§ 1. Notion d’élément entier.
1. Éléments entiers sur un anneau
Théorème 1
Soient un anneau (commutatif), une algèbre sur (non nécessairement commutative), un élément de . Les propriétés suivantes sont équivalentes : est racine d’un polynôme unitaire de l’anneau de polynômes . La sous-algèbre de est un -module de type fini. Il existe un module fidèle sur l’anneau qui est un -module de type fini.
Montrons d’abord que entraîne . Soit
pour tout , d’où, par récurrence sur ,
Comme l’anneau commutatif est un module fidèle sur lui-même, entraîne .
Enfin, le fait que entraîne résultera du lemme plus précis suivant :
Lemme 1
Soient un anneau, une algèbre (non nécessairement commutative) sur , un élément de . Soit un module fidèle sur qui soit un -module de type fini. Si est un idéal de tel que , alors est racine d’un polynôme unitaire à coefficients dans , dont tous les coefficients autres que le coefficient dominant appartiennent à .
En effet, soit une famille finie d’éléments de telle que . Pour tout , il existe par hypothèse une famille finie d’éléments de telle que
Par suite (Alg., chap. III, 3e éd., § 8), si est le déterminant de la matrice à éléments dans ( désignant l’indice de Kronecker), on a pour tout , donc ; comme est supposé être un -module fidèle, on a nécessairement . Cela signifie que est racine du polynôme de qui, au signe près, est un polynôme unitaire dont les coefficients autres que le coefficient dominant appartiennent à .
Définition 1
Soient un anneau, une -algèbre (non nécessairement commutative). On dit qu’un élément est entier sur s’il vérifie les propriétés équivalentes , , du th. 1.
Une relation de la forme , où est un polynôme unitaire de , est encore appelée équation de dépendance intégrale à coefficients dans .
Exemple 1
Soient un corps (commutatif), une -algèbre; dire qu’un élément est entier sur équivaut à dire que est racine d’un polynôme non constant de l’anneau ; généralisant la terminologie introduite lorsque est une extension de (Alg., chap. V, , no 3), on dit aussi que les éléments entiers sur sont les éléments de algébriques sur
Exemple 2
\* Les éléments de entiers sur l’anneau sont les éléments de la forme avec et (« entiers de Gauss »); les éléments de entiers sur sont les éléments de la forme , où et appartiennent à et sont tous deux pairs ou tous deux impairs (pour ces deux exemples, voir exerc. 1).
Exemple 3
Les nombres complexes entiers sur sont encore appelés entiers algébriques.
Remarque 1
Soit le sous-anneau de (contenu dans le centre de ) image de par l’homomorphisme d’anneaux qui définit la structure de -algèbre de . Il est clair qu’il est équivalent de dire qu’un élément de est entier sur ou qu’il est entier sur .
Remarque 2
Soit une sous--algèbre de ; les éléments de qui sont entiers sur ne sont autres que les éléments de qui sont entiers sur et appartiennent à ; ceci permet souvent de ne pas spécifier l’algèbre à laquelle appartient un élément entier sur , lorsqu’il n’en résulte pas de confusion.
Proposition 1
Soient un anneau, une algèbre sur (non nécessairement commutative), un élément de . Pour que soit entier sur , il faut et il suffit que soit contenu dans une sous-algèbre de qui soit un -module de type fini.
La condition est évidemment nécessaire en vertu de la propriété (E_{II}); elle est suffisante en vertu de (E_{III}), car est un -module fidèle (puisque’il contient l’élément unité de ).
Corollaire
Soient un anneau noethérien, une -algèbre (non nécessairement commutative), un élément de . Pour que soit entier sur , il faut et il suffit qu’il existe un sous--module de type fini de contenant .
En effet, la condition est nécessaire en vertu de (E_{II}); elle est suffisante, car si est un sous--module d’un -module de type fini, il est lui-même un -module de type fini (Alg., chap. VIII, § 2, no 3, prop. 7).
On ne peut dans cet énoncé omettre l’hypothèse que est noethérien (exerc. 2).
Définition 2
Soit un anneau. On dit qu’une -algèbre (non nécessairement commutative) est entière sur si tout élément de est entier sur . On dit que est finie sur si est un -module de type fini.
Il résulte de la prop. 1 que toute -algèbre finie est entière; lorsque est commutative et est une -algèbre finie, est évidemment une -algèbre de type fini, la réciproque étant inexacte.
Exemple 4
Si est un -module de type fini, l’algèbre des endomorphismes de est entière sur en vertu de (); en particulier, pour tout entier , l’algèbre de matrices est entière (et même finie) sur .
Proposition 2
Soient deux anneaux, une -algèbre, une -algèbre (non nécessairement commutatives), et deux homomorphismes d’anneaux tels que le diagramme
soit commutatif. Si un élément est entier sur , alors est entier sur .
En effet, si l’on a avec pour , on en déduit que
Corollaire 1
Soient un anneau, une -algèbre (commutative), une -algèbre (non nécessairement commutative). Alors tout élément qui est entier sur est entier sur .
Corollaire 2
Soient un corps, une extension de , deux éléments de conjugués sur (Alg., chap. V, § 6, no 2). Si est un sous-anneau de et si est entier sur , est aussi entier sur .
En effet, il existe un -isomorphisme de sur tel que , et les éléments de sont invariants par .
Corollaire 3
Soient un anneau, une -algèbre (commutative), une -algèbre (non nécessairement commutative). Si est entière sur , est entière sur .
Proposition 3
Soit une famille finie de -algèbres (non nécessairement commutatives) et soit leur produit. Pour qu’un élément de soit entier sur , il faut et il suffit que chacun des soit entier sur . Pour que soit entière sur , il faut et il suffit que chacune des soit entière sur .
Il suffit évidemment de prouver la première assertion. La condition est nécessaire en vertu de la prop. 2. Inversement, si chacun des est entier sur , la sous-algèbre de est un -module de type fini, donc il en est de même de la sous-algèbre de ; comme est contenue dans cette sous-algèbre, est entier sur en vertu de la prop. 1.
Proposition 4
Soient un anneau, une -algèbre (non nécessairement commutative), une famille finie d’éléments de , deux à deux permutables. Si, pour tout , est entier sur (et en particulier si tous les sont entiers sur ), alors la sous-algèbre de est un -module de type fini.
Raisonnons par récurrence sur , la proposition n’étant autre que pour . L’hypothèse de récurrence entraîne que est un -module de type fini; comme est entier sur , est un -module de type fini, donc aussi un -module de type fini (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 13, prop. 25).
Corollaire 1
Soient un anneau, une -algèbre (commutative). L’ensemble des éléments de entiers sur est une sous-algèbre de .
En effet, si sont deux éléments de entiers sur , il résulte de la prop. 4 que est un -module de type fini; comme il contient et , le corollaire résulte de la prop. 1.
Dans une algèbre non commutative, la somme et le produit de deux éléments entiers sur ne sont pas nécessairement entiers sur (exerc. 4).
Corollaire 2
Soient un anneau, une -algèbre (non nécessairement commutative), un ensemble d’éléments de , deux à deux permutables et entiers sur . Alors la sous--algèbre de engendrée par est entière sur .
En effet, tout élément de appartient à une sous--algèbre de engendrée par une partie finie de .
Remarque 3
Il résulte de la prop. 4 que toute -algèbre commutative entière sur est réunion d’une famille filtrante croissante de sous-algèbres finies sur .
Proposition 5
Soient un anneau, et deux -algèbres (commutatives). Si est entière sur , est entière sur .
Considérons en effet un élément quelconque de , où les appartiennent à et les à ; comme , et que les sont entiers sur (prop. 2), il en est de même de .
Corollaire
Soient un anneau, des sous-anneaux de tels que . Si est entier sur , est entier sur .
En effet, est entier sur en vertu de la prop. 5, donc il en est de même de l’image canonique de dans (considéré comme -algèbre) en vertu de la prop. 2.
Proposition 6
Soient un anneau, une -algèbre (commutative), une -algèbre (non nécessairement commutative). Si est entière sur et si est entière sur , alors est entière sur .
Il suffit de voir que tout est entier sur . Par hypothèse, il existe un polynôme unitaire à coefficients dans , ayant pour racine; alors est entier sur et est donc un -module de type fini. Mais comme est entière sur , est un -module de type fini (prop. 4); on en conclut que est aussi un -module de type fini (\emph{Alg.}, chap. II, 3e éd., § 1, no 13, prop. 25), et par suite est entier sur .
Corollaire
Soient un anneau, deux -algèbres (commutatives) entières sur . Alors est entière sur .
En effet, est entière sur (prop. 5), donc la conclusion résulte de la prop. 6.
2. Fermeture intégrale d’un anneau. Anneaux intégralement clos
Définition 3
Soient un anneau, une -algèbre (commutative). La sous--algèbre de formée des éléments de entiers sur (no 1, cor. 1 de la prop. 4) est appelée la fermeture intégrale de dans . Si est égale à l’image canonique de dans , on dit que est intégralement fermé dans .
Remarque 1
Si est l’homomorphisme d’anneaux définissant la structure de -algèbre de , la fermeture intégrale de dans est aussi celle de dans . D’autre part, si est une sous-algèbre de , la fermeture intégrale de dans est .
Remarque 2
Si est un corps, la fermeture intégrale de dans est formée des éléments de algébriques sur (no 1, Exemple 1); généralisant la terminologie en usage pour les extensions de corps (Alg., chap. V, § 3, no 3), on dit encore alors que est la fermeture algébrique du corps dans l’algèbre , et que est algébriquement fermé dans si .
Définition 4
Si est un anneau intègre, on appelle clôture intégrale de la fermeture intégrale de dans son corps des fractions. On dit qu’un anneau est intégralement clos s’il est intègre et égal à sa clôture intégrale.
On notera qu’un anneau intégralement clos n’est pas nécessairement intégralement fermé dans un anneau qui le contient, comme le montre l’exemple d’un corps non algébriquement clos.
Proposition 7
Soient un anneau, une -algèbre. La fermeture intégrale de dans est un sous-anneau intégralement fermé dans .
En effet, la fermeture intégrale de dans est entière sur en vertu du no 1, prop. 6; elle est donc égale à .
Corollaire
La clôture intégrale d’un anneau intègre est un anneau intégralement clos.
En effet, soient K le corps des fractions de A, B la clôture intégrale de A. Il est clair que K est le corps des fractions de B, et il suffit d’appliquer la prop. 7 à R = K.
Proposition 8
Soient R un anneau, (B_\lambda)_{\lambda \in L} une famille de sous-anneaux de R et pour chaque \lambda \in L, soit A_\lambda un sous-anneau de B_\lambda. Si chaque A_\lambda est intégralement fermé dans B_\lambda, alors est intégralement fermé dans .
Cela résulte aussitôt de la déf. 3 et du n° 1, cor. 1 de la prop. 2.
Corollaire
Toute intersection d’une famille non vide de sous-anneaux intégralement clos d’un anneau intègre est un anneau intégralement clos.
Soit A l’intersection d’une telle famille de sous-anneaux d’un anneau intègre C. D’après la prop. 8, appliquée en prenant pour R (resp. B_\lambda) le corps des fractions de C (resp. de A_\lambda), A est intégralement fermé dans le corps et a fortiori est intégralement clos.
Proposition 9
Soient A un anneau, une famille finie de A-algèbres, la fermeture intégrale de A dans (). Alors la fermeture intégrale de A dans est égale à .
C’est une conséquence immédiate du n° 1, prop. 3.
Corollaire 1
Soient A un anneau noethérien réduit, () ses idéaux premiers minimaux distincts, le corps des fractions de l’anneau intègre (canoniquement isomorphe à l’anneau local (chap. IV, § 2, n° 5, prop. 10)), la fermeture intégrale de A dans (). Alors l’isomorphisme canonique de l’anneau total des fractions B de A sur (loc. cit.) applique la fermeture intégrale de A dans B sur l’anneau produit .
Corollaire 2
Pour qu’un anneau noethérien réduit soit intégralement fermé dans son anneau total des fractions il faut et il suffit qu’il soit composé direct d’anneaux (noethériens) intégralement clos (donc intègres).
3. Exemples d’anneaux intégralement clos
Proposition 10
Tout anneau principal est intégralement clos.
Soient A un anneau principal, K son corps des fractions, x un élément de K. Il existe deux éléments étrangers a, b de A tels que (Alg., chap. VII, § 1, no 2, prop. 1 et chap. VI, § 1, no 11, prop. 9 (DIV)). Si x est entier sur A, il est racine d’un polynôme de A[X]. On a alors , ce qui prouve que b divise . Puisque a et b sont étrangers, cela implique que b est inversible dans A (Alg., chap. VI, § 1, no 12, cor. 1 de la prop. 11 (DIV)); donc .
Lemme 2
Soient R un anneau, P un polynôme unitaire dans R[X]. Il existe un anneau R’ contenant R tel que, dans l’anneau de polynômes R'[X], le polynôme P soit produit de polynômes unitaires de degré 1.
Procédons par récurrence sur le degré n de P, le lemme étant évident pour et . Supposons donc . Soit a l’idéal de R[X] engendré par P, et soit f l’homomorphisme canonique de R[X] sur B = R[X]/a. Puisque P est unitaire, on a, pour tout polynôme Q , , d’où ; la restriction de f à R est donc injective. Identifiant R au sous-anneau de B au moyen de f, et posant , on voit que b est une racine de P dans B, P étant considéré comme un polynôme de B[X]. Il existe donc un polynôme unitaire Q de B[X], de degré , tel que (Alg., chap. IV, § 1, no 4, prop. 5). En vertu de l’hypothèse de récurrence, il existe un anneau R’ ⊃ B tel que, dans R'[X], le polynôme Q soit un produit de polynômes unitaires de degré 1; il est clair que dans R'[X], P est alors produit de polynômes unitaires de degré 1.
Proposition 11
Soient A un anneau, R une A-algèbre, P et Q deux polynômes unitaires dans R[X]. Si les coefficients de PQ sont entiers sur A, les coefficients de P et de Q sont entiers sur A.
Par double application du lemme 2, on voit qu’il existe un anneau R’ contenant R et des familles d’éléments , (b_j)_{1 \leq j \leq n} de R' telles que, dans R'[X], on ait P[X] = \prod_{i=1}^{m} (X - a_i), Q(X) = \prod_{j=1}^{n} (X - b_j); les coefficients de PQ appartiennent à la fermeture intégrale A' de A dans R', donc (no 2, prop. 7) les éléments et appartiennent à A'. Il en résulte que les coefficients de P et Q sont entiers sur A (no 1, cor. 1 de la prop. 4).
Soient A un anneau intègre, K son corps des fractions, K' une K-algèbre (non nécessairement commutative). Étant donné un élément algébrique sur K, les polynômes tels que forment un idéal de , nécessairement principal (Alg., chap. IV, § 1, no 5, prop. 7). Il existe un polynôme unitaire et un seul qui engendre a; généralisant la terminologie introduite en Alg., chap. V, § 3, no 1, déf. 3, nous dirons que ce polynôme unitaire est le polynôme minimal de sur K.
Corollaire
Soient A un anneau intègre, K son corps des fractions, x un élément d’une K-algèbre K' (non nécessairement commutative). Si x est entier sur A, les coefficients du polynôme minimal P de x sur K sont entiers sur A (et ils appartiennent donc à A si A est intégralement clos).
Il existe par hypothèse (no 1, th. 1) un polynôme unitaire tel que . Comme P divise Q dans , il résulte de la prop. 11 que les coefficients de P sont entiers sur A.
Soient A un anneau, R une A-algèbre (commutative); l’homomorphisme définissant la structure de A-algèbre de R se prolonge d’une seule manière en un homomorphisme des anneaux de polynômes sur A et R, laissant X invariant, donc est canoniquement muni d’une structure de -algèbre.
Proposition 12
Soient A un anneau, R une A-algèbre, P un polynôme dans . Pour que P soit entier sur , il faut et il suffit que les coefficients de P soient entiers sur A.
En considérant les polynômes de comme des polynômes en , à coefficients dans , on voit aussitôt qu’on est ramené à démontrer la proposition pour . Soit donc P un polynôme de ; il résulte aussitôt du no 1, prop. 5 que si les coefficients de P sont dans la fermeture intégrale B de A dans R, l’élément P, qui appartient à B[X] = B ⊗_A A[X], est entier sur A[X]. Inversement, supposons que P soit entier sur A[X], et soit
un polynôme unitaire à coefficients admettant P pour racine. Soit un entier strictement supérieur à tous les degrés des polynômes P et , et posons
Alors est racine du polynôme
à coefficients dans ; on peut donc écrire
(1)
Or le choix de implique que — est un polynôme unitaire de et il en est de même de , les degrés des polynômes étant tous pour . On en conclut tout d’abord que le polynôme
de est aussi unitaire; en outre, comme les coefficients de appartiennent à A, la prop. 11 montre que a ses coefficients entiers sur A, et les coefficients de P sont donc bien entiers sur A.
Proposition 13
Soient A un anneau, R une A-algèbre, A' la fermeture intégrale de A dans R. Alors la fermeture intégrale de A[X_1, ..., X_n] dans R[X_1, ..., X_n] est égale à A'[X_1, ..., X_n].* Cela résulte de la prop. 12 et de la déf. 3 du no 2.
Corollaire 1
Soient A un anneau intègre, A' sa clôture intégrale. Alors la clôture intégrale de l’anneau de polynômes A[X_1, ..., X_n] est A'[X_1, ..., X_n].
En raisonnant par récurrence sur , on est aussitôt ramené au cas . Soit K le corps des fractions de A, qui est aussi celui de ; si un élément P du corps des fractions K(X) de A[X] est entier sur A[X], il appartient à l’anneau de polynômes K[X], car ce dernier est principal (Alg., chap. IV, § 1, no 5, prop. 7), donc intégralement clos (prop. 10); le corollaire résulte donc de la prop. 13 appliquée à .
Corollaire 2
Soit un anneau intègre. Pour que l’anneau de polynômes soit intégralement clos, il faut et il suffit que soit intégralement clos.
Corollaire 3
Si est un corps, toute algèbre de polynômes est un anneau intégralement clos.
4. Anneaux complètement intégralement clos
Définition 5
On dit qu’un anneau est complètement intégralement clos s’il est intègre, et si la condition suivante est vérifiée : tout élément du corps des fractions de tel que toutes les puissances () soient contenues dans un sous-A-module de type fini de , appartient à .
On notera que l’hypothèse que les sont contenus dans un sous-A-module de type fini de s’exprime encore en disant qu’il existe un élément non nul tel que pour tout ; en effet, cette dernière condition signifie que ; et inversement, si est une suite finie d’éléments de , il existe tel que pour , d’où pour le sous-A-module de engendré par les .
Il est clair qu’un anneau complètement intégralement clos est intégralement clos; inversement, le cor. de la prop. 1 du no 1 montre qu’un anneau noethérien intégralement clos est complètement intégralement clos. Par contre, un anneau de valuation de hauteur (chap. VI, § 4, no 4) est intégralement clos mais non complètement intégralement clos. Si est une famille d’anneaux complètement intégralement clos ayant même corps des fractions , est complètement intégralement clos. En effet, si est tel que, pour un non nul dans , appartienne à pour tout , l’hypothèse entraîne que pour tout , donc .
Proposition 14
Soit un anneau complètement intégralement clos. Alors tout anneau de polynômes (resp. tout anneau de séries formelles ) est complètement intégralement clos.
Par récurrence sur , il suffit de prouver que (resp. ) est complètement intégralement clos. Soit donc un élément du corps des fractions de (resp. ) et supposons qu’il existe un élément non nul (resp. ) tel que (resp. ) pour tout entier . Si est le corps des fractions de , (resp. ) est un sous-anneau de (resp. ), et (resp. ) est un anneau principal (, chap. VII, , no 1) donc intégralement clos (no 4, prop. 10) et noethérien ( chap. VIII, § 2, no 3), et par suite complètement intégralement clos ; on voit donc déjà que l’on a (resp. ). Soient () et () et raisonnons par l’absurde en supposant que les n’appartiennent pas tous à ; il y a donc un plus petit indice tel que ; si l’on pose , il résulte aussitôt de l’hypothèse que l’on a aussi (resp. ) pour tout . Soit le plus petit entier tel que ; il est clair que dans le terme de plus petit degré ayant un coefficient est , donc on a pour tout ; mais comme est complètemen intégralement clos, cela entraîne , contrairement à l’hypothèse
C.Q.F.D.
Proposition 15
Soit un anneau filtré dont la filtration est exhaustive, et tel que tout idéal principal de soit fermé pour la topologie définie par la filtration. Si l’anneau gradué associé (chap. III, § 2, no 3) est complètement intégralement clos, alors est complètement intégralement clos.
Soit la filtration de ; comme est l’adhérence de l’idéal (0) (chap. III, § 2, no 5), l’hypothèse implique d’abord que la filtration est séparée, et comme est intègre, il en est donc de même de (chap. III, § 2, no 3, cor. de la prop. 1). Soit un élément du corps des fractions de () pour lequel il existe un élément de tel que pour tout . Il s’agit de prouver que , et comme par hypothèse l’idéal est fermé, il suffit de montrer que pour tout on a . Comme la filtration de est exhaustive, il existe un entier tel que . Il suffira donc de prouver que la relation implique .
Supposons donc que avec . On a par hypothèse pour tout , d’où on tire aussitôt d(x - y)^n \in A \text{ pour tout } n \geq 0; \text{ autrement dit, on a } dz^n = a^n t_n \text{ avec } t_n \in A \text{ pour tout } n \geq 0. \text{ On peut évidemment se limiter au cas où } z \neq 0. \text{ Désignons par } v \text{ la fonction d'ordre de } A \text{ (chap. III, , no } 2) \text{ et posons } v(d) = n_1, v(z) = n_2 \geq m, v(a) = n_3; \text{ soient } d', z', a' \text{ les images respectives de } d, z, a \text{ dans } A_{n_1}/A_{n_1+1}, A_{n_2}/A_{n_2+1}, A_{n_3}/A_{n_3+1.} \text{ Pour tout } n \geq 0, \text{ on a } v(dz^n) = n_1 + nn_2 \text{ (chap. III, § 2, no } 3, \text{ prop. 1)}, \text{ donc l'image canonique dans gr}(A) \text{ de } dz^n \text{ est } d'{z'}^n; \text{ de la même manière on voit que l'image canonique dans gr}(A) \text{ de } a^n t_n \text{ est de la forme } {a'}^n t'_n \text{ avec } t'_n \in \text{gr}(A), \text{ et comme } a' \neq 0 \text{ on en déduit que pour tout } n \geq 0, \text{ on a } d'(z'/a')^n \in \text{gr}(A). \text{ L'hypothèse que } \text{gr}(A) \text{ est complètement intégralement clos entraîne donc l'existence d'un } s' \in \text{gr}(A) \text{ tel que } z' = a's'; \text{ en décomposant } s' \text{ en somme d'éléments homogènes, on voit en outre (puisque } z' \text{ et } a' \text{ sont homogènes) que l'on peut supposer } s' \text{ homogène, c'est-à-dire image d'un élément } s \in A; \text{ on a alors } v(as) = v(z) = n_2, \text{ et } z \equiv as \pmod{A_{n_2+1}}; \text{ comme } n_2 \geq m, \text{ on a } a \text{ fortiori } z \equiv as \pmod{A_{m+1}}, \text{ donc } b \equiv a(y + s) \pmod{A_{m+1}}
C.Q.F.D.
5. Fermeture intégrale d’un anneau de fractions
Soient A un anneau, R une A-algèbre, S une partie multiplicative de A. Rappelons (chap. II, § 2, no 8) que S^{-1}R est canoniquement muni d’une structure de S^{-1}A-algèbre.
Proposition 16
Soient A un anneau, R une A-algèbre, A' la fermeture intégrale de A dans R, S une partie multiplicative de A. Alors la fermeture intégrale de S^{-1}A dans S^{-1}R est S^{-1}A'.
Soit b/s un élément de S^{-1}A' (s \in S, b \in A'). Puisque le diagramme
est commutatif, b/1 est entier sur S^{-1}A (no 1, prop. 2). Comme 1/s \in S^{-1}A, b/s = (b/1)(1/s) est entier sur S^{-1}A.
Inversement, soit r/t (r \in R, t \in S) un élément de S^{-1}R entier sur S^{-1}A; alors r/1 = (t/1)(r/t) est entier sur S^{-1}A. On a par suite une relation de la forme
avec () et . Cette relation s’écrit aussi
Corollaire 1
Soient A un anneau intègre, A' sa clôture intégrale, S une partie multiplicative de A telle que . Alors la clôture intégrale de est .
En effet, le corps des fractions R de A est aussi le corps des fractions de puisque (chap. II, § 1, no 1, Remarque 7); on applique à R la prop. 16.
Corollaire 2
Soient A un anneau intègre, K son corps des fractions, R une algèbre sur K, B la fermeture intégrale de A dans R. Les éléments de R algébriques sur K (no 1, Exemple 1) sont les éléments de la forme où et , ; si L est la fermeture algébrique de K dans R, il existe une base de L sur K contenue dans B.
La première assertion résulte de la prop. 16 appliquée au cas où . Si est une base de L sur K, il existe donc pour tout un élément de A tel que ; alors est aussi une base de L sur K.
Corollaire 3
Soient A un anneau intègre, l’ensemble des idéaux maximaux de A. Pour que A soit intégralement clos, il faut et il suffit que, pour tout , soit intégralement clos.
Il résulte du cor. 1 que la condition est nécessaire. La condition est suffisante, car on a (chap. II, § 3, no 3, formule (2)), et il suffit d’appliquer le cor. de la prop. 8 du no 2.
Corollaire 4
Soient A un anneau intègre, K son corps des fractions, S une partie multiplicative de A telle que .* (i) Soient B un sous-anneau de K entier sur A, et soit l’annulateur du A-module B/A. Alors est contenu dans l’annulateur du -module , et est égal à cet annulateur lorsque B est un A-module de type fini. (ii) *Soit A' la clôture intégrale de A. Pour que soit intégralement clos, il suffit que l’annulateur du A-module rencontre S. Cette condition est aussi nécessaire lorsque A' est un A-module de type fini.
(i) Comme , on a , donc est contenu dans . Lorsque est un -module de type fini, l'égalité est un cas particulier de la formule (9) du chap. II, , no 4, s'identifiant canoniquement à
(ii) En vertu du cor. 1, est la clôture intégrale de . Comme les relations et sont équivalentes (chap. II, § 2, no 5, Remarque) (ii) est une conséquence immédiate de (i).
Lorsque est un sous-anneau de entier sur , on dit parfois que l’annulateur de (égal par définition au transporteur (chap. I, § 2, no 10)) est le conducteur de dans .
Corollaire 5
Soient un anneau intègre, sa clôture intégrale, et l’annulateur du -module . Supposons que soit un -module de type fini. Les idéaux premiers de tels que ne soit pas intégralement clos sont ceux qui contiennent . Cela résulte aussitôt du cor. 4, (ii) appliqué à .
On notera que sous les hypothèses du cor. 5, on a , puisque est un -module de type fini et que tout élément de ( corps des fractions de ) a un annulateur .
En géométrie algébrique, le cor. 5 et la remarque précédente montrent que les points où une variété affine n’est pas normale forment un ensemble fermé distinct de
6. Normes et traces d’entiers
Proposition 17
Soient un anneau, une -algèbre (commutative), une matrice carrée d’ordre sur ; les propriétés suivantes sont équivalentes:
a) est entière sur .
b) Il existe un sous--module de type fini de , tel que pour tout et que soit un système de générateurs du -module .
c) Les coefficients du polynôme caractéristique de sont entiers sur .
Si est le polynôme caractéristique de , le th. de Hamilton-Cayley montre que (Alg., chap. VII, § 5, no 4, Remarque 1) et comme est un polynôme unitaire, c) implique a) en vertu du no 1, prop. 6.
Supposons en second lieu a) vérifiée. Si est la base canonique de , le sous-A-module de engendré par les est un -module de type fini, puisque la -algèbre est un -module de type fini (no 1, th. 1); comme contient les , on voit que a) implique b); la réciproque est une conséquence du no 1, th. 1, condition .
Prouvons enfin que a) implique c); comme est entière sur , et fortiori sur l’anneau de polynômes , T.1 — est aussi entier sur , et en vertu du no 3, prop. 12, on voit qu’on est ramené (en remplaçant par T.1 — et par ) à prouver que si est entière sur , est un élément de entier sur . Or, on a vu ci-dessus que l’endomorphisme de défini par laisse stable un sous-A-module de type fini contenant les ; les -vecteurs , où pour , engendrent donc dans un sous-A-module de type fini contenant , et qui est stable par , autrement dit par l’homothétie de rapport ; comme l’annulateur de
C.Q.F.D.
Corollaire 1
Soient un anneau intègre, son corps des fractions, une -algèbre de dimension finie (non nécessairement commutative). Si est entier sur , les coefficients du polynôme caractéristique (Alg., chap. VIII, § 12, no 2) sont entiers sur .
En effet, si est la représentation régulière de l’algèbre (considérée comme représentation matricielle; cf. Alg., chap. VIII, § 13) est par définition le polynôme caractéristique de la matrice ; si est entier sur , la matrice est entière sur (no 1, prop. 2), et il suffit d’appliquer la prop. 17.
Corollaire 2
Avec les mêmes hypothèses et notations que dans le cor. 1, et sont entiers sur .
En effet, et sont, au signe près, des coefficients de (Alg., chap. VIII, § 12, no 1, formules (4)), donc sont entiers.
Remarque 1
Si est une algèbre centrale simple sur et est entier sur , les coefficients du polynôme caractéristique réduit de (Alg., chap. VIII, , n° 3) sont entiers sur . En effet, il y a une puissance de ce polynôme égale à (loc. cit., prop. 8) et il suffit d’appliquer la prop. 17 et le n° 3, prop. 11
Proposition 18
Soient un anneau intégralement clos, son corps des fractions, une -algèbre commutative séparable (A, V, p. 114) de dimension finie, la fermeture intégrale de dans . Alors est contenu dans un -module de type fini. La proposition résultera du lemme plus précis suivant :
Lemme 3
Sous les hypothèses de la prop. 18, soit une base de sur , contenue dans (n° 5, cor. 2 de la prop. 16); il y a alors une base unique de sur pour laquelle on a (indice de Kronecker); si est le discriminant de la base (Alg., chap. IX, § 2), on a et
En particulier, si est un élément inversible de , est un -module libre de base .
Comme est une -algèbre séparable, on a (Alg., chap. IX, § 2, prop. 5) et la forme -bilinéaire
sur est donc non dégénérée (loc. cit., prop. 4); ceci démontre l’existence et l’unicité de la base (Alg., chap. IX, § 1, n° 6, cor. de la prop. 6). Cela étant, la première inclusion de (2) est évidente. Soit un élément de ; posons avec ; pour tout , on a , donc est entier sur (cor. 2 de la prop. 17), et comme est intégralement clos, on a pour ; ceci démontre la seconde inclusion (2). Enfin, posons avec ; on a alors quels que soient et ; les formules de Cramer montrent que les appartiennent à , d’où la troisième inclusion (2). La dernière assertion résulte aussitôt de (2), qui donne dans ce cas .
Dans les deux corollaires qui suivent, les hypothèses et notations sont celles de la prop. 18.
Corollaire 1
Si est un anneau noethérien, le -module est de type fini, et en particulier l’anneau est noethérien. En effet est un sous-module d’un -module de type fini.
Corollaire 2
Si est un anneau principal, est un -module libre de rang . En effet, tout sous-module d’un -module libre est alors libre (Alg., chap. VII, § 3, th. 1).
Corollaire 3
Soit une extension de degré du corps des nombres rationnels. Le groupe additif de la fermeture intégrale dans de l’anneau des entiers rationnels est un groupe commutatif libre de rang . En effet, est intégralement clos (no 3, prop. 10) et est séparable puisque est de caractéristique 0. On peut donc appliquer le cor. 2 au cas où et .
Remarque 2
Les conclusions du cor. 1 ne sont pas nécessairement vraies si on ne suppose pas séparable sur , même si est un surcorps de (exerc. 20). Par contre, lorsque est une -algèbre intègre de type fini, où est un corps, la fermeture intégrale de dans toute extension de degré fini du corps des fractions de est un -module de type fini et un anneau noethérien, comme nous le verrons au § 3, no 2, th. 2.
7. Extension des scalaires dans une algèbre intégralement close
Proposition 19
Soient un corps, une extension séparable de , une -algèbre intégralement close. Si l’anneau est intègre, il est intégralement clos. Soit le corps des fractions de ; comme est un corps, s’identifie canoniquement à une sous--algèbre de et et à des sous--algèbres de . En outre, un élément de étant non diviseur de 0 dans , est non diviseur de zéro dans puisque est plat sur (chap. I, n° 3); identifiant s à , on voit donc que si , s'identifie à ;, comme est supposé intègre, est ainsi identifié à un sous-anneau du corps des fractions de
1° Supposons d’abord que soit une extension de degré fini de ; alors est une algèbre de rang fini sur et par hypothèse n’a pas de diviseur de 0; donc c’est un corps (Alg., chap. V, § 2, n° 1, prop. 1), et par suite c’est dans ce cas le corps des fractions de . Soit une base de sur , qui est donc aussi une base de sur . Il existe une base de telle que (n° 6, lemme 3); tout s’écrit d’une seule manière avec ; on a donc et comme dans les traces et coïncident (Alg., chap. VIII, § 12, n° 2, formule (13)), on a finalement pour . Notons d’autre part que les éléments de sont entiers sur , donc aussi sur (n° 1, cor. 1 de la prop. 2); par suite (n° 1, prop. 5) est entière sur . Cela étant, supposons entier sur ; alors est aussi entier sur (n° 1, prop. 6), donc il en est de même de et par suite aussi de pour (n° 6, cor. 2 de la prop. 17). Comme est intégralement clos, on a pour tout , donc , ce qui démontre la proposition dans ce cas.
2° Supposons maintenant que soit une extension séparable de type fini de ; alors il existe une base de transcendance séparante de sur (Alg., chap. V, § 9, n° 3, th. 2); comme et sont algébriquement disjointes sur dans le corps (Alg., chap. V, § 5, n° 4), les sont algébriquement indépendants sur ; donc est intégralement clos (n° 3, cor. 2 de la prop. 13). Soit l’ensemble des éléments de l’anneau , de sorte que le corps est égal à ; on a
3° Cas général. Si est un élément de entier sur , il vérifie une relation de la forme , où les appartiennent à ; il existe donc une sous-extension de , de type fini sur , telle que les appartiennent à pour , et à . Il résulte alors de 2° que l’on a , donc est intégralement clos.
C.Q.F.D.
*Soient une variété algébrique irréductible affine, un corps de définition de , l’anneau des fonctions régulières sur définies sur ; lorsque est intégralement clos, on dit que est normale sur ; la prop. 19 montre que si est normale sur , elle reste normale sur toute extension séparable de
Corollaire
Soient un corps, et deux -algèbres intégralement closes. On suppose que l’anneau est intègre et que les corps des fractions et de et respectivement sont séparables sur . Alors l’anneau est intégralement clos.
En effet, comme et s’identifient à des sous-algèbres de , et s’identifient à des sous-corps du corps des fractions de , linéairement disjoints sur (Alg., chap. V, § 2, no 3, prop. 5). Il résulte alors de la prop. 19 que et sont intégralement clos; comme leur intersection est (chap. I, § 2, no 6, prop. 7), est intégralement clos (no 2, cor. de la prop. 8).
\* Étant données deux variétés affines irréductibles , définies sur , leur produit est une variété affine, et l’anneau des fonctions régulières sur s’identifie au produit tensoriel sur de l’anneau des fonctions régulières sur et de l’anneau des fonctions régulières sur . Le cor. de la prop. 19 montre que si et sont normales sur , alors est normale sur
8. Entiers sur un anneau gradué
Toutes les graduations envisagées dans ce no sont de type ; si est un anneau gradué et si , on note l’ensemble des éléments homogènes de degré de l’anneau .
Soient un anneau gradué et une -algèbre graduée. Soit un élément homogène de qui soit entier sur ; on a donc une relation
Soit et soit la composante homogène de degré de (); on a évidemment
autrement dit vérifie une équation de dépendance intégrale à coefficients homogènes.
Désignons par l’anneau de fractions de l’anneau de polynômes en une indéterminée, étant la partie multiplicative de formée des puissances de (); comme est non diviseur de dans il est immédiat que les () forment une base sur du -module . Pour tout élément , de composantes homogènes (), on posera
il est immédiat que est un homomorphisme injectif d’anneaux.
Proposition 20
Soient* un anneau gradué et une *-algèbre graduée (commutative)*. L’ensemble des éléments de entiers sur est une sous-algèbre graduée de . Si pour et si est un anneau réduit, on a pour .
Le diagramme
(où est l’homomorphisme définissant la structure de -algèbre de et l’homomorphisme qui s’en déduit canoniquement) est commutatif, comme on le vérifie aussitôt sur la définition (5). Soit un élément de entier sur ; alors est entier sur (no 1, prop. 2) et il résulte donc du no 5, prop. 16 qu’il existe un entier tel que soit un élément de
B[X] entier sur A[X]. On déduit alors du no 3, prop. 12, que les coefficients du polynôme sont entiers sur A; comme ces coefficients sont par définition les composantes homogènes de , on voit que celles-ci sont entières sur A, ce qui prouve que est une sous-algèbre graduée de B.
Supposons maintenant que avec ; la remarque du début de ce no montre que vérifie une équation de la forme (4) avec pour . Si pour tout , on a donc et si B est un anneau réduit on en conclut que , donc pour tout dans ce cas.
Rappelons (chap. II, § 2, no 9) que si est un anneau gradué et S une partie multiplicative de A formée d’éléments homogènes, on définit sur une structure d’anneau gradué en prenant pour ensemble d’éléments homogènes de degré l’ensemble des éléments de la forme , où et sont homogènes et tels que .
Lemme 4
Soient un anneau gradué intègre, S l’ensemble des éléments homogènes de A.
(i) *Tout élément homogène de est inversible, l’anneau est un corps et l’ensemble des tels que est un sous-groupe de (avec ).
(ii) Supposons que et soit t un élément non nul de . Alors le -homomorphisme de l’anneau de polynômes dans qui transforme X en t se prolonge en un isomorphisme de sur , et est intégralement clos.
Les assertions de (i) découlent immédiatement des définitions et de l’hypothèse que A est intègre, car si et sont deux éléments homogènes de , de degrés et , est un élément homogène et de degré . Pour démontrer (ii), notons que puisque est inversible dans , l’homomorphisme se prolonge d’une seule manière en un homomorphisme et l’on a nécessairement . D’autre part, par définition de , tout élément homogène de est de degré (), donc peut s’écrire d’une seule manière sous la forme avec (puisque est intègre); donc est bijectif. Enfin, on sait que est intégralement clos (no 3, prop. 10), donc il en est de même de (no 5, cor. 1 de la prop. 16), ce qui achève de prouver le lemme.
Proposition 21
Soient un anneau gradué intègre, S l’ensemble des éléments homogènes de A. La clôture intégrale de A est alors un sous-anneau gradué de . Si en outre pour , on a pour .
Si , la proposition est triviale. Sinon, on peut appliquer le lemme 4; l’anneau est intégralement clos et par suite ; comme est gradué, il en est de même de en vertu de la prop. 20; la dernière assertion résulte aussi de la prop. 20.
Corollaire 1
Les hypothèses et notations étant celles de la prop. 21, si tout élément homogène de qui est entier sur A appartient à A, alors A est intégralement clos.
En effet on a, alors pour tout , donc .
Corollaire 2
Si est un anneau gradué intégralement clos, l’anneau est intégralement clos.
En effet, le corps des fractions de s’identifie (avec les notations de la prop. 21) à un sous-anneau de l’anneau des éléments homogènes de degré 0 de ; tout élément de entier sur (et a fortiori sur A) appartient donc par hypothèse à .
Corollaire 3
Soit un anneau gradué intégralement clos. Alors, pour tout entier , l’anneau (chap. III, § 1, no 3) est intégralement clos.
Soit U l’ensemble des éléments homogènes de , et soit x un élément homogène de entier sur , donc sur A; comme , x appartient à A par hypothèse; comme son degré est divisible par d, il appartient à , et il résulte donc du cor. 1 que est intégralement clos.
9. Application : invariants d’un groupe d’automorphismes d’une algèbre
Étant donnés un anneau K, une K-algèbre A, et un groupe , nous dirons que opère sur A si : 1° l’ensemble A est muni du groupe d’opérateurs (Alg., chap. I, § 7, no 2); 2° pour tout , l’application est un endomorphisme de la K-algèbre
A (et par suite un automorphisme puisqu’elle est bijective (loc. cit.)). Nous noterons l’ensemble des éléments de A invariants par ; il est clair que c’est une sous-K-algèbre de A.
Nous dirons que est un groupe d’opérateurs localement fini sur A si toute orbite de dans A (Alg., chap. I, 3e éd., Rectifications au fasc. IV) est finie.
Proposition 22
Soient A une K-algèbre (commutative), un groupe d’opérateurs localement fini sur A. Alors A est entière sur la sous-algèbre .
En effet, pour tout , soient les éléments distincts de l’orbite de pour ; pour tout , il existe une permutation de l’ensemble telle que pour ; par suite les fonctions symétriques élémentaires des sont des éléments de A invariants par , autrement dit des éléments de . Comme est racine du polynôme unitaire et que les coefficients de ce polynôme appartiennent à , est entier sur .
Théorème 2
Soient A une K-algèbre de type fini, un groupe d’opérateurs localement fini sur A. Alors A est un -module de type fini; si de plus K est noethérien, est une K-algèbre de type fini.
Soit un système de générateurs de la K-algèbre A; comme on a a fortiori et que les sont entiers sur en vertu de la prop. 22, la première assertion résulte du no 1, prop. 4. La seconde est conséquence du lemme suivant:
Lemme 5
Soient K un anneau noethérien, B une K-algèbre de type fini, C une sous-K-algèbre de B telle que B soit entière sur C. Alors C est une K-algèbre de type fini.
Soit un système fini de générateurs de la K-algèbre B. Pour tout , il existe par hypothèse un polynôme unitaire tel que . Soit la sous-K-algèbre de C engendrée par les coefficients des ; il est clair que les sont entiers sur et que l’on a ; donc B est un -module de type fini (no 1, prop. 4). D’autre part,
C' est un anneau noethérien (chap. III, , no 10, cor. 3 du th. 2); donc C est un C'-module de type fini, ce qui prouve que C est une K-algèbre de type fini
Remarque
L’ensemble des tels que pour laisse évidemment invariant tout élément de A. Le sous-groupe distingué de laissant invariant tout élément de A est donc d’indice fini dans et on peut considérer que A est muni du groupe d’opérateurs fini ; on a évidemment .
Soient S une partie multiplicative d’un anneau A, un groupe opérant sur A et pour lequel S est stable; alors, pour tout , il existe un endomorphisme et un seul de l’anneau tel que pour tout ; il est donné par la formule pour et (chap. II, § 2, no 1, prop. 2); si est un second élément de , il est clair que pour tout , donc le groupe opère sur l’anneau .
Proposition 23
Soient A une K-algèbre, un groupe d’opérateurs localement fini sur A, S une partie multiplicative de A stable pour , l’ensemble . Alors l’application canonique de dans (chap. II, § 2, no 1, cor. 2 de la prop. 2) est un isomorphisme, qui transforme en .
En effet, pour tout , soient les éléments distincts de l’orbite de s pour ; comme , la première assertion résulte du chap. II, § 2, no 3, prop. 8. Identifiant canoniquement et , il est clair que tout élément de est invariant par . Réciproquement, soit un élément de invariant par (); si sont les éléments distincts de l’orbite de a pour , on a donc pour , et par suite il existe tel que pour ; autrement dit, sa est invariant par et comme , on a bien .
Corollaire
Soient A un anneau intègre, K son corps des fractions, un groupe d’opérateurs localement fini sur A. Alors opère sur K et est le corps des fractions de .
En effet, est stable pour .
Exercices
See the exercises for § 1.