Bourbaki

§ 11. Extensions abéliennes

Dans tout ce paragraphe, on note KK un corps.

1. Extensions abéliennes et clôture abélienne

Définition 1

On dit qu’une extension EE de KK est abélienne si elle est galoisienne et si son groupe de Galois est commutatif.

Comme tout sous-groupe d’un groupe commutatif est distingué, le cor. 4 de V, p. 66, montre que toute sous-extension d’une extension abélienne est abélienne.

Proposition 1

Soient E une extension galoisienne de K, et Γ son groupe de Galois. Soit Δ le groupe dérivé de Γ (I, p. 67, déf. 4) et soit F le corps des invariants de Δ. Pour qu’une sous-extension L de E soit abélienne sur K, il faut et il suffit qu’elle soit contenue dans F.

Notons d’abord que F est aussi le corps des invariants de l’adhérence Δ‾\overline{\Delta} de Δ dans Γ, et que Δ‾\overline{\Delta} est un sous-groupe distingué fermé de Γ. D’après V, p. 66, cor. 4, F est donc une extension galoisienne de K. De plus, le groupe de Galois de F sur K est isomorphe à Γ/Δ‾\Gamma / \overline{\Delta}, donc est commutatif. Toute sous-extension de F est donc abélienne. Réciproquement, soit L une extension abélienne de K contenue dans E, et soit Π le groupe de Galois de E sur L. Comme L est galoisienne, Π est un sous-groupe distingué de Γ et le groupe de Galois de L sur K est isomorphe à Γ/Π\Gamma / \Pi (V, p. 66, cor. 4). Par suite, Γ/Π\Gamma / \Pi est commutatif et Π contient Δ ; d’où L⊂FL \subset F.

Corollaire

Soit E une extension de K, et soit (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille de sous-extensions de E, telle que E=K(⋃i∈IEi)E = K(\bigcup_{i \in I} E_i). On suppose que chacune des extensions EiE_i est abélienne ; il en est alors de même de E.

Tout d’abord, E est extension galoisienne de K (V, p. 55, prop. 1). Si le corps F est défini comme dans la prop. 1, on a Ei⊂FE_i \subset F pour tout i∈Ii \in I, d’où F=EF = E.

On dit qu’une extension E de K est une clôture abélienne de K si c’est une extension abélienne de K, et si toute extension abélienne de K est isomorphe à une sous-extension de E. La prop. 1 entraîne l’existence d’une clôture abélienne de K : en effet, soit KsK_s une clôture séparable de K, de groupe de Galois Γ et soit (Γ‾,Γ‾)(\overline{\Gamma}, \overline{\Gamma}) l’adhérence du groupe dérivé de Γ ; notons KabK_{ab} le corps des invariants de (Γ‾,Γ‾)(\overline{\Gamma}, \overline{\Gamma}); comme toute extension algébrique séparable de K est isomorphe à une sous-extension de KsK_s (V, p. 44, cor.), la prop. 1 montre que KabK_{ab} est une clôture abélienne de K. Le groupe de Galois de KabK_{ab} sur K est canoniquement isomorphe à Γ/(Γ‾,Γ‾)\Gamma / (\overline{\Gamma}, \overline{\Gamma}). Démontrons maintenant l’unicité des clôtures abéliennes : soient E et E’ deux clôtures abéliennes de K ; il existe par définition des K-homomorphismes u:E→E′u : E \to E' et v:E′→Ev : E' \to E, et la prop. 1 (V, p. 50) entraîne v(u(E))=Ev(u(E)) = E et u(v(E′))=E′u(v(E')) = E', donc uu est un K-isomorphisme de E sur E’. Tout autre K-isomorphisme de E sur E’ est de la forme u1=σ0∘uu_1 = \sigma_0 \circ u avec σ0∈Gal(E′/K)\sigma_0 \in \mathrm{Gal}(E'/K); comme Gal(E′/K)\mathrm{Gal}(E'/K) est commutatif, l’isomorphisme σ↦u∘σ∘u−1\sigma \mapsto u \circ \sigma \circ u^{-1} de Gal(E/K)\mathrm{Gal}(E/K) sur Gal(E′/K)\mathrm{Gal}(E'/K) est indépendant de uu; on l’appelle l’isomorphisme canonique de Gal(E/K)\mathrm{Gal}(E/K) sur Gal(E′/K)\mathrm{Gal}(E'/K).

2. Racines de l’unité

Définition 2

On dit qu’un élément ζ\zeta de K est une racine de l’unité s’il existe un entier n>0n > 0 tel que ζn=1\zeta^n = 1; pour tout entier n>0n > 0 tel que ζn=1\zeta^n = 1, on dit que ζ\zeta est racine n-ième de l’unité.

Il revient au même de dire que les racines de l’unité sont les éléments d’ordre fini du groupe multiplicatif K∗K^* des éléments ≠0\neq 0 de KK (I, p. 49). Les racines de l’unité forment un sous-groupe μ∞(K)\mu_\infty(K) de K∗K^*, et les racines nn-ièmes un sous-groupe μn(K)\mu_n(K) de μ∞(K)\mu_\infty(K). On a μ∞(K)=⋃n≥1μn(K)\mu_\infty(K) = \bigcup_{n \geq 1} \mu_n(K) et μn(K)⊂μm(K)\mu_n(K) \subset \mu_m(K) si nn divise mm. Pour toute racine de l’unité ζ\zeta, il existe un plus petit entier n≥1n \geq 1 tel que ζ\zeta appartienne à μn(K)\mu_n(K), à savoir l’ordre de ζ\zeta dans le groupe K∗K^*.

Le groupe μn(K)\mu_n(K) étant l’ensemble des racines du polynôme Xn−1X^n - 1 est d’ordre fini ≤n\leq n. Soit pp la caractéristique de KK. Lorsque l’on a p=0p = 0, ou bien que l’on a p≠0p \neq 0 et nn non divisible par pp, la dérivée nXn−1nX^{n-1} de Xn−1X^n - 1 est étrangère à Xn−1X^n - 1, et le polynôme Xn−1X^n - 1 est donc séparable ; si, de plus, KK est algébriquement clos, μn(K)\mu_n(K) est donc un groupe à nn éléments.

Supposons que KK soit de caractéristique non nulle pp et soit r≥0r \geq 0 un entier ; comme l’application x↦xprx \mapsto x^{p^r} de KK dans KK est injective, on a μnpr(K)=μn(K)\mu_{npr}(K) = \mu_n(K) pour tout entier n≥1n \geq 1.

On notera qu’un corps peut ne contenir aucune racine nn-ième de l’unité autre que 1 : c’est le cas par exemple des corps premiers Q\mathbf{Q} et F2\mathbf{F}_2 pour tout entier nn impair.

Théorème 1

Soit pp l’exposant caractéristique de KK et soit n>0n > 0 un entier. Le groupe μn(K)\mu_n(K) des racines nn-ièmes de l’unité dans KK est cyclique et son ordre divise nn. Lorsque KK est algébriquement clos et que nn est premier à pp, le groupe μn(K)\mu_n(K) est cyclique d’ordre nn.

Il suffit de prouver la première assertion du théorème, qui résulte du lemme plus précis suivant :

Lemme 1

Soit GG un sous-groupe fini de K∗K^*, d’ordre mm. Alors GG est cyclique et l’on a G=μm(K)G = \mu_m(K).

Considérons GG comme un Z\mathbf{Z}-module ; on a mx=0mx = 0 pour tout x∈Gx \in G, donc l’annulateur de GG est un idéal de la forme rZr\mathbf{Z} où l’entier r≥1r \geq 1 divise mm. On a donc G⊂μr(K)G \subset \mu_r(K). D’après le lemme 4 (V, p. 71) appliqué à A=ZA = \mathbf{Z} et M=GM = G, il existe un élément xx de GG d’ordre rr ; soit G′G' le sous-groupe cyclique de GG engendré par xx. On a G′⊂μr(K)G' \subset \mu_r(K), Card G′=rG' = r et Card μr(K)≤r\mu_r(K) \leq r ; on a, par suite, G′=μr(K)⊃GG' = \mu_r(K) \supset G et GG est cyclique d’ordre rr, égal à μr(K)\mu_r(K). Comme GG est d’ordre mm, on a m=rm = r, d’où le lemme 1.

Proposition 2

Supposons que KK soit algébriquement clos, et soit pp son exposant caractéristique. Il existe un isomorphisme de μ∞(K)\mu_\infty(K) sur le groupe Q/Z[1/p]\mathbf{Q}/\mathbf{Z}[1/p].

On a noté Z[1/p]\mathbf{Z}[1/p] le sous-anneau de Q\mathbf{Q} engendré par 1/p1/p, c’est-à-dire l’ensemble des nombres rationnels de la forme a/pna/p^n avec a∈Za \in \mathbf{Z} et n≥1n \geq 1 ; on a donc Z[1/p]=Z\mathbf{Z}[1/p] = \mathbf{Z} si KK est de caractéristique 0.

Soit (νn)n≥1(\nu_n)_{n \geq 1} la suite strictement croissante formée de tous les entiers qui ne sont pas divisibles par pp si p≠1p \neq 1 ; posons λn=ν1ν2…νn\lambda_n = \nu_1 \nu_2 \ldots \nu_n, et désignons par HnH_n le groupe des racines λn\lambda_n-ièmes de l’unité ; on a Hn+1⊃HnH_{n+1} \supset H_n et μ∞(K)=⋃nHn\mu_\infty(K) = \bigcup_n H_n. Comme HnH_n est cyclique d’ordre λn\lambda_n (th. 1), il existe une suite (αn)n≥1(\alpha_n)_{n \geq 1} de racines de l’unité telle que αn\alpha_n engendre HnH_n et que αn=αn+1vn+1\alpha_n = \alpha_{n+1}^{v_n + 1}.

Par ailleurs, soit βn\beta_n la classe modulo Z[1/p]\mathbf{Z}[1/p] de 1/λn1/\lambda_n, et soit Hn′H'_n le sous-groupe cyclique de Q/Z[1/p]\mathbf{Q}/\mathbf{Z}[1/p] engendré par βn\beta_n. Il est immédiat qu’on a βn=vn+1βn+1\beta_n = v_{n+1} \beta_{n+1} et Hn′H'_n est d’ordre λn\lambda_n, car λn\lambda_n n’est pas divisible par pp si p≠1p \neq 1. Il existe donc pour tout n≥1n \geq 1 un isomorphisme φn:Hn→Hn′\varphi_n : H_n \to H'_n tel que φn(αn)=βn\varphi_n(\alpha_n) = \beta_n et les relations αn=αn+1vn+1\alpha_n = \alpha_{n+1}^{v_n + 1}, βn=vn+1βn+1\beta_n = v_{n+1} \beta_{n+1} montrent que φn+1\varphi_{n+1} prolonge φn\varphi_n. Finalement, il existe un unique isomorphisme φ\varphi de μ∞(K)\mu_\infty(K) sur Q/Z[1/p]\mathbf{Q}/\mathbf{Z}[1/p] prolongeant les isomorphismes φn\varphi_n, c’est-à-dire tel que φ(αn)=βn\varphi(\alpha_n) = \beta_n pour tout n≥1n \geq 1.

Remarque 1

Lorsque K est un corps algébriquement clos de caractéristique 0, le groupe μ∞(K)\mu_\infty(K) est donc isomorphe (non canoniquement) à Q/Z\mathbf{Q}/\mathbf{Z}. \* Lorsque K est le corps C\mathbf{C} des nombres complexes, on peut expliciter un tel isomorphisme ; en effet, l’application x↦e2πixx \mapsto e^{2\pi i x} est un homomorphisme de Q\mathbf{Q} dans C∗\mathbf{C}^* de noyau Z\mathbf{Z} et d’image μ∞(C)\mu_\infty(\mathbf{C}); elle définit donc par passage au quotient un isomorphisme de Q/Z\mathbf{Q}/\mathbf{Z} sur μ∞(C)\mu_\infty(\mathbf{C}). \

Remarque 2

On peut prouver (cf. V, p. 156, exerc. 21) le résultat suivant : soient G et H deux groupes commutatifs dont tout élément est d’ordre fini. On suppose que, pour tout entier n≥1n \geq 1, l’équation nx=0nx = 0 a le même nombre de solutions, supposé fini, dans G que dans H. Les groupes G et H sont alors isomorphes. Ceci fournit une nouvelle démonstration de la prop. 2.

Remarque 3

Pour tout nombre premier ll, posons μl∞(K)=⋃n≥0μln(K)\mu_{l^\infty}(K) = \bigcup_{n \geq 0} \mu_{l^n}(K). Lorsque ll est la caractéristique pp de K, on a μp∞(K)={1}\mu_{p^\infty}(K) = \{ 1 \}. On déduit de I, p. 76, théorème 4, que μ∞(K)\mu_\infty(K) est somme directe des sous-groupes μl∞(K)\mu_{l^\infty}(K) où ll parcourt l’ensemble des nombres premiers distincts de pp. Pour un nombre premier ll donné, deux cas seulement sont possibles : ou bien μl∞(K)\mu_{l^\infty}(K) est fini et alors μl∞(K)\mu_{l^\infty}(K) est isomorphe à Z/lnZ\mathbf{Z}/l^n\mathbf{Z} pour un nn convenable (th. 1), ou bien μl∞(K)\mu_{l^\infty}(K) est infini et alors μl∞(K)\mu_{l^\infty}(K) est isomorphe à Z[l−1]/Z\mathbf{Z}[l^{-1}]/\mathbf{Z} (cf. remarque 2).

3. Racines primitives de l’unité

Soit n≥1n \geq 1 un entier. On appelle indicateur d’Euler de nn, et l’on note φ(n)\varphi(n), le nombre des éléments inversibles de l’anneau Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z} des entiers modulo nn. D’après la proposition suivante, φ(n)\varphi(n) est aussi le nombre des entiers kk premiers à nn et tels que 0≤k<n0 \leq k < n.

Proposition 3

Soient kk et n≥1n \geq 1 deux entiers. Les assertions suivantes sont équivalentes : a) la classe de kk modulo nn est inversible dans l’anneau Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}; b) la classe de kk modulo nn engendre le groupe cyclique Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}; c) les entiers kk et nn sont premiers entre eux (I, p. 106). Chacune des conditions a) et b) signifie qu’il existe un entier xx tel que kx≡1mod  nkx \equiv 1 \mod n, c’est-à-dire qu’il existe deux entiers xx et yy tels que kx+ny=1kx + ny = 1. Cette dernière condition signifie que kk et nn sont premiers entre eux.

Corollaire 1

Soit GG un groupe cyclique d’ordre nn et soit dd un diviseur de nn. Le nombre des éléments d’ordre dd de GG est égal à φ(d)\varphi(d). En particulier, φ(n)\varphi(n) est le nombre des générateurs de GG. Comme le groupe GG est isomorphe à Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}, le nombre des générateurs de GG est égal à φ(n)\varphi(n) d’après la prop. 3. Soit gg un générateur de GG; alors les éléments hh de GG tels que hd=1h^d = 1 constituent le sous-groupe H de G engendré par gn/dg^{n/d}; ce groupe est cyclique d’ordre dd, et les éléments d’ordre dd de G sont les générateurs de H, donc leur nombre est égal à φ(d)\varphi(d).

Corollaire 2

Pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, on a

∑d∣nφ(d)=n, \sum_{d|n} \varphi(d) = n,

l’entier dd parcourant l’ensemble des diviseurs >0> 0 de nn¹.

Avec les notations du cor. 1, tout élément de G a un ordre fini qui est un diviseur dd de nn, et il y a φ(d)\varphi(d) tels éléments pour dd fixé.

Le calcul de φ(n)\varphi(n) repose sur les deux formules :

(2) φ(mn)=φ(m)φ(n)\varphi(mn) = \varphi(m)\varphi(n) si mm et nn sont premiers entre eux,

(3) φ(pa)=pa−1(p−1)\varphi(p^a) = p^{a-1}(p-1) (pp premier, a⩾1a \geqslant 1).

La première résulte immédiatement de ce que les anneaux Z/mnZ\mathbf{Z}/mn\mathbf{Z} et (Z/mZ)×(Z/nZ)(\mathbf{Z}/m\mathbf{Z}) \times (\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) sont isomorphes (I, p. 107), et que l’on a (A×B)∗=A∗×B∗(\mathbf{A} \times \mathbf{B})^* = \mathbf{A}^* \times \mathbf{B}^* pour deux anneaux A\mathbf{A} et B\mathbf{B}. Pour prouver (3), remarquons que les diviseurs positifs de pap^a sont 1,p,p2,…,pa1, p, p^2, \ldots, p^a; par conséquent, l’entier kk n’a pas d’autre diviseur commun avec pap^a que 1 si et seulement s’il n’est pas divisible par pp; comme il y a pa−1p^{a-1} multiples de pp compris entre 0 et pa−1p^a - 1, on a bien (3).

Les formules (2) et (3) entraînent aussitôt

φ(n)=n∏p(1−1/p), \varphi(n) = n \prod_p (1 - 1/p),

où pp parcourt l’ensemble des diviseurs premiers de nn.

On dit qu’une racine nn-ième de l’unité est primitive si elle est d’ordre nn; s’il existe une telle racine ζ\zeta, le groupe μn(K)\mu_n(\mathbf{K}) est d’ordre nn et il est engendré par ζ\zeta. \* Par exemple, les racines primitives nn-ièmes de l’unité dans C\mathbf{C} sont les nombres e2πik/ne^{2\pi i k/n} avec 0⩽k<n0 \leqslant k < n et kk premier à nn. \* Le cor. 1 de la prop. 3 entraîne le résultat suivant.

Proposition 4

Soit n⩾1n \geqslant 1 un entier ; on suppose qu’il existe nn racines nn-ièmes de l’unité dans K\mathbf{K} (ce qui a lieu par exemple si K\mathbf{K} est séparablement clos et n.1K≠0n.1_\mathbf{K} \neq 0). Le nombre des racines primitives nn-ièmes de l’unité dans K\mathbf{K} est égal à φ(n)\varphi(n).

4. Extensions cyclotomiques

Soit pp l’exposant caractéristique de K\mathbf{K}, et soit n⩾1n \geqslant 1 un entier premier à pp; on appelle extension cyclotomique de niveau nn sur K\mathbf{K} toute extension de décomposition E du polynôme Xn−1X^n - 1 sur K\mathbf{K} (V, p. 20). Comme ce polynôme est séparable, E

¹ La relation d∣nd|n entre entiers >0> 0 signifie « dd divise nn » (cf. VI, p. 5).

est une extension galoisienne de K, de degré fini (V, p. 55). Il existe une racine primitive n-ième de l’unité dans E ; si ζ\zeta est une telle racine, toute racine n-ième de l’unité est une puissance de ζ\zeta, donc E=K(ζ)E = K(\zeta).

Dans la suite de ce numéro, on choisit une clôture séparable KsK_s de K. Pour tout entier n≥1n \geq 1 premier à pp, le groupe μn(Ks)\mu_n(K_s) est cyclique d’ordre nn, et le corps

Rn(K)=K(μn(Ks)) R_n(K) = K(\mu_n(K_s))
est une extension cyclotomique de niveau nn de K. On peut considérer μn(Ks)\mu_n(K_s) comme un module libre de rang 1 sur l’anneau Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}, et tout élément σ\sigma de Gal(Ks/K)(K_s/K) induit un automorphisme de μn(Ks)\mu_n(K_s); il existe par suite un homomorphisme χn:Gal(Ks/K)→(Z/nZ)∗\chi_n : \mathrm{Gal}(K_s/K) \to (\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^* caractérisé par la formule u(ζ)=ζju(\zeta) = \zeta^j pour toute racine n-ième de l’unité ζ\zeta dans KsK_s, tout uu dans Gal(Ks/K)(K_s/K) et tout entier jj dans la classe χn(u)\chi_n(u) modulo nn. Comme on a Rn(K)=K(μn(Ks))R_n(K) = K(\mu_n(K_s)), le noyau de χn\chi_n est le sous-groupe Gal(Ks/Rn(K))(K_s/R_n(K)) de Gal(Ks/K)(K_s/K); par suite, on a χn=φn∘ψn\chi_n = \varphi_n \circ \psi_n où ψn\psi_n est l’homomorphisme de restriction de Gal(Ks/K)(K_s/K) sur Gal(Rn(K)/K)(R_n(K)/K) et φn\varphi_n un homomorphisme injectif de Gal(Rn(K)/K)(R_n(K)/K) dans (Z/nZ)∗(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^*. En particulier, on a le résultat suivant :

Proposition 5

Pour tout entier n≥1n \geq 1 premier à pp, l’extension Rn(K)R_n(K) de KK est abélienne de degré fini, son groupe de Galois est isomorphe à un sous-groupe de (Z/nZ)∗(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^* et son degré divise l’ordre φ(n)\varphi(n) de (Z/nZ)∗(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^**.

Soit Q‾\overline{\mathbf{Q}} une clôture algébrique du corps Q\mathbf{Q} des nombres rationnels. Soit n≥1n \geq 1 un entier. On définit le polynôme cyclotomique Φn\Phi_n de niveau nn par

Φn(X)=∏ζ∈Sn(X−ζ), \Phi_n(X) = \prod_{\zeta \in S_n} (X - \zeta),
où SnS_n est l’ensemble des racines primitives nn-ièmes de l’unité dans Q‾\overline{\mathbf{Q}}. Le polynôme Φn\Phi_n est de degré φ(n)\varphi(n) (prop. 4). Il est clair que Φn(X)\Phi_n(X) est invariant par tout automorphisme de Q‾\overline{\mathbf{Q}}, donc appartient à Q[X]\mathbf{Q}[X]. Comme tout élément ζ\zeta de SnS_n est racine du polynôme Xn−1X^n - 1, le polynôme Φn(X)\Phi_n(X) divise Xn−1X^n - 1, et le lemme suivant montre que Φn(X)\Phi_n(X) est un polynôme unitaire à coefficients entiers.

Lemme 2

Soient f,gf, g et hh des polynômes unitaires de Q[X]\mathbf{Q}[X] tels que f=ghf = gh. Si ff est à coefficients entiers, il en est de même de gg et hh*.

Soit aa (resp. bb) le plus petit des entiers α≥1\alpha \geq 1 (resp. β≥1\beta \geq 1) tels que αg\alpha g (resp. βh\beta h) ait tous ses coefficients entiers ; posons g′=agg' = ag et h′=bhh' = bh et montrons par l’absurde que l’on a a=b=1a = b = 1. Sinon, il existerait un diviseur premier pp de abab. Si u∈Z[X]u \in \mathbf{Z}[X], notons uˉ\bar{u} le polynôme à coefficients dans le corps FpF_p obtenu par réduction modulo pp des coefficients de uu. On a g′h′=abfg'h' = abf, d’où gˉ′hˉ′=0\bar{g}'\bar{h}' = 0; comme l’anneau Fp[X]F_p[X] est intègre (IV, p. 9, prop. 8), on a donc gˉ′=0\bar{g}' = 0 ou hˉ′=0\bar{h}' = 0. Autrement dit, pp divise tous les coefficients de g′g' ou tous ceux de h′h' et ceci contredit les hypothèses faites.

On a la relation

Xn−1=∏d∣nΦd(X). X^n - 1 = \prod_{d|n} \Phi_d(X).

En effet, on a Xn−1=∏ζ∈μn(Q)(X−ζ)X^n - 1 = \prod_{\zeta \in \mu_n(\mathbf{Q})} (X - \zeta) et les ensembles SdS_d pour dd divisant nn forment une partition de μn(Q)\mu_n(\mathbf{Q}).

La formule (6) détermine Φn(X)\Phi_n(X) lorsqu’on connaît les Φd(X)\Phi_d(X) pour tous les diviseurs d<nd < n de nn; comme Φ1(X)=X−1\Phi_1(X) = X - 1, on a ainsi un procédé de récurrence pour calculer Φn\Phi_n. Par exemple pour pp premier, on a

Xp−1=(X−1) Φp(X), X^p - 1 = (X - 1)\, \Phi_p(X),

d’où

Φp(X)=Xp−1+Xp−2+⋯+X+1, \Phi_p(X) = X^{p-1} + X^{p-2} + \cdots + X + 1,

et

Φpr+1(X)=Φp(Xpr)pour r⩾0. \Phi_{pr+1}(X) = \Phi_p(X^{pr}) \quad \text{pour } r \geqslant 0.

Donnons les valeurs des polynômes Φn(X)\Phi_n(X) pour 1⩽n⩽121 \leqslant n \leqslant 12:

Φ1(X)=X−1Φ2(X)=X+1Φ3(X)=X2+X+1Φ4(X)=X2+1Φ5(X)=X4+X3+X2+X+1Φ6(X)=X2−X+1Φ7(X)=X6+X5+X4+X3+X2+X+1Φ8(X)=X4+1Φ9(X)=X6+X3+1Φ10(X)=X4−X3+X2−X+1Φ11(X)=X10+X9+X8+X7+X6+X5+X4+X3+X2+X+1Φ12(X)=X4−X2+1 \begin{align*} \Phi_1(X) &= X - 1 \\ \Phi_2(X) &= X + 1 \\ \Phi_3(X) &= X^2 + X + 1 \\ \Phi_4(X) &= X^2 + 1 \\ \Phi_5(X) &= X^4 + X^3 + X^2 + X + 1 \\ \Phi_6(X) &= X^2 - X + 1 \\ \Phi_7(X) &= X^6 + X^5 + X^4 + X^3 + X^2 + X + 1 \\ \Phi_8(X) &= X^4 + 1 \\ \Phi_9(X) &= X^6 + X^3 + 1 \\ \Phi_{10}(X) &= X^4 - X^3 + X^2 - X + 1 \\ \Phi_{11}(X) &= X^{10} + X^9 + X^8 + X^7 + X^6 + X^5 + X^4 + X^3 + X^2 + X + 1 \\ \Phi_{12}(X) &= X^4 - X^2 + 1 \end{align*}

Les valeurs de Φ1,Φ2,Φ3,Φ4,Φ5,Φ7,Φ8,Φ9\Phi_1, \Phi_2, \Phi_3, \Phi_4, \Phi_5, \Phi_7, \Phi_8, \Phi_9 et Φ11\Phi_{11} résultent directement des formules (7); on a Φ1Φ2Φ3Φ6=X6−1\Phi_1 \Phi_2 \Phi_3 \Phi_6 = X^6 - 1 et Φ1Φ2Φ3Φ4Φ6Φ12=X12−1\Phi_1 \Phi_2 \Phi_3 \Phi_4 \Phi_6 \Phi_{12} = X^{12} - 1, d’où

Φ4Φ12=X12−1X6−1=X6+1et finalementΦ12=X6+1X2+1=X4−X2+1. \Phi_4 \Phi_{12} = \frac{X^{12} - 1}{X^6 - 1} = X^6 + 1 \quad \text{et finalement} \quad \Phi_{12} = \frac{X^6 + 1}{X^2 + 1} = X^4 - X^2 + 1.

Les cas n=6n = 6 et n=10n = 10 se traitent de manière analogue.

Remarque

\* Pour tout entier n>0n > 0, on définit μ(n)\mu(n) de la façon suivante : si nn est divisible par le carré d’un nombre premier, on a μ(n)=0\mu(n) = 0; sinon, on a μ(n)=(−1)h\mu(n) = (-1)^h si nn est le produit de hh nombres premiers distincts (« fonction de Möbius »). On peut montrer qu’on a

Φn(X)=∏d∣n(Xn/d−1)μ(d), \Phi_n(X) = \prod_{d|n} (X^{n/d} - 1)^{\mu(d)},

c’est-à-dire plus explicitement

(9)

Φn(X)=∏p1<…<ph(Xn/p1…ph−1)(−1)h \Phi_n(X) = \prod_{p_1 < \ldots < p_h} (X^{n/p_1 \ldots p_h} - 1)^{(-1)^h}

où (p1,…,ph)(p_1, \ldots, p_h) parcourt l’ensemble des suites strictement croissantes de diviseurs premiers de nn (*cf. LIE, II, p. 94, exerc. 1). \

5. Irréductibilité des polynômes cyclotomiques

Soit pp l’exposant caractéristique de KK et soit n≥1n \geq 1 un entier premier à pp. Notons Φn∈K[X]\Phi_n \in K[X] l’image du polynôme à coefficients entiers Φn\Phi_n par l’unique homomorphisme de Z[X]\mathbf{Z}[X] dans K[X]K[X] qui applique XX sur XX.

Lemme 3

Les racines de Φn\Phi_n dans KsK_s sont les racines primitives nn-ièmes de l’unité.

Notons SnS_n l’ensemble des racines de Φn\Phi_n dans KsK_s. D’après la formule (6), l’ensemble μn(Ks)\mu_n(K_s) est réunion des SdS_d pour dd divisant nn. Toute racine primitive nn-ième de l’unité appartient donc à SnS_n, et le lemme résulte de la prop. 4 (V, p. 77).

Proposition 6

Soit pp l’exposant caractéristique de KK et soit n≥1n \geq 1 un entier premier à pp. Pour que le polynôme Φn(X)\Phi_n(X) soit irréductible dans K[X]K[X], il faut et il suffit que l’homomorphisme χn:Gal(Ks/K)→(Z/nZ)∗\chi_n : \mathrm{Gal}(K_s/K) \to (\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^* soit surjectif.

D’après le lemme 3, on a Rn(K)=K(ζ)R_n(K) = K(\zeta) pour toute racine ζ\zeta de Φn(X)\Phi_n(X) et par suite Φn(X)\Phi_n(X) est irréductible dans K[X]K[X] si et seulement si le degré φ(n)\varphi(n) de Φn(X)\Phi_n(X) est égal à [Rn(K):K][R_n(K) : K]. Par ailleurs, le groupe de Galois de Rn(K)R_n(K) sur KK est d’ordre [Rn(K):K][R_n(K) : K] et il est isomorphe au sous-groupe de (Z/nZ)∗(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^* image de χn\chi_n. La prop. 6 résulte alors de ce que (Z/nZ)∗(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^* est d’ordre φ(n)\varphi(n).

Théorème 2 (Gauss). — Soient Q‾\overline{\mathbf{Q}} une clôture algébrique de Q\mathbf{Q} et n≥1n \geq 1 un entier. a) Le polynôme cyclotomique Φn(X)\Phi_n(X) est irréductible dans Q[X]\mathbf{Q}[X]. b) Le degré de Rn(Q)R_n(\mathbf{Q}) sur Q\mathbf{Q} est égal à φ(n)\varphi(n). c) L’homomorphisme χn\chi_n de Gal(Q‾/Q)\mathrm{Gal}(\overline{\mathbf{Q}}/\mathbf{Q}) dans (Z/nZ)∗(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^* est surjectif, et définit par passage au quotient un isomorphisme de Gal(Rn(Q)/Q)\mathrm{Gal}(R_n(\mathbf{Q})/\mathbf{Q}) sur (Z/nZ)∗(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^*.

Compte tenu de la prop. 6, il suffit de prouver l’assertion c). Tout entier rr premier à nn est le produit de nombres premiers p1,…,psp_1, \ldots, p_s ne divisant pas nn ; il suffit donc de prouver que pour tout nombre premier pp ne divisant pas nn, l’application x↦xpx \mapsto x^p de μn(Q)\mu_n(\mathbf{Q}) dans lui-même se prolonge en un automorphisme de Rn(Q)R_n(\mathbf{Q}). Il suffira de prouver que, si ζ\zeta est une racine primitive nn-ième de l’unité, le polynôme minimal ff de ζ\zeta sur Q\mathbf{Q} est égal au polynôme minimal gg de ζp\zeta^p sur Q\mathbf{Q}.

Raisonnons par l’absurde en supposant f≠gf \neq g. Les polynômes ff et gg sont unitaires et irréductibles dans Q[X]\mathbf{Q}[X] et divisent Xn−1X^n - 1, et il existe donc u∈Q[X]u \in \mathbf{Q}[X] tel que Xn−1=fguX^n - 1 = fgu (IV, p. 13, prop. 13). Le lemme 2 (V, p. 78) montre que f,gf, g et uu sont à coefficients entiers. Notons vˉ\bar{v} le polynôme à coefficients dans Fp\mathbf{F}_p déduit d’un polynôme v∈Z[X]v \in \mathbf{Z}[X] par réduction modulo pp. On a donc Xn−1=fˉgˉuˉX^n - 1 = \bar{f} \bar{g} \bar{u} dans Fp[X]\mathbf{F}_p[X].

Par ailleurs, on a g(ζp)=0g(\zeta^p) = 0 et g(Xp)g(X^p) est donc multiple de f(X)f(X) dans Q[X]\mathbf{Q}[X]. D’après le lemme 2, il existe h∈Z[X]h \in \mathbf{Z}[X] tel que g(Xp)=f(X).h(X)g(X^p) = f(X).h(X). Or on a v(Xp)=v(X)pv(X^p) = v(X)^p pour tout polynôme v∈Fp[X]v \in \mathbf{F}_p[X]. Par réduction modulo pp, on obtient donc gˉp=fˉhˉ\bar{g}^p = \bar{f}\bar{h}. Si vv est un polynôme unitaire irréductible dans Fp[X]\mathbf{F}_p[X] divisant fˉ\bar{f}, il divise donc gˉ\bar{g}. Comme fˉgˉ\bar{f}\bar{g} divise Xn−1X^n - 1, on voit que v2v^2 divise Xn−1X^n - 1 dans Fp[X]\mathbf{F}_p[X]. Ceci est absurde car le polynôme Xn−1X^n - 1 est séparable dans Fp[X]\mathbf{F}_p[X].

On peut montrer que, pour toute extension abélienne E de degré fini sur Q\mathbf{Q}, il existe un entier n⩾1n \geqslant 1 tel que E soit isomorphe à une sous-extension de Rn(Q)R_n(\mathbf{Q}). \* Autrement dit, le corps Q(μ∞(C))\mathbf{Q}(\mu_\infty(\mathbf{C})) est une clôture abélienne de Q\mathbf{Q}. \* (« Théorème de Kronecker-Weber ».)

6. Extensions cycliques

Définition 3

On dit qu’une extension E de K est cyclique, si elle est galoisienne et si son groupe de Galois est cyclique.

Exemple 1

Toute extension galoisienne de degré premier est cyclique, car tout groupe fini G d’ordre premier pp est cyclique (en effet, tout élément x≠1x \neq 1 de G est d’ordre pp, donc engendre G).

Exemple 2

Soit F(X)=X2+aX+bF(X) = X^2 + aX + b un polynôme irréductible dans K[X]K[X]. Le seul cas où F(X)F(X) n’est pas séparable est celui où K est de caractéristique 2 et a=0a = 0. On écarte désormais ce cas ; soit E une extension de K engendrée par une racine xx de F(X)F(X). On a [E:K]=2[E : K] = 2, et F(X)=(X−x)(X+a+x)F(X) = (X - x)(X + a + x), donc E est une extension galoisienne de K. Le groupe de Galois de E par rapport à K est d’ordre 2, donc cyclique.

Exemple 3

Soient F un corps et σ\sigma un automorphisme d’ordre fini nn. Le corps E des invariants de σ\sigma est aussi le corps des invariants du groupe cyclique d’ordre nn engendré par σ\sigma, et par suite (V, p. 64, th. 3), F est une extension cyclique de degré nn de E.

On sait (I, p. 48) que tout sous-groupe et tout groupe quotient d’un groupe cyclique est cyclique. Par suite (V, p. 66, cor. 4), si E est une extension cyclique d’un corps K, de degré nn, toute sous-extension F de E est cyclique sur K, et E est cyclique sur F. Pour tout diviseur dd de nn, il existe un unique sous-corps F de degré dd sur K contenu dans E : en effet, dans un groupe cyclique d’ordre nn, il existe un unique sous-groupe d’indice dd.

Théorème 3 (Hilbert)

Soit E une extension cyclique de K, et soit σ\sigma un générateur du groupe de Galois Γ\Gamma de E sur K. a) Pour qu’un élément x∈Ex \in E soit tel que NE/K(x)=1N_{E/K}(x) = 1, il faut et il suffit qu’il existe y∈E∗y \in E^* tel que x=y/σ(y)x = y/\sigma(y); tout y1∈E∗y_1 \in E^* tel que x=y1/σ(y1)x = y_1/\sigma(y_1) est alors de la forme λy\lambda y, avec λ∈K∗\lambda \in K^*. b) Pour qu’un élément x∈Ex \in E soit tel que TrE/K(x)=0\mathrm{Tr}_{E/K}(x) = 0, il faut et il suffit qu’il existe z∈Ez \in E tel que x=z−σ(z)x = z - \sigma(z); tout z1∈Ez_1 \in E tel que x=z1−σ(z1)x = z_1 - \sigma(z_1) est alors de la forme z+μz + \mu, avec μ∈K\mu \in K.

Prouvons d’abord un lemme. Lemme 4. — Soient Γ\Gamma un groupe cyclique d’ordre nn, σ\sigma un générateur de Γ\Gamma et M un groupe commutatif sur lequel opère Γ\Gamma de façon que γ.(m+m′)=γ.m+γ.m′\gamma.(m + m') = \gamma.m + \gamma.m' pour tous γ∈Γ,m,m′∈M\gamma \in \Gamma, m, m' \in M. Soit ZZ l’ensemble des applications ff de Γ\Gamma dans MM satisfaisant à la relation

(10)(10)
f(ττ′)=f(τ)+τ.f(τ′)pour τ,τ′ dans Γ. f(\tau \tau') = f(\tau) + \tau . f(\tau') \quad \text{pour } \tau, \tau' \text{ dans } \Gamma .

Posons u(f)=f(σ)u(f) = f(\sigma) pour f∈Zf \in Z et t(m)=∑τ∈Γτ.mt(m) = \sum_{\tau \in \Gamma} \tau . m pour m∈Mm \in M. Alors la suite

0→Z→uM→tM 0 \to Z \xrightarrow{u} M \xrightarrow{t} M
est exacte.

Soit f∈Zf \in Z; faisant τ=τ′=1\tau = \tau' = 1 dans (10), on obtient f(1)=0f(1) = 0. De plus, on déduit par récurrence sur m⩾0m \geqslant 0 la relation

(11)(11)
f(σm)=f(σ)+σ.f(σ)+⋯+σm−2.f(σ)+σm−1.f(σ). f(\sigma^m) = f(\sigma) + \sigma . f(\sigma) + \cdots + \sigma^{m-2} . f(\sigma) + \sigma^{m-1} . f(\sigma) .

On a σn=1\sigma^n = 1, d’où f(σn)=0f(\sigma^n) = 0; la relation précédente avec m=nm = n équivaut à l’égalité t(u(f))=0t(u(f)) = 0, d’où Im⁡u⊂Ker⁡t\operatorname{Im} u \subset \operatorname{Ker} t. En outre, il résulte de (11) que Ker⁡u=0\operatorname{Ker} u = 0.

Soit m∈Mm \in M tel que t(m)=0t(m) = 0, c’est-à-dire m+σ.m+⋯+σn−1.m=0m + \sigma . m + \cdots + \sigma^{n-1} . m = 0. Définissons l’application ff de Γ\Gamma dans MM par

(12)(12)
f(σj)=m+σ.m+⋯+σj−2.m+σj−1.m f(\sigma^j) = m + \sigma . m + \cdots + \sigma^{j-2} . m + \sigma^{j-1} . m
pour 0⩽j⩽n−10 \leqslant j \leqslant n - 1. On laisse au lecteur le soin d’établir la relation (10). On a évidemment m=f(σ)m = f(\sigma), d’où Im⁡u⊃Ker⁡t\operatorname{Im} u \supset \operatorname{Ker} t.

Le lemme étant prouvé, soient y∈E∗y \in E^* et x=y/σ(y)x = y / \sigma(y); on a NE/K(σ(y))=NE/K(y)N_{E/K}(\sigma(y)) = N_{E/K}(y), d’où NE/K(x)=1N_{E/K}(x) = 1. Réciproquement, soit xx dans E∗E^* tel que NE/K(x)=1N_{E/K}(x) = 1; d’après le lemme 4 appliqué à M=E∗M = E^*, il existe une famille d’éléments (cτ)τ∈Γ(c_\tau)_{\tau \in \Gamma} de E∗E^* satisfaisant à la relation cττ′=cτ.τ(cτ′)c_{\tau \tau'} = c_\tau . \tau(c_{\tau'}) pour τ,τ′\tau, \tau' dans Γ\Gamma, et cσ=xc_\sigma = x. D’après le cor. 1 de la prop. 9 (V, p. 63), il existe y∈E∗y \in E^* avec cτ=y/τ(y)c_\tau = y / \tau(y) pour tout τ∈Γ\tau \in \Gamma, d’où en particulier x=cσ=y/σ(y)x = c_\sigma = y / \sigma(y). Si y1∈E∗y_1 \in E^* vérifie la relation x=y1/σ(y1)x = y_1 / \sigma(y_1), on a

σ(y1y−1)=y1y−1, \sigma(y_1 y^{-1}) = y_1 y^{-1} ,
donc y1y−1y_1 y^{-1} appartient à K∗K^* puisque σ\sigma engendre le groupe de Galois de EE sur KK. Ceci prouve a).

L’assertion b) se déduit de manière analogue du cor. 2 de la prop. 9 (V, p. 63).

7. Dualité des Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}-modules

Dans ce numéro, on note nn un entier >0> 0 et TT un groupe cyclique d’ordre nn. On dit qu’un groupe GG est annulé par nn si gn=1g^n = 1 pour tout g∈Gg \in G; si de plus GG est commutatif, la structure de groupe de GG est sous-jacente à une unique structure de Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}-module.

Pour tout groupe GG, notons Hom⁡(G,T)\operatorname{Hom}(G, T) le groupe des homomorphismes de GG dans TT; c’est un groupe commutatif annulé par nn.

Proposition 7

Soient GG un groupe commutatif annulé par nn et HH un sous-groupe de GG. L’homomorphisme de restriction Hom⁡(G,T)→Hom⁡(H,T)\operatorname{Hom}(G, T) \to \operatorname{Hom}(H, T) est surjectif.

Soit en effet f:H→Tf : H \to T un homomorphisme et prouvons qu’il existe un homomorphisme de GG dans TT prolongeant ff. Supposons d’abord GG cyclique, engendré par un élément gg d’ordre rr divisant nn; notons tt un générateur de TT. Il existe un diviseur ss de rr tel que HH soit engendré par gsg^s (I, p. 48, prop. 19), et l’on a, pour tout x∈Z,f(gsx)=taxx \in \mathbf{Z}, f(g^{sx}) = t^{ax}, où aa est un entier tel que nn divise ar/sar/s. Alors a/s=(ar/ns)(n/r)a/s = (ar/ns)(n/r) est entier et l’homomorphisme gx↦t(a/s)x, x∈Zg^x \mapsto t^{(a/s)x},\ x \in \mathbf{Z}, de GG dans TT prolonge ff. Dans le cas général, considérons l’ensemble des couples (H′,f′)(H', f'), où H′H' est un sous-groupe de GG contenant HH et f′f' un homomorphisme de H′H' dans TT prolongeant ff, et ordonnons-le par la relation (H′,f′)≤(H′′,f′′)(H', f') \leq (H'', f'') si H′⊂H′′H' \subset H'' et si la restriction de f′′f'' à H′H' est f′f'. D’après E, III, p. 20, déf. 3 et th. 2, cet ensemble possède un élément maximal (H1,f1)(H_1, f_1), et il suffit de prouver que H1=GH_1 = G; dans le cas contraire, il existe g∈G, g∉H1g \in G,\ g \notin H_1, et il suffit de prouver que f1f_1 peut se prolonger en un homomorphisme dans TT du sous-groupe de GG engendré par H1H_1 et gg. Or, si CC désigne le groupe cyclique engendré par gg, la restriction de f1f_1 à C∩H1C \cap H_1 se prolonge en un homomorphisme f2f_2 de CC dans TT et l’homomorphisme xy↦f1(x)f2(y), x∈H1, y∈Cxy \mapsto f_1(x)f_2(y),\ x \in H_1,\ y \in C, de H1CH_1C dans TT répond à la question.

Corollaire 1

Si GG est un groupe commutatif annulé par nn, et si G≠{1}G \neq \{1\}, alors Hom(G,T)≠{1}\mathrm{Hom}(G, T) \neq \{1\}*.

En effet, il suffit de remarquer que si HH est un sous-groupe cyclique de GG distinct de {1}\{1\}, on a Hom(H,T)≠{1}\mathrm{Hom}(H, T) \neq \{1\}, et d’appliquer la prop. 7.

Corollaire 2

Si GG est un groupe commutatif fini annulé par nn, les groupes GG et Hom(G,T)\mathrm{Hom}(G, T) ont même ordre*.

Si GG est cyclique d’ordre rr, de générateur gg, l’application f↦f(g)f \mapsto f(g) est une bijection de Hom(G,T)\mathrm{Hom}(G, T) sur l’ensemble des éléments tt de TT tels que tr=1t^r = 1, d’où l’assertion dans ce cas. D’autre part, si HH est un sous-groupe cyclique de GG, on a Card(G)=Card(H).Card(G/H)\mathrm{Card}(G) = \mathrm{Card}(H).\mathrm{Card}(G/H); par ailleurs, on a une suite exacte

{1}→Hom(G/H,T)→Hom(G,T)→Hom(H,T)→{1} \{1\} \to \mathrm{Hom}(G/H, T) \to \mathrm{Hom}(G, T) \to \mathrm{Hom}(H, T) \to \{1\}

(II, p. 36, th. 1 et prop. 7 ci-dessus), donc

Card(Hom(G,T))=Card(Hom(H,T)).Card(Hom(G/H,T)). \mathrm{Card}(\mathrm{Hom}(G, T)) = \mathrm{Card}(\mathrm{Hom}(H, T)).\mathrm{Card}(\mathrm{Hom}(G/H, T)).

Comme on a Card(Hom(H,T))=Card(H)\mathrm{Card}(\mathrm{Hom}(H, T)) = \mathrm{Card}(H), il est équivalent de démontrer le corollaire pour GG ou pour G/HG/H. On conclut alors par récurrence sur Card(G)\mathrm{Card}(G).

Soient maintenant GG et HH deux groupes et f:G×H→Tf : G \times H \to T une application bimultiplicative, c’est-à-dire telle que pour tous g, g′∈G, h, h′∈Hg,\ g' \in G,\ h,\ h' \in H, on ait

f(gg′,h)=f(g,h)f(g′,h),f(g,hh′)=f(g,h)f(g,h′). f(gg', h) = f(g, h)f(g', h),\quad f(g, hh') = f(g, h)f(g, h').

On définit des homomorphismes de groupes

sf:G→Hom(H,T),df:H→Hom(G,T), s_f : G \to \mathrm{Hom}(H, T),\quad d_f : H \to \mathrm{Hom}(G, T),

par sf(g)(h)=df(h)(g)=f(g,h)s_f(g)(h) = d_f(h)(g) = f(g, h) (cf. II, p. 74, cor. à la prop. 1, lorsque G et H sont commutatifs).

Proposition 8

Supposons G et H commutatifs et annulés par n. Si sfs_f est bijectif et H fini, alors dfd_f est bijectif et l’on a Card(G)=Card(H)\mathrm{Card}(G) = \mathrm{Card}(H).

Si sfs_f est bijectif et H fini, on a d’après le corollaire 2 à la prop. 7, la relation Card(G)=Card(Hom(H,T))=Card(H)\mathrm{Card}(G) = \mathrm{Card}(\mathrm{Hom}(H, T)) = \mathrm{Card}(H), donc Card(G)\mathrm{Card}(G) est fini et par une nouvelle application du corollaire Card(Hom(G,T))=Card(H)\mathrm{Card}(\mathrm{Hom}(G, T)) = \mathrm{Card}(H). Il suffit donc de prouver que dfd_f est injectif. Or, si h∈Ker(df)h \in \mathrm{Ker}(d_f), on a f(g,h)=1f(g, h) = 1 pour tout g∈Gg \in G, donc puisque sfs_f est bijectif, φ(h)=1\varphi(h) = 1 pour tout φ∈Hom(H,T)\varphi \in \mathrm{Hom}(H, T); d’après la prop. 7, cela implique Hom(Ker(df),T)={1}\mathrm{Hom}(\mathrm{Ker}(d_f), T) = \{ 1 \}, donc Ker(df)={1}\mathrm{Ker}(d_f) = \{ 1 \} d’après le cor. 1 à la prop. 7.

8. Théorie de Kummer

Dans ce numéro, on note nn un entier >0> 0, et on suppose que μn(K)\mu_n(K) a nn éléments ; d’après V, p. 75, cela signifie aussi que nn est premier à l’exposant caractéristique de K et que toutes les racines nn-ièmes de l’unité dans une clôture algébrique Ω\Omega de K appartiennent à K.

On dit qu’une extension L de K est abélienne d’exposant divisant n si elle est abélienne (V, p. 73, déf. 1) et si son groupe de Galois Gal(L/K)\mathrm{Gal}(L/K) est annulé par nn (V, p. 82).

Soit A une partie de K∗K^* ; on note K(A1/n)K(A^{1/n}) la sous-extension de Ω\Omega engendrée par les θ∈Ω\theta \in \Omega tels que θn∈A\theta^n \in A.

Lemme 5

K(A1/n)K(A^{1/n}) est une extension abélienne de K d’exposant divisant n.

Comme les polynômes Xn−a,a∈AX^n - a, a \in A, sont séparables sur K, L=K(A1/n)L = K(A^{1/n}) est une extension séparable, donc galoisienne, de K. Soit σ∈Gal(L/K)\sigma \in \mathrm{Gal}(L/K) et soit θ∈Ω\theta \in \Omega tel que θn∈A\theta^n \in A. On a σ(θ)n=θn\sigma(\theta)^n = \theta^n ; il existe donc ζ∈μn(Ω)=μn(K)\zeta \in \mu_n(\Omega) = \mu_n(K) tel que σ(θ)=ζθ\sigma(\theta) = \zeta \theta : cela implique σn(θ)=ζnθ=θ\sigma^n(\theta) = \zeta^n \theta = \theta, d’où σn=1\sigma^n = 1. Si σ′\sigma' est un autre élément de Gal(L/K)\mathrm{Gal}(L/K), il existe ζ′∈μn(K)\zeta' \in \mu_n(K) tel que σ′(θ)=ζ′θ\sigma'(\theta) = \zeta' \theta, d’où σ′σ(θ)=ζζ′θ=σσ′(θ)\sigma' \sigma(\theta) = \zeta \zeta' \theta = \sigma \sigma'(\theta), et σ′σ=σσ′\sigma' \sigma = \sigma \sigma'.

Lemme 6

Soit L une extension galoisienne de K. Il existe une unique application (σ,a)↦⟨σ,a⟩(\sigma, a) \mapsto \langle \sigma, a \rangle de Gal(L/K)×((Ln∩K∗)/K∗n)\mathrm{Gal}(L/K) \times ((L^n \cap K^*)/K^{*n}) dans μn(K)\mu_n(K) telle que pour tout σ∈Gal(L/K)\sigma \in \mathrm{Gal}(L/K) et tout élément θ∈L∗\theta \in L^* tel que θn∈K\theta^n \in K, on ait, notant θ‾n\overline{\theta}^n la classe de θn\theta^n mod. K∗nK^{*n} :

⟨σ,θ‾n⟩=σ(θ)/θ. \langle \sigma, \overline{\theta}^n \rangle = \sigma(\theta)/\theta .

Cette application est bimultiplicative.

En effet, le membre de droite de (13) est une racine nn-ième de l’unité qui ne dépend que de la classe mod. K∗nK^{*n} de θn\theta^n ; cela démontre la première assertion. La seconde se vérifie sans difficultés.

Pour toute extension galoisienne L de K, notons

kL:(Ln∩K∗)/K∗n→Hom⁡(Gal⁡(L/K),μn(K)), k_L : (L^n \cap K^*)/K^{*n} \to \operatorname{Hom}(\operatorname{Gal}(L/K), \mu_n(K)) ,
kL′:Gal⁡(L/K)→Hom⁡((Ln∩K∗)/K∗n,μn(K)), k'_L : \operatorname{Gal}(L/K) \to \operatorname{Hom}((L^n \cap K^*)/K^{*n}, \mu_n(K)) ,

les homomorphismes déduits de l’application bimultiplicative précédente (V, p. 83).

Proposition 9

Pour toute extension galoisienne de degré fini L de K, l’homomorphisme k_L est bijectif.

Soit θ∈L∗\theta \in L^* tel que θn∈K\theta^n \in K et que la classe de θn\theta^n mod. K∗nK^{*n} appartienne au noyau de kLk_L. Pour tout σ∈Gal⁡(L/K)\sigma \in \operatorname{Gal}(L/K), on a par définition σ(θ)=θ\sigma(\theta) = \theta; donc θ∈K∗\theta \in K^* et θn∈K∗n\theta^n \in K^{*n}. Cela démontre l’injectivité de kLk_L. Soit maintenant f:Gal⁡(L/K)→μn(K)f : \operatorname{Gal}(L/K) \to \mu_n(K) un homomorphisme ; pour tous σ,τ∈Gal⁡(L/K)\sigma, \tau \in \operatorname{Gal}(L/K), on a

f(στ)=f(σ)f(τ)=f(σ)⋅σf(τ),f(σ)n=1. f(\sigma \tau) = f(\sigma) f(\tau) = f(\sigma) \cdot \sigma f(\tau) , \quad f(\sigma)^n = 1 .
D’après V, p. 63, cor. 1, il existe θ∈L∗\theta \in L^* tel que f(σ)=σ(θ)/θf(\sigma) = \sigma(\theta)/\theta pour tout σ∈Gal⁡(L/K)\sigma \in \operatorname{Gal}(L/K); comme f(σ)n=1f(\sigma)^n = 1, on a σ(θn)=θn\sigma(\theta^n) = \theta^n pour tout σ∈Gal⁡(L/K)\sigma \in \operatorname{Gal}(L/K), donc θn∈K∗\theta^n \in K^*; si aa est la classe de θn\theta^n mod. K∗nK^{*n}, on a par définition f(σ)=⟨σ,a⟩f(\sigma) = \langle \sigma, a \rangle pour σ∈Gal⁡(L/K)\sigma \in \operatorname{Gal}(L/K), donc f=kL(a)f = k_L(a).

Corollaire

Si L est une extension galoisienne de K, l’homomorphisme k_L est injectif et son image est le groupe Hom⁡c(Gal⁡(L/K),μn(K))\operatorname{Hom}_c(\operatorname{Gal}(L/K), \mu_n(K)) des homomorphismes continus du groupe topologique Gal⁡(L/K)\operatorname{Gal}(L/K) dans le groupe discret μn(K)\mu_n(K).

Cela résulte aussitôt de ce qui précède, du fait que L est réunion filtrante croissante de sous-extensions galoisiennes LiL_i de degré fini, et de ce qu’un homomorphisme de Gal⁡(L/K)\operatorname{Gal}(L/K) dans μn(K)\mu_n(K) est continu si et seulement s’il se factorise par un des quotients Gal⁡(Li/K)\operatorname{Gal}(L_i/K) de Gal⁡(L/K)\operatorname{Gal}(L/K).

Théorème 4

a) L’application H↦K(H1/n)H \mapsto K(H^{1/n}) est une bijection croissante de l’ensemble des sous-groupes de K∗K^* contenant K∗nK^{*n} sur l’ensemble des sous-extensions abéliennes d’exposant divisant n de Ω\Omega. L’application réciproque est L↦Ln∩K∗L \mapsto L^n \cap K^*. b) Pour tout sous-groupe H de K∗K^* contenant K∗nK^{*n}, l’homomorphisme

k′:Gal⁡(K(H1/n)/K)→Hom⁡(H/K∗n,μn(K)) k' : \operatorname{Gal}(K(H^{1/n})/K) \to \operatorname{Hom}(H/K^{*n}, \mu_n(K))
est bijectif. Lorsqu’on munit le groupe Hom⁡(H/K∗n,μn(K))\operatorname{Hom}(H/K^{*n}, \mu_n(K)) de la topologie de la convergence simple, c’est un homéomorphisme. c) Soit H un sous-groupe de K∗K^* contenant K∗nK^{*n}. Pour chaque a∈H/K∗na \in H/K^{*n}, soit θa\theta_a un élément de Ω\Omega tel que θan\theta_a^n soit un représentant de a dans H. Alors les θa,a∈H/K∗n\theta_a, a \in H/K^{*n} forment une base du K-espace vectoriel K(H1/n)K(H^{1/n}). En particulier
[K(H1/n):K]=(H:K∗n). [K(H^{1/n}) : K] = (H : K^{*n}) .

A) Pour toute extension abélienne L de K d’exposant divisant n, posons HL=Ln∩K∗H_L = L^n \cap K^*. Si [L:K][L : K] est fini, l’homomorphisme kL′k'_L de Gal⁡(L/K)\operatorname{Gal}(L/K) dans Hom⁡(HL,μn(K))\operatorname{Hom}(H_L, \mu_n(K)) est bijectif d’après la prop. 9 et V, p. 84, prop. 8.

Comme toute extension abélienne de K d’exposant divisant n est réunion filtrante croissante de sous-extensions abéliennes de degré fini d’exposant divisant n, on en déduit par passage à la limite projective que kL′k'_L est un homéomorphisme de groupes topologiques pour toute extension abélienne L de K d’exposant divisant n.

B) Soit L une extension abélienne de degré fini, d’exposant divisant n, de K, et soit L′=K(HL1/n)L' = K(H_L^{1/n}); c’est une sous-extension de L ; de plus, HL′H_{L'} contient HLH_L donc lui est égal. Puisque les homomorphismes kL′k'_L et kL′′k'_{L'} sont bijectifs d’après A), et que HL=HL′H_L = H_{L'}, les groupes Gal(L/K) et Gal(L'/K) ont même ordre, donc sont égaux. Cela prouve que L′=LL' = L, donc que L=K(HL1/n)L = K(H_L^{1/n}). Si L est une extension abélienne d’exposant divisant n de K, on a K(HL1/n)=LK(H_L^{1/n}) = L, puisque K(HL1/n)K(H_L^{1/n}) est une sous-extension de L qui contient toute sous-extension de degré fini de L.

C) Soit H un sous-groupe de K∗K^* contenant K∗nK^{*n}; posons L=K(H1/n)L = K(H^{1/n}), c’est une extension abélienne de K d’exposant divisant n (V, p. 84, lemme 5). On a H⊂HLH \subset H_L, d’où une suite exacte de groupes commutatifs annulés par n

{1}→H/K∗n→HL/K∗n→HL/H→{1}. \{1\} \to H/K^{*n} \to H_L/K^{*n} \to H_L/H \to \{1\}.
On en déduit une suite exacte
{1}→Hom⁡(HL/H,μn(K))→Hom⁡(HL/K∗n,μn(K))→uHom⁡(H/K∗n,μn(K)), \{1\} \to \operatorname{Hom}(H_L/H, \mu_n(K)) \to \operatorname{Hom}(H_L/K^{*n}, \mu_n(K)) \xrightarrow{u} \operatorname{Hom}(H/K^{*n}, \mu_n(K)),
où u est l’homomorphisme de restriction.

Si l’on identifie Hom⁡(HL/K∗n,μn(K))\operatorname{Hom}(H_L/K^{*n}, \mu_n(K)) à Gal(L/K) grâce à l’isomorphisme kL′k'_L, le noyau de u s’identifie à l’ensemble des σ∈Gal⁡(L/K)\sigma \in \operatorname{Gal}(L/K) tels que σ(θ)=θ\sigma(\theta) = \theta pour tout θ∈H1/n\theta \in H^{1/n}. Il s’ensuit que u est injectif, donc que Hom⁡(HL/H,μn(K))\operatorname{Hom}(H_L/H, \mu_n(K)) est réduit à {1}\{1\}; d’après le cor. 1 de V, p. 83, on a donc H=HLH = H_L. Cela achève de démontrer a) et b).

D) Démontrons c). Si a,b∈Ha, b \in H, on a θaθb/θab∈K\theta_a \theta_b / \theta_{ab} \in K. Il en résulte que le sous-espace vectoriel de K(H1/n)K(H^{1/n}) engendré par les θa\theta_a est stable par multiplication, donc coïncide avec K(H1/n)K(H^{1/n}). Il nous reste donc à démontrer que les θa\theta_a sont linéairement indépendants ; pour ce faire, on peut évidemment supposer que H/K∗nH/K^{*n} est fini ; alors [K(H1/n):K]=(Gal⁡(K(H1/n)/K):{1})=(H:K∗n)[K(H^{1/n}) : K] = (\operatorname{Gal}(K(H^{1/n})/K) : \{1\}) = (H : K^{*n}) d’après b) et le cor. 2 de V, p. 83 ; comme les θa\theta_a sont au nombre de (H:K∗n)(H : K^{*n}) et engendrent le K-espace vectoriel K(H1/n)K(H^{1/n}), ils sont linéairement indépendants.

Exemple 1

Il existe une plus grande extension abélienne d’exposant divisant n de K contenue dans Ω\Omega; elle s’obtient en adjoignant à K les racines n-ièmes de tous ses éléments ; son groupe de Galois s’identifie à Hom⁡(K∗/K∗n,μn(K))\operatorname{Hom}(K^*/K^{*n}, \mu_n(K)), donc aussi à Hom⁡(K∗,μn(K))\operatorname{Hom}(K^*, \mu_n(K)).

Exemple 2

\* Prenons K=QK = \mathbf{Q} et n=2n = 2. Alors Q∗/Q∗2\mathbf{Q}^*/\mathbf{Q}^{*2} est un F2\mathbf{F}_2-espace vectoriel admettant pour base la réunion de {−1}\{-1\} et de l’ensemble des nombres premiers. La plus grande extension abélienne d’exposant 2 de Q\mathbf{Q} contenue dans C\mathbf{C} est donc le sous-corps Q(i,2,3,5,...)\mathbf{Q}(i, \sqrt{2}, \sqrt{3}, \sqrt{5}, ...) de C\mathbf{C}. Son groupe de Galois est formé de tous les automorphismes obtenus en multipliant de façon indépendante chacun des éléments i,2,3,5i, \sqrt{2}, \sqrt{3}, \sqrt{5}, etc., par ±1\pm 1.

Exemple 3

Soit L une extension cyclique de K de degré n ; alors le groupe (Ln∩K∗)/K∗n(L^n \cap K^*)/K^{*n} est cyclique d’ordre n. Si a∈K∗a \in K^* est tel que la classe de aa mod. K∗nK^{*n} est un générateur de ce groupe, alors L est K-isomorphe à K[X]/(X^n - a), et le groupe Gal(L/K) est formé des n automorphismes transformant X en les ζX\zeta X, ζ∈μn(K)\zeta \in \mu_n(K).

Exemple 4

Inversement, soit a∈K∗a \in K^*, et soit r le plus petit entier > 0 tel que ar∈K∗na^r \in K^{*n}; alors le sous-corps L de Ω\Omega engendré par les racines du polynôme Xn−aX^n - a est une extension cyclique de K de degré r. En particulier, Xn−aX^n - a est irréductible si et seulement si r=nr = n.

Remarque

Soit a∈K∗a \in K^* et soit r le plus petit entier > 0 tel que ar∈Kna^r \in K^n. Soit B l’ensemble des racines dans K du polynôme Xn/r−aX^{n/r} - a; alors on a

Xn−a=∏b∈B(Xr−b), X^n - a = \prod_{b \in B} (X^r - b),

par substitution de XrX^r à T dans la relation Tn/r−a=∏(T−b)T^{n/r} - a = \prod (T - b). D’après l’exemple 4, chacun des polynômes Xr−bX^r - b est irréductible, de sorte que (14) est la décomposition de Xn−aX^n - a en polynômes irréductibles dans K[X].

9. Théorie d’Artin-Schreier

Dans ce numéro, on note p un nombre premier et on suppose que K est de caractéristique p. On note Ω\Omega une clôture algébrique de K et ρ\rho l’endomorphisme du groupe additif de Ω\Omega défini par

ρ(x)=xp−x. \rho(x) = x^p - x .

D’après V, p. 89, le noyau de ρ\rho est le sous-corps premier FpF_p de K. Pour toute partie A de K, notons K(ρ−1(A))K(\rho^{-1}(A)) la sous-extension de Ω\Omega engendrée par les x∈Ωx \in \Omega tels que ρ(x)∈A\rho(x) \in A.

Lemme 7

K(ρ−1(A))K(\rho^{-1}(A)) est une extension abélienne de K d’exposant divisant p.

Comme les polynômes ρ−a=Xp−X−a, a∈A,\rho - a = X^p - X - a, \ a \in A, sont séparables sur K, l’extension L=K(ρ−1(A))L = K(\rho^{-1}(A)) est galoisienne. Soit σ∈Gal(L/K)\sigma \in \mathrm{Gal}(L/K) et soit x∈ρ−1(A)x \in \rho^{-1}(A); on a ρ(σ(x))=ρ(x)\rho(\sigma(x)) = \rho(x), donc σ(x)−x∈Fp\sigma(x) - x \in F_p, c’est-à-dire σ(x)=x+i, i∈Fp\sigma(x) = x + i, \ i \in F_p. Cela implique σp(x)=x+pi=x\sigma^p(x) = x + pi = x, donc σp=1\sigma^p = 1; de même, si σ′∈Gal(L/K)\sigma' \in \mathrm{Gal}(L/K) et si σ′(x)=x+j\sigma'(x) = x + j, on a σ∘σ′(x)=x+i+j=σ′∘σ(x)\sigma \circ \sigma'(x) = x + i + j = \sigma' \circ \sigma(x), donc σ∘σ′=σ′∘σ\sigma \circ \sigma' = \sigma' \circ \sigma.

Lemme 8

Soit L une extension galoisienne de K. Il existe une unique application (σ,a)↦[σ,a](\sigma, a) \mapsto [\sigma, a] de Gal(L/K)×((ρ(L)∩K)/ρ(K))\mathrm{Gal}(L/K) \times ((\rho(L) \cap K)/\rho(K)) dans FpF_p telle que, pour tout σ∈Gal(L/K)\sigma \in \mathrm{Gal}(L/K) et tout élément x de L tel que ρ(x)∈K\rho(x) \in K, on ait, notant ρ(x)‾\overline{\rho(x)} la classe de ρ(x)\rho(x) mod. ρ(K)\rho(K)

[σ,ρ(x)‾]=σ(x)−x. [\sigma, \overline{\rho(x)}] = \sigma(x) - x .

Cette application est Z\mathbf{Z}-bilinéaire (pour σ,τ∈Gal(L/K), a, b∈(ρ(L)∩K)/ρ(K)\sigma, \tau \in \mathrm{Gal}(L/K), \ a, \ b \in (\rho(L) \cap K)/\rho(K), on a [στ,a]=[σ,a]+[τ,a], [σ,a+b]=[σ,a]+[σ,b][\sigma \tau, a] = [\sigma, a] + [\tau, a], \ [\sigma, a + b] = [\sigma, a] + [\sigma, b]).

En effet, le second membre de (15) est un élément de FpF_p qui ne dépend que de la classe de p(x)p(x) mod. p(K)p(K); cela démontre la première assertion. La seconde se vérifie sans difficultés.

Pour toute extension galoisienne LL de KK, notons

aL:(p(L)∩K)/p(K)→Hom(Gal(L/K),Fp) a_L : (\mathfrak{p}(L) \cap K)/\mathfrak{p}(K) \to \mathrm{Hom}(\mathrm{Gal}(L/K), \mathbf{F}_p)
aL′:Gal(L/K)→Hom((p(L)∩K)/p(K),Fp) a'_L : \mathrm{Gal}(L/K) \to \mathrm{Hom}((\mathfrak{p}(L) \cap K)/\mathfrak{p}(K), \mathbf{F}_p)
les homomorphismes déduits de l’application Z\mathbf{Z}-bilinéaire précédente (V, p. 83).

Proposition 10

Pour toute extension galoisienne de degré fini LL de KK, l’homomorphisme aLa_L est bijectif.

Soit x∈Lx \in L tel que p(x)∈Kp(x) \in K et que la classe de p(x)p(x) mod. p(K)p(K) appartienne au noyau de aLa_L. Pour tout σ∈Gal(L/K)\sigma \in \mathrm{Gal}(L/K), on a par définition σ(x)=x\sigma(x) = x; donc x∈Kx \in K et p(x)∈p(K)p(x) \in p(K). Cela démontre l’injectivité de aLa_L. Soit maintenant f:Gal(L/K)→Fpf : \mathrm{Gal}(L/K) \to \mathbf{F}_p un homomorphisme ; pour tous σ,τ∈Gal(L/K)\sigma, \tau \in \mathrm{Gal}(L/K), on a

f(στ)=f(σ)+σ(f(τ)),f(σ)∈Fp. f(\sigma \tau) = f(\sigma) + \sigma(f(\tau)) , \quad f(\sigma) \in \mathbf{F}_p .
D’après V, p. 63, cor. 2, il existe x∈Lx \in L tel que f(σ)=σ(x)−xf(\sigma) = \sigma(x) - x pour tout σ∈Gal(L/K)\sigma \in \mathrm{Gal}(L/K). Comme f(σ)∈Fpf(\sigma) \in \mathbf{F}_p, on a p(σ(x))=p(x)p(\sigma(x)) = p(x), donc σ(p(x))=p(x)\sigma(p(x)) = p(x) pour tout σ∈Gal(L/K)\sigma \in \mathrm{Gal}(L/K) et p(x)∈Kp(x) \in K. Si aa est la classe de p(x)p(x) mod. p(K)p(K), on a f(σ)=[σ,a]f(\sigma) = [\sigma, a], donc f=aL(a)f = a_L(a).

Corollaire

Si LL est une extension galoisienne de KK, l’homomorphisme aLa_L est injectif et son image est le groupe Homc(Gal(L/K),Fp)\mathrm{Hom}_c(\mathrm{Gal}(L/K), \mathbf{F}_p) des homomorphismes continus du groupe topologique Gal(L/K)\mathrm{Gal}(L/K) dans le groupe discret Fp\mathbf{F}_p.* Cela se démontre comme le cor. de la prop. 9 de V, p. 85.

Théorème 5

a) L’application A↦K(p−1(A))A \mapsto K(p^{-1}(A)) est une bijection de l’ensemble des sous-groupes de KK contenant p(K)p(K) sur l’ensemble des sous-extensions abéliennes d’exposant divisant pp de Ω\Omega. L’application réciproque est L↦p(L)∩KL \mapsto \mathfrak{p}(L) \cap K. b) Pour tout sous-groupe AA de KK contenant p(K)p(K), l’homomorphisme

a′:Gal(K(p−1(A))/K)→Hom(A/p(K),Fp) a' : \mathrm{Gal}(K(p^{-1}(A))/K) \to \mathrm{Hom}(A/p(K), \mathbf{F}_p)
est bijectif. Lorsqu’on munit Hom(A/p(K),Fp)\mathrm{Hom}(A/p(K), \mathbf{F}_p) de la topologie de la convergence simple, c’est un homéomorphisme. c) Soit AA un sous-groupe de KK contenant p(K)p(K) et soit BB une base du Fp\mathbf{F}_p-espace vectoriel A/p(K)A/p(K). Pour chaque a∈Ba \in B soit xax_a un élément de Ω\Omega tel que p(xa)p(x_a) soit un représentant de aa dans AA. Alors les monômes xα=∏a∈Bxaα(a)x^\alpha = \prod_{a \in B} x_a^{\alpha(a)} avec α=(α(a))\alpha = (\alpha(a)) dans N(B)\mathbf{N}^{(B)} tel que 0≤α(a)<p0 \leq \alpha(a) < p pour tout a∈Ba \in B forment une base du KK-espace vectoriel K(p−1(A))K(p^{-1}(A)). En particulier, on a
[K(p−1(A)):K]=(A:p(K)). [K(p^{-1}(A)) : K] = (A : p(K)) .
Le th. 5 se démontre comme le th. 4 (V, p. 85), mutatis mutandis.

Exemple 1

Il existe une plus grande extension abélienne de KK d’exposant divisant pp contenue dans Ω\Omega; c’est K(p−1(K))K(p^{-1}(K)); son groupe de Galois s’identifie à Hom(K/p(K),Fp)\mathrm{Hom}(K/p(K), \mathbf{F}_p).

Exemple 2

Soit L une extension cyclique de K de degré pp; alors le groupe (p(L)∩K)/p(K)(\mathfrak{p}(L) \cap K)/\mathfrak{p}(K) est cyclique d’ordre pp. Si a∈Ka \in K est tel que la classe de aa mod. p(K)\mathfrak{p}(K) est un générateur de ce groupe, alors L est K-isomorphe à K[X]/(Xp−X−a)K[X]/(X^p - X - a), et le groupe de Galois Gal(L/K)\mathrm{Gal}(L/K) est formé des pp automorphismes transformant XX en X+i,i∈FpX + i, i \in \mathbf{F}_p.

Exemple 3

Inversement, si a∈K−p(K)a \in K - \mathfrak{p}(K), alors le polynôme Xp−X−aX^p - X - a est irréductible et le sous-corps L de Ω\Omega engendré par ses racines est une extension cyclique de K de degré pp. Si a∈p(K)a \in \mathfrak{p}(K), alors Xp−X−a=∏α∈p−1(a)(X−α)X^p - X - a = \prod_{\alpha \in \mathfrak{p}^{-1}(a)} (X - \alpha).

Exercices

See the exercises for § 11.

Transcribed from the printed volume. Not translated.