Bourbaki

§ 4. Modules semi-simples

1. Modules semi-simples

Définition 1 0040

On dit qu’un module est semi-simple s’il est somme directe d’une famille de modules simples[^1].

On dit qu’un multimodule est semi-simple s’il est somme directe d’une famille de multimodules simples (cf. I, p. 36, déf. 7).

Un A-module M est semi-simple si et seulement s’il est semi-simple lorsqu’on le considère comme module sur l’anneau AMA_M de ses homothéties.

Exemple 1 0041

Un module réduit à 0, un module simple, sont des modules semi-simples.

Exemple 2 0042

Si A est un corps, tout A-module est semi-simple d’après le th. 1 de II, p. 95. Cela montre qu’en général un module semi-simple se décompose de plusieurs manières comme somme directe de sous-modules simples (voir cependant le cor. 2 de VIII, p. 63).

Exemple 3 0043

Soit A un anneau principal et soit P un système représentatif d’éléments extrémaux de A (VII, p. 3). Soit M un A-module et, pour tout π∈P\pi \in P, soit M(π)M(\pi ) l’ensemble des x∈Mx\in M tels que πx=0\pi x= 0. D’après VII, p. 9, le A-module M est semi-simple si et seulement s’il est somme des sous-modules M(π)M(\pi ); il est alors somme directe de ces sous-modules. Cet exemple sera généralisé plus loin (VIII, p. 61).

Soient A1A_1 et A2A_2 des algèbres sur un anneau commutatif K. On a défini en III, p. 38, la notion de bimodule à gauche sur les algèbres A1A_1 et A2A_2, et montré que cette notion équivaut à celle de module à gauche sur l’anneau A1⊗KA2A_1\otimes_KA_2. On dira que M est un bimodule simple (resp. semi-simple, de type fini) si c’est un module simple (resp. semi-simple, de type fini) sur l’anneau A1⊗KA2A_1\otimes_KA_2.

Théorème 1 0044

Soit M un module somme (non nécessairement directe) d’une famille (Si)i∈I(S_i)_{i\in I} de sous-modules simples et soit N un sous-module de M. Il existe une partie J de I telle que M soit somme directe de la famille formée de N et des modules SjS_j pour jj parcourant J.

Soit S\mathscr{S} l’ensemble des parties I′I' de I telles que la somme de la famille formée des modules N et SiS_i, pour ii dans I′I', soit directe. L’ensemble S\mathscr{S} est de caractère fini : pour qu’une partie J de I appartienne à S\mathscr{S}, il faut et il suffit qu’il en soit de même de toute partie finie de J. Donc l’ensemble S\mathscr{S} possède un élément maximal J (E, III, p. 35). Posons N′=N+∑j∈JSjN'= N +\sum_{j\in J}S_j. Soit ii dans I - J ; comme J est maximal dans S\mathscr{S}, l’ensemble J∪{i}J\cup \{i\} n’appartient pas à S\mathscr{S}, de sorte que Si∩N′≠0S_i\cap N'\not= 0; comme SiS_i est un module simple, on a Si∩N′=SiS_i\cap N'= S_i. On a donc Si⊂N′S_i\subset N' pour tout i∈Ii\in I, d’où N′=MN'= M. Cela achève la démonstration.

Corollaire 1 0045

Tout module somme d’une famille de modules simples est semi-simple.

Il suffit d’appliquer le th. 1 au cas où N est nul.

Corollaire 2 0046

Pour qu’un module M soit semi-simple, il faut et il suffit que tout sous-module de M soit facteur direct.

La condition est nécessaire d’après le th. 1.

Réciproquement, supposons que tout sous-module de M admette un supplémentaire. Soit M′M' la somme des sous-modules simples de M et soit M′′M'' un supplémentaire de M′M' dans M. Supposons qu’on ait M′≠MM'\not= M, d’où M′′≠0M''\not= 0. Soit N un sous-module monogène non nul de M′′M''. D’après la prop. 3 de VIII, p. 45, il existe un sous-module maximal P de N. Soit Q un sous-module supplémentaire de P dans M. Alors N∩QN\cap Q est un sous-module de N, supplémentaire de P dans N, donc isomorphe à N/PN/P (II, p. 20, prop. 13). Par suite N∩QN\cap Q est un sous-module simple de M′′M'', contrairement à la définition de M′M'.

On a donc M′=MM'= M et le module M est semi-simple d’après le cor. 1.

Corollaire 3 0047

Soient M un module semi-simple et N un sous-module de M. Les modules N et M/NM/Nsont semi-simples. Plus précisément, si M est somme directe d’une famille (Si)i∈I(S_i)_{i\in I} de modules simples, il existe une partie J de I telle que M/NM/N soit isomorphe à ⨁j∈JSj\bigoplus_{j\in J}S_j et N à ⨁i∈I−JSi\bigoplus_{i\in I-J}S_i.

Choisissons J comme dans le th. 1. Le module N′=⨁j∈JSjN'=\bigoplus_{j\in J}S_j est un supplémentaire de N dans M, il est donc isomorphe à M/NM/N. De plus, les sous-modules N et ⨁i∈I−JSi\bigoplus_{i\in I-J}S_i de M sont tous deux supplémentaires de N′N' et donc isomorphes à M/N′M/N'.

Corollaire 4 0048

Soit M un module semi-simple. Pour que M soit simple, il faut et il suffit que l’anneau E des endomorphismes de M soit un corps.

Si M est simple, E est un corps d’après le cor. de la prop. 2 de VIII, p. 43.

Si E est un corps, le module M est indécomposable (VIII, p. 28, prop. 4, a)). Comme il est en outre semi-simple, il est simple.

Remarque 0049

Soient K un corps commutatif algébriquement clos et A une K-algèbre. Soit M un A-module semi-simple qui est un espace vectoriel de dimension finie sur le corps K. Pour que M soit simple, il faut et il suffit que tout endomorphisme du A-module M soit de la forme x→αxx\rightarrow \alpha x avec α\alpha dans K : c’est nécessaire d’après le th. 1 de VIII, p. 43, et suffisant d’après le cor. 4 ci-dessus.

2. L’homomorphisme ⨁i\bigoplus_i HomA(M,Ni)⟶_A(M,N_i)\longrightarrow HomA(M,⨁iNi)_A(M,\bigoplus_iN_i)

Soient A un anneau, M un A-module et (Ni)i∈I(N_i)_{i\in I} une famille de A-modules. À tout élément (ui)(u_i) de ⨁i\bigoplus_i HomA(M,Ni)_A(M,N_i), associons l’élément m→(ui(m))m\rightarrow (u_i(m)) de HomA(M,⨁iNi)_A(M,\bigoplus_iN_i). On définit ainsi un homomorphisme canonique

φ:⨁i\varphi :\bigoplus_i HomA(M,Ni)⟶_A(M,N_i)\longrightarrow HomA(M,⨁iNi)_A(M,\bigoplus_iN_i).

Il est clair que φ\varphi est injectif. Soit uu un élément de HomA(M,⨁iNi)_A(M,\bigoplus_iN_i). Pour que uu appartienne à l’image de φ\varphi, il faut et il suffit que l’ensemble des indices ii tels que pri∘u≠0_i\circ u\not= 0 soit fini. Cette condition est automatiquement satisfaite lorsque le module M est de type fini.

Par conséquent, si le module M est de type fini, l’homomorphisme φ\varphi est bijectif.

3. Quelques opérations sur les modules

Soient A et B des anneaux et soit P un (A(A, B)-bimodule (II, p. 33). On va définir deux procédés dont l’un fait passer d’un B-module à gauche à un A-module à gauche et l’autre d’un A-module à gauche à un B-module à gauche. 3.1. L’opération T\mathscr{T}. — Soit V un B-module à gauche. Notons T(V)\mathscr{T}(V) le A-module à gauche P⊗BVP\otimes_BV (II, p. 54). Sa loi d’action est donnée par la formule

a(p⊗v)=(ap)⊗v(1) a(p\otimes v) = (ap)\otimes v \tag{1}

pour a∈A,p∈Pa\in A,p\in P et v∈Vv\in V.

Soit V′V' un B-module à gauche. Pour toute application B-linéaire gg de V dans V′V', l’application 1P⊗g1_P\otimes g de T(V)\mathscr{T}(V) dans T(V′)\mathscr{T}(V') est A-linéaire ; on la notera T(g)\mathscr{T}(g). L’application g→T(g)g\rightarrow \mathscr{T}(g) de HomB(V,V′)_B(V,V') dans HomA(T(V),T(V′))_A(\mathscr{T}(V),\mathscr{T}(V')) est Z\mathbf{Z}-linéaire et l’on a

T(1V)=1T(V),T(g′∘g)=T(g′)∘T(g)(2) \mathscr{T}(1_V) = 1_{\mathscr{T}(V)},\mathscr{T}(g'\circ g) =\mathscr{T}(g')\circ \mathscr{T}(g) \tag{2}

si V,V′,V′′V, V', V'' sont des B-modules à gauche et g:V→V′,g′:V′→V′′g: V\rightarrow V',g': V'\rightarrow V'' des applications B-linéaires. Le produit tensoriel commutant aux sommes directes, si V est la somme directe d’une famille de sous-modules (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I}, on peut identifier le A-module T(V)\mathscr{T}(V) avec ⨁iT(Vi)\bigoplus_i\mathscr{T}(V_i).

3.2. L’opération H\mathscr{H}. — Soit M un A-module à gauche. Notons H(M)\mathscr{H}(M) le B-module à gauche HomA(P,M)_A(P,M) (II, p. 34). Sa loi d’action est donnée par la formule

(bf)(p)=f(pb)(3) (bf)(p) =f(pb) \tag{3}

pour b∈B,f∈b\in B,f\in HomA(P,M)_A(P,M) et p∈Pp\in P.

Soit M′M' un A-module à gauche. Pour toute application A-linéaire gg de M dans M′M', l’application HomA(1P,g)_A(1_P, g) de H(M)\mathscr{H}(M) dans H(M′)\mathscr{H}(M') est B-linéaire ; on la notera H(g)\mathscr{H}(g). L’application g→H(g)g\rightarrow \mathscr{H}(g) de HomA(M,M′)_A(M,M') dans HomB(H(M),H(M′))_B(\mathscr{H}(M),\mathscr{H}(M')) est Z\mathbf{Z}-linéaire et l’on a

H(1M)=1H(M),H(g′∘g)=H(g′)∘H(g)(4) \mathscr{H}(1_M) = 1_{\mathscr{H}(M)},\mathscr{H}(g'\circ g) =\mathscr{H}(g')\circ \mathscr{H}(g) \tag{4}

si M,M′,M′′M, M', M'' sont des A-modules à gauche et g:M→M′,g′:M′→M′′g: M\rightarrow M',g': M'\rightarrow M'' des applications A-linéaires. Supposons en outre que P soit un A-module de type fini ; si M est la somme directe d’une famille de sous-modules (Mi)i(M_i)_i alors on peut identifier H(M)\mathscr{H}(M) à ⨁iH(Mi)\bigoplus_i\mathscr{H}(M_i) d’après VIII, p. 53.

3.3. Relations entre T\mathscr{T} et H\mathscr{H}. — D’après la prop. 1 de II, p. 74, pour tout A-module à gauche M et tout B-module à gauche V, il existe un unique isomorphisme de groupes

(5) γ:\gamma : HomA(T(V),M)⟶_A(\mathscr{T}(V),M)\longrightarrow HomB(V,H(M))_B(V,\mathscr{H}(M)) caractérisé par la relation

(6)

(γ(h)(v))(p)=h(p⊗v)(\gamma(h)(v))(p) = h(p \otimes v)

pour h∈Hom⁡A(T(V),M)h \in \operatorname{Hom}_A(\mathscr{T}(V), M), v∈Vv \in V et p∈Pp \in P. L’isomorphisme γ\gamma est appelé isomorphisme d’adjonction.

Soit MM un A-module à gauche. Le A-module T(H(M))\mathscr{T}(\mathscr{H}(M)) n’est autre que le A-module P⊗BHom⁡A(P,M)P \otimes_B \operatorname{Hom}_A(P, M). En appliquant ce qui précède au B-module H(M)\mathscr{H}(M), l’application

αM=γ−1(Id⁡H(M)):T(H(M))⟶M\alpha_M = \gamma^{-1}(\operatorname{Id}_{\mathscr{H}(M)}) : \mathscr{T}(\mathscr{H}(M)) \longrightarrow M
est l’unique application satisfaisant à (7)
αM(p⊗f)=f(p)\alpha_M(p \otimes f) = f(p)
pour p∈Pp \in P et f∈Hom⁡A(P,M)f \in \operatorname{Hom}_A(P, M). Nous dirons que αM\alpha_M est l’application A-linéaire canonique de T(H(M))\mathscr{T}(\mathscr{H}(M)) dans MM. Pour toute application A-linéaire g:M→M′g : M \to M', on a un diagramme commutatif

(I)

T(H(M))→αMM↓T(H(g))↓gT(H(M′))→αM′M′. \begin{array}{ccc} \mathscr{T}(\mathscr{H}(M)) & \xrightarrow{\alpha_M} & M \\ \downarrow \mathscr{T}(\mathscr{H}(g)) & & \downarrow g \\ \mathscr{T}(\mathscr{H}(M')) & \xrightarrow{\alpha_{M'}} & M'. \end{array}

L’inverse

γ−1:Hom⁡B(V,H(M))⟶Hom⁡A(T(V),M)\gamma^{-1} : \operatorname{Hom}_B(V, \mathscr{H}(M)) \longrightarrow \operatorname{Hom}_A(\mathscr{T}(V), M)
de l’isomorphisme d’adjonction coïncide avec l’application f↦αM′∘T(f)f \mapsto \alpha_{M'} \circ \mathscr{T}(f). En effet, d’après (6) et (7) on a les relations
γ−1(f)(p⊗v)=(f(v))(p)=αM′(p⊗f(v))=αM′∘T(f)(p⊗v)\gamma^{-1}(f)(p \otimes v) = (f(v))(p) = \alpha_{M'}(p \otimes f(v)) = \alpha_{M'} \circ \mathscr{T}(f)(p \otimes v)
pour tous f∈Hom⁡B(V,H(M))f \in \operatorname{Hom}_B(V, \mathscr{H}(M)), v∈Vv \in V et p∈Pp \in P.

Soit VV un B-module. Le B-module H(T(V))\mathscr{H}(\mathscr{T}(V)) n’est autre que le B-module Hom⁡A(P,P⊗BV)\operatorname{Hom}_A(P, P \otimes_B V). En appliquant (5) au A-module T(V)\mathscr{T}(V), l’application B-linéaire βV=γ(Id⁡T(V))\beta_V = \gamma(\operatorname{Id}_{\mathscr{T}(V)}) de VV dans H(T(V))\mathscr{H}(\mathscr{T}(V)) est caractérisée par la relation (8)

βV(v)(p)=p⊗v\beta_V(v)(p) = p \otimes v
pour p∈Pp \in P et v∈Vv \in V. Nous dirons que βV\beta_V est l’application B-linéaire canonique de VV dans H(T(V))\mathscr{H}(\mathscr{T}(V)). Pour tout B-module V′V' et toute application B-linéaire g:V→V′g : V \to V', on a un diagramme commutatif

(II)

V→βVH(T(V))↓g↓H(T(g))V′→βV′H(T(V′)). \begin{array}{ccc} V & \xrightarrow{\beta_V} & \mathscr{H}(\mathscr{T}(V)) \\ \downarrow g & & \downarrow \mathscr{H}(\mathscr{T}(g)) \\ V' & \xrightarrow{\beta_{V'}} & \mathscr{H}(\mathscr{T}(V')). \end{array}

Notons que le morphisme d’adjonction (5) coïncide avec l’application qui envoie uu sur H(u)∘βV\mathscr{H}(u) \circ \beta_V. En effet, des relations (6) et (8), on déduit les égalités

(γ(u)(v))(p)=u(p⊗v)=u∘(βV(v))(p)(\gamma(u)(v))(p) = u(p \otimes v) = u \circ (\beta_V(v))(p)

pour tous u∈Hom⁡A(T(V),M)u \in \operatorname{Hom}_A(\mathscr{T}(V), M), v∈Vv \in V et p∈Pp \in P.

Remarque 1 004A

Soient VV et V′V' des BB-modules. L’isomorphisme d’adjonction

γ:Hom⁡A(T(V),T(V′))⟶Hom⁡B(V,H(T(V)))\gamma : \operatorname{Hom}_A(\mathscr{T}(V), \mathscr{T}(V')) \longrightarrow \operatorname{Hom}_B(V, \mathscr{H}(\mathscr{T}(V)))

vérifie la relation γ(T(f))=βV′∘f\gamma(\mathscr{T}(f)) = \beta_{V'} \circ f pour tout f∈Hom⁡B(V,V′)f \in \operatorname{Hom}_B(V, V'), puisque

(γ(T(f))(v))(p)=T(f)(p⊗v)=p⊗f(v)=(βV′∘f)(v)(p).(\gamma(\mathscr{T}(f))(v))(p) = \mathscr{T}(f)(p \otimes v) = p \otimes f(v) = (\beta_{V'} \circ f)(v)(p).

Soient MM et M′M' des AA-modules ; l’inverse de l’isomorphisme d’adjonction

γ−1:Hom⁡B(H(M),H(M′))⟶Hom⁡A(T(H(M)),M′)\gamma^{-1} : \operatorname{Hom}_B(\mathscr{H}(M), \mathscr{H}(M')) \longrightarrow \operatorname{Hom}_A(\mathscr{T}(\mathscr{H}(M)), M')

vérifie la relation γ−1(H(u))=u∘αM\gamma^{-1}(\mathscr{H}(u)) = u \circ \alpha_M, pour tout u∈Hom⁡B(M,M′)u \in \operatorname{Hom}_B(M, M'). En effet, on a les relations

γ−1(H(u))(p⊗v)=(H(u)(v))(p)=u(v(p))=u∘αM(p⊗v)\gamma^{-1}(\mathscr{H}(u))(p \otimes v) = (\mathscr{H}(u)(v))(p) = u(v(p)) = u \circ \alpha_M(p \otimes v)

pour tous u∈Hom⁡B(M,M′)u \in \operatorname{Hom}_B(M, M'), v∈H(M)v \in \mathscr{H}(M) et p∈Pp \in P.

Remarque 2 004B

Soit MM un AA-module à gauche. Les applications BB-linéaires

βH(M):H(M)→H(T(H(M)))etH(αM):H(T(H(M)))→H(M)\beta_{\mathscr{H}(M)} : \mathscr{H}(M) \to \mathscr{H}(\mathscr{T}(\mathscr{H}(M))) \quad \text{et} \quad \mathscr{H}(\alpha_M) : \mathscr{H}(\mathscr{T}(\mathscr{H}(M))) \to \mathscr{H}(M)

satisfont la relation H(αM)∘βH(M)=1H(M)\mathscr{H}(\alpha_M) \circ \beta_{\mathscr{H}(M)} = 1_{\mathscr{H}(M)}. Elles ne sont pas bijectives en général.

Soit VV un BB-module à gauche. Les applications AA-linéaires

T(βV):T(V)→T(H(T(V)))etαT(V):T(H(T(V)))→T(V)\mathscr{T}(\beta_V) : \mathscr{T}(V) \to \mathscr{T}(\mathscr{H}(\mathscr{T}(V))) \quad \text{et} \quad \alpha_{\mathscr{T}(V)} : \mathscr{T}(\mathscr{H}(\mathscr{T}(V))) \to \mathscr{T}(V)

satisfont la relation αT(V)∘T(βV)=1T(V)\alpha_{\mathscr{T}(V)} \circ \mathscr{T}(\beta_V) = 1_{\mathscr{T}(V)}. Elles ne sont pas bijectives en général.

Remarque 3 004C

Supposons que PP soit de type fini en tant que AA-module. Soit MM la somme directe d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} de AA-modules. Les AA-modules T(H(M))\mathscr{T}(\mathscr{H}(M)) et ⨁iT(H(Mi))\bigoplus_i \mathscr{T}(\mathscr{H}(M_i)) sont canoniquement isomorphes. Lorsqu’on les identifie, αM\alpha_M s’identifie à ⨁iαMi\bigoplus_i \alpha_{M_i}. De même, soit VV la somme directe d’une famille (Vj)j∈J(V_j)_{j \in J} de BB-modules. Le B-module H(T(V))\mathscr{H}(\mathscr{T}(V)) s’identifie à ⨁jH(T(Vj))\bigoplus_j\mathscr{H}(\mathscr{T}(V_j)) et l’application linéaire βV\beta_V à ⨁jβVj\bigoplus_j\beta_{V_j}.

4. Modules isotypiques

Soient A un anneau et S un A-module à gauche simple. Notons D l’anneau opposé de l’anneau des endomorphismes de S ; c’est un corps. Muni des actions de A et de D, S est un (A(A, D)-bimodule.

Proposition 1 004D

Soit M un A-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe un ensemble I tel que M soit isomorphe à S(I)S^{(I)};

(ii) Le module M est somme directe d’une famille de sous-modules isomorphes à S ;

(iii) Le module M est somme d’une famille de sous-modules isomorphes à S ;

(iv) Il existe un espace vectoriel à gauche V sur le corps D tel que le A-module M soit isomorphe à S⊗DVS\otimes_DV.

L’équivalence de (i) et (ii) est immédiate et celle de (ii) et (iii) résulte du th. 1 de VIII, p. 52 appliqué au cas où N = 0. Tout espace vectoriel à gauche sur D est isomorphe à un espace vectoriel de la forme Ds(I)D^{(I)}_s, où I est un ensemble (II, p. 95, th. 1). Comme le produit tensoriel commute aux sommes directes, (i) équivaut à (iv).

Définition 2 004E

On dit qu’un A-module M est isotypique de type S s’il satisfait aux conditions équivalentes de la prop. 1. On dit que M est isotypique s’il existe un A-module simple T tel que M soit isotypique de type T.

Tout module isotypique est semi-simple.

Proposition 2 004F

Si un module est somme de sous-modules isotypiques de type S, il est isotypique de type S. Les sous-modules et les modules quotients d’un module isotypique de type S sont isotypiques de type S.

La première assertion résulte des définitions, la seconde du cor. 3 de VIII, p. 52.

Remarque 004G

Tout module isotypique non nul de type S possède un module quotient et un sous-module isomorphes à S ; par conséquent, si M et M′M' sont des A-modules isotypiques non nuls de type S, le groupe HomA(M,M′)_A(M,M') n’est pas réduit à 0.

Proposition 3 004H

a) Soit M un A-module isotypique de type S. L’application A-linéaire αM:S⊗D\alpha_M: S\otimes_D HomA(S,M)→M_A(S,M)\rightarrow Mcaractérisée par αM(s⊗f)=f(s)\alpha_M(s\otimes f) =f(s) (VIII, p. 55) est bijective.

b) Soit V un espace vectoriel à gauche sur le corps D. L’application D-linéaire βV:V→\beta_V: V\rightarrow HomA(S,S⊗DV)_A(S,S\otimes_DV)définie par βV(v)(s)=s⊗v\beta_V(v)(s) =s\otimes v (VIII, p. 55) est bijective.

Notons H(M)\mathscr{H}(M) le D-espace vectoriel à gauche HomA(S,M)_A(S,M). Le A-module M est par hypothèse somme directe d’une famille de sous-modules isomorphes à S. Le A-module S est monogène ; pour démontrer que l’application αM\alpha_M est bijective, il suffit donc de considérer le cas où M = S (VIII, p. 56, remarque 3). Or H(S)\mathscr{H}(S) n’est autre que le D-espace vectoriel DsD_s et αS\alpha_S n’est autre que l’isomorphisme ι:S⊗DDs→S\iota : S\otimes_DD_s\rightarrow S défini par ι(s⊗d)=sd\iota (s\otimes d) =sd.

Il suffit de même, pour démontrer b), de considérer le cas où V=DsV = D_s. Or, comme l’application αS\alpha_S est bijective, l’application βDs=βH(S)\beta_{D_s}=\beta_{\mathscr{H}(S)} l’est aussi (VIII, p. 56, remarque 2).

5. Description d’un module isotypique

Comme dans le numéro précédent, A désigne un anneau, S un A-module à gauche simple et D le corps EndA(S)o_A(S)^o. On considère S comme un (A(A, D)-bimodule.

Définition 3 004I

Soit M un A-module isotypique de type S. Une description de M relative à S est un couple (V,α)(V, \alpha ), où V est un espace vectoriel à gauche sur le corps D et α:S⊗DV→M\alpha : S\otimes_DV\rightarrow Mun isomorphisme de A-modules.

Tout A-module M isotypique de type S possède une description canonique : c’est le couple (HomA(S,M),αM_A(S,M), \alpha_M) où αM:S⊗D\alpha_M: S\otimes_D HomA(S,M)→M_A(S,M)\rightarrow M est l’isomorphisme de A-modules caractérisée par αM(s⊗f)=f(s)\alpha_M(s\otimes f) =f(s) (VIII, p. 58, prop. 3 a)).

Théorème 2 004J

Soient M un A-module isotypique de type S et (V,α)(V, \alpha )une description de M. Notons DD(V)\mathscr{D}_D(V)l’ensemble, ordonné par inclusion, des sous-D-espaces vectoriels de V et DA(M)\mathscr{D}_A(M)celui des sous-A-modules de M. Identifions pour tout W∈DD(V)W\in \mathscr{D}_D(V)le A-module S⊗DWS\otimes_DWà son image canonique dans S⊗DVS\otimes_DV.

a) L’application W→α(S⊗DW)W\rightarrow \alpha (S\otimes_DW)est un isomorphisme d’ensembles ordonnés de DD(V)\mathscr{D}_D(V)sur DA(M)\mathscr{D}_A(M).

b) L’isomorphisme réciproque fait correspondre à un sous-module N de M le sous-espace vectoriel de V formé des éléments vv tels que α(s⊗v)\alpha (s\otimes v)appartienne à N pour tout s∈Ss\in S.

Pour tout W∈DDW\in \mathscr{D}_D(V), posons φ(W)=α(S⊗DW)\varphi (W) =\alpha (S\otimes_DW). Pour tout N∈DAN\in \mathscr{D}_A(M), notons ψ(N)\psi (N) l’ensemble des éléments v∈Vv\in V tels que α(s⊗v)∈N\alpha (s\otimes v)\in N pour tout s∈Ss\in S. On définit ainsi deux applications φ:DD(V)→DA(M)\varphi :\mathscr{D}_D(V)\rightarrow \mathscr{D}_A(M) et ψ:DA(M)→DD(V)\psi :\mathscr{D}_A(M)\rightarrow \mathscr{D}_D(V). Elles sont clairement croissantes.

Soit N un sous-module de M. Il est isotypique de type S (VIII, p. 57, prop. 2). Posons W=ψ(N)W =\psi (N). D’après la prop. 3, b) de VIII, p. 58, les applications A-linéaires h:S→Mh: S\rightarrow M ne sont autres que les applications s→α(s⊗v)s\rightarrow \alpha (s\otimes v), où vv parcourt V. Celles dont l’image est contenue dans N sont les applications s→α(s⊗w)s\rightarrow \alpha (s\otimes w), où ww parcourt W ; leurs images engendrent N, puisque N est isotypique de type S. On a donc α(S⊗DW)=N\alpha (S\otimes_DW) = N, c’est-à-dire φ(ψ(N))=N\varphi (\psi (N)) = N. Cela prouve que φ∘ψ\varphi \circ \psi est l’application identique de DA(M)\mathscr{D}_A(M). En particulier φ\varphi est surjective et ψ\psi injective.

Pour terminer la démonstration, il suffit de prouver que l’application φ\varphi est injective. Soient W et W′W' des sous-espaces vectoriels de V tels que φ(W)=φ(W′)\varphi (W) =\varphi (W'). Les espaces vectoriels S⊗DWS\otimes_DW et S⊗DW′S\otimes_DW' vus comme sous-espaces vectoriels de S⊗DVS\otimes_DV coïncident. Choisissons une forme linéaire non nulle ff sur le D-espace vectoriel S et notons g:S⊗DV→Vg: S\otimes_DV\rightarrow V l’homomorphisme de groupes défini par g(s⊗v)=f(s)vg(s\otimes v) =f(s)v. On a W=g(S⊗DW)=g(S⊗DW′)=W′W =g(S\otimes_DW) =g(S\otimes_DW') = W', d’où l’injectivité de φ\varphi.

Remarque 1 004K

Soit M un A-module isotypique de type S et (V,α)(V, \alpha ) une description de M. Alors M est de longueur finie si et seulement si V est de dimension finie et on a dans ce cas la relation

longA(M)=_A(M) = dimD(V)_D(V).

Corollaire 1 004L

Soit M un A-module isotypique de type S. Pour tout sous-A-module N de M, identifions HomA(S,N)_A(S,N)au sous-D-espace vectoriel de HomA(S,M)_A(S,M) formé des applications dont l’image est contenue dans N.

a) L’application N→N\rightarrow HomA(S,N)_A(S,N)est un isomorphisme d’ensembles ordonnés de DA(M)\mathscr{D}_A(M)sur DD\mathscr{D}_D(HomA(S,M)_A(S,M)).

b) La bijection réciproque associe à tout sous-espace vectoriel W de HomA(S,M)_A(S,M) le sous-module ∑h∈Wh(S)\sum_{h\in W}h(S)de M.

C’est une traduction du th. 2, lorsqu’on prend pour (V,α)(V, \alpha ) la description canonique de M.

Corollaire 2 004M

Soient V un espace vectoriel à gauche sur D et F\mathscr{F} un ensemble d’endomorphismes de V. Pour qu’un sous-A-module de S⊗DVS\otimes_DVsoit stable par tous les endomorphismes 1S⊗u1_S\otimes u, où uu parcourt F\mathscr{F}, il faut et il suffit qu’il soit de la forme S⊗DWS\otimes_DW, où W est un sous-espace vectoriel de V stable par tous les endomorphismes appartenant à F\mathscr{F}.

En effet, d’après le th. 2, tout sous-A-module N de S ⊗DV\otimes_D V est égal à S ⊗DW\otimes_D W, où W est le sous-espace vectoriel de V formé des éléments vv tels que s⊗vs \otimes v appartienne à N pour tout s∈Ss \in S.

Théorème 3 004N

Soient M et M' des A-modules isotypiques de type S. Soient (V, α\alpha) et (V', α′\alpha') des descriptions de M et M' respectivement. Pour toute application D-linéaire f:V→V′f : V \to V', Notons f~:M→M′\tilde{f} : M \to M' l’unique application A-linéaire rendant commutatif le diagramme

S⊗DV→αM∣∣S⊗DV′→α′M′. \begin{array}{ccc} S \otimes_D V & \xrightarrow{\alpha} & M \\ | & & | \\ S \otimes_D V' & \xrightarrow{\alpha'} & M'. \end{array}

L’application f↦f~f \mapsto \tilde{f} de Hom⁡D(V,V′)\operatorname{Hom}_D(V, V') dans Hom⁡A(M,M′)\operatorname{Hom}_A(M, M') est un isomorphisme de groupes.

Il nous suffit de démontrer que l’application Z\mathbf{Z}-linéaire u↦1S⊗uu \mapsto 1_S \otimes u de Hom⁡D(V,V′)\operatorname{Hom}_D(V, V') dans Hom⁡A(S⊗DV,S⊗DV′)\operatorname{Hom}_A(S \otimes_D V, S \otimes_D V') est bijective. En reprenant les notations du n°3 appliqué au (A, D)-bimodule S, cela revient à montrer que l’application

T:Hom⁡D(V,V′)⟶Hom⁡A(T(V),T(V′)) \mathscr{T} : \operatorname{Hom}_D(V, V') \longrightarrow \operatorname{Hom}_A(\mathscr{T}(V), \mathscr{T}(V'))
est bijective. Mais d’après la remarque 1 de VIII, p. 56, comme l’isomorphisme d’adjonction (VIII, p. 54) est bijectif, cela revient à montrer que l’application qui envoie uu sur βV′∘u\beta_{V'} \circ u est bijective, ce qui résulte du fait que l’application D-linéaire βV′\beta_{V'} est bijective (VIII, p. 58, prop. 3 b)).

Conservons les notations du th. 3. Soit M′′M'' un A-module isotypique de type S et soit (V′′,α′′)(V'', \alpha'') une description de M′′M''. Pour tout f∈Hom⁡D(V,V′)f \in \operatorname{Hom}_D(V, V') et tout gg appartenant à Hom⁡D(V′,V′′)\operatorname{Hom}_D(V', V''), on a g∘f~=g~∘f~\widetilde{g \circ f} = \widetilde{g} \circ \widetilde{f}. En particulier, pour M=M′,V=V′M = M', V = V' et α=α′\alpha = \alpha', l’application f↦f~f \mapsto \tilde{f} de End⁡D(V)\operatorname{End}_D(V) dans End⁡A(M)\operatorname{End}_A(M) est un isomorphisme d’anneaux.

Remarque 2 004O

Soit M un A-module isotypique de type S et soit (V,α)(V, \alpha) une description de M. Soit B un sous-anneau de l’anneau End⁡A(M)o\operatorname{End}_A(M)^o. L’isomorphisme d’anneaux de End⁡D(V)o\operatorname{End}_D(V)^o sur End⁡A(M)o\operatorname{End}_A(M)^o munit V d’une structure de (D, B)-bimodule de sorte que α\alpha est un isomorphisme de (A, B)-bimodules. Il existe un isomorphisme de l’ensemble des sous-(D, B)-bimodules de V, ordonnés par l’inclusion sur celui des sous-(A, B)-bimodules de M (VIII, p. 58, th. 2 et VIII, p. 59, cor. 2).

Corollaire 004P

Soient M, M' des A-modules isotypiques de type S. L’application u↦Hom⁡(1S,u)u \mapsto \operatorname{Hom}(1_S, u) de Hom⁡A(M,M′)\operatorname{Hom}_A(M, M') dans Hom⁡D(Hom⁡A(S,M),Hom⁡A(S,M′))\operatorname{Hom}_D(\operatorname{Hom}_A(S, M), \operatorname{Hom}_A(S, M')) est un isomorphisme de groupes. Lorsque M est égal à M′M', c’est un isomorphisme d’anneaux de EndA(M)_A(M)sur EndD_D(HomA(S,M)_A(S,M)).

Compte tenu de la commutativité du diagramme (I) de VIII, p. 55 ce corollaire résulte du th. 3, appliqué aux descriptions canoniques de M et M′M'.

6. Composants isotypiques d’un module

Définition 4 004Q

Soient A un anneau, M un A-module et S un A-module simple. On appelle composant isotypique de type S de M, et l’on note MSM_S, la somme des sous-modules de M isomorphes à S.

Il est clair que MSM_S est le plus grand sous-module de M qui soit isotypique de type S. Comme tout sous-module de MSM_S est isotypique de type S (VIII, p. 57, prop. 2), on a NS=MS∩NN_S= M_S\cap N pour tout sous-module N de M.

Si S′S' est un A-module simple isomorphe à S, on a évidemment MS=MS′M_S= M_{S'}, donc MSM_S ne dépend que de la classe de S (VIII, p. 47).

Soit M un A-module. Il existe un plus grand sous-module semi-simple de M, qu’on appelle le socle de M ; c’est la somme des sous-modules simples de M, et aussi la somme des composants isotypiques de M. En particulier, M est semi-simple si et seulement s’il est égal à son socle.

Proposition 4 004R

Soit A un anneau. Désignons par S\mathscr{S} l’ensemble des classes de A-modules simples. Soit M un A-module semi-simple.

a) Le module M est somme directe de la famille (Mλ)λ∈S(M_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}} de ses composants isotypiques.

b) Supposons que M soit somme directe d’une famille (Ni)i∈I(N_i)_{i\in I} de sous-modules simples. Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, soit I(λ)I(\lambda )l’ensemble des indices i∈Ii\in Itels que NiN_i soit de classe λ\lambda. On a Mλ=⨁i∈I(λ)NiM_{\lambda}=\bigoplus_{i\in I(\lambda)}N_i.

c) Si M est de type fini, l’ensemble des λ∈S\lambda \in \mathscr{S} tels que Mλ≠0M_{\lambda}\not= 0est fini.

d) Pour tout sous-module N de M, et tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, on a Nλ=N∩MλN_{\lambda}= N\cap M_{\lambda} et (M/N)λ=(Mλ+N)/N(M/N)_{\lambda}= (M_{\lambda}+ N)/N.

Comme M est semi-simple, il est somme de la famille (Mλ)λ∈S(M_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}, prouvons que cette somme est directe. Soit λ∈S\lambda \in \mathscr{S}. Notons Mλ′M'_{\lambda} la somme de la famille (Mμ)μ∈S−{λ}(M_{\mu})_{\mu\in\mathscr{S}-\{\lambda\}}. Le module Mλ′M'_{\lambda} est somme directe d’une famille de modules simples non isomorphes à λ\lambda (VIII, p. 52, th. 1). D’après le cor. 3 du th. 1 de VIII, p. 52, Mλ′M'_{\lambda} ne contient aucun sous-module simple de classe λ\lambda. On a donc Mλ∩Mλ′=0M_{\lambda}\cap M'_{\lambda}= 0. L’assertion a) est donc démontrée. Par construction, on a Mλ⊃⨁i∈I(λ)NiM_{\lambda}\supset \bigoplus_{i\in I(\lambda)}N_i, l’assertion b) résulte alors de II, p. 18, remarque 1.

L’assertion c) résulte de a) et de (II, p. 29, prop. 23).

Soit N un sous-module de M et λ∈S\lambda \in \mathscr{S}. Le composant isotypique NλN_{\lambda} de N est contenu dans MλM_{\lambda} et Mλ∩N⊂NλM_{\lambda}\cap N\subset N_{\lambda}. L’intersection N∩MλN\cap M_{\lambda} est donc le composant isotypique de type λ\lambda de N.

Pour tout λ∈S\lambda \in S, le module Mλ+N/NM_{\lambda}+ N/N est isomorphe à Mλ/(Mλ∩N)M_{\lambda}/(M_{\lambda}\cap N). Il est donc isotypique de type λ\lambda et contenu dans (M/N)λ(M/N)_{\lambda}. La dernière assertion résulte alors de a) et de II, p. 18, remarque 1.

Corollaire 004S

Soit A un anneau et S\mathscr{S} l’ensemble des classes de A-modules simples. Soit M un A-module semi-simple et N un sous-module de M. Alors on a N=⨁λ∈SN∩MλN =\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}N\cap M_{\lambda} et M/N=⨁λ∈S(Mλ+N)/NM/N =\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}(M_{\lambda}+ N)/N.

Comme N et M/NM/N sont semi-simple (VIII, p. 52, cor. 3), le corollaire résulte de la prop. 4 d).

On appelle support d’un A-module semi-simple M l’ensemble des classes λ\lambda de A-modules simples telles que le composant isotypique de M de type λ\lambda soit non nul. Le support d’un A-module semi-simple de type fini est fini.

Proposition 5 004T

Soit A un anneau et soit S\mathscr{S} l’ensemble des classes de A-modules simples. Soient M et N des A-modules.

a) Soit f:M→Nf: M\rightarrow Nun homomorphisme. Pour tout λ∈S,f\lambda \in \mathscr{S},f induit un homomorphisme fλf_{\lambda} de MλM_{\lambda} dans NλN_{\lambda};si M est semi-simple et ff surjectif, chacun des homomorphismes fλf_{\lambda} est surjectif.

b) Supposons M semi-simple. L’application f→(fλ)λ∈Sf\rightarrow (f_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}} est un isomorphisme de groupes de HomA(M,N)_A(M,N)sur ∏λ∈S\prod_{\lambda\in\mathscr{S}} HomA(Mλ,Nλ)_A(M_{\lambda},N_{\lambda}). Lorsque M est égal à N, c’est un isomorphisme d’anneaux de EndA(M)_A(M)sur ∏λ∈S\prod_{\lambda\in\mathscr{S}} EndA(Mλ)_A(M_{\lambda}).

Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, le sous-module f(Mλ)f(M_{\lambda}) de N est isomorphe à un quotient d’un module isotypique de type λ\lambda; il est donc isotypique de type λ\lambda, et par suite, contenu dans NλN_{\lambda}.

Supposons que M soit semi-simple et ff surjectif. Alors ff induit un isomorphisme de M/M/ Ker(ff) sur N qui envoie (Mλ+(M_{\lambda}+ Ker(ff))// Ker(ff) sur f(Mλ)f(M_{\lambda}). D’apres la prop. 4 de VIII, p. 61, Nλ=f(Mλ)N_{\lambda}=f(M_{\lambda}) ce qui termine la démonstration de a).

L’application considérée dans b) est clairement un homomorphisme de groupes et c’est un homomorphisme d’anneaux lorsque M est égal à N. Soit (fλ)λ∈S(f_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}} un élément de ∏λ∈S\prod_{\lambda\in\mathscr{S}} Hom(Mλ,Nλ_{\lambda},N_{\lambda}). Son unique antécédent par l’application de b) est l’homomorphisme f:M→Nf: M\rightarrow N défini par

f((∑λ∈Sxλ)=∑λ∈Sfλ(xλ) f((\sum_{\lambda\in\mathscr{S}}x_{\lambda})=\sum_{\lambda\in\mathscr{S}}f_{\lambda}(x_{\lambda})

pour tout (xλ)λ∈S∈⨁λMλ(x_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}\in \bigoplus_{\lambda}M_{\lambda}.

Remarque 004U

Soient A et B des anneaux. Soit M un (A(A, B)-bimodule. Il résulte de la prop. 5 que les composants isotypiques du A-module M sont des sous-bimodules de M. Cela s’applique en particulier lorsque M est un A-module et B l’anneau opposé de EndA(M)_A(M).

Exemple 004V

Examinons le cas où l’anneau A est commutatif. L’application qui envoie un idéal maximal m\mathfrak{m} sur cl(A/m/\mathfrak{m}) est une bijection de l’ensemble des idéaux maximaux de A sur l’ensemble S\mathscr{S} des classes de A-modules simples (VIII, p. 47). La bijection réciproque associe à λ\lambda son annulateur mλ\mathfrak{m}_{\lambda}.

Soit N un A-module. Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, le composant isotypique MλM_{\lambda} de M est formé des éléments annulés par mλ\mathfrak{m}_{\lambda} et l’on peut considérer MλM_{\lambda} comme un espace vectoriel sur le corps A/mλA/\mathfrak{m}_{\lambda}. Si M est semi-simple et si N est un autre A-module, on déduit de la prop. 5 un isomorphisme de groupes de HomA(M,N)_A(M,N) sur ∏λ∈S\prod_{\lambda\in\mathscr{S}} HomA/mλ(Mλ,Nλ)_{A/\mathfrak{m}_{\lambda}}(M_{\lambda},N_{\lambda}).

Corollaire 1 004W

Soient M un A-module semi-simple et N un sous-module de M. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe un unique sous-module supplémentaire de N dans M ;

(ii) On a HomA(M/N,N)=0_A(M/N,N) = 0;

(iii) Il existe une partie Λ de S\mathscr{S} telle que N=⨁λ∈ΛMλN =\bigoplus_{\lambda\in\Lambda}M_{\lambda}.

Choisissons un sous-module N′N' supplémentaire de N dans M (VIII, p. 52, cor. 2) ; si l’on identifie M à N′×NN'\times N, les sous-modules de M supplémentaires de N sont les graphes des applications A-linéaires de N′N' dans N ; comme N′N' est isomorphe à M/NM/N, on a prouvé l’équivalence des propriétés (i) et (ii). D’après la prop. 5, b), le groupe HomA(N′,N)_A(N',N) est isomorphe au groupe ∏λ∈S\prod_{\lambda\in\mathscr{S}} HomA(Nλ′,Nλ)_A(N'_{\lambda},N_{\lambda}). Il est nul si et seulement si, pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, on a Nλ=0N_{\lambda}= 0 ou Nλ′=0N'_{\lambda}= 0 (VIII, p. 57, remarque), c’est-à-dire Nλ=0N_{\lambda}= 0 ou Nλ=MλN_{\lambda}= M_{\lambda}. Cela prouve l’équivalence des conditions (ii) et (iii).

Corollaire 2 00R0

Soit M un A-module. Les deux conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Tout sous-module de M admet un unique sous-module supplémentaire.

(ii) M est somme directe d’une famille (Si)i∈I(S_i)_{i\in I} de modules simples, deux à deux non isomorphes. Supposons que M vérifie ces conditions. Alors, pour tout sous-module N de M, il existe une unique partie J de I telle qu’on ait N=⨁j∈JSjN =\bigoplus_{j\in J}S_j et tout sous-module simple de M est égal à l’un des SiS_i.

Chacune des propriétés (i) et (ii) entraîne que M est semi-simple.

Supposons la condition (i) satisfaite. Soit λ∈S\lambda \in \mathscr{S}. D’après l’équivalence de (i) et (iii) dans le cor. 1, tout sous-module de MλM_{\lambda} est nul ou égal à MλM_{\lambda}. Par suite, MλM_{\lambda} est nul ou simple et (ii) résulte de ce que M est somme directe de la famille (Mλ)λ∈S(M_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}.

Inversement, si la condition (ii) est satisfaite, MλM_{\lambda} est nul ou simple pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}; si N est un sous-module de M, alors N∩MλN\cap M_{\lambda} est égal à 0 ou MλM_{\lambda} pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}; comme on a N=⨁λ∈S(N∩Mλ)N =\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}(N\cap M_{\lambda}) (VIII, p. 62, cor.), le sous-module N satisfait à la condition (iii) du cor. 1, donc admet un unique sous-module supplémentaire dans M. Cela prouve que (ii) implique (i), ainsi que les dernières assertions du corollaire.

Soient M un A-module et S un A-module simple. Notons D l’anneau opposé du corps EndA(S)_A(S) et considérons S comme un (A(A, D)-bimodule. Alors HomA(S,M)_A(S,M) est un espace vectoriel à gauche sur D et HomA(M,S)_A(M,S) un espace vectoriel à droite sur D. Le dual du D-espace vectoriel à gauche HomA(S,M)_A(S,M) est un espace vectoriel à droite sur D (II, p. 40, déf. 2). Pour tout u∈u\in HomA(M,S)_A(M,S), l’application h(u):v→u∘vh(u) :v\rightarrow u\circ v de HomA(S,M)_A(S,M) dans HomA(S,S)=D_A(S,S) = D est une forme linéaire sur le D-espace vectoriel à gauche HomA(S,M)_A(S,M).

Proposition 6 004X

Conservons les notations ci-dessus et supposons le A-module M semi-simple. L’application u→h(u)u\rightarrow h(u)du D-espace vectoriel à droite HomA(M,S)_A(M,S) dans le dual du D-espace vectoriel à gauche HomA(S,M)_A(S,M)est D-linéaire et bijective.

Soient u∈u\in HomA(M,S),v∈_A(M,S),v\in HomA(S,M)_A(S,M) et d∈Dd\in D. On a

h(ud)(v)=h(d∘u)(v)=d∘u∘v=d∘(h(u)(v))=h(u)(v)d h(ud)(v) =h(d\circ u)(v) =d\circ u\circ v=d\circ (h(u)(v)) =h(u)(v)d

Cela prouve que l’application hh est D-linéaire. Elle n’est autre que l’application donnée par u→u\rightarrow Hom(1S,u_S, u) de HomA(M,S)_A(M,S) dans HomD_D(HomA(S,M)_A(S,M), HomA(S,S)_A(S,S)). Pour démontrer qu’elle est bijective, il suffit d’après la prop. 5, b) de VIII, p. 62, de traiter le cas où le A-module M est isotypique de type S et on peut alors appliquer le cor. de VIII, p. 60.

7. Description d’un module semi-simple

Jusqu’à la fin de ce paragraphe, on note A un anneau et S\mathscr{S} l’ensemble des classes de A-modules simples. Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, on choisit un module simple SλS_{\lambda} de classe λ\lambda (par exemple Sλ=λS_{\lambda}=\lambda ) et l’on note DλD_{\lambda} l’anneau opposé du corps des endomorphismes de SλS_{\lambda}; on considère SλS_{\lambda} comme un (A,Dλ(A,D_{\lambda})-bimodule.

Soit M un A-module. Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M) est un espace vectoriel à gauche sur le corps DλD_{\lambda}. D’après VIII, p. 55 et II, p. 12, prop. 6, il existe une unique application A-linéaire, dite canonique,

αM:⨁λ∈S(Sλ⊗Dλ\alpha_M:\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}(S_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}} HomA(Sλ,M))→M_A(S_{\lambda},M))\rightarrow M

satisfaisant à la relation

αM(s⊗f)=f(s)(10) \alpha_M(s\otimes f) =f(s) \tag{10}

pour λ∈S,s∈Sλ\lambda \in \mathscr{S},s\in S_{\lambda}, et f∈f\in HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M). Si l’on munit ⨁λ∈S(Sλ⊗Dλ\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}(S_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}} HomA(Sλ,M))_A(S_{\lambda},M)) et M de leur structure de EndA_A(M)-module naturelle, l’applicationαM\alpha_M est EndA(M)_A(M)-linéaire.

Proposition 7 004Y

Soit M un A-module. L’application canonique αM\alpha_M est injective. Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, l’image par αM\alpha_M de Sλ⊗DλS_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}} HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M)est le composant isotypique de M de type λ\lambda. L’image de αM\alpha_M est le socle de M. Le A-module M est semi-simple si et seulement si l’application αM\alpha_M est bijective.

Soit λ∈S\lambda \in \mathscr{S}. Notons MλM_{\lambda} le composant isotypique de M de type λ\lambda. Toute application A-linéaire de SλS_{\lambda} dans M prend ses valeurs dans MλM_{\lambda} (VIII, p. 62, prop. 5). Par suite, d’après la prop. 3, a) de VIII, p. 58, l’application αM\alpha_M induit une bijection de Sλ⊗DλS_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}} HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M) sur MλM_{\lambda}. La proposition en résulte, puisque le socle de M est somme directe de la famille (Mλ)λ∈S(M_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}, et que le module M est semi-simple si et seulement s’il est égal à son socle.

Définition 5 004Z

Soit M un A-module semi-simple. Une description de M (relative à la famille (Sλ)λ∈S(S_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}})est un couple ((Vλ)λ∈S,α)((V_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}, \alpha ), où VλV_{\lambda} est un espace vectoriel à gauche sur le corps DλD_{\lambda} pour chaque λ∈S\lambda \in \mathscr{S} et où α:⨁λ∈S(Sλ⊗DλVλ)→M\alpha :\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}(S_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda})\rightarrow Mest un isomorphisme de A-modules.

Tout A-module semi-simple M possède d’après la prop. 7 une description canonique : c’est le couple ((HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M))λ∈S,αM_{\lambda\in\mathscr{S}}, \alpha_M) où αM\alpha_M est l’application A-linéaire définie par la formule (10).

Proposition 8 0050

Soient M un A-module semi-simple et ((Vλ)λ∈S,α)((V_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}, \alpha )une description de M.

a) Pour tout λ∈S,α\lambda \in \mathscr{S},\alpha induit un isomorphisme du A-module Sλ⊗DλVλS_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda} sur le composant isotypique de M de type λ\lambda.

b) Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, l’application βλ:Vλ→\beta_{\lambda}: V_{\lambda}\rightarrow HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M)définie par βλ(v)(s)=α(s⊗v)\beta_{\lambda}(v)(s) =\alpha (s\otimes v)est DλD_{\lambda}-linéaire et bijective.

c) Soit N un sous-module de M. Il existe une unique famille (Wλ)λ∈S(W_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}} vérifiant :Wλ: W_{\lambda} est un sous-DλD_{\lambda}-espace vectoriel de VλV_{\lambda} pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S} et N est l’image par α\alpha du module ⨁λ∈S(Sλ⊗DλWλ)\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}(S_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}W_{\lambda})identifié à son image canonique dans le module ⨁λ∈S(Sλ⊗DλVλ)\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}(S_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda}). Pour tout λ∈S,Wλ\lambda \in \mathscr{S}, W_{\lambda} est l’ensemble des éléments v∈Vλv\in V_{\lambda} tels que α(s⊗v)\alpha (s\otimes v)appartienne à N pour tout s∈Sλs\in S_{\lambda}.

Le A-module Sλ⊗DλVλS_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda} est isotypique de type λ\lambda pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}. L’assertion a) résulte alors du fait que α\alpha est un isomorphisme et du fait que M est la somme directe de la famille (Mλ)λ∈S(M_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}} (VIII, p. 61, prop. 4 a)).

Soit λ∈S\lambda \in \mathscr{S}. Notons αλ:Sλ⊗DλVλ→M\alpha_{\lambda}: S_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda}\rightarrow M la restriction de α\alpha à Sλ⊗DλVλS_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda}. Avec les notations du no3^o3 appliquées au (A,Dλ(A,D_{\lambda})-bimodule SλS_{\lambda},

βλ=γ(αλ)=H(αλ)∘βVλ \beta_{\lambda}=\gamma (\alpha_{\lambda}) =\mathscr{H}(\alpha_{\lambda})\circ \beta_{V_{\lambda}}

où la dernière égalité résulte de VIII, p. 56. Donc βλ\beta_{\lambda} est la composée de l’homomorphisme DλD_{\lambda}-linéaire H(αλ)\mathscr{H}(\alpha_{\lambda}) et de βVλ\beta_{V_{\lambda}}. L’assertion b) résulte alors de la prop. 3, b) de VIII, p. 58.

Soit N un sous-module de M. On a N=⨁λ∈S(N∩Mλ)N =\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}}(N\cap M_{\lambda}) (VIII, p. 62, cor.), donc c) résulte du th. 2 de VIII, p. 58.

Corollaire 0051

Soit M un A-module semi-simple. Pour tout sous-module N de M et tout élément λ\lambda de S\mathscr{S}, identifions HomA(Sλ,N)_A(S_{\lambda},N)au sous-DλD_{\lambda}-espace vectoriel de HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M)formé des applications dont l’image est contenue dans N.

a) L’application N→N\rightarrow (HomA(Sλ,N)_A(S_{\lambda},N))λ∈S_{\lambda\in\mathscr{S}} est une bijection de l’ensemble des sous-A-modules de M sur l’ensemble des familles (Wλ)λ∈S(W_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}} telles que, pour tout λ∈S,Wλ\lambda \in \mathscr{S}, W_{\lambda} soit un sous-DλD_{\lambda}-espace vectoriel de HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M).

b) La bijection réciproque associe à une famille (Wλ)λ∈S(W_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}} le sous-A-module ∑λ∈S∑w∈Wλw(Sλ)\sum_{\lambda\in\mathscr{S}}\sum_{w\in W_{\lambda}}w(S_{\lambda})de M.

C’est une traduction de la prop. 8 c) appliquée à la description canonique de M.

Proposition 9 0052

Soient M et M′M' des A-modules semi-simples et soient ((Vλ)λ∈S,α)((V_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}, \alpha )et ((Vλ′)λ∈S,α′)((V'_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}, \alpha ')des descriptions de M et M′M' respectivement. Pour toute famille f=(fλ)λ∈S\boldsymbol{f}= (f_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}} de ∏λ∈S\prod_{\lambda\in\mathscr{S}} HomDλ(Vλ,Vλ′)_{D_{\lambda}}(V_{\lambda},V'_{\lambda}), il existe une unique application A-linéaire φ(f)∈Hom⁡A(M,M′)\varphi(f) \in \operatorname{Hom}_A(M, M') rendant commutatif le diagramme

⨁λ∈I(Sλ⊗DλVλ)→αM↓↓φ(f)⨁λ∈I(1Sλ⊗fλ)⨁λ∈I(Sλ⊗DλVλ′)→α′M′. \begin{array}{ccc} \bigoplus_{\lambda \in \mathscr{I}} (S_\lambda \otimes_{D_\lambda} V_\lambda) & \xrightarrow{\alpha} & M \\ \downarrow & & \downarrow \varphi(f) \\ \bigoplus_{\lambda \in \mathscr{I}} (1_{S_\lambda} \otimes f_\lambda) & & \\ & & \\ \bigoplus_{\lambda \in \mathscr{I}} (S_\lambda \otimes_{D_\lambda} V'_\lambda) & \xrightarrow{\alpha'} & M'. \end{array}

L’application φ:∏λ∈IHom⁡Dλ(Vλ,Vλ′)→Hom⁡A(M,M′)\varphi : \prod_{\lambda \in \mathscr{I}} \operatorname{Hom}_{D_\lambda}(V_\lambda, V'_\lambda) \to \operatorname{Hom}_A(M, M') ainsi définie est un isomorphisme de groupes. Lorsque l’on a M=M′M = M', Vλ=Vλ′V_\lambda = V'_\lambda pour tout λ∈I\lambda \in \mathscr{I} et α=α′\alpha = \alpha', l’application φ\varphi est un isomorphisme d’anneaux de ∏λ∈IEnd⁡Dλ(Vλ)\prod_{\lambda \in \mathscr{I}} \operatorname{End}_{D_\lambda}(V_\lambda) sur End⁡A(M)\operatorname{End}_A(M).

Compte tenu de la description des composants isotypiques de MM et M′M' donnée dans la prop. 8 a), cela résulte du th. 3 de VIII, p. 60 et de la prop. 5, b) de VIII, p. 62.

Corollaire 0053

Soient MM un AA-module semi-simple et M′M' un AA-module. L’application u↦(Hom⁡(1Sλ,u))λ∈Iu \mapsto (\operatorname{Hom}(1_{S_\lambda}, u))_{\lambda \in \mathscr{I}} de Hom⁡A(M,M′)\operatorname{Hom}_A(M, M') dans

∏λ∈IHom⁡Dλ(Hom⁡A(Sλ,M),Hom⁡A(Sλ,M′)) \prod_{\lambda \in \mathscr{I}} \operatorname{Hom}_{D_\lambda}(\operatorname{Hom}_A(S_\lambda, M), \operatorname{Hom}_A(S_\lambda, M'))

est un isomorphisme de groupes. Lorsque M′M' est égal à MM, c’est un isomorphisme de l’anneau End⁡A(M)\operatorname{End}_A(M) sur l’anneau ∏λ∈IEnd⁡Dλ(Hom⁡A(Sλ,M))\prod_{\lambda \in \mathscr{I}} \operatorname{End}_{D_\lambda}(\operatorname{Hom}_A(S_\lambda, M)).

C’est une traduction de la proposition 9 appliquée aux descriptions canoniques de MM et du socle de M′M'.

8. Multiplicités et longueurs dans les modules semi-simples

Proposition 10 0054

Soit MM un AA-module semi-simple. Soit (Mi)i∈I(M_i)_{i \in I} une famille de sous-modules simples dont MM est somme directe. Les propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) MM est de longueur finie ; (ii) MM est artinien ; (iii) MM est noethérien ; (iv) MM est de type fini ; (v) II est fini.

Si MM satisfait à ces propriétés, la longueur de MM est égale au cardinal de II.

Si l’ensemble II est fini, MM possède les propriétés (i) , (ii) , (iii) et (iv). Supposons l’ensemble II infini. D’après l’exemple 2 de VIII, p. 2, le module MM n’est ni artinien, ni noethérien ; comme tout module de longueur finie est artinien et noethérien (VIII, p. 2, prop. 1), M n’est pas davantage de longueur finie. Enfin, tout élément de M appartient à la somme d’un nombre fini de sous-modules MiM_i, donc M n’est pas de type fini. Cela prouve l’équivalence des conditions (i) à (v). Si celles-ci sont satisfaites, on a long(M) =∑i∈I=\sum_{i\in I} long(Mi_i) == Card(I) (II, p.23, cor. 5).

Proposition 11 0055

Soit M un A-module semi-simple, somme directe d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de sous-modules simples. Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, on note I(λ)I(\lambda )l’ensemble des indices i∈Ii\in Itels que MiM_i soit de classe λ\lambda. Le cardinal de I(λ)I(\lambda )est égal à la dimension du DλD_{\lambda}-espace vectoriel à gauche HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M).

Le composant isotypique de type λ\lambda de A est isomorphe à Sλ(I(λ))S^{(I(\lambda))}_{\lambda} (VIII, p. 61, prop. 4 b)). Le DλD_{\lambda}-espace vectoriel HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M) s’identifie à HomA(Sλ,Mλ)_A(S_{\lambda},M_{\lambda}), donc est isomorphe à Dλ(I(λ))D^{(I(\lambda))}_{\lambda} (VIII, p. 53). Cela prouve la proposition.

Tout module simple est primordial (VIII, p. 41), donc tout module semi-simple est semi-primordial. Soit M un A-module semi-simple et soit λ∈S\lambda \in \mathscr{S}. On appelle multiplicité de λ\lambda dans M la multiplicité primordiale [M:λ][M :\lambda ] de λ\lambda dans M définie en VIII, p. 32. La prop. 11 se traduit par l’égalité

(11) [M:λ]=[M :\lambda ] = dimDλ_{D_{\lambda}}(HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M)).

Plus généralement, si ((Vλ)λ∈S,α)((V_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}}, \alpha ) est une description de M, alors [M:λ][M :\lambda ] est égal à dimDλ(Vλ)_{D_{\lambda}}(V_{\lambda}). D’après la prop. 6 de VIII, p. 64, on a aussi

(12) [M:λ]=[M :\lambda ] = dimDλ_{D_{\lambda}}(HomA(M,Sλ)_A(M,S_{\lambda}))

lorsque la multiplicité [M:λ][M :\lambda ] est finie. Pour que des A-modules semi-simples M et M′M' soient isomorphes, il faut et il suffit qu’on ait [M:λ]=[M′:λ][M :\lambda ] = [M':\lambda ] pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}.

Soit M un A-module semi-simple. Il existe un cardinal I\mathbf{I}possédant la propriété suivante : pour toute décomposition M=⨁i∈IMiM =\bigoplus_{i\in I}M_i de M en somme directe de modules simples, le cardinal de I est égal à I\mathbf{I}(VIII, p. 32, cor. 2). Ce cardinal est appelé la longueur du A-module semi-simple M, et noté longA(M)_A(M) ou long(M). Lorsque M est de longueur finie cette définition est compatible avec celle de II, p. 21, d’après la prop. 10.

Les A-modules simples sont les A-modules semi-simples de longueur 1, et l’on a la formule

(13) longA(⨁j∈JMj)=∑j∈J_A(\bigoplus_{j\in J}M_j)=\sum_{j\in J} longA(Mj)_A(M_j) pour toute famille (Mj)j∈J(M_j)_{j\in J} de A-modules semi-simples. D’après la prop. 11, on a (14) longA(M)=∑λ∈S_A(M) =\sum_{\lambda\in\mathscr{S}} dimDλ_{D_{\lambda}} HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M).

En appliquant cette formule à MλM_{\lambda}, on obtient [M:λ]=[M :\lambda ] = longA(Mλ)_A(M_{\lambda}) pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}.

Lorsque A est un corps, les A-modules simples sont les espaces vectoriels de dimension 1 ; tout A-module est alors semi-simple (II, p. 95, th. 1) et sa longueur n’est autre que sa dimension en tant qu’espace vectoriel sur A (II, p. 97) .

Exercices

See the exercises for § 4.

[^1]: D’après le cor. 2 de VIII, p. 52, cette définition coïncide avec celle donnée en VII, p. 9.

Transcribed from the printed volume. Not translated.