Bourbaki

§ 10. Applications propres

Dans ce paragraphe, nous noterons IdX\mathrm{Id}_X l’application identique d’un ensemble XX sur lui-même.

1. Applications propres

Si f:X→Yf : X \to Y et f′:X′→Y′f' : X' \to Y' sont deux applications continues fermées, le produit f×f′:X×X′→Y×Y′f \times f' : X \times X' \to Y \times Y' n’est pas nécessairement une application fermée, même si ff est de la forme IdX\mathrm{Id}_X.

Exemple

Toute application constante dans un espace séparé est fermée. Mais si ff est l’application constante Q→{0}\mathbf{Q} \to \{0\}, f×IdQf \times \mathrm{Id}_\mathbf{Q} est l’application (x,y)↦(0,y)(x, y) \mapsto (0, y) de Q2\mathbf{Q}^2 dans Q2\mathbf{Q}^2, qui s’identifie à la deuxième projection et n’est pas fermée (I, p. 26, Remarque 1).

Définition 1

Soit ff une application d’un espace topologique XX dans un espace topologique YY. On dit que ff est propre si ff est continue et si, pour tout espace topologique ZZ, l’application f×IdZ:X×Z→Y×Zf \times \mathrm{Id}_Z : X \times Z \to Y \times Z est fermée.

On donnera aux nos 2 et 3 d’autres caractérisations des applications propres.

En prenant dans la déf. 1 l’espace ZZ réduit à un point, on voit que:

Proposition 1

Toute application propre est fermée.

Proposition 2

Soit f:X→Yf : X \to Y une application continue injective. Les trois propriétés suivantes sont équivalentes: a) ff est propre. b) ff est fermée. c) ff est un homéomorphisme de XX sur une partie fermée de YY.

On vient de voir que a) entraîne b). Comme la relation d’équivalence f(x)=f(x′)f(x) = f(x') est la relation d’égalité, l’espace quotient de XX par cette relation s’identifie à XX, donc b) entraîne c) en vertu de I, p. 32, prop. 3. Enfin, si c) est vérifiée, f×IdZf \times \mathrm{Id}_Z est un homéomorphisme de X×ZX \times Z sur un sous-espace fermé de Y×ZY \times Z, donc est une application fermée, ce qui prouve que c) entraîne a).

Proposition 3

Soit f:X→Yf : X \to Y une application continue; pour toute partie TT de YY, désignons par fTf_T l’application de f−1(T)f^{-1}(T) dans TT qui coïncide avec ff dans f−1(T)f^{-1}(T). a) Si ff est propre, fTf_T est propre. b) Soit (T(t))t∈I(T(t))_{t \in I} une famille de parties de YY dont les intérieurs forment un recouvrement de YY, ou qui est un recouvrement fermé localement fini de YY; si toutes les fT(t)f_{T(t)} sont propres, alors ff est propre.

Soit ZZ un espace topologique. Pour toute partie TT de YY, on a fT×IdZ=(f×IdZ)T×Zf_T \times \mathrm{Id}_Z = (f \times \mathrm{Id}_Z)_{T \times Z}; si ff est propre, f×IdZf \times \mathrm{Id}_Z est fermée, donc il en est de même de (f×IdZ)T×Z(f \times \mathrm{Id}_Z)_{T \times Z} (I, p. 31, prop. 2 a)), ce qui démontre a). Si maintenant (T(t))(T(t)) a l’une des propriétés énoncées dans b), le recouvrement (T(t)×Z)t∈I(T(t) \times Z)_{t \in I} de

Y × Z a la même propriété; si les fT(i)f_{T(i)} sont propres, les (f×IdZ)T(i)×Z(f \times \mathrm{Id}_Z)_{T(i) \times Z} sont fermées, donc f×IdZf \times \mathrm{Id}_Z est fermée (I, p. 31, prop. 2 b)), ce qui achève la démonstration.

Proposition 4

Soit II un ensemble fini, et pour tout i∈Ii \in I, soit fi:Xi→Yif_i : X_i \to Y_i une application continue. Posons X=∏iXiX = \prod_i X_i, Y=∏iYiY = \prod_i Y_i, et soit f:X→Yf : X \to Y l’application produit (xi)↦(fi(xi))(x_i) \mapsto (f_i(x_i)) des fif_i. Alors: a) Si chacune des fif_i est propre, ff est propre. b) Si ff est propre et si les XiX_i sont non vides, chacune des fif_i est propre. (Nous verrons dans I, p. 76, cor. 3, que cette proposition s’étend aux produits infinis.)

En raisonnant par récurrence, on voit qu’il suffit de considérer le cas où I={1,2}I = \{1, 2\}. a) Supposons f1,f2f_1, f_2 propres, et soit ZZ un espace topologique; l’application f1×f2×IdZf_1 \times f_2 \times \mathrm{Id}_Z est la composée des applications IdY1×f2×IdZ\mathrm{Id}_{Y_1} \times f_2 \times \mathrm{Id}_Z et f1×IdX2×IdZf_1 \times \mathrm{Id}_{X_2} \times \mathrm{Id}_Z; ces deux applications sont fermés par hypothèse, donc f1×f2×IdZf_1 \times f_2 \times \mathrm{Id}_Z est fermée (I, p. 30, prop. 1 a)), et f=f1×f2f = f_1 \times f_2 est propre. b) Supposons maintenant ff propre; soit FF une partie fermée de X2×ZX_2 \times Z, et soit GG son image dans Y2×ZY_2 \times Z par f2×IdZf_2 \times \mathrm{Id}_Z; l’image de X1×FX_1 \times F dans Y1×Y2×ZY_1 \times Y_2 \times Z par f1×f2×IdZf_1 \times f_2 \times \mathrm{Id}_Z est égale à f1(X1)×Gf_1(X_1) \times G. Par hypothèse, f1(X1)×Gf_1(X_1) \times G est fermé dans Y1×Y2×ZY_1 \times Y_2 \times Z; si X1≠∅X_1 \neq \varnothing, f1(X1)f_1(X_1) est non vide, et cela entraîne que GG est fermé dans Y2×ZY_2 \times Z (I, p. 27, corollaire); donc l’application f2f_2 est propre. On montre de même que f1f_1 est propre si X2≠∅X_2 \neq \varnothing.

Proposition 5

Soient f:X→X′f : X \to X' et g:X′→X′′g : X' \to X'' deux applications continues. Alors: a) Si ff et gg sont propres, g∘fg \circ f est propre. b) Si g∘fg \circ f est propre et si ff est surjective, gg est propre. c) Si g∘fg \circ f est propre et si gg est injective, ff est propre. d) *Si g∘fg \circ f est propre et si X′X' est séparé, ff est propre.

Soit ZZ un espace topologique. On a (g∘f)×IdZ=(g×IdZ)∘(f×IdZ)(g \circ f) \times \mathrm{Id}_Z = (g \times \mathrm{Id}_Z) \circ (f \times \mathrm{Id}_Z); si ff et gg sont propres, f×IdZf \times \mathrm{Id}_Z et g×IdZg \times \mathrm{Id}_Z sont fermées, donc (I, p. 30, prop. 1 a)), (g∘f)×IdZ(g \circ f) \times \mathrm{Id}_Z est fermée, ce qui démontre a). On démontre de même b) (resp. c)) en appliquant la partie b) (resp. c)) de la prop. 1 de I, p. 30, et en remarquant que si ff est surjective (resp. si gg est injective), f×IdZf \times \mathrm{Id}_Z est surjective (resp. g×IdZg \times \mathrm{Id}_Z est injective). Plaçons-nous maintenant dans les hypothèses de d). Considérons le diagramme commutatif

X→φX×X′↓f↓(g∘f)×IdX′X′→ψX′′×X′ \begin{array}{ccc} X & \xrightarrow{\varphi} & X \times X' \\ \downarrow f & & \downarrow (g \circ f) \times \mathrm{Id}_{X'} \\ X' & \xrightarrow{\psi} & X'' \times X' \end{array}

(1)

où φ(x)=(x,f(x))\varphi(x) = (x, f(x)) et ψ(x′)=(g(x′),x′)\psi(x') = (g(x'), x'). L’application φ\varphi (resp. ψ\psi) est un homéomorphisme de XX (resp. X′X') sur le graphe de ff (resp. le symétrique du graphe de gg) (I, p. 25, cor. 2); de plus, puisque X′X' est séparé, le graphe φ(X)\varphi(X) de ff est fermé dans X×X′X \times X' (I, p. 53, cor. 2). Donc (I, p. 72, prop. 2) φ\varphi est propre; d’autre part la prop. 4 de I, p. 73 montre que (g∘f)×IdX′(g \circ f) \times \mathrm{Id}_{X'} est propre. D’après a) et la commutativité du diagramme (1), ψ∘f\psi \circ f est propre, et puisque ψ\psi est injective, il résulte de c) que ff est propre.

Remarque

Si X′X' n’est pas séparé, il peut se faire que g∘fg \circ f soit propre sans que ff le soit: il suffit de prendre pour XX et X′′X'' (resp. X′X') des ensembles à un (resp. deux) éléments et de munir X′X' de la topologie la moins fine.

Corollaire 1

Si f:X→Yf : X \to Y est une application propre, la restriction de ff à une partie fermée FF de XX est une application propre de FF dans YY.

En effet, cette restriction est la composée f∘jf \circ j, où j:F→Xj : F \to X est l’injection canonique, qui est propre (I, p. 72, prop. 2).

Corollaire 2

Soit f:X→Yf : X \to Y une application propre. Si XX est séparé, le sous-espace f(X)f(X) de YY est séparé.

En vertu de la prop. 5 c), on peut se borner au cas où f(X)=Yf(X) = Y. Alors la diagonale de Y×YY \times Y est image par f×ff \times f de la diagonale de XX, laquelle est fermée (I, p. 52, prop. 1); comme f×ff \times f est propre (I, p. 73, prop. 4) la diagonale de Y×YY \times Y est fermée (I, p. 72, prop. 1), donc YY est séparé (I, p. 52, prop. 1).

Corollaire 3

Soit II un ensemble fini, et pour tout i∈Ii \in I, soit fi:X→Yif_i : X \to Y_i une application propre. Si XX est séparé, l’application x↦(fi(x))x \mapsto (f_i(x)) de XX dans ∏iYi\prod_i Y_i est propre.

En effet, cette application est composée de l’application produit (xi)↦(fi(xi))(x_i) \mapsto (f_i(x_i)) de XIX^I dans ∏iYi\prod_i Y_i, et de l’application diagonale de XX dans XIX^I; comme cette dernière est propre (I, p. 72, prop. 2 et I, p. 52, prop. 1), la conclusion résulte de la prop. 4 (I, p. 73) et de la prop. 5 a).

Corollaire 4

Soient X,YX, Y deux espaces topologiques, f:X→Yf : X \to Y une application continue, RR la relation d’équivalence f(x)=f(y)f(x) = f(y) dans XX, X→pX/R→hf(X)→iYX \xrightarrow{p} X/R \xrightarrow{h} f(X) \xrightarrow{i} Y la décomposition canonique de ff. Pour que ff soit propre, il faut et il suffit que pp soit propre, que hh soit un homéomorphisme et f(X)f(X) une partie fermée de YY.

Les conditions sont suffisantes en vertu de la prop. 5 a) (I, p. 73) et de la prop. 2 (I, p. 72). Inversement, si ff est propre, ff est fermée, donc on sait déjà que f(X)f(X) est fermé dans YY et que hh est un homéomorphisme (I, p. 32, prop. 3); en outre, h∘ph \circ p est propre en vertu de la prop. 5 c) (I, p. 73), donc p=h−1∘(h∘p)p = h^{-1} \circ (h \circ p) est propre en vertu de la prop. 5 a) (I, p. 73).

2. Caractérisation des applications propres par des propriétés de compacité

Dans ce numéro, nous désignerons par PP un espace réduit à un point, et muni de son unique topologie.

Lemme 1

Soit XX un espace topologique tel que l’application constante X→PX \to P soit propre. Alors XX est quasi-compact.

(Nous verrons un peu plus loin (I, p. 76, cor. 1) que cette propriété caractérise les espaces quasi-compacts.)

On peut se borner au cas où XX est non vide. Soient F\mathfrak{F} un filtre sur XX, X′=X∪{ω}X' = X \cup \{ \omega \} l’espace topologique associé à F\mathfrak{F} (I, p. 40, Exemple). Soient Δ\Delta la partie de X×X′X \times X' formée des couples (x,x)(x, x), où xx parcourt XX, et F=Δ‾F = \overline{\Delta} l’adhérence de Δ\Delta dans X×X′X \times X'. Vu l’hypothèse faite sur XX, l’image de FF par la projection X×X′→X′X \times X' \to X' est fermée dans X′X'; comme cette image contient XX, elle contient nécessairement ω\omega, qui est adhérent à XX; autrement dit, il existe x∈Xx \in X tel que (x,ω)∈F(x, \omega) \in F. Par définition de la topologie de X×X′X \times X', cela signifie que pour tout voisinage VV de xx dans XX et tout ensemble M∈FM \in \mathfrak{F}, on a (V×M)∩Δ≠∅(V \times M) \cap \Delta \neq \varnothing, c’est-à-dire V∩M≠∅V \cap M \neq \varnothing; en d’autres termes, xx est adhérent au filtre F\mathfrak{F}.

C.Q.F.D.

Théorème 1

Soit f:X→Yf : X \to Y une application continue. Les quatre propriétés suivantes sont équivalentes:

a) ff est propre.

b) ff est fermée, et pour tout y∈Y,f−1(y)y \in Y, f^{-1}(y) est quasi-compact.

c) Si F\mathfrak{F} est un filtre sur XX et si y∈Yy \in Y est adhérent à f(F)f(\mathfrak{F}), il existe un point x∈Xx \in X adhérent à F\mathfrak{F} et tel que f(x)=yf(x) = y.

d) Si U\mathfrak{U} est un ultrafiltre sur XX, et si y∈Yy \in Y est un point limite de la base d’ultrafiltre f(U)f(\mathfrak{U}), il existe un point limite xx de U\mathfrak{U} tel que f(x)=yf(x) = y.

a) entraîne b): En effet, si ff est propre, ff est fermée (I, p. 72, prop. 1) et pour tout y∈Yy \in Y, l’application f{y}:f(y)→{y}f_{\{y\}} : f(y) \to \{y\} est propre (I, p. 72, prop. 3 a)). D’après le lemme 1, cela implique que f−1(y)f^{-1}(y) est quasi-compact.

b) entraîne c): Supposons que F\mathfrak{F} et yy vérifient les hypothèses de c) et soit B\mathfrak{B} la base de filtre sur XX formée des adhérences des ensembles de F\mathfrak{F}. Puisque ff est fermée, f(M‾)=f(M)‾f(\overline{M}) = \overline{f(M)} pour M∈FM \in \mathfrak{F} (I, p. 35, prop. 9). Cela prouve que les ensembles M‾∩f−1(y)\overline{M} \cap f^{-1}(y) sont non vides pour M∈FM \in \mathfrak{F}, et forment par suite une base de filtre sur f−1(y)f^{-1}(y) composée d’ensembles fermés dans f−1(y)f^{-1}(y). Comme f−1(y)f^{-1}(y) est quasi-compact, il existe x∈f−1(y)x \in f^{-1}(y) appartenant à tous les M‾\overline{M} pour M∈FM \in \mathfrak{F}; on a f(x)=yf(x) = y et xx est adhérent à F\mathfrak{F}.

c) implique d) trivialement.

d) entraîne que ff est fermée. En effet, soit AA une partie fermée non vide de XX, et soit F\mathfrak{F} le filtre des parties de XX contenant AA; AA est alors l’ensemble des points adhérents à F\mathfrak{F}. Soit BB l’ensemble des points adhérents au filtre de base f(F)f(\mathfrak{F}) sur YY; BB est fermé et contient évidemment f(A)f(A); nous allons voir que B=f(A)B = f(A), ce qui prouvera notre assertion. Soit y∈By \in B et soit V\mathfrak{V} le filtre des voisinages de yy dans YY; par hypothèse, tout ensemble de W=f−1(V)\mathscr{W} = f^{-1}(\mathfrak{V}) rencontre tout ensemble de F\mathfrak{F}, donc W\mathfrak{W} est une base de filtre sur XX et il y a un ultrafiltre U\mathfrak{U} sur XX, plus fin que le filtre de base W\mathfrak{W} et que F\mathfrak{F} (I, p. 37, cor. 2 et I, p. 39, th. 1). L’ultrafiltre de base f(U)f(\mathfrak{U}) est plus fin que V\mathfrak{V}, donc converge vers yy. En vertu de d), il existe x∈Xx \in X tel que f(x)=yf(x) = y et que U\mathfrak{U} converge vers xx; comme U\mathfrak{U} est plus fin que F\mathfrak{F}, xx est adhérent à F\mathfrak{F}, donc x∈Ax \in A, ce qui prouve que B=f(A)B = f(A).

d) entraîne a) : En effet, il faut montrer que si ff vérifie d) l’application f×IdZf \times \mathrm{Id}_Z est fermée pour tout espace topologique ZZ. D’après ce qui précède, il suffit de prouver que f×IdZf \times \mathrm{Id}_Z vérifie aussi la condition d). Cela résultera du lemme général suivant:

Lemme 2

Si (fi)i∈I(f_i)_{i \in I} est une famille d’applications continues fi:Xi→Yif_i : X_i \to Y_i dont chacune vérifie la condition d), alors l’application produit f:(xi)↦(fi(xi))f : (x_i) \mapsto (f_i(x_i)) vérifie aussi la condition d).

En effet, soit U\mathfrak{U} un ultrafiltre sur X=∏iXiX = \prod_i X_i, et soit y=(yi)y = (y_i) un point de Y=∏iYiY = \prod_i Y_i tel que f(U)f(\mathfrak{U}) converge vers yy. Cela signifie que chacune des bases d’ultrafiltre pri(f(U))=fi(pri(U))\mathrm{pr}_i(f(\mathfrak{U})) = f_i(\mathrm{pr}_i(\mathfrak{U})) converge vers yiy_i (I, p. 51, cor. 1). En vertu de la condition d), il existe pour chaque i∈Ii \in I, un xi∈Xix_i \in X_i tel que fi(xi)=yif_i(x_i) = y_i et que pri(U)\mathrm{pr}_i(\mathfrak{U}) converge vers xix_i; mais alors U\mathfrak{U} converge vers x=(xi)x = (x_i) (loc. cit.) et on a f(x)=yf(x) = y, ce qui démontre le lemme et achève la démonstration du th. 1.

Corollaire 1

Pour qu’un espace topologique XX soit quasi-compact, il faut et il suffit que l’application X→PX \to P soit propre.

On applique l’équivalence de a) et b) à X→PX \to P.

Corollaire 2

Toute application continue ff d’un espace quasi-compact XX dans un espace séparé YY est propre.

L’application composée X→fY⟶PX \xrightarrow{f} Y \longrightarrow P est propre (cor. 1) donc ff est propre en vertu de la prop. 5 d) de I, p. 73. On peut aussi appliquer le critère b) du th. 1, en utilisant le cor. 2 de I, p. 63.

Corollaire 3

Si (fi)(f_i) est une famille d’applications propres, l’application produit (xi)↦(fi(xi))(x_i) \mapsto (f_i(x_i)) est propre.

Compte tenu du th. 1, ce n’est autre que le lemme 2 ci-dessus.

Si on applique ce corollaire à la famille d’applications Xi→PX_i \to P, on retrouve, compte tenu du cor. 1, le th. de Tychonoff (I, p. 63, th. 3).

Corollaire 4

Soit XX un espace séparé. Pour toute famille d’applications propres fi:X→Yif_i : X \to Y_i, l’application x↦(fi(x))x \mapsto (f_i(x)) de XX dans ∏iYi\prod_i Y_i est propre.

La démonstration est la même que pour le cas d’une famille finie (I, p. 74, cor. 3), en utilisant le cor. 3 ci-dessus, et le fait que la diagonale de XIX^I est fermée (I, p. 52, prop. 1).

Corollaire 5

Pour tout espace quasi-compact XX et tout espace topologique YY, la projection pr2:X×Y→Y\mathrm{pr}_2 : X \times Y \to Y est propre.

En effet, on peut identifier YY à P×YP \times Y, en identifiant pr2\mathrm{pr}_2 au produit des applications propres X→PX \to P (cor. 1) et IdY\mathrm{Id}_Y, d’où la conclusion (cor. 3).

Exemple

Soient XX un ensemble, f:X→X′f : X \to X' une application surjective de XX dans un espace topologique X′X'; on munit XX de la topologie image réciproque de celle de X′X' par ff. Alors ff est propre, car elle est fermée (I, p. 30, Exemple 3), et l’image réciproque d’un point de X′X' est un sous-espace de XX dont la topologie est la topologie la moins fine et qui est par suite quasi-compact.

Remarque

Lorsque YY est séparé, la condition d) du th. 1 est équivalente à:

d') Si U\mathfrak{U} est un ultrafiltre sur XX tel que f(U)f(\mathfrak{U}) soit une base de filtre convergente, alors U\mathfrak{U} est convergent.

En effet, si U\mathfrak{U} converge vers xx et f(U)f(\mathfrak{U}) vers yy, l’unicité de la limite dans YY et la continuité de ff montrent que l’on a nécessairement y=f(x)y = f(x). De même, la condition c) du th. 1 est alors équivalente à:

c') Si F\mathfrak{F} est un filtre sur XX tel que f(F)f(\mathfrak{F}) ait un point adhérent, alors F\mathfrak{F} a un point adhérent.

En effet, c) ⇒\Rightarrow c') ⇒\Rightarrow d') ⇒\Rightarrow d) ⇒\Rightarrow c).

Par contre, si YY n’est pas séparé, d') n’entraîne plus d), comme le montre l’exemple où XX est réduit à un point, YY formé de deux éléments et muni de la topologie la moins fine.

Proposition 6

Soit f:X→Yf : X \to Y une application propre, et soit KK une partie quasi-compacte de YY. Alors l’ensemble f−1(K)f^{-1}(K) est quasi-compact.

D’après la prop. 3 de I, p. 72, l’application fK:f−1(K)→Kf_K : f^{-1}(K) \to K est propre; comme K→PK \to P est une application propre (I, p. 76, cor. 1), il résulte de I, p. 73, prop. 5 a), que l’application composée f−1(K)→fKK⟶Pf^{-1}(K) \xrightarrow{f_K} K \longrightarrow P est propre, donc f−1(K)f^{-1}(K) est quasi-compact (I, p. 76, cor. 1).

3. Applications propres dans les espaces localement compacts

Proposition 7

Soit ff une application continue d’un espace séparé XX dans un espace localement compact YY. Pour que ff soit propre, il faut et il suffit que pour toute partie compacte KK de Y,f−1(K)Y, f^{-1}(K) soit un ensemble compact. En outre, si ff est propre, XX est localement compact.

Si ff est propre, f−1(K)f^{-1}(K) est compact pour toute partie compacte KK de YY, en vertu de la prop. 6. Inversement, supposons cette condition vérifiée, et soit (U‾α)(\overline{U}_\alpha) un recouvrement de YY formé d’ensembles ouverts relativement compacts. L’hypothèse entraîne que les f−1(U‾α)f^{-1}(\overline{U}_\alpha) sont compacts et que leurs intérieurs forment un recouvrement de XX; comme XX est séparé, cela prouve en premier lieu que XX est localement compact. En outre, chacune des applications fU‾α:f−1(U‾α)→U‾αf_{\overline{U}_\alpha} : f^{-1}(\overline{U}_\alpha) \to \overline{U}_\alpha est propre (I, p. 76, cor. 2); donc ff est propre (I, p. 72, prop. 3 b)).

Corollaire

Soient X,X′X, X' deux espaces localement compacts, Y,Y′Y, Y' les espaces compacts obtenus en adjoignant à X,X′X, X' respectivement des points à l’infini ω,ω′\omega, \omega' (I, p. 68). Pour qu’une application continue f:X→X′f : X \to X' soit propre, il faut et il suffit que son prolongement fˉ:Y→Y′\bar{f} : Y \to Y' tel que fˉ(ω)=ω′\bar{f}(\omega) = \omega' soit continu.

En effet, en vertu de la prop. 7, dire que ff est propre signifie que pour toute partie compacte K′K' de X′X', fˉ(X′−K′)=X−fˉ(K′)\bar{f}(X' - K') = X - \bar{f}(K') est le complémentaire d’une partie compacte de XX; par définition des voisinages de ω\omega et ω′\omega' dans YY et Y′Y' respectivement (I, p. 67, th. 4), cela équivaut aussi à dire que fˉ\bar{f} est continue au point ω\omega, d’où le corollaire.

4. Espaces quotients des espaces compacts et des espaces localement compacts

Proposition 8

Soient XX un espace compact, RR une relation d’équivalence dans XX, CC son graphe dans X×XX \times X, ff l’application canonique X→X/RX \to X/R. Les conditions suivantes sont équivalentes: a) CC est fermé dans X×XX \times X. b) RR est fermée. c) ff est propre. d) X/RX/R est séparé. En outre, lorsque ces conditions sont vérifiées, X/RX/R est compact.

Dire que RR est fermée équivaut à dire que ff est fermée, donc b) entraîne c) en vertu de I, p. 75, th. 1 b). Le fait que c) entraîne d) est un cas particulier de I, p. 74, cor. 2. On sait déjà que d) entraîne a) sans hypothèse sur XX (I, p. 55, prop. 8). Prouvons ensuite que a) entraîne b). Or, si FF est une partie fermée de XX, son saturé est pr2(C∩(F×X))\mathrm{pr}_2(C \cap (F \times X)); par hypothèse, C∩(F×X)C \cap (F \times X) est fermé dans l’espace compact X×XX \times X, donc est compact (I, p. 61, prop. 2), et notre assertion résulte de la continuité de pr2\mathrm{pr}_2 (I, p. 63, cor. 2).

Enfin, il est clair que si X/RX/R est séparé, il est compact en vertu de I, p. 62, th. 2.

Proposition 9

Soient XX un espace localement compact, RR une relation d’équivalence dans XX, CC son graphe dans X×XX \times X, ff l’application canonique X→X/RX \to X/R; soit X′X' l’espace compact obtenu en adjoignant à XX un point à l’infini ω\omega (I, p. 68), et soit R′R' la relation d’équivalence dans X′X', de graphe C′=C∪{(ω,ω)}C' = C \cup \{(\omega, \omega)\}. Les conditions suivantes sont équivalentes: a) ff est propre. b) Le saturé pour RR de toute partie compacte de XX est un ensemble compact. c) R′R' est fermée. d) La restriction à CC de pr2\mathrm{pr}_2 est propre. e) RR est fermée et les classes suivant RR sont compactes. En outre, lorsque ces conditions sont remplies, X/RX/R est localement compact. a) ⇒\Rightarrow b): En effet, comme X/R=f(X)X/R = f(X), X/RX/R est séparé (I, p. 74, cor. 2), donc l’image par ff de toute partie compacte KK de XX est compacte (I, p. 63, cor. 1); comme le saturé de KK pour RR est f−1(f(K))f^{-1}(f(K)), il est compact en vertu de la prop. 6 de I, p. 77.

b) ⇒\Rightarrow c): Si F′F' est fermé dans X′X' et ne contient pas ω\omega, F′F' est une partie compacte de XX, donc son saturé pour R′R', égal à son saturé pour RR, est compact et afortioria fortiori fermé dans X′X'. Si ω∈F′\omega \in F' et si F=F′∩X=F′−{ω}F = F' \cap X = F' - \{ \omega \}, le saturé de F′F' pour R′R' est la réunion de {ω}\{ \omega \} et du saturé HH de FF pour RR, et il suffit de prouver que HH est fermé dans XX (autrement dit, que RR est une relation fermée). Pour cela, il suffit de montrer que pour toute partie compacte KK de XX, H∩KH \cap K est compact (I, p. 66, prop. 11). Or, le saturé LL de KK pour RR est compact par hypothèse, et la trace de HH sur LL est le saturé de F∩LF \cap L, qui est aussi compact; afortioria fortiori H∩K=(H∩L)∩KH \cap K = (H \cap L) \cap K est compact.

c) ⇒\Rightarrow d): En effet, comme X′X' est régulier (I, p. 61 corollaire), C′C' est fermé dans X′×X′X' \times X' (I, p. 58, prop. 14), donc compact. On en conclut que C′C' est le compactifié d’Alexandroff de CC (I, p. 67, th. 4); comme la restriction de pr2:X′×X′→X′\mathrm{pr}_2 : X' \times X' \to X' à C′C' est continue au point ω\omega, la conclusion résulte de I, p. 78, corollaire.

d) ⇒\Rightarrow e): Pour toute partie fermée FF de XX, C∩(F×X)C \cap (F \times X) est fermé dans CC, donc le saturé de FF pour RR, égal à pr2(C∩(F×X))\mathrm{pr}_2(C \cap (F \times X)), est fermé dans XX (I, p. 72, prop. 1). En outre, la classe de x∈Xx \in X suivant RR est homéomorphe à l’image réciproque de {x}\{ x \} par la restriction de pr2\mathrm{pr}_2 à CC, donc est compacte (I, p. 75, th. 1 b)).

e) ⇒\Rightarrow a): En effet, si RR est fermée, ff est fermée par définition, et pour tout z∈X/R,f(z)z \in X/R, f(z) est une classe suivant RR, donc est compacte; notre assertion résulte de I, p. 75, th. 1 b).

Montrons enfin que X/RX/R est localement compact. En effet, X′/R′X'/R' est compact en vertu de c) et de la prop. 8; la relation RR est induite sur XX par R′R', XX est ouvert dans X′X' et saturé pour R′R'; donc X/RX/R est homéomorphe à l’image f′(X)f'(X) de XX par l’application canonique f′:X′→X′/R′f' : X' \to X'/R' (I, p. 23, cor. 1). Or f′(X)f'(X) est ouvert dans X′/R′X'/R', donc est un sous-espace localement compact.

C.Q.F.D.

Corollaire

Soient XX un espace séparé, YY un espace topologique, f:X→Yf : X \to Y une application propre. Pour que XX soit compact (resp. localement compact), il faut et il suffit que f(X)f(X) soit compact (resp. localement compact), et il suffit que YY soit compact (resp. localement compact)*.

En effet, si XX est compact (resp. localement compact), le fait que f(X)f(X) est compact (resp. localement compact) résulte de I, p. 74, cor. 4 et des prop. 8 et 9 (I, p. 78) (le cas où XX est compact étant d’ailleurs aussi conséquence de I, p. 76, cor. 2 et de I, p. 62, th. 2). Inversement, si Z=f(X)Z = f(X) est compact (resp. localement compact), comme fz:X→f(X)f_z : X \to f(X) est propre (I, p. 72, prop. 3 a)), XX est compact (resp. localement compact), en vertu des prop. 6 et 7 (I, p. 77).

Enfin, si YY est compact (resp. localement compact), il en est de même de f(X)f(X), qui est fermé dans YY (I, p. 72, prop. 1 et I, p. 66, prop. 13).

Remarque

Si XX est localement compact et non compact, une relation d’équivalence fermée RR dans XX peut être non séparée (IX, §4, exerc. 8); et même si elle est séparée, X/RX/R n’est pas nécessairement localement compact (I, p. 113, exerc. 17). On a toutefois le critère suivant:

Proposition 10

Soient XX un espace localement compact, RR une relation d’équivalence ouverte et séparée dans XX, ff l’application canonique X→X/RX \to X/R. Alors X/RX/R est localement compact, et pour toute partie compacte K′K' de X/RX/R, il existe une partie compacte KK de XX telle que f(K)=K′f(K) = K'.

La première assertion résulte de ce que tout x∈Xx \in X a un voisinage compact VV et de ce que f(V)f(V) est un voisinage compact de f(x)f(x) (I, p. 33, prop. 5 et I, p. 63, cor. 1). Pour tout y∈K′y \in K', soit V(y)V(y) un voisinage compact d’un point de f−1(y)f^{-1}(y) dans XX, de sorte que f(V(y))f(V(y)) est un voisinage compact de yy. Il existe un nombre fini de points yi∈K′y_i \in K' tels que les f(V(yi))f(V(y_i)) recouvrent K′K'. Soit K1K_1 l’ensemble compact ⋃iV(yi)\bigcup_i V(y_i) dans XX; on a K′⊂f(K1)K' \subset f(K_1), donc K=K1∩f−1(K′)K = K_1 \cap f^{-1}(K') est compact (puisque fermé dans K1K_1) et f(K)=K′f(K) = K'.

Exercices

See the exercises for § 10.

Transcribed from the printed volume. Not translated.