§ 6. Filtres
1. Définition d’un filtre
Définition 1
On appelle filtre sur un ensemble X un ensemble de parties de X qui possède les propriétés suivantes:
Toute partie de X contenant un ensemble de appartient à .
Toute intersection finie d’ensembles de appartient à .
La partie vide de X n’appartient pas à .
Des deux dernières de ces propriétés on déduit que toute intersection finie d’ensembles de est non vide.
Un filtre sur X définit sur X une structure dont les axiomes sont (), () et (); cette structure est dite structure d’ensemble filtré, et l’ensemble X, muni de cette structure, est appelé ensemble filtré par le filtre .
L’axiome () est équivalent à la conjonction des deux axiomes suivants:
L’intersection de deux ensembles de appartient à .
X appartient à .
Les axiomes () et () montrent qu’il n’y a pas de filtre sur l’ensemble vide.
Pour qu’un ensemble de parties satisfaisant à () vérifie aussi (), il faut et il suffit qu’il soit non vide. Pour qu’un ensemble de parties satisfaisant à () vérifie aussi (), il faut et il suffit que cet ensemble soit différent de .
Exemples de filtres. — 1) Si , l’ensemble de parties réduit au seul élément X est un filtre sur X. Plus généralement, l’ensemble des parties de X qui contiennent une partie non vide A de X est un filtre sur X.
2) Sur un espace topologique X, l’ensemble des voisinages d’une partie non vide quelconque de X (et en particulier d’un point de X) est un filtre.
3) Si X est un ensemble infini, les complémentaires des parties finies de X sont les éléments d’un filtre. Le filtre des complémentaires des parties finies de l’ensemble des entiers est appelé le filtre de Fréchet.
2. Comparaison des filtres
Définition 2
Étant donnés deux filtres sur un même ensemble X, on dit que est plus fin que , ou que est moins fin que , si . Si de plus , on dit que est strictement plus fin que , ou que est strictement moins fin que .
Deux filtres dont l’un est plus fin que l’autre sont dits comparables. L’ensemble de tous les filtres sur X est ordonné par la relation « est moins fin que », qui n’est autre que la relation induite par la relation d’inclusion dans .
Soit une famille non vide quelconque de filtres sur un ensemble X (nécessairement non vide); l’ensemble vérifie les axiomes (), () et , donc est un filtre, appelé filtre intersection de la famille , et qui est évidemment la borne inférieure de l’ensemble des dans l’ensemble ordonné des filtres sur .
Le filtre formé de l’unique ensemble est le plus petit élément de l’ensemble ordonné des filtres sur ; lorsque a plus d’un élément, nous verrons dans I, p. 39 qu’il n’y a pas de plus grand élément dans l’ensemble ordonné des filtres sur .
Étant donné un ensemble de parties d’un ensemble , cherchons s’il existe des filtres sur contenant . Si un tel filtre existe, il contient aussi, d’après , l’ensemble des intersections finies d’ensembles de (y compris , intersection de la partie vide de ); une condition nécessaire pour que le problème soit possible est donc que la partie vide de n’appartienne pas à . Montrons que cette condition est suffisante: en effet, tout filtre contenant contient aussi, d’après , l’ensemble des parties de qui contiennent un ensemble de . Or, satisfait évidemment à ; il satisfait à d’après la définition de , et enfin il satisfait à puisque la partie vide de n’appartient pas à . L’ensemble est donc le moins fin des filtres contenant . Nous avons donc prouvé:
Proposition 1
Pour qu’il existe un filtre sur contenant un ensemble de parties de , il faut et il suffit qu’aucune des intersections finies d’ensembles de ne soit vide.
On dit que le filtre défini ci-dessus est engendré par , et que est un système générateur de .
Exemple
Soit un ensemble quelconque de parties d’un ensemble , et considérons la topologie sur engendrée par (I, p. 13, Exemple II). Comme l’ensemble des intersections finies d’ensembles de est une base de , il résulte de la démonstration de la prop. 1 ci-dessus, ainsi que la prop. 3 de I, p. 5, que pour tout , le filtre des voisinages de pour est engendré par l’ensemble des ensembles de auxquels appartient .
Corollaire 1
Soient un filtre sur un ensemble , une partie de . Pour qu’il existe un filtre plus fin que et tel que il faut et il suffit que rencontre tous les ensembles de .
Corollaire 2
Pour qu’un ensemble de filtres sur un ensemble non vide admette une borne supérieure dans l’ensemble de tous les filtres sur , il faut et il suffit que pour toute suite finie d’éléments de et tout (), l’intersection soit non vide.
Cela exprime en effet que la réunion des filtres vérifie la condition de la prop. 1.
Corollaire 3
L’ensemble ordonné des filtres sur un ensemble non vide est inductif.
En effet, tout ensemble totalement ordonné de filtres sur vérifie la condition du cor. 2, car les ensembles appartiennent tous à l’un des par hypothèse, et il suffit d’appliquer .
3. Bases d’un filtre
Si est un système générateur d’un filtre sur (I, p. 37), n’est pas en général l’ensemble des parties de contenant un ensemble de : pour que ait cette propriété, il faut et il suffit que toute intersection finie d’ensembles de contienne un ensemble de . On a donc la proposition suivante:
Proposition 2
Étant donné un ensemble de parties d’un ensemble , pour que l’ensemble des parties de contenant un ensemble de soit un filtre, il faut et il suffit que possède les deux propriétés suivantes:
L’intersection de deux ensembles de contient un ensemble de .
n’est pas vide, et la partie vide de n’appartient pas à .
Définition 3
On dit qu’un ensemble de parties d’un ensemble qui satisfait aux axiomes et est une base du filtre qu’il engendre. On dit que deux bases de filtre sont équivalentes lorsqu’elles engendrent le même filtre.
Si est un système générateur d’un filtre , l’ensemble des intersections finies d’ensembles de est une base de (I, p. 37).
Proposition 3
Pour qu’une partie d’un filtre sur soit une base de , il faut et il suffit que tout ensemble de contienne un ensemble de .
La condition est évidemment nécessaire; elle est suffisante, car si elle est remplie, l’ensemble des parties de contenant un ensemble de est identique à en vertu de .
Proposition 4
Sur un ensemble , pour qu’un filtre de base soit plus fin qu’un filtre de base , il faut et il suffit que tout ensemble de contienne un ensemble de .
La proposition résulte aussitôt des déf. 2 (I, p. 36) et 3 (I, p. 38).
Corollaire
Pour que deux bases de filtre , sur un ensemble soient équivalentes, il faut et il suffit que tout ensemble de contienne un ensemble de et que tout ensemble de contienne un ensemble de .
Exemples de bases de filtre. — 1) Soit un espace topologique; les bases du filtre des voisinages d’un point ne sont autres, en vertu de la prop. 3, que les systèmes fondamentaux de voisinages de (I, p. 4, déf. 5).
2) Soit un ensemble non vide, préordonné filtrant pour une relation (E, III, p. 12); pour tout élément , on appellera section de relative à l’élément l’ensemble des tels que . L’ensemble des sections de est une base de filtre: il satisfait en effet à de manière évidente; d’autre part, si sont deux éléments quelconques de , il existe par hypothèse un élément tel que et , d’où , ce qui démontre . Le filtre engendré par est appelé le filtre des sections de l’ensemble filtrant .
Par exemple, le filtre de Fréchet (I, p. 36) est le filtre des sections sur l’ensemble ordonné , considéré comme ensemble filtrant pour la relation .
Soit maintenant un filtre sur un ensemble ; comme est un ensemble filtrant pour la relation (en vertu de l’axiome ), on peut définir sur un filtre des sections, une section relative à un ensemble étant ici l’ensemble des ensembles tels que . Ce filtre est appelé le filtre des sections du filtre .
4. Ultrafiltres
Définition 4
On appelle ultrafiltre sur un ensemble un filtre tel qu’il n’existe aucun filtre strictement plus fin que lui* (en d’autres termes, un élément maximal de l’ensemble ordonné des filtres sur ).
Comme l’ensemble ordonné des filtres sur est inductif (I, p. 37, cor. 3), le th. de Zorn (E, III, p. 20, th. 2) entraîne le théorème suivant: Théorème 1. — Pour tout filtre sur un ensemble , il existe un ultrafiltre plus fin que .
Proposition 5
Soit un ultrafiltre sur un ensemble . Si et sont deux parties de telles que , on a ou *.
Raisonnons par l’absurde, et supposons que , et . Soit l’ensemble des parties de telles que . On vérifie immédiatement que est un filtre sur . Or est strictement plus fin que , puisque ; mais ceci est en contradiction avec l’hypothèse que est un ultrafiltre.
Corollaire
Si la réunion d’une suite finie de parties de appartient à un ultrafiltre , l’un au moins des appartient à *.
Il suffit de raisonner par récurrence sur .
En particulier, si est un recouvrement de , un au moins des appartient à .
La prop. 5 caractérise les ultrafiltres; plus généralement:
Proposition 6
Soit un système générateur d’un filtre sur un ensemble ; si, pour toute partie de , on a ou , est un ultrafiltre sur *.
Soit en effet un filtre contenant (il en existe par hypothèse); est identique à , car si , on a , donc , ce qui entraîne .
Exemple d’ultrafiltre. — L’ensemble des parties d’un ensemble non vide qui contiennent un élément est un ultrafiltre; en effet, c’est un filtre et si est une partie quelconque de , on a ou . Ces ultrafiltres sont dits triviaux.
Le lecteur pourra observer qu’en dehors de cet exemple, nous ne démontrerons jamais l’existence d’un ultrafiltre (même sur un ensemble infini dénombrable) autrement que par le th. 1 (donc en utilisant l’axiome de choix).
Remarque
Si est un ensemble contenant au moins deux éléments, il y a au moins deux ultrafiltres distincts sur , donc l’ensemble ordonné des filtres sur n’a pas de plus grand élément.
Proposition 7
Tout filtre sur un ensemble est l’intersection des ultrafiltres plus fins qui lui.
Il est clair que cette intersection contient . D’autre part, soit un ensemble n’appartenant pas à , et posons ; comme ne contient aucun ensemble de , on a pour tout , et par suite (I, p. 37, cor. 1), il existe un filtre plus fin que et contenant . Si est un ultrafiltre plus fin que (I, p. 39, th. 1), on a donc , ce qui achève la démonstration.
5. Filtre induit
Proposition 8
Soient un filtre sur un ensemble , une partie de . Pour que la trace de sur soit un filtre sur , il faut et il suffit que tout ensemble de rencontre .
En effet, la relation montre que vérifie ; de même, si , on a , donc vérifie . Pour que satisfasse à , il faut et il suffit que tout ensemble de rencontre , d’où la proposition.
En particulier, si , est un filtre sur , d’après et .
Définition 5
Si la trace, sur une partie d’un ensemble , d’un filtre sur , est un filtre sur , on dit que ce filtre est induit par sur .
Si un filtre sur induit un filtre sur , la trace sur d’une base de est une base de en vertu de la prop. 3 de I, p. 37.
Exemple
Soient un espace topologique, une partie de , un point de ; pour que la trace sur du filtre des voisinages de soit un filtre sur , il faut et il suffit que tout voisinage de rencontre , autrement dit (I, p. 7, déf. 10) que soit adhérent à .
Ce qui fait l’intérêt de cet exemple de filtre induit, c’est d’une part qu’il joue un rôle important dans la théorie des limites (I, p. 50), et d’autre part que tout filtre peut être défini de cette manière. En effet, soit un filtre sur un ensemble ; soit l’ensemble obtenu en adjoignant à un nouvel élément , étant identifié au complémentaire de dans (E, II, p. 30); soit le filtre sur formé des ensembles , où parcourt . Pour tout point de , soit l’ensemble des parties de contenant ; posons d’autre part ; les , pour , satisfont visiblement aux axiomes , , , et , donc définissent sur une topologie dont ils sont les filtres de voisinages; enfin est adhérent à pour cette topologie et est induit par sur . La topologie ainsi définie sur (resp. l’ensemble muni de cette topologie) s’appelle topologie associée (resp. espace topologique associé) à .
Proposition 9
Pour qu’un ultrafiltre sur un ensemble induise un filtre sur une partie de , il faut et il suffit que ; si cette condition est remplie, est un ultrafiltre sur .
C’est une conséquence immédiate des prop. 5 et 6 (I, p. 39).
6. Image directe et image réciproque d’une base de filtre
Soit une base de filtre sur un ensemble , et soit une application de dans un ensemble ; est une base de filtre sur , car la relation entraîne f(M) \neq \varnothing, et on a . Si est une base d’un filtre plus fin que le filtre de base , est une base d’un filtre plus fin que le filtre de base (I, p. 38, prop. 4).
Proposition 10
Si est une base d’ultrafiltre sur un ensemble , une application de dans , est une base d’ultrafiltre sur .
Soit en effet une partie de ; si contient un ensemble de , contient ; sinon, contient un ensemble de (I, p. 39, prop. 5), donc contient . La proposition résulte par suite de la prop. 6 de I, p. 39.
Considérons en particulier le cas où est l’injection canonique d’une partie d’un ensemble . Si est une base de filtre sur , est une base de filtre sur . On dit que le filtre sur engendré par est le filtre engendré par , lorsqu’on considère comme base de filtre sur . Si est une base d’ultrafiltre sur , c’est aussi une base d’ultrafiltre sur , en vertu de la prop. 10.
Examinons maintenant si l’*image réciproque* d’une base de filtre est une base de filtre. Soit une base de filtre sur un ensemble , et soit une application de dans ; pour que soit une base de filtre sur , il faut et il suffit que pour tout , comme il résulte aussitôt de la relation
et de la déf. 3 de I, p. 38. Cette condition peut aussi s’exprimer en disant que tout ensemble de rencontre (ou encore que la trace de sur est une base de filtre). On notera que si elle est remplie, est une base d’un filtre plus fin que le filtre de base .
Si est une base de filtre sur , il est clair que la condition précédente est remplie par est alors une base d’un filtre moins fin que le filtre de base .
Soient une partie d’un ensemble , l’injection canonique ; si est une base de filtre sur , n’est autre que ; en exprimant, à l’aide de la condition précédente, que c’est une base de filtre sur , on retrouve une partie de la prop. 8 de I, p. 40.
7. Produit de filtres
Soit une famille d’ensembles, et pour chaque indice , soit une base de filtre sur . Soit l’ensemble des parties de l’ensemble produit , qui sont de la forme , où sauf pour un nombre fini d’indices et où pour tout tel que . En vertu de la formule
Définition 6
Étant donné un filtre sur chacun des ensembles d’une famille on appelle produit des filtres et on note (si aucune confusion n’en résulte) le filtre sur ayant pour base l’ensemble des parties de la forme , où pour tout et sauf pour un nombre fini d’indices.
Le lecteur vérifiera aisément que le filtre produit des peut encore être défini comme le moins fin des filtres sur tels que pour tout .
Les remarques précédentes montrent que si, pour tout , est une base de , est une base du filtre produit (I, p. 38, prop. 3).
Sur un produit d’espaces topologiques, le filtre des voisinages d’un point quelconque est le produit des filtres des voisinages des points (I, p. 24).
La construction d’un filtre produit se simplifie lorsque l’ensemble d’indices est fini : une base de est alors formée de tous les produits , où pour tout . Si on écrit au lieu de .
8. Filtres élémentaires
Définition 7
Soit une suite infinie d’éléments d’un ensemble ; on appelle filtre élémentaire associé à la suite le filtre engendré par l’image du filtre de Fréchet (I, p. 36) par l’application de dans .
Il revient au même de dire que le filtre élémentaire associé à est l’ensemble des parties de telles que l’on ait sauf pour un nombre fini de valeurs de . Si désigne l’ensemble des tels que , les ensembles forment une base du filtre élémentaire associé à la suite .
Le filtre élémentaire associé à une suite infinie extraite d’une suite est plus fin que le filtre élémentaire associé à (cf. I, p. 98, exerc. 15).
Tout filtre élémentaire possède par définition une base dénombrable. Inversement:
Proposition 11
Si un filtre possède une base dénombrable, il est le filtre intersection des filtres élémentaires plus fins que .
En effet, rangeons la base dénombrable de en une suite ; si on pose , les forment encore une base de (I, p. 38, prop. 3) et on a pour tout . Soit un élément quelconque de ; il est clair que est moins fin que le filtre associé à . Le filtre intersection des filtres élémentaires plus fins que existe donc et est évidemment plus fin que ; s’il était strictement plus fin, il existerait un ensemble tel que pour tout ; si est un élément de , le filtre associé à la suite serait plus fin que et n’appartiendrait pas à ce filtre, contrairement à la définition de .
Remarque
Un filtre moins fin qu’un filtre à base dénombrable peut fort bien ne pas posséder de base dénombrable; par exemple, si est un ensemble infini non dénombrable, le filtre des complémentaires des parties finies de n’a pas de base dénombrable (sans quoi l’ensemble des parties finies de serait dénombrable, ce qui est contraire à l’hypothèse); toutefois ce filtre est moins fin que tout filtre élémentaire associé à une suite infinie dont les termes sont distincts.
9. Germes suivant un filtre
Soit un filtre sur un ensemble . Dans l’ensemble des parties de , la relation
« il existe tel que »
entre et est une relation d’équivalence , car elle est évidemment réflexive et symétrique, et si sont trois parties de telles que et pour deux ensembles de , on en conclut que et l’on a , d’où la transitivité de . On dit que la classe mod. d’une partie de est le germe de suivant ; l’ensemble quotient est appelé l’ensemble des germes de parties de (suivant ).
Les applications et de dans sont compatibles avec les relations d’équivalence et (E, II, p. 44). En effet, si (mod. ) et (mod. ), il existe et dans tels que et , d’où
et
Par passage aux quotients, on déduit de ces applications deux applications notées (par abus de langage) et de dans . On vérifie immédiatement que pour ces lois de composition tout élément est idempotent, et que ces lois sont commutatives, associatives et distributives l’une par rapport à l’autre. En outre, les relations et sont équivalentes; si on les écrit (par abus de langage) , on vérifie aisément que cette relation est une relation d’ordre sur , pour laquelle cet ensemble est réticulé, admet le germe de pour plus petit élément et le germe de pour plus grand élément; on notera d’ailleurs que la relation signifie qu’il existe et tels que .
Soit maintenant un second ensemble, et désignons par l’ensemble des applications dont l’ensemble de départ est une partie de appartenant à et dont est l’ensemble d’arrivée. Dans , la relation
« il existe tel que et soient définies et coïncident dans »
entre et est une relation d’équivalence , car elle est évidemment réflexive et symétrique; de plus, elle est transitive, car si et sont définies et coïncident dans , et si et sont définies et coïncident dans , alors et sont définies et coïncident dans . On dit que la classe mod. d’une application d’un ensemble dans est le germe de (suivant ) , et l’ensemble quotient est appelé l’*ensemble des germes d’applications de dans (suivant )*.
Remarque 1
Toute application d’une partie de dans est équivalente mod. à une application de dans (ce qui justifie la terminologie précédente): il suffit en effet de prolonger à en lui donnant par exemple une valeur constante dans .
Remarque 2
Pour que les fonctions caractéristiques et de deux parties de aient même germe suivant , il faut et il suffit que les parties et aient même germe suivant .
Soient un troisième ensemble, une application de dans , l’ensemble des applications dont l’ensemble de départ est une partie de appartenant à et dont est l’ensemble d’arrivée. Pour toute application , appartient à ; en outre, il est immédiat que si a même germe que suivant , et ont même germe suivant ; ce germe ne dépend donc que du germe de suivant et se note . On définit ainsi une application (encore notée par abus de langage) de l’ensemble des germes d’applications de dans , dans l’ensemble des germes d’applications de dans .
Soient maintenant () des ensembles, leur produit; désignons par (resp. ) l’ensemble des applications dont l’ensemble de départ est une partie appartenant à et dont (resp. ) est l’ensemble d’arrivée. Si pour et si est l’ensemble de départ de , l’application t \mapsto (f_1(t), \ldots, f_n(t)) est définie dans \bigcap_{i=1}^n M_i et appartient donc à ; nous la désignerons (par abus de langage) par . En outre, si et appartiennent à et ont même germe suivant (pour ), il est immédiat que et ont même germe suivant ; ce germe ne dépend donc que des germes des . Si on le désigne par , il est immédiat que est une bijection de l’ensemble produit sur l’ensemble , en désignant par (resp. ) l’ensemble des germes suivant des applications de X dans (resp. dans Y); aussi, par abus de langage, écrit-on d’ordinaire au lieu de s’il n’en résulte pas de confusion.
D’après ce qui précède, toute application de Y dans un ensemble définit donc une application de dans l’ensemble des germes des applications de X dans .
En particulier, si et si et sont tous égaux à un même ensemble (de sorte que est une loi de composition sur ) on déduit de une loi de composition sur l’ensemble des germes d’applications de X dans . On vérifie aussitôt que si la loi donnée sur est associative (resp. commutative), il en est de même de la loi correspondante sur ; si la loi sur admet un élément neutre , le germe suivant de l’application constante est élément neutre pour la loi correspondante sur . Enfin, lorsque admet un élément neutre , pour que le germe d’un élément soit inversible dans , il faut et il suffit qu’il existe , contenu dans l’ensemble de départ de , et tel que soit inversible dans pour tout ; si, pour tout , on note l’inverse de , le germe de est alors l’inverse de dans . En particulier, si est un groupe pour la loi , est un groupe pour la loi correspondante; on prouve de même que si est un anneau (resp. une algèbre sur un anneau A), est un anneau (resp. une algèbre sur A) pour les lois de composition correspondantes.
10. Germes en un point
Un des cas les plus fréquents où s’appliquent les définitions et résultats du n° 9 est celui où est le filtre des voisinages d’un point d’un espace topologique X; on parle alors de « germes au point » au lieu de « germes suivant ». On notera qu’il n’existe alors qu’un seul germe de voisinages du point , celui de l’espace X tout entier. Les germes d’ensembles fermés sont identiques aux germes d’ensembles localement fermés au point , car si L est localement fermé au point , les germes de L et de au point sont égaux (I, p. 18, prop. 1). On en conclut que si sont deux germes d’ensembles localement fermés au point , et sont aussi de tels germes.
Comme appartient à tout ensemble est défini pour toute application dont l’ensemble de départ appartient à ; en outre, si et ont même germe au point , on a nécessairement , donc ne dépend que du germe de au point ; on dit que c’est la valeur de au point et on la note . On notera que la relation n’entraîne nullement en général.
Soient deux espaces topologiques, un point de , deux applications de dans ayant même germe au point . Si sont deux applications de dans , continues au point , ayant même germe en ce point et telles que et ont même germe au point : en effet, si est un voisinage de tel que dans , il existe un voisinage de tel que , et dans , d’où notre assertion. Le germe de au point est alors appelé le composé des germes et de et de et se note .
Exercices
See the exercises for § 6.