Bourbaki

§ 11. Connexion

1. Espaces et ensembles connexes

Définition 1

On dit qu’un espace topologique XX est connexe s’il n’est pas réunion de deux ensembles ouverts non vides disjoints.

On a une définition équivalente en y remplaçant les mots « ensembles ouverts » par « ensembles fermés »; il revient au même de dire qu’en dehors de l’espace XX tout entier et de l’ensemble vide, il n’existe aucun sous-ensemble de XX qui soit à la fois ouvert et fermé.

Si XX est connexe et si AA et BB sont deux ensembles ouverts non vides (resp. deux ensembles fermés non vides) tels que A∪B=XA \cup B = X, on a A∩B≠∅A \cap B \neq \varnothing.

Exemple 1

On verra dans IV, p. 8 que la droite numérique est connexe, et la droite rationnelle non connexe.

Exemple 2

Un espace discret contenant plus d’un point n’est pas connexe.

On notera que si (Uι)ι∈I(U_\iota)_{\iota \in I} est une partition d’un espace topologique XX formée d’ensembles ouverts non vides, chacun des UιU_\iota est à la fois ouvert et fermé, car son complémentaire est ouvert, étant la réunion des UκU_\kappa pour κ≠ι\kappa \neq \iota. Les ensembles ouverts de XX sont alors les ensembles AA tel que A∩UιA \cap U_\iota soit ouvert dans UιU_\iota pour tout t∈It \in I, donc XX s’identifie à l’espace somme des UtU_t (I, p. 15, Exemple III), et n’est pas connexe si II a au moins deux éléments.

Définition 2

On dit qu’une partie AA d’un espace topologique XX est un ensemble connexe, si le sous-espace AA de XX est connexe.

Pour que AA soit une partie connexe de XX, il faut et il suffit que, pour tout recouvrement de AA composé de deux ensembles B,CB, C, tous deux ouverts (ou tous deux fermés) dans XX, et tels que A∩BA \cap B et A∩CA \cap C ne soient pas vides, on ait A∩B∩C≠∅A \cap B \cap C \neq \varnothing.

Exemple

Dans un espace topologique, l’ensemble vide et tout ensemble réduit à un point sont connexes; dans un espace séparé, tout ensemble fini comprenant plus d’un point, et plus généralement tout ensemble non réduit à un point et possédant au moins un point isolé est non connexe.

Si un ensemble partout dense AA est connexe, l’espace XX tout entier est connexe; sinon il existerait deux ensembles ouverts non vides M,NM, N sans point commun tels que X=M∪NX = M \cup N; alors M∩AM \cap A et N∩AN \cap A seraient, dans AA, deux ensembles ouverts non vides sans point commun, dont la réunion serait AA, ce qui est contraire à l’hypothèse. D’où:

Proposition 1

Si AA est un ensemble connexe, tout ensemble BB tel que A⊂B⊂A‾A \subset B \subset \overline{A} est connexe.

Proposition 2

La réunion d’une famille d’ensembles connexes, dont l’intersection n’est pas vide, est un ensemble connexe.

Soit (At)t∈I(A_t)_{t \in I} une famille de parties connexes de XX, contenant toutes un même point xx, et montrons que A=⋃t∈IAtA = \bigcup_{t \in I} A_t est connexe. Sinon, il existerait dans XX deux ensembles ouverts B,CB, C tels que B∩AB \cap A et C∩AC \cap A soient non vides, que A⊂B∪CA \subset B \cup C et que A∩B∩C=∅A \cap B \cap C = \varnothing. Le point xx appartient à l’un des ensembles B,CB, C, soit par exemple x∈Bx \in B; d’autre part il existe un indice kk tel que C∩Ak≠∅C \cap A_k \neq \varnothing; on aurait donc Ak⊂B∪C,Ak∩B∩C=∅A_k \subset B \cup C, A_k \cap B \cap C = \varnothing et B∩AkB \cap A_k et C∩AkC \cap A_k seraient non vides, contrairement à l’hypothèse que les AtA_t sont connexes.

Corollaire

Soit (An)n≥0(A_n)_{n \geq 0} une suite infinie d’ensembles connexes tels que An−1∩An≠∅A_{n-1} \cap A_n \neq \varnothing pour tout n≥0n \geq 0; alors la réunion ⋃n=0∞An\bigcup_{n=0}^\infty A_n est connexe.

En effet, on voit aussitôt, par récurrence sur nn, que l’ensemble Bn=⋃i=0nAiB_n = \bigcup_{i=0}^n A_i est connexe pour tout nn, en vertu de la prop. 2; comme les BnB_n ont une intersection non vide, leur réunion, égale à ⋃n=0∞An\bigcup_{n=0}^\infty A_n, est connexe en vertu de la prop. 2.

Proposition 3

Soit AA une partie d’un espace topologique XX. Si BB est une partie connexe de XX qui rencontre à la fois AA et A‾\overline{A}, BB rencontre la frontière de AA.

En effet, dans le cas contraire, les intersections de B avec l’intérieur et l’extérieur de A seraient deux ensembles non vides ouverts par rapport à B et formant une partition de B, contrairement à l’hypothèse.

Corollaire

Dans un espace connexe X, tout ensemble non vide et distinct de X a au moins un point frontière.

2. Image d’un ensemble connexe par une application continue

Proposition 4

Soient A une partie connexe d’un espace topologique X, f une application continue de X dans un espace topologique X’ ; alors f(A) est connexe.

En effet, s’il existait deux ensembles M’, N’ non vides ouverts par rapport à f(A) et formant une partition de f(A), A∩f−1(M′)A \cap f^{-1}(M') et A∩f−1(N′)A \cap f^{-1}(N') seraient non vides, ouverts relativement à A et formeraient une partition de A, contrairement à l’hypothèse.

L’image réciproque d’un ensemble connexe par une application continue n’est pas nécessairement connexe, comme le montre l’exemple d’une application d’un espace discret dans un espace réduit à un seul point.

On déduit de la prop. 4 une nouvelle caractérisation des espaces non connexes :

Proposition 5

Pour qu’un espace topologique X soit non connexe, il faut et il suffit qu’il existe une application continue surjective de X dans un espace discret contenant plus d’un point.

La condition est évidemment suffisante (prop. 4). Elle est nécessaire, car si A, B sont deux ensembles ouverts non vides formant une partition de X, l’application f de X sur un espace discret {a, b} à deux éléments telle que f(A)={a}f(A) = \{a\} et f(B)={b}f(B) = \{b\}, est continue dans X.

3. Espaces quotients d’un espace connexe

Proposition 6

Tout espace quotient d’un espace connexe est connexe.

C’est une conséquence immédiate de la prop. 4.

Proposition 7

Soient X un espace topologique, R une relation d’équivalence dans X. Si l’espace quotient X/R est connexe, et si chaque classe d’équivalence suivant R est connexe, alors X est connexe.

Raisonnons par l’absurde, et supposons qu’il existe une partition de X en deux ensembles ouverts non vides A, B. Les ensembles A, B sont saturés pour R : en effet, si x∈Ax \in A, la classe M de x suivant R ne peut rencontrer B, sans quoi les ensembles A∩MA \cap M et B∩MB \cap M formeraient une partition de M en deux ensembles non vides ouverts par rapport à M, ce qui est contraire à l’hypothèse. Les images canoniques de A et B sont alors des ensembles non vides ouverts dans X/R, formant une partition de X/R, ce qui est absurde.

4. Produit d’espaces connexes

Proposition 8

Tout produit d’espaces connexes est connexe. Réciproquement, si un produit d’espaces non vides est connexe, chacun des espaces facteurs est connexe.

Soit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i un produit d’espaces topologiques. Si les XiX_i sont non vides, on a Xi=pr⁡iXX_i = \operatorname{pr}_i X pour tout i∈Ii \in I, donc si XX est connexe il en est de même des XiX_i (I, p. 82, prop. 4). Inversement, supposons tous les XiX_i connexes, et XX non connexe. En vertu de la prop. 5 (I, p. 82), il existerait alors une application surjective continue f:X→X′f : X \to X', où X′X' est un espace discret comprenant plus d’un point. Soit a=(ai)a = (a_i) un point quelconque de XX, κ\kappa un indice quelconque ; l’application partielle fκ:Xκ→X′f_\kappa : X_\kappa \to X', définie par fκ(x)=f((yi))f_\kappa(x) = f((y_i)) avec yκ=xy_\kappa = x et yi=aiy_i = a_i pour i≠κi \neq \kappa, est continue dans XκX_\kappa; comme XκX_\kappa est connexe, fκf_\kappa est constante dans XκX_\kappa. Ce résultat prouve aussitôt par récurrence que f(x)=f(a)f(x) = f(a) pour tout point x=(xi)x = (x_i) tel que xi=aix_i = a_i sauf pour un nombre fini d’indices. Mais ces points forment une partie partout dense de XX (I, p. 28, prop. 8); comme ff est continue dans XX et constante dans une partie partout dense de XX, ff est constante dans XX (I, p. 53, cor. 1), contrairement à l’hypothèse.

5. Composantes connexes

Étant donné un point xx d’un espace topologique XX, la réunion des parties connexes de XX contenant xx est encore un ensemble connexe (I, p. 81, prop. 2); c’est donc la plus grande partie connexe de XX contenant xx.

Définition 3

On appelle composante connexe d’un point d’un espace XX la plus grande partie connexe de XX contenant ce point. On appelle composantes connexes d’une partie AA de XX les composantes connexes des points de AA, relativement au sous-espace AA de XX.

Lorsqu’un espace est connexe, il est identique à la composante connexe de chacun de ses points. Si, pour tout couple (x,y)(x, y) de points d’un espace topologique XX, il existe un ensemble connexe contenant xx et yy, XX est connexe.

On dit qu’un espace XX est totalement discontinu lorsque la composante connexe de chacun de ses points est l’ensemble réduit à ce point. On dit qu’une partie AA de XX est un ensemble totalement discontinu si le sous-espace AA de XX est totalement discontinu.

Un espace discret est totalement discontinu, mais il faut prendre garde de ne pas confondre ces deux notions : nous verrons par exemple dans IV, p. 8, que la droite rationnelle, qui n’est pas un espace discret, est totalement discontinue.

Remarquons encore qu’un ensemble à la fois ouvert et fermé contient la composante connexe de chacun de ses points : on peut aussi exprimer cela en disant que la composante connexe d’un point est contenue dans l’intersection des ensembles à la fois ouverts et fermés contenant ce point. Elle n’est d’ailleurs pas nécessairement identique à cette intersection (cf. I, p. 115, exerc. 9 et II, p. 32, prop. 6).

Proposition 9

Dans un espace topologique XX, la composante connexe d’un point quelconque est un ensemble fermé. La relation « yy appartient à la composante connexe de xx » est une relation d’équivalence R{x,y}R \{ x, y \} dans XX, dont les classes d’équivalence sont les composantes connexes de XX; l’espace quotient X/RX/R est totalement discontinu.

La première partie de la proposition est une conséquence immédiate de la déf. 3 et du fait que l’adhérence d’un ensemble connexe est connexe (I, p. 81, prop. 1). Comme la réunion d’ensembles connexes ayant un point commun est connexe (I, p. 81, prop. 2), la relation RR est transitive, donc est une relation d’équivalence (puisqu’elle est évidemment réflexive et symétrique) et la classe de xx suivant RR est la composante connexe de xx. Reste à voir que X/RX/R est totalement discontinu. Soit ff l’application canonique X→X/RX \to X/R, et soit FF un ensemble fermé dans X/RX/R contenant deux points distincts au moins; son image réciproque f‾(F)\overline{f}(F) est fermée dans XX, saturée pour RR et contient au moins deux composantes connexes distinctes de XX, donc est non connexe. Il existe par suite deux ensembles non vides, B,CB, C fermés dans XX, tels que B∩C=∅B \cap C = \varnothing et B∪C=f‾(F)B \cup C = \overline{f}(F). Comme la composante connexe f‾(F)\overline{f}(F) d’un point quelconque de cet ensemble est identique à la composante connexe de ce point dans XX (par définition de RR), BB et CC, qui sont à la fois ouverts et fermés f‾(F)\overline{f}(F), sont saturés pour RR; f(B)f(B) et f(C)f(C) sont donc fermés dans X/RX/R et l’on a f(B)∪f(C)=Ff(B) \cup f(C) = F et f(B)∩f(C)=∅f(B) \cap f(C) = \varnothing, ce qui prouve que FF est non connexe, et par suite que X/RX/R est totalement discontinu.

Proposition 10

Dans un espace produit X=∏t∈IXtX = \prod_{t \in I} X_t, la composante connexe d’un point x=(xt)x = (x_t) est le produit des composantes connexes des points xtx_t dans les espaces facteurs XtX_t.

En effet, cet ensemble produit est connexe (I, p. 83, prop. 8). D’autre part, si une partie connexe AA de XX contient xx, prt(A)\mathrm{pr}_t(A) est un ensemble connexe (I, p. 82, prop. 4) contenant xtx_t; comme A⊂∏tprt(A)A \subset \prod_t \mathrm{pr}_t(A), AA est contenu dans le produit des composantes connexes des xtx_t.

6. Espaces localement connexes

Définition 4

On dit qu’un espace topologique XX est localement connexe si tout point de XX possède un système fondamental de voisinages connexes.

On verra dans IV, p. 8, que la droite numérique est un espace localement connexe.

L’existence, en tout point xx d’un espace XX, d’un voisinage connexe de xx, n’entraîne nullement que XX soit localement connexe. En particulier, XX peut être connexe mais non localement connexe (I, p. 114, exerc. 2 et I, p. 115, exerc. 13). Inversement, un espace peut être localement connexe mais non connexe: un espace discret ayant plus d’un point donne un exemple de ce fait.

Proposition 11

Pour qu’un espace X soit localement connexe, il faut et il suffit que toute composante connexe d’un ensemble ouvert dans X soit un ensemble ouvert dans X.

La condition est évidemment suffisante, car la composante connexe d’un point x relativement à un voisinage ouvert de x dans X est alors un voisinage de x dans X.

La condition est nécessaire : soient en effet A un ensemble ouvert dans un espace localement connexe X, B une composante connexe de A, x un point de B. Soit V un voisinage connexe de x contenu dans A ; par définition des composantes connexes (I, p. 83, déf. 3), V est contenu dans B, ce qui prouve que B est ouvert dans X (I, p. 2, prop. 1).

Les composantes connexes d’un espace localement connexe X constituent donc une partition de X formée d’ensembles ouverts dans X ; X est donc l’espace somme (I, p. 15, Exemple III) de ses composantes connexes (I, p. 81).

Corollaire

Soient U un ensemble ouvert dans un espace localement connexe X, V une composante connexe de U ; la frontière de V (relativement à X) est alors contenue dans la frontière de U.

En effet, V est ouvert et fermé dans U en vertu de la remarque précédente ; un point frontière de V relativement à X ne peut donc appartenir à U.

Proposition 12

Tout espace quotient d’un espace localement connexe est localement connexe.

Soient X un espace localement connexe, R une relation d’équivalence dans X, φ l’application canonique X → X/R. Soient A une partie ouverte de X/R, C une composante connexe de A ; montrons que φ‾(C)\overline{\varphi}(C) est réunion de composantes connexes de φ‾(A)\overline{\varphi}(A). En effet, si x∈φ‾(C)x \in \overline{\varphi}(C), et si K est la composante connexe de x par rapport à φ‾(A)\overline{\varphi}(A), φ(K)\varphi(K) est connexe (I, p. 82, prop. 4), contenu dans A, et contient φ(x)\varphi(x), donc φ(K)⊂C\varphi(K) \subset C par définition, et par suite K⊂φ‾(C)K \subset \overline{\varphi}(C). Comme X est localement connexe et φ‾(A)\overline{\varphi}(A) ouvert dans X, φ‾(C)\overline{\varphi}(C) est ouvert dans X (prop. 11) et par suite C est ouvert dans X/R, ce qui démontre la proposition, en vertu de la prop. 11.

Proposition 13

a) Soit (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} une famille d’espaces localement connexes, telle que XiX_i soit connexe sauf pour un nombre fini d’indices. Alors l’espace produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i est localement connexe.

b) Réciproquement, si le produit d’une famille (Xi)(X_i) d’espaces topologiques non vides est localement connexe, tous les XiX_i sont localement connexes, et ils sont connexes sauf pour un nombre fini d’indices.

a) Soit J la partie finie de I telle que, pour i∈Ji \in J, XiX_i ne soit pas connexe. Soit U=∏iUiU = \prod_i U_i un ensemble élémentaire contenant un point x=(xi)x = (x_i) de X, et soit K la partie finie de I telle que, pour i∈K,Ui≠Xii \in K, U_i \neq X_i. Si on prend Vi=XiV_i = X_i pour i∉J∪Ki \notin J \cup K et ViV_i égal à un voisinage connexe de xix_i contenu dans UiU_i pour i∈J∪Ki \in J \cup K, V=∏iViV = \prod_i V_i est, en vertu de I, p. 83, prop. 8, un voisinage connexe de xx contenu dans UU, ce qui prouve a).

b) Soit a=(ai)a = (a_i) un point de XX et soit VV un voisinage connexe de aa dans XX; comme on a priV=Xi\mathrm{pr}_i V = X_i sauf pour un nombre fini d’indices (I, p. 24), il résulte de I, p. 82, prop. 4 que les XiX_i sont connexes sauf pour un nombre fini d’indices. D’autre part, pour tout κ∈I\kappa \in I, tout aκ∈Xκa_\kappa \in X_\kappa et tout voisinage VκV_\kappa de aκa_\kappa dans XκX_\kappa, il existe un x∈Xx \in X tel que prκx=aκ\mathrm{pr}_\kappa x = a_\kappa et V=Vκ×∏i≠κXiV = V_\kappa \times \prod_{i \neq \kappa} X_i est un voisinage de xx; donc VV contient un voisinage connexe WW de xx, dont la projection prκW\mathrm{pr}_\kappa W est un voisinage connexe de aκa_\kappa contenu dans VκV_\kappa (I, p. 82, prop. 4 et I, p. 26, prop. 5), ce qui montre que XκX_\kappa est localement connexe.

7. Application: le théorème de Poincaré-Volterra

Théorème 1

Soit XX un espace topologique satisfaisant à l’axiome (OIII)(\mathbf{O}_{III}) (mais non nécessairement séparé), connexe et localement connexe. Soit YY un espace topologique dont la topologie admet une base dénombrable, et soit p:X→Yp : X \to Y une application continue telle que, pour tout y∈Yy \in Y, p−1(y)p^{-1}(y) soit un sous-espace discret de XX. Soit enfin V\mathfrak{V} un ensemble de parties de XX dont les intérieurs forment un recouvrement de XX, et tel en outre que: 1° La restriction de pp à toute partie V∈VV \in \mathfrak{V} est une application fermée de VV dans YY. 2° Tout ensemble V∈VV \in \mathfrak{V} contient une partie dénombrable dense dans VV. Alors l’espace XX est réunion d’une famille dénombrable d’ensembles ouverts dont chacun est contenu dans un ensemble de V\mathfrak{V}.

Soit B\mathfrak{B} une base dénombrable de la topologie de YY. Nous dirons qu’un couple (W,U)(W, U) est un couple distingué si: 1° U∈BU \in \mathfrak{B}; 2° WW est une composante connexe de p−1(U)p^{-1}(U) contenue dans un ensemble de V\mathfrak{V}.

Lemme 1

Pour tout point x∈Xx \in X, il existe un couple distingué (W,U)(W, U) tel que x∈Wx \in W.

En effet, l’image réciproque p(p(x))p(p(x)) étant discrète, il existe dans XX un voisinage de xx dont tous les points x′≠xx' \neq x ont une image p(x′)≠p(x)p(x') \neq p(x); comme XX vérifie (OIII)(\mathbf{O}_{III}), il existe un voisinage fermé VV de xx ayant la même propriété, et on peut évidemment supposer en outre que VV est contenu dans un ensemble de V\mathfrak{V}.

Soit FF la frontière de VV dans XX; en vertu de la condition 1° de l’énoncé, p(F)p(F) est fermé dans YY et comme p(F)p(F) ne contient pas p(x)p(x), il existe un ensemble U∈BU \in \mathfrak{B} qui contient p(x)p(x) et ne rencontre pas p(F)p(F). Soit alors WW la composante connexe de p−1(U)p^{-1}(U) qui contient xx; il suffit de prouver que l’on a W⊂VW \subset V; dans le cas contraire, WW rencontrerait FF (I, p. 81, prop. 3) et par suite p(F)p(F) rencontrerait UU, contrairement à la définition de UU.

Lemme 2

Étant donné un couple distingué (W, U), l’ensemble des couples distingués (W', U') tels que W ∩ W' ≠ ∅ est dénombrable.

En effet, B\mathfrak{B} étant dénombrable, il suffit de prouver que, pour un U′∈BU' \in \mathfrak{B} donné, l’ensemble des couples distingués (W', U') tels que W' rencontre W est dénombrable. Or, ces ensembles W' sont ouverts, puisque X est localement connexe (I, p. 85, prop. 11) et deux à deux disjoints, par définition des composantes connexes de p−1(U′)p^{-1}(U'); il en est de même des ensembles W′∩WW' \cap W; mais comme W contient un ensemble dénombrable dense dans W, l’ensemble des W' tels que W′∩WW' \cap W soit non vide est nécessairement dénombrable.

Ces lemmes étant établis, considérons dans X la relation suivante R entre deux points x, x':

« il existe une suite finie de couples distingués (Wi,Ui)(W_i, U_i) (1≤i≤n)(1 \leq i \leq n) tels que x∈W1, x′∈Wnx \in W_1,\ x' \in W_n et Wi∩Wi+1≠∅W_i \cap W_{i+1} \neq \emptyset pour 1≤i≤n−11 \leq i \leq n - 1. »

La relation R est réflexive en vertu du lemme 1, et on vérifie aussitôt qu’elle est symétrique et transitive; en outre, il résulte de la définition de R et du fait que les WiW_i sont ouverts, que toute classe d’équivalence suivant R est un ensemble ouvert; comme X est connexe, deux points quelconques de X sont donc équivalents mod. R (I, p. 80). Nous allons en déduire que X est réunion d’une famille dénombrable de premiers éléments de couples distingués, ce qui achèvera de démontrer le th. 1. Or, soit x un point de X; définissons par récurrence sur n une suite (Cn)(C_n) d’ensembles ouverts dans X, de la façon suivante: en vertu du lemme 1, il existe un couple distingué (W1,U1)(W_1, U_1) tel que x∈W1x \in W_1; on prendra C1=W1C_1 = W_1; puis, pour n>1n > 1, CnC_n sera la réunion de tous les premiers éléments W des couples distingués (W,U)(W, U) tels que W rencontre Cn−1C_{n-1}. On prouve aussitôt, par récurrence sur n, et en appliquant le lemme 2, que CnC_n est réunion dénombrable de premiers éléments de couples distingués. Montrons enfin que tout point x′∈Xx' \in X appartient à l’un des CnC_n: il existe en effet une suite finie (Wi′,Ui′)1≤i≤m(W'_i, U'_i)_{1 \leq i \leq m} de couples distingués tels que x∈W1′, x′∈Wm′x \in W'_1,\ x' \in W'_m et Wi′∩Wi+1′≠∅W'_i \cap W'_{i+1} \neq \emptyset pour 1≤i≤m−11 \leq i \leq m - 1; par récurrence sur i, on voit que Wi′⊂Ci+1W'_i \subset C_{i+1} pour tout i, et par suite x′∈Cm+1x' \in C_{m+1}.

C.Q.F.D.

Corollaire 1

Soit Y un espace régulier dont la topologie possède une base dénombrable.1^1 Soit X un espace connexe et localement connexe, et soit p:X→Yp : X \to Y une application continue ayant la propriété suivante: pour tout point x de X, il existe un voisinage fermé V de x dans X tel que la restriction de p à V soit un homéomorphisme de V sur un sous-espace fermé de Y. Alors X est un espace régulier dont la topologie possède une base dénombrable.

Les hypothèses entraînent en premier lieu que X est régulier (I, p. 57, prop. 13). Montrons en outre que les hypothèses du th. 1 sont vérifiées en prenant pour B\mathfrak{B} l’ensemble des parties fermées V de X, telles que la restriction de pp à V soit un

1 On peut montrer que ces conditions entraînent que la topologie de Y est métrisable (IX, §4, exerc. 29).

homéomorphisme de VV sur un sous-espace fermé de YY. Par hypothèse, les intérieurs des ensembles de V\mathfrak{V} recouvrent XX et, en vertu de l’hypothèse sur YY, tout V∈VV \in \mathfrak{V} possède une base dénombrable, donc contient une partie dénombrable partout dense (I, p. 8, prop. 6). Reste enfin à voir que pour tout y∈Yy \in Y, le sous-espace p−1(y)p^{-1}(y) de XX est discret: or, par hypothèse, pour tout x∈p−1(y)x \in p^{-1}(y), il existe un voisinage V∈VV \in \mathfrak{V} de xx dans XX tel que VV ne contienne aucun point de p(y)p(y) distinct de xx, d’où notre assertion. Le th.1 montre donc que XX est réunion d’une famille dénombrable (Tn)n≥0(T_n)_{n \geq 0} d’ensembles ouverts, chacun des sous-espaces TnT_n ayant une base dénombrable (Umn)m≥0(U_{mn})_{m \geq 0}. Alors les UmnU_{mn} (m≥0,n≥0m \geq 0, n \geq 0) forment une base de la topologie de XX (I, p. 19, Remarque).

Corollaire 2

Soit XX un espace localement compact, connexe et localement connexe, dont chaque point admet un voisinage ayant une base dénombrable. Soit YY un espace séparé, dont la topologie admet une base dénombrable, et soit p:X→Yp : X \to Y une application continue telle que, pour tout y∈Yy \in Y, p−1(y)p^{-1}(y) soit un sous-espace discret de XX. Alors la topologie de XX admet une base dénombrable.

Pour tout x∈Xx \in X, soit VxV_x un voisinage compact de xx dans XX admettant une base dénombrable; il résulte de I, p. 63, cor. 2, que l’ensemble V\mathfrak{V} des VxV_x vérifie les conditions du th. 1 ; on conclut comme dans le cor. 1.

On notera que, dans ce corollaire, il peut se faire que la restriction de pp à un voisinage arbitrairement petit VV d’un point de XX ne soit pas un homéomorphisme de VV sur p(V)p(V).

Corollaire 3 (théorème de Poincaré–Volterra)

Soit YY un espace localement compact, localement connexe et dont la topologie admet une base dénombrable. Soit XX un espace séparé et connexe, et soit p:X→Yp : X \to Y une application continue ayant la propriété suivante: pour tout point x∈Xx \in X il existe un voisinage ouvert UU de xx dans XX tel que la restriction de pp à UU soit un homéomorphisme de UU sur un sous-espace ouvert de YY. Alors XX est localement compact, localement connexe et sa topologie admet une base dénombrable.

Il est évident que XX est localement connexe; d’autre part, tout point x∈Xx \in X possède un voisinage ouvert UU dans XX, tel que la restriction de pp à UU soit un homéomorphisme de UU sur un sous-espace ouvert p(U)p(U) de YY. Comme p(U)p(U) est un sous-espace localement compact de YY (I, p. 66, prop. 13), il existe un voisinage compact WW de p(x)p(x) contenu dans p(U)p(U) et U∩p−1(W)U \cap p^{-1}(W) est donc un voisinage compact de xx contenu dans UU. Comme XX est séparé, il est donc localement compact; en outre U∩p−1(W)U \cap p^{-1}(W), étant compact, est fermé dans XX (I, p. 62, prop. 4) et les hypothèses du cor. 1 sont par suite satisfaites; donc la topologie de XX admet une base dénombrable.

Exercices

Exercices

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