Bourbaki

§ 4. Produit d’espaces topologiques

1. Espaces produits

Définition 1

Étant donnée une famille (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} d’espaces topologiques, on appelle espace produit de cette famille l’ensemble produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i muni de la topologie produit des topologies des XiX_i (I, p. 14, Exemple III). On dit que les XiX_i (i∈Ii \in I) sont les espaces facteurs de XX.

En vertu de I, p. 12, prop. 4, la topologie produit sur XX a pour base l’ensemble B\mathfrak{B} des intersections finies d’ensembles de la forme pr‾i−1(Ui)\overline{\mathrm{pr}}_i^{-1}(U_i), où UiU_i est ouvert dans XiX_i; ces ensembles ne sont autres que les produits ∏i∈IAi\prod_{i \in I} A_i, où AiA_i est ouvert dans XiX_i pour tout i∈Ii \in I et où Ai=XiA_i = X_i sauf pour un nombre fini d’indices; nous donnerons à ces ensembles le nom d’ensembles élémentaires.

Si Bi\mathfrak{B}_i est une base de la topologie de XiX_i (pour tout i∈Ii \in I), il est clair que les ensembles élémentaires ∏i∈IAi\prod_{i \in I} A_i tels que Ai∈BiA_i \in \mathfrak{B}_i pour tout ii tel que Ai≠XiA_i \neq X_i forment encore une base de la topologie produit. Ceux de ces ensembles qui contiennent un point x∈Xx \in X forment par suite un système fondamental de voisinages de xx (I, p. 5, prop. 3).

Lorsque II est un ensemble fini, la construction de la topologie produit à partir des topologies des XiX_i se simplifie: les ensembles élémentaires sont simplement les produits ∏i∈IAi\prod_{i \in I} A_i, où AiA_i est une partie ouverte quelconque de XiX_i pour tout i∈Ii \in I (cf. I. p. 95, exerc. 9).

Exemple

Le produit Rn\mathbf{R}^n de nn espaces identiques à la droite numérique R\mathbf{R} est appelé espace numérique à nn dimensions; R2\mathbf{R}^2 est aussi appelé plan numérique* (cf. VI, § 1, n° 1). On définit de même, à partir de la droite rationnelle Q\mathbf{Q}, l’espace rationnel à nn dimensions Qn\mathbf{Q}^n (plan rationnel* pour n=2n = 2).

La topologie de l’espace Rn\mathbf{R}^n a pour base l’ensemble des produits de nn intervalles ouverts dans R\mathbf{R}, ensembles qu’on appelle pavés ouverts à nn dimensions. Les pavés ouverts contenant un point x∈Rnx \in \mathbf{R}^n forment un système fondamental de voisinages de ce point. On appelle de même pavés fermés à nn dimensions les produits de nn intervalles fermés dans R\mathbf{R}. Les pavés fermés auxquels xx est intérieur forment encore un système fondamental de voisinages de xx. On a des résultats analogues pour l’espace rationnel à nn dimensions.

Proposition 1

Soit f=(fi)f = (f_i) une application d’un espace topologique YY dans un espace produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i. Pour que ff soit continue en un point a∈Ya \in Y, il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii \in I, fif_i soit continue au point aa.

Comme fi=pri∘ff_i = \mathrm{pr}_i \circ f, cela n’est autre qu’un cas particulier de la prop. 4 de I, p. 12.

Corollaire 1

Soient (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I}, (Yi)i∈I(Y_i)_{i \in I} deux familles d’espaces topologiques ayant même ensemble d’indices. Pour tout i∈Ii \in I, soit fif_i une application de XiX_i dans YiY_i. Pour que l’application produit f:(xi)f : (x_i) de (fi(xi))↦∏i∈IXi(f_i(x_i)) \mapsto \prod_{i \in I} X_i dans ∏i∈IYi\prod_{i \in I} Y_i soit continue en un point a=(ai)a = (a_i), il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii \in I, fif_i soit continue au point aia_i.

En effet, ff s’écrit x↦(fi(prix))x \mapsto (f_i(\mathrm{pr}_i x)); la condition est donc suffisante en vertu de la prop. 1. Inversement, pour tout κ∈I\kappa \in I, soit gκg_\kappa l’application de XκX_\kappa dans ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i telle que prκ(gκ(xκ))=xκ\mathrm{pr}_\kappa(g_\kappa(x_\kappa)) = x_\kappa et pri(gκ(xκ))=ai\mathrm{pr}_i(g_\kappa(x_\kappa)) = a_i pour i≠κi \neq \kappa; gκg_\kappa est continue au point aκa_\kappa en vertu de la prop. 1; comme fκ=prκ∘f∘gκf_\kappa = \mathrm{pr}_\kappa \circ f \circ g_\kappa, on voit que si ff est continue au point aa, fκf_\kappa est continue au point aκa_\kappa.

Corollaire 2

Soient X,YX, Y deux espaces topologiques. Pour qu’une application f:X→Yf : X \to Y soit continue, il faut et il suffit que l’application g:x↦(x,f(x))g : x \mapsto (x, f(x)) soit un homéomorphisme de XX sur le graphe GG de ff (considéré comme sous-espace de l’espace produit X×YX \times Y).

Comme f=pr2∘gf = \mathrm{pr}_2 \circ g, la condition est suffisante. Elle est nécessaire, car si ff est continue, gg est bijective et continue (prop. 1) et son application réciproque est la restriction à GG de pr1\mathrm{pr}_1, qui est continue (cf. E, IV, p. 18, critère CST 17).

Proposition 2 (associativité des produits topologiques)

Soient (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} une famille d’espaces topologiques, (Jκ)κ∈K(J_\kappa)_{\kappa \in K} une partition de l’ensemble II, et, pour tout κ∈K\kappa \in K, soit Xκ′=∏i∈JκXiX'_\kappa = \prod_{i \in J_\kappa} X_i le produit des espaces XiX_i pour i∈Jκi \in J_\kappa. L’application canonique (E, II, p. 35) de l’espace produit ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i sur l’espace produit ∏κ∈KXκ′\prod_{\kappa \in K} X'_\kappa est un homéomorphisme.

C’est un cas particulier de la transitivité des topologies initiales (I, p. 13, prop. 5; cf. E, IV, p. 17, critère CST 13).

On identifie le plus souvent les espaces produits ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i et ∏κ∈KXκ′\prod_{\kappa \in K} X'_\kappa au moyen de l’application canonique.

Corollaire

Soit σ\sigma une permutation de l’ensemble I\mathbf{I}. L’application (xi)↦(xσ(i))(x_i) \mapsto (x_{\sigma(i)}) est un homéomorphisme de ∏i∈IXi\prod_{i \in \mathbf{I}} X_i sur ∏i∈IXσ(i)\prod_{i \in \mathbf{I}} X_{\sigma(i)}.

Il suffit, dans la prop. 2, de prendre K=IK = \mathbf{I} et Ji={σ(i)}J_i = \{\sigma(i)\} pour tout i∈Ii \in \mathbf{I}.

Proposition 3

Soient XX un ensemble, (Yi)i∈I(Y_i)_{i \in \mathbf{I}} une famille d’espaces topologiques, et pour chaque i∈Ii \in \mathbf{I}, soit fif_i une application de XX dans YiY_i. Soit ff l’application x↦(fi(x))x \mapsto (f_i(x)) de XX dans Y=∏i∈IYiY = \prod_{i \in \mathbf{I}} Y_i, et soit T\mathscr{T} la topologie la moins fine sur XX rendant continues les fif_i. Alors T\mathscr{T} est l’image réciproque par ff de la topologie induite sur f(X)f(X) par la topologie produit sur YY.

C’est un autre cas particulier de la transitivité des topologies initiales (I, p. 13, prop. 5; cf. E, IV, p. 17, critère CST 15).

Corollaire

Pour tout i∈Ii \in \mathbf{I}, soit AiA_i un sous-espace de YiY_i. La topologie induite sur A=∏i∈IAiA = \prod_{i \in \mathbf{I}} A_i par la topologie produit sur ∏i∈IYi\prod_{i \in \mathbf{I}} Y_i est la topologie produit des topologies des sous-espaces AiA_i.

Il suffit d’appliquer la prop. 3 aux fonctions fi=ji∘prif_i = j_i \circ \mathrm{pr}_i, jij_i étant l’injection canonique Ai→YiA_i \to Y_i (cf. E, IV, p. 17, critère CST 14).

2. Coupe d’un ensemble ouvert; coupe d’un ensemble fermé; projection d’un ensemble ouvert. Continuité partielle

Proposition 4

Soient X1,X2X_1, X_2 deux espaces topologiques; pour tout a1∈X1a_1 \in X_1, l’application x2↦(a1,x2)x_2 \mapsto (a_1, x_2) est un homéomorphisme de X2X_2 sur le sous-espace {a1}×X2\{a_1\} \times X_2 de X1×X2X_1 \times X_2.

C’est un cas particulier du cor. 2 de I, p. 25, appliqué à la fonction constante x2↦a1x_2 \mapsto a_1.

L’application x2↦(a1,x2)x_2 \mapsto (a_1, x_2) est une section continue (I, p. 22) pour la relation d’équivalence pr2z=pr2z′\mathrm{pr}_2 z = \mathrm{pr}_2 z' dans X1×X2X_1 \times X_2; l’espace quotient de X1×X2X_1 \times X_2 par cette relation d’équivalence est donc homéomorphe à X2X_2.

Corollaire

La coupe A(x1)A(x_1) d’un ensemble ouvert (resp. fermé) AA du produit X1×X2X_1 \times X_2, suivant un point quelconque x1∈X1x_1 \in X_1, est un ensemble ouvert (resp. fermé) dans X2X_2.

Proposition 5

La projection sur un espace facteur d’un ensemble ouvert UU du produit X1×X2X_1 \times X_2 est un ensemble ouvert.

En effet, on a par exemple pr2U=⋃x1∈X1U(x1)\mathrm{pr}_2 U = \bigcup_{x_1 \in X_1} U(x_1) et la proposition résulte du cor. de la prop. 4 et de l’axiome (O1)(\mathrm{O}_1).

Remarque 1

La projection sur un espace facteur d’une partie fermée d’un espace produit X1×X2X_1 \times X_2 peut fort bien ne pas être un ensemble fermé. Par exemple, dans le plan rationnel Q2\mathbf{Q}^2, l’hyperbole d’équation x1x2=1x_1 x_2 = 1 est un ensemble fermé, mais ses projections sont toutes deux égales au complémentaire du point 0 dans Q\mathbf{Q}, ensemble qui n’est pas fermé.

Proposition 6

Soient X1,X2,YX_1, X_2, Y trois espaces topologiques, ff une application de l’espace produit X1×X2X_1 \times X_2 dans YY. Si ff est continue au point (a1,a2)(a_1, a_2), l’application partielle x2↦f(a1,x2)x_2 \mapsto f(a_1, x_2) de X2X_2 dans YY est continue au point a2a_2.

En effet cette application est composée de ff et de l’application x2↦(a1,x2)x_2 \mapsto (a_1, x_2); la proposition résulte donc de la prop. 4.

On exprime souvent la prop. 6 en disant qu’une fonction continue de deux arguments est continue par rapport à chacun d’eux.

Remarque 2

Il se peut que toutes les applications partielles déterminées par une application f:X1×X2→Yf : X_1 \times X_2 \to Y soient continues sans que ff soit continue dans X1×X2X_1 \times X_2 (cf. IX, § 5, exerc. 21 et EVT, III, § 4, exerc. 4). *Par exemple, l’application ff du plan numérique R2\mathbf{R}^2 dans R\mathbf{R}, définie par f(x,y)=xy/(x2+y2)f(x, y) = xy/(x^2 + y^2) pour (x,y)≠(0,0)(x, y) \neq (0, 0) et f(0,0)=0f(0, 0) = 0, a toutes ses applications partielles continues, sans être continue au point (0,0)(0, 0), puisque f(x,x)=12f(x, x) = \frac{1}{2} si x≠0x \neq 0.

Si gg est une application de X1X_1 dans YY, continue en un point a1a_1, l’application (x1,x2)↦g(x1)(x_1, x_2) \mapsto g(x_1) de X1×X2X_1 \times X_2 dans YY est continue en tout point (a1,x2)(a_1, x_2), car elle est composée de gg et de la projection sur X1X_1.

Les résultats de ce numéro s’étendent aisément à un produit quelconque ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i d’espaces topologiques, en remarquant que ce produit est homéomorphe au produit (∏i∈JXi)×(∏i∈KXi)(\prod_{i \in J} X_i) \times (\prod_{i \in K} X_i) pour toute partition (J,K)(J, K) de II (I, p. 25, prop. 2).

3. Adhérence dans un produit

Proposition 7

Dans un espace produit ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i, l’adhérence d’un produit d’ensembles ∏i∈IAi\prod_{i \in I} A_i est identique au produit ∏i∈IA‾i\prod_{i \in I} \overline{A}_i de leurs adhérences.

En effet, supposons que a=(ai)a = (a_i) soit adhérent à ∏iAi\prod_i A_i; pour tout κ∈I\kappa \in I, aκ=prκaa_\kappa = \mathrm{pr}_\kappa a est adhérent à AκA_\kappa en vertu de la continuité de prκ\mathrm{pr}_\kappa (I, p. 9, th. 1), donc a∈∏iA‾ia \in \prod_i \overline{A}_i. Réciproquement, soit b=(bi)∈∏iA‾ib = (b_i) \in \prod_i \overline{A}_i et soit ∏iVi\prod_i V_i un ensemble élémentaire quelconque contenant bb; pour tout i∈Ii \in I, ViV_i contient un point xi∈Aix_i \in A_i, donc ∏iVi\prod_i V_i contient le point (xi)∈∏iAi(x_i) \in \prod_i A_i, ce qui prouve que bb est adhérent à ∏iAi\prod_i A_i.

Corollaire

Pour qu’un produit ∏iAi\prod_i A_i d’ensembles non vides soit fermé dans l’espace ∏iXi\prod_i X_i, il faut et il suffit que, pour tout ii, AiA_i soit fermé dans XiX_i.

Rappelons que si II est fini, un produit ∏i∈IAi\prod_{i \in I} A_i est ouvert lorsque, pour tout i∈Ii \in I, AiA_i est ouvert dans XiX_i; mais il n’en est pas de même lorsque II est infini.

Proposition 8

Soit a=(ai)a = (a_i) un point d’un espace produit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i; l’ensemble DD des points x∈Xx \in X tels que prix=ai\mathrm{pr}_i x = a_i sauf pour un nombre fini d’indices ii, est partout dense dans XX.

En effet, pour tout x∈Xx \in X et tout ensemble élémentaire V=∏i∈IUiV = \prod_{i \in I} U_i contenant xx, on a Ui=XiU_i = X_i sauf pour les indices ii appartenant à une partie finie JJ de II; prenons yi=xiy_i = x_i pour i∈Ji \in J, yi=aiy_i = a_i pour i∉Ji \notin J; il est clair que y=(yi)∈Dy = (y_i) \in D et y∈Vy \in V, d’où la proposition.

4. Limites projectives d’espaces topologiques

Soient II un ensemble préordonné (non nécessairement filtrant), la relation de préordre dans II étant notée α≤β\alpha \leq \beta. Pour tout α∈I\alpha \in I, soit XαX_\alpha un espace topologique, et pour α≤β\alpha \leq \beta, soit fαβf_{\alpha \beta} une application de XβX_\beta dans XαX_\alpha. Nous dirons que (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha \beta}) est un système projectif d’espaces topologiques si : 1° (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha \beta}) est un système projectif d’ensembles (E, III, p. 52); 2° pour α≤β,fαβ\alpha \leq \beta, f_{\alpha \beta} est une application continue. Soient XX l’ensemble lim⁡←Xα\lim_{\leftarrow} X_\alpha, et pour tout α∈I\alpha \in I, soit fαf_\alpha l’application canonique X→XαX \to X_\alpha; nous dirons que sur XX la topologie la moins fine rendant continues les fαf_\alpha est la limite projective (pour les fαβf_{\alpha \beta}) des topologies des XαX_\alpha, et que l’ensemble XX, muni de cette topologie, est la limite projective du système projectif d’espaces topologiques (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha \beta}): lorsque nous parlerons de lim⁡←Xα\lim_{\leftarrow} X_\alpha comme d’un espace topologique, il sera toujours sous-entendu, sauf mention expresse du contraire, que la topologie de cet espace est la limite projective des topologies des XαX_\alpha.

On sait que l’ensemble XX est la partie du produit ∏α∈IXα\prod_{\alpha \in I} X_\alpha formée des points xx tels que (1)

prαx=fαβ(prβx) \mathrm{pr}_\alpha x = f_{\alpha \beta}(\mathrm{pr}_\beta x)
pour α≤β\alpha \leq \beta. Il résulte de la prop. 3 de I, p. 26 que, sur XX, la topologie limite projective des topologies des XαX_\alpha est identique à la topologie induite par la topologie de l’espace produit ∏α∈IXα\prod_{\alpha \in I} X_\alpha. Si, pour tout α∈I\alpha \in I, YαY_\alpha est un sous-espace de XαX_\alpha, de sorte que les YαY_\alpha forment un système projectif de parties des XαX_\alpha (E, III, p. 54), il est clair que l’espace topologique lim⁡←Yα\lim_{\leftarrow} Y_\alpha est un sous-espace de lim⁡←Xα\lim_{\leftarrow} X_\alpha.

Soit (Xα′,fαβ′)(X'_\alpha, f'_{\alpha \beta}) un second système projectif d’espaces topologiques ayant même ensemble d’indices II, et pour tout α∈I\alpha \in I, soit uα:Xα→Xα′u_\alpha : X_\alpha \to X'_\alpha une application continue, telle que (uα)(u_\alpha) soit un système projectif d’applications (E III, p. 54); alors u=lim⁡←uαu = \lim_{\leftarrow} u_\alpha est une application continue de X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha dans X′=lim⁡←Xα′X' = \lim_{\leftarrow} X'_\alpha. En effet, si fα′f'_\alpha est l’application canonique X′→Xα′X' \to X'_\alpha, on a fα′∘u=uα∘fαf'_\alpha \circ u = u_\alpha \circ f_\alpha, donc fα′∘uf'_\alpha \circ u est continue pour tout α∈I\alpha \in I, et notre assertion résulte de la prop. 4 de I, p. 12.

Enfin, supposons II filtrant à droite, et soit JJ une partie cofinale de II; soit ZZ la limite projective du système projectif (Xα,fαβ)α∈J,β∈J(X_\alpha, f_{\alpha \beta})_{\alpha \in J, \beta \in J} d’espaces topologiques.

Alors la bijection canonique g:X→Zg : X \to Z (E, III, p. 55, prop. 3) est un homéomorphisme. En effet, pour tout λ∈J\lambda \in J, on a prλ(g(x))=prλx\mathrm{pr}_\lambda(g(x)) = \mathrm{pr}_\lambda x, donc gg est continue (I, p. 25, prop. 1); inversement, soit hh la bijection réciproque de gg; pour tout α∈I\alpha \in I, il existe λ∈J\lambda \in J tel que α≤λ\alpha \leq \lambda et on a donc prα(h(z))=fαλ(prλz)\mathrm{pr}_\alpha(h(z)) = f_{\alpha \lambda}(\mathrm{pr}_\lambda z), ce qui montre la continuité de hh (I, p. 25, prop. 1), vu l’hypothèse sur les fαβf_{\alpha \beta}.

Proposition 9

Soit II un ensemble préordonné filtrant à droite. Soient (Xα,fαβ)(X_\alpha, f_{\alpha \beta}) un système projectif d’espaces topologiques ayant II pour ensemble d’indices, X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha, JJ une partie cofinale de II. La famille des ensembles fα−1(Uα)f_\alpha^{-1}(U_\alpha), où α\alpha parcourt JJ, où fαf_\alpha est l’application canonique X→XαX \to X_\alpha, et où, pour chaque α∈J\alpha \in J, UαU_\alpha parcourt une base Bα\mathfrak{B}_\alpha de la topologie de XαX_\alpha, est une base de la topologie de XX.

On sait (I, p. 12) que les intersections finies d’ensembles de la forme fα−1(Uα)f_\alpha^{-1}(U_\alpha) (α∈I\alpha \in I, UαU_\alpha ouvert dans XαX_\alpha) forment une base de la topologie de XX. Si (αi)1≤i≤n(\alpha_i)_{1 \leq i \leq n} est une famille finie d’indices de II, il existe γ∈J\gamma \in J tel que αi≤γ\alpha_i \leq \gamma pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, donc fαi=fαiγ∘fγf_{\alpha_i} = f_{\alpha_i \gamma} \circ f_\gamma, et si l’on pose Vγ=⋂ifαiγ−1(Uαi)V_\gamma = \bigcap_i f_{\alpha_i \gamma}^{-1}(U_{\alpha_i}), on a fγ(Vγ)=⋂ifαi−1(Uαi)f_\gamma(V_\gamma) = \bigcap_i f_{\alpha_i}^{-1}(U_{\alpha_i}); mais VγV_\gamma est ouvert, donc réunion d’ensembles de Bγ\mathfrak{B}_\gamma, d’où la proposition.

Corollaire

Supposons II filtrant. Soit AA une partie de X=lim⁡←XαX = \lim_{\leftarrow} X_\alpha, et pour tout α∈I\alpha \in I, posons Aα=fα(A)A_\alpha = f_\alpha(A). Alors: (i) Les AαA_\alpha (resp. les A‾α\overline{A}_\alpha) forment un système projectif de parties des XαX_\alpha et l’on a A‾=⋂αfα−1(A‾α)=lim⁡←A‾α\overline{A} = \bigcap_\alpha f_\alpha^{-1}(\overline{A}_\alpha) = \lim_{\leftarrow} \overline{A}_\alpha. (ii) Si AA est fermé dans XX, on a A=lim⁡←Aα=lim⁡←A‾αA = \lim_{\leftarrow} A_\alpha = \lim_{\leftarrow} \overline{A}_\alpha.

La première assertion de (i) résulte des relations fα=fαβ∘fβf_\alpha = f_{\alpha \beta} \circ f_\beta pour α≤β\alpha \leq \beta et de ce que les fαβf_{\alpha \beta} sont continues (I, p. 9, th. 1). Posons A′=⋂αfα−1(A‾α)A' = \bigcap_\alpha f_\alpha^{-1}(\overline{A}_\alpha); il est clair que A′A' est fermé et contient AA, donc A‾⊂A′\overline{A} \subset A'. Inversement, soit x∈A′x \in A' et montrons que xx est adhérent à AA. En vertu de la prop. 9, il suffit de prouver que tout voisinage de xx qui est de la forme fα−1(Uα)f_\alpha^{-1}(U_\alpha), avec α∈I\alpha \in I et UαU_\alpha ouvert dans XαX_\alpha, rencontre AA. Or on a par hypothèse fα(x)∈Uαf_\alpha(x) \in U_\alpha, et comme fα(x)∈A‾αf_\alpha(x) \in \overline{A}_\alpha, on a Uα∩Aα≠∅U_\alpha \cap A_\alpha \neq \varnothing, ce qui signifie que A∩fα−1(Uα)A \cap f_\alpha^{-1}(U_\alpha) n’est pas vide.

Pour établir (ii), il suffit de remarquer que, sans hypothèse sur AA, on a A⊂lim⁡←Aα⊂lim⁡←A‾αA \subset \lim_{\leftarrow} A_\alpha \subset \lim_{\leftarrow} \overline{A}_\alpha; si AA est fermé, il résulte de (i) que A=lim⁡←A‾αA = \lim_{\leftarrow} \overline{A}_\alpha, d’où (ii).

Exemple

Soit (Xα)α∈I(X_\alpha)_{\alpha \in I} une famille filtrante (pour ⊇\supseteq) de parties d’un ensemble YY, et pour chaque α∈I\alpha \in I, soit Tα\mathscr{T}_\alpha une topologie sur XαX_\alpha, telle que pour α≤β\alpha \leq \beta, Tβ\mathscr{T}_\beta soit plus fine que la topologie induite sur XβX_\beta par Tα\mathscr{T}_\alpha. Alors, si l’on prend pour fαβf_{\alpha \beta} l’injection canonique Xβ→XαX_\beta \to X_\alpha pour α≤β\alpha \leq \beta, lim⁡←Xα\lim_{\leftarrow} X_\alpha s’identifie canoniquement à l’intersection XX des XαX_\alpha muni de la topologie borne supérieure (I, p. 13, Exemple II) des topologies induites sur XX par les Tα\mathscr{T}_\alpha.

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.