Bourbaki

§ 6. Filtres

1. Définition d’un filtre

Définition 1

On appelle filtre sur un ensemble X un ensemble F\mathfrak{F} de parties de X qui possède les propriétés suivantes:

(FI)(\mathrm{F}_I) Toute partie de X contenant un ensemble de F\mathfrak{F} appartient à F\mathfrak{F}.

(FII)(\mathrm{F}_{II}) Toute intersection finie d’ensembles de F\mathfrak{F} appartient à F\mathfrak{F}.

(FIII)(\mathrm{F}_{III}) La partie vide de X n’appartient pas à F\mathfrak{F}.

Des deux dernières de ces propriétés on déduit que toute intersection finie d’ensembles de F\mathfrak{F} est non vide.

Un filtre F\mathfrak{F} sur X définit sur X une structure dont les axiomes sont (FI\mathrm{F}_I), (FII\mathrm{F}_{II}) et (FIII\mathrm{F}_{III}); cette structure est dite structure d’ensemble filtré, et l’ensemble X, muni de cette structure, est appelé ensemble filtré par le filtre F\mathfrak{F}.

L’axiome (FII\mathrm{F}_{II}) est équivalent à la conjonction des deux axiomes suivants:

(FIIa)(\mathrm{F}_{IIa}) L’intersection de deux ensembles de F\mathfrak{F} appartient à F\mathfrak{F}.

(FIIb)(\mathrm{F}_{IIb}) X appartient à F\mathfrak{F}.

Les axiomes (FIIb\mathrm{F}_{IIb}) et (FIII\mathrm{F}_{III}) montrent qu’il n’y a pas de filtre sur l’ensemble vide.

Pour qu’un ensemble de parties satisfaisant à (FI\mathrm{F}_I) vérifie aussi (FIIb\mathrm{F}_{IIb}), il faut et il suffit qu’il soit non vide. Pour qu’un ensemble de parties satisfaisant à (FI\mathrm{F}_I) vérifie aussi (FIII\mathrm{F}_{III}), il faut et il suffit que cet ensemble soit différent de P(X)\mathfrak{P}(X).

Exemples de filtres. — 1) Si X≠∅X \neq \varnothing, l’ensemble de parties réduit au seul élément X est un filtre sur X. Plus généralement, l’ensemble des parties de X qui contiennent une partie non vide A de X est un filtre sur X.

2) Sur un espace topologique X, l’ensemble des voisinages d’une partie non vide quelconque de X (et en particulier d’un point de X) est un filtre.

3) Si X est un ensemble infini, les complémentaires des parties finies de X sont les éléments d’un filtre. Le filtre des complémentaires des parties finies de l’ensemble N\mathbf{N} des entiers ⩾0\geqslant 0 est appelé le filtre de Fréchet.

2. Comparaison des filtres

Définition 2

Étant donnés deux filtres F,F′\mathfrak{F}, \mathfrak{F}' sur un même ensemble X, on dit que F′\mathfrak{F}' est plus fin que F\mathfrak{F}, ou que F\mathfrak{F} est moins fin que F′\mathfrak{F}', si F⊂F′\mathfrak{F} \subset \mathfrak{F}'. Si de plus F≠F′\mathfrak{F} \neq \mathfrak{F}', on dit que F′\mathfrak{F}' est strictement plus fin que F\mathfrak{F}, ou que F\mathfrak{F} est strictement moins fin que F′\mathfrak{F}'.

Deux filtres dont l’un est plus fin que l’autre sont dits comparables. L’ensemble de tous les filtres sur X est ordonné par la relation « F\mathfrak{F} est moins fin que F′\mathfrak{F}' », qui n’est autre que la relation induite par la relation d’inclusion dans P(P(X))\mathfrak{P}(\mathfrak{P}(X)).

Soit (Fi)i∈I(\mathfrak{F}_i)_{i \in I} une famille non vide quelconque de filtres sur un ensemble X (nécessairement non vide); l’ensemble F=⋂i∈IFi\mathfrak{F} = \bigcap_{i \in I} \mathfrak{F}_i vérifie les axiomes (FI\mathrm{F}_I), (FII\mathrm{F}_{II}) et (FIII)(\mathbf{F}_{\text{III}}), donc est un filtre, appelé filtre intersection de la famille (Fi)i∈I(\mathfrak{F}_i)_{i \in I}, et qui est évidemment la borne inférieure de l’ensemble des Fi\mathfrak{F}_i dans l’ensemble ordonné des filtres sur XX.

Le filtre formé de l’unique ensemble XX est le plus petit élément de l’ensemble ordonné des filtres sur XX; lorsque XX a plus d’un élément, nous verrons dans I, p. 39 qu’il n’y a pas de plus grand élément dans l’ensemble ordonné des filtres sur XX.

Étant donné un ensemble G\mathfrak{G} de parties d’un ensemble XX, cherchons s’il existe des filtres sur XX contenant G\mathfrak{G}. Si un tel filtre existe, il contient aussi, d’après (FII)(\mathbf{F}_{\text{II}}), l’ensemble G′\mathfrak{G}' des intersections finies d’ensembles de G\mathfrak{G} (y compris XX, intersection de la partie vide de G\mathfrak{G}); une condition nécessaire pour que le problème soit possible est donc que la partie vide de XX n’appartienne pas à G′\mathfrak{G}'. Montrons que cette condition est suffisante: en effet, tout filtre contenant G′\mathfrak{G}' contient aussi, d’après (FI)(\mathbf{F}_{\text{I}}), l’ensemble G′′\mathfrak{G}'' des parties de XX qui contiennent un ensemble de G′\mathfrak{G}'. Or, G′′\mathfrak{G}'' satisfait évidemment à (FI)(\mathbf{F}_{\text{I}}); il satisfait à (FII)(\mathbf{F}_{\text{II}}) d’après la définition de G′\mathfrak{G}', et enfin il satisfait à (FIII)(\mathbf{F}_{\text{III}}) puisque la partie vide de XX n’appartient pas à G′\mathfrak{G}'. L’ensemble G′′\mathfrak{G}'' est donc le moins fin des filtres contenant G\mathfrak{G}. Nous avons donc prouvé:

Proposition 1

Pour qu’il existe un filtre sur XX contenant un ensemble G\mathfrak{G} de parties de XX, il faut et il suffit qu’aucune des intersections finies d’ensembles de G\mathfrak{G} ne soit vide.

On dit que le filtre G′′\mathfrak{G}'' défini ci-dessus est engendré par G\mathfrak{G}, et que G\mathfrak{G} est un système générateur de G′′\mathfrak{G}''.

Exemple

Soit G\mathfrak{G} un ensemble quelconque de parties d’un ensemble XX, et considérons la topologie T\mathscr{T} sur XX engendrée par G\mathfrak{G} (I, p. 13, Exemple II). Comme l’ensemble des intersections finies d’ensembles de G\mathfrak{G} est une base de T\mathscr{T}, il résulte de la démonstration de la prop. 1 ci-dessus, ainsi que la prop. 3 de I, p. 5, que pour tout x∈Xx \in X, le filtre des voisinages de xx pour T\mathscr{T} est engendré par l’ensemble G(x)\mathfrak{G}(x) des ensembles de G\mathfrak{G} auxquels appartient xx.

Corollaire 1

Soient F\mathfrak{F} un filtre sur un ensemble XX, AA une partie de XX. Pour qu’il existe un filtre F′\mathfrak{F}' plus fin que F\mathfrak{F} et tel que A∈F′A \in \mathfrak{F}' il faut et il suffit que AA rencontre tous les ensembles de F\mathfrak{F}.

Corollaire 2

Pour qu’un ensemble Φ\Phi de filtres sur un ensemble non vide XX admette une borne supérieure dans l’ensemble de tous les filtres sur XX, il faut et il suffit que pour toute suite finie (Fi)1≤i≤n(\mathfrak{F}_i)_{1 \leq i \leq n} d’éléments de Φ\Phi et tout Ai∈FiA_i \in \mathfrak{F}_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), l’intersection A1∩⋯∩AnA_1 \cap \cdots \cap A_n soit non vide.

Cela exprime en effet que la réunion G\mathfrak{G} des filtres F∈Φ\mathfrak{F} \in \Phi vérifie la condition de la prop. 1.

Corollaire 3

L’ensemble ordonné des filtres sur un ensemble non vide XX est inductif.

En effet, tout ensemble totalement ordonné Φ\Phi de filtres sur XX vérifie la condition du cor. 2, car les ensembles AiA_i appartiennent tous à l’un des Fj\mathfrak{F}_j par hypothèse, et il suffit d’appliquer (FII)(\mathbf{F}_{\text{II}}).

3. Bases d’un filtre

Si G\mathfrak{G} est un système générateur d’un filtre F\mathfrak{F} sur XX (I, p. 37), F\mathfrak{F} n’est pas en général l’ensemble des parties de XX contenant un ensemble de G\mathfrak{G}: pour que G\mathfrak{G} ait cette propriété, il faut et il suffit que toute intersection finie d’ensembles de G\mathfrak{G} contienne un ensemble de G\mathfrak{G}. On a donc la proposition suivante:

Proposition 2

Étant donné un ensemble de parties B\mathfrak{B} d’un ensemble XX, pour que l’ensemble des parties de XX contenant un ensemble de B\mathfrak{B} soit un filtre, il faut et il suffit que B\mathfrak{B} possède les deux propriétés suivantes:

(BI)(\mathrm{B}_I) L’intersection de deux ensembles de B\mathfrak{B} contient un ensemble de B\mathfrak{B}.

(BII)(\mathrm{B}_{II}) B\mathfrak{B} n’est pas vide, et la partie vide de XX n’appartient pas à B\mathfrak{B}.

Définition 3

On dit qu’un ensemble de parties B\mathfrak{B} d’un ensemble XX qui satisfait aux axiomes (BI)(\mathrm{B}_I) et (BII)(\mathrm{B}_{II}) est une base du filtre qu’il engendre. On dit que deux bases de filtre sont équivalentes lorsqu’elles engendrent le même filtre.

Si G\mathfrak{G} est un système générateur d’un filtre F\mathfrak{F}, l’ensemble G′\mathfrak{G}' des intersections finies d’ensembles de G\mathfrak{G} est une base de F\mathfrak{F} (I, p. 37).

Proposition 3

Pour qu’une partie B\mathfrak{B} d’un filtre F\mathfrak{F} sur XX soit une base de F\mathfrak{F}, il faut et il suffit que tout ensemble de F\mathfrak{F} contienne un ensemble de B\mathfrak{B}.

La condition est évidemment nécessaire; elle est suffisante, car si elle est remplie, l’ensemble des parties de XX contenant un ensemble de B\mathfrak{B} est identique à F\mathfrak{F} en vertu de (FI)(\mathrm{F}_I).

Proposition 4

Sur un ensemble XX, pour qu’un filtre F′\mathfrak{F}' de base B′\mathfrak{B}' soit plus fin qu’un filtre F\mathfrak{F} de base B\mathfrak{B}, il faut et il suffit que tout ensemble de B\mathfrak{B} contienne un ensemble de B′\mathfrak{B}'.

La proposition résulte aussitôt des déf. 2 (I, p. 36) et 3 (I, p. 38).

Corollaire

Pour que deux bases de filtre B\mathfrak{B}, B′\mathfrak{B}' sur un ensemble XX soient équivalentes, il faut et il suffit que tout ensemble de B\mathfrak{B} contienne un ensemble de B′\mathfrak{B}' et que tout ensemble de B′\mathfrak{B}' contienne un ensemble de B\mathfrak{B}.

Exemples de bases de filtre. — 1) Soit XX un espace topologique; les bases du filtre des voisinages d’un point x∈Xx \in X ne sont autres, en vertu de la prop. 3, que les systèmes fondamentaux de voisinages de xx (I, p. 4, déf. 5).

2) Soit XX un ensemble non vide, préordonné filtrant pour une relation (σ)(\sigma) (E, III, p. 12); pour tout élément a∈Xa \in X, on appellera section de XX relative à l’élément aa l’ensemble S(a)S(a) des x∈Xx \in X tels que a(σ)xa(\sigma)x. L’ensemble G\mathfrak{G} des sections de XX est une base de filtre: il satisfait en effet à (BII)(B_{II}) de manière évidente; d’autre part, si a,ba, b sont deux éléments quelconques de XX, il existe par hypothèse un élément c∈Xc \in X tel que a(σ)ca(\sigma)c et b(σ)cb(\sigma)c, d’où S(c)⊂S(a)∩S(b)S(c) \subset S(a) \cap S(b), ce qui démontre (BI)(B_I). Le filtre engendré par G\mathfrak{G} est appelé le filtre des sections de l’ensemble filtrant XX.

Par exemple, le filtre de Fréchet (I, p. 36) est le filtre des sections sur l’ensemble ordonné N\mathbf{N}, considéré comme ensemble filtrant pour la relation ⩽\leqslant.

Soit maintenant F\mathfrak{F} un filtre sur un ensemble ZZ; comme F\mathfrak{F} est un ensemble filtrant pour la relation ⊃\supset (en vertu de l’axiome (FΠ)(\mathrm{F}_{\Pi})), on peut définir sur F\mathfrak{F} un filtre des sections, une section relative à un ensemble A∈FA \in \mathfrak{F} étant ici l’ensemble S(A)S(A) des ensembles M∈FM \in \mathfrak{F} tels que M⊂AM \subset A. Ce filtre est appelé le filtre des sections du filtre F\mathfrak{F}.

4. Ultrafiltres

Définition 4

On appelle ultrafiltre sur un ensemble XX un filtre tel qu’il n’existe aucun filtre strictement plus fin que lui* (en d’autres termes, un élément maximal de l’ensemble ordonné des filtres sur XX).

Comme l’ensemble ordonné des filtres sur XX est inductif (I, p. 37, cor. 3), le th. de Zorn (E, III, p. 20, th. 2) entraîne le théorème suivant: Théorème 1. — Pour tout filtre F\mathfrak{F} sur un ensemble XX, il existe un ultrafiltre plus fin que F\mathfrak{F}.

Proposition 5

Soit F\mathfrak{F} un ultrafiltre sur un ensemble XX. Si AA et BB sont deux parties de XX telles que A∪B∈FA \cup B \in \mathfrak{F}, on a A∈FA \in \mathfrak{F} ou B∈FB \in \mathfrak{F}*.

Raisonnons par l’absurde, et supposons que A∉FA \notin \mathfrak{F}, B∉FB \notin \mathfrak{F} et A∪B∈FA \cup B \in \mathfrak{F}. Soit G\mathfrak{G} l’ensemble des parties MM de XX telles que A∪M∈FA \cup M \in \mathfrak{F}. On vérifie immédiatement que G\mathfrak{G} est un filtre sur XX. Or G\mathfrak{G} est strictement plus fin que F\mathfrak{F}, puisque B∈GB \in \mathfrak{G}; mais ceci est en contradiction avec l’hypothèse que F\mathfrak{F} est un ultrafiltre.

Corollaire

Si la réunion d’une suite finie (Ai)1≤i≤n(A_i)_{1 \leq i \leq n} de parties de XX appartient à un ultrafiltre F\mathfrak{F}, l’un au moins des AiA_i appartient à F\mathfrak{F}*.

Il suffit de raisonner par récurrence sur nn.

En particulier, si (Ai)1≤i≤n(A_i)_{1 \leq i \leq n} est un recouvrement de XX, un au moins des AiA_i appartient à F\mathfrak{F}.

La prop. 5 caractérise les ultrafiltres; plus généralement:

Proposition 6

Soit G\mathfrak{G} un système générateur d’un filtre sur un ensemble XX; si, pour toute partie YY de XX, on a Y∈GY \in \mathfrak{G} ou ∁Y∈G\complement Y \in \mathfrak{G}, G\mathfrak{G} est un ultrafiltre sur XX*.

Soit en effet F\mathfrak{F} un filtre contenant G\mathfrak{G} (il en existe par hypothèse); F\mathfrak{F} est identique à G\mathfrak{G}, car si Y∈FY \in \mathfrak{F}, on a ∁Y∉F\complement Y \notin \mathfrak{F}, donc ∁Y∉G\complement Y \notin \mathfrak{G}, ce qui entraîne Y∈GY \in \mathfrak{G}.

Exemple d’ultrafiltre. — L’ensemble des parties d’un ensemble non vide XX qui contiennent un élément a∈Xa \in X est un ultrafiltre; en effet, c’est un filtre et si YY est une partie quelconque de XX, on a a∈Ya \in Y ou a∈∁Ya \in \complement Y. Ces ultrafiltres sont dits triviaux.

Le lecteur pourra observer qu’en dehors de cet exemple, nous ne démontrerons jamais l’existence d’un ultrafiltre (même sur un ensemble infini dénombrable) autrement que par le th. 1 (donc en utilisant l’axiome de choix).

Remarque

Si XX est un ensemble contenant au moins deux éléments, il y a au moins deux ultrafiltres distincts sur XX, donc l’ensemble ordonné des filtres sur XX n’a pas de plus grand élément.

Proposition 7

Tout filtre F\mathfrak{F} sur un ensemble XX est l’intersection des ultrafiltres plus fins qui lui.

Il est clair que cette intersection contient F\mathfrak{F}. D’autre part, soit AA un ensemble n’appartenant pas à F\mathfrak{F}, et posons A′=∁AA' = \complement A; comme AA ne contient aucun ensemble de F\mathfrak{F}, on a M∩A′≠∅M \cap A' \neq \varnothing pour tout M∈FM \in \mathfrak{F}, et par suite (I, p. 37, cor. 1), il existe un filtre F′\mathfrak{F}' plus fin que F\mathfrak{F} et contenant A′A'. Si U\mathfrak{U} est un ultrafiltre plus fin que F′\mathfrak{F}' (I, p. 39, th. 1), on a donc A∉UA \notin \mathfrak{U}, ce qui achève la démonstration.

5. Filtre induit

Proposition 8

Soient F\mathfrak{F} un filtre sur un ensemble XX, AA une partie de XX. Pour que la trace FA\mathfrak{F}_A de F\mathfrak{F} sur AA soit un filtre sur AA, il faut et il suffit que tout ensemble de F\mathfrak{F} rencontre AA.

En effet, la relation (M∩N)∩A=(M∩A)∩(N∩A)(M \cap N) \cap A = (M \cap A) \cap (N \cap A) montre que FA\mathfrak{F}_A vérifie (FII)(\mathrm{F}_{\mathrm{II}}); de même, si M∩A⊂P⊂AM \cap A \subset P \subset A, on a P=(M∪P)∩AP = (M \cup P) \cap A, donc FA\mathfrak{F}_A vérifie (F1)(\mathrm{F}_1). Pour que FA\mathfrak{F}_A satisfasse à (FIII)(\mathrm{F}_{\mathrm{III}}), il faut et il suffit que tout ensemble de F\mathfrak{F} rencontre AA, d’où la proposition.

En particulier, si A∈FA \in \mathfrak{F}, FA\mathfrak{F}_A est un filtre sur AA, d’après (FII)(\mathrm{F}_{\mathrm{II}}) et (FIII)(\mathrm{F}_{\mathrm{III}}).

Définition 5

Si la trace, sur une partie AA d’un ensemble XX, d’un filtre F\mathfrak{F} sur XX, est un filtre sur AA, on dit que ce filtre est induit par F\mathfrak{F} sur AA.

Si un filtre F\mathfrak{F} sur XX induit un filtre sur A⊂XA \subset X, la trace sur AA d’une base de F\mathfrak{F} est une base de FA\mathfrak{F}_A en vertu de la prop. 3 de I, p. 37.

Exemple

Soient XX un espace topologique, AA une partie de XX, xx un point de XX; pour que la trace sur AA du filtre des voisinages de xx soit un filtre sur AA, il faut et il suffit que tout voisinage de xx rencontre AA, autrement dit (I, p. 7, déf. 10) que xx soit adhérent à AA.

Ce qui fait l’intérêt de cet exemple de filtre induit, c’est d’une part qu’il joue un rôle important dans la théorie des limites (I, p. 50), et d’autre part que tout filtre peut être défini de cette manière. En effet, soit F\mathfrak{F} un filtre sur un ensemble XX; soit X′X' l’ensemble obtenu en adjoignant à XX un nouvel élément ω\omega, XX étant identifié au complémentaire de {ω}\{\omega\} dans X′X' (E, II, p. 30); soit F′\mathfrak{F}' le filtre sur X′X' formé des ensembles M∪{ω}M \cup \{\omega\}, où MM parcourt F\mathfrak{F}. Pour tout point x≠ωx \neq \omega de X′X', soit V(x)\mathfrak{V}(x) l’ensemble des parties de X′X' contenant xx; posons d’autre part V(ω)=F′\mathfrak{V}(\omega) = \mathfrak{F}'; les V(x)\mathfrak{V}(x), pour x∈X′x \in X', satisfont visiblement aux axiomes (V1)(\mathrm{V}_1), (VII)(\mathrm{V}_\mathrm{II}), (VIII)(\mathrm{V}_\mathrm{III}), et (VIV)(\mathrm{V}_\mathrm{IV}), donc définissent sur X′X' une topologie dont ils sont les filtres de voisinages; enfin ω\omega est adhérent à XX pour cette topologie et F\mathfrak{F} est induit par F′=V(ω)\mathfrak{F}' = \mathfrak{V}(\omega) sur XX. La topologie ainsi définie sur X′X' (resp. l’ensemble X′X' muni de cette topologie) s’appelle topologie associée (resp. espace topologique associé) à F\mathfrak{F}.

Proposition 9

Pour qu’un ultrafiltre U\mathfrak{U} sur un ensemble XX induise un filtre sur une partie AA de XX, il faut et il suffit que A∈UA \in \mathfrak{U}; si cette condition est remplie, UA\mathfrak{U}_A est un ultrafiltre sur AA.

C’est une conséquence immédiate des prop. 5 et 6 (I, p. 39).

6. Image directe et image réciproque d’une base de filtre

Soit B\mathfrak{B} une base de filtre sur un ensemble XX, et soit ff une application de XX dans un ensemble X′X'; f(B)f(\mathfrak{B}) est une base de filtre sur X′X', car la relation M≠∅M \neq \varnothing entraîne f(M) \neq \varnothing, et on a f(M∩N)⊂f(M)∩f(N)f(M \cap N) \subset f(M) \cap f(N). Si B1\mathfrak{B}_1 est une base d’un filtre plus fin que le filtre de base B\mathfrak{B}, f(B1)f(\mathfrak{B}_1) est une base d’un filtre plus fin que le filtre de base f(B)f(\mathfrak{B}) (I, p. 38, prop. 4).

Proposition 10

Si B\mathfrak{B} est une base d’ultrafiltre sur un ensemble XX, ff une application de XX dans X′X', f(B)f(\mathfrak{B}) est une base d’ultrafiltre sur X′X'.

Soit en effet M′M' une partie de X′X'; si f−1(M′)f^{-1}(M') contient un ensemble MM de B\mathfrak{B}, M′M' contient f(M)f(M); sinon, ∁f−1(M′)=f−1(∁M′)\complement f^{-1}(M') = f^{-1}(\complement M') contient un ensemble NN de B\mathfrak{B} (I, p. 39, prop. 5), donc ∁M′\complement M' contient f(N)f(N). La proposition résulte par suite de la prop. 6 de I, p. 39.

Considérons en particulier le cas où ff est l’injection canonique A→XA \to X d’une partie AA d’un ensemble XX. Si B\mathfrak{B} est une base de filtre sur AA, f(B)f(\mathfrak{B}) est une base de filtre sur XX. On dit que le filtre F\mathfrak{F} sur XX engendré par f(B)f(\mathfrak{B}) est le filtre engendré par B\mathfrak{B}, lorsqu’on considère B\mathfrak{B} comme base de filtre sur XX. Si B\mathfrak{B} est une base d’ultrafiltre sur AA, c’est aussi une base d’ultrafiltre sur XX, en vertu de la prop. 10.

Examinons maintenant si l’*image réciproque* d’une base de filtre est une base de filtre. Soit B′\mathfrak{B}' une base de filtre sur un ensemble X′X', et soit ff une application de XX dans X′X'; pour que f−1(B′)f^{-1}(\mathfrak{B}') soit une base de filtre sur XX, il faut et il suffit que f−1(M′)≠∅f^{-1}(M') \neq \varnothing pour tout M′∈B′M' \in \mathfrak{B}', comme il résulte aussitôt de la relation

f−1(M′∩N′)=f−1(M′)∩f−1(N′) f^{-1}(M' \cap N') = f^{-1}(M') \cap f^{-1}(N')

et de la déf. 3 de I, p. 38. Cette condition peut aussi s’exprimer en disant que tout ensemble de B′\mathfrak{B}' rencontre f(X)f(X) (ou encore que la trace de B′\mathfrak{B}' sur f(X)f(X) est une base de filtre). On notera que si elle est remplie, f(f−1(B′))f(f^{-1}(\mathfrak{B}')) est une base d’un filtre plus fin que le filtre de base B′\mathfrak{B}'.

Si B\mathfrak{B} est une base de filtre sur XX, il est clair que la condition précédente est remplie par B′=f(B);f−1(f(B))\mathfrak{B}' = f(\mathfrak{B}); f^{-1}(f(\mathfrak{B})) est alors une base d’un filtre moins fin que le filtre de base B\mathfrak{B}.

Soient AA une partie d’un ensemble XX, φ\varphi l’injection canonique A→XA \to X; si B\mathfrak{B} est une base de filtre sur XX, φ−1(B)\varphi^{-1}(\mathfrak{B}) n’est autre que BA\mathfrak{B}_A; en exprimant, à l’aide de la condition précédente, que c’est une base de filtre sur AA, on retrouve une partie de la prop. 8 de I, p. 40.

7. Produit de filtres

Soit (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} une famille d’ensembles, et pour chaque indice i∈Ii \in I, soit Bi\mathfrak{B}_i une base de filtre sur XiX_i. Soit B\mathfrak{B} l’ensemble des parties de l’ensemble produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i, qui sont de la forme ∏i∈IMi\prod_{i \in I} M_i, où Mi=XiM_i = X_i sauf pour un nombre fini d’indices et où Mi∈BiM_i \in \mathfrak{B}_i pour tout ii tel que Mi≠XiM_i \neq X_i. En vertu de la formule

(∏i∈IMi)∩(∏i∈INi)=∏i∈I(Mi∩Ni), (\prod_{i \in I} M_i) \cap (\prod_{i \in I} N_i) = \prod_{i \in I} (M_i \cap N_i),
il est immédiat que B\mathfrak{B} est une base de filtre sur XX. On notera que le filtre de base B\mathfrak{B} est aussi engendré par les ensembles pr⁡k−1(Mk)\operatorname{pr}_k^{-1}(M_k), où Mk∈BkM_k \in \mathfrak{B}_k et où kk parcourt II, puisque pr⁡k−1(Mk)=Mk×∏i≠kXi\operatorname{pr}_k^{-1}(M_k) = M_k \times \prod_{i \neq k} X_i.

Définition 6

Étant donné un filtre Fi\mathfrak{F}_i sur chacun des ensembles XiX_i d’une famille (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} on appelle produit des filtres Fi\mathfrak{F}_i et on note ∏i∈IFi\prod_{i \in I} \mathfrak{F}_i (si aucune confusion n’en résulte) le filtre sur X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i ayant pour base l’ensemble des parties de la forme ∏i∈IMi\prod_{i \in I} M_i, où Mi∈FiM_i \in \mathfrak{F}_i pour tout i∈Ii \in I et Mi=XiM_i = X_i sauf pour un nombre fini d’indices.

Le lecteur vérifiera aisément que le filtre produit des Fi\mathfrak{F}_i peut encore être défini comme le moins fin des filtres G\mathfrak{G} sur XX tels que pr⁡i(G)=Fi\operatorname{pr}_i(\mathfrak{G}) = \mathfrak{F}_i pour tout i∈Ii \in I.

Les remarques précédentes montrent que si, pour tout i∈Ii \in I, Bi\mathfrak{B}_i est une base de Fi\mathfrak{F}_i, B\mathfrak{B} est une base du filtre produit ∏i∈IFi\prod_{i \in I} \mathfrak{F}_i (I, p. 38, prop. 3).

Sur un produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i d’espaces topologiques, le filtre des voisinages d’un point quelconque x=(xi)x = (x_i) est le produit des filtres des voisinages des points xix_i (I, p. 24).

La construction d’un filtre produit F=∏i∈IFi\mathfrak{F} = \prod_{i \in I} \mathfrak{F}_i se simplifie lorsque l’ensemble d’indices II est fini : une base de F\mathfrak{F} est alors formée de tous les produits ∏i∈IMi\prod_{i \in I} M_i, où Mi∈FiM_i \in \mathfrak{F}_i pour tout i∈Ii \in I. Si I={1,2,…,n}I = \{1, 2, \ldots, n\} on écrit F1×F2×⋯×Fn\mathfrak{F}_1 \times \mathfrak{F}_2 \times \cdots \times \mathfrak{F}_n au lieu de ∏i∈IFi\prod_{i \in I} \mathfrak{F}_i.

8. Filtres élémentaires

Définition 7

Soit (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite infinie d’éléments d’un ensemble XX; on appelle filtre élémentaire associé à la suite (xn)(x_n) le filtre engendré par l’image du filtre de Fréchet (I, p. 36) par l’application n↦xnn \mapsto x_n de N\mathbf{N} dans XX.

Il revient au même de dire que le filtre élémentaire associé à (xn)(x_n) est l’ensemble des parties MM de XX telles que l’on ait xn∈Mx_n \in M sauf pour un nombre fini de valeurs de nn. Si SnS_n désigne l’ensemble des xpx_p tels que p≥np \geq n, les ensembles SnS_n forment une base du filtre élémentaire associé à la suite (xn)(x_n).

Le filtre élémentaire associé à une suite infinie extraite d’une suite (xn)(x_n) est plus fin que le filtre élémentaire associé à (xn)(x_n) (cf. I, p. 98, exerc. 15).

Tout filtre élémentaire possède par définition une base dénombrable. Inversement:

Proposition 11

Si un filtre F\mathfrak{F} possède une base dénombrable, il est le filtre intersection des filtres élémentaires plus fins que F\mathfrak{F}.

En effet, rangeons la base dénombrable de F\mathfrak{F} en une suite (An)n∈N(A_n)_{n \in \mathbf{N}}; si on pose Bn=⋂p=0nApB_n = \bigcap_{p=0}^n A_p, les BnB_n forment encore une base de F\mathfrak{F} (I, p. 38, prop. 3) et on a Bn+1⊂BnB_{n+1} \subset B_n pour tout nn. Soit ana_n un élément quelconque de BnB_n; il est clair que F\mathfrak{F} est moins fin que le filtre associé à (an)(a_n). Le filtre intersection J\mathfrak{J} des filtres élémentaires plus fins que F\mathfrak{F} existe donc et est évidemment plus fin que F\mathfrak{F}; s’il était strictement plus fin, il existerait un ensemble M∈JM \in \mathfrak{J} tel que Bn∩∁M≠∅B_n \cap \complement M \neq \varnothing pour tout nn; si bnb_n est un élément de Bn∩∁MB_n \cap \complement M, le filtre associé à la suite (bn)(b_n) serait plus fin que F\mathfrak{F} et MM n’appartiendrait pas à ce filtre, contrairement à la définition de J\mathfrak{J}.

Remarque

Un filtre moins fin qu’un filtre à base dénombrable peut fort bien ne pas posséder de base dénombrable; par exemple, si XX est un ensemble infini non dénombrable, le filtre des complémentaires des parties finies de XX n’a pas de base dénombrable (sans quoi l’ensemble des parties finies de XX serait dénombrable, ce qui est contraire à l’hypothèse); toutefois ce filtre est moins fin que tout filtre élémentaire associé à une suite infinie dont les termes sont distincts.

9. Germes suivant un filtre

Soit F\mathfrak{F} un filtre sur un ensemble XX. Dans l’ensemble P(X)\mathfrak{P}(X) des parties de XX, la relation

« il existe V∈FV \in \mathfrak{F} tel que M∩V=N∩VM \cap V = N \cap V »

entre MM et NN est une relation d’équivalence RR, car elle est évidemment réflexive et symétrique, et si M,N,PM, N, P sont trois parties de XX telles que M∩V=N∩VM \cap V = N \cap V et N∩W=P∩WN \cap W = P \cap W pour deux ensembles V,WV, W de F\mathfrak{F}, on en conclut que M∩(V∩W)=N∩(V∩W)=P∩(V∩W)M \cap (V \cap W) = N \cap (V \cap W) = P \cap (V \cap W) et l’on a V∩W∈FV \cap W \in \mathfrak{F}, d’où la transitivité de RR. On dit que la classe mod. RR d’une partie MM de XX est le germe de MM suivant F\mathfrak{F}; l’ensemble quotient P(X)/R\mathfrak{P}(X)/R est appelé l’ensemble des germes de parties de XX (suivant F\mathfrak{F}).

Les applications (M,N)↦M∩N(M, N) \mapsto M \cap N et (M,N)↦M∪N(M, N) \mapsto M \cup N de P(X)×P(X)\mathfrak{P}(X) \times \mathfrak{P}(X) dans P(X)\mathfrak{P}(X) sont compatibles avec les relations d’équivalence R×RR \times R et RR (E, II, p. 44). En effet, si M≡M′M \equiv M' (mod. RR) et N≡N′N \equiv N' (mod. RR), il existe VV et WW dans F\mathfrak{F} tels que M∩V=M′∩VM \cap V = M' \cap V et N∩W=N′∩WN \cap W = N' \cap W, d’où

(M∩N)∩(V∩W)=(M′∩N′)∩(V∩W) (M \cap N) \cap (V \cap W) = (M' \cap N') \cap (V \cap W)

et

(M∪N)∩(V∩W)=(M∩(V∩W))∪(N∩(V∩W))=(M′∩(V∩W))∪(N′∩(V∩W))=(M′∪N′)∩(V∩W). (M \cup N) \cap (V \cap W) = (M \cap (V \cap W)) \cup (N \cap (V \cap W)) \\ = (M' \cap (V \cap W)) \cup (N' \cap (V \cap W)) = (M' \cup N') \cap (V \cap W).

Par passage aux quotients, on déduit de ces applications deux applications notées (par abus de langage) (ξ,η)↦ξ∩η(\xi, \eta) \mapsto \xi \cap \eta et (ξ,η)↦ξ∪η(\xi, \eta) \mapsto \xi \cup \eta de (P(X)/R)×(P(X)/R)(\mathfrak{P}(X)/R) \times (\mathfrak{P}(X)/R) dans P(X)/R\mathfrak{P}(X)/R. On vérifie immédiatement que pour ces lois de composition tout élément est idempotent, et que ces lois sont commutatives, associatives et distributives l’une par rapport à l’autre. En outre, les relations ξ=ξ∩η\xi = \xi \cap \eta et η=ξ∪η\eta = \xi \cup \eta sont équivalentes; si on les écrit (par abus de langage) ξ⊂η\xi \subset \eta, on vérifie aisément que cette relation est une relation d’ordre sur P(X)/R\mathfrak{P}(X)/R, pour laquelle cet ensemble est réticulé, admet le germe de ∅\varnothing pour plus petit élément et le germe de XX pour plus grand élément; on notera d’ailleurs que la relation ξ⊂η\xi \subset \eta signifie qu’il existe M∈ξ,N∈ηM \in \xi, N \in \eta et V∈FV \in \mathfrak{F} tels que M∩V⊂N∩VM \cap V \subset N \cap V.

Soit maintenant X′X' un second ensemble, et désignons par Φ\Phi l’ensemble des applications dont l’ensemble de départ est une partie de XX appartenant à F\mathfrak{F} et dont X′X' est l’ensemble d’arrivée. Dans Φ\Phi, la relation

« il existe V∈FV \in \mathfrak{F} tel que ff et gg soient définies et coïncident dans VV »

entre ff et gg est une relation d’équivalence SS, car elle est évidemment réflexive et symétrique; de plus, elle est transitive, car si ff et gg sont définies et coïncident dans V∈FV \in \mathfrak{F}, et si gg et hh sont définies et coïncident dans W∈FW \in \mathfrak{F}, alors ff et hh sont définies et coïncident dans V∩W∈FV \cap W \in \mathfrak{F}. On dit que la classe mod. SS d’une application ff d’un ensemble V∈FV \in \mathfrak{F} dans X′X' est le germe de ff (suivant F\mathfrak{F}) , et l’ensemble quotient Φ~=Φ/S\tilde{\Phi} = \Phi/S est appelé l’*ensemble des germes d’applications de XX dans X′X' (suivant F\mathfrak{F})*.

Remarque 1

Toute application ff d’une partie M∈FM \in \mathfrak{F} de XX dans X′X' est équivalente mod. SS à une application f1f_1 de XX dans X′X' (ce qui justifie la terminologie précédente): il suffit en effet de prolonger ff à XX en lui donnant par exemple une valeur constante dans X−MX - M.

Remarque 2

Pour que les fonctions caractéristiques φM\varphi_M et φN\varphi_N de deux parties M,NM, N de XX aient même germe suivant F\mathfrak{F}, il faut et il suffit que les parties MM et NN aient même germe suivant F\mathfrak{F}.

Soient X′′X'' un troisième ensemble, φ\varphi une application de X′X' dans X′′X'', Φ′\Phi' l’ensemble des applications dont l’ensemble de départ est une partie de XX appartenant à F\mathfrak{F} et dont X′′X'' est l’ensemble d’arrivée. Pour toute application f∈Φf \in \Phi, φ∘f\varphi \circ f appartient à Φ′\Phi'; en outre, il est immédiat que si g∈Φg \in \Phi a même germe que ff suivant F\mathfrak{F}, φ∘f\varphi \circ f et φ∘g\varphi \circ g ont même germe suivant F\mathfrak{F}; ce germe ne dépend donc que du germe f~\tilde{f} de ff suivant F\mathfrak{F} et se note φ(f~)\varphi(\tilde{f}). On définit ainsi une application (encore notée φ\varphi par abus de langage) de l’ensemble Φ~\tilde{\Phi} des germes d’applications de XX dans X′X', dans l’ensemble Φ~′\tilde{\Phi}' des germes d’applications de XX dans X′′X''.

Soient maintenant Xi′X'_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) des ensembles, Y=∏i=1nXi′Y = \prod_{i=1}^n X'_i leur produit; désignons par Φi\Phi_i (resp. Φ\Phi) l’ensemble des applications dont l’ensemble de départ est une partie appartenant à F\mathfrak{F} et dont Xi′X'_i (resp. YY) est l’ensemble d’arrivée. Si fi∈Φif_i \in \Phi_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n et si Mi∈FM_i \in \mathfrak{F} est l’ensemble de départ de fif_i, l’application t \mapsto (f_1(t), \ldots, f_n(t)) est définie dans \bigcap_{i=1}^n M_i et appartient donc à Φ\Phi; nous la désignerons (par abus de langage) par (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n). En outre, si fif_i et gig_i appartiennent à Φi\Phi_i et ont même germe suivant F\mathfrak{F} (pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n), il est immédiat que (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n) et (g1,…,gn)(g_1, \ldots, g_n) ont même germe suivant F\mathfrak{F}; ce germe ne dépend donc que des germes f~i\tilde{f}_i des fif_i. Si on le désigne par Γ(f~1,…,f~n)\Gamma(\tilde{f}_1, \ldots, \tilde{f}_n), il est immédiat que Γ\Gamma est une bijection de l’ensemble produit ∏i=1nΦ~i\prod_{i=1}^n \tilde{\Phi}_i sur l’ensemble Φ~\tilde{\Phi}, en désignant par Φ~i\tilde{\Phi}_i (resp. Φ~\tilde{\Phi}) l’ensemble des germes suivant F\mathfrak{F} des applications de X dans Xi′X'_i (resp. dans Y); aussi, par abus de langage, écrit-on d’ordinaire (f~1,…,f~n)(\tilde{f}_1, \ldots, \tilde{f}_n) au lieu de Γ(f~1,…,f~n)\Gamma(\tilde{f}_1, \ldots, \tilde{f}_n) s’il n’en résulte pas de confusion.

D’après ce qui précède, toute application ψ\psi de Y dans un ensemble X′′X'' définit donc une application (f~1,…,f~n)↦ψ(f~1,…,f~n)(\tilde{f}_1, \ldots, \tilde{f}_n) \mapsto \psi(\tilde{f}_1, \ldots, \tilde{f}_n) de ∏i=1nΦ~i\prod_{i=1}^n \tilde{\Phi}_i dans l’ensemble Φ~′\tilde{\Phi}' des germes des applications de X dans X′′X''.

En particulier, si I={1,2}I = \{1, 2\} et si X1′,X2′X'_1, X'_2 et X′′X'' sont tous égaux à un même ensemble X′X' (de sorte que ψ\psi est une loi de composition sur X′X') on déduit de ψ\psi une loi de composition sur l’ensemble Φ~\tilde{\Phi} des germes d’applications de X dans X′X'. On vérifie aussitôt que si la loi donnée sur X′X' est associative (resp. commutative), il en est de même de la loi correspondante sur Φ~\tilde{\Phi}; si la loi ψ\psi sur X′X' admet un élément neutre e′e', le germe suivant F\mathfrak{F} de l’application constante x↦e′x \mapsto e' est élément neutre pour la loi correspondante sur Φ~\tilde{\Phi}. Enfin, lorsque X′X' admet un élément neutre e′e', pour que le germe f~\tilde{f} d’un élément f∈Φf \in \Phi soit inversible dans Φ~\tilde{\Phi}, il faut et il suffit qu’il existe V∈FV \in \mathfrak{F}, contenu dans l’ensemble de départ de ff, et tel que f(t)f(t) soit inversible dans X′X' pour tout t∈Vt \in V; si, pour tout t∈Vt \in V, on note g(t)g(t) l’inverse de f(t)f(t), le germe g~\tilde{g} de gg est alors l’inverse de f~\tilde{f} dans Φ~\tilde{\Phi}. En particulier, si X′X' est un groupe pour la loi ψ\psi, Φ~\tilde{\Phi} est un groupe pour la loi correspondante; on prouve de même que si X′X' est un anneau (resp. une algèbre sur un anneau A), Φ~\tilde{\Phi} est un anneau (resp. une algèbre sur A) pour les lois de composition correspondantes.

10. Germes en un point

Un des cas les plus fréquents où s’appliquent les définitions et résultats du n° 9 est celui où F\mathfrak{F} est le filtre des voisinages d’un point aa d’un espace topologique X; on parle alors de « germes au point aa » au lieu de « germes suivant F\mathfrak{F} ». On notera qu’il n’existe alors qu’un seul germe de voisinages du point aa, celui de l’espace X tout entier. Les germes d’ensembles fermés sont identiques aux germes d’ensembles localement fermés au point aa, car si L est localement fermé au point aa, les germes de L et de L‾\overline{L} au point aa sont égaux (I, p. 18, prop. 1). On en conclut que si ξ,η\xi, \eta sont deux germes d’ensembles localement fermés au point aa, ξ∪η\xi \cup \eta et ξ∩η\xi \cap \eta sont aussi de tels germes.

Comme aa appartient à tout ensemble V∈F,f(a)V \in \mathfrak{F}, f(a) est défini pour toute application ff dont l’ensemble de départ appartient à F\mathfrak{F}; en outre, si ff et gg ont même germe au point aa, on a nécessairement f(a)=g(a)f(a) = g(a), donc f(a)f(a) ne dépend que du germe f~\tilde{f} de ff au point aa; on dit que c’est la valeur de f~\tilde{f} au point aa et on la note f~(a)\tilde{f}(a). On notera que la relation f~(a)=g~(a)\tilde{f}(a) = \tilde{g}(a) n’entraîne nullement f~=g~\tilde{f} = \tilde{g} en général.

Soient X′,X′′X', X'' deux espaces topologiques, bb un point de X′X', g,g′g, g' deux applications de X′X' dans X′′X'' ayant même germe au point bb. Si f,f′f, f' sont deux applications de XX dans X′X', continues au point aa, ayant même germe en ce point et telles que f(a)=b,g∘ff(a) = b, g \circ f et g′∘f′g' \circ f' ont même germe au point aa: en effet, si V′V' est un voisinage de bb tel que g(x′)=g′(x′)g(x') = g'(x') dans V′V', il existe un voisinage VV de aa tel que f(V)⊂V′f(V) \subset V', f′(V)⊂V′f'(V) \subset V' et f(x)=f′(x)f(x) = f'(x) dans VV, d’où notre assertion. Le germe de g∘fg \circ f au point aa est alors appelé le composé des germes g~\tilde{g} et f~\tilde{f} de gg et de ff et se note g~∘f~\tilde{g} \circ \tilde{f}.

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.