Bourbaki

§ 9. Espaces compacts et espaces localement compacts

1. Espaces quasi-compacts et espaces compacts

Définition 1

On dit qu’un espace topologique X est quasi-compact s’il vérifie l’axiome suivant: (C) Tout filtre sur X possède au moins un point adhérent. On dit qu’un espace topologique est compact s’il est quasi-compact et séparé.

On déduit aussitôt de cet axiome que si f est une application d’un ensemble Z dans une espace quasi-compact X, et F un filtre quelconque sur Z, f a au moins une valeur d’adhérence suivant F. En particulier, toute suite de points d’un espace compact a au moins une valeur d’adhérence, mais cette condition n’est pas équivalente à (C) (I, p. 106, exerc. 12).

Nous énoncerons trois axiomes équivalents à l’axiome (C): (C’) Tout ultrafiltre sur X est convergent. (C’) entraîne (C): car soit F un filtre sur X; il existe un ultrafiltre plus fin que F (I, p. 39, th. 1); comme cet ultrafiltre est convergent vers un point x, x est adhérent à F. (C) entraîne (C’): car si un ultrafiltre a un point adhérent, il converge vers ce point (I, p. 47, corollaire).

Si f est une application d’un ensemble Z dans un espace quasi-compact X, et U un ultrafiltre sur Z, f a donc au moins une limite suivant U (I, p. 41, prop. 10).

(C'') Toute famille d’ensembles fermés dans X, dont l’intersection est vide, contient une sous-famille finie, dont l’intersection est vide. (C) entraîne (C''): car soit G une famille d’ensembles fermés dans X dont l’intersection soit vide; si l’intersection d’une sous-famille finie quelconque de G n’était pas vide, G engendrerait un filtre (I, p. 37, prop. 1) qui aurait un point adhérent d’après (C). Mais ce point appartiendrait à tous les ensembles de G, ces derniers étant fermés; ce qui est contraire à l’hypothèse. Inversement, la négation de (C) entraîne celle de (C''): car si F est un filtre sans point adhérent, les adhérences des ensembles de F forment une famille d’ensembles fermés contredisant (C''). (C''') (axiome de Borel–Lebesgue). Tout recouvrement ouvert de X contient un recouvrement ouvert fini de X. (C''') se déduit de (C'') par passage aux complémentaires, et lui est donc équivalent.

Si X est quasi-compact, tout recouvrement localement fini R de X est fini, car il existe alors en vertu de (C''') un recouvrement de X formé d’un nombre fini d’ensembles ouverts, dont chacun ne rencontre qu’un nombre fini d’ensembles de R\mathfrak{R}.

Exemple 1

Tout espace fini est quasi-compact et plus généralement tout espace dans lequel il n’y a qu’un nombre fini d’ensembles ouverts est quasi-compact; pour qu’un espace fini soit compact, il faut et il suffit qu’il soit discret, puisqu’un espace fini séparé est discret (I, p. 53, corollaire). Réciproquement, tout espace discret compact est fini, car dans un tel espace tout ensemble réduit à un point est ouvert, donc l’espace est fini en vertu de (C''').

Exemple 2

Soit X un ensemble; munissons X de la topologie pour laquelle les parties fermées sont X et les parties finies de X (cet ensemble de parties vérifiant de façon évidente les axiomes (O_I') et (O_{II}') de I, p. 5). L’espace topologique X ainsi défini est quasi-compact; montrons en effet qu’il vérifie l’axiome (C''). Si (Fα)α∈I(F_\alpha)_{\alpha \in I} est une famille de parties fermées de X dont l’intersection est vide, il y a un α∈I\alpha \in I tel que FαF_\alpha soit fini; si aka_k (1≤k≤n1 \leq k \leq n) sont ses éléments, il existe par hypothèse pour chaque indice kk un indice ιk∈I\iota_k \in I tel que ak∉Fιka_k \notin F_{\iota_k}; l’intersection des FιkF_{\iota_k} (1≤k≤n1 \leq k \leq n) et de FαF_\alpha est alors vide. Si X est infini, il n’est pas séparé.

Remarque

Les espaces quasi-compacts non séparés sont surtout utiles dans les applications de la Topologie à la Géométrie algébrique, mais n’interviennent guère dans les autres théories mathématiques, où par contre les espaces compacts jouent un rôle prépondérant.

Théorème 1

Soit F\mathfrak{F} un filtre sur un espace quasi-compact X, et soit A l’ensemble des points adhérents à F\mathfrak{F}. Tout voisinage de A appartient alors à F\mathfrak{F}.

En effet, soit V un voisinage de A; raisonnons par l’absurde, en supposant que tout ensemble de F\mathfrak{F} rencontre GV\mathfrak{G}V. Les traces sur GV\mathfrak{G}V des ensembles de F\mathfrak{F} forment alors une base d’un filtre G\mathfrak{G} sur X; comme X est quasi-compact, G\mathfrak{G} a au moins un point adhérent yy, qui n’appartient pas à A, puisque le voisinage V de A a une intersection vide avec certains de ensembles de G\mathfrak{G}. Mais, comme G\mathfrak{G} est plus fin que F\mathfrak{F}, yy est aussi adhérent à F\mathfrak{F}, ce qui est contraire à l’hypothèse.

Corollaire

Pour qu’un filtre sur un espace compact soit convergent il faut et il suffit qu’il ait un seul point adhérent.

La condition est nécessaire en vertu de I, p. 52, prop. 1; elle est suffisante en vertu du th. 1.

2. Régularité d’un espace compact

Proposition 1

Soient X un espace compact, x un point de X. Pour qu’une base de filtre B\mathfrak{B} formée de voisinages fermés de x soit un système fondamental de voisinages de x, il faut et il suffit que l’intersection des ensembles de B\mathfrak{B} se réduise au point x.

La condition est nécessaire puisque X est séparé (I, p. 52, prop. 1). Elle est suffisante, car elle signifie que x est le seul point adhérent à B\mathfrak{B}, donc B\mathfrak{B} converge vers x d’après le cor. du th. 1.

Corollaire

Tout espace compact est régulier.* En effet, il résulte de l’axiome (Hi) (I, p. 52, prop. 1) que la base de filtre formée de tous les voisinages fermés d’un point quelconque de l’espace satisfait à la condition de la prop. 1.

On notera que l’espace quasi-compact non séparé X de l’*Exemple* 2 de I, p. 60 ne vérifie pas l’axiome (OIII_{\text{III}}), car l’intersection de deux ensembles ouverts non vides dans cet espace n’est jamais vide.

3. Ensembles quasi-compacts; ensembles compacts; ensembles relativement compacts

Définition 2

On dit qu’une partie* A d’un espace topologique X est un ensemble quasi-compact (resp. compact) si le sous-espace A est quasi-compact (resp. compact).

Pour qu’une partie A d’un espace topologique X soit un ensemble quasi-compact, il faut et il suffit que tout recouvrement de A par des ensembles ouverts dans X contienne un recouvrement fini de A, comme il résulte de l’axiome (C'"). Dans un espace séparé, les notions d’ensemble quasi-compact et d’ensemble compact coïncident, puisque tout sous-espace est séparé.

Exemple 1

Dans un espace topologique X, tout ensemble fini est quasi-compact; l’ensemble vide et tout ensemble réduit à un point sont compacts.

Exemple 2

Dans un espace topologique X, soit (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite infinie de points qui converge vers un point a. L’ensemble A formé des xnx_n (n∈Nn \in \mathbf{N}) et de a est quasi-compact. En effet, si (Ui)(U_i) est un recouvrement de A par des ensembles ouverts de X, il existe un indice κ\kappa tel que a∈Uκa \in U_\kappa; comme UκU_\kappa est un voisinage de a, il n’existe qu’un nombre fini d’indices nkn_k tels que xnk∉Uκx_{n_k} \notin U_\kappa; si, pour chaque indice kk, ιk\iota_k est un indice tel que xnk∈Uιkx_{n_k} \in U_{\iota_k}, UκU_\kappa et les UιkU_{\iota_k} forment un recouvrement ouvert fini de A.

Proposition 2

Dans un espace quasi-compact* (resp. compact), tout ensemble fermé est quasi-compact (resp. compact).

Il suffit d’appliquer l’axiome (C''), en remarquant que si A est fermé dans un espace X, tout ensemble fermé dans A est fermé dans X.

Proposition 3

Soient* X un espace séparé, A et B deux parties compactes de X sans point commun. Alors il existe un voisinage V de A et un voisinage W de B qui ne se rencontrent pas.

Montrons d’abord que pour tout x∈Ax \in A, il existe un voisinage T(x)(x) de x dans X et un voisinage U(x)(x) de B dans X qui ne se rencontrent pas. En effet, pour tout y∈By \in B, il existe un voisinage T(x,y)(x, y) de x et un voisinage U(x,y)(x, y) de y qui ne se rencontrent pas; comme B est compact, il y a un nombre fini de points yjy_j de B tels que les U(x,yj)(x, y_j) forment un recouvrement de B. Il suffit de prendre pour U(x)(x) la réunion des U(x,yj)(x, y_j) et pour T(x)(x) l’intersection des T(x,yj)(x, y_j). Comme A est compact, il y a un nombre fini de points xi∈Ax_i \in A tels que les T(xi)(x_i) forment un recouvrement de A. On répond alors à la question en prenant pour V la réunion des T(xi)(x_i) et pour W l’intersection des U(xi)(x_i).

Proposition 4

Dans un espace séparé, tout ensemble compact est fermé.

En effet, si A est une partie compacte d’un espace séparé X et x un point de CA\mathscr{C}A, il résulte de la prop. 3 qu’il y a un voisinage de x ne rencontrant pas A, puisque {x}\{x\} est fermé (I, p. 54, prop. 4); donc CA\mathscr{C}A est ouvert.

Corollaire

Dans un espace compact X, pour qu’un ensemble A soit compact, il faut et il suffit qu’il soit fermé dans X.

Proposition 5

Dans un espace topologique, la réunion d’une famille finie d’ensembles quasi-compacts est un ensemble quasi-compact.

Il suffit de montrer que la réunion de deux ensembles quasi-compacts A, B dans un espace topologique X est quasi-compacte. Soit R\mathfrak{R} un recouvrement ouvert de A∪BA \cup B; c’est un recouvrement de A et un recouvrement de B, donc il contient un recouvrement fini R1\mathfrak{R}_1 de A et un recouvrement fini R2\mathfrak{R}_2 de B; R1∪R2\mathfrak{R}_1 \cup \mathfrak{R}_2 est donc un recouvrement fini de A∪BA \cup B contenu dans R\mathfrak{R}, d’où la proposition.

Définition 3

On dit qu’une partie A d’un espace topologique X est relativement quasi-compacte (resp. relativement compacte) dans X si A est contenue dans une partie quasi-compacte (resp. compacte) de X.

De façon abrégée, on dit aussi que A est un « ensemble relativement quasi-compact » (resp. « relativement compact ») lorsqu’il n’y a pas d’équivoque sur X. Dans un espace séparé, les notions d’ensemble relativement quasi-compact et d’ensemble relativement compact sont identiques.

Proposition 6

Dans un espace séparé X, pour qu’un ensemble A soit relativement compact, il faut et il suffit que A soit compact.

C’est évidemment suffisant, et c’est nécessaire en vertu de la prop. 4 et de son corollaire.

Proposition 7

Si A est un ensemble relativement quasi-compact dans un espace topologique X, toute base de filtre sur A possède au moins un point adhérent dans X.

En effet, si A⊂KA \subset K, où K est une partie quasi-compacte de X, toute base de filtre sur A admet un point adhérent dans K.

La réciproque de cette proposition n’est valable que moyennant des conditions supplémentaires sur X (I, p. 109, exerc. 23).

Remarque

Dans un espace non séparé, un ensemble compact n’est pas nécessairement fermé, et son adhérence n’est pas nécessairement quasi-compacte (I, p. 105, exerc. 5); l’intersection de deux ensembles compacts n’est pas nécessairement quasi-compacte (I, p. 105, exerc. 5); la réunion de deux ensembles compacts n’est pas nécessairement compacte (I, p. 105, exerc. 5).

4. Image d’un espace compact par une application continue

Théorème 2

Si f est une application continue d’un espace quasi-compact X dans un espace topologique X′X', l’ensemble f(X)f(X) est quasi-compact.

En effet, soit R\mathfrak{R} un recouvrement de f(X)f(X) par des ensembles ouverts de X′X'; f−1(R)f^{-1}(\mathfrak{R}) est un recouvrement ouvert de XX (I, p. 9, th. 1), donc il y a une partie finie G\mathfrak{G} de R\mathfrak{R} telle que f−1(G)f^{-1}(\mathfrak{G}) soit un recouvrement de XX; mais alors G\mathfrak{G} est un recouvrement de f(X)f(X), d’où le théorème.

Corollaire 1

Soit ff une application continue d’un espace topologique XX dans un espace séparé X′X'; l’image par ff de tout ensemble quasi-compact (resp. relativement quasi-compact) dans XX est un ensemble compact (resp. relativement compact) dans X′X'.

Corollaire 2

Toute application continue ff d’un espace quasi-compact XX dans un espace séparé X′X' est fermée; si en outre ff est bijective, ff est un homéomorphisme. Cela résulte aussitôt du cor. 1 et de I, p. 62, prop. 4.

En particulier: COROLLAIRE 3. — Une topologie séparée moins fine qu’une topologie d’espace quasi-compact lui est nécessairement identique.

Corollaire 4

Soient XX un espace topologique, RR une relation d’équivalence séparée dans XX. a) S’il existe dans XX un ensemble quasi-compact KK tel que toute classe d’équivalence suivant RR rencontre KK, X/RX/R est compact et l’application canonique de K/RKK/R_K sur X/RX/R est un homéomorphisme. b) Si en outre toute classe suivant RR ne rencontre KK qu’en un seul point, KK est une section continue pour la relation RR (I, p. 22). En effet, soit ff la restriction à KK de l’application canonique X→X/RX \to X/R; comme X/RX/R est séparé, X/RX/R est compact (cor. 1) et ff est une application fermée (cor. 2), donc la bijection K/RK→X/RK/R_K \to X/R associée à ff est un homéomorphisme (I, p. 32, prop. 3); ceci démontre l’assertion a); l’assertion b) en résulte aussitôt, puisqu’alors K/RK=KK/R_K = K.

5. Produit d’espaces compacts

Théorème 3 (Tychonoff)

Tout produit d’espaces quasi-compacts (resp. compacts) est quasi-compact (resp. compact). Réciproquement, si un produit d’espaces non vides est quasi-compact (resp. compact), chacun des espaces facteurs est quasi-compact (resp. compact). Vu la caractérisation des espaces produits séparés (I, p. 54, prop. 7), tout revient à démontrer les assertions relatives aux espaces quasi-compacts. Si X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i est quasi-compact et non vide, on a Xi=pri(X)X_i = \mathrm{pr}_i(X) pour tout ii, donc XiX_i est quasi-compact en vertu du th. 2 de I, p. 62. Inversement, supposons les XiX_i quasi-compacts et soit U\mathfrak{U} un ultrafiltre sur XX; pour tout i∈Ii \in I, pri(U)\mathrm{pr}_i(\mathfrak{U}) est une base d’ultrafiltre sur XiX_i (I, p. 41, prop. 10), qui converge donc en vertu de l’axiome (C'); par suite U\mathfrak{U} est convergent (I, p. 51, cor. 1), ce qui achève la démonstration.

Corollaire

Pour qu’une partie d’un produit d’espaces topologiques soit relativement quasi-compacte, il faut et il suffit que chacune de ses projections soit relativement quasi-compacte dans l’espace facteur correspondant.

La condition est nécessaire d’après le th. 2 de I, p. 62. Elle est suffisante, car si A est une partie de ∏iXi\prod_i X_i telle que pour tout ii, pri(A)\mathrm{pr}_i(A) soit contenu dans une partie quasi-compacte KiK_i de XiX_i, A est contenu dans la partie quasi-compacte ∏iKi\prod_i K_i de ∏iXi\prod_i X_i.

6. Limites projectives d’espaces compacts

Proposition 8

Soient (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha\beta}) un système projectif d’espaces compacts relatif à un ensemble d’indices filtrant I, tel que fααf_{\alpha\alpha} soit l’application identique pour tout α∈I\alpha \in I, X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha sa limite projective, fαf_\alpha l’application canonique X→XαX \to X_\alpha (I, p. 28). Alors:

1∘1^\circ XX est compact, et pour tout α\alpha, on a

(1)

fα(X)=⋂β≥αfαβ(Xβ). f_\alpha(X) = \bigcap_{\beta \geq \alpha} f_{\alpha\beta}(X_\beta).

2∘2^\circ Si les XαX_\alpha sont non vides, XX est non vide.

En effet, XX est un sous-espace fermé de ∏αXα\prod_\alpha X_\alpha (I, p. 55, cor. 2), donc il est compact en vertu du th. 3 de I, p. 63 et de la prop. 2 de I, p. 61. Les autres assertions résultent de E, III, p. 58, th. 1 : en effet, on peut appliquer ce théorème en prenant pour SαS_\alpha l’ensemble des parties fermées de XαX_\alpha; les conditions (i) et (ii) ne sont autres que les axiomes (O'_I) et (C'"); la propriété (iii) résulte de ce que {xα}\{ x_\alpha \} est fermé et fαβf_{\alpha\beta} continue (I, p. 9, th. 1); enfin la propriété (iv) résulte du cor. 2 de I, p. 63.

Corollaire 1

Soit (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha\beta}) un système projectif d’espaces topologiques relatif à un ensemble d’indices filtrant, tel que, pour tout couple d’indices α,β\alpha, \beta tels que α≤β\alpha \leq \beta, et pour tout xα∈Xα,fαβ−1(xα)x_\alpha \in X_\alpha, f_{\alpha\beta}^{-1}(x_\alpha) soit compact. Alors on a la relation (1) et, pour tout xα∈Xα,fα−1(xα)x_\alpha \in X_\alpha, f_\alpha^{-1}(x_\alpha) est compact.

En effet, pour tout xα∈⋂β≥αfαβ(Xβ)x_\alpha \in \bigcap_{\beta \geq \alpha} f_{\alpha\beta}(X_\beta) et tout β≥α\beta \geq \alpha, posons Lβ=fαβ−1(xα)L_\beta = f_{\alpha\beta}^{-1}(x_\alpha). Pour α≤β≤γ\alpha \leq \beta \leq \gamma, on a fβγ(Lγ)⊂Lβf_{\beta\gamma}(L_\gamma) \subset L_\beta et l’ensemble des β≥α\beta \geq \alpha est cofinal à l’ensemble I. Il est immédiat que les LβL_\beta (β≥α\beta \geq \alpha) forment un système projectif d’espaces topologiques (pour les restrictions des fβγf_{\beta\gamma}), dont la limite projective L est homéomorphe à fα−1(xα)f_\alpha^{-1}(x_\alpha). Comme les LβL_\beta sont par hypothèse compacts et non vides, le corollaire résulte de la prop. 8.

Corollaire 2

Soient (Xα,fαβ),(Xα′,fαβ′)(X_\alpha, f_{\alpha\beta}), (X'_\alpha, f'_{\alpha\beta}) deux systèmes projectifs d’espaces topologiques relatifs au même ensemble d’indices filtrant II, et soit (uα)(u_\alpha) un système projectif d’applications uα′:Xα→Xα′u'_\alpha : X_\alpha \to X'_\alpha. Posons X=lim⁡←Xα,X′=lim⁡←Xα′,u=lim⁡←uαX = \lim \leftarrow X_\alpha, X' = \lim \leftarrow X'_\alpha, u = \lim \leftarrow u_\alpha.

a) Si, pour un x′=(xα′)∈X′x' = (x'_\alpha) \in X', uˉα−1(xα′)\bar{u}_\alpha^{-1}(x'_\alpha) est compact et non vide pour tout α∈I\alpha \in I, alors −1-1 u(x′)u(x') est compact et non vide.

b) Si les XαX_\alpha sont compacts, les Xα′X'_\alpha séparés et les uαu_\alpha surjectives et continues, alors uu est surjective.

Posons Lα=uˉα−1(xα′)L_\alpha = \bar{u}_\alpha^{-1}(x'_\alpha); il est immédiat que les LαL_\alpha forment un système projectif d’espaces topologiques (pour les restrictions des fαβf_{\alpha\beta}) et que −1-1 u(x′)=Lu(x') = L est limite projective des LαL_\alpha; l’assertion a) résulte donc de la prop. 8. L’assertion b) en est une conséquence immédiate, compte tenu de la prop. 2 de I, p. 61.

7. Espaces localement compacts

Définition 4

On dit qu’un espace topologique XX est localement compact s’il est séparé et si tout point de XX possède un voisinage compact.

Il est clair que tout espace compact est localement compact, mais la réciproque est inexacte; par exemple, tout espace discret est localement compact, mais non compact s’il est infini.

Comme nous le verrons dans IV, p. 7, la droite numérique R\mathbf{R} est un espace localement compact, mais non compact.

Proposition 9

Tout espace localement compact est régulier.

En effet, tout point xx d’un espace localement compact XX possède un voisinage compact VV; comme XX est séparé, VV est fermé (I, p. 62, prop. 4); d’autre part, VV est un sous-espace régulier (I, p. 61, corollaire), donc XX est régulier (I, p. 57, prop. 13).

Corollaire

Dans un espace localement compact, tout point admet un système fondamental de voisinages compacts.

En effet, l’intersection d’un voisinage fermé de xx et d’un voisinage compact de xx est un voisinage compact de xx (I, p. 61, prop. 2).

On notera qu’il existe des espaces topologiques non séparés dans lesquels tout point a un système fondamental de voisinages compacts (I, p. 105, exerc. 5).

Le cor. de la prop. 9 se généralise comme suit:

Proposition 10

Dans un espace localement compact XX, tout ensemble compact KK admet un système fondamental de voisinages compacts.

En effet, soit UU un voisinage quelconque de KK; pour tout x∈Kx \in K, il existe un voisinage compact W(x)W(x) de xx contenu dans UU. Les intérieurs des ensembles W(x)W(x) forment un recouvrement ouvert de KK lorsque xx parcourt KK, donc il existe un nombre fini de points xi∈Kx_i \in K (1≤i≤n1 \leq i \leq n) tels que les intérieurs des W(xi)W(x_i) forment un recouvrement de KK; la réunion VV des W(xi)W(x_i) est alors un voisinage compact de KK contenu dans UU (I, p. 62, prop. 5).

Proposition 11

Dans un espace localement compact XX, soit FF un ensemble tel que pour toute partie compacte KK de XX, F∩KF \cap K soit compact; alors FF est fermé dans XX.* Compte tenu de la prop. 4 de I, p. 62, cela résulte de la prop. 3 a) de I, p. 18.

Proposition 12

Dans un espace séparé XX, tout sous-espace localement compact AA est localement fermé.* En effet, pour tout x∈Ax \in A, il y a par hypothèse un voisinage VV de xx dans XX tel que V∩AV \cap A soit compact, et par suite fermé dans VV (I, p. 62, prop. 4).

Proposition 13

Dans un espace localement compact XX, tout sous-espace localement fermé est localement compact.* En effet, supposons AA localement fermé dans XX; pour tout x∈Ax \in A il existe un voisinage UU de xx dans XX tel que U∩AU \cap A soit fermé dans UU. Soit V⊂UV \subset U un voisinage compact de xx dans XX; V∩A=(U∩A)∩VV \cap A = (U \cap A) \cap V est fermé dans VV, donc compact (I, p. 61, prop. 2), et comme c’est un voisinage de xx dans AA, cela démontre la proposition (A étant évidemment séparé).

Le th. 1 (I, p. 60) et le cor. 2 de I, p. 63 ne s’étendent pas aux espaces localement compacts non compacts.

Par exemple, dans un espace discret infini, le filtre des ensembles contenant un point xx et dont le complémentaire est fini, admet le point xx comme seul point adhérent, mais ne converge pas vers xx. Une application quelconque d’un espace discret infini XX dans un espace séparé X′X' étant continue, l’image par cette application d’une partie quelconque de XX (qui est fermée dans XX) ne sera pas en général une partie fermée de X′X'.

La proposition correspondant au th. 3 (I, p. 63) est la suivante:

Proposition 14

a) Soit (Xt)t∈I(X_t)_{t \in I} une famille d’espaces localement compacts, telle que XtX_t soit compact sauf pour un nombre fini d’indices. Alors l’espace produit X=∏t∈IXtX = \prod_{t \in I} X_t est localement compact. b) Réciproquement, si le produit d’une famille (Xt)t∈I(X_t)_{t \in I} d’espaces topologiques non vides est localement compact, les XtX_t sont compacts sauf pour un nombre fini d’indices, et les facteurs non compacts sont localement compacts. a) Soit x=(xt)x = (x_t) un point de XX; pour chacun des indices tt tels que XtX_t soit localement compact et non compact, soit VtV_t un voisinage compact de xtx_t dans XtX_t; pour les autres indices tt, posons Vt=XtV_t = X_t; alors ∏tVt\prod_t V_t est un voisinage compact de xx dans XX (I, p. 63, th. 3). On sait par ailleurs (I, p. 54, prop. 7) que XX est séparé, donc XX est localement compact.

b) Si X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i est localement compact et les XiX_i non vides, chacun des XiX_i est homéomorphe à un sous-espace fermé de XX (I, p. 26, prop. 4 et I, p. 27, corollaire). D’autre part, soit a=(ai)a = (a_i) un point de XX, VV un voisinage compact de aa; comme on a priV=Xi\mathrm{pr}_i V = X_i sauf pour un nombre fini d’indices ii (I, p. 24), il résulte de I, p. 63, cor. 1 que les XiX_i sont compacts sauf pour un nombre fini d’indices.

8. Immersion d’un espace localement compact dans un espace compact

Théorème 4 (Alexandroff)

Pour tout espace localement compact XX, il existe un espace compact X′X' et un homéomorphisme ff de XX sur le complémentaire d’un point de X′X'. En outre, si X1′X'_1 est un second espace compact tel qu’il existe un homéomorphisme f1f_1 de XX sur le complémentaire d’un point de X1′X'_1, il existe un homéomorphisme et un seul gg de X′X' sur X1′X'_1 tel que f1=g∘ff_1 = g \circ f.

Démontrons d’abord la seconde assertion, et soient f(X)=X′−{ω}f(X) = X' - \{ \omega \}, f1(X)=X1′−{ω1}f_1(X) = X'_1 - \{ \omega_1 \}; si l’homéomorphisme gg existe, son unicité est évidente, car on doit avoir par définition g(x′)=f1(f−1(x′))g(x') = f_1(f^{-1}(x')) pour x′≠ωx' \neq \omega et par suite g(ω)=ω1g(\omega) = \omega_1. Reste à montrer que la bijection g:X′→X1′g : X' \to X'_1 définie par ces formules est bi-continue, et comme X′X' et X1′X'_1 jouent le même rôle, il suffit de montrer que l’image par gg d’un voisinage d’un point x′∈X′x' \in X' est un voisinage de g(x′)g(x') dans X1′X'_1. Or, cela est évident par définition si x′≠ωx' \neq \omega; d’autre part, si V′V' est un voisinage ouvert de ω\omega dans X′X', X′−V′=KX' - V' = K est fermé dans X′X', donc compact (I, p. 61, prop. 2) et contenu dans f(X)f(X), et par suite g(K)=f1(f−1(K))g(K) = f_1(f^{-1}(K)) est compact (I, p. 63, cor. 1). Il en résulte que g(V′)=X1′−g(K)g(V') = X'_1 - g(K) est un voisinage ouvert de ω1\omega_1 (I, p. 62, prop 4), ce qui achève de prouver que gg est un homéomorphisme.

Prouvons maintenant la première assertion du théorème. Soit X′X' un ensemble somme de XX et d’un ensemble réduit à un élément ω\omega, XX étant identifié au complémentaire de {ω}\{ \omega \} dans X′X'. Définissons sur X′X' une topologie en prenant pour ensemble O\mathscr{O} des parties ouvertes de X′X' l’ensemble formé des parties ouvertes de XX et des parties de la forme (X−K)∪{ω}(X - K) \cup \{ \omega \}, où KK est une partie compacte de XX. Comme toute intersection de parties compactes de XX est compacte (I, p. 61, prop. 2 et I, p. 62, 4) et que toute partie fermée d’un ensemble compact est compacte (I, p. 61, prop. 2), O\mathscr{O} vérifie l’axiome (OI)(O_I); comme toute réunion finie de parties compactes de XX est compacte (I, p. 62, prop. 5), O\mathscr{O} vérifie aussi l’axiome (OII)(O_{II}). Puisque toute partie compacte de XX est fermée dans XX (I, p. 62, prop. 4), la topologie induite sur XX par celle de X′X' est la topologie initialement donnée sur XX. Pour établir la première assertion, il reste à prouver que X′X' est compact. En premier lieu X′X' est séparé: en effet, si x,yx, y sont deux points distincts de XX, il existe dans XX deux voisinages ouverts V,WV, W de xx et yy respectivement qui sont sans point commun, et VV et WW sont aussi ouverts dans X′X'; d’autre part, pour tout x∈Xx \in X, il existe dans XX un voisinage compact KK de xx, qui est aussi un voisinage de xx dans

X', et U = (X - K) ∪ {ω} est alors un voisinage de ω dans X' tel que U ∩ K = ∅. Enfin X' est quasi-compact : soit en effet (U_λ)_{λ ∈ L} un recouvrement ouvert de X' ; il y a au moins un indice μ ∈ L tel que U_μ = (X - K_μ) ∪ {ω}, où K_μ est une partie compacte de X ; il y a donc une partie finie H de L telle que les U_λ pour λ ∈ H forment un recouvrement de K_μ ; posant J = H ∪ {μ}, (U_λ)_{λ ∈ J} est un recouvrement de X', ce qui achève de prouver que X' est compact.

C.Q.F.D.

On observera que si X est déjà compact, le point ω est isolé dans l’espace compact X', et X' est par suite somme (I, p. 15, Exemple III) de X et de l’espace {ω}.

Lorsqu’on a ainsi défini un espace compact X' à partir d’un espace localement compact X par adjonction d’un élément ω, on dit souvent que ω est le « point à l’infini » de X', et que X' résulte de X par adjonction d’un point à l’infini ; on dit aussi que X' est le compactifié d’Aleksandroff de l’espace localement compact X.

Exemple. — Si on applique le th. d’Aleksandroff au plan numérique R², on obtient un espace compact, dont on peut définir comme suit un homéomorphisme sur la sphère S₂ d’équation x₁² + x₂² + x₃² = 1 dans l’espace R³ : au point ω qu’on a adjoint à R² (point à l’infini), on fait correspondre le point (0, 0, 1) de S₂ ; et à tout point (x₁, x₂) de R² on fait correspondre le point où la droite joignant les points (0, 0, 1) et (x₁, x₂, 0) recoupe S₂. Cet homéomorphisme est connu sous le nom de projection stéréographique (voir A, IX, § 10, exerc. 14 et VI, §2, N° 4).

9. Espaces localement compacts dénombrables à l’infini

Définition 5

On dit qu’un espace localement compact X est dénombrable à l’infini s’il est réunion dénombrable d’ensembles compacts.

Exemple 1

Pour qu’un espace discret soit dénombrable à l’infini, il faut et il suffit qu’il soit dénombrable.

Exemple 2

La droite numérique R est un espace localement compact dénombrable à l’infini, car elle est réunion des intervalles compacts {−n, +n} pour n ∈ N.

Remarque

Un espace topologique séparé peut être réunion dénombrable de sous-espaces compacts sans être localement compact. *Il en est ainsi par exemple de l’espace de Hilbert muni de la topologie faible, comme nous le démontrerons plus tard (EVT, I, § 1, n° 6, th. 4).

Proposition 15

Si X est un espace localement compact dénombrable à l’infini, il existe une suite (U_n) d’ensembles ouverts relativement compacts dans X, formant un recouvrement de X et tels que U‾n⊂Un+1\overline{U}_n \subset U_{n+1} pour tout n.

En effet, X est réunion d’une suite (K_n) d’ensembles compacts. Soit U₁ un voisinage ouvert relativement compact de K₁ (I, p. 65, prop. 10) et définissons par récurrence U_n pour n > 1 comme un voisinage ouvert relativement compact de U‾n−1∪Kn\overline{U}_{n-1} \cup K_n (I, p. 62, prop. 5 et I, p. 65, prop. 10) ; il est clair que les U_n répondent à la question.

Corollaire 1

Avec les notations de la prop. 15, pour toute partie compacte K de X, il existe un entier n tel que K ⊂ U_n.

En effet, il y a un nombre fini des UkU_k qui recouvrent K (axiome de Borel-Lebesgue).

Corollaire 2

Soient XX un espace localement compact, X′X' l’espace compact obtenu en adjoignant à XX un point à l’infini ω\omega (I, p. 68). Pour que XX soit dénombrable à l’infini, il faut et il suffit que, dans X′X', le point ω\omega possède un système fondamental dénombrable de voisinages.

La condition est suffisante puisque les complémentaires des voisinages ouverts de ω\omega sont compacts dans XX. Elle est nécessaire, car si les Un⊂XU_n \subset X ont les propriétés énoncées dans la prop. 15, les voisinages X′−U‾nX' - \overline{U}_n de ω\omega dans XX forment un système fondamental de voisinages de ω\omega en vertu du cor. 1.

Il est clair que tout sous-espace fermé d’un espace localement compact dénombrable à l’infini est un espace localement compact dénombrable à l’infini. De même, tout produit fini d’espaces localement compacts dénombrables à l’infini est dénombrable à l’infini.

On notera par contre qu’un sous-espace ouvert d’un espace compact n’est pas nécessairement dénombrable à l’infini, comme le montre le th. d’Alexandroff (I, p. 67, th. 4).

10. Espaces paracompacts

Définition 6

Un espace topologique XX est dit paracompact s’il est séparé, et s’il vérifie l’axiome suivant: (PC) Pour tout recouvrement ouvert R\mathscr{R} de XX, il existe un recouvrement ouvert localement fini R′\mathscr{R}' de XX, plus fin que R\mathscr{R} (E, II, p. 27, déf. 5).

Il est clair que tout espace compact est paracompact. Tout espace discret XX est paracompact, car le recouvrement ouvert formé de tous les ensembles réduits à un point est localement fini et plus fin que tout recouvrement ouvert de XX.

Proposition 16

Dans un espace paracompact XX, tout sous-espace fermé FF est paracompact.

En effet, FF est séparé; d’autre part, si (Vt)(V_t) est un recouvrement ouvert dans le sous-espace FF, tout VtV_t est de la forme Vt=Ut∩FV_t = U_t \cap F, où UtU_t est ouvert dans XX. Considérons le recouvrement ouvert R\mathscr{R} de XX formé de CFCF et des UtU_t; il existe un recouvrement ouvert localement fini R′\mathscr{R}' de XX plus fin que R\mathscr{R}, et les traces sur FF des ensembles de R′\mathscr{R}' forment un recouvrement ouvert localement fini de FF, plus fin que le recouvrement donné (Vt)(V_t).

Par contre, un sous-espace ouvert d’un espace compact n’est pas nécessairement paracompact (I, p. 105, exerc. 12).

Proposition 17

Le produit d’un espace paracompact et d’un espace compact est paracompact.

Soient XX un espace paracompact, YY un espace compact, R\mathfrak{R} un recouvrement ouvert de X×YX \times Y. Pour tout point (x,y)∈X×Y(x, y) \in X \times Y, il existe un voisinage ouvert V(x,y)V(x, y) de xx dans XX et un voisinage ouvert W(x,y)W(x, y) de yy dans YY tels que V(x,y)×W(x,y)V(x, y) \times W(x, y) soit contenu dans un ensemble de R\mathfrak{R}. Pour tout x∈Xx \in X, les W(x,y)W(x, y), où yy parcourt YY, forment un recouvrement ouvert de YY, donc il existe un nombre fini de points yiy_i (1≤i≤n(x)1 \leq i \leq n(x)) de YY tels que les W(x,yi)W(x, y_i) forment un recouvrement ouvert de YY. Posons U(x)=⋂i=1n(x)V(x,yi)U(x) = \bigcap_{i=1}^{n(x)} V(x, y_i); chacun des ensembles ouverts U(x)×W(x,yi)U(x) \times W(x, y_i) est contenu dans un ensemble de R\mathfrak{R}. Soit alors (Tι)ι∈I(T_\iota)_{\iota \in I} un recouvrement ouvert localement fini de XX plus fin que le recouvrement formé par les U(x)U(x) (x∈Xx \in X). Pour tout ι∈I\iota \in I, soit xιx_\iota un point de XX tel que Tι⊂U(xι)T_\iota \subset U(x_\iota), et désignons par Sι,kS_{\iota, k} les ensembles W(xι,yk)W(x_\iota, y_k) correspondant à ce point (1≤k≤n(xι)1 \leq k \leq n(x_\iota)). Il est clair que les ensembles Tι×Sι,kT_\iota \times S_{\iota, k} (ι∈I,1≤k≤n(xι)\iota \in I, 1 \leq k \leq n(x_\iota) pour tout ι∈I\iota \in I) forment un recouvrement ouvert de X×YX \times Y, plus fin que R\mathfrak{R}; montrons que ce recouvrement est localement fini. En effet, pour tout (x,y)∈X×Y(x, y) \in X \times Y, il existe un voisinage QQ de xx ne rencontrant qu’un nombre fini d’ensembles TιT_\iota; a fortiori le voisinage Q×YQ \times Y de (x,y)(x, y) ne rencontre qu’un nombre fini d’ensembles de la forme Tι×Sι,kT_\iota \times S_{\iota, k}.

Par contre, le produit de deux espaces paracompacts n’est pas nécessairement paracompact (voir IX, §5, exerc. 15).

Proposition 18

Un espace XX somme* (I, p. 15, Exemple III) d’une famille (Xι)ι∈I(X_\iota)_{\iota \in I} *d’espaces paracompacts est paracompact.

Soit en effet (Vλ)λ∈L(V_\lambda)_{\lambda \in L} un recouvrement ouvert de XX; le recouvrement formé des ensembles ouverts Xι∩VλX_\iota \cap V_\lambda est plus fin que (Vλ)(V_\lambda); si pour chaque ι∈I\iota \in I, (Uι,μ)μ∈Mι(U_{\iota, \mu})_{\mu \in M_\iota} est un recouvrement ouvert localement fini de XιX_\iota plus fin que (Vλ∩Xι)λ∈L(V_\lambda \cap X_\iota)_{\lambda \in L}, le recouvrement ouvert de XX formé des Uι,μU_{\iota, \mu} (ι∈I,μ∈Mι\iota \in I, \mu \in M_\iota pour chaque ι∈I\iota \in I) est localement fini et plus fin que (Vλ)(V_\lambda).

Théorème 5

Pour qu’un espace localement compact XX soit paracompact il, faut et il suffit qu’il soit somme d’une famille d’espaces localement compacts dénombrables à l’infini.

Montrons d’abord que la condition est nécessaire. Supposons XX paracompact, et pour tout x∈Xx \in X, soit VxV_x un voisinage ouvert relativement compact de xx dans XX. Il existe par hypothèse un recouvrement ouvert localement fini (U(α))α∈A(U(\alpha))_{\alpha \in A} de XX plus fin que le recouvrement formé des VxV_x (où x∈Xx \in X); les U(α)U(\alpha) sont donc relativement compacts. Toute partie compacte KK de XX ne rencontre qu’un nombre fini d’ensembles U(α)U(\alpha): en effet, les ensembles U(α)∩KU(\alpha) \cap K non vides forment un recouvrement ouvert localement fini de l’espace compact KK, donc ce recouvrement est nécessairement fini (I, p. 59). Cela étant, soit RR la relation suivante entre deux points x,yx, y de XX: « il existe une suite finie (αi)1≤i≤n(\alpha_i)_{1 \leq i \leq n} d’indices dans AA telle que x∈U(α1), y∈U(αn)x \in U(\alpha_1),\ y \in U(\alpha_n) et U(αi)∩U(αi+1)≠∅U(\alpha_i) \cap U(\alpha_{i+1}) \neq \varnothing pour 1≤i≤n−11 \leq i \leq n - 1. On vérifie aussitôt que RR est une relation d’équivalence; en outre, toute classe d’équivalence suivant RR est un ensemble ouvert dans XX, comme il résulte aussitôt de la définition de RR et du fait que les U(α)U(\alpha) sont ouverts. L’espace XX est donc somme des sous-espaces localement compacts (I, p. 66, prop. 13) formés des classes d’équivalence suivant RR; tout revient à prouver que chacun de ces sous-espaces est réunion d’une sous-famille dénombrable de la famille (U(α))(U(\alpha)).

Or, soit xx un point quelconque de XX; définissons par récurrence sur nn une suite (Cn)(C_n) d’ensembles ouverts relativement compacts dans XX, de la façon suivante: C1C_1 est la réunion des ensembles U(α)U(\alpha) qui contiennent xx, et pour tout n>1n > 1, CnC_n est la réunion des ensembles U(α)U(\alpha) qui rencontrent Cn−1C_{n-1}. Il est immédiat, par récurrence sur nn, que chacun des CnC_n est relativement compact et réunion d’un nombre fini d’ensembles U(α)U(\alpha). Montrons alors que la classe de xx suivant RR est la réunion des CnC_n: en effet, si (αi)1≤i≤n(\alpha_i)_{1 \leq i \leq n} est une suite d’indices telle que x∈U(α1)x \in U(\alpha_1) et U(αi)∩U(αi+1)≠∅U(\alpha_i) \cap U(\alpha_{i+1}) \neq \varnothing pour 1≤i≤n−11 \leq i \leq n - 1, on a, par récurrence sur ii, U(αi)⊂CiU(\alpha_i) \subset C_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, ce qui achève de démontrer la première partie du théorème.

Montrons maintenant que la condition de l’énoncé est suffisante. En vertu de la prop. 18, on peut se borner au cas où XX est dénombrable à l’infini. Soit R=(Gλ)λ∈L\mathscr{R} = (G_\lambda)_{\lambda \in L} un recouvrement ouvert quelconque de XX. Soit d’autre part (Un)(U_n) une suite d’ensembles ouverts relativement compacts de XX ayant les propriétés énoncées dans la prop. 15 de I, p. 68; nous désignerons par KnK_n l’ensemble compact Un‾−Un−1\overline{U_n} - U_{n-1} (en convenant de poser Un=∅U_n = \varnothing pour n≤0n \leq 0). L’ensemble ouvert Un+1−U‾n−2U_{n+1} - \overline{U}_{n-2} est un voisinage de KnK_n par construction; pour tout x∈Knx \in K_n, il existe donc un voisinage WxW_x de xx contenu dans un des ensembles GλG_\lambda et contenu aussi dans Un+1−U‾n−2U_{n+1} - \overline{U}_{n-2}. Comme KnK_n est compact, il existe un nombre fini d’ensembles de la forme WxW_x formant un recouvrement de KnK_n; soient HniH_{ni} (1≤i≤pn)(1 \leq i \leq p_n) ces ensembles. Il est clair que la famille R′\mathscr{R}' des ensembles HntH_{nt} (n≥1, 1≤i≤pn(n \geq 1,\ 1 \leq i \leq p_n pour tout n) est un recouvrement ouvert de XX plus fin que R\mathscr{R}; montrons que R′\mathscr{R}' est localement fini. Soient zz un point quelconque de XX, nn le plus petit entier tel que z∈Unz \in U_n; comme z∉Un−1z \notin U_{n-1} il existe un voisinage TT de zz contenu dans UnU_n et ne rencontrant pas U‾n−2\overline{U}_{n-2}; par suite, TT ne peut rencontrer que les ensembles HmiH_{mi} pour lesquels n−2≤m≤n+1n - 2 \leq m \leq n + 1, et ces derniers sont en nombre fini.

C.Q.F.D.

Au cours de la démonstration, nous avons en outre prouvé ce qui suit: COROLLAIRE. — Soit XX un espace localement compact et paracompact; pour tout recouvrement ouvert R\mathscr{R} de XX, il existe un recouvrement ouvert localement fini R′\mathscr{R}' de XX plus fin que R\mathscr{R} et formé d’ensembles relativement compacts. Si XX est dénombrable à l’infini, on peut en outre supposer que R′\mathscr{R}' est dénombrable.

Exercices

See the exercises for § 9.

Transcribed from the printed volume. Not translated.