§ 11. Extensions abéliennes
Dans tout ce paragraphe, on note un corps.
1. Extensions abéliennes et clôture abélienne
Définition 1
On dit qu’une extension de est abélienne si elle est galoisienne et si son groupe de Galois est commutatif.
Comme tout sous-groupe d’un groupe commutatif est distingué, le cor. 4 de V, p. 66, montre que toute sous-extension d’une extension abélienne est abélienne.
Proposition 1
Soient E une extension galoisienne de K, et Γ son groupe de Galois. Soit Δ le groupe dérivé de Γ (I, p. 67, déf. 4) et soit F le corps des invariants de Δ. Pour qu’une sous-extension L de E soit abélienne sur K, il faut et il suffit qu’elle soit contenue dans F.
Notons d’abord que F est aussi le corps des invariants de l’adhérence de Δ dans Γ, et que est un sous-groupe distingué fermé de Γ. D’après V, p. 66, cor. 4, F est donc une extension galoisienne de K. De plus, le groupe de Galois de F sur K est isomorphe à , donc est commutatif. Toute sous-extension de F est donc abélienne. Réciproquement, soit L une extension abélienne de K contenue dans E, et soit Π le groupe de Galois de E sur L. Comme L est galoisienne, Π est un sous-groupe distingué de Γ et le groupe de Galois de L sur K est isomorphe à (V, p. 66, cor. 4). Par suite, est commutatif et Π contient Δ ; d’où .
Corollaire
Soit E une extension de K, et soit une famille de sous-extensions de E, telle que . On suppose que chacune des extensions est abélienne ; il en est alors de même de E.
Tout d’abord, E est extension galoisienne de K (V, p. 55, prop. 1). Si le corps F est défini comme dans la prop. 1, on a pour tout , d’où .
On dit qu’une extension E de K est une clôture abélienne de K si c’est une extension abélienne de K, et si toute extension abélienne de K est isomorphe à une sous-extension de E. La prop. 1 entraîne l’existence d’une clôture abélienne de K : en effet, soit une clôture séparable de K, de groupe de Galois Γ et soit l’adhérence du groupe dérivé de Γ ; notons le corps des invariants de ; comme toute extension algébrique séparable de K est isomorphe à une sous-extension de (V, p. 44, cor.), la prop. 1 montre que est une clôture abélienne de K. Le groupe de Galois de sur K est canoniquement isomorphe à . Démontrons maintenant l’unicité des clôtures abéliennes : soient E et E’ deux clôtures abéliennes de K ; il existe par définition des K-homomorphismes et , et la prop. 1 (V, p. 50) entraîne et , donc est un K-isomorphisme de E sur E’. Tout autre K-isomorphisme de E sur E’ est de la forme avec ; comme est commutatif, l’isomorphisme de sur est indépendant de ; on l’appelle l’isomorphisme canonique de sur .
2. Racines de l’unité
Définition 2
On dit qu’un élément de K est une racine de l’unité s’il existe un entier tel que ; pour tout entier tel que , on dit que est racine n-ième de l’unité.
Il revient au même de dire que les racines de l’unité sont les éléments d’ordre fini du groupe multiplicatif des éléments de (I, p. 49). Les racines de l’unité forment un sous-groupe de , et les racines -ièmes un sous-groupe de . On a et si divise . Pour toute racine de l’unité , il existe un plus petit entier tel que appartienne à , à savoir l’ordre de dans le groupe .
Le groupe étant l’ensemble des racines du polynôme est d’ordre fini . Soit la caractéristique de . Lorsque l’on a , ou bien que l’on a et non divisible par , la dérivée de est étrangère à , et le polynôme est donc séparable ; si, de plus, est algébriquement clos, est donc un groupe à éléments.
Supposons que soit de caractéristique non nulle et soit un entier ; comme l’application de dans est injective, on a pour tout entier .
On notera qu’un corps peut ne contenir aucune racine -ième de l’unité autre que 1 : c’est le cas par exemple des corps premiers et pour tout entier impair.
Théorème 1
Soit l’exposant caractéristique de et soit un entier. Le groupe des racines -ièmes de l’unité dans est cyclique et son ordre divise . Lorsque est algébriquement clos et que est premier à , le groupe est cyclique d’ordre .
Il suffit de prouver la première assertion du théorème, qui résulte du lemme plus précis suivant :
Lemme 1
Soit un sous-groupe fini de , d’ordre . Alors est cyclique et l’on a .
Considérons comme un -module ; on a pour tout , donc l’annulateur de est un idéal de la forme où l’entier divise . On a donc . D’après le lemme 4 (V, p. 71) appliqué à et , il existe un élément de d’ordre ; soit le sous-groupe cyclique de engendré par . On a , Card et Card ; on a, par suite, et est cyclique d’ordre , égal à . Comme est d’ordre , on a , d’où le lemme 1.
Proposition 2
Supposons que soit algébriquement clos, et soit son exposant caractéristique. Il existe un isomorphisme de sur le groupe .
On a noté le sous-anneau de engendré par , c’est-à-dire l’ensemble des nombres rationnels de la forme avec et ; on a donc si est de caractéristique 0.
Soit la suite strictement croissante formée de tous les entiers qui ne sont pas divisibles par si ; posons , et désignons par le groupe des racines -ièmes de l’unité ; on a et . Comme est cyclique d’ordre (th. 1), il existe une suite de racines de l’unité telle que engendre et que .
Par ailleurs, soit la classe modulo de , et soit le sous-groupe cyclique de engendré par . Il est immédiat qu’on a et est d’ordre , car n’est pas divisible par si . Il existe donc pour tout un isomorphisme tel que et les relations , montrent que prolonge . Finalement, il existe un unique isomorphisme de sur prolongeant les isomorphismes , c’est-à-dire tel que pour tout .
Remarque 1
Lorsque K est un corps algébriquement clos de caractéristique 0, le groupe est donc isomorphe (non canoniquement) à . \* Lorsque K est le corps des nombres complexes, on peut expliciter un tel isomorphisme ; en effet, l’application est un homomorphisme de dans de noyau et d’image ; elle définit donc par passage au quotient un isomorphisme de sur . \
Remarque 2
On peut prouver (cf. V, p. 156, exerc. 21) le résultat suivant : soient G et H deux groupes commutatifs dont tout élément est d’ordre fini. On suppose que, pour tout entier , l’équation a le même nombre de solutions, supposé fini, dans G que dans H. Les groupes G et H sont alors isomorphes. Ceci fournit une nouvelle démonstration de la prop. 2.
Remarque 3
Pour tout nombre premier , posons . Lorsque est la caractéristique de K, on a . On déduit de I, p. 76, théorème 4, que est somme directe des sous-groupes où parcourt l’ensemble des nombres premiers distincts de . Pour un nombre premier donné, deux cas seulement sont possibles : ou bien est fini et alors est isomorphe à pour un convenable (th. 1), ou bien est infini et alors est isomorphe à (cf. remarque 2).
3. Racines primitives de l’unité
Soit un entier. On appelle indicateur d’Euler de , et l’on note , le nombre des éléments inversibles de l’anneau des entiers modulo . D’après la proposition suivante, est aussi le nombre des entiers premiers à et tels que .
Proposition 3
Soient et deux entiers. Les assertions suivantes sont équivalentes : a) la classe de modulo est inversible dans l’anneau ; b) la classe de modulo engendre le groupe cyclique ; c) les entiers et sont premiers entre eux (I, p. 106). Chacune des conditions a) et b) signifie qu’il existe un entier tel que , c’est-à-dire qu’il existe deux entiers et tels que . Cette dernière condition signifie que et sont premiers entre eux.
Corollaire 1
Soit un groupe cyclique d’ordre et soit un diviseur de . Le nombre des éléments d’ordre de est égal à . En particulier, est le nombre des générateurs de . Comme le groupe est isomorphe à , le nombre des générateurs de est égal à d’après la prop. 3. Soit un générateur de ; alors les éléments de tels que constituent le sous-groupe H de G engendré par ; ce groupe est cyclique d’ordre , et les éléments d’ordre de G sont les générateurs de H, donc leur nombre est égal à .
Corollaire 2
Pour tout entier , on a
l’entier parcourant l’ensemble des diviseurs de ¹.
Avec les notations du cor. 1, tout élément de G a un ordre fini qui est un diviseur de , et il y a tels éléments pour fixé.
Le calcul de repose sur les deux formules :
(2) si et sont premiers entre eux,
(3) ( premier, ).
La première résulte immédiatement de ce que les anneaux et sont isomorphes (I, p. 107), et que l’on a pour deux anneaux et . Pour prouver (3), remarquons que les diviseurs positifs de sont ; par conséquent, l’entier n’a pas d’autre diviseur commun avec que 1 si et seulement s’il n’est pas divisible par ; comme il y a multiples de compris entre 0 et , on a bien (3).
Les formules (2) et (3) entraînent aussitôt
où parcourt l’ensemble des diviseurs premiers de .
On dit qu’une racine -ième de l’unité est primitive si elle est d’ordre ; s’il existe une telle racine , le groupe est d’ordre et il est engendré par . \* Par exemple, les racines primitives -ièmes de l’unité dans sont les nombres avec et premier à . \* Le cor. 1 de la prop. 3 entraîne le résultat suivant.
Proposition 4
Soit un entier ; on suppose qu’il existe racines -ièmes de l’unité dans (ce qui a lieu par exemple si est séparablement clos et ). Le nombre des racines primitives -ièmes de l’unité dans est égal à .
4. Extensions cyclotomiques
Soit l’exposant caractéristique de , et soit un entier premier à ; on appelle extension cyclotomique de niveau sur toute extension de décomposition E du polynôme sur (V, p. 20). Comme ce polynôme est séparable, E
¹ La relation entre entiers signifie « divise » (cf. VI, p. 5).
est une extension galoisienne de K, de degré fini (V, p. 55). Il existe une racine primitive n-ième de l’unité dans E ; si est une telle racine, toute racine n-ième de l’unité est une puissance de , donc .
Dans la suite de ce numéro, on choisit une clôture séparable de K. Pour tout entier premier à , le groupe est cyclique d’ordre , et le corps
Proposition 5
Pour tout entier premier à , l’extension de est abélienne de degré fini, son groupe de Galois est isomorphe à un sous-groupe de et son degré divise l’ordre de *.
Soit une clôture algébrique du corps des nombres rationnels. Soit un entier. On définit le polynôme cyclotomique de niveau par
Lemme 2
Soient et des polynômes unitaires de tels que . Si est à coefficients entiers, il en est de même de et *.
Soit (resp. ) le plus petit des entiers (resp. ) tels que (resp. ) ait tous ses coefficients entiers ; posons et et montrons par l’absurde que l’on a . Sinon, il existerait un diviseur premier de . Si , notons le polynôme à coefficients dans le corps obtenu par réduction modulo des coefficients de . On a , d’où ; comme l’anneau est intègre (IV, p. 9, prop. 8), on a donc ou . Autrement dit, divise tous les coefficients de ou tous ceux de et ceci contredit les hypothèses faites.
On a la relation
En effet, on a et les ensembles pour divisant forment une partition de .
La formule (6) détermine lorsqu’on connaît les pour tous les diviseurs de ; comme , on a ainsi un procédé de récurrence pour calculer . Par exemple pour premier, on a
d’où
et
Donnons les valeurs des polynômes pour :
Les valeurs de et résultent directement des formules (7); on a et , d’où
Les cas et se traitent de manière analogue.
Remarque
\* Pour tout entier , on définit de la façon suivante : si est divisible par le carré d’un nombre premier, on a ; sinon, on a si est le produit de nombres premiers distincts (« fonction de Möbius »). On peut montrer qu’on a
c’est-à-dire plus explicitement
(9)
où parcourt l’ensemble des suites strictement croissantes de diviseurs premiers de (*cf. LIE, II, p. 94, exerc. 1). \
5. Irréductibilité des polynômes cyclotomiques
Soit l’exposant caractéristique de et soit un entier premier à . Notons l’image du polynôme à coefficients entiers par l’unique homomorphisme de dans qui applique sur .
Lemme 3
Les racines de dans sont les racines primitives -ièmes de l’unité.
Notons l’ensemble des racines de dans . D’après la formule (6), l’ensemble est réunion des pour divisant . Toute racine primitive -ième de l’unité appartient donc à , et le lemme résulte de la prop. 4 (V, p. 77).
Proposition 6
Soit l’exposant caractéristique de et soit un entier premier à . Pour que le polynôme soit irréductible dans , il faut et il suffit que l’homomorphisme soit surjectif.
D’après le lemme 3, on a pour toute racine de et par suite est irréductible dans si et seulement si le degré de est égal à . Par ailleurs, le groupe de Galois de sur est d’ordre et il est isomorphe au sous-groupe de image de . La prop. 6 résulte alors de ce que est d’ordre .
Théorème 2 (Gauss). — Soient une clôture algébrique de et un entier. a) Le polynôme cyclotomique est irréductible dans . b) Le degré de sur est égal à . c) L’homomorphisme de dans est surjectif, et définit par passage au quotient un isomorphisme de sur .
Compte tenu de la prop. 6, il suffit de prouver l’assertion c). Tout entier premier à est le produit de nombres premiers ne divisant pas ; il suffit donc de prouver que pour tout nombre premier ne divisant pas , l’application de dans lui-même se prolonge en un automorphisme de . Il suffira de prouver que, si est une racine primitive -ième de l’unité, le polynôme minimal de sur est égal au polynôme minimal de sur .
Raisonnons par l’absurde en supposant . Les polynômes et sont unitaires et irréductibles dans et divisent , et il existe donc tel que (IV, p. 13, prop. 13). Le lemme 2 (V, p. 78) montre que et sont à coefficients entiers. Notons le polynôme à coefficients dans déduit d’un polynôme par réduction modulo . On a donc dans .
Par ailleurs, on a et est donc multiple de dans . D’après le lemme 2, il existe tel que . Or on a pour tout polynôme . Par réduction modulo , on obtient donc . Si est un polynôme unitaire irréductible dans divisant , il divise donc . Comme divise , on voit que divise dans . Ceci est absurde car le polynôme est séparable dans .
On peut montrer que, pour toute extension abélienne E de degré fini sur , il existe un entier tel que E soit isomorphe à une sous-extension de . \* Autrement dit, le corps est une clôture abélienne de . \* (« Théorème de Kronecker-Weber ».)
6. Extensions cycliques
Définition 3
On dit qu’une extension E de K est cyclique, si elle est galoisienne et si son groupe de Galois est cyclique.
Exemple 1
Toute extension galoisienne de degré premier est cyclique, car tout groupe fini G d’ordre premier est cyclique (en effet, tout élément de G est d’ordre , donc engendre G).
Exemple 2
Soit un polynôme irréductible dans . Le seul cas où n’est pas séparable est celui où K est de caractéristique 2 et . On écarte désormais ce cas ; soit E une extension de K engendrée par une racine de . On a , et , donc E est une extension galoisienne de K. Le groupe de Galois de E par rapport à K est d’ordre 2, donc cyclique.
Exemple 3
Soient F un corps et un automorphisme d’ordre fini . Le corps E des invariants de est aussi le corps des invariants du groupe cyclique d’ordre engendré par , et par suite (V, p. 64, th. 3), F est une extension cyclique de degré de E.
On sait (I, p. 48) que tout sous-groupe et tout groupe quotient d’un groupe cyclique est cyclique. Par suite (V, p. 66, cor. 4), si E est une extension cyclique d’un corps K, de degré , toute sous-extension F de E est cyclique sur K, et E est cyclique sur F. Pour tout diviseur de , il existe un unique sous-corps F de degré sur K contenu dans E : en effet, dans un groupe cyclique d’ordre , il existe un unique sous-groupe d’indice .
Théorème 3 (Hilbert)
Soit E une extension cyclique de K, et soit un générateur du groupe de Galois de E sur K. a) Pour qu’un élément soit tel que , il faut et il suffit qu’il existe tel que ; tout tel que est alors de la forme , avec . b) Pour qu’un élément soit tel que , il faut et il suffit qu’il existe tel que ; tout tel que est alors de la forme , avec .
Prouvons d’abord un lemme. Lemme 4. — Soient un groupe cyclique d’ordre , un générateur de et M un groupe commutatif sur lequel opère de façon que pour tous . Soit l’ensemble des applications de dans satisfaisant à la relation
Posons pour et pour . Alors la suite
Soit ; faisant dans (10), on obtient . De plus, on déduit par récurrence sur la relation
On a , d’où ; la relation précédente avec équivaut à l’égalité , d’où . En outre, il résulte de (11) que .
Soit tel que , c’est-à-dire . Définissons l’application de dans par
Le lemme étant prouvé, soient et ; on a , d’où . Réciproquement, soit dans tel que ; d’après le lemme 4 appliqué à , il existe une famille d’éléments de satisfaisant à la relation pour dans , et . D’après le cor. 1 de la prop. 9 (V, p. 63), il existe avec pour tout , d’où en particulier . Si vérifie la relation , on a
L’assertion b) se déduit de manière analogue du cor. 2 de la prop. 9 (V, p. 63).
7. Dualité des -modules
Dans ce numéro, on note un entier et un groupe cyclique d’ordre . On dit qu’un groupe est annulé par si pour tout ; si de plus est commutatif, la structure de groupe de est sous-jacente à une unique structure de -module.
Pour tout groupe , notons le groupe des homomorphismes de dans ; c’est un groupe commutatif annulé par .
Proposition 7
Soient un groupe commutatif annulé par et un sous-groupe de . L’homomorphisme de restriction est surjectif.
Soit en effet un homomorphisme et prouvons qu’il existe un homomorphisme de dans prolongeant . Supposons d’abord cyclique, engendré par un élément d’ordre divisant ; notons un générateur de . Il existe un diviseur de tel que soit engendré par (I, p. 48, prop. 19), et l’on a, pour tout , où est un entier tel que divise . Alors est entier et l’homomorphisme , de dans prolonge . Dans le cas général, considérons l’ensemble des couples , où est un sous-groupe de contenant et un homomorphisme de dans prolongeant , et ordonnons-le par la relation si et si la restriction de à est . D’après E, III, p. 20, déf. 3 et th. 2, cet ensemble possède un élément maximal , et il suffit de prouver que ; dans le cas contraire, il existe , et il suffit de prouver que peut se prolonger en un homomorphisme dans du sous-groupe de engendré par et . Or, si désigne le groupe cyclique engendré par , la restriction de à se prolonge en un homomorphisme de dans et l’homomorphisme , de dans répond à la question.
Corollaire 1
Si est un groupe commutatif annulé par , et si , alors *.
En effet, il suffit de remarquer que si est un sous-groupe cyclique de distinct de , on a , et d’appliquer la prop. 7.
Corollaire 2
Si est un groupe commutatif fini annulé par , les groupes et ont même ordre*.
Si est cyclique d’ordre , de générateur , l’application est une bijection de sur l’ensemble des éléments de tels que , d’où l’assertion dans ce cas. D’autre part, si est un sous-groupe cyclique de , on a ; par ailleurs, on a une suite exacte
(II, p. 36, th. 1 et prop. 7 ci-dessus), donc
Comme on a , il est équivalent de démontrer le corollaire pour ou pour . On conclut alors par récurrence sur .
Soient maintenant et deux groupes et une application bimultiplicative, c’est-à-dire telle que pour tous , on ait
On définit des homomorphismes de groupes
par (cf. II, p. 74, cor. à la prop. 1, lorsque G et H sont commutatifs).
Proposition 8
Supposons G et H commutatifs et annulés par n. Si est bijectif et H fini, alors est bijectif et l’on a .
Si est bijectif et H fini, on a d’après le corollaire 2 à la prop. 7, la relation , donc est fini et par une nouvelle application du corollaire . Il suffit donc de prouver que est injectif. Or, si , on a pour tout , donc puisque est bijectif, pour tout ; d’après la prop. 7, cela implique , donc d’après le cor. 1 à la prop. 7.
8. Théorie de Kummer
Dans ce numéro, on note un entier , et on suppose que a éléments ; d’après V, p. 75, cela signifie aussi que est premier à l’exposant caractéristique de K et que toutes les racines -ièmes de l’unité dans une clôture algébrique de K appartiennent à K.
On dit qu’une extension L de K est abélienne d’exposant divisant n si elle est abélienne (V, p. 73, déf. 1) et si son groupe de Galois est annulé par (V, p. 82).
Soit A une partie de ; on note la sous-extension de engendrée par les tels que .
Lemme 5
est une extension abélienne de K d’exposant divisant n.
Comme les polynômes , sont séparables sur K, est une extension séparable, donc galoisienne, de K. Soit et soit tel que . On a ; il existe donc tel que : cela implique , d’où . Si est un autre élément de , il existe tel que , d’où , et .
Lemme 6
Soit L une extension galoisienne de K. Il existe une unique application de dans telle que pour tout et tout élément tel que , on ait, notant la classe de mod. :
Cette application est bimultiplicative.
En effet, le membre de droite de (13) est une racine -ième de l’unité qui ne dépend que de la classe mod. de ; cela démontre la première assertion. La seconde se vérifie sans difficultés.
Pour toute extension galoisienne L de K, notons
les homomorphismes déduits de l’application bimultiplicative précédente (V, p. 83).
Proposition 9
Pour toute extension galoisienne de degré fini L de K, l’homomorphisme k_L est bijectif.
Soit tel que et que la classe de mod. appartienne au noyau de . Pour tout , on a par définition ; donc et . Cela démontre l’injectivité de . Soit maintenant un homomorphisme ; pour tous , on a
Corollaire
Si L est une extension galoisienne de K, l’homomorphisme k_L est injectif et son image est le groupe des homomorphismes continus du groupe topologique dans le groupe discret .
Cela résulte aussitôt de ce qui précède, du fait que L est réunion filtrante croissante de sous-extensions galoisiennes de degré fini, et de ce qu’un homomorphisme de dans est continu si et seulement s’il se factorise par un des quotients de .
Théorème 4
a) L’application est une bijection croissante de l’ensemble des sous-groupes de contenant sur l’ensemble des sous-extensions abéliennes d’exposant divisant n de . L’application réciproque est . b) Pour tout sous-groupe H de contenant , l’homomorphisme
A) Pour toute extension abélienne L de K d’exposant divisant n, posons . Si est fini, l’homomorphisme de dans est bijectif d’après la prop. 9 et V, p. 84, prop. 8.
Comme toute extension abélienne de K d’exposant divisant n est réunion filtrante croissante de sous-extensions abéliennes de degré fini d’exposant divisant n, on en déduit par passage à la limite projective que est un homéomorphisme de groupes topologiques pour toute extension abélienne L de K d’exposant divisant n.
B) Soit L une extension abélienne de degré fini, d’exposant divisant n, de K, et soit ; c’est une sous-extension de L ; de plus, contient donc lui est égal. Puisque les homomorphismes et sont bijectifs d’après A), et que , les groupes Gal(L/K) et Gal(L'/K) ont même ordre, donc sont égaux. Cela prouve que , donc que . Si L est une extension abélienne d’exposant divisant n de K, on a , puisque est une sous-extension de L qui contient toute sous-extension de degré fini de L.
C) Soit H un sous-groupe de contenant ; posons , c’est une extension abélienne de K d’exposant divisant n (V, p. 84, lemme 5). On a , d’où une suite exacte de groupes commutatifs annulés par n
Si l’on identifie à Gal(L/K) grâce à l’isomorphisme , le noyau de u s’identifie à l’ensemble des tels que pour tout . Il s’ensuit que u est injectif, donc que est réduit à ; d’après le cor. 1 de V, p. 83, on a donc . Cela achève de démontrer a) et b).
D) Démontrons c). Si , on a . Il en résulte que le sous-espace vectoriel de engendré par les est stable par multiplication, donc coïncide avec . Il nous reste donc à démontrer que les sont linéairement indépendants ; pour ce faire, on peut évidemment supposer que est fini ; alors d’après b) et le cor. 2 de V, p. 83 ; comme les sont au nombre de et engendrent le K-espace vectoriel , ils sont linéairement indépendants.
Exemple 1
Il existe une plus grande extension abélienne d’exposant divisant n de K contenue dans ; elle s’obtient en adjoignant à K les racines n-ièmes de tous ses éléments ; son groupe de Galois s’identifie à , donc aussi à .
Exemple 2
\* Prenons et . Alors est un -espace vectoriel admettant pour base la réunion de et de l’ensemble des nombres premiers. La plus grande extension abélienne d’exposant 2 de contenue dans est donc le sous-corps de . Son groupe de Galois est formé de tous les automorphismes obtenus en multipliant de façon indépendante chacun des éléments , etc., par .
Exemple 3
Soit L une extension cyclique de K de degré n ; alors le groupe est cyclique d’ordre n. Si est tel que la classe de mod. est un générateur de ce groupe, alors L est K-isomorphe à K[X]/(X^n - a), et le groupe Gal(L/K) est formé des n automorphismes transformant X en les , .
Exemple 4
Inversement, soit , et soit r le plus petit entier > 0 tel que ; alors le sous-corps L de engendré par les racines du polynôme est une extension cyclique de K de degré r. En particulier, est irréductible si et seulement si .
Remarque
Soit et soit r le plus petit entier > 0 tel que . Soit B l’ensemble des racines dans K du polynôme ; alors on a
par substitution de à T dans la relation . D’après l’exemple 4, chacun des polynômes est irréductible, de sorte que (14) est la décomposition de en polynômes irréductibles dans K[X].
9. Théorie d’Artin-Schreier
Dans ce numéro, on note p un nombre premier et on suppose que K est de caractéristique p. On note une clôture algébrique de K et l’endomorphisme du groupe additif de défini par
D’après V, p. 89, le noyau de est le sous-corps premier de K. Pour toute partie A de K, notons la sous-extension de engendrée par les tels que .
Lemme 7
est une extension abélienne de K d’exposant divisant p.
Comme les polynômes sont séparables sur K, l’extension est galoisienne. Soit et soit ; on a , donc , c’est-à-dire . Cela implique , donc ; de même, si et si , on a , donc .
Lemme 8
Soit L une extension galoisienne de K. Il existe une unique application de dans telle que, pour tout et tout élément x de L tel que , on ait, notant la classe de mod.
Cette application est -bilinéaire (pour , on a ).
En effet, le second membre de (15) est un élément de qui ne dépend que de la classe de mod. ; cela démontre la première assertion. La seconde se vérifie sans difficultés.
Pour toute extension galoisienne de , notons
Proposition 10
Pour toute extension galoisienne de degré fini de , l’homomorphisme est bijectif.
Soit tel que et que la classe de mod. appartienne au noyau de . Pour tout , on a par définition ; donc et . Cela démontre l’injectivité de . Soit maintenant un homomorphisme ; pour tous , on a
Corollaire
Si est une extension galoisienne de , l’homomorphisme est injectif et son image est le groupe des homomorphismes continus du groupe topologique dans le groupe discret .* Cela se démontre comme le cor. de la prop. 9 de V, p. 85.
Théorème 5
a) L’application est une bijection de l’ensemble des sous-groupes de contenant sur l’ensemble des sous-extensions abéliennes d’exposant divisant de . L’application réciproque est . b) Pour tout sous-groupe de contenant , l’homomorphisme
Exemple 1
Il existe une plus grande extension abélienne de d’exposant divisant contenue dans ; c’est ; son groupe de Galois s’identifie à .
Exemple 2
Soit L une extension cyclique de K de degré ; alors le groupe est cyclique d’ordre . Si est tel que la classe de mod. est un générateur de ce groupe, alors L est K-isomorphe à , et le groupe de Galois est formé des automorphismes transformant en .
Exemple 3
Inversement, si , alors le polynôme est irréductible et le sous-corps L de engendré par ses racines est une extension cyclique de K de degré . Si , alors .
Exercices
See the exercises for § 11.