Soient I un ensemble préordonné, (Eα)α∈I une famille d’ensembles ayant I pour ensemble d’indices. Pour tout couple (α,β) d’indices de I tels que α≤β, soit fαβ une application de Eβ dans Eα. On suppose que les fαβ vérifient les conditions suivantes:
(LP_I) Les relations α≤β≤γ entraînent fαγ=fαβ∘fβγ. (LP_{II}) Pour tout α∈I, fαα est l’application identique de Eα.
Soit G=∏α∈IEα l’ensemble produit de la famille d’ensembles (Eα)α∈I, et désignons par E la partie de G formée des éléments x satisfaisant à chacune des relations (1)
prαx=fαβ(prβx)
pour tout couple d’indices (α,β) tel que α≤β. On dit que E est la limite projective de la famille(Eα)α∈Ipour la famille d’applications(fαβ), et on écrit E=lim←(Eα,fαβ) ou simplement E=lim←Eα si aucune confusion n’en résulte. Par abus de langage, on dira que le couple ((Eα),(fαβ)) (que l’on notera aussi (Eα,fαβ)) est un système projectif d’ensembles, relatif à l’ensemble d’indices I. On dit que la restrictionfα à E de la projection prα est l’*application canonique* de E dans Eα; on a la relation (2)
fα=fαβ∘fβ
pour α≤β, ce qui ne fait que traduire les relations (1) définissant E.
Supposons que la relation de préordre dans I soit la relation d’égalité. Alors les seuls couples (α,β) tels que α≤β sont les couples (α,α) pour α∈I, et comme fαα est l’application identique, la relation (1) est vérifiée pour toutx∈G; autrement dit, lim←Eα est alors le produit∏α∈IEα.
Supposons que I soit filtrant à droite, que pour tout α∈I, Eα soit égal à un même ensemble F et que pour α≤β, fαβ soit l’application identique de F sur lui-même. Alors E=lim←Eα n’est autre que la diagonaleΔ du produit G=∏α∈IEα=FI. En effet, il est clair que tout x∈Δ vérifie les relations (1). Inversement, soit x un élément de E et montrons que pour tout couple d’indices (α,β) dans I, on a prαx=prβx. En effet, il existe par hypothèse γ∈I tel que α≤γ et β≤γ, donc on déduit de (1) que prαx=fαγ(prγx)=prγx et de même prβx=prγx, d’où notre assertion.
On notera que E=lim←Eα peut être vide même lorsque les Eα sont tous non vides et que chacune des applications fαβ est surjective (III, p. 94, exerc. 4; voir III, p. 57–60).
Il est clair que pour toute partie J de I, le couple formé de la sous-famille (Eα)α∈J et de la famille (fαβ) où α∈J,β∈J et α≤β, est encore un système projectif d’ensembles, relatif à J; on dira qu’il est obtenu par restriction à J de l’ensemble d’indices. Notons E et E′ les limites projectives des familles (Eα)α∈I et (Eα)α∈J respectivement; pour tout x∈E, l’élément (3)
g(x)=(fα(x))α∈J
appartient à E′ en vertu de (2); l’application g:E→E′ ainsi définie est dite canonique. Si J′ est une partie de J, E′′ la limite projective de la famille (Eα)α∈J′, g′:E′→E′′ et g′′:E→E′′ les applications canoniques, on a, par définition, (4)
Soient I un ensemble préordonné,* (Eα,fαβ)un système projectif d’ensembles relativ à I,E=lim←Eαsa limite projective, et pour toutα∈I, soitfα:E→Eα l’application canonique. Pour tout α∈I, soit uα une application d’un ensemble F dans Eα telle que l’on ait
fαβ∘uβ=uα(5)
pour α≤β.
Dans ces conditions : 1° Il existe une application et une seule u de F dans E telle que
uα=fα∘u(6)
pour tout α∈I.
2° Pour que u soit injective, il faut et il suffit que pour tout couple d’éléments distincts y,z de F, il existe α∈I tel que uα(y)=uα(z).
En effet, la relation uα=fα∘u signifie que pour tout y∈F, on a prα(u(y))=uα(y); l’élément u(y)∈∏α∈IEα est déterminé de façon unique par u(y)=(uα(y))α∈I. Reste à voir que u(y)∈E pour tout y∈F, autrement dit que l’on a
prα(u(y))=fαβ(prβ(u(y)))
pour α≤β; mais cela s’écrit uα(y)=fαβ(uβ(y)) et résulte donc de (5). La seconde partie de la proposition découle aussitôt des définitions.
Soient (Eα,fαβ) et (Fα,gαβ) deux systèmes projectifs d’ensembles relatifs à un même ensemble d’indices I; soient E=lim←Eα, F=lim←Fα, et pour tout α∈I, soit fα (resp. gα) l’application canonique de E dans Eα (resp. de F dans Fα). Pour tout α∈I, soit uα une application de Eα dans Fα telle que, pour α≤β, le diagramme
Eβfαβ↓EαuβuαFβgαβ↓Fα
soit commutatif.\footnote{Cela signifie que l’on a uα∘fαβ=gαβ∘uβ.} Il existe alors une application u:E→F et une seule telle que, pour tout α∈I, le diagramme
Efα↓EαuuαFgα↓Fα
soit commutatif.
Posons vα=uα∘fα. Pour α≤β, on a, d’après (2)
gαβ∘vβ=gαβ∘uβ∘fβ=uα∘fαβ∘fβ=uα∘fα=vα
et on peut donc appliquer la prop. 1 aux vα; d’où l’existence et l’unicité d’une application u:E→F telle que
gα∘u=vα=uα∘fα
pour tout α∈I.
On dit qu'une famille d'applications uα:Eα→Fα satisfaisant aux conditions du cor. 1 est un système projectif d'applications de (Eα,fαβ) dans (Fα,gαβ); l'application u définie dans le cor. 1 est appelée la limite projective de la famille (uα) et se note u=lim←uα lorsque aucune confusion n'est à craindre.
Soient (Eα,fαβ),(Fα,gαβ),(Gα,hαβ) trois systèmes projectifs d'ensembles relatifs à I; soient E=lim←Eα,F=lim←Fα,G=lim←Gα, et soit fα (resp. gα,hα) l'application canonique de E (resp. F,G) dans Eα (resp. Fα,Gα). Si (uα) et (vα) sont deux systèmes projectifs d'applications, uα:Eα→Fα,vα:Fα→Gα, alors les vα∘uα:Eα→Gα forment un système projectif d'applications, et l'on a
ce qui montre que (wα) est un système projectif d'applications. En outre, si on pose u=lim←uα,v=lim←vα, on a, pour tout α∈I
hα∘(v∘u)=(vα∘gα)∘u=(vα∘uα)∘fα
et en raison de l'unicité de la limite projective, on a v∘u=lim←wα.
Soit (Eα,fαβ) un système projectif d'ensembles, et pour tout α∈I, soit Mα une partie de Eα. Si l'on a fαβ(Mβ)⊂Mα pour α≤β, on dit que les Mα forment un système projectif de parties des Eα. Soit gαβ l'application de Mβ dans Mα (pour α≤β) ayant même graphe que la restriction de fαβ à Mβ; il est clair que (Mα,gαβ) est un système projectif d'ensembles, et l'on a
Soient (Eα,fαβ),(Eα′,fαβ′) deux systèmes projectifs d'ensembles relatifs à I, et pour chaque α∈I, soit uα une application de Eα dans Eα′, les uα formant un système projectif d'applications. Soit u=lim←uα. Pour tout x′=(xα′)∈E′=lim←Eα′, les uˉα−1(xα′) forment un système projectif de parties des Eα, et l'on a uˉ−1(x′)=lim←uˉα−1(xα′).
En effet, si α≤β et xβ∈uˉβ−1(xβ′), on a
uα(fαβ(xβ))=fαβ′(uβ(xβ))=fαβ′(xβ′)=xα′,
d'où la première assertion; et dire que x=(xα)∈E=lim←Eα est tel que u(x)=x′ signifie par définition que uα(xα)=xα′ pour tout α∈I.
Soient I un ensemble préordonné, (Eα,fαβ) un système projectif d’ensembles relatif à I, E=lim←Eα sa limite projective. Soient J une partie cofinale de I, filtrante à droite, E′ la limite projective du système projectif d’ensembles obtenu à partir de (Eα,fαβ) par restriction à J de l’ensemble d’indices. Alors l’application canonique g de E dans E′ (III, p. 52, formule (3)) est bijective.
Pour tout α∈J, soit fα′ l’application canonique E′→Eα; alors, compte tenu de (2) et (5), g est l’unique application de E dans E′ telle que fα=fα′∘g pour tout α∈J (III, p. 52, prop. 1). Vérifions le critère de la prop. 1 pour voir que g est injective: si x,y sont deux éléments distincts de E, il existe par définition un α∈I tel que fα(x)=fα(y); comme J est cofinal dans I, il existe λ∈I tel que α≤λ; comme fαλ(fλ(x))=fαλ(fλ(y)), on a bien fλ(x)=fλ(y). Montrons ensuite que g est surjective. Soit x′=(xλ′)λ∈J un élément de E′. Pour tout α∈I, il existe λ∈I tel que α≤λ; montrons que l’élément fαλ(xλ′) ne dépend pas de l’indice λ∈J tel que α≤λ. En effet si μ∈J est tel que α≤μ, il existe ν∈J tel que λ≤ν et μ≤ν, donc fαλ(xλ′)=fαλ(fλν(xν′))=fαν(xν′), et de même fαμ(xμ′)=fαν(xν′), d’où notre assertion. Soit xα la valeur commune des fαλ(xλ′) pour les λ∈J tels que α≤λ, et posons x=(xα)α∈I. L’élément x appartient à E, car si α≤β et si λ∈J est tel que β≤λ, on a fαβ(xβ)=fαβ(fβλ(xλ′))=fαλ(xλ′)=xα. Enfin, on a xλ′=fλλ(xλ′) pour tout λ∈J, donc xλ=xλ′ pour tout λ∈J, autrement dit fλ(x)=xλ′, d’où g(x)=x′, ce qui achève la démonstration.
En particulier, si I admet un plus grand élémentω, on peut prendre J={ω}, et on voit que lim←Eα s’identifie canoniquement à Eω.
Remarques
1) Pour tout α∈I, posons Eα′=fα(E); les Eα′ forment un système projectif de parties des Eα en vertu de (2), et il est immédiat que l’on a lim←Eα′=E=lim←Eα; on notera que l’application fαβ′:Eβ′→Eα′ (pour α≤β) ayant même graphe que la restriction de fαβ à Eβ′ est surjective; en outre, on a
Eα′=fα(E)⊂β≥α⋂fαβ(Eβ)
pour tout α∈I.
2) Soient I un ensemble préordonné filtrant à droite, (Eα,fαβ) un système projectif d’ensembles relatif à I, et pour tout α∈I, soit uα:F→Eα une application, telle que la famille (uα) vérifie (5). Considérons le système projectif (Fα,iαβ) relatif à I, où Fα=F pour tout α∈I et iαβ est l’application identique de F. On sait alors
(III, p. 52, Exemple 2) que F s’identifie canoniquement à lim←Fα. Si on considère uα comme application de Fα dans Eα, (uα) est un système projectif d’applications, et l’application u:F→E définie par (6) s’identifie à la limite projective de ce système d’applications. Aussi écrit-on alors par abus de langage u=lim←uα.
3) Soient I un ensemble ordonné, (Eα,fαβ) un système projectif d’ensembles relatif à I. Pour toute partie finie J de I, soit FJ la limite projective du système projectif (fini) obtenu à partir de (Eα,fαβ) par restriction à J de l’ensemble d’indices. Pour deux parties finies J, K de I telles que J⊂K, soit gJK l’application canonique (3) de FK dans FJ; la relation (4) montre que (FJ,gKJ) est un système projectif d’ensembles relatif à l’ensemble ordonné filtrant (pour la relation ⊂) F(I) des parties finies de I. D’autre part, pour tout J∈F(I), soit hJ:E→FJ l’application canonique (3); en vertu de (4) (et avec l’abus de langage signalé dans la Remarque 2), (hJ) est un système projectif d’applications; posons h=lim←hJ:E→F=lim←FJ, et montrons que h est une bijection (dite canonique). En effet, soit y=(yJ) un élément de F; on a par définition yJ=(xα,J)α∈J avec xα,J∈Eα pour tout α∈J; si J⊂K, on a, par définition des gJK et en raison de la relation yJ=gJK(yK), xα,J=xα,K pour tout α∈J. Pour un α∈I, il y a donc un unique élément xα∈Eα tel que xα=xα,J pour tout J fini contenant α. Si α≤β, il y a une partie finie J de I contenant à la fois α et β, donc xα=fαβ(xβ) par définition; on en conclut que x=(xα) est l’unique élément de E tel que h(x)=y.
3. Double limite projective
Soient I, L deux ensembles préordonnés, I×L leur produit (III, p. 7). Considérons un système projectif d’ensembles (Eαλ,fαβλμ) relatif à l’ensemble d’indices I×L; on a donc
fαγλν=fαβλμ∘fβγμνpour α≤β≤γ et λ≤μ≤ν.
Désignons par E ou lim←,λEαλ la limite projective de ce système projectif.
Pour tout λ∈L, posons gαβλ=fαβλλ:Eβλ→Eαλ; il résulte de (11) que l’on a
gαγλ=gαβλ∘gβγλpour α≤β≤γ,
autrement dit (Eαλ,gαβλ) est un système projectif d’ensembles relatif à I; notons Fλ=lim←Eαλ sa limite projective. D’autre part, pour λ≤μ fixés dans L, il résulte de (11) que les hαλμ=fααλμ:Eαμ→Eαλ forment un système projectif d’applications; nous noterons hλμ=lim←hαλμ:Fμ→Fλ sa limite projective. Pour λ≤μ≤ν dans L, on a
hλν=hλμ∘hμν
(III, p. 54, cor. 2); donc (Fλ,hλμ) est un système projectif d’ensembles relatif à L. Soit F=lim←Fλ sa limite projective; nous allons définir une bijection canonique F→E. Remarquons pour cela que F est, par définition, une partie de ∏λ∈LFλ, et
F^λ une partie de ∏α∈IEαλ; donc F s’identifie canoniquement à une partie de ∏(α,λ)∈I×LEαλ=G (II, p. 35, prop. 7). Pour tout z∈G, soit prλ(z) l’élément (prαλ(z))α∈I de ∏α∈IEαλ; dire que z∈F signifie que l’on a (14)
prλ(z)=hλμ(prμ(z))pour λ≤μ dans L
et que prλ(z)∈Fλ pour tout λ∈L, c’est-à-dire que pour α≤β dans I on a (15)
prαλ(z)=fαβλλ(prβλ(z)).
Mais on a hλμ(prμ(z))=(fααλμ(prαμ(z)))α∈I; on déduit donc de (14) et (15) que pour α≤β et λ≤μ, on a
Soit (Eα′λ,fαβ′λμ) un second système projectif d’ensembles relatif à I×L, et, pour tout (α,λ)∈I×L, soit uαλ une application de Eαλ dans Eα′λ, les uαλ formant un système projectif d’applications. On a alors (17)
Soit (Eαλ,fαβλ)λ∈L une famille de systèmes projectifs relatifs à I. Alors, si on note ∏λ∈Lfαβλ l’extension aux produits de la famille d’applications (fαβλ)λ∈L (II, p. 38, déf. 2), (∏λ∈LEαλ,∏λ∈Lfαβλ) est un système projectif d’ensembles relatif à I, et on a, à une bijection canonique près (18)
←αlimλ∈L∏Eαλ=λ∈L∏(←αlimEαλ).
Il suffit de considérer le système projectif (Eαλ,gαβλμ) relatif à I×L où la relation d’ordre sur L est l’égalité (III, p. 52, Exemple 1) et où gαβλμ=fαβλ pour λ=μ, et de lui appliquer la prop. 4.
4. Conditions pour qu’une limite projective soit non vide
Nous allons dans ce n° donner les deux conditions suffisantes pour qu’une limite projective soit non vide, qui sont le plus souvent utilisées (voir aussi III, p. 94, exerc. 5).
Soit (Eα,fαβ) un système projectif d'ensembles relatif à un ensemble préordonné filtrant I, qui admet une partie cofinale dénombrable; supposons en outre que les fαβ soient surjectives. Alors, si E=lim←Eα, l'application canonique fα:E→Eα est surjective pour tout α∈I (et a fortiori, E n'est pas vide si aucun des Eα n'est vide).
Soit (αn) une suite d'éléments de I formant une partie cofinale de I. Comme I est filtrant, on peut définir par récurrence une suite (βn) par les conditions β0=α0, βn≥βi pour i<n et βn≥αn; il est clair que la suite (βn) est croissante et forme une partie cofinale de I; tenant compte de III, p. 52, prop. 1 et des relations fα=fαβn∘fβn pour α≤βn, on voit qu'on est ramené à prouver la proposition lorsque I=N. En outre, il est clair qu'il suffit de prouver que f0 est surjective. Soit donc x0∈E0; on définit par récurrence xn∈En pour n≥1 comme un élément de fn−1,n−1(xn−1), ce qui est possible puisque ce dernier ensemble n'est pas vide par hypothèse. On prouve alors par récurrence sur n−m que pour m≤n, on a xm=fmn(xn), donc x=(xn) appartient à E.
Le second critère concerne les systèmes projectifs (Eα,fαβ) relatifs à un ensemble d'indices I, tels que pour tout α∈I on se soit donné un ensemble Sα de parties de Eα, vérifiant les conditions suivantes:
(i) Toute intersection d'ensembles de Sα appartient à Sα.
Il résulte en particulier de cette condition (en considérant l'intersection de la famille vide) que Eα∈Sα.
(ii) Si un ensemble de parties F⊂Sα est tel que toute intersection finie d'ensembles appartenant à F soit non vide, alors ⋂M∈FM est non vide.
Il est clair, compte tenu de (i), que (ii) est équivalente à la condition suivante:
(ii') Si G⊂Sα est un ensemble filtrant décroissant dont les éléments sont non vides, alors ⋂M∈GM est non vide.
On suppose que I est filtrant, que les Sα satisfont aux conditions (i) et (ii), et en outre que le système projectif (Eα,fαβ) possède les propriétés suivantes:
(iii) Pour tout couple d'indices α,β tels que α≤β, et tout xα∈Eα, on a fαβ−1(xα)∈Sβ.
(iv) Pour tout couple d'indices α,β tels que α≤β et tout Mβ∈Sβ, on a fαβ(Mβ)∈Sα.
Soit E=lim←Eα, et pour tout α∈I, soit fα:E→Eα l'application canonique. Alors:
a) Pour tout α∈I, on a
fα(E)=β≥α⋂fαβ(Eβ).
b) Si, pour tout α∈I, Eα est non vide, alors E est non vide.
Soit Σ l'ensemble des familles A=(Aα)α∈I vérifiant les conditions:
Aα=∅etAα∈Sαpour toutα∈I;
fαβ(Aβ)⊂Aαpourα≤β.
Pour deux éléments A=(Aα), A′=(Aα′) de Σ, la relation A≤A′ signifiera que Aα⊃Aα′ pour tout α; il est clair que Σ est ordonné par cette relation.
1° Prouvons d’abord que l’ensemble ordonné Σ est inductif. Soient L un ensemble totalement ordonné, λ↦Aλ=(Aαλ)α∈I une application strictement croissante de L dans Σ. Pour tout α∈I, posons Bα=⋂λ∈LAαλ; il est immédiat que la famille B=(Bα)α∈I vérifie (21); en vertu de (i) et (ii'), elle vérifie aussi (20), donc B∈Σ, et il est clair que B majore l’ensemble des Aλ.
2° Soit A=(Aα) un élément maximal de Σ; montrons que l’on a alors Aα=fαβ(Aβ) pour α≤β. En effet, soit Aα′=⋂β≥αfαβ(Aβ) pour tout α∈I; montrons que A′=(Aα′) appartient à Σ. Notons d’abord que pour α≤β≤γ on a fαγ(Aγ)=fαβ(fβγ(Aγ))⊂fαβ(Aβ) en vertu de (21); en outre on a fαβ(Aβ)∈Sα d’après (iv), et fαβ(Aβ)=∅ par (20); les conditions (i) et (ii) montrent alors que A′ vérifie (20). Enfin A′ vérifie aussi (21): en effet, si α≤β, on a
fαβ(Aβ′)⊂γ≥β⋂fαβ(fβγ(Aγ))=γ≥β⋂fαγ(Aγ);
d’autre part, pour tout δ≥α, il existe un γ∈I tel que γ≥δ et γ≥β, donc fαγ(Aγ)⊂fαδ(Aδ), et par suite ⋂γ≥βfαγ(Aγ)=⋂δ≥αfαδ(Aδ)=Aα′, ce qui achève d’établir que A′∈Σ. Comme Aα′⊂Aα pour tout α, l’hypothèse que A est maximal dans Σ entraîne A′=A, ce qui prouve notre assertion.
3° Montrons maintenant que si A=(Aα) est un élément maximal de Σ, chacun des Aα est réduit à un élément. Soit xα∈Aα. Pour tout β≥α, posons Bβ=Aβ∩fαβ−1(xα); si l’on n’a pas β≥α, posons Bβ=Aβ; nous allons voir que B=(Bβ) appartient à Σ. Si l’on n’a pas β≥α, la relation β≤γ entraîne
fβγ(Bγ)⊂fβγ(Aγ)⊂Aβ=Bβ; si au contraire α≤β≤γ, comme fαγ−1(xα)=fβγ−1(fαβ(xα)), on a fβγ(fαγ−1(xα))⊂fαβ−1(xα), et comme fβγ(Aγ)⊂Aβ, on a encore fβγ(Bγ)⊂Bβ; la famille B veˊrifie donc (21).
Comme Aα=fαβ(Aβ) pour α≤β d’après 2°, il est clair que Bβ=∅ pour tout β∈I; enfin, en vertu de (i) et (iii), on a Bβ∈Sβ pour tout β∈I, ce qui achève de montrer que B∈Σ. Comme Bβ⊂Aβ pour tout β∈I, l’hypothèse que A est maximal entraîne Bβ=Aβ pour tout β, et en particulier Aα={xα}.
4° Nous pouvons maintenant démontrer le th. 1. Prouvons d’abord a). On sait que fα(E)⊂⋂β≥αfαβ(Eβ). Inversement, soit xα∈⋂β≥αfαβ(Eβ). Posons Bβ=fαβ(xα) si β≥α, Bβ=Eβ dans le cas contraire; par définition de xα, les Bβ ne sont pas vides et l’on a Bβ∈Sβ pour tout β∈I en vertu de (iii) et de (i); en outre il est immédiat que fβγ(Bγ)⊂Bβ pour β≤γ. On a donc B=(Bβ)∈Σ; soit A=(Aβ) un élément maximal de Σ tel que A≥B, élément dont l’existence résulte de 1° et de III, p. 21, cor. 1; comme, d’après 3°, Aβ est de la forme {yβ} pour tout β∈I, y=(yβ) appartient à E, et fα(y)=yα=xα par définition.
Prouvons enfin que a) entraîne b). On peut en effet supposer I non vide (sans quoi il n'y a rien à démontrer); l'hypothèse que les Eα sont non vides entraîne fαβ(Eβ)=∅ pour β≥α; comme les fαβ(Eβ), pour α fixé et β≥α, forment un ensemble filtrant décroissant de parties de Eα appartenant à Sα, la condition (ii') prouve que ⋂β≥αfαβ(Eβ)=∅. On a donc fα(E)=∅ d'après a), et a fortiori E=∅.
Supposons que dans l'énoncé du th. 1, on remplace la condition (iii) par la condition plus faible suivante:
(iii') *Pour tout α∈I, et tout ensemble non vide Mα∈Sα, il existe xα∈Mα tel que fαβ−1(xα)∈Sβ pour tout β≥α.
Alors la conclusion b) du th. 1 est encore valable. En effet, les démonstrations des parties 1° et 2° du th. 1 sont inchangées; la démonstration de la partie 3° reste valable en ayant soin de prendre xα∈Aα tel que fαβ−1(xα) appartienne à Sβ pour β≥α. Enfin, le raisonnement de 4° montre que si ⋂β≥αfαβ(Eβ)=∅ et si on prend dans cet ensemble un xα tel que fαβ−1(xα)∈Sβ pour β≥α, il existe y∈E tel que fα(y)=xα, ce qui établit notre assertion.
Exemples
I) Si les Eα sont des ensembles finis, on peut appliquer le th. 1 en prenant pour Sα l'ensemble de toutes les parties de Eα. *Cet exemple sera généralisé en Topologie générale au cas où les Eα sont des espaces compacts, les fαβ des applications continues, et Sα l'ensemble des parties fermées de Eα (TG, I, § 9, n° 6).
II) Soient A un anneau, et pour chaque α∈I, soit Tα un A-module à gauche artinien (A, VIII, § 2, n° 1); soit Eα un espace homogène sur Tα dans lequel Tα opère fidèlement (de sorte que l'on peut dire que Eα est un espace affine attaché à Tα (A, II, § 9, n° 1)). Pour β≥α, supposons que fαβ:Eβ→Eα soit une application affine (A, II, § 9, n° 4). Prenons pour Sα l'ensemble formé de la partie vide et des variétés linéaires affines de Eα (A, II, § 9, n° 3). Alors la condition (i) est trivialement vérifiée, et la condition (ii) résulte de ce que Tα est artinien: cela entraîne en effet l'existence d'un élément minimal parmi les intersections finies d'ensembles M∈F, et cet élément est nécessairement égal à ⋂M∈FM. Enfin, comme fαβ est affine, les conditions (iii) et (iv) sont trivialement vérifiées.
5. Limites inductives
Soient I un ensemble préordonné filtrant à droite, (Eα)α∈I une famille d'ensembles ayant I pour ensemble d'indices. Pour tout couple (α,β) d'indices de I tels que α ≤ β, soit fβα une application de Eα dans Eβ. On suppose que les fβα vérifient les conditions suivantes: (LI_I) Les relations α≤β≤γ entraînent fγα=fγβ∘fβα. (LI_II) Pour tout α∈I, fαα est l’application identique de Eα.
Soit G l’ensemble somme de la famille d’ensembles (Eα)α∈I (II, p. 30); par abus de langage, nous identifierons les Eα aux parties de G qui en sont les images canoniques, et forment une partition de G; pour tout x∈G, nous désignerons par λ(x) l’unique indice α∈I tel que x∈Eα. Soir R{x,y} la relation suivante entre deux éléments x,y de G: « il existe un élément γ∈I tel que γ≥α=λ(x) et γ≥β=λ(y), et pour lequel on a fγα(x)=fγβ(y) »; montrons que R est une relation d’équivalence dans G. Il est évident que R est symétrique et réflexive dans G; reste à voir qu’elle est transitive. Or, soient x∈Eα, y∈Eβ, z∈Eγ; supposons qu’il existe λ∈I tel que λ≥α, λ≥β, et fλα(x)=fλβ(y), et μ∈I tel que μ≥β, μ≥γ et fμβ(y)=fμγ(z). Comme I est filtrant, il existe ν∈I tel que ν≥λ et ν≥μ; en vertu de (LI_I), on a alors
On dit que l’ensemble quotient E=G/R est la limite inductive de la famille (Eα)α∈I pour la famille d’applications (fβα), et on écrit E=lim→(Eα,fβα), ou simplement E=lim→Eα si aucune confusion n’en résulte. Par abus de langage, on dira que le couple ((Eα),(fβα)) (que l’on notera aussi (Eα,fβα)) est un système inductif d’ensembles, relatif à l’ensemble filtrant I.
Il est clair que E n’est pas vide si un au moins des Eα n’est pas vide. Nous désignerons par fα la restriction à Eα de l’application canonique f de G sur E=G/R, et nous dirons que fα est l’application canonique de Eα dans E. Pour α≤β, on a la relation (22)
fβ∘fβα=fα;
en effet, pour tout x∈Eα, on a fββ(fβα(x))=fβα(x) en vertu de (LI_I), donc les éléments x∈Eα et fβα(x)∈Eβ sont congrus mod. R, ce qui démontre (22).
Soient A, B deux ensembles, (Vα)α∈I une famille de parties de A, dont l’ensemble d’indices I est filtrant à droite, telle que la relation α≤β entraîne Vβ⊂Vα. Désignons par Eα l’ensemble des applications de Vα dans B; pour tout couple d’indices α,β tels que α≤β, soit fβα l’application de Eα dans Eβ qui à toute fonction u∈Eα fait correspondre sa restriction fβα(u) à Vβ. Il est immédiat que les conditions (LI_I) et (LI_II) sont vérifiées; on dit que l’ensemble E=lim→Eα est l’ensemble des germes d’applications des Vα dans B. *Le cas le plus fréquent est celui où (Vα) est la famille des voisinages d’une partie d’un espace topologique A (TG, I, § 6, n° 10).
Supposons que pour tout α∈I, Eα soit égal à un ensemble F et que pour α≤β, gβα soit l’application identique de F sur lui-même. Alors il existe une bijection canonique de limEα sur F: en effet, pour définir limEα, on doit former l’ensemble G somme de la famille (Eα); G est donc réunion d’une famille (Gα) d’ensembles deux à deux disjoints, et pour tout α∈I, il y a une bijection canonique hα:F→Gα. On doit ensuite considérer la relation d’équivalence R dans G, correspondant à la partition (Py)y∈F, où Py est l’ensemble des hα(y) lorsque α parcourt I. Il est clair que y↦Py est une bijection, dont la bijection réciproque est la bijection cherchée; on identifiera F à limEα au moyen de cette bijection canonique.
Soient (Eα,fβα) un système inductif d’ensembles, E=limEα sa limite inductive, et pour tout α∈I, soit fα:Eα→E l’application canonique.
(i) Soit (x(i))1≤i≤n un système fini d’éléments de E. Il existe un α∈I et un système fini (xα(i))1≤i≤n d’éléments de Eα tels que x(i)=fα(xα(i)) pour 1≤i≤n.
(ii) Soit (yα(i))1≤i≤n un système fini d’éléments d’un Eα; si fα(yα(i))=fα(yα(j)) pour tout couple d’indices (i,j), il existe un β≥α tel que fβα(yα(i))=fβα(yα(j)) pour tout couple (i,j).
(i) Par définition de E, il existe pour chaque i un βi∈I et un élément zβi∈Eβi tel que x(i)=fβi(zβi); il suffit de prendre α tel que α≥βi pour 1≤i≤n, et xα(i)=fαβi(zβi).
(ii) Par définition de E, pour tout couple (i,j) il existe γij∈I tel que γij≥α et que fγijα(yα(i))=fγijα(yα(j)); il suffit de prendre β tel que β≥γij pour tous les couples (i,j), et d’utiliser les relations fβα=fβγij∘fγijα.
Soient I un ensemble préordonné filtrant à droite, (Eα,fβα) un système inductif d’ensembles, E=limEα sa limite inductive, et pour tout α∈I, soit fα:Eα→E l’application canonique. Pour tout α∈I, soit uα une application de Eα dans un ensemble F telle que l’on ait
uβ∘fβα=uα(23)
pour α≤β.
Dans ces conditions:
1° Il existe une application u et une seule de E dans F telle que
uα=u∘fα(24)
pour tout α∈I.
2° Pour que u soit surjective, il faut et il suffit que F soit réunion des uα(Eα).
3° Pour que u soit injective, il faut et suffit que, pour tout α∈I, les relations x∈Eα,y∈Eα,uα(x)=uα(y) entraînent qu’il existe β≥α pour lequel fβα(x)=fβα(y).
1° Avec les notations du no 5, soit v l’application de l’ensemble somme G dans F qui coïncide avec uα dans chaque Eα (II, p. 29, prop. 8). L’hypothèse entraîne que v est compatible avec la relation d’équivalence R (II, p. 44); donc il existe une application u et une seule de E=G/R dans F telle que v=u∘f (loc. cit.).
2° Comme E est réunion des fα(Eα), la relation F=⋃α∈Iuα(Eα) est évidemment nécessaire et suffisante pour que u soit surjective.
3° En vertu du lemme 1 (III, p. 62), deux éléments quelconques de E peuvent toujours s’écrire sous la forme fα(x) et fα(y), où x∈Eα et y∈Eα, pour un α∈I convenable; il résulte aussi de ce lemme que la relation fα(x)=fα(y) est équivalente à l’existence de β≥α tel que fβα(x)=fβα(y); comme uα(x)=u(fα(x)) et uα(y)=u(fα(y)), cela achève la démonstration.
Lorsque l’application u est bijective, on dit parfois, par abus de langage, que F est la limite inductive de la famille (Eα).
Remarque 1). — Supposons que chacune des applications fβα soit injective; alors chacune des applications fα est injective en vertu de la définition de la relation R. On identifie alors en général Eα et fα(Eα), et on considère donc E comme la réunion des Eα. Inversement, soit (Fα)α∈I une famille croissante de parties d’un ensemble F, et supposons que F soit réunion de cette famille; si jβα désigne l’injection canonique de Fα dans Fβ pour α≤β, il résulte de la prop. 6 que l’on peut identifier F à la limite inductive de la famille (Fα) pour la famille d’applications (jβα), et les applications canoniques des Fα dans lim→Fα aux injections canoniques des Fα dans F.
Soient* (Eα,fβα)et(Fα,gβα)deux systèmes inductifs d’ensembles relatifs à un même ensemble d’indices I; soientE=lim→Eα, F=lim→Fα, et pour toutα∈I, soitfα(resp. gα)l’application canonique deEαdans E (resp. deFαdans F*).* Pour toutα∈I, soituαune application deEαdansFαtelle que, pourα≤β, *le diagramme
Eαfβα↓EβuαuβFαgβα↓Fβ
soit commutatif.Il existe alors une applicationu:E→Fet une seule telle que, pour toutα∈I, le diagramme
Eαfα↓EuαuFαgα↓F
soit commutatif.
Posons vα=gα∘uα. Pour α≤β, on a, d’après (22),
vβ∘fβα=gβ∘uβ∘fβα=gβ∘gβα∘uα=gα∘uα=vα.
On peut donc appliquer la prop. 6 aux vα, d’où l’existence et l’unicité d’une application u:E→F telle que
u∘fα=vα=gα∘uα
pour tout α∈I.
On dit qu’une famille d’applications uα:Eα→Fα satisfaisant aux conditions du cor. 1 est un système inductif d’applications de (Eα,fβα) dans (Fα,gβα); l’application définie dans le cor. 1 est appelée la limite inductive de la famille (uα) et se note u=lim→uα lorsque aucune confusion n’est à craindre.
Soient (Eα,fβα), (Fα,gβα), (Gα,hβα) trois systèmes inductifs d’ensembles relatifs à I; soient E=limEα, F=limFα, G=limGα, et soit fα (resp. gα,hα) l’application canonique de Eα (resp. Fα,Gα) dans E (resp. F,G). Si (uα) et (vα) sont deux systèmes inductifs d’applications uα:Eα→Fα, vα:Fα→Gα, alors les vα∘uα:Eα→Gα forment un système inductif d’applications, et on a
Soient (Eα,fβα), (Eα′,fβα′) deux systèmes inductifs d’ensembles relatifs à I, et pour chaque α∈I, soit uα une application de Eα dans Eα′, les uα formant un système inductif d’applications. Soit u=limuα. Si chacune des uα est injective (resp. surjective), alors u est injective (resp. surjective).
Soient E=limEα, E′=limEα′, et fα:Eα→E, fα′:Eα′→E′ les applications canoniques. Supposons les uα injectives; pour vérifier que u est injective, il suffit (III, p. 62, prop. 6) de vérifier que si x∈Eα, y∈Eα sont tels que fα′(uα(x))=fα′(uα(y)), alors il existe β≥α tel que fβα(x)=fβα(y). Or l’hypothèse implique (III, p. 62, lemme 1) qu’il existe β≥α tel que fβα′(uα(x))=fβα′(uα(y)), ce qui s’écrit aussi uβ(fβα(x))=uβ(fβα(y)), et entraîne donc fβα(x)=fβα(y) puisque uβ est injective.
Supposons maintenant les uα surjectives; on a alors
Avec les notations de la prop. 7, soit, pour tout α∈I, Mα une partie de Eα; si l’on a fβα(Mα)⊂Mβ pour α≤β, on dit que (Mα)α∈I est un système inductif de parties des Eα. Soit gβα l’application de Mα dans Mβ (pour α≤β) ayant même graphe que la restriction de fβα à Mα; il est clair que (Mα,gβα) est un système inductif d’ensembles, et la prop. 7, appliquée aux injections canoniques jα:Mα→Eα, permet d’identifier M=limMα à une partie de E au moyen de l’injection j=limjα.
Soient (Eα,fβα), (Eα′,fβα′) deux systèmes inductifs d’ensembles, (uα) un système inductif d’applications uα:Eα→Eα′, et soit u=limuα.
(i) Soit (Mα) un système inductif de parties des Eα. Alors (uα(Mα)) est un système inductif de parties des Eα′, et on a
limuα(Mα)=u(limMα).
(ii) Soit (aα′)α∈I une famille telle que l’on ait aα′∈Eα′ pour tout α∈I et fβα′(aα′)=aβ′ pour α≤β. Alors les ensembles uˉα−1(aα′) forment un système inductif de parties des Eα, et l’on a
limuˉα−1(aα′)=uˉ−1(a′)
en désignant par a′ l’unique élément de limEα′ image canonique de aα′ pour tout α∈I.
(i) Il est immédiat que les uα(Mα) forment un système inductif de parties des Eα′, et on peut écrire uα(Mα)=vα(Mα), où vα est l’application de Mα sur uα(Mα) dont le graphe coïncide avec celui de la restriction de uα à Mα. La relation (26) résulte alors de la prop. 7, puisque les vα sont surjectives.
(ii) Soit Nα=uα−1(aα′); si α≤β et si xα∈Nα, on a uβ(fβα(xα))=fβα′(uα(xα))=fβα′(aα′)=aβ′, donc fβα(xα)∈Nβ, et les Nα forment un système inductif de parties des Eα. Avec les notations de la démonstration de la prop. 7, considérons un élément x∈limNα; il existe donc un α∈I et un xα∈Nα tels que x=fα(xα), d’où u(x)=u(fα(xα))=fα′(uα(xα))=fα′(aα′)=a′. Réciproquement, si x∈uˉ−1(a′) et si x=fα(xα) pour un α∈I et un xα∈Eα, on a fα′(aα′)=a′=u(fα(xα))=fα′(uα(xα)); donc (III, p. 62, lemme 1), il existe β≥α tel que fβα′(uα(xα))=fβα′(aα′)=aβ′; ceci s’écrit aussi uβ(fβα(xα))=aβ′, donc fβα(xα)∈Nβ; comme x=fβ(fβα(xα)), on a bien x∈limNα.
Remarque 2). — Supposons que pour tout α∈I, uα:Eα→E′ soit une application telle que la famille (uα) vérifie (23). Considérons le système inductif (Eα′,iβα) relatif à I, où Eα′=E′ pour tout α∈I et iβα est l’application identique de E′. On sait alors (III, p. 61, Exemple 2) que E′ s’identifie canoniquement à limEα. Si on considère uα comme application de Eα dans E′, (uα) est un système inductif d’applications, et l’application u:E→E′ définie par (24) s’identifie à la limite inductive de ce système d’applications. Aussi écrit-on alors par abus de langage u=limuα.
Pour toute partie J de I, filtrante à droite (pour le préordre induit), il est clair que le couple formé de la sous-famille (Eα)α∈J et de la famille (fβα), où α≤β, α∈J et β∈J, est encore un système inductif d’ensembles, relatif à J; on dira qu’il est obtenu par restriction à J de l’ensemble d’indices. Notons par E et E′ les limites inductives des familles (Eα)α∈I et (Eα)α∈J respectivement, et pour tout α∈I, soit fα:Eα→E l’application canonique; alors (fα)α∈J est un système inductif d’applications, et par suite g=limfα est un application E′→E, dite canonique.
En outre, si J′ est une partie filtrante de J, E′′ la limite inductive de la famille (Eα)α∈J′′, g′:E′′→E′ et g′′:E′′→E les applications canoniques, il résulte aussitôt de la prop. 6 que l’on a
Soient I un ensemble préordonné filtrant à droite, (Eα,fβα) un système inductif d’ensembles relatif à I, E=lim⟶Eα sa limite inductive. Soient J une partie cofinale de I, E′ la limite inductive du système inductif d’ensembles obtenu à partir de (Eα,fβα) par restriction à J de l’ensemble d’indices. Alors l’application canonique de E′ dans E est bijective.
On sait que J est nécessairement filtrant à droite (III, p. 13). Vérifions les critères de la prop. 6 (III, p. 62) pour montrer que g est bijective. La condition d’injectivité découle aussitôt de la définition et du lemme 1 (III, p. 62). Pour voir que g est surjective, remarquons que pour tout α∈J, on a g(Eα)=fα(Eα). Or, pour tout β∈I, il existe γ∈J tel que β≤γ, d’où on conclut que g(Eγ)⊃g(fγβ(Eβ))=fβ(Eβ); E est donc bien réunion des g(Eα) lorsque α parcourt J.
7. Double limite inductive. Produit de limites inductives
Soient I, L deux ensembles préordonnés filtrants à droite, I×L leur produit (III, p. 7) qui est filtrant à droite. Considérons un système inductif d’ensembles (Eαλ,fβαμλ) relatif à I×L; on a donc
fγανλ=fγβνμ∘fβαμλpour α≤β≤γ et λ≤μ≤ν.
Désignons par E ou lim⟶Eαλ la limite inductive de ce système inductif. Pour tout λ∈L, posons gβαλ=fβαλλ:Eαλ→Eβλ; il résulte de (29) que l’on a
gγαλ=gγβλ∘gβαλpour α≤β≤γ;
autrement dit, (Eαλ,gβαλ) est un système inductif d’ensembles relatif à I; notons Fλ=lim⟶Eαλ sa limite inductive. D’autre part, pour λ≤μ fixés dans L, il résulte de (29) que les hαμλ=fααμλ:Eαλ→Eαμ forment un système inductif d’applications; nous noterons hμλ=lim⟶hαμλ:Fλ→Fμ sa limite inductive. Pour λ≤μ≤ν dans L, on a alors
hνλ=hνμ∘hμλ
(III, p. 64, cor. 2); donc (Fλ,hμλ) est un système inductif d’ensembles relatif à L. Soit F=lim⟶Fλ sa limite inductive; nous allons définir une bijection canoniqueE→F. Notons gαλ l’application canonique Eαλ→Fλ, et hλ l’application canonique Fλ→F, et posons uαλ=hλ∘gαλ. Pour α≤β et λ≤μ, on a
en vertu de (29) et de la définition de hμλ; les uαλ forment donc un système inductif d'applications relatif à I×L. Posons u=limα,λuαλ:E→F, et montrons que u est bijective en appliquant les critères de III, p. 62, prop. 6. En premier lieu, F est réunion des hλ(Fλ), et chaque Fλ est réunion des gαλ(Eαλ); donc F est réunion des hλ(gαλ(Eαλ))=uαλ(Eαλ). D'autre part, soient x,y deux éléments de Eαλ tels que uαλ(x)=uαλ(y), autrement dit hλ(gαλ(x))=hλ(gαλ(y)); il existe alors un μ≥λ tel que hμλ(gαλ(x))=hμλ(gαλ(y)) (III, p. 62, lemme 1), c'est-à-dire gαμ(fααμλ(x))=gαμ(fααμλ(y)); de même il existe β≥α tel que gβαμ(fααμλ(x))=gβαμ(fααμλ(y)) (III, p. 62, lemme 1), c'est-à-dire fβαμλ(x)=fβαμλ(y); cela montre (III, p. 62, prop. 6) que u est injective. Nous avons donc démontré la proposition suivante:
Si* (Eαλ,fβαμλ)est un système inductif d'ensembles relatif à un produitI×Lde deux ensembles préordonnés filtrants à droite, on a, à une bijection canonique près, (32)
Soit* (Eα′,f′βαμλ)un second système inductif d'ensembles relatif àI×L, et, pour chaque(α,λ)soituαλune application deEαλdansEα′, lesuαλformant un système inductif d'applications. On a alors (33)
Soient* (Eα,fβα),(Eα′,fβα′)deux systèmes inductifs d'ensembles relatifs à un même ensemble d'indices préordonné filtrant à droiteI; soientE=lim⟶Eα, E′=lim⟶Eα′, et désignons parfα:Eα→Eetfα′:Eα′→E′(pourα∈I) les applications canoniques.Alors(Eα×Eα′,fβα×fβα′)est un système inductif d'ensembles, (fα×fα′)est un système inductif d'applications, etlim⟶(fα×fα′)est un bijection (34)
⟶lim(Eα×Eα′)→(⟶limEα)×(⟶limEα′).
La vérification des deux premières assertions est immédiate, et pour voir que g=lim⟶(fα×fα′) est bijective, nous allons appliquer la prop. 6 de III, p. 62. Il est clair que E×E′ est réunion des fα(Eα)×fα′(Eα′), donc g est surjective. D'autre part, si (x,x′) et (y,y′) sont deux éléments de Eα×Eα′ tels que fα(x)=fα(y) et fα′(x′)=fα′(y′), il existe (III, p. 62, lemme 1) deux éléments β≥α, γ≥α de I tels que fβα(x)=fβα(y) et fγα′(x′)=fγα′(y′); comme I est filtrant, il existe un δ∈I tel que δ≥β et δ≥γ, d'où fδα(x)=fδα(y) et fδα′(x′)=fδα′(y′), ce qui achève la démonstration.
Soient (Fα,gβα),(Fα′,gβα′) deux systèmes inductifs d’ensembles relatifs à I, et pour tout α∈I, soient uα:Eα→Fα, uα′:Eα′→Fα′ des applications formant deux systèmes inductifs. Alors (uα×uα′) est un système inductif d’applications, et l’on a, à des bijections canoniques près