§ 6. Équivalence de Morita des modules et des algèbres
Dans ce paragraphe, désigne un anneau commutatif.
1. Commutant et dualité
Soient A et B des -algèbres. Rappelons (III, p. 38) qu’on appelle bimodule sur les algèbres A et B un , B)-bimodule P pour lequel les deux structures de -module déduites des structures de module sur A et sur B coïncident. Pour éviter toute ambiguïté, nous dirons alors que P est un -bimodule. Soit P un -bimodule. On note le dual Hom du A-module à gauche sous-jacent à P. C’est un -bimodule (II, p. 35) ; pour , on a
On note également l’algèbre A considérée comme -bimodule (loc. cit.) et l’homomorphisme de -bimodules caractérisé par
pour et . On note le dual Hom du B-module à droite sous-jacent à P ; c’est un -bimodule. On note l’homomorphisme de -bimodules caractérisé par
pour et .
Supposons maintenant que l’application soit une bijection de B sur End; c’est alors un isomorphisme de B sur l’algèbre opposée de End. L’homomorphisme canonique de -modules de dans End (II, p. 77) définit alors un homomorphisme de -modules caractérisé par
pour et . Compte tenu de (1), cet homomorphisme est , B)-linéaire et l’on a
pour et . On déduit de (4) et (5) les égalités dans le -bimodule
pour , d’où
pour . De même, pour dans P et dans , on déduit de (4) et (5) les égalités suivantes dans le -bimodule
d’où
pour .
Pour tout élément de , notons l’application B-linéaire de P dans B. On définit ainsi une application de dans qui est , A)-linéaire et satisfait par définition à
pour et . Par définition de , on a donc
Supposons que l’application de A dans Endsoit bijective, c’est alors un isomorphisme d’algèbres. De manière analogue, on définit un homomorphisme de -bimodules caractérisé par la relation
pour et . On définit aussi un homomorphisme de -bimodules caractérisé par la formule
pour . On a
Proposition 1 006R
Supposons que les applications de B dans Endet de A dans Endsoient bijectives. Alors et sont des isomorphismes réciproques l’un de l’autre et l’on a les formules
Cité par 2
Cité par Remarque 2, Proposition 2
Pour et , on a, d’après les formules (4), (8), (10) et (11), (15) .
De même, pour et , on a
Vu les hypothèses faites, P est fidèle en tant que A-module et en tant que B-module. Des formules (15) et (16) respectivement, on déduit et . Les formules (13) et (14) découlent alors de (12) et (9) respectivement.
Remarque 1 006S
Supposons que l’application de B dans End soit bijective. Alors
a) Le B-module P s’identifie au contremodule de P ; il est donc fidèle et équilibré ;
b) Pour que l’application de A dans End soit bijective, il faut et il suffit que le A-module P soit fidèle et équilibré.
Cité par 2
Cité par Proposition 4, Corollaire 2
Remarque 2 006T
Sous les hypothèses de la prop. 1, le A-module P est équilibré ; comme les anneaux et ont même centre (VIII, p. 73), il existe un isomorphisme du centre Z(A) de l’anneau A sur le centre Z(B) de l’anneau B caractérisé par la relation pour . De plus, les endomorphismes du -bimodule P sont les homothéties où parcourt Z(A) ; les automorphismes du -bimodule P sont les homothéties où est inversible dans Z(A).
2. Modules générateurs et modules projectifs de type fini
Proposition 2 006U
Soient A et B des algèbres sur et soit P un -bimodule. On suppose que l’application de B dans Endest bijective. Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) Le A-module P est projectif de type fini ;
(ii) L’application Θ (VIII, p. 92) est un isomorphisme de -bimodules de sur ;
(iii) L’image de Θ contient l’élément unité de B.
Si de plus l’application de A dans Endest bijective, les assertions précédentes équivalent à la condition suivante :
(iv) Il existe un -bimodule Q et un homomorphisme surjectif de -bimodules de sur .
Par le corollaire de II, p. 77, l’assertion (i) implique (ii). De plus, (iii) résulte de (ii). Soit tel que . Soit un entier et soient et tels que . Pour tout appartenant à P, la relation s’écrit
Il en résulte que le A-module P est de type fini engendré par la famille et on conclut la preuve de l’implication (iii) (i) par la prop. 12 de II, p. 46.
De plus, on a évidemment (ii) (iv). Soient Q un -bimodule et un homomorphisme surjectif de -bimodules de sur . Avec les notations du numéro précédent, il existe un homomorphisme de -bimodules tel que pour , et l’on a . Comme est surjectif, il en est de même de . Si l’application de A dans End est bijective, Θ est surjective d’après la relation (14) de la prop. 1 de VIII, p. 93, d’où l’implication (iv) (iii).
Proposition 3 006V
Soient A et B des algèbres sur et P un -bimodule. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
Cite 3 · Cité par 2
Cite § 6. Équivalence de Morita des modules et des algèbres, VIII § 5. Commutation, Théorème 1, VIII § 5
Cité par Lemme 1, Proposition 4
(i) Le A-module P est générateur ;
(ii) L’image de l’application Λ de dans (VIII, p. 91) contient l’élément unité ;
(iii) Il existe un -bimodule Q et un homomorphisme surjectif de -bimodules de dans . Si de plus l’application de B dans Endest bijective, elles sont équivalentes à la condition suivante :
(iv) L’application Λ est un isomorphisme de sur .
(i) (ii) : l’image de Λ est l’idéal trace (VIII, p. 75). L’équivalence de (i) et (ii) résulte donc du théorème 1 de VIII, p. 76.
(ii) (iii) : il suffit de poser .
(iii) (ii) : soient Q un -bimodule et un homomorphisme de -bimodules de dans . Il existe un homomorphisme de -bimodules Ψ de Q dans tel que pour et , et l’on a l’égalité . Si est surjectif, il en est de même de Λ.
Il est clair que (iv) implique (ii). Inversement, supposons que la condition (ii) soit satisfaite et que l’application de B dans End soit bijective. Soit un élément de tel que . D’après la formule (7) de VIII, p. 92, on a pour tout dans , d’où l’injectivité de Λ.
Proposition 4 006W
Soient A et B des algèbres sur et P un -bimodule. On suppose que l’application de B dans Endest bijective.
Cite 4 · Cité par 2
Cite Théorème 2, VIII § 5, Remarque 1, Proposition 2, Proposition 3
Cité par Corollaire 1, Corollaire 2
a) Si le A-module P est générateur, le B-module à droite P est projectif de type fini.
b) Si le A-module P est projectif de type fini, le B-module à droite P est générateur.
Supposons le A-module P générateur. Il est alors fidèle et équilibré (VIII, p. 78, th. 2) et par suite l’application de A dans End est bijective (VIII, p. 93, remarque 1). De plus, l’application est bijective (VIII, p. 94, prop. 3). Considérons P comme un -bimodule. L’application Λ induit une application bijective ; par la prop. 2 de VIII, p. 94, (iv) (i), le B-module à droite P est projectif de type fini.
Supposons maintenant le A-module P projectif et de type fini. Alors l’application est bijective (loc. cit. (i) (ii)). D’après l’implication (iii) (i) de la prop. 3 ci-dessus appliquée au -bimodule P, le B-module à droite P est générateur.
Corollaire 1 006X
Le contremodule d’un module générateur est projectif de type fini. Le contremodule d’un module projectif de type fini est générateur.
Soit A une -algèbre et soit M un A-module. On note B la -algèbre opposée de l’algèbre End. Le corollaire résulte de la proposition 4 appliquée au -bimodule M.
Corollaire 2 006Y
Soient A et B des -algèbres et P un -bimodule. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) Le A-module P est générateur et l’application de B dans End est bijective.
(ii) Le B-module à droite P est projectif de type fini, fidèle et équilibré et l’application de A dans Endest bijective.
L’implication (i) (ii) résulte de la proposition 4 a) et de la remarque 1 (VIII, p. 93). Sous les hypothèses de (ii), le A-module P est générateur (prop. 4, b) appliquée au -bimodule P). Comme le B-module P est fidèle et équilibré, la seconde assertion de (i) est aussi vérifiée (VIII, p. 93, remarque 1).
3. Bimodules inversibles et équivalence de Morita
Définition 1 006Z
Soient A et B des -algèbres et P un -bimodule. On dit que P est inversible s’il existe un -bimodule Q tel que soit isomorphe à et à . Un tel bimodule Q s’appelle un inverse de P.
Cite 2
Soient A et B des -algèbres. Soit P un -bimodule inversible. Soit C une -algèbre et un -bimodule inversible. Soient Q et des bimodules inverses de P et respectivement. D’après l’associativité du produit tensoriel (II, p. 64, prop. 8) et la prop. 4 de II, p. 55, le -bimodule est un inverse du -bimodule , de sorte que est un -bimodule inversible.
Ainsi la relation
« A et B sont des -algèbres et il existe un -bimodule inversible »
est une relation d’équivalence.
Définition 2 0070
On dit que des -algèbres A et B sont équivalentes au sens de Morita s’il existe un -bimodule inversible. On dit que des anneaux A et B sont équivalents au sens de Morita si les -algèbres A et B sont équivalentes au sens de Morita.
Cité par 1
Cité par Proposition 16, AC II § 3
Deux -algèbres isomorphes sont équivalentes au sens de Morita. Si deux -algèbres sont équivalentes au sens de Morita, leurs algèbres opposées sont équivalentes au sens de Morita.
Soient P un -bimodule inversible et Q un inverse de P. Alors Q est un -bimodule inversible et admet P comme inverse. De plus, vu comme -bimodule, P est inversible et admet pour inverse le -bimodule Q.
Lemme 1 0071
Soient et des -algèbres, un -bimodule inversible, et des -modules et une application -linéaire. Si l’application est nulle (resp. bijective), il en est de même de .
Cite 3 · Cité par 2
Cite Proposition 2, Proposition 3, Théorème 2, VIII § 5
Cité par Corollary 2, VIII § 6, Théorème 2 (Morita)
Soient un bimodule inverse de et un isomorphisme de -bimodules. Le lemme résulte de la commutativité du diagramme
Théorème 1 0072
Soient et des -algèbres et un -bimodule. Notons le -bimodule . Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) Le -bimodule est inversible;
(ii) Le -module est projectif, de type fini et générateur, et l’application de dans est un isomorphisme de -algèbres;
(iii) Le -module à droite est projectif, de type fini et générateur et l’application de dans est un isomorphisme de -algèbres.
Si ces conditions sont vérifiées, les homomorphismes
sont des isomorphismes de sorte que le -bimodule est un inverse de .
Si la condition (ii) est vérifiée, est un -bimodule inversible d’inverse (VIII, p. 94, prop. 2 et p. 94, prop. 3). Cela démontre que (ii) implique (i) et la dernière assertion.
Supposons le -bimodule inversible. Alors le -module est générateur (VIII, p. 94, prop. 3, (iii) (i)). Il est donc fidèle et équilibré (VIII, p. 78, th. 2) et, par suite, l’application de dans est bijective.
Prouvons ensuite que l’application de dans est bijective. Soit un -bimodule inverse de . Soit ; alors est un endomorphisme du -module à gauche . Comme le -bimodule est isomorphe à , il existe un unique élément de tel que soit l’homothétie de rapport du -module à droite . Par suite, on a . D’où d’après le lemme 1 ; cela prouve que l’application de dans est bijective.
D’après la prop. 2 de VIII, p. 94, le -module est alors projectif de type fini. On a donc prouvé l’équivalence de (i) et (ii).
En échangeant les rôles de A et B, on obtient l’équivalence de (i) et (iii), ce qui achève la preuve de la proposition.
Corollaire 1 0073
Soient A et B des -algèbres équivalentes au sens de Morita et soit P un -bimodule inversible. Il existe un isomorphisme du centre Z(A) de A sur le centre de B caractérisé par la relation pour tout . Les automorphismes du -bimodule P sont les homothéties où est un élément inversible de Z(A).
Compte tenu du th. 1, cela résulte de la remarque 2 de VIII, p. 93.
Corollaire 2 0074
Soient A et B des -algèbres équivalentes au sens de Morita et soit P un -bimodule inversible. Tout -bimodule inverse de P est isomorphe au dual = Homde P. Plus précisément, soit Q un -bimodule inverse de P et soit un isomorphisme de -bimodules, il existe une unique application caractérisée par la relation pour et , et est un isomorphisme de -bimodules.
L’existence et l’unicité de l’application sont claires. C’est un homomorphisme de -bimodules et l’on a. Comme et Λ sont des isomorphismes de -bimodules (VIII, p. 97, th. 1), il en est de même de . D’après le lemme 1 (VIII, p. 97), l’application est bijective.
Remarque 0075
Sous les hypothèses du corollaire, soit un élément de Q tel qu’on ait pour tout . On a alors , c’est-à-dire . De même, si est un élément de P tel qu’on ait pour tout , alors .
Exemple 1 0076
Soient B une -algèbre, un entier et A la -algèbre . Le B-module à droite est projectif, de type fini et générateur, et A s’identifie à l’algèbre des endomorphismes de P (II, p. 150). D’après le théorème 1, le -bimodule P est inversible. Les algèbres B et sont donc équivalentes au sens de Morita.
Cite 1 · Cité par 3
Cite II § 10. Matrices
Cité par Remarque 4, VIII § 14, Proposition 2, VIII § 14, Corollaire 2, VIII § 7
Exemple 2 00SH
Soient A une -algèbre commutative et P un A-module. Considérons P
comme un -bimodule dont les deux lois d’action sont égales. Si le -bimodule P est inversible, le A-module P est de type fini (th. 1). Compte tenu du th. 3 de AC, II, p. 143, les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) Le -bimodule P est inversible ;
(ii) Il existe un A-module Q tel que soit isomorphe à A ;
(iii) Le A-module P est projectif, de type fini et de rang
4. Correspondance de Morita des modules
Dans ce numéro, les lettres A et B désignent des -algèbres équivalentes au sens de Morita et P un -bimodule inversible. Choisissons un -bimodule Q inverse de P et des isomorphismes
et .
Pour tout B-module à gauche V, nous noterons l’isomorphisme de B-modules . De même, pour tout A-module à gauche M, nous noterons l’isomorphisme de A-modules .
Théorème 2 (Morita) 00S2
a) Soient V et W des B-modules à gauche. L’application est une bijection de Homsur Hom. La bijection réciproque associe à tout élément de Homl’élément de Hom.
Cite 1 · Cité par 3
Cite Lemme 1
Cité par Corollaire 2, VIII § 12, Proposition 2, VIII § 14, § 6. Équivalence de Morita des modules et des algèbres
b) Pour tout A-module à gauche M l’application est un isomorphisme. En particulier, tout A-module à gauche est isomorphe à un module de la forme , où V est un B-module à gauche.
Soient V et W des B-modules à gauche. D’après le lemme 1 de VIII, p. 97, l’application de Hom dans Hom est injective. En échangeant les rôles de P et Q (et de A et B), on voit que l’application de Hom dans Hom est aussi injective. Or le composé est l’application . Elle est bijective, donc il en de même de . Par suite, est bijective et son application réciproque est l’application .
L’assertion b) a déjà été vue.
Soient V un B-module à gauche et W un sous-module de V. Puisque le B-module P est projectif (VIII, p. 97, th. 1), l’application canonique de dans est injective. Nous identifierons à son image dans par cette application. On adopte des conventions analogues lorsque P et B sont remplacés par Q et A.
Proposition 5 0077
Soit V un B-module à gauche. L’application est un isomorphisme de l’ensemble, ordonné par inclusion, des sous-B-modules de V sur l’ensemble, ordonné par inclusion, des sous-A-modules de . L’isomorphisme réciproque associe à un sous-A-module N de l’image par du sous-B-module de .
Cité par 1
Cité par Exemple 1
Désignons par l’ensemble des sous-B-modules de V, ordonné par inclusion, et définissons de même les ensembles et . Notons l’application et l’application de dans donnée par . Ces applications sont croissantes, et l’application composée est l’application (W), qui est bijective. Par suite est injective et surjective. En remplaçant B par A et V par , on voit que est aussi injective. Donc et sont bijectives et l’application réciproque de est bien celle décrite dans l’énoncé.
Exemple 1 0078
Appliquons la proposition 5 de VIII, p. 99 au cas particulier .
a) L’application PJ est un isomorphisme de l’ensemble ordonné des idéaux à gauche de B sur l’ensemble ordonné D(P) des sous-A-modules de P. L’application réciproque associe à un sous-A-module M de P l’idéal à gauche J(M) de B formé des éléments de B tels que M contienne .
b) L’application KP est un isomorphisme de l’ensemble ordonné des idéaux à droite de A sur l’ensemble ordonné D(P) des sous-B-modules de P. L’application réciproque associe à un sous-B-module V de P l’idéal à gauche K(V) de A formé des éléments de A tels que V contienne .
En effet, le A-module s’identifie canoniquement à P. Si J est un idéal à gauche de B, l’image canonique de dans correspond à PJ par cette identification. Par suite l’application PJ est un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur D(P). Soit . Notons l’ensemble des éléments de B tels que PJ contienne . C’est un idéal à gauche de B qui contient J, et on a PJ PJ. Comme l’application PJ est un isomorphisme d’ensembles ordonnés, on a forcément PJ PJ et . Cela prouve a).
L’assertion b) résulte de l’assertion a) appliquée au -bimodule inversible P.
Notons que l’anneau A est un corps si et seulement si le B-module P est simple.
Exemple 2 0079
Notons et les ensembles ordonnés formés des idéaux bilatères de A, des idéaux bilatères de B, et des sous-(A)-bimodules de P respectivement.
a) L’application est un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur ; l’isomorphisme réciproque associe à un sous-(A)-bimodule de P l’idéal bilatère de B formé des éléments tels que .
b) L’application est un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur ; l’isomorphisme réciproque associe à un sous-(A)-bimodule de P l’idéal bilatère de A formé des éléments tels que .
En effet, soient J un idéal à gauche de B et PJ. Alors est un sous-A-module de P et, par l’exemple 1, J se compose des éléments de B tels que De plus est un sous-(A)-bimodule de P si et seulement si J est un idéal bilatère de B. Ainsi a) résulte de loc. cit.
L’assertion b) résulte de a) appliquée au -bimodule inversible P.
Proposition 6 007A
Notons les ensembles ordonnés formés des idéaux bilatères de A et des idéaux bilatères de B.
Cite 2 · Cité par 4
Cite Corollary 1, VIII § 6, Exemple 2
Cité par Remarque 3, VIII § 14, Exercice 4, § 6, Exemple 4, Exemple 3
a) Il existe un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur caractérisé par la propriété suivante : si est un idéal bilatère de A et un idéal bilatère de B, la relation équivaut à .
b) Supposons l’anneau A commutatif, de sorte que A s’identifie au centre de B (VIII, p. 98, cor. 1). L’isomorphisme associe à un idéal de A l’idéal bilatère de B, et l’on a .
L’assertion a) résulte de l’exemple 2.
Supposons enfin A commutatif, et identifions A au centre de B. Soit un idéal de A. Alors est un idéal bilatère de B ; on a PB, d’où . Soit l’idéal de A ; il est contenu dans et contient , donc est égal à . Comme est bijectif, on en déduit .
Exemple 3 007B
Soit V un B-module à gauche. Alors la correspondance précédente envoie l’annulateur du B-module V sur l’annulateur du A-module . En effet, notons l’annulateur du A-module et celui du B-module V. Soit W le -sous-bimodule de P formé des éléments tels que pour tout de V. On a l’inclusion ; inversement, pour tout et , on a que appartient à . Donc l’élément de correspond à l’élément W de D(P). De même, correspond à W.
Cité par 1
Cité par Proposition 12
Exemple 4 007C
Pour tout idéal bilatère de A, notons le sous-ensemble de formé des matrices à éléments dans . C’est un idéal bilatère de . On a . Il résulte de la prop. 6 que tout idéal bilatère de est de la forme , où est un idéal bilatère de A.
Cite 1
Cite Proposition 6
Remarque 007D
Conservons les hypothèses et notations précédentes et supposons que le -bimodule Q soit le dual du A-module P et que les isomorphismes et soient les applications canoniques et (VIII, p. 97, th. 1). Comme le A-module P est projectif de type fini, on dispose, pour tout A-module M, d’un isomorphisme canonique Hom (II, p. 77, cor.). Nous laissons au lecteur le soin de traduire les résultats du présent numéro en remplaçant la construction par la construction Hom.
5. Ensembles ordonnés de sous-modules
Dans ce numéro, on note A et B des -algèbres, M un A-module à gauche, V un B-module à gauche. On note D(M) (resp. D(V)) l’ensemble ordonné par inclusion des sous-modules de M (resp. de V). On suppose donné un isomorphisme d’ensembles ordonnés .
D’après le théorème de Morita (VIII, p. 99, th. 2), on obtient un tel isomorphisme dans la situation suivante : P est un -bimodule inversible, M est le A-module et pour tout sous-module W de est l’image canonique de dans M.
Un certain nombre de propriétés du module M, ou de ses sous-modules, s’expriment en termes de l’ensemble ordonné D(M) : elles sont présentées dans les tables I et II.
Table I
Sous-modules de Ensemble ordonné D(M)
Sous-module nul Plus petit élément de D(M)
Sous-module M Plus grand élément de D(M)
Borne inférieure inf
Borne supérieure sup
Sous-modules supplémentaires inf(M) , sup(M)
Sous-module simple de M Élément minimal de D(M)
Sous-module maximal de M Élément maximal de D(M)
Socle de M Borne supérieure dans D(M) de l’ensemble
des éléments minimaux de D(M)
Radical de M (VIII, p. 147) Borne inférieure dans D(M) de l’ensemble
des éléments maximaux de D(M)
Table II
Propriétés du module M Propriétés de
M est noethérien L’ensemble ordonné D(M) est noethérien (E, III,
p. 51)
M est artinien L’ensemble D(M), ordonné par , est noethérien
M est indécomposable On a et il n’existe pas deux éléments et
de D(M), distincts de 0, vérifiant
inf(M) , sup(M) .
M est de type fini Pour toute famille dans D(M) de borne
supérieure M, il existe une partie finie J de I telle
que M = sup
M est simple Card(D(M)) = 2
M est semi-simple M est la borne supérieure, dans D(M), de l’ensemble des éléments minimaux de D(M)
Le module M est somme directe d’une famille de sous-modules si et seulement si l’on a et pour tout . Cette remarque et l’examen de la table I donnent le résultat suivant.
Proposition 7 007E
a) On a et .
b) Soit une famille de sous-modules de V. On a
c) Le B-module V est somme directe de la famille de sous-modules si et seulement si M est somme directe de la famille .
Soient et des sous-modules de V tels que soit contenu dans ; posons et , de sorte que contient . Notons l’intervalle de D(V) formé des sous-modules W de V tels que l’on ait , et définissons de même l’intervalle de D(M). L’application est un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur ; on définit de même un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur . Comme applique l’intervalle sur , il définit un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur . On déduit de cela et des tables I et II la proposition suivante :
Proposition 8 007F
a) Soient et des sous-modules de V tels que contienne . Le B-module est simple si et seulement si le A-module est simple.
b) Si est un sous-module simple (resp. maximal, resp. facteur direct) de V, alors est un sous-module simple (resp. maximal, resp. facteur direct) de M.
c) transforme le socle de V en le socle de et le radical (VIII,
p. 147, définition 1de V en le radical de M
d) Soit une suite finie de sous-modules de V. C’est une suite de Jordan-Hölder de V si et seulement si est une suite de Jordan-Hölder de M.
Lemme 2 007G
Soient H et des sous-modules de V tels que . Pour que les B-modules H et soient isomorphes, il faut et il suffit que les A-modules et soient isomorphes.
Identifions au produit . Le graphe d’un isomorphisme de H sur est un sous-module de V satisfaisant à
inversement, tout sous-module possédant ces propriétés est le graphe d’un isomorphisme de H sur . D’après la proposition 7, la relation équivaut à et les relations (17) aux relations
le lemme en résulte.
Proposition 9 00R6
Soient S un sous-module simple de V et T le sous-module simple de M. Si désigne le composant isotypique de type S dans V et le composant isotypique de type T dans M, on a .
Cite 1 · Cité par 2
Cite Lemme 2
Cité par AC IV § 2. Décomposition primaire, Proposition 5 (Krull-Akizuki), AC VII § 2
Tout sous-module simple de V, distinct de S, satisfait à . Il est donc isomorphe à S si et seulement si est isomorphe à T (lemme 2). Or est somme des sous-modules simples de V isomorphes à S et est somme des sous-modules simples de M isomorphes à T. La prop. 9 résulte aussitôt des prop. 7 et 8.
Proposition 10 007H
a) Pour que le B-module V soit artinien, ou noethérien, ou indécomposable, ou simple, ou de type fini, il faut et il suffit qu’il en soit ainsi de M.
Cite 2 · Cité par 2
Cite Proposition 8, § 6. Équivalence de Morita des modules et des algèbres
Cité par Corollaire 1, VIII § 12, Exemple 3
b) Pour que le B-module V soit de longueur finie, il faut et il suffit que le A-module M soit de longueur finie, et l’on a alors long long.
c) Pour que le B-module V soit semi-simple (resp. isotypique), il faut et il suffit que le A-module M soit semi-simple (resp. isotypique). S’il en est ainsi, on a .
L’assertion a) résulte de l’inspection de la table II. L’assertion b) résulte de la prop. 8, d) (VIII, p. 104). Le module V est semi-simple si et seulement s’il est égal à son socle ; il est isotypique si et seulement s’il existe un sous-module simple S de V tel que . L’assertion c) résulte donc des prop. 7 c), 8 c) et 9 (VIII, p. 103 et 104).
6. Autres propriétés préservées par la correspondance de Morita
Soient A et B des -algèbres équivalentes au sens de Morita et P un -bimodule inversible.
Proposition 11 007I
Soit
Supposons la suite exacte. Comme le B-module à droite P est projectif, la suite est exacte (II, p. 58, prop. 5 et p. 63, cor. 6). Réciproquement, supposons la suite exacte. Soient Q un -bimodule inverse de P, et un isomorphisme. Considérons le diagramme commutatif
Puisque Q est un A-module projectif et que la suite est exacte, la première ligne de ce diagramme est une suite exacte; comme les flèches verticales sont des isomorphismes, la seconde ligne est également exacte.
Corollaire 007J
Soit une application B-linéaire. Pour que soit injective* (resp. surjective), *il faut et il suffit que le soit.
Proposition 12 007K
Soit V un B-module à gauche. Pour que le B-module V soit projectif (resp. générateur, resp. fidèle, resp. injectif, resp. de présentation finie), il faut et il suffit que le A-module le soit.
a) Supposons V projectif. Il existe un ensemble I tel que V soit isomorphe à un sous-module facteur direct de . Le A-module est alors isomorphe à un sous-module facteur direct de ; comme P est un A-module projectif, il en est de même de .
b) Supposons que le B-module V soit générateur. Soit M un A-module. Il existe un B-module W tel que M soit isomorphe à . Par le th. 1 de VIII, p. 76, il existe un ensemble I et une surjection . Par le corollaire, l’application de dans est surjective, ce qui fournit une surjection de . Par le th. 1 de VIII, p. 76, est un A-module générateur.
c) Le B-module V est fidèle si et seulement si son annulateur est réduit à 0. L’assertion c) résulte donc de l’exemple 3 de VIII, p. 101.
d) Supposons V injectif. D’après la remarque de VIII, p. 101 le A-module est isomorphe à Hom, où Q est un -bimodule inverse de A. Comme le A-module Q est projectif, donc plat (X, p. 9, exemple 1), le A-module Hom est injectif en vertu de X, p. 18, prop. 11.
e) Supposons que V admette une présentation finie (X, p. 10). Par produit tensoriel avec P on en déduit une suite exacte de A-modules , où et sont projectifs de type fini (prop. 11 et a)). Soit un A-module de type fini tel que le module soit libre de type fini, et soit l’homomorphisme ; alors s’identifie au conoyau de . Soit un A-module libre de type fini et un homomorphisme surjectif ; la suite est une présentation finie du A-module
f) Supposons le A-module projectif (resp. générateur, resp. fidèle, resp.
injectif, resp. de présentation finie. En appliquant ce qui précède (en échangeant les rôles de A et B, P et Q), on voit que le B-module possède aussi cette propriété. Il en est donc de même du B-module V, qui lui est isomorphe.
Corollaire 007L
Pour que l’anneau A soit artinien à gauche (resp. noethérien à gauche) il faut et il suffit que l’anneau B le soit.
Compte tenu de l’isomorphisme entre l’ensemble ordonné des idéaux à gauche de B et l’ensemble des sous-A-modules de P, pour que l’anneau B soit artinien à gauche (resp. noethérien à gauche), il faut et il suffit que le A-module P soit artinien (resp. noethérien). Mais par le th. 1 de VIII, p. 97, le A-module P est générateur et de type fini ; en particulier, est isomorphe à un facteur direct de , pour un entier . Par suite P est artinien (resp. noethérien) si et seulement si A est artinien à gauche (resp. noethérien à gauche).
7. Équivalence de Morita des algèbres
Proposition 13 007M
a) Si deux -algèbres sont équivalentes au sens de Morita, leurs centres sont des -algèbres isomorphes.
Cite 2 · Cité par 3
Cite Corollary 1, VIII § 6, § 6. Équivalence de Morita des modules et des algèbres
Cité par VIII § 15. Groupes de Brauer, Proposition 1, VIII § 15, Corollaire 2, VIII § 7
b) Pour que deux -algèbres commutatives soient équivalentes au sens de Morita, il faut et il suffit qu’elles soient isomorphes.
c) Pour que deux -algèbres qui sont des corps soient équivalentes au sens de Morita, il faut et il suffit qu’elles soient isomorphes.
d) Pour , soient et des -algèbres équivalentes au sens de Morita, et un -bimodule inversible. Posons et . Les -algèbres A et B sont équivalentes au sens de Morita et P est un -bimodule inversible.
e) Si A et B sont des -algèbres équivalentes au sens de Morita et si est une -algèbre commutative, alors les -algèbres et sont équivalentes au sens de Morita.
L’assertion a) résulte du cor. 1 de VIII, p. 98 et b) en découle.
Soient K et L des -algèbres qui sont des corps et soit P un -bimodule inversible. Le L-espace vectoriel à droite P est un module simple (VIII, p. 100), donc de dimension 1, de sorte que les -algèbres End et L sont isomorphes. D’après VIII, p. 97, th. 1, l’application de K dans End est un isomorphisme. Donc les corps K et L sont isomorphes au-dessus de , d’où c).
Sous les hypothèses de d), soient un -bimodule inverse de ; notons Q le -bimodule . Considérons l’isomorphisme -linéaire canonique ; il définit par passage aux quotients un isomorphisme
qui est , A)-linéaire. Comme le )-bimodule est isomorphe à , on obtient un isomorphisme , A)-linéaire . On obtient de même un isomorphisme , B)-linéaire , ce qui achève de prouver d).
Sous les hypothèses de e), soit P un -bimodule inversible, alors est un -bimodule inversible.
Soit A une -algèbre et soit un idempotent de A. L’ensemble , muni de l’addition, de la multiplication et de l’action de induites par celles de A, est une -algèbre, d’élément unité .
Proposition 14 007N
Soient A et B des -algèbres. Pour que A et B soient équivalentes au sens de Morita, il faut et il suffit qu’il existe un entier et une matrice carrée dans satisfaisant aux conditions suivantes :
Cité par 1
Cité par Exemple 1
(i) On a ;
(ii) L’idéal bilatère de B engendré par les éléments est égal à B ;
(iii) La -algèbre A est isomorphe à .
Si les conditions (i) et (ii) sont satisfaites, le -bimodule est inversible.
Compte tenu du th. 1 (VIII, p. 97), la -algèbre A est équivalente à B au sens de Morita si et seulement si elle est isomorphe à l’algèbre des endomorphismes d’un B-module à droite projectif, de type fini et générateur. La proposition résulte donc des deux lemmes suivants.
Lemme 3 007O
Pour qu’un B-module à droite P soit projectif, de type fini et générateur, il faut et il suffit qu’il existe un entier et un idempotent dans satisfaisant aux propriétés suivantes :
Cite 2
(i) Le B-module P est isomorphe à ;
(ii) L’idéal bilatère de B engendré par les éléments est égal à B.
Soit P un B-module à droite. Pour que P soit projectif et de type fini, il faut et il suffit qu’il soit isomorphe à un sous-module facteur direct d’un B-module de la forme où est un entier (II, p. 40, cor. 1). Si l’on identifie les -algèbres et End(B), cela signifie qu’il existe un idempotent de tel que P soit isomorphe à .
Le B-module P est générateur si et seulement si son idéal trace est égal à B, c’est-à-dire (VIII, p. 76, th. 1). Soient les éléments de correspondant aux colonnes de la matrice , et soit (pour ) la forme linéaire sur . La famille engendre le B-module et la famille engendre son dual. Or on a , donc est l’idéal bilatère de B engendré par les . Cela prouve le lemme 3.
Lemme 4 007P
Soient V un B-module et E la -algèbre des endomorphismes de V. Soit un projecteur de V et P l’image de . L’application qui à associe l’endomorphisme du B-module P est un isomorphisme de -algèbres de sur End.
Cité par 2
Cité par Exemple 1, Exercice 5, § 7
Notons End l’application décrite dans l’énoncé ; c’est un homomorphisme de -algèbres. Soit End. Notons l’endomorphisme de V défini par pour . On a pour , c’est-à-dire . Par suite, est surjective. Soit un élément du noyau de ; les restrictions de au noyau et à l’image de sont nulles, donc est nul, ce qui prouve que est injective.
Exemple 1 007Q
Soient A une -algèbre et un idempotent de A tel que . La -algèbre s’identifie à la -algèbre des endomorphismes du sous-module de (lemme 4). Comme , il résulte de la prop. 14 que est un -bimodule inversible, donc que les -algèbres et A sont équivalentes au sens de Morita. De plus, le théorème de Morita (VIII, p. 99) entraîne les résultats suivants :
a) Soient M et N des A-modules à gauche. Toute application -linéaire de dans se prolonge de manière unique en une application A-linéaire de M dans N.
b) Tout module à gauche sur la -algèbre est isomorphe à un module de la forme , où M est un A-module à gauche.
Exemple 2 007R
Soit A une -algèbre et un entier. Identifions l’algèbre de matrices à l’algèbre des endomorphismes du A-module à droite . On a vu que A et sont équivalentes au sens de Morita. Pour tout A-module à gauche M, identifions à . L’algèbre opère alors à gauche sur , et l’on a
pour dans et dans . Le théorème de Morita entraîne les résultats suivants :
a) Tout module à gauche sur l’algèbre est isomorphe à un module de la forme , où M est un A-module à gauche.
b) Soit M un A-module à gauche. L’application est une bijection de l’ensemble des sous-A-modules de M sur l’ensemble des sous-(A)-modules de .
c) Soient M et N des A-modules à gauche. Pour toute application A-linéaire , soit l’application de dans . Alors l’application est une bijection de Hom sur Hom.
d) Soit M un A-module à gauche. Pour que le module sur l’anneau soit indécomposable, ou semi-simple, ou simple, ou artinien, ou noethérien, ou de type fini, il faut et il suffit qu’il en soit ainsi du A-module M.
Cité par 4
Cité par Proposition 3, VIII § 15, Exercice 5, § 7, Exercice 10, § 9, Exercice 28, § 9
Exemple 3 007S
Soient A un anneau principal et L un A-module libre de type fini non nul. Soit B l’anneau des endomorphismes de L ; alors L est un -bimodule inversible et les anneaux A et B sont équivalents au sens de Morita. D’après le théorème de Morita, la prop. 10, a) (VIII, p. 104) et le théorème de structure des A-modules de type fini (VII, p. 19, th. 2), tout B-module de type fini est isomorphe à , où est un entier positif et les des idéaux de A vérifiant et ; l’entier et les idéaux sont déterminés de façon unique. D’après la proposition 6 de VIII, p. 101, tout idéal bilatère de B est de la forme où est un élément de A.
Cite 3
Exercices
See the exercises for § 6.