Bourbaki

§ 5. Applications ouvertes et applications fermées

1. Applications ouvertes et applications fermées

Définition 1

Soient X,X′X, X' deux espaces topologiques. On dit qu'une application f:X→X′f : X \to X' est ouverte (resp. fermée) si l'image par ff de toute partie ouverte (resp. fermée) de XX est ouverte (resp. fermée) dans X′X'.

En particulier, f(X)f(X) est alors une partie ouverte (resp. fermée) de X′X'.

Exemple 1

Soit AA un sous-espace d'un espace topologique XX; pour que l'injection canonique j:A→Xj : A \to X soit ouverte (resp. fermée), il faut et il suffit que AA soit ouvert (resp. fermé) dans XX (I, p. 18).

Exemple 2

Pour qu'une bijection ff d'un espace topologique XX sur un espace topologique X′X' soit un homéomorphisme, il faut et il suffit que ff soit continue et ouverte, ou continue et fermée.

Exemple 3

Soit ff une surjection d'un ensemble XX dans un espace topologique X′X'; si on munit XX de la topologie image réciproque de celle de X′X' par ff (I, p. 13, Exemple I), ff est une application continue à la fois ouverte et fermée de XX dans X′X'.

Exemple 4

Dans un espace produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i, toute projection pri:X→Xi\mathrm{pr}_i : X \to X_i est une application continue ouverte, mais non nécessairement fermée (I, p. 26, prop. 5).

Exemple 5

Une fonction holomorphe non constante ff, définie dans une partie ouverte connexe AA de C\mathbf{C}, est une application ouverte de AA dans C\mathbf{C}.

Exemple 6

Soient X,X′X, X' deux espaces topologiques, ff une bijection continue de XX sur X′X', qui n'est pas bicontinue; alors la bijection réciproque g:X′→Xg : X' \to X est une application ouverte et fermée de X′X' sur XX, qui n'est pas continue.

Proposition 1

Soient X,X′,X′′X, X', X'' trois espaces topologiques, f:X→X′,g:X′→X′′f : X \to X', g : X' \to X'' deux applications. Alors : a) Si ff et gg sont ouvertes (resp. fermées), g∘fg \circ f est ouverte (resp. fermée). b) Si g∘fg \circ f est ouverte (resp. fermée) et si ff est surjective et continue, gg est ouverte (resp. fermée). c) Si g∘fg \circ f est ouverte (resp. fermée) et si gg est injective et continue, ff est ouverte (resp. fermée).

L'assertion a) résulte aussitôt de la déf. 1. Pour démontrer b), il suffit de remarquer que toute partie ouverte (resp. fermée) A′A' de X′X' s'écrit A′=f(A)A' = f(A), où A=f−1(A′)A = f^{-1}(A') est ouvert (resp. fermé) dans XX (I, p. 9, th. 1); donc g(A′)=g(f(A))g(A') = g(f(A)) est ouvert (resp. fermé) dans X′′X''. Enfin, pour prouver c), on remarque que pour toute partie AA de XX, on a f(A)=g−1(g(f(A)))f(A) = g^{-1}(g(f(A))); par hypothèse, si AA est ouvert (resp. fermé) dans XX, g(f(A))g(f(A)) est ouvert (resp. fermé) dans X′′X'', donc f(A)f(A) est ouvert (resp. fermé) dans X′X' en vertu de I, p. 9, th. 1.

Proposition 2

Soient X,YX, Y deux espaces topologiques, ff une application de XX dans YY.

Pour toute partie T de Y, désignons par fTf_T l’application de f−1(T)f^{-1}(T) dans T qui coïncide avec ff dans f−1(T)f^{-1}(T).

a) Si ff est ouverte (resp. fermée), fTf_T est ouverte (resp. fermée).

b) Soit (T(ι))ι∈I(T(\iota))_{\iota \in I} une famille de parties de Y dont les intérieurs forment un recouvrement de Y, ou qui est un recouvrement fermé localement fini de Y ; si toutes les fT(ι)f_{T(\iota)} sont ouvertes (resp. fermées), alors ff est ouverte (resp. fermée).

a) Si A est une partie ouverte (resp. fermée) de f−1(T)f^{-1}(T), il existe une partie ouverte (resp. fermée) B de X telle que A=B∩f−1(T)A = B \cap f^{-1}(T); on a alors fT(A)=f(B)∩Tf_T(A) = f(B) \cap T; par hypothèse f(B)f(B) est ouvert (resp. fermé) dans Y, donc fT(A)f_T(A) est ouvert (resp. fermé) dans T.

b) Soit B une partie ouverte (resp. fermée) de X, et soit Bι=B∩f−1(T(ι))B_\iota = B \cap f^{-1}(T(\iota)); on a f(B)∩T(ι)=fT(ι)(Bι)f(B) \cap T(\iota) = f_{T(\iota)}(B_\iota); comme fT(ι)(Bι)f_{T(\iota)}(B_\iota) est ouvert (resp. fermé) dans T(ι)T(\iota) par hypothèse, f(B)f(B) est ouvert (resp. fermé) dans Y en vertu de la prop. 3 de I, p. 18.

Corollaire

Soit (T(ι))ι∈I(T(\iota))_{\iota \in I} une famille de parties de Y dont les intérieurs forment un recouvrement de Y, ou qui est un recouvrement fermé localement fini de Y. Si f:X→Yf : X \to Y est continue et si chacune des fT(ι)f_{T(\iota)} est un homéomorphisme de f−1(T(ι))f^{-1}(T(\iota)) sur T(ι)T(\iota), ff est un homéomorphisme de X sur Y.

Il est clair en effet que ff est bijective, et elle est ouverte en vertu de la prop. 2.

2. Relations d’équivalence ouvertes et relations d’équivalence fermées

Définition 2

On dit qu’une relation d’équivalence R dans un espace topologique X est ouverte (resp. fermée) si l’application canonique de X sur X/RX/R est ouverte (resp. fermée).

Il revient au même de dire que le saturé pour R de toute partie ouverte (resp. fermée) de X est un ensemble ouvert (resp. fermé) dans X (I, p. 21).

Exemple 1

Soient X un espace topologique, Γ un groupe d’homéomorphismes de X sur lui-même, R la relation d’équivalence

« il existe σ∈Γ\sigma \in \Gamma tel que y=σ(x)y = \sigma(x) »

entre x et y (autrement dit, la relation d’équivalence dont les classes sont les orbites de Γ dans X ; cf. A, I, p. 54). Montrons que la relation R est ouverte : en effet, le saturé d’un ensemble A⊂XA \subset X pour R est la réunion des images σ(A)\sigma(A), où σ\sigma parcourt Γ\Gamma ; si A est ouvert, il en est de même des σ(A)\sigma(A) et par suite de leur réunion.

Sur la droite numérique R\mathbf{R}, la relation d’équivalence x≡yx \equiv y (mod. 1) est ouverte, car elle est définie de la manière précédente à partir du groupe des translations x↦x+n (n∈Z)x \mapsto x + n \ (n \in \mathbf{Z}) (voir III, p. 10).

Exemple 2

Soit X un espace somme d’une famille (Xι)(X_\iota) de sous-espaces de X, et soit X/RX/R l’espace obtenu par recollement des XιX_\iota le long d’ensembles ouverts AιkA_{\iota k} au moyen de bijections hkℓh_{k\ell} (I, p. 16); nous supposerons que hkℓh_{k\ell} soit un homéomorphisme de AtκA_{t\kappa} sur AkℓA_{k\ell} pour tout couple d’indices. Dans ces conditions, la relation R est ouverte. En effet, si U est ouvert dans X, le saturé de U est la réunion des hkℓ(U∩Atκ)h_{k\ell}(U \cap A_{t\kappa}); comme U∩AtκU \cap A_{t\kappa} est ouvert dans AtκA_{t\kappa}, hkℓ(U∩Atκ)h_{k\ell}(U \cap A_{t\kappa}) est ouvert dans AkℓA_{k\ell}, donc dans X, d’où notre assertion.

Exemple 3

Avec les notations de l’Exemple 2), supposons maintenant que les AtκA_{t\kappa} soient fermés et que les hkℓh_{k\ell} soient des homéomorphismes; en outre, nous supposerons que, pour tout indice tt, il n’existe qu’un nombre fini d’indices κ\kappa tels que Atκ≠∅A_{t\kappa} \neq \varnothing (en termes imagés, chaque XtX_t n’est « recollé » qu’à un nombre fini de XκX_\kappa). Dans ces conditions, la relation R est fermée. En effet, pour tout ensemble fermé F dans X, le saturé de F est la réunion des hkℓ(F∩Atκ)⊂Akℓh_{k\ell}(F \cap A_{t\kappa}) \subset A_{k\ell}; or l’hypothèse entraîne que cette famille est localement finie et d’autre part hkℓ(F∩Atκ)h_{k\ell}(F \cap A_{t\kappa}) est fermé dans AkℓA_{k\ell}, donc dans X. Notre conclusion résulte alors de la prop. 4 de I, p. 6.

Proposition 3

Soient X, Y deux espaces topologiques, f:X→Yf : X \to Y une application continue, R la relation d’équivalence f(x)=f(y)f(x) = f(y) dans X, X→pX/R→hf(X)→iYX \xrightarrow{p} X/R \xrightarrow{h} f(X) \xrightarrow{i} Y la décomposition canonique de f. Les trois propriétés suivantes sont équivalentes: a) ff est une application ouverte. b) Les trois applications p,h,ip, h, i sont ouvertes. c) La relation d’équivalence R est ouverte, h est un homéomorphisme et f(X)f(X) est une partie ouverte de Y.

En outre, ce qui précède reste vrai lorsqu’on y remplace partout « ouverte » par « fermée ». Comme l’injection i est continue, il résulte de la prop. 1 c) de I, p. 30 que si ff est ouverte, il en est de même de h∘ph \circ p; comme pp est surjective et continue, la prop. 1 b) de I, p. 30 montre alors que hh est ouverte, et comme hh est une bijection continue, c’est un homéomorphisme; on en conclut (I, p. 30, prop. 1 a)) que p−1=h∘(h∘p)p^{-1} = h \circ (h \circ p) est ouverte. D’autre part (I, p. 30, prop. 1 b)), i∘hi \circ h est ouverte, donc (I, p. 30, prop. 1 a)) il en est de même de i=(i∘h)∘h−1i = (i \circ h) \circ h^{-1}. Ceci prouve que a) entraîne b). Inversement, b) entraîne a) en vertu de la prop. 1 a) de I, p. 30. Enfin, l’équivalence de b) et c) résulte aussitôt des définitions.

La démonstration est analogue, mutatis mutandis, lorsqu’il s’agit d’applications fermées.

Proposition 4

Soient R une relation d’équivalence ouverte (resp. fermée) dans un espace topologique X, f l’application canonique X→X/RX \to X/R, A une partie de X. Supposons que l’une des deux conditions suivantes soit vérifiée: a) A est ouvert (resp. fermé) dans X. b) A est saturé pour R.

Dans ces conditions, la relation RAR_A induite sur A est ouverte (resp. fermée) et l’application canonique de A/RAA/R_A sur f(A)f(A) est un homéomorphisme.

Considérons le diagramme commutatif (1) de I, p. 23, donnant la décomposition canonique de f∘jf \circ j. Dans l’hypothèse a), jj est ouverte (resp. fermée) et il en est de même de ff par hypothèse, donc f∘jf \circ j est ouverte (resp. fermée) (I, p. 30, prop. 1 a)), et la conclusion résulte de la prop. 3. Dans l’hypothèse b), on a

A = \overline{f}^{-1}(f(A)), et h \circ \varphi est l’application de A dans f(A) coïncidant avec f dans A; en vertu de la prop. 2 a) de I, p. 31, h \circ \varphi est ouverte (resp. fermée), et la conclusion résulte encore de la prop. 3 appliquée à h \circ \varphi.

3. Propriétés spéciales aux applications ouvertes

Proposition 5

Soient X, Y deux espaces topologiques, f une application de X dans Y, B\mathfrak{B} une base de la topologie de X. Les propriétés suivantes sont équivalentes: a) f est une application ouverte. b) Pour tout U∈B,f(U)U \in \mathfrak{B}, f(U) est ouvert dans Y. c) Pour tout x∈Xx \in X et tout voisinage V de x dans X, f(V)f(V) est un voisinage de f(x)f(x) dans Y. L’équivalence de a) et b) résulte aussitôt des définitions et de (O_1); l’équivalence de a) et c) résulte de la prop. 1 de I, p. 2.

Proposition 6

Soit R une relation d’équivalence dans un espace topologique X. Les trois conditions suivantes sont équivalentes: a) La relation R est ouverte. b) L’intérieur de tout ensemble saturé pour R est saturé pour R. c) L’adhérence de tout ensemble saturé pour R est saturé pour R. Par passage aux complémentaires (I, p. 7, formules (2)), il est évident que b) et c) sont équivalentes. Montrons que b) entraîne a): supposons b) vérifiée et soient U une partie ouverte de X, V son saturé pour R; on a V˙⊃U\dot{V} \supset U et comme par hypothèse V˙\dot{V} est saturé, on a V˙=V\dot{V} = V et le saturé de U est ouvert. Inversement, montrons que a) implique b); supposons a) vérifiée, et soit A un ensemble saturé pour R; si B est le saturé de A˙\dot{A}, on a A˙⊂B⊂A\dot{A} \subset B \subset A, et comme B est ouvert par hypothèse, B=A˙B = \dot{A}.

Proposition 7

Soient R une relation d’équivalence dans un espace topologique X, φ\varphi l’application canonique X→X/RX \to X/R. Si R est ouverte: (i) Pour tout ensemble A⊂XA \subset X saturé pour R, l’adhérence (resp. l’intérieur) de φ(A)\varphi(A) dans X/RX/R est φ(A‾)\varphi(\overline{A}) (resp. φ(A˙)\varphi(\dot{A})). (ii) Pour toute partie C de X/RX/R, on a φ−1(C‾)‾=φ−1(C)‾\overline{\varphi^{-1}(\overline{C})} = \overline{\varphi^{-1}(C)}. Inversement, chacune de ces propriétés implique que R est ouverte. (ii) se déduit de (i), car si A=φ−1(C)‾A = \overline{\varphi^{-1}(C)}, A est saturé pour R, donc aussi A‾\overline{A} (prop. 6), et φ(A‾)=C‾\varphi(\overline{A}) = \overline{C}, d’où A‾=φ−1(C‾)‾\overline{A} = \overline{\varphi^{-1}(\overline{C})}. Pour prouver les deux assertions de (i), notons qu’elles se déduisent l’une de l’autre par passage aux complémentaires, en utilisant les formules (2) de I, p. 7, et le fait que si B est une partie saturée de X, on a φ(CB)=Cφ(B)\varphi(\mathscr{C}B) = \mathscr{C}\varphi(B). En vertu de la prop. 6, A‾\overline{A} est saturé, donc φ(A‾)\varphi(\overline{A}) est fermé dans X/RX/R, et comme A⊂A‾A \subset \overline{A}, on a φ(A)⊂φ(A‾)\varphi(A) \subset \varphi(\overline{A}), d’où φ(A)⊂φ(A‾)\varphi(A) \subset \varphi(\overline{A}); mais puisque φ\varphi est continue, φ(A‾)⊂φ(A)\varphi(\overline{A}) \subset \varphi(A) (I, p. 9, th. 1), d’où la conclusion.

Inversement, supposons que l’on ait φ−1(C‾)=φ−1(C)‾\varphi^{-1}(\overline{C}) = \overline{\varphi^{-1}(C)} pour toute partie CC de X/RX/R, et montrons que pour tout ensemble UU ouvert dans XX, φ(U)\varphi(U) est ouvert dans X/RX/R; dans le cas contraire, il existerait dans φ(U)\varphi(U) un point zz adhérent à C=Cφ(U)C = \mathscr{C}_{\varphi}(U), donc il y aurait dans UU un point x∈φ−1(C‾)=φ−1(C)‾x \in \varphi^{-1}(\overline{C}) = \overline{\varphi^{-1}(C)}; mais cela est absurde puisque UU est ouvert et U∩φ−1(C)=∅U \cap \varphi^{-1}(C) = \varnothing.

Corollaire

Les notations étant celles de la prop. 7, si la relation RR est ouverte, alors, pour qu’une partie ZZ de X/RX/R soit localement fermée, il faut et il suffit que φ−1(Z)\varphi^{-1}(Z) soit localement fermée dans XX.

En effet, dire que ZZ est localement fermée dans X/RX/R signifie que Z‾−Z\overline{Z} - Z est fermée dans X/RX/R (I, p. 20, prop. 5); mais cela équivaut à dire que φ−1(Z‾−Z)=φ−1(Z‾)‾−φ−1(Z)\varphi^{-1}(\overline{Z} - Z) = \overline{\varphi^{-1}(\overline{Z})} - \varphi^{-1}(Z) est une partie fermée de XX (I, p. 21); en vertu de la prop. 7, cela signifie aussi que φ−1(Z)−φ−1(Z)\varphi^{-1}(Z) - \varphi^{-1}(Z) est fermée dans XX, autrement dit que φ−1(Z)\varphi^{-1}(Z) est localement fermée dans XX.

Proposition 8

Soient (Xi)i∈I,(Yi)i∈I(X_i)_{i \in I}, (Y_i)_{i \in I} deux familles d’espaces topologiques ayant même ensemble d’indices. Pour tout i∈Ii \in I, soit fif_i une application ouverte de XiX_i dans YiY_i, et supposons que fif_i soit surjective sauf pour un nombre fini d’indices. Alors l’application produit f:(xi)↦(fi(xi))f : (x_i) \mapsto (f_i(x_i)) de ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i dans ∏i∈IYi\prod_{i \in I} Y_i est ouverte.

Il suffit en effet (I, p. 33, prop. 5) de prouver que l’image par ff de tout ensemble élémentaire ∏i∈IAi\prod_{i \in I} A_i de ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i est ouverte dans ∏i∈IYi\prod_{i \in I} Y_i. Or, cette image est ∏i∈Ifi(Ai)\prod_{i \in I} f_i(A_i) et les hypothèses entraînent que fi(Ai)f_i(A_i) est ouvert dans YiY_i pour tout i∈Ii \in I et que fi(Ai)=Yif_i(A_i) = Y_i sauf pour un nombre fini d’indices; d’où la conclusion.

Corollaire

Soit (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} une famille d’espaces topologiques, et pour chaque i∈Ii \in I, soient RiR_i une relation d’équivalence dans XiX_i, fif_i l’application canonique Xi→Xi/RiX_i \to X_i/R_i. Soit RR la relation d’équivalence dans X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i

« pour tout i∈Ii \in I, prix≡priy (mod. Ri)\mathrm{pr}_i x \equiv \mathrm{pr}_i y \ (\mathrm{mod.}\ R_i) »

entre xx et yy, et soit ff l’application produit (xi)↦(fi(xi))(x_i) \mapsto (f_i(x_i)) de XX dans ∏i∈I(Xi/Ri)\prod_{i \in I} (X_i/R_i). Si chacune des relations RiR_i est ouverte, la relation RR est ouverte, et la bijection associée à ff est un homéomorphisme de X/RX/R sur ∏i∈I(Xi/Ri)\prod_{i \in I} (X_i/R_i).

En effet, RR est la relation f(x)=f(y)f(x) = f(y), et comme ff est continue et ouverte en vertu de la prop. 8 ci-dessus et de I, p. 25, cor. 1, la conclusion résulte de la prop. 3 de I, p. 32.

En particulier, si R (resp. S) est une relation d’équivalence ouverte dans un espace topologique X (resp. Y), la bijection canonique (E, II, p. 47) de (X × Y)/(R × S) sur (X/R) × (Y/S) est un homéomorphisme; lorsqu’on ne suppose plus R et S ouvertes, cette bijection est encore continue, mais n’est plus nécessairement un homéomorphisme, même lorsque l’une des relations R, S est la relation d’égalité (I, p. 96, exerc. 6).

4. Propriétés spéciales aux applications fermées

Proposition 9

Soient X, X' deux espaces topologiques. Pour qu’une application f : X → X' soit continue et fermée, il faut et il suffit que f(A‾)=f(A)‾f(\overline{A}) = \overline{f(A)} pour toute partie A de X.

La condition est suffisante, car elle entraîne évidemment que f est fermée, et elle entraîne aussi que f est continue en vertu de I, p. 9, th. 1. Inversement, si f est continue et fermée, on a f(A)⊂f(A‾)⊂f(A)‾f(A) \subset f(\overline{A}) \subset \overline{f(A)} en vertu de I, p. 9, th. 1, et en outre f(A‾)f(\overline{A}) est fermé dans X' par hypothèse, donc f(A‾)=f(A)‾f(\overline{A}) = \overline{f(A)}.

Proposition 10

Soit R une relation d’équivalence dans un espace topologique X. Pour que R soit fermée, il faut et il suffit que toute classe d’équivalence M suivant R admette un système fondamental de voisinages saturés pour R.

En effet, supposons que R soit fermée, et soit U un voisinage ouvert quelconque de M; comme F = CU est fermé dans X, l’ensemble S saturé de F pour R est fermé dans X. Comme M est saturé pour R, on a M∩S=∅M \cap S = \varnothing, donc V = CS est un voisinage ouvert de M, saturé pour R et contenu dans U.

Inversement, supposons que R satisfasse à la condition de l’énoncé, et soit F une partie fermée quelconque de X. Soient T le saturé de F pour R, x un point de CT, M la classe d’équivalence de x; on a M∩T=∅M \cap T = \varnothing et a fortiori M∩F=∅M \cap F = \varnothing, autrement dit, U = CF est un voisinage de M. Il existe donc un voisinage V ⊂ U de M, saturé pour R; comme V∩F=∅V \cap F = \varnothing, on a aussi V∩T=∅V \cap T = \varnothing; il en résulte que CT est un voisinage de M, donc de x, ce qui prouve (I, p. 2, prop. 1) que CT est ouvert, donc que T est fermé.

Remarque

La prop. 10 entraîne la propriété suivante: Si R est fermée, en désignant par φ l’application canonique X → X/R, pour tout x∈Xx \in X et tout voisinage U de la classe d’équivalence de x dans X, φ(U)\varphi(U) est un voisinage de φ(x)\varphi(x) dans X/R. On aura soin de noter que cela n’entraîne nullement que pour tout voisinage V de x dans X/R, φ(V)\varphi(V) soit un voisinage de φ(x)\varphi(x); en d’autres termes (I, p. 33, prop. 5) une relation d’équivalence fermée n’est pas nécessairement ouverte (I, p. 96, exerc. 2). Inversement, une relation d’équivalence ouverte n’est pas nécessairement fermée (I, p. 30, Exemple 4): car si U est un voisinage dans X d’une classe d’équivalence M, pour tout x∈Mx \in M et tout voisinage V⊂UV \subset U de x, le saturé de V est bien un voisinage de M dans X, mais ce voisinage n’est pas nécessairement contenu dans U.

Notons enfin qu’il existe des relations d’équivalence distinctes de l’égalité et qui sont à la fois ouvertes et fermées (I, p. 96, exerc. 3) et des relations d’équivalence qui ne sont ni ouvertes ni fermées (I, p. 101, exerc. 10).

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.