Bourbaki

§ 5. Commutation

1. Commutant et bicommutant d’un module

Soient E un anneau et B une partie de E. On appelle commutant de B dans E le sous-anneau B′B' de E formé des éléments qui commutent à tout élément de B. Le commutant B′′B'' de B′B' est appelé le bicommutant de B. On a B⊂B′′B\subset B'' et B′B' coïncide avec son bicommutant (III, p. 3). Le centre d’un sous-anneau B de E est B∩B′B\cap B', le centre commun de B′B' et B′′B'' est B′∩B′′B'\cap B''. Si B est un sous-anneau commutatif de E, on a B⊂B′B\subset B' et B′′B'' est le centre de B′B' (III, p. 4).

Soient A un anneau et M un A-module à gauche (resp. à droite). Appliquons ces définitions au cas où E est l’anneau des endomorphismes du groupe additif de M et B l’anneau AMA_M des homothéties de M. Le commutant AM′A'_M de AMA_M dans E s’appelle le commutant de M ; c’est l’anneau des endomorphismes du A-module M. Le bicommutant AM′′A''_M de AMA_M dans E s’appelle le bicommutant de M ; c’est l’anneau des endomorphismes du contremodule de M (VIII, p. 8, déf. 3). On a AM⊂AM′′A_M\subset A''_M, l’anneau AM∩AM′A_M\cap A'_M est le centre de AMA_M et AM′∩AM′′A'_M\cap A''_M est le centre commun de AM′A'_M et AM′′A''_M.

Définition 1 005E

On dit que le A-module M est équilibré si l’on a AM=AM′′A_M= A''_M.

Si le A-module M est équilibré, les anneaux AMA_M et AM′A'_M ont le même centre AM∩AM′A_M\cap A'_M. Pour que M soit un A-module équilibré, il faut et il suffit qu’il soit un AMA_M-module équilibré. Pour tout A-module M, le contremodule de M est fidèle et équilibré.

Lorsque l’anneau A est commutatif, le bicommutant AM′′A''_M de M est le centre de AM′=A'_M= EndA(M)_A(M); dire que M est équilibré signifie que le centre de EndA(M)_A(M) est réduit aux homothéties.

Pour tout élément aa de A, notons δa\boldsymbol{\delta }_a l’homothétie à droite x→xax\rightarrow xa de A dans A et γa\boldsymbol{\gamma }_a l’homothétie à gauche x→axx\rightarrow ax (I, p. 92). L’application a→δaa\rightarrow \boldsymbol{\delta }_a est un isomorphisme d’anneaux de AoA^o sur le commutant du A-module AsA_s (II, p. 150). L’application a→γaa\rightarrow \boldsymbol{\gamma }_a est un isomorphisme d’anneaux de A sur le commutant du A-module à droite Ad(A_d(loc. cit.). Si l’on identifie A au commutant de AdA_d par cette application, le contremodule de AdA_d s’identifie à AsA_s et par suite le A-module AdA_d est équilibré. De même le A-module AsA_s est équilibré.

Soit nn un entier ⩾1\geqslant 1. Considérons AnA^n comme un Mn\mathbf{M}_n(A)-module à gauche (loc. cit.). L’application qui à m∈Mn(A)m\in \mathbf{M}_n(A) associe l’endomorphisme x→mxx\rightarrow mx du A-module AdnA^n_d est un isomorphisme d’anneaux de Mn(A)\mathbf{M}_n(A) sur le commutant du A-module à droite Adn(A^n_d(loc. cit.).

Proposition 1 005F

Soit (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} une famille d’anneaux et, pour tout i∈Ii\in I, soit MiM_i un AiA_i-module. Posons A=∏Ai,M=∏MiA =\prod A_i, M =\prod M_i et N=⨁MiN =\bigoplus M_i. Munissons M de la structure de A-module dont la loi d’action est ((ai),(xi))→(aixi)((a_i),(x_i))\rightarrow (a_ix_i). L’ensemble N est un sous-A-module de M.

a) L’application (ui)→∏ui(u_i)\rightarrow \prod u_i de ∏\prod EndZ(Mi)_{\mathbf{Z}}(M_i)dans EndZ(M)_{\mathbf{Z}}(M) (II, p. 10) définit par passage aux sous-ensembles des isomorphismes d’anneaux de ∏(Ai)Mi,∏(Ai)Mi′\prod(A_i)_{M_i},\prod(A_i)'_{M_i} et ∏(Ai)Mi′′\prod(A_i)''_{M_i} sur AM,AM′A_M, A'_M et AM′′A''_M respectivement.

b) L’application (ui)→⨁ui(u_i)\rightarrow \bigoplus u_i de ∏\prod EndZ(Mi)_{\mathbf{Z}}(M_i)dans EndZ(N)_{\mathbf{Z}}(N) (II, p. 13) définit par passage aux sous-ensembles des isomorphismes d’anneaux de ∏(Ai)Mi,∏(Ai)Mi′\prod(A_i)_{M_i},\prod(A_i)'_{M_i} et ∏(Ai)Mi′′\prod(A_i)''_{M_i} sur AN,AN′A_N, A'_N et AN′′A''_N respectivement.

L’application φ:(ui)→∏ui\varphi : (u_i)\rightarrow \prod u_i de ∏\prod EndZ(Mi)_{\mathbf{Z}}(M_i) dans EndZ(M)_{\mathbf{Z}}(M) est un homomorphisme injectif d’anneaux. Par définition de la structure de A-module de M, on a φ(∏(Ai)Mi)=AM\varphi (\prod(A_i)_{M_i}) = A_M. Soit u∈AM′u\in A'_M. Pour tout i∈Ii\in I, notons hih_i l’élément de A dont toutes les composantes sont égales à 1 sauf celle d’indice ii qui est égale à 0 . Si xx est un élément de M dont la composante d’indice ii est nulle, on a x=hixx=h_ix, d’où pri(u(x))=_i(u(x)) = pri(u(hix))=_i(u(h_ix)) = pri(hiu(x))=0_i(h_iu(x)) = 0. Il existe par suite un unique homomorphisme de groupes ui:Mi→Miu_i: M_i\rightarrow M_i telle que pri(u(y))=ui_i(u(y)) =u_i(pri(y)_i(y)) pour tout y∈My\in M. On a u=∏uiu=\prod u_i. Comme l’application uu est A-linéaire, l’application uiu_i est AiA_i-linéaire pour tout i∈Ii\in I. Cela prouve que AM′A'_M est contenu dans l’image de ∏(Ai)Mi′\prod(A_i)'_{M_i} par φ\varphi; l’inclusion opposée est évidente. En appliquant cela au contremodule de M, on en déduit que φ\varphi induit un isomorphisme de AM′′A''_M sur ∏i(Ai)Mi′′\prod_i(A_i)''_{M_i}. Cela prouve l’assertion a).

La démonstration de b) est la même que celle de a) mutatis mutandis.

Les isomorphismes d’anneaux définis dans la prop. 1 sont dits canoniques. On identifie souvent ∏(Ai)Mi\prod(A_i)_{M_i} à AM,∏(Ai)Mi′A_M,\prod(A_i)'_{M_i} à AM′A'_M, etc. au moyen de ces isomorphismes.

Proposition 2 005G

Soit A un anneau et soit M un A-module. Soit I un ensemble. Alors le bicommutant du A-module M(I)M^{(I)} coïncide avec l’anneau des homothéties du AM′′A''_M-module M(I)M^{(I)}.

Pour tout i∈Ii\in I, on note πi:(xj)j∈I→xi\pi_i: (x_j)_{j\in I}\rightarrow x_i l’homomorphisme de projection de M(I)M^{(I)} dans M et ιi:M→M(I)\iota_i: M\rightarrow M^{(I)} l’injection canonique correspondante (A, I, p. 45).

Soit uu un élément de EndA(M(I))_A(M^{(I)}). Pour tous i,j∈Ii, j\in I, l’application composée ui,j=πj∘u∘ιiu_{i,j}=\pi_j\circ u\circ \iota_i appartient au commutant AM′A'_M de M. Pour tout élément bb de AM′′A''_M et tout (xi)∈M(I)(x_i)\in M^{(I)} on a les relations

bu((xi)i∈I)=b(∑i∈Iui,j(xi))j∈I=(∑i∈Iui,j(bxi))j∈I=u(b(xi)i∈I) bu((x_i)_{i\in I}) =b(\sum_{i\in I}u_{i,j}(x_i))_{j\in I}=(\sum_{i\in I}u_{i,j}(bx_i))_{j\in I}=u(b(x_i)_{i\in I})

L’homothétie bM(I)b_{M^{(I)}} appartient donc au bicommutant du A-module M(I)M^{(I)}.

Inversement soit bb un élément du bicommutant de M(I)M^{(I)}. Pour tous i,j∈Ii, j\in I, notons bi,j=πj∘b∘ιib_{i,j}=\pi_j\circ b\circ \iota_i. Soient i,j∈Ii, j\in I avec i≠ji\not=j. Comme ιj∘πj\iota_j\circ \pi_j appartient au commutant du A-module M(I)M^{(I)}, on a

bi,j=πj∘ιj∘πj∘b∘ιi=πj∘b∘ιj∘πj∘ιi=0 b_{i,j}=\pi_j\circ \iota_j\circ \pi_j\circ b\circ \iota_i=\pi_j\circ b\circ \iota_j\circ \pi_j\circ \iota_i= 0

De même, on a

bj,j=πj∘b∘ιj=πi∘ιi∘πj∘b∘ιj=πi∘b∘ιi∘πj∘ιj=bi,i b_{j,j}=\pi_j\circ b\circ \iota_j=\pi_i\circ \iota_i\circ \pi_j\circ b\circ \iota_j=\pi_i\circ b\circ \iota_i\circ \pi_j\circ \iota_j=b_{i,i}

En outre, bi,ib_{i,i} appartient à AM′′A''_M. Il en résulte que bb coïncide avec une homothétie du AM′′A''_M-module M(I)M^{(I)}.

2. Modules générateurs

Soit A un anneau.

Définition 2 005H

On dit qu’un A-module M est générateur si tout A-module N est engendré par les images des applications A-linéaires de M dans N.

Soit M un A-module à gauche. On note M∗M^* le dual de M et

(x,x∗)→⟨x,x∗⟩=x∗(x) (x, x^*)\rightarrow \langle x, x^*\rangle =x^*(x)

la forme bilinéaire canonique sur M×M∗M\times M^* (II. p. 41). On note τ(M)\tau (M) l’ensemble des éléments de A de la forme ∑i=1n⟨xi,xi∗⟩\sum^n_{i=1}\langle x_i, x^*_i\rangle, où x1,...,xnx_1, . . . , x_n sont des éléments de M, et x1∗,...,xn∗x^*_1, . . . , x^*_n des éléments de M∗M^*. C’est un idéal bilatère de A, qu’on appelle l’idéal trace de M. L’idéal trace du A-module AsA_s est A. L’idéal trace du module somme directe d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de A-modules est l’idéal ∑i∈Iτ(Mi)\sum_{i\in I}\tau (M_i). Si M est un A-module projectif, il résulte de la prop. 12 de II, p. 46 que l’on a M=τ(M)MM =\tau (M)M.

Théorème 1 005I

Soit M un A-module à gauche. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le A-module M est générateur ;

(ii) Pour tout A-module N, il existe un ensemble I et une application A-linéaire surjective de M(I)M^{(I)} dans N ;

(iii) Il existe un entier n⩾0n\geqslant 0et une application A-linéaire surjective de MnM^n dans AsA_s;

(iv) Il existe un entier n⩾0n\geqslant 0tel que AsA_s soit isomorphe à un sous-module facteur direct de MnM^n;

(v) L’idéal trace τ(M)\tau (M)est égal à A ;

(vi) Il existe un entier n⩾0n\geqslant 0, des éléments x1,...,xnx_1, . . . , x_n de M et des éléments x1∗,...,xn∗x^*_1, . . . , x^*_n de M∗M^* satisfaisant à ∑i=1n⟨xi,xi∗⟩=1\sum^n_{i=1}\langle x_i, x^*_i\rangle = 1.

(i) =⇒=\Rightarrow (ii) : Supposons que M soit générateur et soit N un A-module à gauche. Il existe une famille (ui)i∈I(u_i)_{i\in I} d’applications A-linéaires de M dans N telle que l’on ait N=∑i∈Iui(M)N =\sum_{i\in I}u_i(M). L’application (xi)→∑i∈Iui(xi)(x_i)\rightarrow \sum_{i\in I}u_i(x_i) de M(I)M^{(I)} dans N est A-linéaire et surjective.

(ii) =⇒=\Rightarrow (iii) : Appliquons l’hypothèse (ii) au module N=AsN = A_s. Soit I un ensemble et soit u:M(I)→Asu: M^{(I)}\rightarrow A_s une application linéaire surjective. Comme AsA_s est engendré par l’élément 1, il existe une partie finie J de I telle que u(M(J))=Asu(M^{(J)}) = A_s, d’où (iii).

(iii) =⇒=\Rightarrow (iv) : Cela résulte de la prop. 21 de II, p. 27.

(iv) =⇒=\Rightarrow (v) : Soit n⩾1n\geqslant 1 un entier tel que AsA_s soit isomorphe à un sous-module facteur direct de M. On a A=τ(As)⊂τ(Mn)=τA =\tau (A_s)\subset \tau (M^n) =\tau(M), d’où τ(M)=A\tau (M) = A.

(v) =⇒=\Rightarrow (vi) : C’est clair.

(vi) =⇒=\Rightarrow (i) : Soient nn un entier ⩾0,x1,...,xn\geqslant 0,x_1, . . . , x_n des éléments de M et x1∗,...,xn∗x^*_1, . . . , x^*_n des éléments de M∗M^* satisfaisant à ∑i=1n⟨xi,xi∗⟩=1\sum^n_{i=1}\langle x_i, x^*_i\rangle = 1. Soit N un A-module à gauche et yy un élément de N. Les applications ui:x→⟨x,xi∗⟩yu_i:x\rightarrow \langle x, x^*_i\rangle y de M dans N sont A-linéaires, et l’on a y=∑i=1nui(xi)y=\sum^n_{i=1}u_i(x_i). Cela démontre que M est un A-module générateur.

Corollaire 00R1

Un A-module générateur est fidèle.

Soit a∈Aa\in A tel que aM=0aM = 0. En utilisant l’implication (i) =⇒=\Rightarrow (iv) du th. 1, on obtient aAs=0aA_s= 0, d’où a=0a= 0. Le corollaire en résulte (II, p. 28).

Exemple 1 005J

Le A-module AsA_s est générateur.

Exemple 2 005K

Tout A-module libre non nul est générateur. Plus généralement, tout module dont un quotient est générateur est lui-même générateur.

Exemple 3 005L

Soit M un A-module semi-simple, dont le contremodule est de type fini. Alors M est un AMA_M-module générateur. En effet, d’après le lemme 4 de VIII, p. 8, il existe un entier naturel mm tel que (AM)s(A_M)_s soit isomorphe à un sous-module de MmM^m. Comme MmM^m est un AMA_M-module semi-simple, (AM)s(A_M)_s est isomorphe à un sous-module facteur direct de MmM^m et M est un AMA_M-module générateur (VIII, p. 76, th. 1).

Exemple 4 005M

Soit A un anneau principal et soit P un A-module de type fini. Il existe un entier n⩾1n\geqslant 1 et une suite croissante d’idéaux (ai)1⩽i⩽n(\mathfrak{a}_i)_{1\leqslant i\leqslant n} de A telle que P soit isomorphe à la somme directe des A/aiA/\mathfrak{a}_i (VII, p. 19, th. 2) ; l’annulateur a\mathfrak{a} de P est égal à a1\mathfrak{a}_1. Alors P est un module générateur sur l’anneau A/aA/\mathfrak{a}. Si P n’est pas un module de torsion, on a a=0\mathfrak{a}= 0 et P est un A-module générateur.

Lemme 1 005N

Soient A un anneau commutatif, M un A-module de type fini et Ann(M) son annulateur. Soit a\mathfrak{a} un idéal de A. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) aM=M\mathfrak{a}M = M;

(ii) Ann(M) +a=A+\mathfrak{a}= A;

(iii) Il existe un élément aa de a\mathfrak{a} tel que am=mam=m pour tout m∈Mm\in M.

(i) =⇒=\Rightarrow (ii) : Soit (x1,...,xn)(x_1, . . . , x_n) une famille génératrice du A-module M. Si aM=M\mathfrak{a}M = M, chacun des xix_i peut s’écrire sous la forme ∑j=1ncijxj\sum^n_{j=1}c_{ij}x_j, où les cijc_{ij} appartiennent à a\mathfrak{a}. Notons C la matrice (cij)(c_{ij}) et X la matrice colonne de composantes x1,...,xnx_1, . . . , x_n. On a (In−CI_n-C)X = 0. Soient dd le déterminant et V la matrice des cofacteurs de la matrice In−CI_n-C. D’après la formule (26) de III, p. 99, on a dX=tVdX =^tV(In−CI_n-C)X = 0, d’où d∈d\in Ann(M). D’autre part comme les cijc_{ij} appartiennent à a\mathfrak{a} on a d≡d\equiv 1(mod a\mathfrak{a}) (III, p. 96, (18)), d’où 1∈1\in Ann(M) +a+\mathfrak{a}.

(ii) =⇒=\Rightarrow (iii) : Sous l’hypothèse (ii), il existe a∈aa\in \mathfrak{a} et b∈b\in Ann(M) tels que a+b=1a+b= 1. On a alors am=mam=m pour tout m∈Mm\in M.

(iii) =⇒=\Rightarrow (i) : C’est clair.

Proposition 3 00R2

Soit A un anneau commutatif. Tout A-module projectif de type fini et fidèle est générateur. Plus généralement, un A-module projectif P de type fini est un APA_P-module générateur.

Soit P un A-module projectif de type fini. On a τ(P)P=P\tau (P)P = P (VIII, p. 75). Si le A-module P est fidèle, l’idéal τ(P)\tau (P) est égal à A (lemme 1) et le A-module P est générateur (th. 1), d’où la première assertion. La seconde s’en déduit par le lemme suivant :

Lemme 2 005O

Soient A un anneau et M un A-module projectif. Le AMA_M-module M est projectif.

Soit (xi)i∈I(x_i)_{i\in I} une famille génératrice du A-module M. Il existe une famille (xi∗)i∈I(x^*_i)_{i\in I} de formes linéaires sur le A-module M telles que, pour tout x∈Mx\in M, la famille (⟨x,xi∗⟩)i∈I(\langle x, x^*_i\rangle )_{i\in I} ait un support fini et que l’on ait x=∑i∈I⟨x,xi∗⟩xix=\sum_{i\in I}\langle x, x^*_i\rangle x_i (II, p. 46, prop. 12). Pour tout i∈Ii\in I, l’application x→⟨x,xi∗⟩Mx\rightarrow \langle x, x^*_i\rangle_M est une forme linéaire sur le AMA_M-module M, et l’on a x=∑i∈I⟨x,xi∗⟩Mxix=\sum_{i\in I}\langle x, x^*_i\rangle_Mx_i pour tout x∈Mx\in M. D’après loc. cit., M est un AMA_M-module projectif.

3. Bicommutant d’un module générateur

Théorème 2 005P

Un module générateur est équilibré.

Soit A un anneau et soit M un A-module générateur ; par définition, il existe un entier n⩾0n\geqslant 0, des éléments x1,...,xnx_1, . . . , x_n de M et des éléments x1∗,...,xn∗x^*_1, . . . , x^*_n du dual M∗M^* de M satisfaisant à ∑i=1n⟨xi,xi∗⟩=1\sum^n_{i=1}\langle x_i, x^*_i\rangle = 1. Rappelons (II, p. 77) que l’on définit un homomorphisme de groupes θ:M∗⊗AM→\theta : M^*\otimes_AM\rightarrow EndA(M)_A(M) par la formule θ(x∗⊗y)(x)=\theta (x^*\otimes y)(x) = ⟨x,x∗⟩y\langle x, x^*\rangle y. Si uu est un élément du bicommutant de M, il commute avec EndA(M)_A(M); on a donc pour tout y∈My\in M

u(y)=u(∑i=1n⟨xi,xi∗⟩y)=∑i=1nu(θ(xi∗⊗y)(xi)) u(y) =u(\sum_{i=1}^n\langle x_i, x^*_i\rangle y)=\sum_{i=1}^nu(\theta (x^*_i\otimes y)(x_i))
=∑i=1nθ(xi∗⊗y)(u(xi))=(∑i=1n⟨u(xi),xi∗⟩)y =\sum_{i=1}^n\theta (x^*_i\otimes y)(u(x_i)) =(\sum_{i=1}^n\langle u(x_i), x^*_i\rangle )y

Par suite uu appartient à AMA_M, et M est équilibré.

Corollaire 1 005Q

Un module libre est équilibré.

C’est clair si le module est nul, et un module libre non nul est générateur (VIII, p. 76, exemple 2).

Corollaire 2 00R3

Soit A un anneau et soit nn un entier ⩾0\geqslant 0. Le centre de Mn(A)\mathbf{M}_n(A) est formé des matrices scalaires à éléments dans le centre de A. Considérons AnA^n comme un Mn(A)\mathbf{M}_n(A)-module à gauche (II, p. 150). Les endomorphismes de ce module sont les applications x→xax\rightarrow xa, où aa parcourt A.

Soit M le A-module à droite AdnA^n_d. Il est équilibré par le corollaire 1. Par suite, les centres de AM,AM′A_M, A'_M et AM′′A''_M coïncident. Le corollaire 2 résulte alors de ce que AMA_M s’identifie à A et AM′A'_M à Mn(A)\mathbf{M}_n(A).

Remarque 005R

Soit M un A-module. Si le AMA_M-module M est générateur, on a AM=A_M= AM′′A''_M d’après le th. 2 appliqué au AMA_M-module M, de sorte que M est un A-module équilibré.

Corollaire 3 005S

Tout module projectif de type fini sur un anneau commutatif est équilibré.

En effet, un module projectif de type fini M est un AMA_M-module générateur par la prop. 3 de VIII, p. 77. Le corollaire résulte donc de la remarque ci-dessus.

Corollaire 4 005T

Tout module de type fini sur un anneau principal est équilibré.

En effet, un module de type fini M sur un anneau principal A est un AMA_M-module générateur (VIII, p. 77, exemple 4).

Corollaire 5 005U

Soient K un corps commutatif, V un espace vectoriel de dimension finie sur K,u,u et vv des endomorphismes de V. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe un polynôme P dans K[X] tel que v=P(u)v= P(u);

(ii) L’endomorphisme vv commute à tout endomorphisme de V qui commute à uu.

Prenons pour A l’anneau K[X] et pour M le K[X]-module déduit de V et de uu (VII, p. 28). L’assertion (i) signifie que v∈K[X]Mv\in K[X]_M et (ii) que v∈K[X]M′′v\in K[X]''_M. Le corollaire 5 est donc un cas particulier du corollaire 4.

Proposition 4 005V

Un module semi-simple dont le contremodule est de type fini est équilibré.

Cela résulte de l’exemple 3 de VIII, p. 77 et de la remarque.

Corollaire 1 005W

Soit (Si)i∈I(S_i)_{i\in I} une famille finie de A-modules simples deux à deux non isomorphes. Pour i∈Ii\in I, notons DiD_i l’anneau opposé du corps des endomorphismes de SiS_i. Supposons que, pour tout i∈Ii\in I, le DiD_i-espace vectoriel SiS_i soit de dimension finie. Alors l’application a→(aSi)i∈Ia\rightarrow (a_{S_i})_{i\in I} de A dans ∏i∈I\prod_{i\in I} EndDi(Si)_{D_i}(S_i)est surjective.

Considérons le A-module M=∏i∈ISiM =\prod_{i\in I}S_i. Comme I est fini, on a aussi M=⨁i∈ISiM =\bigoplus_{i\in I}S_i et l’image de SiS_i dans M est le composant isotypique de type SiS_i de M. Par suite, les endomorphismes du A-module M sont les applications (si)→(sidi)(s_i)\rightarrow (s_id_i), où (di)i∈I(d_i)_{i\in I} parcourt ∏i∈IDi\prod_{i\in I}D_i (VIII, p. 62, prop. 5). Comme I est fini et que, pour tout i∈Ii\in I, le DiD_i-espace vectoriel à droite SiS_i est de dimension finie, le contremodule de M est de type fini. D’après la prop. 4, le A-module M est équilibré. Or le bicommutant du A-module M se compose des éléments de EndZ(M)_{\mathbf{Z}}(M) de la forme ∏i∈Iui\prod_{i\in I}u_i, où (ui)∈∏i∈I(u_i)\in \prod_{i\in I} EndDi(Si)_{D_i}(S_i) (VIII, p. 74, prop. 1) puisque EndDi(Si)_{D_i}(S_i) est le bicommutant de SiS_i. Le corollaire résulte de là.

Ce corollaire s’applique en particulier lorsque A est une algèbre sur un corps commutatif K et que chacun des SiS_i est un A-module simple, de dimension finie comme K-espace vectoriel : en effet, DiD_i contient alors les homothéties αSi\alpha_{S_i}, où α\alpha parcourt K, et SiS_i est de dimension finie sur DiD_i puisqu’il l’est sur K.

Corollaire 2 (Théorème de Burnside) 00S0

Soit A une algèbre sur un corps commutatif algébriquement clos K, et soit S un A-module simple, de dimension finie comme espace vectoriel sur K. Alors l’application a→aSa\rightarrow a_S de A dans EndK(S)_K(S)est surjective.

En effet, le corps des endomorphismes du A-module S se compose des homothéties αS\alpha_S, avec α∈K\alpha \in K (VIII, p. 43, th. 1). On applique alors le corollaire 1 au A-module simple S.

4. Contremodule d’un module semi-simple

Soit A un anneau. On note S\mathscr{S} l’ensemble des classes de A-modules simples. Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, on choisit un A-module simple SλS_{\lambda} de classe λ\lambda et on note DλD_{\lambda} l’anneau opposé du corps des endomorphismes de SλS_{\lambda}. On considère SλS_{\lambda} comme un (A,Dλ(A,D_{\lambda})-bimodule.

Soit M un A-module semi-simple et soit B l’anneau des endomorphismes de M. On note C le bicommutant de M. Pour tout λ∈S\lambda \in \mathscr{S}, on note VλV_{\lambda} le (Dλ(D_{\lambda}, B)-bimodule à gauche HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M). Enfin, on note SM\mathscr{S}_M le support du A-module M (VIII, p. 62) ; c’est aussi l’ensemble des éléments λ\lambda de S\mathscr{S} tels que VλV_{\lambda} soit non nul.

Remarque 1 00R4

La description canonique αM\alpha_M du A-module M est un isomorphisme de (A(A, B)-bimodules à gauche. D’après VIII, p. 67, cor. de la prop. 9, l’application f→(f\rightarrow (Hom(1Sλ,f_{S_{\lambda}}, f))λ∈SM_{\lambda\in\mathscr{S}_M} de B dans ∏λ∈SM\prod_{\lambda\in\mathscr{S}_M} EndDλ(Vλ)_{D_{\lambda}}(V_{\lambda}) est un isomorphisme d’anneaux.

Proposition 5 005X

a) Le contre-module de M est semi-simple.

b) Pour tout λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M, le B-module VλV_{\lambda} est simple et son commutant est égal à (Dλ)Vλ(D_{\lambda})_{V_{\lambda}}.

c) L’application λ→\lambda \rightarrow cl(Vλ_{\lambda})est une bijection du support du A-module M sur le support de son contremodule.

d) Pour tout λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M, le sous-B-module MλM_{\lambda} est le composant isotypique de type VλV_{\lambda} du B-module M et la multiplicité de VλV_{\lambda} dans M est égale à dimDλ(Sλ)_{D_{\lambda}}(S_{\lambda}).

e) Pour s∈Ss\in S, notons s~\widetilde{s} l’application φ→φ(s)\varphi \rightarrow \varphi (s)de Vλ=V_{\lambda}= HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M)dans M. Elle est B-linéaire. L’application s→s~s\rightarrow \widetilde{s} de SλS_{\lambda} dans HomB(Vλ,M)_B(V_{\lambda},M)ainsi définie est un isomorphisme de (A,Dλ)(A,D_{\lambda})-bimodules.

Soit λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M. Notons EλE_{\lambda} l’anneau EndDλ(Vλ)_{D_{\lambda}}(V_{\lambda}); comme VλV_{\lambda} est un DλD_{\lambda}-espace vectoriel non nul, c’est un EλE_{\lambda}-module simple (VIII, p. 41, exemple 3) et son commutant est égal à (Dλ)Vλ(D_{\lambda})_{V_{\lambda}} (VIII, p. 78, cor. 1 du th. 2). Comme EλE_{\lambda} est l’anneau des homothéties du B-module VλV_{\lambda} (VIII, p. 67, cor. de la prop. 9), cela prouve b).

La description canonique αM\alpha_M de M définit un isomorphisme αλ\alpha_{\lambda} de Vλ⊗DλoSλV_{\lambda}\otimes_{D^o_{\lambda}}S_{\lambda} sur MλM_{\lambda}. Comme VλV_{\lambda} est un B-module simple, le B-module Vλ⊗DλoSλV_{\lambda}\otimes_{D^o_{\lambda}}S_{\lambda} est isotypique de type VλV_{\lambda} (VIII, p. 57, prop. 1) ; il en est donc de même du B-module MλM_{\lambda}, ce qui prouve a).

D’après la remarque 1 ci-dessus, il existe des éléments eλe_{\lambda} de B, pour λ\lambda parcourant SM\mathscr{S}_M, tels que (eλ)Vλ=1Vλ(e_{\lambda})_{V_{\lambda}}= 1_{V_{\lambda}} et (eλ)Vμ=0(e_{\lambda})_{V_{\mu}}= 0 pour μ∈SM,μ≠λ\mu \in \mathscr{S}_M,\mu \not=\lambda. Les B-modules simples VλV_{\lambda} sont donc deux à deux non isomorphes, ce qui prouve c) et la première assertion de d). Le B-module MλM_{\lambda} est isomorphe à Vλ⊗DλoSλV_{\lambda}\otimes_{D^o_{\lambda}}S_{\lambda}, donc dimDλ(Sλ)_{D_{\lambda}}(S_{\lambda}) est la multiplicité de VλV_{\lambda} dans M (II, p. 62, cor. 1).

L’application ∑λ∈SMαλ\sum_{\lambda\in\mathscr{S}_M}\alpha_{\lambda} de ⨁λ∈SMVλ⊗DλoSλ\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}_M}V_{\lambda}\otimes_{D^o_{\lambda}}S_{\lambda} dans M fournit une description (VIII, p. 65, définition 5) du B-module semi-simple M. D’après VIII, p. 66, prop. 8 b), pour tout λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M, l’application de SλS_{\lambda} dans HomB(Vλ,M)_B(V_{\lambda},M) décrite en e) est bijective et DλD_{\lambda}-linéaire. Comme elle est manifestement A-linéaire, cela prouve e).

Remarque 2 00R5

Il résulte de la démonstration que l’application induite

∑λ∈SMVλ⊗DλoSλ→M \sum_{\lambda\in\mathscr{S}_M}V_{\lambda}\otimes_{D^o_{\lambda}}S_{\lambda}\rightarrow M

par la description canonique de M est une description du contre-module de M.

Proposition 6 005Y

a) Considéré comme (A,Bo)(A,B^o)-bimodule, M est semi-simple.

b) Pour tout λ∈SM,Mλ\lambda \in \mathscr{S}_M, M_{\lambda} est un sous-(A,Bo)(A,B^o)-bimodule simple de M.

c) Pour tout sous-(A,Bo)(A,B^o)-bimodule N de M, il existe une unique partie Λ de SM\mathscr{S}_M tel que N soit égal à ⊕λ∈ΛMλ\oplus_{\lambda\in\Lambda}M_{\lambda}.

Soit λ\lambda dans SM\mathscr{S}_M. Le A-module à gauche SλS_{\lambda} et le B-module à droite VλV_{\lambda} sont simples et DλD_{\lambda} est l’anneau opposé du corps des endomorphismes de SλS_{\lambda}. D’après le cor. 2 de VIII, p. 59, le (A,Bo(A,B^o)-bimodule Sλ⊗DλVλS_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda} est simple et il en est de même de MλM_{\lambda}, qui lui est isomorphe. Cela démontre b) et a) en résulte.

Si λ\lambda et μ\mu sont distincts dans SM,Mλ\mathscr{S}_M, M_{\lambda} et MμM_{\mu} ne sont pas isomorphes en tant que A-modules, ni a fortiori en tant que (A,Bo(A,B^o)-bimodules. L’assertion c) en résulte d’après le cor. 2 de VIII, p. 63.

Proposition 7 005Z

a) Pour tout élément cc du bicommutant C de M et pour tout λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M, il existe un unique élément cλc_{\lambda} de EndDλ(Sλ)_{D_{\lambda}}(S_{\lambda})tel que, pour tout φ∈\varphi \in HomA(Sλ,M)_A(S_{\lambda},M)et tout s∈Sλs\in S_{\lambda}, on ait cφ(s)=φ(cλs)c\varphi (s) =\varphi (c_{\lambda}s).

b) Munissons les SλS_{\lambda}, pour λ\lambda parcourant SM\mathscr{S}_M, de la structure de C-module définie par a). Alors l’application canonique αM\alpha_M de ⨁λ∈SMSλ⊗DλVλ\bigoplus_{\lambda\in\mathscr{S}_M}S_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda} dans M est un isomorphisme de (C,Bo)(C,B^o)-bimodules.

c) L’application c→(cλ)λ∈SMc\rightarrow (c_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}_M} est un isomorphisme de C sur ∏λ∈SM\prod_{\lambda\in\mathscr{S}_M} EndDλ(Sλ)_{D_{\lambda}}(S_{\lambda}).

Les assertions a) et c) résultent de VIII, p. 66, prop. 9, puisque l’application canonique αM\alpha_M de ⊕λ∈SM(Sλ⊗DλVλ)\oplus_{\lambda\in\mathscr{S}_M}(S_{\lambda}\otimes_{D_{\lambda}}V_{\lambda}) dans M fournit une description du B-module M (remarque 2). En outre αM\alpha_M est (C,Bo(C,B^o)-linéaire, ce qui prouve b).

Remarque 3 0060

Munissons SλS_{\lambda}, pour λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M, de la structure de C-module donnée par la proposition 7, a). Si l’on remplace A par B et B par C dans la proposition 5 (VIII, p. 80), on voit que, pour tout λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M, le C-module à gauche SλS_{\lambda} est simple, de commutant DλD_{\lambda}, que le composant isotypique de type SλS_{\lambda} du C-module M est égal à MλM_{\lambda} et que l’application λ→\lambda \rightarrow clC(Sλ)_C(S_{\lambda}) est une bijection du support du A-module M sur le support du C-module M. Notons enfin qu’il y a identité entre applications A-linéaires et applications C-linéaires de SλS_{\lambda} dans M, entre sous-A-modules et sousC-modules de M, et que les anneaux EndA(M)_A(M) et EndC(M)_C(M) sont égaux.

Soit M un module semi-simple. Notons Z le centre du bicommutant C du A-module M ; c’est aussi le centre du commutant B de M. On munit M et les SλS_{\lambda} pour λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M des structures de Z-modules déduites par restriction des scalaires de celles de C-modules. Pour tout λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M, on note ZλZ_{\lambda} le centre du corps DλD_{\lambda}.

Proposition 8 0061

a) L’application z→(zSλ)λ∈SMz\rightarrow (z_{S_{\lambda}})_{\lambda\in\mathscr{S}_M} est un isomorphisme de Z sur le produit des corps ZλZ_{\lambda}.

b) Pour que le A-module M soit isotypique et non nul, il faut et il suffit que Z soit un corps.

c) Soit Λ une partie de SM\mathscr{S}_M. Notons eΛe_{\Lambda} l’unique élément de Z tel que (eΛ)Sλ=1Sλ(e_{\Lambda})_{S_{\lambda}}= 1_{S_{\lambda}} pour λ∈Λ\lambda \in \Lambdaet (eΛ)Sλ=0(e_{\Lambda})_{S_{\lambda}}= 0pour λ∈SM−Λ\lambda \in \mathscr{S}_M-\Lambda. On a (eΛ)Mλ=1Mλ(e_{\Lambda})_{M_{\lambda}}= 1_{M_{\lambda}} pour λ∈Λ\lambda \in \Lambdaet (eΛ)Mλ=0(e_{\Lambda})_{M_{\lambda}}= 0pour λ∈SM−Λ\lambda \in \mathscr{S}_M-\Lambda.

d) Si le support SM\mathscr{S}_M de M est fini, l’application Λ→eΛZ\Lambda \rightarrow e_{\Lambda}Zest une bijection de l’ensemble des parties de SM\mathscr{S}_M sur l’ensemble des idéaux de Z et l’application a→aM\mathfrak{a}\rightarrow \mathfrak{a}M est une bijection de l’ensemble des idéaux de Z sur l’ensemble des sous-(A,Bo)(A,B^o)-bimodules de M. Ces bijections sont des isomorphismes d’ensembles ordonnés. La bijection réciproque associe à un sous (A,Bo)(A,B^o)-bimodule N de M l’idéal formé des éléments zz de Z qui appliquent N dans M.

Pour λ∈SM,Zλ\lambda \in \mathscr{S}_M, Z_{\lambda} est le centre commun du commutant DλD_{\lambda} et du bicommutant CλC_{\lambda} du A-module SλS_{\lambda}. D’après la prop. 7 c) ci-dessus, l’application c→(cλ)λ∈SMc\rightarrow (c_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}_M} est un isomorphisme de C sur ∏λ∈SCλ\prod_{\lambda\in\mathscr{S}}C_{\lambda}. Par restriction aux centres, on obtient l’isomorphisme z→(zSλ)λ∈SMz\rightarrow (z_{S_{\lambda}})_{\lambda\in\mathscr{S}_M} de Z surM∏λ∈SMZλ^{^M}\prod_{\lambda\in\mathscr{S}_M}Z_{\lambda}, d’où a).

Pour que l’anneau ∏λ∈SMZλ\prod_{\lambda\in\mathscr{S}_M}Z_{\lambda} soit un corps, il faut et il suffit que l’ensemble SM\mathscr{S}_M ait un seul élément, d’où b).

L’assertion c) résulte de la prop. 7 a). Supposons SM\mathscr{S}_M fini. On déduit de a) et de la prop. 8 de I, p. 104, que l’application Λ→eΛZ\Lambda \rightarrow e_{\Lambda}Z est un isomorphisme d’ensembles ordonnés de P(SM)\mathfrak{P}(\mathscr{S}_M) sur l’ensemble des idéaux de Z. Soit Λ une partie de SM\mathscr{S}_M. D’après c), on a la relation eΛe_{\Lambda}ZM =eΛM=⨁λ∈ΛMλ=e_{\Lambda}M =\bigoplus_{\lambda\in\Lambda}M_{\lambda}; Compte tenu de la prop. 6, c) de VIII, p. 81, il ne reste plus qu’à décrire la bijection réciproque. Mais pour que z∈Zz\in Z applique M dans ⨁λ∈ΛMλ\bigoplus_{\lambda\in\Lambda}M_{\lambda}, il faut et il suffit que l’on ait z=eΛzz=e_{\Lambda}z, c’est-à-dire z∈eΛZz\in e_{\Lambda}Z.

Corollaire 0062

Supposons que A soit une algèbre sur un corps commutatif algébriquement clos K et que M soit un A-module semi-simple de dimension finie comme espace vectoriel sur K. Pour tout λ\lambda dans SM\mathscr{S}_M, notons eλe_{\lambda} le projecteur dans M d’image MλM_{\lambda} et de noyau ⊕λ≠μMμ\oplus_{\lambda\not=\mu}M_{\mu}. Alors (eλ)λ∈SM(e_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}_M} est une base de l’espace vectoriel Z sur K.

Comme M est un espace vectoriel de dimension finie sur K, somme directe de la famille de sous-modules non nuls (Mλ)λ∈SM(M_{\lambda})_{\lambda\in\mathscr{S}_M}, l’ensemble SM\mathscr{S}_M est fini et chacun des espaces SλS_{\lambda} pour λ∈SM\lambda \in \mathscr{S}_M est de dimension finie sur K. Le corps K étant algébriquement clos, on a Dλ=Zλ=KD_{\lambda}= Z_{\lambda}= K (VIII, p. 43, th. 1) et l’application z→(zSλ)λ∈SMz\rightarrow (z_{S_{\lambda}})_{\lambda\in\mathscr{S}_M} est un isomorphisme de Z sur KSMK^{\mathscr{S}_M} (prop. 8, a)). Le corollaire résulte alors de la partie c) de la prop. 8.

5. Théorème de densité

Théorème 3 (Jacobson) 00S1

Soit M un A-module semi-simple et soit cc un endomorphisme du groupe additif de M. Pour que cc appartienne au bicommutant AM′′A''_M de M, il faut et il suffit qu’il satisfasse à la condition suivante :

(D) Pour toute partie finie F de M, il existe un élément aa de A tel que cc coïncide avec aMa_M sur F.

Supposons d’abord que cc satisfasse à la condition (D). Soit uu un élément de AM′A'_M. Soit xx un élément de M et appliquons la condition (D) à la partie F={x,u(x)}F =\{x, u(x)\}. Il existe un élément aa de A tel que c(x)=axc(x) =ax et c(u(x))=au(x)c(u(x)) =au(x), d’où u(c(x))=u(c(x)) = u(ax)=au(x)=c(u(x))u(ax) =au(x) =c(u(x)). Comme xx est arbitraire, on a cu=uccu=uc; ceci valant pour tout uu, on a c∈AM′′c\in A''_M.

Pour la réciproque, nous allons utiliser le lemme suivant.

Lemme 3 0063

Soit M un A-module semi-simple. Soit B le bicommutant du A-module M. Alors tout sous-A-module de M est un sous-B-module de M.

Soit N un sous-A-module de M. Par le cor. 2 de VIII, p. 52 il existe un projecteur pp du A-module M d’image N. Comme on a la relation pb=bppb=bp pour tout b∈Bb\in B, on obtient que N est un sous-B-module de M.

Terminons la preuve du théorème 3. Supposons que cc appartienne à AM′′A''_M et soit F={x1,...,xn}F =\{x_1, . . . , x_n\} une partie finie de M. Notons xx l’élément (x1,...,xn)(x_1, . . . , x_n) de MnM^n. Le A-module MnM^n est semi-simple et, par la prop. 2 de VIII, p. 75, son bicommutant coïncide avec les homothéties du AM′′A''_M-module MnM^n. Par le lemme 3, le sous-A-module AxAx de MnM^n est un sous-AM′′''_M-module de MnM^n. Soit a∈Aa\in A tel que (cx1,...,cxn)(cx_1, . . . , cx_n) soit égal à axax. Alors cc coïncide avec aMa_M sur {x1,...,xn}\{x_1, . . . , x_n\}, ce qui entraîne la condition (D).

Remarque 0064

Notons E l’anneau des endomorphismes du groupe additif de M. Munissons M de la topologie discrète ; l’anneau E se compose d’applications de M dans M et on peut le munir de la topologie induite par la topologie produit de MMM^M (« topologie de la convergence simple dans M », TG, I, p. 14). La topologie de E est séparée et compatible avec la structure de groupe additif de E. Pour tout ff dans E, les applications g→f∘gg\rightarrow f\circ g et g→g∘fg\rightarrow g\circ f de E dans E sont continues. Par suite, le commutant de toute partie de E est fermé dans E. Le théorème 3 entraîne donc que AM′′A''_M est l’adhérence de AMA_M dans E.

6. Application à la théorie des corps

Proposition 9 0065

Soient L un corps et E un sous-anneau de EndZ(L)_{\mathbf{Z}}(L)qui contient l’application γa:x→ax\boldsymbol{\gamma }_a:x\rightarrow ax pour tout a∈La\in L. Notons K l’ensemble des éléments aa de L tels que u(xa)=u(x)au(xa) =u(x)a pour tout xx dans L et tout uu dans E ; c’est un sous-corps de L.

Soit V un sous-espace vectoriel de dimension finie du K-espace vectoriel à droite L, et soit hh une application K-linéaire de V dans L. Il existe un élément de E qui coïncide avec hh sur V.

Considérons L comme un E-module à gauche. Comme E contient les multiplications à gauche γa\boldsymbol{\gamma }_a, tout sous-E-module de L est un idéal à gauche du corps L ; le E-module L est donc simple. Tout endomorphisme du groupe additif de L qui commute aux γa\boldsymbol{\gamma }_a est de la forme δb:x→xb\boldsymbol{\delta }_b:x\rightarrow xb avec bb dans L. Par suite, b→δbb\rightarrow \boldsymbol{\delta }_b est un isomorphisme de K sur l’anneau opposé de EndE_E(L), qui est un corps.

Le bicommutant E′′E'' du E-module L se compose donc des endomorphismes du K-espace vectoriel à droite L. Soit vv un endomorphisme du K-espace vectoriel L dont la restriction à V coïncide avec hh; c’est un élément de E′′E''. Soit (xi)i∈I(x_i)_{i\in I} une base de V sur K ; d’après le th. 3 (VIII, p. 83), il existe un élément uu de E tel que u(xi)=v(xi)=h(xi)u(x_i) =v(x_i) =h(x_i) pour i∈Ii\in I. Par linéarité, on en déduit u(x)=h(x)u(x) =h(x) pour tout xx dans V.

Corollaire 0066

Soit L un corps. Soit Γ un sous-groupe du groupe des automorphismes du corps L et soit K le corps des invariants de Γ. Soit V un sous-K-espace vectoriel à droite de L, de dimension finie nn sur K. Il existe alors des éléments σ1,...,σn\sigma_1, . . . , \sigma_n de Γ possédant la propriété suivante : pour toute application K-linéaire uu de V dans L, il existe des éléments a1,...,ana_1, . . . , a_n de L tels qu’on ait u(x)=∑i=1naiσi(x)u(x) =\sum^n_{i=1}a_i\sigma_i(x) pour tout xx dans V.

Notons E l’ensemble des applications de L dans L de la forme x→Σσ∈Γaσσ(x)x\rightarrow \Sigma_{\sigma\in\Gamma}a_{\sigma}\sigma (x), où (aσ)σ∈Γ(a_{\sigma})_{\sigma\in\Gamma} est une famille à support fini d’éléments de L. On a γa∈E\boldsymbol{\gamma }_a\in E pour tout aa dans L et E est un sous-anneau de l’anneau des endomorphismes du groupe additif de L. De plus, le corps K se compose des éléments aa de L tels que u(xa)=u(x)au(xa) =u(x)a pour tout xx dans L et tout uu dans E.

Soit H le L-espace vectoriel à gauche HomK(V,L)_K(V,L); il est de dimension nn. D’après la prop. 9, il est engendré par les restrictions à V des éléments de Γ. Il existe nn éléments σ1,...,σn\sigma_1, . . . , \sigma_n de Γ dont les restrictions à V forment une base de H sur L. Le corollaire résulte de là.

Remarque 0067

Lorsque le corps L est commutatif, ce corollaire se réduit au théorème d’Artin (V, p. 63).

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.