§ 4. Modules semi-simples
1. Modules semi-simples
Définition 1 0040
On dit qu’un module est semi-simple s’il est somme directe d’une famille de modules simples[^1].
On dit qu’un multimodule est semi-simple s’il est somme directe d’une famille de multimodules simples (cf. I, p. 36, déf. 7).
Un A-module M est semi-simple si et seulement s’il est semi-simple lorsqu’on le considère comme module sur l’anneau de ses homothéties.
Exemple 1 0041
Un module réduit à 0, un module simple, sont des modules semi-simples.
Exemple 2 0042
Si A est un corps, tout A-module est semi-simple d’après le th. 1 de II, p. 95. Cela montre qu’en général un module semi-simple se décompose de plusieurs manières comme somme directe de sous-modules simples (voir cependant le cor. 2 de VIII, p. 63).
Exemple 3 0043
Soit A un anneau principal et soit P un système représentatif d’éléments extrémaux de A (VII, p. 3). Soit M un A-module et, pour tout , soit l’ensemble des tels que . D’après VII, p. 9, le A-module M est semi-simple si et seulement s’il est somme des sous-modules ; il est alors somme directe de ces sous-modules. Cet exemple sera généralisé plus loin (VIII, p. 61).
Soient et des algèbres sur un anneau commutatif K. On a défini en III, p. 38, la notion de bimodule à gauche sur les algèbres et , et montré que cette notion équivaut à celle de module à gauche sur l’anneau . On dira que M est un bimodule simple (resp. semi-simple, de type fini) si c’est un module simple (resp. semi-simple, de type fini) sur l’anneau .
Théorème 1 0044
Soit M un module somme (non nécessairement directe) d’une famille de sous-modules simples et soit N un sous-module de M. Il existe une partie J de I telle que M soit somme directe de la famille formée de N et des modules pour parcourant J.
Soit l’ensemble des parties de I telles que la somme de la famille formée des modules N et , pour dans , soit directe. L’ensemble est de caractère fini : pour qu’une partie J de I appartienne à , il faut et il suffit qu’il en soit de même de toute partie finie de J. Donc l’ensemble possède un élément maximal J (E, III, p. 35). Posons . Soit dans I - J ; comme J est maximal dans , l’ensemble n’appartient pas à , de sorte que ; comme est un module simple, on a . On a donc pour tout , d’où . Cela achève la démonstration.
Corollaire 1 0045
Tout module somme d’une famille de modules simples est semi-simple.
Il suffit d’appliquer le th. 1 au cas où N est nul.
Corollaire 2 0046
Pour qu’un module M soit semi-simple, il faut et il suffit que tout sous-module de M soit facteur direct.
La condition est nécessaire d’après le th. 1.
Réciproquement, supposons que tout sous-module de M admette un supplémentaire. Soit la somme des sous-modules simples de M et soit un supplémentaire de dans M. Supposons qu’on ait , d’où . Soit N un sous-module monogène non nul de . D’après la prop. 3 de VIII, p. 45, il existe un sous-module maximal P de N. Soit Q un sous-module supplémentaire de P dans M. Alors est un sous-module de N, supplémentaire de P dans N, donc isomorphe à (II, p. 20, prop. 13). Par suite est un sous-module simple de , contrairement à la définition de .
On a donc et le module M est semi-simple d’après le cor. 1.
Corollaire 3 0047
Soient M un module semi-simple et N un sous-module de M. Les modules N et sont semi-simples. Plus précisément, si M est somme directe d’une famille de modules simples, il existe une partie J de I telle que soit isomorphe à et N à .
Choisissons J comme dans le th. 1. Le module est un supplémentaire de N dans M, il est donc isomorphe à . De plus, les sous-modules N et de M sont tous deux supplémentaires de et donc isomorphes à .
Corollaire 4 0048
Soit M un module semi-simple. Pour que M soit simple, il faut et il suffit que l’anneau E des endomorphismes de M soit un corps.
Si M est simple, E est un corps d’après le cor. de la prop. 2 de VIII, p. 43.
Si E est un corps, le module M est indécomposable (VIII, p. 28, prop. 4, a)). Comme il est en outre semi-simple, il est simple.
Remarque 0049
Soient K un corps commutatif algébriquement clos et A une K-algèbre. Soit M un A-module semi-simple qui est un espace vectoriel de dimension finie sur le corps K. Pour que M soit simple, il faut et il suffit que tout endomorphisme du A-module M soit de la forme avec dans K : c’est nécessaire d’après le th. 1 de VIII, p. 43, et suffisant d’après le cor. 4 ci-dessus.
2. L’homomorphisme Hom Hom
Soient A un anneau, M un A-module et une famille de A-modules. À tout élément de Hom, associons l’élément de Hom. On définit ainsi un homomorphisme canonique
Hom Hom.
Il est clair que est injectif. Soit un élément de Hom. Pour que appartienne à l’image de , il faut et il suffit que l’ensemble des indices tels que pr soit fini. Cette condition est automatiquement satisfaite lorsque le module M est de type fini.
Par conséquent, si le module M est de type fini, l’homomorphisme est bijectif.
3. Quelques opérations sur les modules
Soient A et B des anneaux et soit P un , B)-bimodule (II, p. 33). On va définir deux procédés dont l’un fait passer d’un B-module à gauche à un A-module à gauche et l’autre d’un A-module à gauche à un B-module à gauche. 3.1. L’opération . — Soit V un B-module à gauche. Notons le A-module à gauche (II, p. 54). Sa loi d’action est donnée par la formule
pour et .
Soit un B-module à gauche. Pour toute application B-linéaire de V dans , l’application de dans est A-linéaire ; on la notera . L’application de Hom dans Hom est -linéaire et l’on a
si sont des B-modules à gauche et des applications B-linéaires. Le produit tensoriel commutant aux sommes directes, si V est la somme directe d’une famille de sous-modules , on peut identifier le A-module avec .
3.2. L’opération . — Soit M un A-module à gauche. Notons le B-module à gauche Hom (II, p. 34). Sa loi d’action est donnée par la formule
pour Hom et .
Soit un A-module à gauche. Pour toute application A-linéaire de M dans , l’application Hom de dans est B-linéaire ; on la notera . L’application de Hom dans Hom est -linéaire et l’on a
si sont des A-modules à gauche et des applications A-linéaires. Supposons en outre que P soit un A-module de type fini ; si M est la somme directe d’une famille de sous-modules alors on peut identifier à d’après VIII, p. 53.
3.3. Relations entre et . — D’après la prop. 1 de II, p. 74, pour tout A-module à gauche M et tout B-module à gauche V, il existe un unique isomorphisme de groupes
(5) Hom Hom caractérisé par la relation
(6)
pour , et . L’isomorphisme est appelé isomorphisme d’adjonction.
Soit un A-module à gauche. Le A-module n’est autre que le A-module . En appliquant ce qui précède au B-module , l’application
(I)
L’inverse
Soit un B-module. Le B-module n’est autre que le B-module . En appliquant (5) au A-module , l’application B-linéaire de dans est caractérisée par la relation (8)
(II)
Notons que le morphisme d’adjonction (5) coïncide avec l’application qui envoie sur . En effet, des relations (6) et (8), on déduit les égalités
pour tous , et .
Remarque 1 004A
Soient et des -modules. L’isomorphisme d’adjonction
vérifie la relation pour tout , puisque
Soient et des -modules ; l’inverse de l’isomorphisme d’adjonction
vérifie la relation , pour tout . En effet, on a les relations
pour tous , et .
Remarque 2 004B
Soit un -module à gauche. Les applications -linéaires
satisfont la relation . Elles ne sont pas bijectives en général.
Soit un -module à gauche. Les applications -linéaires
satisfont la relation . Elles ne sont pas bijectives en général.
Remarque 3 004C
Supposons que soit de type fini en tant que -module. Soit la somme directe d’une famille de -modules. Les -modules et sont canoniquement isomorphes. Lorsqu’on les identifie, s’identifie à . De même, soit la somme directe d’une famille de -modules. Le B-module s’identifie à et l’application linéaire à .
4. Modules isotypiques
Soient A un anneau et S un A-module à gauche simple. Notons D l’anneau opposé de l’anneau des endomorphismes de S ; c’est un corps. Muni des actions de A et de D, S est un , D)-bimodule.
Proposition 1 004D
Soit M un A-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe un ensemble I tel que M soit isomorphe à ;
(ii) Le module M est somme directe d’une famille de sous-modules isomorphes à S ;
(iii) Le module M est somme d’une famille de sous-modules isomorphes à S ;
(iv) Il existe un espace vectoriel à gauche V sur le corps D tel que le A-module M soit isomorphe à .
L’équivalence de (i) et (ii) est immédiate et celle de (ii) et (iii) résulte du th. 1 de VIII, p. 52 appliqué au cas où N = 0. Tout espace vectoriel à gauche sur D est isomorphe à un espace vectoriel de la forme , où I est un ensemble (II, p. 95, th. 1). Comme le produit tensoriel commute aux sommes directes, (i) équivaut à (iv).
Définition 2 004E
On dit qu’un A-module M est isotypique de type S s’il satisfait aux conditions équivalentes de la prop. 1. On dit que M est isotypique s’il existe un A-module simple T tel que M soit isotypique de type T.
Tout module isotypique est semi-simple.
Proposition 2 004F
Si un module est somme de sous-modules isotypiques de type S, il est isotypique de type S. Les sous-modules et les modules quotients d’un module isotypique de type S sont isotypiques de type S.
La première assertion résulte des définitions, la seconde du cor. 3 de VIII, p. 52.
Remarque 004G
Tout module isotypique non nul de type S possède un module quotient et un sous-module isomorphes à S ; par conséquent, si M et sont des A-modules isotypiques non nuls de type S, le groupe Hom n’est pas réduit à 0.
Proposition 3 004H
a) Soit M un A-module isotypique de type S. L’application A-linéaire Homcaractérisée par (VIII, p. 55) est bijective.
b) Soit V un espace vectoriel à gauche sur le corps D. L’application D-linéaire Homdéfinie par (VIII, p. 55) est bijective.
Notons le D-espace vectoriel à gauche Hom. Le A-module M est par hypothèse somme directe d’une famille de sous-modules isomorphes à S. Le A-module S est monogène ; pour démontrer que l’application est bijective, il suffit donc de considérer le cas où M = S (VIII, p. 56, remarque 3). Or n’est autre que le D-espace vectoriel et n’est autre que l’isomorphisme défini par .
Il suffit de même, pour démontrer b), de considérer le cas où . Or, comme l’application est bijective, l’application l’est aussi (VIII, p. 56, remarque 2).
5. Description d’un module isotypique
Comme dans le numéro précédent, A désigne un anneau, S un A-module à gauche simple et D le corps End. On considère S comme un , D)-bimodule.
Définition 3 004I
Soit M un A-module isotypique de type S. Une description de M relative à S est un couple , où V est un espace vectoriel à gauche sur le corps D et un isomorphisme de A-modules.
Tout A-module M isotypique de type S possède une description canonique : c’est le couple (Hom) où Hom est l’isomorphisme de A-modules caractérisée par (VIII, p. 58, prop. 3 a)).
Théorème 2 004J
Soient M un A-module isotypique de type S et une description de M. Notons l’ensemble, ordonné par inclusion, des sous-D-espaces vectoriels de V et celui des sous-A-modules de M. Identifions pour tout le A-module à son image canonique dans .
a) L’application est un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur .
b) L’isomorphisme réciproque fait correspondre à un sous-module N de M le sous-espace vectoriel de V formé des éléments tels que appartienne à N pour tout .
Pour tout (V), posons . Pour tout (M), notons l’ensemble des éléments tels que pour tout . On définit ainsi deux applications et . Elles sont clairement croissantes.
Soit N un sous-module de M. Il est isotypique de type S (VIII, p. 57, prop. 2). Posons . D’après la prop. 3, b) de VIII, p. 58, les applications A-linéaires ne sont autres que les applications , où parcourt V. Celles dont l’image est contenue dans N sont les applications , où parcourt W ; leurs images engendrent N, puisque N est isotypique de type S. On a donc , c’est-à-dire . Cela prouve que est l’application identique de . En particulier est surjective et injective.
Pour terminer la démonstration, il suffit de prouver que l’application est injective. Soient W et des sous-espaces vectoriels de V tels que . Les espaces vectoriels et vus comme sous-espaces vectoriels de coïncident. Choisissons une forme linéaire non nulle sur le D-espace vectoriel S et notons l’homomorphisme de groupes défini par . On a , d’où l’injectivité de .
Remarque 1 004K
Soit M un A-module isotypique de type S et une description de M. Alors M est de longueur finie si et seulement si V est de dimension finie et on a dans ce cas la relation
long dim.
Corollaire 1 004L
Soit M un A-module isotypique de type S. Pour tout sous-A-module N de M, identifions Homau sous-D-espace vectoriel de Hom formé des applications dont l’image est contenue dans N.
a) L’application Homest un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur (Hom).
b) La bijection réciproque associe à tout sous-espace vectoriel W de Hom le sous-module de M.
C’est une traduction du th. 2, lorsqu’on prend pour la description canonique de M.
Corollaire 2 004M
Soient V un espace vectoriel à gauche sur D et un ensemble d’endomorphismes de V. Pour qu’un sous-A-module de soit stable par tous les endomorphismes , où parcourt , il faut et il suffit qu’il soit de la forme , où W est un sous-espace vectoriel de V stable par tous les endomorphismes appartenant à .
En effet, d’après le th. 2, tout sous-A-module N de S est égal à S , où W est le sous-espace vectoriel de V formé des éléments tels que appartienne à N pour tout .
Théorème 3 004N
Soient M et M' des A-modules isotypiques de type S. Soient (V, ) et (V', ) des descriptions de M et M' respectivement. Pour toute application D-linéaire , Notons l’unique application A-linéaire rendant commutatif le diagramme
L’application de dans est un isomorphisme de groupes.
Il nous suffit de démontrer que l’application -linéaire de dans est bijective. En reprenant les notations du n°3 appliqué au (A, D)-bimodule S, cela revient à montrer que l’application
Conservons les notations du th. 3. Soit un A-module isotypique de type S et soit une description de . Pour tout et tout appartenant à , on a . En particulier, pour et , l’application de dans est un isomorphisme d’anneaux.
Remarque 2 004O
Soit M un A-module isotypique de type S et soit une description de M. Soit B un sous-anneau de l’anneau . L’isomorphisme d’anneaux de sur munit V d’une structure de (D, B)-bimodule de sorte que est un isomorphisme de (A, B)-bimodules. Il existe un isomorphisme de l’ensemble des sous-(D, B)-bimodules de V, ordonnés par l’inclusion sur celui des sous-(A, B)-bimodules de M (VIII, p. 58, th. 2 et VIII, p. 59, cor. 2).
Corollaire 004P
Soient M, M' des A-modules isotypiques de type S. L’application de dans est un isomorphisme de groupes. Lorsque M est égal à , c’est un isomorphisme d’anneaux de Endsur End(Hom).
Compte tenu de la commutativité du diagramme (I) de VIII, p. 55 ce corollaire résulte du th. 3, appliqué aux descriptions canoniques de M et .
6. Composants isotypiques d’un module
Définition 4 004Q
Soient A un anneau, M un A-module et S un A-module simple. On appelle composant isotypique de type S de M, et l’on note , la somme des sous-modules de M isomorphes à S.
Il est clair que est le plus grand sous-module de M qui soit isotypique de type S. Comme tout sous-module de est isotypique de type S (VIII, p. 57, prop. 2), on a pour tout sous-module N de M.
Si est un A-module simple isomorphe à S, on a évidemment , donc ne dépend que de la classe de S (VIII, p. 47).
Soit M un A-module. Il existe un plus grand sous-module semi-simple de M, qu’on appelle le socle de M ; c’est la somme des sous-modules simples de M, et aussi la somme des composants isotypiques de M. En particulier, M est semi-simple si et seulement s’il est égal à son socle.
Proposition 4 004R
Soit A un anneau. Désignons par l’ensemble des classes de A-modules simples. Soit M un A-module semi-simple.
a) Le module M est somme directe de la famille de ses composants isotypiques.
b) Supposons que M soit somme directe d’une famille de sous-modules simples. Pour tout , soit l’ensemble des indices tels que soit de classe . On a .
c) Si M est de type fini, l’ensemble des tels que est fini.
d) Pour tout sous-module N de M, et tout , on a et .
Comme M est semi-simple, il est somme de la famille , prouvons que cette somme est directe. Soit . Notons la somme de la famille . Le module est somme directe d’une famille de modules simples non isomorphes à (VIII, p. 52, th. 1). D’après le cor. 3 du th. 1 de VIII, p. 52, ne contient aucun sous-module simple de classe . On a donc . L’assertion a) est donc démontrée. Par construction, on a , l’assertion b) résulte alors de II, p. 18, remarque 1.
L’assertion c) résulte de a) et de (II, p. 29, prop. 23).
Soit N un sous-module de M et . Le composant isotypique de N est contenu dans et . L’intersection est donc le composant isotypique de type de N.
Pour tout , le module est isomorphe à . Il est donc isotypique de type et contenu dans . La dernière assertion résulte alors de a) et de II, p. 18, remarque 1.
Corollaire 004S
Soit A un anneau et l’ensemble des classes de A-modules simples. Soit M un A-module semi-simple et N un sous-module de M. Alors on a et .
Comme N et sont semi-simple (VIII, p. 52, cor. 3), le corollaire résulte de la prop. 4 d).
On appelle support d’un A-module semi-simple M l’ensemble des classes de A-modules simples telles que le composant isotypique de M de type soit non nul. Le support d’un A-module semi-simple de type fini est fini.
Proposition 5 004T
Soit A un anneau et soit l’ensemble des classes de A-modules simples. Soient M et N des A-modules.
a) Soit un homomorphisme. Pour tout induit un homomorphisme de dans ;si M est semi-simple et surjectif, chacun des homomorphismes est surjectif.
b) Supposons M semi-simple. L’application est un isomorphisme de groupes de Homsur Hom. Lorsque M est égal à N, c’est un isomorphisme d’anneaux de Endsur End.
Pour tout , le sous-module de N est isomorphe à un quotient d’un module isotypique de type ; il est donc isotypique de type , et par suite, contenu dans .
Supposons que M soit semi-simple et surjectif. Alors induit un isomorphisme de Ker() sur N qui envoie Ker()) Ker() sur . D’apres la prop. 4 de VIII, p. 61, ce qui termine la démonstration de a).
L’application considérée dans b) est clairement un homomorphisme de groupes et c’est un homomorphisme d’anneaux lorsque M est égal à N. Soit un élément de Hom(M). Son unique antécédent par l’application de b) est l’homomorphisme défini par
pour tout .
Remarque 004U
Soient A et B des anneaux. Soit M un , B)-bimodule. Il résulte de la prop. 5 que les composants isotypiques du A-module M sont des sous-bimodules de M. Cela s’applique en particulier lorsque M est un A-module et B l’anneau opposé de End.
Exemple 004V
Examinons le cas où l’anneau A est commutatif. L’application qui envoie un idéal maximal sur cl(A) est une bijection de l’ensemble des idéaux maximaux de A sur l’ensemble des classes de A-modules simples (VIII, p. 47). La bijection réciproque associe à son annulateur .
Soit N un A-module. Pour tout , le composant isotypique de M est formé des éléments annulés par et l’on peut considérer comme un espace vectoriel sur le corps . Si M est semi-simple et si N est un autre A-module, on déduit de la prop. 5 un isomorphisme de groupes de Hom sur Hom.
Corollaire 1 004W
Soient M un A-module semi-simple et N un sous-module de M. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe un unique sous-module supplémentaire de N dans M ;
(ii) On a Hom;
(iii) Il existe une partie Λ de telle que .
Choisissons un sous-module supplémentaire de N dans M (VIII, p. 52, cor. 2) ; si l’on identifie M à , les sous-modules de M supplémentaires de N sont les graphes des applications A-linéaires de dans N ; comme est isomorphe à , on a prouvé l’équivalence des propriétés (i) et (ii). D’après la prop. 5, b), le groupe Hom est isomorphe au groupe Hom. Il est nul si et seulement si, pour tout , on a ou (VIII, p. 57, remarque), c’est-à-dire ou . Cela prouve l’équivalence des conditions (ii) et (iii).
Corollaire 2 00R0
Soit M un A-module. Les deux conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Tout sous-module de M admet un unique sous-module supplémentaire.
(ii) M est somme directe d’une famille de modules simples, deux à deux non isomorphes. Supposons que M vérifie ces conditions. Alors, pour tout sous-module N de M, il existe une unique partie J de I telle qu’on ait et tout sous-module simple de M est égal à l’un des .
Chacune des propriétés (i) et (ii) entraîne que M est semi-simple.
Supposons la condition (i) satisfaite. Soit . D’après l’équivalence de (i) et (iii) dans le cor. 1, tout sous-module de est nul ou égal à . Par suite, est nul ou simple et (ii) résulte de ce que M est somme directe de la famille .
Inversement, si la condition (ii) est satisfaite, est nul ou simple pour tout ; si N est un sous-module de M, alors est égal à 0 ou pour tout ; comme on a (VIII, p. 62, cor.), le sous-module N satisfait à la condition (iii) du cor. 1, donc admet un unique sous-module supplémentaire dans M. Cela prouve que (ii) implique (i), ainsi que les dernières assertions du corollaire.
Soient M un A-module et S un A-module simple. Notons D l’anneau opposé du corps End et considérons S comme un , D)-bimodule. Alors Hom est un espace vectoriel à gauche sur D et Hom un espace vectoriel à droite sur D. Le dual du D-espace vectoriel à gauche Hom est un espace vectoriel à droite sur D (II, p. 40, déf. 2). Pour tout Hom, l’application de Hom dans Hom est une forme linéaire sur le D-espace vectoriel à gauche Hom.
Proposition 6 004X
Conservons les notations ci-dessus et supposons le A-module M semi-simple. L’application du D-espace vectoriel à droite Hom dans le dual du D-espace vectoriel à gauche Homest D-linéaire et bijective.
Soient Hom Hom et . On a
Cela prouve que l’application est D-linéaire. Elle n’est autre que l’application donnée par Hom(1) de Hom dans Hom(Hom, Hom). Pour démontrer qu’elle est bijective, il suffit d’après la prop. 5, b) de VIII, p. 62, de traiter le cas où le A-module M est isotypique de type S et on peut alors appliquer le cor. de VIII, p. 60.
7. Description d’un module semi-simple
Jusqu’à la fin de ce paragraphe, on note A un anneau et l’ensemble des classes de A-modules simples. Pour tout , on choisit un module simple de classe (par exemple ) et l’on note l’anneau opposé du corps des endomorphismes de ; on considère comme un )-bimodule.
Soit M un A-module. Pour tout , Hom est un espace vectoriel à gauche sur le corps . D’après VIII, p. 55 et II, p. 12, prop. 6, il existe une unique application A-linéaire, dite canonique,
Hom
satisfaisant à la relation
pour , et Hom. Si l’on munit Hom et M de leur structure de End(M)-module naturelle, l’application est End-linéaire.
Proposition 7 004Y
Soit M un A-module. L’application canonique est injective. Pour tout , l’image par de Homest le composant isotypique de M de type . L’image de est le socle de M. Le A-module M est semi-simple si et seulement si l’application est bijective.
Soit . Notons le composant isotypique de M de type . Toute application A-linéaire de dans M prend ses valeurs dans (VIII, p. 62, prop. 5). Par suite, d’après la prop. 3, a) de VIII, p. 58, l’application induit une bijection de Hom sur . La proposition en résulte, puisque le socle de M est somme directe de la famille , et que le module M est semi-simple si et seulement s’il est égal à son socle.
Définition 5 004Z
Soit M un A-module semi-simple. Une description de M (relative à la famille )est un couple , où est un espace vectoriel à gauche sur le corps pour chaque et où est un isomorphisme de A-modules.
Tout A-module semi-simple M possède d’après la prop. 7 une description canonique : c’est le couple ((Hom)) où est l’application A-linéaire définie par la formule (10).
Proposition 8 0050
Soient M un A-module semi-simple et une description de M.
a) Pour tout induit un isomorphisme du A-module sur le composant isotypique de M de type .
b) Pour tout , l’application Homdéfinie par est -linéaire et bijective.
c) Soit N un sous-module de M. Il existe une unique famille vérifiant est un sous--espace vectoriel de pour tout et N est l’image par du module identifié à son image canonique dans le module . Pour tout est l’ensemble des éléments tels que appartienne à N pour tout .
Le A-module est isotypique de type pour tout . L’assertion a) résulte alors du fait que est un isomorphisme et du fait que M est la somme directe de la famille (VIII, p. 61, prop. 4 a)).
Soit . Notons la restriction de à . Avec les notations du n appliquées au )-bimodule ,
où la dernière égalité résulte de VIII, p. 56. Donc est la composée de l’homomorphisme -linéaire et de . L’assertion b) résulte alors de la prop. 3, b) de VIII, p. 58.
Soit N un sous-module de M. On a (VIII, p. 62, cor.), donc c) résulte du th. 2 de VIII, p. 58.
Corollaire 0051
Soit M un A-module semi-simple. Pour tout sous-module N de M et tout élément de , identifions Homau sous--espace vectoriel de Homformé des applications dont l’image est contenue dans N.
a) L’application (Hom) est une bijection de l’ensemble des sous-A-modules de M sur l’ensemble des familles telles que, pour tout soit un sous--espace vectoriel de Hom.
b) La bijection réciproque associe à une famille le sous-A-module de M.
C’est une traduction de la prop. 8 c) appliquée à la description canonique de M.
Proposition 9 0052
Soient M et des A-modules semi-simples et soient et des descriptions de M et respectivement. Pour toute famille de Hom, il existe une unique application A-linéaire rendant commutatif le diagramme
L’application ainsi définie est un isomorphisme de groupes. Lorsque l’on a , pour tout et , l’application est un isomorphisme d’anneaux de sur .
Compte tenu de la description des composants isotypiques de et donnée dans la prop. 8 a), cela résulte du th. 3 de VIII, p. 60 et de la prop. 5, b) de VIII, p. 62.
Corollaire 0053
Soient un -module semi-simple et un -module. L’application de dans
est un isomorphisme de groupes. Lorsque est égal à , c’est un isomorphisme de l’anneau sur l’anneau .
C’est une traduction de la proposition 9 appliquée aux descriptions canoniques de et du socle de .
8. Multiplicités et longueurs dans les modules semi-simples
Proposition 10 0054
Soit un -module semi-simple. Soit une famille de sous-modules simples dont est somme directe. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) est de longueur finie ; (ii) est artinien ; (iii) est noethérien ; (iv) est de type fini ; (v) est fini.
Si satisfait à ces propriétés, la longueur de est égale au cardinal de .
Si l’ensemble est fini, possède les propriétés (i) , (ii) , (iii) et (iv). Supposons l’ensemble infini. D’après l’exemple 2 de VIII, p. 2, le module n’est ni artinien, ni noethérien ; comme tout module de longueur finie est artinien et noethérien (VIII, p. 2, prop. 1), M n’est pas davantage de longueur finie. Enfin, tout élément de M appartient à la somme d’un nombre fini de sous-modules , donc M n’est pas de type fini. Cela prouve l’équivalence des conditions (i) à (v). Si celles-ci sont satisfaites, on a long(M) long(M) Card(I) (II, p.23, cor. 5).
Proposition 11 0055
Soit M un A-module semi-simple, somme directe d’une famille de sous-modules simples. Pour tout , on note l’ensemble des indices tels que soit de classe . Le cardinal de est égal à la dimension du -espace vectoriel à gauche Hom.
Le composant isotypique de type de A est isomorphe à (VIII, p. 61, prop. 4 b)). Le -espace vectoriel Hom s’identifie à Hom, donc est isomorphe à (VIII, p. 53). Cela prouve la proposition.
Tout module simple est primordial (VIII, p. 41), donc tout module semi-simple est semi-primordial. Soit M un A-module semi-simple et soit . On appelle multiplicité de dans M la multiplicité primordiale de dans M définie en VIII, p. 32. La prop. 11 se traduit par l’égalité
(11) dim(Hom).
Plus généralement, si est une description de M, alors est égal à dim. D’après la prop. 6 de VIII, p. 64, on a aussi
(12) dim(Hom)
lorsque la multiplicité est finie. Pour que des A-modules semi-simples M et soient isomorphes, il faut et il suffit qu’on ait pour tout .
Soit M un A-module semi-simple. Il existe un cardinal possédant la propriété suivante : pour toute décomposition de M en somme directe de modules simples, le cardinal de I est égal à (VIII, p. 32, cor. 2). Ce cardinal est appelé la longueur du A-module semi-simple M, et noté long ou long(M). Lorsque M est de longueur finie cette définition est compatible avec celle de II, p. 21, d’après la prop. 10.
Les A-modules simples sont les A-modules semi-simples de longueur 1, et l’on a la formule
(13) long long pour toute famille de A-modules semi-simples. D’après la prop. 11, on a (14) long dim Hom.
En appliquant cette formule à , on obtient long pour tout .
Lorsque A est un corps, les A-modules simples sont les espaces vectoriels de dimension 1 ; tout A-module est alors semi-simple (II, p. 95, th. 1) et sa longueur n’est autre que sa dimension en tant qu’espace vectoriel sur A (II, p. 97) .
Exercices
See the exercises for § 4.
[^1]: D’après le cor. 2 de VIII, p. 52, cette définition coïncide avec celle donnée en VII, p. 9.