§ 2. Relèvement des idéaux premiers.
1. Le premier théorème d’existence
Définition 1
Soient deux anneaux, un homomorphisme d’anneaux. On dit qu’un idéal de est au-dessus d’un idéal de si .
Dire qu’un idéal premier de est au-dessus d’un idéal premier de signifie donc que est l’image de par l’application continue associée à (chap. II, § 4, no 3).
On notera que pour qu’il existe un idéal de au-dessus de l’idéal (0) de , il faut et il suffit que soit injective.
Soit un idéal de ; par passage aux quotients, l’homomorphisme donne un homomorphisme ; dire que est un idéal de au-dessus de équivaut à dire que et que est un idéal de au-dessus de (0).
Lemme 1
Soient un homomorphisme d’anneaux, une partie multiplicative de , , les homomorphismes canoniques, , de sorte que l’on a un diagramme commutatif
Soit un idéal premier de tel que . Alors est une application surjective de l’ensemble des idéaux de au-dessus de sur l’ensemble des idéaux de au-dessus de , et l’application est une bijection de sur l’ensemble des idéaux appartenant à et saturés pour ; en particulier est une bijection de l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de sur l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de .
On sait que est un idéal premier de et que (chap. II, § 2, no 5, prop. 11); s’il existe un idéal de au-dessus de , on a donc ; comme (loc. cit.), cela montre déjà que l’image de par l’application contient . D’autre part, si , et , on a les équivalences suivantes
Donc on a , ce qui achève de prouver que l’image de par l’application est égale à ; les autres assertions résultent du chap. II, § 2, no 5, prop. 11.
Proposition 1
Soient* un homomorphisme d’anneaux tel que soit entier sur , un idéal premier de , et . Pour que soit maximal, il faut et il suffit que le soit.
Posons en effet , et soit l’homomorphisme déduit de par passage aux quotients; et sont intègres et est entier sur (§ 1, no 1, prop. 2). Dire que (resp. ) est maximal signifie que (resp. ) est un corps. La proposition résulte donc du lemme suivant:
Lemme 2
Soient* un anneau intègre, A un sous-anneau de tel que soit entier sur . Pour que soit un corps, il faut et il suffit que soit un corps.
Si est un corps, alors, pour tout dans , est par hypothèse (§ 1, th. 1) un -module de type fini; comme est intègre, c’est un corps (Alg., chap. V, § 2, no 1, prop. 1), et a fortiori est inversible dans , donc est un corps. Inversement, supposons que soit un corps, et soit dans ; comme est entier sur , autrement dit on a une équation de dépendance intégrale
où les ; or cette relation montre que l’on a
donc est bien un corps.
Corollaire 1
Soient* un homomorphisme d’anneaux tel que soit entier sur , un idéal premier de , et deux idéaux de au-dessus de tels que . Si est premier, on a .
Posons ; alors est entier sur (, n° 5, prop. 16), est un idéal maximal de (chap. II, , n° 5, prop. 11), et sont des idéaux de au-dessus de (lemme 1) et l’on a . Comme est premier, il est maximal en vertu de la prop. 1, donc ; par suite est contenu dans le saturé de pour , qui est égal à (chap. II, , n° 5, prop. 11).
Corollaire 2
Soient un anneau intègre, un sous-anneau de tel que soit entier sur , un homomorphisme de dans un anneau . Si la restriction de à est injective, est injectif.
En effet, si est le noyau de , l’hypothèse signifie que ; comme est intègre, on peut appliquer le cor. 1 en prenant pour et l’idéal (0) de et l’idéal (0) de respectivement, d’où .
Corollaire 3
Soient un homomorphisme d’anneaux tel que soit entier sur , un idéal maximal de , et supposons qu’il n’y ait dans qu’un nombre fini d’idéaux maximaux distincts () au-dessus de . Soit le saturé de pour (chap. II, , n° 4). Alors :
(i) Dans l’anneau , les diviseurs de zéro sont les éléments de et ils sont nilpotents ().
(ii) On .
(iii) L’homomorphisme canonique est bijectif.
Pour qu’un idéal premier de contienne , il faut et il suffit que son image réciproque par contienne , donc qu’il soit au-dessus de , puisque est maximal dans ; les sont donc les seuls idéaux premiers de contenant (prop. 1), et par suite est la racine de (chap. II, , n° 6, cor. 1 de la prop. 13). Par définition de , la classe mod. d’un élément de n’est pas diviseur de 0 dans ; d’autre part, comme les sont des idéaux maximaux distincts, pour tout indice il existe un élément appartenant à et non à (chap. II, , n° 1, prop. 4); pour tout , on a alors , donc la classe mod. de est nilpotente, et comme celle de n’est pas diviseur de 0, on en conclut que la classe de est nilpotente;
autrement dit est la racine de , ce qui prouve (i). Il en résulte que les sont deux à deux étrangers (chap. II, , no 1, prop. 3); (iii) sera donc une conséquence de (ii), compte tenu du chap. II, § 1, no 2, prop. 5. Pour établir (ii), notons que dans l’anneau , les sont les seuls idéaux maximaux et est le saturé de (0) pour (chap. II, § 2, no 4); on peut donc se borner au cas où ; l’assertion de (ii) résulte alors du chap. II, § 3, no 3, cor. 2 du th 1
Remarque 1
Si est noethérien, il résulte de (i) et (ii) que est l’unique décomposition primaire de (chap. IV, § 2, no 3).
Théorème 1
Soient un homomorphisme injectif d’anneaux, tel que soit entier sur , un idéal premier de . Il existe un idéal premier de au-dessus de .
Supposons d’abord que soit un anneau local et l’idéal maximal de ; alors, pour tout idéal maximal de , est un idéal maximal de (prop. 1), donc est égal à , ce qui démontre le théorème dans ce cas (puisque contient par hypothèse, et n’est donc pas réduit à 0). Dans le cas général, posons ; alors est un anneau local dont est l’idéal maximal (chap. II, § 2, no 5, prop. 11), est injectif (chap. II, § 2, no 4, th. 1) et est entier sur (§ 1, no 5, prop. 16); il existe donc un idéal premier de au-dessus de , et on sait que , où est un idéal premier de au-dessus de (lemme 1).
Si n’est pas injectif, le th. 1 n’est plus nécessairement exact, comme le montre l’exemple de l’homomorphisme . On peut toutefois appliquer le th. 1 à l’injection canonique ; autrement dit, l’énoncé du th. 1 est valable pour les idéaux premiers contenant .
Corollaire 1
Avec les hypothèses et notations du th. 1, on a .
En effet, on a et .
Corollaire 2
Soient un homomorphisme d’anneaux tel que soit entier sur , et deux idéaux de tels que , un idéal de au-dessus de . On suppose premier. Il existe alors un idéal premier de au-dessus de et contenant .
Si est l’homomorphisme déduit de par passage aux quotients, est injectif par hypothèse et est entier sur (, n° 1, prop. 2); il existe donc un idéal premier de ( premier dans ) au-dessus de (th. 1), et répond à la question.
Corollaire 3
Soient un anneau, un anneau contenant et entier sur . Si est le radical de , est le radical de .
Soit le radical de . Pour tout idéal maximal de , est un idéal maximal de (prop. 1), donc et par suite (Alg., chap. VIII, § 5, n° 3, déf. 3). Inversement, soit ; pour tout idéal maximal de , il existe un idéal premier de au-dessus de (th. 1) et cet idéal est nécessairement maximal (prop. 1), donc on a et par suite .
Corollaire 4
Soient un anneau, un anneau contenant et entier sur , et un homomorphisme de dans un corps algébriquement clos . Alors se prolonge en un homomorphisme de dans .
En effet, soit le noyau de , qui est un idéal premier puisque est intègre; soit un idéal premier de au-dessus de (th. 1). Alors s’identifie canoniquement à un sous-anneau de et est entier sur (, n° 1, prop. 2). L’homomorphisme définit, par passage au quotient, un isomorphisme de sur le sous-anneau de , qui se prolonge en un isomorphisme du corps des fractions de sur un sous-corps de . Comme le corps des fractions de est algébrique sur , se prolonge en un isomorphisme de sur un sous-corps de (Alg., chap. V, § 4, n° 2, cor. du th. 1); si est l’homomorphisme canonique, est un homomorphisme de dans prolongeant .
Remarque 2
Soit un homomorphisme d’anneaux tel que soit entier sur ; alors l’application continue associée est fermée. En effet, pour tout idéal de , est entier sur , donc aussi sur (, n° 1, prop. 6) et s’identifie au sous-espace fermé de ; pour montrer que est fermée, on voit donc (en remplaçant par ) qu’il suffit de prouver que l’image de par est une partie fermée de ; or il résulte du th. 1 que cette image n’est autre que l’ensemble des idéaux premiers de contenant l’idéal , et cet ensemble est fermé par définition de la topologie de .
Proposition 2
Soient* un homomorphisme d’anneaux tel que soit entier sur , un idéal premier de , , la famille de tous les idéaux premiers de au-dessus de , ; alors on a .
En effet, par définition on a , et comme
Proposition 3
Soit* un homomorphisme d’anneaux tel que soit un *-module de type fini; alors, pour tout idéal premier* de , l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de est fini.
Soit ; en vertu du lemme 1, on peut remplacer par , par (qui est un -module de type fini) et par ; autrement dit, on peut supposer que est un anneau local et son idéal maximal. On peut ensuite (d’après la remarque faite au début de ce n°) remplacer par , par et par , car est un -module de type fini. On est donc finalement ramené à démontrer la proposition lorsque est un corps et ; est alors une -algèbre de rang fini, donc artinienne, et on sait que dans une telle algèbre il n’y a qu’un nombre fini d’idéaux premiers (chap. IV, § 2, n° 5, prop. 9).
2. Groupe de décomposition et groupe d’inertie
Définition 2
Soient* un anneau, un groupe opérant sur (§ 1, n° 9). Étant donné un idéal premier de , le sous-groupe des éléments tels que s’appelle le groupe de décomposition de (par rapport à ) et se note . L’anneau des éléments de invariants par s’appelle l’anneau de décomposition de (par rapport à ) et se note (*).
On écrit souvent et au lieu de et respectivement, lorsqu’aucune confusion n’est à craindre.
Pour tout , nous désignerons encore par l’endomorphisme de l’anneau déduit de l’endomorphisme de en passant aux quotients; il est clair que le groupe opère ainsi sur l’anneau .
Définition 3
Avec les notations de la déf. 2, le sous-groupe de formé des tels que l’endomorphisme de soit l’identité, s’appelle le groupe d’inertie de (par rapport à ) et se note (ou ). L’anneau des éléments de invariants par s’appelle l’anneau d’inertie de (par rapport à ) et se note (ou ) (**).
Si est le sous-anneau de formé des invariants de , il est clair que l’on a
(1)
Il résulte des déf. 2 et 3 que pour tout , on a
(2)
Si, pour tout , est l’automorphisme de , est un homomorphisme (dit canonique) de dans le groupe des automorphismes de laissant invariants les éléments de (identifié canoniquement à un sous-anneau de ) et par définition est le noyau de cet homomorphisme canonique; est donc un sous-groupe distingué de . Si est le corps des fractions de , tout automorphisme de se prolonge d’une seule manière en un automorphisme de , si bien que l’on peut aussi considérer comme un homomorphisme de dans le groupe des automorphismes de . On notera enfin que puisque est distingué dans , est stable pour .
Lemme 3
Soient un anneau, un groupe opérant sur , l’anneau des invariants de , un idéal premier de ,
() La lettre Z est l’initiale du mot allemand « Zerlegung » qui signifie « décomposition ». (*) La lettre T est l’initiale du mot allemand « Trägheit » qui signifie « inertie ».
S une partie multiplicative de ne rencontrant pas . Alors on a , et, si est localement fini, , .
Comme les éléments de sont invariants par , il est clair que si , on a aussi . Inversement, supposons que soit tel que ; alors, si , on a et il existe par suite tel que , d’où puisque est premier et ; ceci prouve que et on montre de même que , donc et . Si , on a pour tout , donc aussi, pour tout , , et par suite . Inversement, supposons que ; pour tout on a alors , et par suite il existe tel que , d’où comme plus haut , ce qui montre que . Les dernières assertions résultent du § 1, no 9, prop. 23.
Théorème 2
Soient un anneau, un groupe fini opérant sur , l’anneau des invariants de , de sorte que est entier sur (§ 1, no 9, prop. 22).
(i) Étant donnés deux idéaux premiers de au-dessus d’un même idéal premier de , il existe tel que ; autrement dit, opère transitiivement dans l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de .
(ii) Soient un idéal premier de , , (resp. ) le corps des fractions de (resp. ). Alors est une extension quasi-galoisienne (*) de , et l’homomorphisme canonique de dans le groupe des -automorphismes de définit, par passage au quotient, un isomorphisme de sur .
(i) Si , on a ; donc il existe tel que , c’est-à-dire . On en conclut que , donc (comme est fini et les premiers) il existe tel que (chap. II, § 1, no 1, prop. 2); comme et sont tous deux au-dessus de , on a (no 1, cor. 1 de la prop. 1).
(*) Afin d’éviter des confusions avec d’autres sens du mot « normal », nous emploierons désormais les termes « extension quasi-galoisienne » comme synonymes des termes « extension normale » définis en Alg., chap. V, § 6, no 2, déf. 2.
(ii) Pour voir que est une extension quasi-galoisienne de , il suffit de prouver que tout élément est racine d’un polynôme de dont toutes les racines sont dans (, chap. V, , no 3, cor. 3 de la prop. 9). Or, soit un représentant de la classe ; le polynôme a tous ses coefficients dans ; soit le polynôme de dont les coefficients sont les images de ceux de par l’homomorphisme canonique . Comme peut être considéré comme la restriction à de l’homomorphisme canonique , on voit que, dans , est produit des facteurs linéaires , et répond par suite à la question, puisque
Il est clair que pour tout , est un -automorphisme de ; il reste à voir que applique sur le groupe de tous les -automorphismes de . Posons ; on ne change pas et en remplaçant et par et respectivement, en vertu du § 1, no 9, prop. 23 et de la relation (chap. II, § 2, no 4); il résulte du lemme 3 que l’on ne change pas ainsi non plus ni la façon dont opère sur ; on peut par suite se borner au cas où est maximal, auquel cas on sait qu’il en est de même de (no 1, prop. 1), et tout élément de est donc de la forme pour un ; on a vu ci-dessus qu’un tel élément est racine d’un polynôme de de degré . Comme toute extension séparable de degré fini de admet un élément primitif (, chap. V, § 7, no 7, prop. 12 et § 11, no 4, prop. 4), on voit que toute extension séparable de degré fini de contenue dans est de degré , d’où résulte que la plus grande extension séparable de contenue dans (, chap. V, § 7, no 6, prop. 11) est de degré (, chap. V, § 3, no 2, Remarque 2). Soit un élément tel que soit élément primitif de . Les idéaux pour sont maximaux et distincts de par définition; il existe par suite tel que et pour (chap. II, § 1, no 2, prop. 5). Cela étant, soit un -automorphisme de et soit ; comme est racine de et que , est aussi racine de dans , donc il existe tel que
Corollaire
Les hypothèses et les notations étant celles du th. 2, soient f_1, f_2 deux homomorphismes de A′ dans un corps L, ayant même restriction à A. Alors il existe σ ∈ G_f tel que
pour tout x ∈ A′.
Soit p_i′ le noyau de f_i (i = 1, 2) qui est un idéal premier de A′; par hypothèse on a p_1′ ∩ A = p_2′ ∩ A et cette intersection est un idéal premier p de A; il existe par suite τ ∈ G_f tel que τ.p_2′ = p_1′ (th. 2, (i)); remplaçant f_1 par l’homomorphisme x → f_1(τ.x), on peut donc supposer que p_2′ = p_1′ (idéal que nous noterons p′). Par passage au quotient, on déduit alors de f_1 et f_2 deux homomorphismes injectifs f_1′, f_2′ de A′/p′ dans L qui se prolongent donc en deux homomorphismes injectifs f_1″, f_2″ du corps des fractions k′ de A′/p′ dans L. Comme k′ est une extension quasi-galoisienne de k, il en est de même de k_1″ = f_1″(k′) et k_2″ = f_2″(k′) (k étant identifié à un sous-corps de L), et comme il y a un k-isomorphisme de k_1″ sur k_2″, on a k_1″ = k_2″ (Alg., chap. V, § 6, prop. 6). Ainsi f_1″^{-1} o f_2″ est un k-automorphisme de k′; en vertu du th. 2, (ii), il est donc de la forme , où σ ∈ G_f^z(p′). En particulier, pour tout x ∈ A′ les éléments f_2(x) et f_1(σ.x) sont égaux.
Remarque 1
On notera que sous les hypothèses du th. 2, il se peut que k′ soit de degré infini sur k lorsque k′ n’est pas séparable sur k (exerc. 9).
Remarque 2
Il est clair que k′ est une extension galoisienne de k lorsque le corps k est parfait. Elle est alors de degré fini sur k.
Proposition 4
Soient A′ un anneau, G_f un groupe fini opérant sur A′, H un sous-groupe de G_f, A et B les anneaux d’invariants de G_f et H respectivement, p′ un idéal premier de A′; posons p = A ∩ p′, p(B) = B ∩ p′.
(i) Pour que H soit contenu dans le groupe de décomposition G_f^z(p′), il faut et il suffit que p′ soit le seul idéal premier de A au-dessus de p(B).
(ii) Si H contient G_f^z(p′), les conditions suivantes sont satisfaites:
a) Les anneaux A/p et B/p(B) ont même corps des fractions.
b) L’idéal maximal de l’anneau local est égal à .
(iii) Supposons de plus que soit intègre et que l’on ait ; alors les conditions a) et b) de (ii) entraînent que laisse invariants les éléments de .
(i) Il résulte du th. 2, (i) que les idéaux premiers de au-dessus de sont les idéaux de la forme , où ; d’où aussitôt (i).
(ii) Posons ; on sait que les anneaux d’invariants de et dans sont respectivement et (§ 1, no 9, prop. 23) et l’on a (lemme 3); enfin on a (chap. II, § 2, no 4), l’anneau local de l’idéal premier de l’anneau est canoniquement isomorphe à et son corps résiduel est isomorphe au corps des fractions de (chap. II, § 2, no 5, prop. 11). On peut donc, pour démontrer (ii), se borner au cas où est maximal. Pour établir a), il nous suffira de prouver que l’on a
(3)
Pour prouver , il suffira d'établir que est contenu dans le saturé de l'idéal pour (chap. II, , no 4, prop. 10); comme n'est contenu dans aucun des (), il suffira même de prouver que l'on a
en vertu du chap. II, § 1, no 1, prop. 2. Pour cela, considérons un élément n’appartenant à aucun des () (chap. II, § 1, no 1, prop. 2); soient les éléments distincts de l’orbite de pour ; posons ; il est clair que l’on a ; d’autre part, si , on a , donc nécessairement pour , ce qui montre que , donc . On montre comme dans la démonstration de a) que si est tel que avec , est au-dessus de l’un des , et comme on a aussi , autrement dit . On en conclut que , et par suite . Par ailleurs il est clair que , et la relation montre que est dans le saturé de pour , donc établit (4).
(iii) Supposons que soit intègre, que et que les conditions a) et b) de (ii) soient vérifiées. Avec les mêmes notations que dans (ii), il est clair que est intègre et ; on peut donc remplacer et par et , autrement dit, supposer encore que l’idéal est maximal. Les hypothèses a) et b) entraînent alors que
Par récurrence sur , on en déduit que pour tout . Soient alors un élément de et un élément de . Pour tout , il existe tel que ; comme et , on en déduit que . Cette relation ayant lieu pour tout , on conclut de l’hypothèse que .
Remarque 3
Si est intègre et noethérien, la condition est toujours vérifiée (chap. III, § 3, no 2, cor. de la prop. 5). On peut montrer que cette condition est aussi satisfaite si on suppose que est intègre et noethérien.
Remarque 4
Lorsque n’est pas un idéal maximal de , on n’a pas nécessairement la relation (3) sous les hypothèses de (ii) et par suite et ne sont pas nécessairement isomorphes, même lorsque l’on prend , d’où (exerc. 10).
Corollaire 1
Sous les hypothèses du th. 2, les anneaux et ont même corps de fractions, et l’idéal maximal de l’anneau local est engendré par .
Corollaire 2
Soient un anneau intègre, un groupe fini opérant sur , l’anneau des invariants de , un idéal premier de ; soient et les corps des fractions de et respectivement. Alors est extension galoisienne de , et les sous-corps de contenant et tels que soit le seul idéal premier de au-dessus de l’idéal de , ne sont autres que ceux qui contiennent .
En effet, opère sur et est le corps des invariants de dans (§ 1, no 9, prop. 23 appliquée à ), et de même est le corps des invariants de ; par définition est donc extension galoisienne de . Si est le sous-groupe de formé des laissant invariants les éléments de , dire que contient signifie que est contenu dans (Alg., chap. V, § 10, no 5, th. 3), et comme est le corps des invariants de dans , est l’anneau des invariants de dans ; la seconde assertion résulte donc de la prop. 4, (i).
Définition 4
Les hypothèses et notations étant celles du cor. 2 de la prop. 4, on dit qu’un idéal premier de se décompose complètement dans si le nombre des idéaux premiers de au-dessus de est égal à .
Il revient au même de dire que, pour un idéal premier de au-dessus de , le sous-groupe est égal au sous-groupe laissant invariants tous les éléments de , ou que , ou que opère fidèlement dans l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de .
Corollaire 3
Soient un anneau intègre, un groupe commutatif fini opérant sur , l’anneau des invariants de , un idéal premier de , et les corps des fractions de et respectivement. Alors les idéaux premiers de au-dessus de ont tous même anneau de décomposition , et le corps des fractions de est le plus grand corps intermédiaire entre et dans lequel se décompose complètement.
Si est un idéal premier de au-dessus de , on a puisque est commutatif (formule (2)), donc (th. 2, (i)) tous les idéaux premiers de au-dessus de ont même groupe de décomposition , et par suite même anneau de décomposition ; leur nombre est . Soit un corps intermédiaire entre et et soit le sous-groupe de laissant invariants les éléments de ; le groupe de décomposition de par rapport à est ; comme est l’anneau des invariants de dans , le nombre d’idéaux premiers de au-dessus de est (puisque est commutatif). Le nombre d’idéaux premiers de au-dessus de est donc . Pour que se décompose complètement dans , il faut et il suffit donc que l’on ait , et comme , cela équivaut à , ou encore à , et finalement à .
Proposition 5
Les hypothèses et notations étant celles du th. 2, le corps des fractions de est égal à la plus grande extension séparable de contenue dans .
Comme dans la prop. 4, on peut se ramener au cas où est un idéal maximal de , ce qui entraîne que , et sont maximaux dans , et respectivement (n° 1, prop. 1).
Pour tout , le polynôme a ses coefficients dans l’anneau d’inertie , et par définition de , toutes ses racines dans sont congrues mod. ; le polynôme sur dont les coefficients sont les images canoniques de ceux de par l’homomorphisme a donc toutes ses racines dans égales à l’image de , ce qui montre que est une extension radicielle de ; d’où , puisque tout élément de est séparable sur , et a fortiori sur .
On sait que est une extension galoisienne de (Alg., chap. V, § 10, n° 9, prop. 14) et il résulte du th. 2 que son groupe de Galois est isomorphe à . Comme est une extension radicielle de , est une extension quasi-galoisienne de , et le facteur séparable du degré de sur est . Il reste à voir que est une extension séparable de . Nous avons vu plus haut que s’identifie à un groupe d’automorphismes de , et que est l’anneau des invariants de . Si , le polynôme a donc ses coefficients dans ; le polynôme sur dont les coefficients sont les images de ceux de par est de degré et a pour racine π'(x) ∈ A^T/(p' ∩ A^T). Comme A^Z/(p' ∩ A^Z) = k en vertu de la prop. 4, (ii), on voit que tout élément de k^T est de degré sur k.
Cela étant, soit le corps des invariants du groupe des k-automorphismes de l’extension quasi-galoisienne de k; on a (Alg., chap. V, § 10, no 9, prop. 14). Soit u un élément primitif de sur ; comme il est de degré q sur et de degré sur k, il est de degré q sur k et son polynôme minimal sur a ses coefficients dans k; ceci montre que u est séparable sur k. D’autre part, pour tout , il existe une puissance de l’exposant caractéristique p telle que . On en conclut que , qui contient
contient et par conséquent . Mais comme u est séparable sur k, on a (Alg., chap. V, § 8, no 3, prop. 4), d’où . Comme u est de degré q sur k et de degré , il en résulte que , d’où . Ceci montre que v est séparable sur k, donc et est séparable sur k.
C.Q.F.D.
Corollaire
Si l’ordre du groupe d’inertie est étranger à l’exposant caractéristique p de k, le corps est une extension galoisienne de k.
En effet, avec les notations de la démonstration de la prop. 5, le polynôme a ses coefficients dans et toutes ses racines égales à ; on en déduit aussitôt que est une puissance du polynôme minimal de sur ; mais ce dernier a un degré égal à une puissance de p, donc, comme le degré de est égal à l’ordre de , l’hypothèse entraîne que , autrement dit .
3. Décomposition et inertie pour les anneaux intégralement clos
Lemme 4
Soient A un anneau intégralement clos, K son corps des fractions, p l’exposant caractéristique de K, K’ une extension radicielle de K et A’ un sous-anneau de K’ contenant A et entier sur A. Pour tout idéal premier de A, il existe un idéal premier et un seul de A’ au-dessus de et est l’ensemble des tels qu’il existe un entier pour lequel .
L’existence de résulte du n° 1, th. 1. Si , il existe tel que , d’où puisque est intégralement clos, donc . Inversement, si est tel que , on a puisque est premier.
Remarque 1
Il résulte du § 1, n° 3, cor. de la prop. 11 que la fermeture intégrale de dans est l’ensemble des tels qu’il existe pour lequel (Alg., chap. V, § 8, n° 1, prop. 1).
Proposition 6
Soient un anneau intégralement clos, son corps des fractions, une extension quasi-galoisienne de , la fermeture intégrale de dans . Alors : (i) Pour tout idéal premier de , le groupe des -automorphismes de opère transitivement dans l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de . (ii) Pour tout idéal premier de , le corps des fractions de est une extension quasi-galoisienne du corps des fractions de , et l’homomorphisme canonique de dans le groupe des -automorphismes de définit, par passage au quotient, une bijection de sur .
A) Supposons d’abord que soit une extension galoisienne de degré fini de . On a puisque est intégralement clos, et est donc l’anneau des invariants de dans . Comme est fini, la proposition résulte dans ce cas du n° 2, th. 2.
B) Supposons en second lieu que soit une extension galoisienne quelconque de . Alors est une réunion d’une famille filtrante croissante d’extensions galoisiennes de degré fini de . Pour démontrer (i), considérons deux idéaux premiers de au-dessus de . Pour tout , et sont deux idéaux premiers de au-dessus de . Puisque est la fermeture intégrale de dans et que les restrictions à des éléments de forment le groupe des -automorphismes de , il résulte du cas A) qu’il existe tel que . Soit l’ensemble des qui possèdent cette dernière propriété. Soit ; alors, pour tout laissant invariants les éléments de , on a , donc . Il en résulte que est fermé dans le groupe de Galois topologique (Alg., chap. V, App. II, n° 1), et il est clair que la famille (ε_α)_{α∈I} est filtrante décroissante. Comme est compact (loc. cit., n° 2, prop. 3) et les non vides, l’intersection de la famille est non vide, et on a pour tout , d’où (i).
Pour démontrer (ii), notons que est réunion de la famille filtrante croissante , où est le corps des fractions de . Comme chaque est extension quasi-galoisienne de en vertu de A), il en est de même de (Alg., chap. V, § 6, n° 3, prop. 8). D’autre part, soit un -automorphisme de , et soit l’homomorphisme canonique. En vertu du n° 2, th. 2 appliqué à , il existe, pour tout , un ensemble non vide d’éléments tels que et pour tout . On voit comme ci-dessus que est fermé dans , et comme est une famille filtrante décroissante, son intersection est non vide. Il est clair que pour , on a et , ce qui achève de prouver (ii) dans ce cas.
C) Cas général. — Le corps des invariants de est une extension radicielle de (Alg., chap. V, § 10, n° 9, prop. 14); il existe donc un seul idéal premier de au-dessus de (lemme 4). Si et sont deux idéaux premiers de au-dessus de , ils sont par suite au-dessus de ; comme est une extension galoisienne de et que est intégralement clos (§ 1, n° 2, prop. 7 et cor. de la prop. 8), il résulte de B) qu’il existe tel que ; d’où (i). D’autre part, il est clair que le corps des fractions de est extension radicielle de (A étant intégralement clos); comme est extension quasi-galoisienne de d’après B), est extension quasi-galoisienne de , tout -isomorphisme de dans une extension algébriquement close de étant un -isomorphisme. Cette dernière remarque montre aussi, compte tenu de B), que tout -automorphisme de est de la forme où , ce qui achève de démontrer (ii).
C.Q.F.D.
Remarque 2
Supposons que soit une extension galoisienne de et gardons les notations de la démonstration de la prop. 6; pour tout , soit (resp. ) le sous-groupe de formé des dont la restriction à appartient à (resp. à ). La démonstration de la prop. 6 montre que ces sous-groupes sont fermés dans , et que
En outre, l’ensemble des restrictions à des éléments de (resp. ) est le groupe (resp. ) tout entier, tout K-automorphisme de se prolongeant en un élément de .
Sous les mêmes hypothèses, l’anneau (resp. ) est réunion de la famille filtrante des (resp. ) : en effet, tout (resp. tout ) appartient à un des , et d’après ce qui précède, il existe un tel que et que les restrictions à des éléments de (resp. ) soient les mêmes que les restrictions à des éléments de (resp. ), les groupes et étant finis ; donc appartient à (resp. ).
Corollaire 1
Les hypothèses étant celles de la prop. 6, soient un homomorphisme de dans un corps , deux homomorphismes de dans qui prolongent . Il existe alors un K-automorphisme de tel que .
La démonstration à partir de la prop. 6 est la même que celle du cor. du th. 2 à partir de ce dernier.
Corollaire 2
Soient un anneau intégralement clos, son corps des fractions, une extension algébrique de degré fini de , un sous-anneau de contenant et entier sur .
(i) Pour tout idéal premier de , l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de est fini.
(ii) Si est un idéal premier de au-dessus de , tout élément de est de degré sur le corps des fractions de .
(i) Soient l’extension quasi-galoisienne de engendrée par dans une clôture algébrique de , la fermeture intégrale de dans . Le corps est une extension de de degré fini (, chap. V, § 6, no 3, cor. 1 de la prop. 9), donc son groupe de K-automorphismes est fini ; il en résulte que l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de est fini (prop. 6, (i)). D’autre part, comme est entier sur , l’application de l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de dans l’ensemble des idéaux premiers de au-dessus de est surjective (no 1, th. 1).
(ii) Les coefficients du polynôme minimal (sur ) d’un élément quelconque appartiennent à (, no 3, cor. de la prop. 10); en appliquant aux coefficients de ce polynôme l’homomorphisme canonique , on obtient pour la classe mod. de une équation de dépendance intégrale à coefficients dans et de degré ; d’où la conclusion.
Corollaire 3
Les hypothèses et notations étant celles du cor. 2, si est semi-local, il en est de même de .
En effet, pour tout idéal maximal de , est un idéal maximal de (no 1, prop. 1); le corollaire résulte donc du cor. 2, puisque par hypothèse l’ensemble des idéaux maximaux de est fini.
Corollaire 4
Soient un anneau intégralement clos, son corps des fractions, une extension galoisienne de , la fermeture intégrale de dans , un idéal premier de , , et les corps des fractions de et respectivement. Alors :
(i) Le corps des fractions de est égal à , et l’idéal maximal de l’anneau local de relatif à est engendré par .
(ii) Le corps des fractions de est la plus grande extension séparable de contenue dans .
L’anneau est l’anneau des invariants dans du groupe de Galois de sur ; lorsque est de degré fini sur , le corollaire résulte donc des prop. 4 et 5 du no 2. Considérons maintenant le cas général, étant donc réunion d’une famille filtrante croissante d’extensions galoisiennes de degré fini de . Alors :
(i) Si sont deux éléments de , avec , il y a un indice tel que et appartiennent à (Remarque 2); en vertu de la prop. 4 du no 2, il y a dans , avec , tels que , ce qui prouve la première assertion de (i); si en outre , on peut supposer tel que
ce qui démontre la seconde assertion de (i).
(ii) Supposons maintenant que ; il existe tel que (Remarque 2) et la prop. 5 du no 2 montre que la classe de mod. est algébrique séparable sur ; la classe mod. de est séparable sur ; pour achever de prouver le corollaire, il suffit de montrer que est une extension radicielle de . Or, est réunion de la famille filtrante croissante des corps des fractions des anneaux . Il résulte donc de la prop. 5 que si un élément de appartient à , il est radiciel sur le corps des fractions de
et a fortiori sur (en vertu de la Remarque 2).
Définition 5
Les hypothèses et notations étant celles de la prop. 6, le corps des invariants (resp. ) du groupe (resp. ) dans le corps s’appelle le corps de décomposition (resp. corps d’inertie) de par rapport à .
On écrit aussi (resp. ) au lieu de (resp. ). Il résulte du § 1, no 9, prop. 23 que (resp. ) est le corps des fractions de l’anneau (resp. ); (resp. ) est la fermeture intégrale de dans (resp. ).
Remarque 3
Sous les conditions du cor. 4 de la prop. 6, et en supposant , le nombre des idéaux premiers distincts au-dessus de est , ce degré étant égal à l’indice en vertu de la théorie de Galois; en outre, il résulte de la théorie de Galois que l’on a
(6)
Remarque 4
Soient un anneau intégralement clos, son corps des fractions, une extension algébrique de degré fini de , la fermeture intégrale de dans . Alors, pour tout idéal premier de , le nombre d’idéaux premiers de au-dessus de est au plus (facteur séparable du degré de sur ). En effet, on peut d’abord se borner au cas où est une extension séparable de , car en général est extension radicielle de la plus grande extension séparable de contenue dans , on a par définition, et si est la fermeture intégrale de dans , les idéaux premiers de et de se correspondent biunivoquement (lemme 4). Supposons donc séparable sur , et soient l’extension galoisienne de engendrée par dans une clôture algébrique de , son groupe de Galois, la fermeture intégrale de dans , un idéal premier de au-dessus de . Soient le groupe de Galois de sur , le groupe de décomposition de ; les idéaux premiers de au-dessus de sont les pour (no 2, th. 2), et la relation signifie que où . D’autre part, pour que , il faut et il suffit que , où (no 2, th. 2), d’où finalement avec et . Le nombre des idéaux premiers de au-dessus de est donc égal au nombre de classes de pour la relation d’équivalence « il existe et tels que entre et ; il est clair que ce nombre est au plus égal à l’indice , nombre de classes à droite de suivant , et l’on a par la théorie de Galois.
Proposition 7
Soient* un anneau intégralement clos, son corps des fractions, une extension galoisienne de , son groupe de Galois, la fermeture intégrale de dans , un idéal premier de , . Enfin, soit un sous-corps de contenant , et soit .
(i) Le corps de décomposition (resp. d’inertie) de par rapport à est (resp. ); si en outre est une extension galoisienne de , le corps de décomposition de par rapport à est .
(ii) Si est contenu dans , et ont même corps des fractions, et dans l’anneau local de correspondant à l’idéal premier , l’idéal maximal est engendré par . Réciproquement, si ces deux conditions sont vérifiées, et si en outre , L est contenu dans .
(i) Si est le sous-groupe de laissant invariants les éléments de , il est clair que le groupe de décomposition (resp. d’inertie) de par rapport à est (resp. ), et la première assertion résulte de la théorie de Galois lorsque est une extension galoisienne finie de (Alg., chap. V, § 10, no 6, cor. 1 du th. 3); dans le cas général, elle découle de ce que (resp. ) est réunion des (resp. ) avec les notations de la Remarque 2: tout élément appartient à un et s’il est invariant par (resp. ) il l’est aussi par (resp. ) pour un convenable; donc il appartient d’après le début du raisonnement à (resp. à ). Supposons maintenant que soit une extension galoisienne de ; la restriction à de tout laisse alors invariant , donc appartient au groupe de décomposition de par rapport à . Réciproquement, soit un automorphisme de appartenant à ce groupe, et soit un prolongement de en un *-automorphisme de* ;
posons . Comme et sont tous deux au-dessus de , il existe un automorphisme tel que , d’où , et est restriction de à ; autrement dit, le groupe de décomposition de par rapport à est identique au groupe des restrictions à des automorphismes , ce qui démontre la seconde assertion.
(ii) Dire que signifie que , et les assertions de (ii) sont donc des cas particuliers du no 2, prop. 4, (ii) et (iii) lorsque est fini. Dans le cas général, on raisonne comme dans la démonstration de la prop. 6.
4. Deuxième théorème d’existence
Théorème 3
Soient A un anneau intégralement clos, A' un anneau contenant A et entier sur A. On suppose que 0 est le seul élément de A qui soit diviseur de 0 dans A'. Soient p, q deux idéaux premiers de A tels que q ⊃ p, et q' un idéal premier de A' au-dessus de q. Alors il existe un idéal premier p' de A' au-dessus de p et tel que q' ⊃ p'*.
Supposons d’abord A' intègre. Soient K, K' les corps des fractions de A et A' respectivement; soient K'' la clôture algébrique de K' et A'' la fermeture intégrale de A dans K''; on a . Soient un idéal premier de A'' au-dessus de (no 1, th. 1), un idéal premier de A'' au-dessus de et tel que (no 1, cor. 2 du th. 1), enfin un idéal premier de A'' au-dessus de (no 1, th. 1). En vertu du no 3, prop. 6, (i), il existe un K-automorphisme de K'' tel que . Alors est un idéal premier de A'' au-dessus de tel que , donc est un idéal premier de A' au-dessus de et contenu dans .
Passons au cas général. Comme A est intègre et premier, les parties et de A' sont multiplicatives; donc leur produit est une partie multiplicative de A', qui ne contient pas 0 puisque les éléments non nuls de A ne sont pas diviseurs de 0 dans A'. Il existe alors (chap. II, § 2, no 5, cor. 2 de la prop. 11) un idéal premier de A' disjoint de S, autrement dit tel que et . Soit l’homomorphisme canonique . La restriction de à A est injective, donc est intégralement clos. Comme , est un idéal premier de au-dessus de ;
puisque est intègre, la première partie de la démonstration prouve qu’il existe un idéal premier de tel que et . L’idéal est un idéal premier de , et on a , puisque contient le noyau de . Comme , on a . Enfin, pour , on a , donc puisque la restriction de à est injective; donc .
C.Q.F.D.
Corollaire
Les hypothèses sur et étant celles du th. 3, soit un idéal premier de . Les idéaux premiers de au-dessus de sont les éléments minimaux de l’ensemble des idéaux premiers de contenant .
En effet, un idéal premier de au-dessus de est minimal dans , en vertu du no 1, cor. 1 de la prop. 1. Inversement, soit un élément minimal de . Comme , le th. 3 montre qu’il existe un idéal premier de au-dessus de tel que . Comme contient , l’hypothèse faite sur entraîne que , donc est au-dessus de .
\* Soient deux variétés algébriques affines, un morphisme de dans tel que soit dense dans . Soit (resp. ) l’anneau des fonctions régulières sur (resp. ); la donnée de permet d’identifier à un sous-anneau de ; supposons que soit entier sur . Le th. 1 du no 1 montre que pour toute sous-variété irréductible de , il existe une sous-variété irréductible de telle que soit une partie dense de ; en particulier tout point de est l’image d’une sous-variété irréductible de , ce qui montre que est surjective. De même, la restriction de à toute sous-variété irréductible de applique sur une sous-variété irréductible de . Le cor. 2 du th. 1, no 1, montre que si et sont deux sous-variétés irréductibles de telles que , et si est une sous-variété irréductible de telle que , alors il existe une sous-variété irréductible de contenue dans et telle que .
Lorsque est intégralement clos, on dit que est normale. Le th. 3 montre que si est normale, si et sont des sous-variétés irréductibles de telles que , et si est une sous-variété irréductible de telle que , alors il existe une sous-variété de contenant et telle que . Enfin, le cor. du th. 3 montre que si est normale et si est une sous-variété irréductible de , les sous-variétés irréductibles de telles que ne sont autres que les composantes irréductibles de .*
Exercices
See the exercises for § 2.