§ 9. Espaces compacts et espaces localement compacts
1. Espaces quasi-compacts et espaces compacts
Définition 1
On dit qu’un espace topologique X est quasi-compact s’il vérifie l’axiome suivant: (C) Tout filtre sur X possède au moins un point adhérent. On dit qu’un espace topologique est compact s’il est quasi-compact et séparé.
On déduit aussitôt de cet axiome que si f est une application d’un ensemble Z dans une espace quasi-compact X, et F un filtre quelconque sur Z, f a au moins une valeur d’adhérence suivant F. En particulier, toute suite de points d’un espace compact a au moins une valeur d’adhérence, mais cette condition n’est pas équivalente à (C) (I, p. 106, exerc. 12).
Nous énoncerons trois axiomes équivalents à l’axiome (C): (C’) Tout ultrafiltre sur X est convergent. (C’) entraîne (C): car soit F un filtre sur X; il existe un ultrafiltre plus fin que F (I, p. 39, th. 1); comme cet ultrafiltre est convergent vers un point x, x est adhérent à F. (C) entraîne (C’): car si un ultrafiltre a un point adhérent, il converge vers ce point (I, p. 47, corollaire).
Si f est une application d’un ensemble Z dans un espace quasi-compact X, et U un ultrafiltre sur Z, f a donc au moins une limite suivant U (I, p. 41, prop. 10).
(C'') Toute famille d’ensembles fermés dans X, dont l’intersection est vide, contient une sous-famille finie, dont l’intersection est vide. (C) entraîne (C''): car soit G une famille d’ensembles fermés dans X dont l’intersection soit vide; si l’intersection d’une sous-famille finie quelconque de G n’était pas vide, G engendrerait un filtre (I, p. 37, prop. 1) qui aurait un point adhérent d’après (C). Mais ce point appartiendrait à tous les ensembles de G, ces derniers étant fermés; ce qui est contraire à l’hypothèse. Inversement, la négation de (C) entraîne celle de (C''): car si F est un filtre sans point adhérent, les adhérences des ensembles de F forment une famille d’ensembles fermés contredisant (C''). (C''') (axiome de Borel–Lebesgue). Tout recouvrement ouvert de X contient un recouvrement ouvert fini de X. (C''') se déduit de (C'') par passage aux complémentaires, et lui est donc équivalent.
Si X est quasi-compact, tout recouvrement localement fini R de X est fini, car il existe alors en vertu de (C''') un recouvrement de X formé d’un nombre fini d’ensembles ouverts, dont chacun ne rencontre qu’un nombre fini d’ensembles de .
Exemple 1
Tout espace fini est quasi-compact et plus généralement tout espace dans lequel il n’y a qu’un nombre fini d’ensembles ouverts est quasi-compact; pour qu’un espace fini soit compact, il faut et il suffit qu’il soit discret, puisqu’un espace fini séparé est discret (I, p. 53, corollaire). Réciproquement, tout espace discret compact est fini, car dans un tel espace tout ensemble réduit à un point est ouvert, donc l’espace est fini en vertu de (C''').
Exemple 2
Soit X un ensemble; munissons X de la topologie pour laquelle les parties fermées sont X et les parties finies de X (cet ensemble de parties vérifiant de façon évidente les axiomes (O_I') et (O_{II}') de I, p. 5). L’espace topologique X ainsi défini est quasi-compact; montrons en effet qu’il vérifie l’axiome (C''). Si est une famille de parties fermées de X dont l’intersection est vide, il y a un tel que soit fini; si () sont ses éléments, il existe par hypothèse pour chaque indice un indice tel que ; l’intersection des () et de est alors vide. Si X est infini, il n’est pas séparé.
Remarque
Les espaces quasi-compacts non séparés sont surtout utiles dans les applications de la Topologie à la Géométrie algébrique, mais n’interviennent guère dans les autres théories mathématiques, où par contre les espaces compacts jouent un rôle prépondérant.
Théorème 1
Soit un filtre sur un espace quasi-compact X, et soit A l’ensemble des points adhérents à . Tout voisinage de A appartient alors à .
En effet, soit V un voisinage de A; raisonnons par l’absurde, en supposant que tout ensemble de rencontre . Les traces sur des ensembles de forment alors une base d’un filtre sur X; comme X est quasi-compact, a au moins un point adhérent , qui n’appartient pas à A, puisque le voisinage V de A a une intersection vide avec certains de ensembles de . Mais, comme est plus fin que , est aussi adhérent à , ce qui est contraire à l’hypothèse.
Corollaire
Pour qu’un filtre sur un espace compact soit convergent il faut et il suffit qu’il ait un seul point adhérent.
La condition est nécessaire en vertu de I, p. 52, prop. 1; elle est suffisante en vertu du th. 1.
2. Régularité d’un espace compact
Proposition 1
Soient X un espace compact, x un point de X. Pour qu’une base de filtre formée de voisinages fermés de x soit un système fondamental de voisinages de x, il faut et il suffit que l’intersection des ensembles de se réduise au point x.
La condition est nécessaire puisque X est séparé (I, p. 52, prop. 1). Elle est suffisante, car elle signifie que x est le seul point adhérent à , donc converge vers x d’après le cor. du th. 1.
Corollaire
Tout espace compact est régulier.* En effet, il résulte de l’axiome (Hi) (I, p. 52, prop. 1) que la base de filtre formée de tous les voisinages fermés d’un point quelconque de l’espace satisfait à la condition de la prop. 1.
On notera que l’espace quasi-compact non séparé X de l’*Exemple* 2 de I, p. 60 ne vérifie pas l’axiome (O), car l’intersection de deux ensembles ouverts non vides dans cet espace n’est jamais vide.
3. Ensembles quasi-compacts; ensembles compacts; ensembles relativement compacts
Définition 2
On dit qu’une partie* A d’un espace topologique X est un ensemble quasi-compact (resp. compact) si le sous-espace A est quasi-compact (resp. compact).
Pour qu’une partie A d’un espace topologique X soit un ensemble quasi-compact, il faut et il suffit que tout recouvrement de A par des ensembles ouverts dans X contienne un recouvrement fini de A, comme il résulte de l’axiome (C'"). Dans un espace séparé, les notions d’ensemble quasi-compact et d’ensemble compact coïncident, puisque tout sous-espace est séparé.
Exemple 1
Dans un espace topologique X, tout ensemble fini est quasi-compact; l’ensemble vide et tout ensemble réduit à un point sont compacts.
Exemple 2
Dans un espace topologique X, soit une suite infinie de points qui converge vers un point a. L’ensemble A formé des () et de a est quasi-compact. En effet, si est un recouvrement de A par des ensembles ouverts de X, il existe un indice tel que ; comme est un voisinage de a, il n’existe qu’un nombre fini d’indices tels que ; si, pour chaque indice , est un indice tel que , et les forment un recouvrement ouvert fini de A.
Proposition 2
Dans un espace quasi-compact* (resp. compact), tout ensemble fermé est quasi-compact (resp. compact).
Il suffit d’appliquer l’axiome (C''), en remarquant que si A est fermé dans un espace X, tout ensemble fermé dans A est fermé dans X.
Proposition 3
Soient* X un espace séparé, A et B deux parties compactes de X sans point commun. Alors il existe un voisinage V de A et un voisinage W de B qui ne se rencontrent pas.
Montrons d’abord que pour tout , il existe un voisinage T de x dans X et un voisinage U de B dans X qui ne se rencontrent pas. En effet, pour tout , il existe un voisinage T de x et un voisinage U de y qui ne se rencontrent pas; comme B est compact, il y a un nombre fini de points de B tels que les U forment un recouvrement de B. Il suffit de prendre pour U la réunion des U et pour T l’intersection des T. Comme A est compact, il y a un nombre fini de points tels que les T forment un recouvrement de A. On répond alors à la question en prenant pour V la réunion des T et pour W l’intersection des U.
Proposition 4
Dans un espace séparé, tout ensemble compact est fermé.
En effet, si A est une partie compacte d’un espace séparé X et x un point de , il résulte de la prop. 3 qu’il y a un voisinage de x ne rencontrant pas A, puisque est fermé (I, p. 54, prop. 4); donc est ouvert.
Corollaire
Dans un espace compact X, pour qu’un ensemble A soit compact, il faut et il suffit qu’il soit fermé dans X.
Proposition 5
Dans un espace topologique, la réunion d’une famille finie d’ensembles quasi-compacts est un ensemble quasi-compact.
Il suffit de montrer que la réunion de deux ensembles quasi-compacts A, B dans un espace topologique X est quasi-compacte. Soit un recouvrement ouvert de ; c’est un recouvrement de A et un recouvrement de B, donc il contient un recouvrement fini de A et un recouvrement fini de B; est donc un recouvrement fini de contenu dans , d’où la proposition.
Définition 3
On dit qu’une partie A d’un espace topologique X est relativement quasi-compacte (resp. relativement compacte) dans X si A est contenue dans une partie quasi-compacte (resp. compacte) de X.
De façon abrégée, on dit aussi que A est un « ensemble relativement quasi-compact » (resp. « relativement compact ») lorsqu’il n’y a pas d’équivoque sur X. Dans un espace séparé, les notions d’ensemble relativement quasi-compact et d’ensemble relativement compact sont identiques.
Proposition 6
Dans un espace séparé X, pour qu’un ensemble A soit relativement compact, il faut et il suffit que A soit compact.
C’est évidemment suffisant, et c’est nécessaire en vertu de la prop. 4 et de son corollaire.
Proposition 7
Si A est un ensemble relativement quasi-compact dans un espace topologique X, toute base de filtre sur A possède au moins un point adhérent dans X.
En effet, si , où K est une partie quasi-compacte de X, toute base de filtre sur A admet un point adhérent dans K.
La réciproque de cette proposition n’est valable que moyennant des conditions supplémentaires sur X (I, p. 109, exerc. 23).
Remarque
Dans un espace non séparé, un ensemble compact n’est pas nécessairement fermé, et son adhérence n’est pas nécessairement quasi-compacte (I, p. 105, exerc. 5); l’intersection de deux ensembles compacts n’est pas nécessairement quasi-compacte (I, p. 105, exerc. 5); la réunion de deux ensembles compacts n’est pas nécessairement compacte (I, p. 105, exerc. 5).
4. Image d’un espace compact par une application continue
Théorème 2
Si f est une application continue d’un espace quasi-compact X dans un espace topologique , l’ensemble est quasi-compact.
En effet, soit un recouvrement de par des ensembles ouverts de ; est un recouvrement ouvert de (I, p. 9, th. 1), donc il y a une partie finie de telle que soit un recouvrement de ; mais alors est un recouvrement de , d’où le théorème.
Corollaire 1
Soit une application continue d’un espace topologique dans un espace séparé ; l’image par de tout ensemble quasi-compact (resp. relativement quasi-compact) dans est un ensemble compact (resp. relativement compact) dans .
Corollaire 2
Toute application continue d’un espace quasi-compact dans un espace séparé est fermée; si en outre est bijective, est un homéomorphisme. Cela résulte aussitôt du cor. 1 et de I, p. 62, prop. 4.
En particulier: COROLLAIRE 3. — Une topologie séparée moins fine qu’une topologie d’espace quasi-compact lui est nécessairement identique.
Corollaire 4
Soient un espace topologique, une relation d’équivalence séparée dans . a) S’il existe dans un ensemble quasi-compact tel que toute classe d’équivalence suivant rencontre , est compact et l’application canonique de sur est un homéomorphisme. b) Si en outre toute classe suivant ne rencontre qu’en un seul point, est une section continue pour la relation (I, p. 22). En effet, soit la restriction à de l’application canonique ; comme est séparé, est compact (cor. 1) et est une application fermée (cor. 2), donc la bijection associée à est un homéomorphisme (I, p. 32, prop. 3); ceci démontre l’assertion a); l’assertion b) en résulte aussitôt, puisqu’alors .
5. Produit d’espaces compacts
Théorème 3 (Tychonoff)
Tout produit d’espaces quasi-compacts (resp. compacts) est quasi-compact (resp. compact). Réciproquement, si un produit d’espaces non vides est quasi-compact (resp. compact), chacun des espaces facteurs est quasi-compact (resp. compact). Vu la caractérisation des espaces produits séparés (I, p. 54, prop. 7), tout revient à démontrer les assertions relatives aux espaces quasi-compacts. Si est quasi-compact et non vide, on a pour tout , donc est quasi-compact en vertu du th. 2 de I, p. 62. Inversement, supposons les quasi-compacts et soit un ultrafiltre sur ; pour tout , est une base d’ultrafiltre sur (I, p. 41, prop. 10), qui converge donc en vertu de l’axiome (C'); par suite est convergent (I, p. 51, cor. 1), ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Pour qu’une partie d’un produit d’espaces topologiques soit relativement quasi-compacte, il faut et il suffit que chacune de ses projections soit relativement quasi-compacte dans l’espace facteur correspondant.
La condition est nécessaire d’après le th. 2 de I, p. 62. Elle est suffisante, car si A est une partie de telle que pour tout , soit contenu dans une partie quasi-compacte de , A est contenu dans la partie quasi-compacte de .
6. Limites projectives d’espaces compacts
Proposition 8
Soient un système projectif d’espaces compacts relatif à un ensemble d’indices filtrant I, tel que soit l’application identique pour tout , sa limite projective, l’application canonique (I, p. 28). Alors:
est compact, et pour tout , on a
(1)
Si les sont non vides, est non vide.
En effet, est un sous-espace fermé de (I, p. 55, cor. 2), donc il est compact en vertu du th. 3 de I, p. 63 et de la prop. 2 de I, p. 61. Les autres assertions résultent de E, III, p. 58, th. 1 : en effet, on peut appliquer ce théorème en prenant pour l’ensemble des parties fermées de ; les conditions (i) et (ii) ne sont autres que les axiomes (O'_I) et (C'"); la propriété (iii) résulte de ce que est fermé et continue (I, p. 9, th. 1); enfin la propriété (iv) résulte du cor. 2 de I, p. 63.
Corollaire 1
Soit un système projectif d’espaces topologiques relatif à un ensemble d’indices filtrant, tel que, pour tout couple d’indices tels que , et pour tout soit compact. Alors on a la relation (1) et, pour tout est compact.
En effet, pour tout et tout , posons . Pour , on a et l’ensemble des est cofinal à l’ensemble I. Il est immédiat que les () forment un système projectif d’espaces topologiques (pour les restrictions des ), dont la limite projective L est homéomorphe à . Comme les sont par hypothèse compacts et non vides, le corollaire résulte de la prop. 8.
Corollaire 2
Soient deux systèmes projectifs d’espaces topologiques relatifs au même ensemble d’indices filtrant , et soit un système projectif d’applications . Posons .
a) Si, pour un , est compact et non vide pour tout , alors est compact et non vide.
b) Si les sont compacts, les séparés et les surjectives et continues, alors est surjective.
Posons ; il est immédiat que les forment un système projectif d’espaces topologiques (pour les restrictions des ) et que est limite projective des ; l’assertion a) résulte donc de la prop. 8. L’assertion b) en est une conséquence immédiate, compte tenu de la prop. 2 de I, p. 61.
7. Espaces localement compacts
Définition 4
On dit qu’un espace topologique est localement compact s’il est séparé et si tout point de possède un voisinage compact.
Il est clair que tout espace compact est localement compact, mais la réciproque est inexacte; par exemple, tout espace discret est localement compact, mais non compact s’il est infini.
Comme nous le verrons dans IV, p. 7, la droite numérique est un espace localement compact, mais non compact.
Proposition 9
Tout espace localement compact est régulier.
En effet, tout point d’un espace localement compact possède un voisinage compact ; comme est séparé, est fermé (I, p. 62, prop. 4); d’autre part, est un sous-espace régulier (I, p. 61, corollaire), donc est régulier (I, p. 57, prop. 13).
Corollaire
Dans un espace localement compact, tout point admet un système fondamental de voisinages compacts.
En effet, l’intersection d’un voisinage fermé de et d’un voisinage compact de est un voisinage compact de (I, p. 61, prop. 2).
On notera qu’il existe des espaces topologiques non séparés dans lesquels tout point a un système fondamental de voisinages compacts (I, p. 105, exerc. 5).
Le cor. de la prop. 9 se généralise comme suit:
Proposition 10
Dans un espace localement compact , tout ensemble compact admet un système fondamental de voisinages compacts.
En effet, soit un voisinage quelconque de ; pour tout , il existe un voisinage compact de contenu dans . Les intérieurs des ensembles forment un recouvrement ouvert de lorsque parcourt , donc il existe un nombre fini de points () tels que les intérieurs des forment un recouvrement de ; la réunion des est alors un voisinage compact de contenu dans (I, p. 62, prop. 5).
Proposition 11
Dans un espace localement compact , soit un ensemble tel que pour toute partie compacte de , soit compact; alors est fermé dans .* Compte tenu de la prop. 4 de I, p. 62, cela résulte de la prop. 3 a) de I, p. 18.
Proposition 12
Dans un espace séparé , tout sous-espace localement compact est localement fermé.* En effet, pour tout , il y a par hypothèse un voisinage de dans tel que soit compact, et par suite fermé dans (I, p. 62, prop. 4).
Proposition 13
Dans un espace localement compact , tout sous-espace localement fermé est localement compact.* En effet, supposons localement fermé dans ; pour tout il existe un voisinage de dans tel que soit fermé dans . Soit un voisinage compact de dans ; est fermé dans , donc compact (I, p. 61, prop. 2), et comme c’est un voisinage de dans , cela démontre la proposition (A étant évidemment séparé).
Le th. 1 (I, p. 60) et le cor. 2 de I, p. 63 ne s’étendent pas aux espaces localement compacts non compacts.
Par exemple, dans un espace discret infini, le filtre des ensembles contenant un point et dont le complémentaire est fini, admet le point comme seul point adhérent, mais ne converge pas vers . Une application quelconque d’un espace discret infini dans un espace séparé étant continue, l’image par cette application d’une partie quelconque de (qui est fermée dans ) ne sera pas en général une partie fermée de .
La proposition correspondant au th. 3 (I, p. 63) est la suivante:
Proposition 14
a) Soit une famille d’espaces localement compacts, telle que soit compact sauf pour un nombre fini d’indices. Alors l’espace produit est localement compact. b) Réciproquement, si le produit d’une famille d’espaces topologiques non vides est localement compact, les sont compacts sauf pour un nombre fini d’indices, et les facteurs non compacts sont localement compacts. a) Soit un point de ; pour chacun des indices tels que soit localement compact et non compact, soit un voisinage compact de dans ; pour les autres indices , posons ; alors est un voisinage compact de dans (I, p. 63, th. 3). On sait par ailleurs (I, p. 54, prop. 7) que est séparé, donc est localement compact.
b) Si est localement compact et les non vides, chacun des est homéomorphe à un sous-espace fermé de (I, p. 26, prop. 4 et I, p. 27, corollaire). D’autre part, soit un point de , un voisinage compact de ; comme on a sauf pour un nombre fini d’indices (I, p. 24), il résulte de I, p. 63, cor. 1 que les sont compacts sauf pour un nombre fini d’indices.
8. Immersion d’un espace localement compact dans un espace compact
Théorème 4 (Alexandroff)
Pour tout espace localement compact , il existe un espace compact et un homéomorphisme de sur le complémentaire d’un point de . En outre, si est un second espace compact tel qu’il existe un homéomorphisme de sur le complémentaire d’un point de , il existe un homéomorphisme et un seul de sur tel que .
Démontrons d’abord la seconde assertion, et soient , ; si l’homéomorphisme existe, son unicité est évidente, car on doit avoir par définition pour et par suite . Reste à montrer que la bijection définie par ces formules est bi-continue, et comme et jouent le même rôle, il suffit de montrer que l’image par d’un voisinage d’un point est un voisinage de dans . Or, cela est évident par définition si ; d’autre part, si est un voisinage ouvert de dans , est fermé dans , donc compact (I, p. 61, prop. 2) et contenu dans , et par suite est compact (I, p. 63, cor. 1). Il en résulte que est un voisinage ouvert de (I, p. 62, prop 4), ce qui achève de prouver que est un homéomorphisme.
Prouvons maintenant la première assertion du théorème. Soit un ensemble somme de et d’un ensemble réduit à un élément , étant identifié au complémentaire de dans . Définissons sur une topologie en prenant pour ensemble des parties ouvertes de l’ensemble formé des parties ouvertes de et des parties de la forme , où est une partie compacte de . Comme toute intersection de parties compactes de est compacte (I, p. 61, prop. 2 et I, p. 62, 4) et que toute partie fermée d’un ensemble compact est compacte (I, p. 61, prop. 2), vérifie l’axiome ; comme toute réunion finie de parties compactes de est compacte (I, p. 62, prop. 5), vérifie aussi l’axiome . Puisque toute partie compacte de est fermée dans (I, p. 62, prop. 4), la topologie induite sur par celle de est la topologie initialement donnée sur . Pour établir la première assertion, il reste à prouver que est compact. En premier lieu est séparé: en effet, si sont deux points distincts de , il existe dans deux voisinages ouverts de et respectivement qui sont sans point commun, et et sont aussi ouverts dans ; d’autre part, pour tout , il existe dans un voisinage compact de , qui est aussi un voisinage de dans
X', et U = (X - K) ∪ {ω} est alors un voisinage de ω dans X' tel que U ∩ K = ∅. Enfin X' est quasi-compact : soit en effet (U_λ)_{λ ∈ L} un recouvrement ouvert de X' ; il y a au moins un indice μ ∈ L tel que U_μ = (X - K_μ) ∪ {ω}, où K_μ est une partie compacte de X ; il y a donc une partie finie H de L telle que les U_λ pour λ ∈ H forment un recouvrement de K_μ ; posant J = H ∪ {μ}, (U_λ)_{λ ∈ J} est un recouvrement de X', ce qui achève de prouver que X' est compact.
C.Q.F.D.
On observera que si X est déjà compact, le point ω est isolé dans l’espace compact X', et X' est par suite somme (I, p. 15, Exemple III) de X et de l’espace {ω}.
Lorsqu’on a ainsi défini un espace compact X' à partir d’un espace localement compact X par adjonction d’un élément ω, on dit souvent que ω est le « point à l’infini » de X', et que X' résulte de X par adjonction d’un point à l’infini ; on dit aussi que X' est le compactifié d’Aleksandroff de l’espace localement compact X.
Exemple. — Si on applique le th. d’Aleksandroff au plan numérique R², on obtient un espace compact, dont on peut définir comme suit un homéomorphisme sur la sphère S₂ d’équation x₁² + x₂² + x₃² = 1 dans l’espace R³ : au point ω qu’on a adjoint à R² (point à l’infini), on fait correspondre le point (0, 0, 1) de S₂ ; et à tout point (x₁, x₂) de R² on fait correspondre le point où la droite joignant les points (0, 0, 1) et (x₁, x₂, 0) recoupe S₂. Cet homéomorphisme est connu sous le nom de projection stéréographique (voir A, IX, § 10, exerc. 14 et VI, §2, N° 4).
9. Espaces localement compacts dénombrables à l’infini
Définition 5
On dit qu’un espace localement compact X est dénombrable à l’infini s’il est réunion dénombrable d’ensembles compacts.
Exemple 1
Pour qu’un espace discret soit dénombrable à l’infini, il faut et il suffit qu’il soit dénombrable.
Exemple 2
La droite numérique R est un espace localement compact dénombrable à l’infini, car elle est réunion des intervalles compacts {−n, +n} pour n ∈ N.
Remarque
Un espace topologique séparé peut être réunion dénombrable de sous-espaces compacts sans être localement compact. *Il en est ainsi par exemple de l’espace de Hilbert muni de la topologie faible, comme nous le démontrerons plus tard (EVT, I, § 1, n° 6, th. 4).
Proposition 15
Si X est un espace localement compact dénombrable à l’infini, il existe une suite (U_n) d’ensembles ouverts relativement compacts dans X, formant un recouvrement de X et tels que pour tout n.
En effet, X est réunion d’une suite (K_n) d’ensembles compacts. Soit U₁ un voisinage ouvert relativement compact de K₁ (I, p. 65, prop. 10) et définissons par récurrence U_n pour n > 1 comme un voisinage ouvert relativement compact de (I, p. 62, prop. 5 et I, p. 65, prop. 10) ; il est clair que les U_n répondent à la question.
Corollaire 1
Avec les notations de la prop. 15, pour toute partie compacte K de X, il existe un entier n tel que K ⊂ U_n.
En effet, il y a un nombre fini des qui recouvrent K (axiome de Borel-Lebesgue).
Corollaire 2
Soient un espace localement compact, l’espace compact obtenu en adjoignant à un point à l’infini (I, p. 68). Pour que soit dénombrable à l’infini, il faut et il suffit que, dans , le point possède un système fondamental dénombrable de voisinages.
La condition est suffisante puisque les complémentaires des voisinages ouverts de sont compacts dans . Elle est nécessaire, car si les ont les propriétés énoncées dans la prop. 15, les voisinages de dans forment un système fondamental de voisinages de en vertu du cor. 1.
Il est clair que tout sous-espace fermé d’un espace localement compact dénombrable à l’infini est un espace localement compact dénombrable à l’infini. De même, tout produit fini d’espaces localement compacts dénombrables à l’infini est dénombrable à l’infini.
On notera par contre qu’un sous-espace ouvert d’un espace compact n’est pas nécessairement dénombrable à l’infini, comme le montre le th. d’Alexandroff (I, p. 67, th. 4).
10. Espaces paracompacts
Définition 6
Un espace topologique est dit paracompact s’il est séparé, et s’il vérifie l’axiome suivant: (PC) Pour tout recouvrement ouvert de , il existe un recouvrement ouvert localement fini de , plus fin que (E, II, p. 27, déf. 5).
Il est clair que tout espace compact est paracompact. Tout espace discret est paracompact, car le recouvrement ouvert formé de tous les ensembles réduits à un point est localement fini et plus fin que tout recouvrement ouvert de .
Proposition 16
Dans un espace paracompact , tout sous-espace fermé est paracompact.
En effet, est séparé; d’autre part, si est un recouvrement ouvert dans le sous-espace , tout est de la forme , où est ouvert dans . Considérons le recouvrement ouvert de formé de et des ; il existe un recouvrement ouvert localement fini de plus fin que , et les traces sur des ensembles de forment un recouvrement ouvert localement fini de , plus fin que le recouvrement donné .
Par contre, un sous-espace ouvert d’un espace compact n’est pas nécessairement paracompact (I, p. 105, exerc. 12).
Proposition 17
Le produit d’un espace paracompact et d’un espace compact est paracompact.
Soient un espace paracompact, un espace compact, un recouvrement ouvert de . Pour tout point , il existe un voisinage ouvert de dans et un voisinage ouvert de dans tels que soit contenu dans un ensemble de . Pour tout , les , où parcourt , forment un recouvrement ouvert de , donc il existe un nombre fini de points () de tels que les forment un recouvrement ouvert de . Posons ; chacun des ensembles ouverts est contenu dans un ensemble de . Soit alors un recouvrement ouvert localement fini de plus fin que le recouvrement formé par les (). Pour tout , soit un point de tel que , et désignons par les ensembles correspondant à ce point (). Il est clair que les ensembles ( pour tout ) forment un recouvrement ouvert de , plus fin que ; montrons que ce recouvrement est localement fini. En effet, pour tout , il existe un voisinage de ne rencontrant qu’un nombre fini d’ensembles ; a fortiori le voisinage de ne rencontre qu’un nombre fini d’ensembles de la forme .
Par contre, le produit de deux espaces paracompacts n’est pas nécessairement paracompact (voir IX, §5, exerc. 15).
Proposition 18
Un espace somme* (I, p. 15, Exemple III) d’une famille *d’espaces paracompacts est paracompact.
Soit en effet un recouvrement ouvert de ; le recouvrement formé des ensembles ouverts est plus fin que ; si pour chaque , est un recouvrement ouvert localement fini de plus fin que , le recouvrement ouvert de formé des ( pour chaque ) est localement fini et plus fin que .
Théorème 5
Pour qu’un espace localement compact soit paracompact il, faut et il suffit qu’il soit somme d’une famille d’espaces localement compacts dénombrables à l’infini.
Montrons d’abord que la condition est nécessaire. Supposons paracompact, et pour tout , soit un voisinage ouvert relativement compact de dans . Il existe par hypothèse un recouvrement ouvert localement fini de plus fin que le recouvrement formé des (où ); les sont donc relativement compacts. Toute partie compacte de ne rencontre qu’un nombre fini d’ensembles : en effet, les ensembles non vides forment un recouvrement ouvert localement fini de l’espace compact , donc ce recouvrement est nécessairement fini (I, p. 59). Cela étant, soit la relation suivante entre deux points de : « il existe une suite finie d’indices dans telle que et pour . On vérifie aussitôt que est une relation d’équivalence; en outre, toute classe d’équivalence suivant est un ensemble ouvert dans , comme il résulte aussitôt de la définition de et du fait que les sont ouverts. L’espace est donc somme des sous-espaces localement compacts (I, p. 66, prop. 13) formés des classes d’équivalence suivant ; tout revient à prouver que chacun de ces sous-espaces est réunion d’une sous-famille dénombrable de la famille .
Or, soit un point quelconque de ; définissons par récurrence sur une suite d’ensembles ouverts relativement compacts dans , de la façon suivante: est la réunion des ensembles qui contiennent , et pour tout , est la réunion des ensembles qui rencontrent . Il est immédiat, par récurrence sur , que chacun des est relativement compact et réunion d’un nombre fini d’ensembles . Montrons alors que la classe de suivant est la réunion des : en effet, si est une suite d’indices telle que et pour , on a, par récurrence sur , pour , ce qui achève de démontrer la première partie du théorème.
Montrons maintenant que la condition de l’énoncé est suffisante. En vertu de la prop. 18, on peut se borner au cas où est dénombrable à l’infini. Soit un recouvrement ouvert quelconque de . Soit d’autre part une suite d’ensembles ouverts relativement compacts de ayant les propriétés énoncées dans la prop. 15 de I, p. 68; nous désignerons par l’ensemble compact (en convenant de poser pour ). L’ensemble ouvert est un voisinage de par construction; pour tout , il existe donc un voisinage de contenu dans un des ensembles et contenu aussi dans . Comme est compact, il existe un nombre fini d’ensembles de la forme formant un recouvrement de ; soient ces ensembles. Il est clair que la famille des ensembles pour tout n) est un recouvrement ouvert de plus fin que ; montrons que est localement fini. Soient un point quelconque de , le plus petit entier tel que ; comme il existe un voisinage de contenu dans et ne rencontrant pas ; par suite, ne peut rencontrer que les ensembles pour lesquels , et ces derniers sont en nombre fini.
C.Q.F.D.
Au cours de la démonstration, nous avons en outre prouvé ce qui suit: COROLLAIRE. — Soit un espace localement compact et paracompact; pour tout recouvrement ouvert de , il existe un recouvrement ouvert localement fini de plus fin que et formé d’ensembles relativement compacts. Si est dénombrable à l’infini, on peut en outre supposer que est dénombrable.
Exercices
See the exercises for § 9.