§ 3. Sous-espaces; espaces quotients
1. Sous-espaces d’un espace topologique
Soit une partie d’un espace topologique . Nous avons défini la topologie induite sur par la topologie de comme l’image réciproque de cette dernière par l’injection canonique (I, p. 13, Exemple I); il revient au même de poser la définition suivante :
Définition 1
Soit une partie d’un espace topologique . On appelle topologie induite sur par la topologie de la topologie dont les ensembles ouverts sont les traces sur des ensembles ouverts de . L’ensemble , muni de cette topologie, est appelé un sous-espace de .
Exemple
Sur l’ensemble des entiers rationnels, la topologie induite par celle de la droite rationnelle est la topologie discrète, car la trace sur de l’intervalle ouvert est l’ensemble .
En vertu de la prop. 5 de I, p. 13 (ou directement à partir de la déf. 1), si , le sous-espace de est identique au sous-espace du sous-espace de (transitivité des topologies induites). Si est un système générateur (resp. une base) de la topologie de (I, p. 13, Exemple II), sa trace sur est un système générateur (resp. une base) de la topologie induite sur .
Dans toutes les questions où interviennent des éléments ou des parties de , il faut soigneusement distinguer entre leurs propriétés en tant que points (resp.
parties) de l’espace X, et leurs propriétés en tant que points (resp. parties) du sous-espace A. On opérera cette distinction en utilisant les locutions « dans A », « par rapport à A », ou « relativement à A » pour préciser les propriétés de la seconde catégorie (éventuellement en les opposant aux locutions « dans X », « par rapport à X », « relativement à X »).
Un ensemble ouvert dans le sous-espace A n’est pas nécessairement ouvert dans X : pour que tout ensemble ouvert dans A soit ouvert dans X, il faut et il suffit que A soit ouvert dans X. En effet, la condition est nécessaire, puisque A est ouvert par rapport à A ; elle est suffisante en vertu de (O_{II}) et de la déf. 1.
Les ensembles fermés dans A sont les traces sur A des ensembles fermés dans X (I, p. 13, Exemple I) ; on voit comme ci-dessus que, pour que tout ensemble fermé dans A soit fermé dans X, il faut et il suffit que A soit fermé dans X.
Les voisinages d’un point par rapport à A sont les traces sur A des voisinages de par rapport à X ; pour que tout voisinage de par rapport à A soit un voisinage de par rapport à X, il faut et il suffit que A soit un voisinage de dans X.
Proposition 1
Si A et B sont deux parties d’un espace topologique X telles que B A, l’adhérence de B par rapport au sous-espace A est la trace sur A de l’adhérence de B par rapport à X.
En effet, si , tout voisinage de par rapport à A est de la forme , où V est un voisinage de dans X. Comme , pour que soit adhérent à B par rapport à A, il faut et il suffit qu’il soit adhérent à B par rapport à X.
Corollaire
Pour qu’une partie B de A soit dense par rapport à A, il faut et il suffit que dans X (ou, ce qui revient au même, que ).
On en conclut que si A, B, C sont trois parties de X telles que , et si B est dense par rapport à A et C dense par rapport à B, alors C est dense par rapport à A (transitivité de la densité) ; en effet, on a alors dans X.
Proposition 2
Soit A une partie partout dense d’un espace topologique X ; pour tout et tout voisinage V de par rapport à A, l’adhérence de V dans X est un voisinage de par rapport à X.
En effet, V contient la trace sur A d’un ensemble U ouvert dans X et contenant , donc contient (I, p. 7, prop. 5).
Proposition 3
Soit une famille de parties d’un espace topologique X, ayant l’une des propriétés suivantes : a) les intérieurs des forment un recouvrement de X ; b) est un recouvrement fermé localement fini (I, p. 6) de X.
Dans ces conditions, pour qu’une partie B de X soit ouverte (resp. fermée) dans X, il faut et il suffit que chacun des ensembles soit ouvert (resp. fermé) dans .
La nécessité des conditions est évidente. Pour démontrer qu’elles sont suffisantes, plaçons-nous d’abord dans l’hypothèse a); comme
on peut, par dualité, se borner à considérer le cas où chacun des est ouvert par rapport à ; alors est ouvert dans pour tout , donc ouvert dans , et comme par hypothèse, est ouvert dans .
Plaçons-nous maintenant dans l’hypothèse b); par dualité, on peut encore se borner à considérer le cas où chacun des est fermé par rapport à ; alors est fermé dans ; comme la famille est localement finie, et que , est fermé dans en vertu de I, p. 6, prop. 4.
Remarque
Soit un recouvrement ouvert d’un espace topologique , et pour tout , soit une base de la topologie de sous-espace de ; il est clair que est une base de la topologie de .
2. Continuité par rapport à un sous-espace
Soient deux espaces topologiques, une application de dans , une partie de contenant . La définition de la topologie induite comme topologie initiale (I, p. 12, prop. 4) montre que pour que soit continue en , il faut et il suffit que l’application de dans le sous-espace de , ayant même graphe que , soit continue au point .
Soit maintenant une partie de ; si est continue au point (resp. continue dans ), sa restriction est une application du sous-espace dans , qui est continue au point (resp. continue dans ), en vertu de I, p. 9, prop. 2: on dit parfois qu’une application est continue relativement à au point (resp. continue relativement à ) si sa restriction est continue au point (resp. continue dans ).
On notera que peut être continue sans que soit continue en aucun point de : un exemple en est fourni par la fonction caractéristique d’une partie de partout dense dans ainsi que son complémentaire (I, p. 92, exerc. 11); si on considère comme une application de dans l’espace discret , n’est continue en aucun point de , mais sa restriction à est constante, donc continue.
Si est un voisinage dans d’un point , et si est telle que soit continue au point , alors est continue au point , puisque tout voisinage de par rapport à est un voisinage de par rapport à (caractère local de la continuité).
Proposition 4
Soit une famille de parties d’un espace topologique , dont les intérieurs forment un recouvrement ouvert de , ou qui est un recouvrement fermé localement fini de X. Soit f une application de X dans un espace topologique X'. Si la restriction de f à chacun des sous-espaces A_i est continue, f est continue.
En effet, si F' est une partie fermée de X' et si on pose F = , F ∩ A_i est fermé dans A_i pour tout i ∈ I (I, p. 9, th. 1), donc F est fermé dans X en vertu de la prop. 3 de I, p. 11 ; la conclusion résulte du th. 1 de I, p. 9.
3. Sous-espaces localement fermés
Définition 2
On dit qu’une partie L d’un espace topologique X est localement fermée en un point x ∈ L s’il existe un voisinage V de x dans X tel que L ∩ V soit une partie fermée du sous-espace V. On dit que L est localement fermée dans X si elle est localement fermée en chacun de ses points.
Remarque
Soit F une partie de X telle que pour tout point x de X, il y ait un voisinage V de x dans X tel que V ∩ F soit fermé dans le sous-espace V; il résulte alors de la prop. 3 de I, p. 18 que F est fermée dans X. Par contre, il résulte aussitôt de la prop. 5 ci-dessous qu’il existe en général des ensembles localement fermés et non fermés dans X.
Proposition 5
Soit L une partie d’un espace topologique X. Les conditions suivantes sont équivalentes: a) L est localement fermée; b) L est une partie ouverte du sous-espace , adhérence de L dans E; c) L est intersection d’une partie ouverte et d’une partie fermée de X.
Il est immédiat que b) implique c), L étant alors l’intersection de et d’une partie ouverte de X; c) implique a) en vertu de la déf. 2. Enfin, a) implique b): en effet, pour tout x ∈ L, il existe alors un voisinage ouvert U de x tel que U ∩ L soit fermé dans U; donc U ∩ = U ∩ L, ce qui montre que dans le sous-espace , x est intérieur à L, donc L est ouvert dans .
Corollaire
Soit f : X → X' une application continue; pour toute partie localement fermée L' de X', est localement fermée dans X. Cela résulte aussitôt de la prop. 5 ci-dessus et de I, p. 9, th. 1.
4. Espaces quotients
Définition 3
Soient X un espace topologique, R une relation d’équivalence dans X. On appelle espace quotient de X par R l’ensemble quotient X/R, muni de la topologie quotient de la topologie de X par la relation R (I, p. 15, Exemple I).
Sauf mention expresse du contraire, quand nous considérerons désormais X/R comme un espace topologique, il sera sous-entendu qu’il s’agit de l’espace quotient de X par R. On dit souvent que cet espace topologique est l’espace obtenu en identifiant les points de X appartenant à une même classe d’équivalence suivant R.
Soit l’application canonique . Par définition (I, p. 14, prop. 6 et corollaire) les ensembles ouverts (resp. fermés) dans sont les ensembles tels que soit ouvert (resp. fermé) dans ; autrement dit, les ensembles ouverts (resp. fermés) dans sont en correspondance biunivoque canonique avec les ensembles ouverts (resp. fermés) dans saturés pour , et sont les images canoniques de ces ensembles.
Proposition 6
Soient un espace topologique, une relation d’équivalence dans , l’application canonique de sur ; pour qu’une application de dans un espace topologique soit continue, il faut et il suffit que soit continue dans .
Ce n’est qu’un cas particulier de I, p. 14, prop. 6, exprimant que la topologie quotient est topologie finale pour l’application .
La prop. 6 montre qu’il existe une correspondance biunivoque canonique entre les applications continues de dans et les applications continues de dans , constantes dans toute classe d’équivalence suivant .
Exemple
Considérons, sur la droite numérique , la relation d’équivalence (mod. 1); l’espace quotient de par cette relation est appelé tore à une dimension et se désigne par . La classe d’équivalence d’un point se compose de tous les points , où parcourt l’ensemble des entiers rationnels. D’après la prop. 6, il y a correspondance biunivoque entre les fonctions continues dans et les fonctions périodiques de période 1, continues dans . Nous reviendrons dans V, §1, no 2 sur cet important exemple.
Corollaire
Soient , deux espaces topologiques, (resp. ) une relation d’équivalence dans (resp. ), une application continue compatible avec les relations d’équivalence et (E, II, p. 44); alors l’application déduite de par passage aux quotients (E, II, p. 45) est continue.
C’est un cas particulier d’une propriété générale des structures quotients (E, IV, p. 21, critère CST 20).
Proposition 7 (transitivité des espaces quotients). — Soient et deux relations d’équivalence dans un espace topologique , telles que entraîne , et soit la relation d’équivalence quotient dans l’espace quotient (E, II, p. 46). L’application canonique bijective est alors un homéomorphisme.
C’est un cas particulier de la transitivité des topologies finales (I, p. 14, prop. 7; cf. E, II, p. 22, critère CST 21).
5. Décomposition canonique d’une application continue
Soient deux espaces topologiques, une application continue, la relation d’équivalence dans . Considérons la décomposition canonique:
où est l’application canonique (surjective) de dans l’espace quotient , l’injection canonique du sous-espace dans et la bijection associée à (E, II, p. 14). Il est immédiat que est continue (par la prop. 6 de I, p. 14) ce qui est d’ailleurs un cas particulier d’un résultat général sur les structures quotients (cf. E, IV, p. 21). Mais la bijection n’est pas nécessairement un homéomorphisme.
Proposition 8
Soient la décomposition canonique d’une application continue , la relation d’équivalence . Les trois conditions suivantes sont équivalentes: a) est un homéomorphisme de sur . b) L’image par de tout ensemble ouvert saturé pour est un ensemble ouvert dans le sous-espace . c) L’image par de tout ensemble fermé saturé pour est un ensemble fermé dans le sous-espace .
En effet, la condition b) (resp. c)) exprime que l’image par de tout ensemble ouvert (resp. fermé) dans est un ensemble ouvert (resp. fermé) dans .
Exemple
Soient un espace topologique, un recouvrement de , l’espace somme des sous-espaces de ; il y a donc une partition de en sous-espaces à la fois ouverts et fermés, et pour chaque un homéomorphisme . Soit l’application continue qui coïncide avec dans pour tout , et soit la relation d’équivalence ; l’espace quotient est donc obtenu par « recollement » des (I, p. 17). Considérons la bijection , associée à ; en général n’est pas un homéomorphisme, comme le montre l’exemple où on prend tous les réduits à un point, étant supposé non discret. Toutefois, si les intérieurs des forment un recouvrement de , ou si est un recouvrement fermé localement fini de , est un homéomorphisme; en effet, pour toute partie ouverte de , saturée pour , et pour tout , est ouvert dans , et la conclusion résulte de la prop. 3 de I. p. 18.
La proposition suivante donne une condition suffisante simple pour que soit un homéomorphisme:
Proposition 9
Soient une application continue surjective, la relation d’équivalence . S’il existe une section continue associée à (E, II, p. 18, déf. 11), l’application associée à est un homéomorphisme, et est un homéomorphisme de sur le sous-espace de .
En effet, si est l’application canonique, et sont bijectives, continues et réciproques l’une de l’autre; de même et la restriction de à sont continues, bijectives et réciproques l’une de l’autre.
Lorsque est une relation d’équivalence dans un espace topologique et l’application canonique, toute section continue associée à est aussi appelée section continue de pour (cf. E, II, p. 42); le sous-espace de est alors homéomorphe à . On notera que la donnée de détermine complètement ; aussi dit-on souvent par abus de langage que est une section (continue) de pour .
On notera qu’il n’existe pas nécessairement de section continue pour une relation d’équivalence dans un espace topologique (I, p. 94, exerc. 12).
6. Espace quotient d’un sous-espace
Soient X un espace topologique, A un sous-espace de X, R une relation d’équivalence dans X, f l’application canonique X → X/R, g sa restriction à A. La relation d’équivalence g(x) = g(y) dans A n’est autre que la relation R_A induite par R dans A (E, II, p. 45). Soit g = ψ ∘ h ∘ φ la décomposition canonique de g, de sorte que si j est l’injection canonique de A dans X, on a le diagramme commutatif¹
(1)
Proposition 10
La bijection canonique h : A/R_A → f(A) est continue. En outre, les trois propriétés suivantes sont équivalentes*:
a) h est un homéomorphisme; b) tout ensemble ouvert dans A et saturé pour RA est la trace sur A d’un ensemble ouvert dans X et saturé pour R*; c) tout ensemble fermé dans A et saturé pour RA est la trace sur A d’un ensemble fermé dans X et saturé pour R*.
La première partie de la proposition est immédiate (I, p. 22). La seconde résulte de la prop. 8 de I, p. 22 : si B est un ensemble ouvert (resp. fermé) dans A et saturé pour R_A, et si g(B) = f(B) est la trace sur f(A) d’un ensemble C ouvert (resp. fermé) dans X/R, B est la trace sur A de l’ensemble ouvert (resp. fermé) saturé pour R ; et réciproquement, si B est la trace sur A d’un ensemble ouvert (resp. fermé) D saturé pour R, f(B) est la trace sur f(A) de f(D), qui est ouvert (resp. fermé) dans X/R.
Corollaire 1
Si A est un ensemble saturé pour R et ouvert (resp. fermé) dans X, l’application canonique h : A/R_A → f(A) est un homéomorphisme*.
En effet, si A est ouvert (resp. fermé) et saturé pour R, et si B ⊂ A est ouvert (resp. fermé) dans A et saturé pour R_A, B est ouvert (resp. fermé) dans X et saturé pour R.
Corollaire 2
S’il existe une application continue u : X → A telle que, pour tout x ∈ X, u(x) soit congru à x mod. R, alors f(A) = X/R et l’application canonique h : A/R_A → X/R est un homéomorphisme*.
En effet, comme toute classe d’équivalence suivant R rencontre A, l’image
¹ Cette expression signifie que l’on a .
canonique de dans est identique à ; d’autre part, si est ouvert dans et saturé pour , il résulte de l’hypothèse que est identique à l’ensemble obtenu en saturant pour ; comme est continue, est ouvert dans (I, p. 9, th. 1) d’où le corollaire, en vertu de la prop. 10.
Exemple
Désignons par la relation d’équivalence (mod. 1) dans la droite numérique (I, p. 21, Exemple), par l’intervalle fermé ; contient un point au moins de toute classe d’équivalence suivant . L’application canonique de sur le tore est un homéomorphisme; en effet, soit un ensemble fermé dans (donc dans ); pour saturer pour la relation , il faut prendre la réunion des ensembles fermés (pour ), qui forment évidemment une famille localement finie; leur réunion est donc fermée (I, p. 6, prop. 4), d’où notre assertion. On observera que s’obtient en identifiant dans les points 0 et 1.
Exercices
See the exercises for § 3.