§ 12. Corps finis
1. Structure des corps finis
Proposition 1
Soit K un corps fini à q éléments.
a) La caractéristique de K est un nombre premier p, et il existe un entier f tel que .
b) Le groupe additif de K est somme directe de f groupes cycliques d’ordre p.
c) Le groupe multiplicatif de K est cyclique d’ordre .
Comme est infini et K fini, l’unique homomorphisme d’anneaux n’est pas injectif, et son noyau est un idéal premier de , non réduit à 0. Par suite, la caractéristique de K est un nombre premier, et K est une algèbre sur le corps à éléments (V, p. 3). Soit le degré de K sur . Si était infini, K contiendrait pour tout entier un sous-espace de dimension sur , d’où , ce qui est absurde. Par suite est fini. Le groupe additif de K est donc isomorphe à , d’où les assertions a) et b).
L’assertion c) résulte du lemme 1 (V, p. 75).
Proposition 2
Soit K un corps fini à q éléments. Le corps K est un corps de décomposition du polynôme de et est l’ensemble des racines de ce polynôme.
Cité par 2
Cité par Corollaire, Proposition 3
Pour tout dans K, on a puisque est un groupe fini d’ordre (I, p. 49). On en déduit pour tout dans K. Le polynôme de est de degré et il a racines dans K, d’où
La prop. 2 résulte aussitôt de là.
Corollaire
Deux corps finis de même cardinal sont isomorphes.
Soit K’ un corps fini à éléments ; sa caractéristique est un nombre premier
Conformément aux conventions de ce chapitre, on ne s’intéresse ici qu’aux corps finis commutatifs. En fait, tout corps fini est commutatif comme nous le verrons au chapitre VIII (cf. V, p. 160, exercice 14).
divisant , d’où . Par suite, est un corps de décomposition du polynôme de (prop. 2); et sont donc isomorphes (V, p. 21, cor.).
Lorsque , la formule (1) se réduit à la relation
dans l’anneau de polynômes .
La formule (2) peut aussi s’écrire
En particulier, pour , on obtient (« formule de Wilson »)
2. Extensions algébriques d’un corps fini
Proposition 3
Soient un corps fini à éléments, une extension algébriquement close de , et un entier .
Cite 2 · Cité par 2
Cite Proposition 7, IV § 2, Proposition 2
Cité par § 12. Corps finis $^1$, Corollaire
a) Il existe une unique sous-extension de qui soit de degré sur .
b) Le corps a éléments et c’est l’ensemble des points fixes de l’automorphisme de .
c) On a pour tout générateur du groupe cyclique .
Soient la caractéristique de et le degré de sur . On a , et l’application est donc un automorphisme du corps parfait (V, p. 6, prop. 4). Par suite, l’ensemble des racines du polynôme de est un sous-corps de . Comme la dérivée de est égale à , toutes les racines de ce polynôme sont simples (IV, p. 16, prop. 7), et a donc éléments. On en déduit .
Soit maintenant une sous-extension de , de degré sur . Comme espace vectoriel sur , est isomorphe à , donc a éléments. On a donc pour tout (prop. 2), d’où . Comme on a , on a finalement .
On a donc prouvé les assertions a) et b), et l’assertion c) est triviale.
Corollaire
Soient un corps fini et une extension algébriquement close de . La fermeture algébrique de dans se compose de et des racines de l’unité et c’est une clôture algébrique de .
Cite 4
Cite Exemple 2, V § 4, Corollaire, Proposition 3, Théorème 2 (Steinitz), V § 4
On sait que est une clôture algébrique de (V, p. 22, exemple 2), et il est clair que toute racine de l’unité dans appartient à . Par ailleurs, soit dans , de degré sur . Si le corps a éléments, le corps en a , d’où , et est une racine de l’unité dans .
Soit un nombre premier, et soit le corps à éléments. Choisissons une clôture algébrique de , dont l’existence résulte du théorème de Steinitz (V, p. 22, th. 2). Soient un entier positif et . D’après la prop. 3, il existe un unique sous-corps de , qui soit de degré sur ; on le notera , ou par abus de notations . C’est l’unique sous-extension de , qui soit de degré sur . C’est l’unique sous-corps de de cardinal , et tout corps de cardinal est isomorphe (non canoniquement) à (cor. de la prop. 2). On notera que se compose des dans tels que , et que l’on a si et seulement si est une puissance de .
Proposition 4
Soient un corps fini à éléments et une extension de degré fini de .
Cite 2
a) Le corps est une extension galoisienne de , dont le groupe de Galois est le groupe cyclique d’ordre engendré par l’automorphisme .
b) Pour tout , la norme de par rapport à est égale à .
c) Tout élément de est la trace (resp. la norme) d’un élément de .
Soit le groupe cyclique d’automorphismes de engendré par . Le corps des invariants de se compose des éléments de tels que , donc est égal à . Par suite, est une extension galoisienne de , de groupe de Galois , et ce dernier est d’ordre égal à (V, p. 64, th. 3). D’où a).
On a ; la norme d’un élément de par rapport à est donc et l’on a .
Ceci prouve b). Soit un générateur du groupe cyclique ; l’image de la norme est le sous-groupe cyclique de engendré par l’élément ; comme est d’ordre , est d’ordre , donc engendre . Ceci prouve que tout élément non nul de est norme d’un élément non nul de ; de plus, on a .
Enfin, comme est une extension algébrique et séparable de , la trace est une forme linéaire non nulle sur l’espace vectoriel sur (V, p. 48, cor.) ; tout élément de est donc trace d’un élément de .
3. Groupe de Galois de la clôture algébrique d’un corps fini
Soit un ensemble d’entiers , stable par multiplication ; ordonnons-le par la relation « divise ». Lorsque divise , on a , d’où un homomorphisme canonique de l’anneau sur l’anneau . Notons la limite projective du système projectif d’anneaux indexé par . On munit chaque ensemble fini de la topologie discrète, et de la topologie induite par celle du produit . Alors est un anneau topologique compact (TG, I, p. 64, prop. 8). On voit immédiatement que l’unique homomorphisme d’anneaux de dans est injectif et d’image dense ; on identifiera à son image par dans .
Pour la topologie induite sur par celle de , les ensembles (pour ) forment une base de voisinages de 0.
Lorsque , est noté . Lorsque est formé des puissances d’un nombre premier , est noté et appelé « anneau des entiers -adiques ». On a donc
Lorsque et sont deux ensembles d’entiers stables par multiplication, tels que , on a une projection naturelle qui est un homomorphisme continu d’anneaux topologiques. En particulier, on a pour chaque nombre premier un homomorphisme continu . On en déduit un homomorphisme continu
(produit étendu à tous les nombres premiers); c’est un isomorphisme d’anneaux topologiques, comme il résulte par passage à la limite projective de I, p. 107, prop. 11.
Soit un corps fini à éléments, et soit une clôture algébrique de . Pour tout entier , on note l’unique sous-corps de qui est de degré sur (prop. 3). On a . On note par ailleurs l’automorphisme du corps parfait ; on l’appelle l’automorphisme de Frobenius de (relativement à ).
Proposition 5
Il existe un unique isomorphisme de groupes topologiques tel que .
Cite 1
Cite Lemme 2, V § 10
Soit le sous-groupe de engendré par . Pour tout entier , on a pour tout , et par suite l’ensemble des points fixes de est égal à . Comme on a , on a . Il existe par suite un isomorphisme de sur qui applique 1 sur .
Le corps des invariants de se compose des tels que , donc est égal à . Par suite (V, p. 65, lemme 2), le groupe est dense dans . Comme toute sous-extension de de degré fini sur est l’un des corps , un système fondamental de voisinages de 1 dans est formé des sous-groupes . Il est clair que est le groupe cyclique engendré par , donc est égal à .
D’après les remarques faites sur la topologie de , l’isomorphisme se prolonge de manière unique en un isomorphisme de groupes topologiques .
Soit un entier ; il est immédiat que l’automorphisme de Frobenius de relativement à est . On en déduit la relation
4. Polynômes cyclotomiques sur un corps fini
Soient K un corps fini à q éléments, un entier non divisible par la caractéristique de K et une extension cyclotomique de niveau de K (V, p. 77). On sait que le groupe des racines -ièmes de l’unité dans est cyclique d’ordre , qu’on a et qu’il existe un homomorphisme injectif
tel que pour , et .
Par ailleurs, si est le degré de sur K, le groupe de Galois de sur K est cyclique d’ordre , engendré par l’automorphisme (V, p. 91, prop. 4). On a aussitôt :
Proposition 6
L’image par de l’automorphisme de Frobenius est la classe de mod. *.
Par conséquent, compte tenu de la prop. 6 de V, p. 80 :
Corollaire
Le degré de sur K est le plus petit entier tel que mod. . Pour que le polynôme cyclotomique soit irréductible sur K, il faut et il suffit que le groupe soit engendré par la classe de modulo *.
Exemple 1
Le polynôme est irréductible dans si et seulement si l’on a mod. 3. De même, est irréductible dans si et seulement si mod. 4, et pour , la condition d’irréductibilité s’écrit mod. 5.
Exemple 2
On a mod. 12, donc la classe de 5 modulo 12 n’engendre pas . Le polynôme n’est donc pas irréductible dans ; on a en fait
dans .
Exercices
See the exercises for § 12.