nulle (nτ)τ∈Γ(n_\tau)_{\tau \in \Gamma} d’éléments de NN, on a (∑nτ⊗τ)(∑σ−1(x)⊗σ)≠0(\sum n_\tau \otimes \tau)(\sum \sigma^{-1}(x) \otimes \sigma) \neq 0. Mais cette dernière relation signifie qu’il existe τ∈Γ\tau \in \Gamma tel que ∑nτσ−1τ(x)≠0\sum n_\tau \sigma^{-1} \tau(x) \neq 0, d’où la proposition.

A) Supposons K infini ; l’application x↦det⁡(στ(x))x \mapsto \det(\sigma \tau(x)) de N dans N est polynômiale sur K (IV, p. 51). Par extension des scalaires de K à N elle donne l’application analogue pour le N-espace vectoriel N⊗KNN \otimes_K N, et on vient de voir que cette dernière n’est pas identiquement nulle (puisque N⊗KNN \otimes_K N est bien libre de rang 1 sur N⊗KK(Γ)N \otimes_K K^{(\Gamma)}). Il existe donc x∈Nx \in N tel que det⁡(στ(x))≠0\det(\sigma \tau(x)) \neq 0 (IV, p. 17, th. 2) ; plus généralement, d’après la même référence on a :

Proposition 11

Supposons K infini, et soit P:N→KP : N \to K une application polynômiale sur K non nulle. Il existe x∈Nx \in N tel que P(x)≠0P(x) \neq 0 et que {x}\{ x \} soit une base de N sur K(Γ)K^{(\Gamma)}.

B) Supposons K fini. D’après la prop. 4 (V, p. 91) 1^1 toute extension de degré fini de K a un groupe de Galois cyclique. Nous allons donc considérer plus généralement le cas où le groupe Γ\Gamma est cyclique d’ordre nn ; on note γ\gamma un générateur de Γ\Gamma.

Le lemme suivant est un cas particulier de résultats plus généraux démontrés au chapitre VII. L’anneau A est, soit l’anneau Z\mathbf{Z} des entiers rationnels, soit l’anneau de polynômes K[X]K[X] sur le corps K.

Lemme 4

Soit M un A-module de torsion engendré par un nombre fini d’éléments x1,…,xhx_1, \ldots, x_h. Il existe alors un élément x de M dont l’annulateur (II, p. 28) est égal à l’annulateur de M.

Cite 2 · Cité par 1

Cite II § 1. Modules, I § 4. Groupes et groupes à opérateurs

Cité par Lemme 1, V § 11

Dans les deux cas, A est un anneau intègre et tout idéal de A est principal. Lorsque A=ZA = \mathbf{Z} (resp. A=K[X]A = K[X]), on note P\mathscr{P} l’ensemble des nombres premiers (resp. l’ensemble des polynômes unitaires irréductibles de K[X]K[X]). Pour tout élément a≠0a \neq 0 de A, il existe alors un élément inversible u de A et une famille (vp(a))p∈P(v_p(a))_{p \in \mathscr{P}} à support fini d’entiers positifs tels que a=u∏p∈Ppvp(a)a = u \prod_{p \in \mathscr{P}} p^{v_p(a)}, et u et les entiers vp(a)v_p(a) sont déterminés de manière unique (I, p. 49 et IV, p. 13, prop. 13).

Soient aia_i l’annulateur de xix_i (pour 1≤i≤h1 \leq i \leq h) et a l’annulateur de M. Soient a1,…,ah,aa_1, \ldots, a_h, a des éléments non nuls de A tels que ai=Aaia_i = Aa_i et a=Aaa = Aa; comme on a a=a1∩…∩aha = a_1 \cap \ldots \cap a_h, il résulte de ce qui précède qu’on a

vp(a)=sup⁡1≤i≤hvp(ai)pour tout p∈P. v_p(a) = \sup_{1 \leq i \leq h} v_p(a_i) \quad \text{pour tout } p \in \mathscr{P}.

Écrivons aa sous la forme up1n(1)⋯prn(r)up_1^{n(1)} \cdots p_r^{n(r)} avec p1,…,prp_1, \ldots, p_r distincts dans P\mathscr{P}, des entiers n(1)>0,…,n(r)>0n(1) > 0, \ldots, n(r) > 0 et un élément inversible u de A. Soit j=1,…,rj = 1, \ldots, r; d’après la formule (10), il existe un entier c(j)c(j) tel que 1≤c(j)≤h1 \leq c(j) \leq h et vpj(ac(j))=n(j)v_{p_j}(a_{c(j)}) = n(j); il existe bjb_j dans A avec ac(j)=pjn(j)bja_{c(j)} = p_j^{n(j)} b_j, et l’élément yj=bjxc(j)y_j = b_j x_{c(j)} a pour annulateur l’idéal Apjn(j)Ap_j^{n(j)}.

Montrons que l’annulateur b de y=y1+⋯+yry = y_1 + \cdots + y_r est égal à l’annulateur a de M. On a en tout cas a⊂ba \subset b, donc b est de la forme Ap1m(1)⋯prm(r)Ap_1^{m(1)} \cdots p_r^{m(r)} avec 0≤m(j)≤n(j)0 \leq m(j) \leq n(j)

1 Le lecteur vérifiera aisément que le théorème de la base normale n’est utilisé nulle part avant la démonstration de cette proposition.

pour 1≤j≤r1 \leq j \leq r. Si l’on avait a≠ba \neq b, il existerait un entier jj tel que 1≤j≤r1 \leq j \leq r et m(j)<n(j)m(j) < n(j) et par suite dj=a/pjd_j = a/p_j annulerait yy. Or on a djyk=0d_j y_k = 0 pour k≠jk \neq j, d’où l’on déduirait djyj=0d_j y_j = 0; mais l’annulateur de yjy_j est Apjm(j)A p_j^{m(j)} et djd_j n’est pas multiple de pjm(j)p_j^{m(j)}. L’hypothèse a≠ba \neq b est donc absurde.

Nous appliquerons le lemme 4 au cas où AA est l’anneau de polynômes K[X]K[X], et où MM est le groupe commutatif NN muni de la loi externe définie par

a.x=∑k=0∞ckγk(x) pour a=∑k=0∞ckXk dans K[X] et x∈N. a . x = \sum_{k=0}^{\infty} c_k \gamma^k(x) \text{ pour } a = \sum_{k=0}^{\infty} c_k X^k \text{ dans } K[X] \text{ et } x \in N.
On a γn=1\gamma^n = 1, donc le polynôme Xn−1X^n - 1 appartient à aa. Soit F∈aF \in a; d’après IV, p. 10, cor., il existe des éléments c0,c1,…,cn−1c_0, c_1, \ldots, c_{n-1} de KK et G∈K[X]G \in K[X] tels que
(11)F(X)=c0+c1X+⋯+cn−1Xn−1+(Xn−1)G(X). (11) \quad F(X) = c_0 + c_1 X + \cdots + c_{n-1} X^{n-1} + (X^n - 1) G(X).
On a alors c0+c1γ+⋯+cn−1γn−1=0c_0 + c_1 \gamma + \cdots + c_{n-1} \gamma^{n-1} = 0 dans Hom⁡K(N,N)\operatorname{Hom}_K(N, N), et comme les automorphismes 1,γ,γ2,…,γn−11, \gamma, \gamma^2, \ldots, \gamma^{n-1} de NN sont distincts, le théorème de Dedekind (V, p. 27, cor. 2) entraîne c0=c1=⋯=cn−1=0c_0 = c_1 = \cdots = c_{n-1} = 0. Finalement, on a
F(X)=(Xn−1)G(X), c’est-aˋ-dire a=(Xn−1)K[X]. F(X) = (X^n - 1) G(X), \text{ c’est-à-dire } a = (X^n - 1) K[X].
D’après le lemme 4, il existe un élément xx de NN dont l’annulateur dans K[X]K[X] est égal à (Xn−1)K[X](X^n - 1) K[X]. Comme les monômes 1,X,…,Xn−11, X, \ldots, X^{n-1} forment la base d’un sous-espace vectoriel de K[X]K[X] supplémentaire de (Xn−1)K[X](X^n - 1) K[X] (IV, p. 10, cor.) les éléments x,γ(x),…,γn−1(x)x, \gamma(x), \ldots, \gamma^{n-1}(x) de NN sont linéairement indépendants sur KK. Comme on a [N:K]=n[N : K] = n (V, p. 64, th. 3), la suite (x,γ(x),…,γn−1(x))(x, \gamma(x), \ldots, \gamma^{n-1}(x)) est donc une base (normale) de NN sur KK.

10. Γ\Gamma-ensembles finis et algèbres étalées

Soient KsK_s une clôture séparable de KK (V, p. 44, prop. 14) et Γ\Gamma le groupe de Galois de KsK_s sur KK. On appelle Γ\Gamma-ensemble un ensemble XX muni d’une action (σ,x)↦σx(\sigma, x) \mapsto \sigma x du groupe Γ\Gamma, telle que le stabilisateur de tout point de XX soit un sous-groupe ouvert de Γ\Gamma. Il revient au même de dire que l’application (σ,x)↦σx(\sigma, x) \mapsto \sigma x de Γ×X\Gamma \times X dans XX est continue lorsqu’on munit XX de la topologie discrète.

Soit XX un Γ\Gamma-ensemble fini. On définit une action du groupe Γ\Gamma sur la KK-algèbre KsXK_s^X des applications de XX dans KsK_s par la formule

(12)uσf(x)=σ(f(σ−1x)) (12) \quad u_\sigma f(x) = \sigma(f(\sigma^{-1} x))
pour σ∈Γ\sigma \in \Gamma, f∈KsXf \in K_s^X et x∈Xx \in X. Soit Θ(X)\Theta(X) l’ensemble des invariants de Γ\Gamma dans KsXK_s^X; c’est la sous-KK-algèbre de KsXK_s^X formée des applications f:X→Ksf : X \to K_s telles que f(σx)=σ(f(x))f(\sigma x) = \sigma(f(x)) pour σ∈Γ\sigma \in \Gamma et x∈Xx \in X.

Lemme 5

Soit XX un Γ\Gamma-ensemble fini et soient x1,…,xnx_1, \ldots, x_n des points de XX tels que les orbites Γx1,…,Γxn\Gamma x_1, \ldots, \Gamma x_n forment une partition de XX. Pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, soit Δi\Delta_i le stabilisateur de xix_i dans Γ\Gamma, et soit LiL_i le corps des invariants de Δi\Delta_i. Alors L1,…,LnL_1, \ldots, L_n sont des extensions séparables de degré fini de KK, et l’application f↦(f(x1),…,f(xn))f \mapsto (f(x_1), \ldots, f(x_n)) est un isomorphisme de KK-algèbres de Θ(X)\Theta(X) sur L1×⋯×LnL_1 \times \cdots \times L_n.

Cite 2 · Cité par 1

Cite Corollaire 5, Théorème 4

Cité par Remarque 6, VIII § 16

Par hypothèse, les sous-groupes Δ1,…,Δn\Delta_1, \ldots, \Delta_n de Γ\Gamma sont ouverts et le cor. 5 de V, p. 66, montre que les sous-extensions L1,…,LnL_1, \ldots, L_n de KsK_s sont de degré fini sur KK. Elles sont évidemment séparables. La dernière assertion du lemme 5 est immédiate.

Du lemme 5 et du th. 4 (V, p. 34), on déduit immédiatement le résultat suivant.

Proposition 12

Pour tout Γ\Gamma-ensemble fini XX, l’algèbre Θ(X)\Theta(X) est étale sur KK, de degré égal au cardinal de XX. De plus, toute algèbre étale sur KK est isomorphe à une algèbre de la forme Θ(X)\Theta(X).

Cité par 1

Cité par Remarque 6, VIII § 16

Remarque 1

On montre facilement que pour tout homomorphisme de KK-algèbres φ\varphi de Θ(X)\Theta(X) dans KsK_s, il existe un unique élément xx de XX tel que φ(f)=f(x)\varphi(f) = f(x) pour tout f∈Θ(X)f \in \Theta(X).

Remarque 2

Soient XX et YY deux Γ\Gamma-ensembles finis. Soit FΓ(X,Y)\mathfrak{F}_\Gamma(X, Y) l’ensemble des applications uu de XX dans YY telles que u(σx)=σu(x)u(\sigma x) = \sigma u(x) pour tout σ∈Γ\sigma \in \Gamma et tout x∈Xx \in X. Pour u∈FΓ(X,Y)u \in \mathfrak{F}_\Gamma(X, Y), on définit un homomorphisme de KK-algèbres u∗:Θ(Y)→Θ(X)u^*: \Theta(Y) \to \Theta(X) par u∗(f)=f∘uu^*(f) = f \circ u. Pour tout homomorphisme Ψ\Psi de Θ(Y)\Theta(Y) dans Θ(X)\Theta(X), il existe un unique élément uu de FΓ(X,Y)\mathfrak{F}_\Gamma(X, Y) tel que Ψ=u∗\Psi = u^*.

11. Structure des extensions quasi-galoisiennes

Proposition 13

Soit NN une extension quasi-galoisienne de KK. On note NrN_r le corps des invariants du groupe des KK-automorphismes de NN et NsN_s la fermeture algébrique séparable de KK dans NN (V, p. 42). Alors : a) NrN_r est la fermeture radicielle de KK dans NN (V, p. 24). b) NsN_s est une extension galoisienne de KK et tout KK-automorphisme de NsN_s se prolonge de manière unique en un NrN_r-automorphisme de NN. c) Les corps NrN_r et NsN_s sont linéairement disjoints sur KK et l’on a N=K[Nr∪Ns]N = K[N_r \cup N_s]; autrement dit, l’homomorphisme canonique de Nr⊗KNsN_r \otimes_K N_s dans NN est un isomorphisme.

Cite 2 · Cité par 2

Cite Corollaire 3, Théorème 5

Cité par Exercice 20, § 10, Proposition 1, V § 17

Soit Ω\Omega une clôture algébrique de KK, contenant NN comme sous-extension (V, p. 22, th. 2). Tout KK-automorphisme de Ω\Omega induit un automorphisme de NN puisque NN est quasi-galoisienne. Par suite, tout élément de NrN_r est invariant par le groupe des KK-automorphismes de Ω\Omega, donc est radiciel sur KK (V, p. 51, cor. 3). Réciproquement, tout élément de NN radiciel sur KK est évidemment invariant par tout KK-automorphisme de NN, donc appartient à NrN_r. Ceci prouve a).

Tout KK-automorphisme de Ω\Omega applique NN dans NN, donc NsN_s dans NsN_s, et NsN_s est donc une extension quasi-galoisienne de KK (V, p. 52, prop. 3). Par suite, NsN_s est une extension galoisienne de KK. Tout élément de Nr∩NsN_r \cap N_s est algébrique séparable et radiciel sur KK, donc appartient à KK (V, p. 38, cor. 3) ; on a donc Nr∩Ns=KN_r \cap N_s = K. Or NN est radiciel sur NsN_s (V, p. 42, prop. 13) et algébrique séparable sur NrN_r (V, p. 54, th. 1), donc à la fois radiciel et séparable sur K(Nr∪Ns)K(N_r \cup N_s). On a donc N=K(Nr∪Ns)N = K(N_r \cup N_s) (V, p. 38, cor. 3) et les assertions b) et c) résultent du th. 5 (V, p. 68).

Corollaire

Soient pp l’exposant caractéristique de KK, K‾\overline{K} une clôture algébrique de KK, KsK_s la fermeture séparable de KK dans K‾\overline{K} et Kp−∞K^{p^{-\infty}} la clôture parfaite de KK. Alors l’homomorphisme canonique de Kp−∞⊗KsK^{p^{-\infty}} \otimes K_s dans KK est un isomorphisme.

Remarque

Soit RR (resp. SS) une extension radicielle (resp. algébrique séparable) de KK. Alors l’algèbre R⊗KSR \otimes_K S est un corps : en effet, RR (resp. SS) est isomorphe à une sous-extension de Kp−∞K^{p^{-\infty}} (resp. KsK_s) et il suffit d’appliquer le cor. ci-dessus et la prop. 1 de V, p. 17.

Exercices

See the exercises for § 10.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.