Bourbaki

§ 1. Structures et isomorphismes

Le but de ce chapitre est de décrire une fois pour toutes un certain nombre de constructions formatives et de démonstrations (cf. I, p. 17 et p. 22) qui interviennent très fréquemment en mathématique.

1. Échelons

Un schéma de construction d’échelon est une suite c1,c2,…,cmc_1, c_2, \ldots, c_m de couples d’entiers naturels1^1 ci=(ai,bi)c_i = (a_i, b_i) satisfaisant aux conditions suivantes:

a) Si bi=0b_i = 0, on a 1≤ai≤i−11 \leq a_i \leq i - 1.

b) Si ai≠0a_i \neq 0 et bi≠0b_i \neq 0, on a 1≤ai≤i−11 \leq a_i \leq i - 1 et 1≤bi≤i−11 \leq b_i \leq i - 1.

Ces conditions entraînent que c1=(0,b1)c_1 = (0, b_1) avec b1>0b_1 > 0. Si nn est le plus grand des entiers bib_i figurant dans les couples (0,bi)(0, b_i), on dit que c1,c2,…,cmc_1, c_2, \ldots, c_m est un schéma de construction d’échelon sur nn termes.

Étant donnés un schéma S=(c1,c2,…,cm)S = (c_1, c_2, \ldots, c_m) de construction d’échelon sur nn termes, et nn termes E1,…,EnE_1, \ldots, E_n d’une théorie T\mathscr{T} plus forte que la théorie des ensembles, on appelle construction d’échelon, de schéma SS, sur E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, une suite A1,A2,…,AmA_1, A_2, \ldots, A_m de mm termes de T\mathscr{T} définis de proche en proche par les conditions suivantes:

a) Si ci=(0,bi)c_i = (0, b_i), AiA_i est le terme EbiE_{b_i}.

b) Si ci=(ai,0)c_i = (a_i, 0), AiA_i est le terme B(Aai)\mathfrak{B}(A_{a_i}).

c) Si ci=(ai,bi)c_i = (a_i, b_i) avec ai≠0a_i \neq 0 et bi≠0b_i \neq 0, AiA_i est le terme Aai×AbiA_{a_i} \times A_{b_i}.

1 Nous utilisons la notion d’« entier » de la même façon qu’au chap. I, c’est-à-dire au sens métamathématique de repères rangés dans un certain ordre; cet emploi n’a rien de commun avec la théorie mathématique des entiers, développée au chap. III.

Nous dirons que le dernier terme AmA_m de la construction d'échelon de schéma S sur E1,…,EnE_1, \ldots, E_n est l'échelon de schéma S sur les ensembles de base E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, et nous le désignerons, dans les raisonnements généraux qui vont suivre, par la notation S(E1,…,En)S(E_1, \ldots, E_n).

Exemple 03V4

Étant donnés deux ensembles E, F, l'ensemble P(P(E))×P(F)\mathfrak{P}(\mathfrak{P}(E)) \times \mathfrak{P}(F) est un échelon sur E, F, de schéma

(0,1),(0,2),(1,0),(3,0),(2,0),(4,5). (0, 1), \quad (0, 2), \quad (1, 0), \quad (3, 0), \quad (2, 0), \quad (4, 5).
C'est aussi l'échelon sur E, F, de schéma
(0,2),(0,1),(1,0),(2,0),(4,0),(5,3). (0, 2), \quad (0, 1), \quad (1, 0), \quad (2, 0), \quad (4, 0), \quad (5, 3).
Plusieurs schémas distincts peuvent donc donner le même échelon sur les mêmes termes.

2. Extensions canoniques d'applications

Soit S=(c1,c2,…,cm)S = (c_1, c_2, \ldots, c_m) un schéma de construction d'échelon sur n termes. Soient E1,…,En,E1′,…,En′E_1, \ldots, E_n, E'_1, \ldots, E'_n des ensembles (termes de T\mathscr{T}) et soient f1,…,fnf_1, \ldots, f_n des termes de T\mathscr{T} tels que les relations

« fif_i est une application de EiE_i dans Ei′E'_i »

soient des théorèmes de T\mathscr{T} pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Soit A1,…,AmA_1, \ldots, A_m (resp. A1′,…,Am′A'_1, \ldots, A'_m) la construction d'échelon de schéma S sur E1,…,EnE_1, \ldots, E_n (resp. E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n). On définit de proche en proche une suite de m termes g1,…,gmg_1, \ldots, g_m telle que gig_i soit une application de AiA_i dans Ai′A'_i (pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m), par les conditions suivantes:

a) Si ci=(0,bi)c_i = (0, b_i), de sorte que Ai=Ebi,Ai′=Ebi′A_i = E_{b_i}, A'_i = E'_{b_i}, gig_i est l'application fbif_{b_i}.

b) Si ci=(ai,0)c_i = (a_i, 0), de sorte que Ai=P(Aai),Ai′=P(Aai′)A_i = \mathfrak{P}(A_{a_i}), A'_i = \mathfrak{P}(A'_{a_i}), gig_i est l'extension canonique g^ai\hat{g}_{a_i} de gaig_{a_i} aux ensembles de parties (II, p. 30).

c) Si ci=(ai,bi)c_i = (a_i, b_i) avec ai≠0a_i \neq 0 et bi≠0b_i \neq 0, de sorte que Ai=Aai×AbiA_i = A_{a_i} \times A_{b_i} et Ai′=Aai′×Abi′A'_i = A'_{a_i} \times A'_{b_i}, gig_i est l'extension canonique gai×gbig_{a_i} \times g_{b_i} de gaig_{a_i} et gbig_{b_i} à Aai×AbiA_{a_i} \times A_{b_i} (II, p. 21).

Nous dirons que le dernier terme gmg_m de cette suite est l'extension canonique, de schéma S, des applications f1,…,fnf_1, \ldots, f_n, et nous le désignerons par la notation ⟨f1,…,fn⟩S\langle f_1, \ldots, f_n \rangle^S.

On vérifie de proche en proche les critères suivants:

CST1. Si fif_i est une application de EiE_i dans Ei′E'_i, fi′f'_i une application de Ei′E'_i dans Ei′′E''_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), on a, pour tout schéma de construction d'échelon S sur n termes

⟨f1′∘f1,f2′∘f2,…,fn′∘fn⟩S=⟨f1′,f2′,…,fn′⟩S∘⟨f1,f2,…,fn⟩S. \langle f'_1 \circ f_1, f'_2 \circ f_2, \ldots, f'_n \circ f_n \rangle^S = \langle f'_1, f'_2, \ldots, f'_n \rangle^S \circ \langle f_1, f_2, \ldots, f_n \rangle^S.

CST2. Si fif_i est injective (resp. surjective) pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, ⟨f1,…,fn⟩S\langle f_1, \ldots, f_n \rangle^S est injective (resp. surjective).

Ce dernier critère résulte des propriétés correspondantes de l'extension g^\hat{g} (II, p. 30, prop. 1) et de l'extension g×hg \times h (II, p. 21).

CST3. Si fif_i est une bijection de EiE_i sur Ei′E'_i, et fi−1f_i^{-1} la bijection réciproque,1^1 alors ⟨f1,…,fn⟩S\langle f_1, \ldots, f_n \rangle^S est une bijection, et ⟨f1−1,…,fn−1⟩S\langle f_1^{-1}, \ldots, f_n^{-1} \rangle^S la bijection réciproque; autrement dit, on a

(⟨f1,…,fn⟩S)−1=⟨f1−1,…,fn−1⟩S. (\langle f_1, \ldots, f_n \rangle^S)^{-1} = \langle f_1^{-1}, \ldots, f_n^{-1} \rangle^S.
Cela résulte aussitôt de CST1 et CST2.

3. Relations transportables

Soient T\mathscr{T} une théorie plus forte que la théorie des ensembles, x1,…,xn,s1,…,spx_1, \ldots, x_n, s_1, \ldots, s_p des lettres distinctes entre elles et distinctes des constantes de T\mathscr{T}, A1,…,AmA_1, \ldots, A_m des termes de T\mathscr{T} où ne figurent aucune des lettres xix_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) et sjs_j (1≤j≤p1 \leq j \leq p). Soient S1,…,SpS_1, \ldots, S_p des schémas de construction d’échelon sur n+mn + m termes: nous dirons que la relation T{x1,…,xn,s1,…,sp}T \{ x_1, \ldots, x_n, s_1, \ldots, s_p \}:

« s1∈S1(x1,…,xn,A1,…,Am) et s2∈S2(x1,…,xn,A1,…,Am) \text{« } s_1 \in S_1(x_1, \ldots, x_n, A_1, \ldots, A_m) \text{ et } s_2 \in S_2(x_1, \ldots, x_n, A_1, \ldots, A_m)
et ... et sp∈Sp(x1,…,xn,A1,…,Am) »s_p \in S_p(x_1, \ldots, x_n, A_1, \ldots, A_m) \text{ »} est une typification des lettres s1,…,sps_1, \ldots, s_p.

Soit R{x1,…,xn,s1,…,sp}R \{ x_1, \ldots, x_n, s_1, \ldots, s_p \} une relation de T\mathscr{T}, contenant certaines des lettres xi,sjx_i, s_j (et éventuellement d’autres lettres). Dire que RR est transportable (dans T\mathscr{T}) pour la typification TT, les xix_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) étant considérés comme ensembles de base principaux et les AhA_h (1≤h≤m1 \leq h \leq m) comme ensembles de base auxiliaires, c’est dire que la condition suivante est satisfaite:

Soient y1,…,yn,f1,…,fny_1, \ldots, y_n, f_1, \ldots, f_n des lettres distinctes entre elles, distinctes des xix_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), des sjs_j (1≤j≤p1 \leq j \leq p), des constantes de T\mathscr{T} et de toutes les lettres figurant dans RR ou dans les AhA_h (1≤h≤m1 \leq h \leq m). Soit d’autre part Idh\mathrm{Id}_h (1≤h≤m1 \leq h \leq m) l’application identique de AhA_h sur lui-même. Alors, la relation (1) « T{x1,…,xn,s1,…,sp}T \{ x_1, \ldots, x_n, s_1, \ldots, s_p \} et (f1f_1 est une bijection de x1x_1 sur y1y_1) et ... et (fnf_n est une bijection de xnx_n sur yny_n) » entraîne, dans T\mathscr{T}, la relation (2) R{x1,…,xn,s1,…,sp}⇔R{y1,…,yn,s1′,…,sp′}R \{ x_1, \ldots, x_n, s_1, \ldots, s_p \} \Leftrightarrow R \{ y_1, \ldots, y_n, s'_1, \ldots, s'_p \} où on a posé (3) sj′=⟨f1,…,fn,Id1,…,Idm⟩Sj(sj)(1≤j≤p)s'_j = \langle f_1, \ldots, f_n, \mathrm{Id}_1, \ldots, \mathrm{Id}_m \rangle^{S_j}(s_j) \quad (1 \leq j \leq p). On a une définition analogue, mais plus simple, lorsqu’il n’y a pas d’ensemble auxiliaire.

Par exemple, si n=p=2n = p = 2, et si la typification TT est

« s1∈x1 et s2∈x1 », \text{« } s_1 \in x_1 \text{ et } s_2 \in x_1 \text{ »,}
la relation s1=s2s_1 = s_2 est transportable. Par contre, la relation x1=x2x_1 = x_2 ne l’est pas. On reconnaît aisément, dans les cas usuels, si une relation est transportable (pour une certaine typification).

1^1 Pour des raisons de commodité typographique, nous écrivons f−1f^{-1} au lieu de f−1f^{-1}.

4. Espèces de structure

Soit T\mathscr{T} une théorie plus forte que la théorie des ensembles. Une espèce de structure dans T\mathscr{T} est un texte Σ\Sigma formé des assemblages suivants:

1° Un certain nombre de lettres x1,…,xn,sx_1, \ldots, x_n, s, distinctes entre elles et distinctes des constantes de T\mathscr{T}; x1,…,xnx_1, \ldots, x_n sont appelées les ensembles de base principaux de l’espèce de structure Σ\Sigma.

2° Un certain nombre de termes A1,…,AmA_1, \ldots, A_m de T\mathscr{T}, dans lesquels ne figurent aucune des lettres xi,sx_i, s, et qui sont appelés les ensembles de base auxiliaires de Σ\Sigma; Σ\Sigma peut éventuellement ne comporter aucun ensemble de base auxiliaire (mais il doit toujours y avoir au moins un ensemble de base principal).

3° Une typification T{x1,x2,…,xn,s}T\{x_1, x_2, \ldots, x_n, s\}:

s∈S(x1,…,xn,A1,…,Am) s \in S(x_1, \ldots, x_n, A_1, \ldots, A_m)
où SS est un schéma de construction d’échelon sur n+mn + m termes (IV, p. 1). On dit que T{x1,…,xn,s}T\{x_1, \ldots, x_n, s\} est la caractérisation typique de l’espèce de structure Σ\Sigma.

4° Une relation R{x1,…,xn,s}R\{x_1, \ldots, x_n, s\} qui est transportable (dans T\mathscr{T}) pour la typification, les xix_i étant ensembles de base principaux et les AjA_j ensembles de base auxiliaires (IV, p. 3). On dit que RR est l’axiome de l’espèce de structure Σ\Sigma.

On appelle théorie de l’espèce de structure Σ\Sigma la théorie TΣ\mathscr{T}_\Sigma ayant les mêmes schémas d’axiomes que T\mathscr{T} et dont les axiomes explicites sont ceux de T\mathscr{T} et l’axiome « T et R »; les constantes de TΣ\mathscr{T}_\Sigma sont donc les constantes de T\mathscr{T} et les lettres figurant dans T ou dans R.

Soit maintenant T′\mathscr{T}' une théorie plus forte que T\mathscr{T}, et soient E1,…,En,UE_1, \ldots, E_n, U des termes de T′\mathscr{T}'. On dit que (dans la théorie T′\mathscr{T}') UU est une structure d’espèce Σ\Sigma sur les ensembles de base principaux E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, avec A1,…,AmA_1, \ldots, A_m pour ensembles de base auxiliaires si la relation

« T{E1,…,En,U} et R{E1,…,En,U} » \text{« } T\{E_1, \ldots, E_n, U\} \text{ et } R\{E_1, \ldots, E_n, U\} \text{ »}
est un théorème de T′\mathscr{T}'. Lorsqu’il en est ainsi, pour tout théorème B{x1,x2,…,xn,s}B\{x_1, x_2, \ldots, x_n, s\} de la théorie TΣ\mathscr{T}_\Sigma, la relation B{E1,…,En,U}B\{E_1, \ldots, E_n, U\} est un théorème de T′\mathscr{T}' (I, p. 23). Dans TΣ\mathscr{T}_\Sigma, la constante ss est appelée la structure générique d’espèce Σ\Sigma.

On dit aussi que (dans la théorie T′\mathscr{T}') les ensembles de base principaux E1,…,EnE_1, \ldots, E_n sont munis de la structure UU. Il est clair que UU est un élément de l’ensemble S(E1,…,En,A1,…,Am)S(E_1, \ldots, E_n, A_1, \ldots, A_m). L’ensemble des éléments VV de S(E1,…,En,A1,…,Am)S(E_1, \ldots, E_n, A_1, \ldots, A_m) qui vérifient la relation R{E1,…,En,V}R\{E_1, \ldots, E_n, V\} est donc l’ensemble des structures d’espèce Σ\Sigma sur E1,…,EnE_1, \ldots, E_n; il peut être vide.

Exemple 1 03V5

Prenons pour T\mathscr{T} la théorie des ensembles et considérons l’espèce de structure sans ensemble de base auxiliaire, comportant un ensemble de base principal AA, la caractérisation typique s∈P(A×A)s \in \mathfrak{P}(A \times A) et l’axiome

s∘s=s et s∩s−1=ΔA s \circ s = s \text{ et } s \cap s^{-1} = \Delta_A
(ΔA\Delta_A diagonale de A×AA \times A), qui est une relation transportable pour la typification s∈P(A×A)s \in \mathfrak{P}(A \times A), ainsi qu’on le vérifie aisément. Il est clair que la théorie de cette espèce de structure n’est autre que la théorie des ensembles ordonnés (III, p. 2 et p. 5); aussi dit-on que l’espèce de structure ainsi définie est l’espèce de structure d’ordre sur A. Nous avons rencontré au chap. III de nombreux exemples d’ensembles munis de structures de cette espèce.

Exemple 2 03V6

Prenons pour T\mathscr{T} la théorie des ensembles, et considérons l’espèce de structure sans ensemble de base auxiliaire, comportant un ensemble de base principal A, la caractérisation typique F∈P((A×A)×A)F \in \mathfrak{P}((A \times A) \times A), et ayant pour axiome la relation transportable

« F est un graphe fonctionnel dont A×AA \times A est l’ensemble de définition ».

Les structures de cette espèce sont des cas particuliers de ce que l’on appelle les structures algébriques, et la fonction dont le graphe est F (application de A×AA \times A dans A) est dite loi de composition d’une telle structure (A, I, § 1, no 1).

Exemple 3 03V7

T\mathscr{T} étant toujours la théorie des ensembles, considérons l’espèce de structure sans ensemble de base auxiliaire, comportant un ensemble de base principal A, la caractérisation typique V∈P(P(A))V \in \mathfrak{P}(\mathfrak{P}(A)), et ayant pour axiome la relation transportable

(∀V)((V′⊂V)⇒((⋃X∈V′X)∈V)) et A∈V (\forall V)((V' \subset V) \Rightarrow ((\bigcup_{X \in V'} X) \in V)) \text{ et } A \in V

et (∀X)(∀Y)((X∈V et Y∈V)⇒((X∩Y)∈V))(\forall X)(\forall Y)((X \in V \text{ et } Y \in V) \Rightarrow ((X \cap Y) \in V)).

Cette espèce de structure est appelée espèce de structure topologique. Une structure de cette espèce est aussi appelée topologie, et la relation X∈VX \in V s’exprime en disant que X est ouvert pour la topologie V (TG, I, § 1).

Exemple 4 03V8

\* Prenons pour T\mathscr{T} la théorie de l’espèce de structure de corps, qui comporte entre autres une constante K comme unique ensemble de base (principal). L’espèce de structure d’espace vectoriel à gauche sur K comporte K comme ensemble de base auxiliaire, un ensemble de base principal E, et a pour caractérisation typique la relation

V∈P((E×E)×E)×P((K×E)×E) V \in \mathfrak{P}((E \times E) \times E) \times \mathfrak{P}((K \times E) \times E)

pr1Vpr_1 V étant le graphe de l’addition dans E et pr2Vpr_2 V celui de la multiplication par un scalaire (cf. A, II, § 1, no 1); nous n’énoncerons pas ici l’axiome de cette espèce de structure (cf. A, II, § 1, no 1).

Exemple 5 03V9

Prenons de nouveau pour T\mathscr{T} la théorie des ensembles; dans cette théorie, le corps C\mathbf{C} des nombres complexes est un terme, qui ne contient aucune lettre. L’espèce de structure de variété analytique complexe de dimension n comporte C\mathbf{C} comme ensemble de base auxiliaire, et un ensemble de base principal V; nous n’indiquerons pas ici la caractérisation typique ni l’axiome de cette espèce de structure.

Remarque 03VA

— 1) Il arrive souvent dans les applications (comme dans l’Exemple 4 ci-dessus) que l’échelon S(E1,…,En,A1,…,Am)S(E_1, \ldots, E_n, A_1, \ldots, A_m) est un produit d’échelons

S1(E1,…,Am)×⋯×Sp(E1,…,Am). S_1(E_1, \ldots, A_m) \times \cdots \times S_p(E_1, \ldots, A_m).

On remplace souvent alors, dans la définition de Σ\Sigma, la lettre s par un « multiplet » (s1,…,sp)(s_1, \ldots, s_p) (cf. II, p. 9).

D’autre part, l’axiome d’une espèce de structure Σ\Sigma s’écrit le plus souvent comme conjonction de plusieurs relations transportables (comme dans l’Exemple 3 ci-dessus); on dit que ces relations sont les axiomes de l’espèce Σ\Sigma.

2) On donne un nom aux espèces de structures les plus fréquemment utilisées en Mathématique, et aux ensembles munis de structures de ces espèces: c’est ainsi qu’un ensemble ordonné (III, p. 5) est un ensemble muni d’une structure d’ordre (Exemple 1); *nous définirons, dans la suite de ce Traité, les notions de groupe, de corps, d’espace topologique, de variété différentielle, etc., qui toutes désignent des ensembles munis de certaines structures.

3) Par abus de langage, dans la théorie des ensembles T\mathscr{T}, la donnée de n lettres distinctes entre elles x1,…,xnx_1, \ldots, x_n (sans caractérisation typique ni axiome) est encore considérée comme une espèce de structure Σ0\Sigma_0, dite espèce de structure d’ensemble sur les n ensembles de base principaux x1,…,xnx_1, \ldots, x_n.

5. Isomorphismes et transport de structures

Soit Σ\Sigma une espèce de structure dans une théorie T\mathscr{T}, sur nn ensembles de base principaux x1,…,xnx_1, \ldots, x_n, avec mm ensembles de base auxiliaires A1,…,AmA_1, \ldots, A_m; soit S le schéma de construction d’échelon sur n+mn + m lettres qui figure dans la caractérisation typique de Σ\Sigma, et soit R l’axiome de Σ\Sigma. Dans une théorie T′\mathscr{T}' plus forte que T\mathscr{T}, soit U une structure d’espèce Σ\Sigma sur des ensembles E1,…,EnE_1, \ldots, E_n (comme ensembles de base principaux) et soit U′U' une structure de même espèce sur des ensembles E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n. Soit enfin (dans T′\mathscr{T}') fif_i une bijection de EiE_i sur Ei′E'_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n). On dit que (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n) est un isomorphisme des ensembles E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, munis de la structure U, sur les ensembles E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n munis de la structure U′U', si l’on a (dans T′\mathscr{T}')

⟨f1,…,fn,Id1,…,Idm⟩S(U)=U′, \langle f_1, \ldots, f_n, \mathrm{Id}_1, \ldots, \mathrm{Id}_m \rangle^{\mathrm{S}}(U) = U',

Idh\mathrm{Id}_h désignant l’application identique de AhA_h sur lui-même.

Soit fi′f'_i la bijection réciproque de fif_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n). Il résulte aussitôt de (4) et du critère CST3 (IV, p. 3) que l’on a

⟨f1′,…,fn′,Id1,…,Idm⟩S(U′)=U \langle f'_1, \ldots, f'_n, \mathrm{Id}_1, \ldots, \mathrm{Id}_m \rangle^{\mathrm{S}}(U') = U

et par suite que (f1′,…,fn′)(f'_1, \ldots, f'_n) est un isomorphisme de E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n, munis de U′U', sur E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, munis de U; on dit que les isomorphismes (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n) et (f1′,…,fn′)(f'_1, \ldots, f'_n) sont réciproques l’un de l’autre.

On dit que E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n, munis de U′U', sont isomorphes à E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, munis de U, s’il existe un isomorphisme de E1,…,EnE_1, \ldots, E_n sur E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n; on dit encore dans ce cas que les structures U et U′U' sont isomorphes.

Les définitions précédentes entraînent, compte tenu de CST1, le critère suivant:

CST4. Soient U,U′,U′′U, U', U'' trois structures de même espèce Σ\Sigma sur des ensembles de base principaux E1,…,En,E1′,…,En′,E1′′,…,En′′E_1, \ldots, E_n, E'_1, \ldots, E'_n, E''_1, \ldots, E''_n respectivement. Soit fif_i une bijection de EiE_i sur Ei′E'_i, gig_i une bijection de Ei′E'_i sur Ei′′E''_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n). Si (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n) et (g1,…,gn)(g_1, \ldots, g_n) sont des isomorphismes, il en est de même de (g1∘f1,…,gn∘fn)(g_1 \circ f_1, \ldots, g_n \circ f_n).

On dit qu’un isomorphisme de E1,…,EnE_1, \ldots, E_n sur E1,…,EnE_1, \ldots, E_n (pour la même structure) est un automorphisme de E1,…,EnE_1, \ldots, E_n. Le composé de deux automorphismes de E1,…,EnE_1, \ldots, E_n est un automorphisme. Il en est de même de l’isomorphisme réciproque d’un automorphisme; en d’autres termes, les automorphismes de E1,…,EnE_1, \ldots, E_n forment un groupe (A, I, § 4, n° 1).

Remarque 03VD

Par abus de langage, lorsque fif_i est une bijection quelconque de EiE_i sur Ei′E'_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), on dit que (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n) est un isomorphisme de (E1,…,En)(E_1, \ldots, E_n) sur (E1′,…,En′)(E'_1, \ldots, E'_n) pour l’espèce de structure d’ensemble (IV, p. 5, Remarque 3).

CST5. Dans une théorie T′\mathscr{T}' plus forte que T\mathscr{T}, soit U une structure d’espèce Σ\Sigma sur E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, et soit fif_i une bijection de EiE_i sur un ensemble Ei′E'_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n). Il existe sur E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n une structure d’espèce Σ\Sigma et une seule telle que (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n) soit un isomorphisme de E1,…,EnE_1, \ldots, E_n sur E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n.

En effet, cette structure ne peut être autre que le terme U' défini par la relation (4); reste à vérifier que ce terme est effectivement une structure d'espèce Σ, c'est-à-dire que la relation R{E'_1, ..., E'_n, U'} est vraie dans T′\mathscr{T}'. Or, cela résulte de ce que R{x_1, ..., x_n, s} est transportable, car R{E'_1, ..., E'_n, U'} est équivalente, dans T′\mathscr{T}', à la relation R{E_1, ..., E_n, U} (IV, p. 3), qui est vraie dans T′\mathscr{T}' par hypothèse.

On dit que la structure U' est obtenue en transportant la structure U aux ensembles E'_1, ..., E'_n au moyen des applications bijectives f_1, ..., f_n. Il revient donc au même de dire que deux structures de même espèce sont isomorphes ou se déduisent l'une de l'autre par transport de structure.

Il peut se faire que deux structures quelconques d'espèce Σ soient nécessairement isomorphes; on dit alors que l'espèce de structure Σ est univalente.* Il en est ainsi de la structure de groupe monogène infini (isomorphe à Z\mathbf{Z}), de celle de corps premier de caractéristique 0 (isomorphe à Q\mathbf{Q}), de la structure de corps ordonné, archimédien et complet (isomorphe à R\mathbf{R}), de la structure de corps connexe, localement compact, commutatif et algébriquement clos (isomorphe à C\mathbf{C}), enfin de la structure de corps connexe, localement compact et non commutatif (isomorphe au corps des quaternions H\mathbf{H}). Pour certaines de ces espèces de structure, comme celle de corps premier de caractéristique 0, ou celle de corps ordonné, archimédien et complet, il n'y a même aucun automorphisme autre que l'application identique; mais il y a de tels automorphismes pour les autres exemples donnés ci-dessus (par exemple la symétrie x↦−xx \mapsto -x dans Z\mathbf{Z}).

On observera que les espèces de structure précédentes sont essentiellement celles qui sont à la base de la Mathématique classique. Par contre,* l'espèce de structure de groupe, l'espèce de structure d'ensemble ordonné, l'espèce de structure topologique, ne sont pas univalentes.

6. Déduction de structures

Soit Σ une espèce de structure dans une théorie T\mathscr{T}, sur n ensembles de base principaux x1,...,xnx_1, ..., x_n, avec m ensembles de base auxiliaires A1,...,AmA_1, ..., A_m; soit s la structure générique de Σ. Soit T un schéma de construction d'échelon sur n+mn + m termes. On dit qu'un terme Vx1,...,xn,sV{x_1, ..., x_n, s} qui ne contient aucune lettre autre que les constantes de TΣ\mathscr{T}_\Sigma, est intrinsèque pour s, de type T(x1,...,xn,A1,...,Am)T(x_1, ..., x_n, A_1, ..., A_m) s'il satisfait aux conditions suivantes:

1° la relation

Vx1,...,xn,s∈T(x1,...,xn,A1,...,Am) V{x_1, ..., x_n, s} \in T(x_1, ..., x_n, A_1, ..., A_m)

est un théorème de TΣ\mathscr{T}_\Sigma;

2° soit TΣ′\mathscr{T}'_\Sigma la théorie obtenue en adjoignant aux axiomes de TΣ\mathscr{T}_\Sigma les axiomes « fif_i est une bijection de xix_i sur yiy_i » (1≤i≤n1 \leq i \leq n) (les lettres yiy_i et fif_i étant distinctes des constantes de TΣ\mathscr{T}_\Sigma et distinctes entre elles, pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n); si s′s' est la structure obtenue en transportant s par (f1,...,fn)(f_1, ..., f_n) (IV, p. 7), alors

Vy1,...,yn,s′=⟨f1,...,fn,Id1,...,Idm⟩T(Vx1,...,xn,s) V{y_1, ..., y_n, s'} = \langle f_1, ..., f_n, \mathrm{Id}_1, ..., \mathrm{Id}_m \rangle^T(V{x_1, ..., x_n, s})

est un théorème de TΣ′\mathscr{T}'_\Sigma.

La plupart des termes que l’on est amené à définir dans la théorie d’une espèce de structure sont des termes intrinsèques.

Soit maintenant Θ\Theta une seconde espèce de structure dans la théorie T\mathscr{T}, sur rr ensembles de base principaux u1,…,uru_1, \ldots, u_r, avec pp ensembles de base auxiliaires B1,…,BpB_1, \ldots, B_p; soit

t∈Γ(u1,…,ur,B1,…,Bp) t \in \Gamma(u_1, \ldots, u_r, B_1, \ldots, B_p)
la caractérisation typique de Θ\Theta (IV, p. 4). On appelle procédé de déduction d’une structure d’espèce Θ\Theta à partir d’une structure d’espèce Σ\Sigma, un système de r+1r + 1 termes P,U1,…,UrP, U_1, \ldots, U_r, intrinsèques pour ss, et tels que PP soit une structure d’espèce Θ\Theta sur U1,…,UrU_1, \ldots, U_r, dans la théorie TΣ\mathscr{T}_\Sigma. Par abus de langage, on dira souvent que le seul terme PP est le procédé de déduction.

Soit T′\mathscr{T}' une théorie plus forte que T\mathscr{T}. Si, dans T′\mathscr{T}', SS est une structure d’espèce Σ\Sigma sur E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, alors P{E1,…,En,S}P\{E_1, \ldots, E_n, S\} est une structure d’espèce Θ\Theta sur les rr ensembles Fj=Uj{E1,…,En,S}F_j = U_j\{E_1, \ldots, E_n, S\} (1≤j≤r1 \leq j \leq r), dite déduite de SS par le procédé PP, ou subordonnée à SS. L’hypothèse que les termes P,U1,…,UrP, U_1, \ldots, U_r sont intrinsèques pour ss, entraîne en outre le critère suivant: CST6. Soit (g1,…,gn)(g_1, \ldots, g_n) un isomorphisme de E1,…,EnE_1, \ldots, E_n, munis d’une structure SS d’espèce Σ\Sigma, sur E1′,…,En′E'_1, \ldots, E'_n, munis d’une structure S′S' de même espèce. Si UjU_j est de type P(Tj)\mathfrak{P}(T_j), posons

hj=⟨g1,…,gn,Id1,…,Idm⟩Tj(1≤j≤r), h_j = \langle g_1, \ldots, g_n, \mathrm{Id}_1, \ldots, \mathrm{Id}_m \rangle^{T_j} \quad (1 \leq j \leq r),
et soit Fj′=Uj{E1′,…,En′,S′}F'_j = U_j\{E'_1, \ldots, E'_n, S'\} (1≤j≤r1 \leq j \leq r); (h1,…,hr)(h_1, \ldots, h_r) est alors un isomorphisme de F1,…,FrF_1, \ldots, F_r sur F1′,…,Fr′F'_1, \ldots, F'_r quand on munit respectivement ces systèmes d’ensembles des structures d’espèce Θ\Theta déduites de SS et S′S' par le procédé PP.

Il est clair que les termes x1,…,xnx_1, \ldots, x_n sont intrinsèques pour ss; dans de nombreux cas, les termes U1,…,UrU_1, \ldots, U_r sont certaines des lettres x1,…,xnx_1, \ldots, x_n; on dit alors que la structure d’espèce Θ\Theta déduite de ss par le procédé PP est sous-jacente à ss.

Exemple 1 03VE

L’espèce de structure de groupe topologique comporte un seul ensemble de base principal AA, ne comporte aucun ensemble de base auxiliaire, et la structure générique correspondante est un couple (s1,s2)(s_1, s_2) (s1s_1 étant le graphe de la loi de composition sur AA, et s2s_2 l’ensemble des ensembles ouverts de la topologie de AA; cf. TG, III, § 1). Chacun des termes s1,s2s_1, s_2 est un procédé de déduction, fournissant respectivement la structure de groupe et la topologie sous-jacentes à la structure de groupe topologique (s1,s2)(s_1, s_2).

De même, d’une structure d’espace vectoriel on déduit une structure de groupe commutatif sous-jacente. D’une structure d’anneau on déduit une structure de groupe commutatif et une structure de monoïde (multiplicatif) sous-jacentes. D’une structure de variété différentielle on déduit une topologie sous-jacente, etc.

Exemple 2 03VF

L’espèce de structure d’espace vectoriel sur C\mathbf{C} (resp. sur R\mathbf{R}) comporte un ensemble de base principal EE, un ensemble de base auxiliaire égal à C\mathbf{C} (resp. R\mathbf{R}) et a pour caractérisation typique

s1∈P((E×E)×E) et s2∈P((C×E)×E) s_1 \in \mathfrak{P}((E \times E) \times E) \text{ et } s_2 \in \mathfrak{P}((\mathbf{C} \times E) \times E)
(resp.
s1∈P((E×E)×E) et s2∈P((R×E)×E). s_1 \in \mathfrak{P}((E \times E) \times E) \text{ et } s_2 \in \mathfrak{P}((\mathbf{R} \times E) \times E).
)

Le couple (s1,s2∩((R×E)×E))(s_1, s_2 \cap ((\mathbf{R} \times E) \times E)) est un procédé de déduction d'une structure d'espace vectoriel sur R\mathbf{R} à partir d'une structure d'espace vectoriel sur C\mathbf{C} (« restriction à R\mathbf{R} du corps des scalaires »; cf. A, II, § 1, no 13).

Exemple 3 03VG

Supposons que Θ\Theta ait mêmes ensembles de base (principaux et auxiliaires) que Σ\Sigma, et même caractérisation typique. Si en outre l'axiome de Σ\Sigma implique (dans T\mathscr{T}) celui de Θ\Theta, il est clair que le terme ss est un procédé de déduction d'une structure d'espèce Θ\Theta à partir d'une structure d'espèce Σ\Sigma. On dit alors que Θ\Theta est moins riche que Σ\Sigma, ou que Σ\Sigma est plus riche que Θ\Theta. Toute structure d'espèce Σ\Sigma, dans une théorie T′\mathscr{T}' plus forte que T\mathscr{T}, est aussi alors une structure d'espèce Θ\Theta. Par exemple, l'espèce de structure d'ensemble totalement ordonné (obtenu en prenant pour axiome la conjonction de l'axiome des structures d'ordre (IV, p. 4, Exemple 1) et de la relation s∪s−1=A×As \cup s^{-1} = A \times A) est plus riche que l'espèce de structure d'ordre.* L'espèce de structure de groupe commutatif est plus riche que l'espèce de structure de groupe. L'espèce de structure d'espace compact est plus riche que l'espèce de structure topologique, etc.

Exemple 4

\* Si Σ\Sigma et Θ\Theta sont toutes deux l'espèce de structure de groupe (resp. d'anneau), on définit en Algèbre (A, I, § 1, no 5) un procédé de déduction associant à toute structure de groupe (resp. d'anneau) la structure de groupe (resp. d'anneau) sur son centre. Si Σ\Sigma est l'espèce de structure d'espace vectoriel sur un corps commutatif K, Θ\Theta l'espèce de structure d'algèbre sur K, on définit en A, III, §§ 5 et 7, des procédés de déduction associant à tout espace vectoriel sur K son algèbre tensorielle ou son algèbre extérieure. On rencontrera de nombreux autres exemples par la suite.

Remarque 03VH

Lorsque P est un « multiplet » (P1,…,Pq)(P_1, \ldots, P_q), on dit aussi que les termes P1,…,PqP_1, \ldots, P_q constituent un procédé de déduction d'une structure d'espèce Θ\Theta à partir d'une structure d'espèce Σ\Sigma.

7. Espèces de structure équivalentes

Dans une même théorie T\mathscr{T}, soient Σ\Sigma et Θ\Theta deux espèces de structure ayant les mêmes ensembles de base principaux x1,…,xnx_1, \ldots, x_n. Soient s,ts, t les structures génériques d'espèce Σ\Sigma et Θ\Theta. Supposons que les conditions suivantes soient remplies:

1° On a un procédé de déduction Px1,…,xn,sP_{x_1, \ldots, x_n, s} d'une structure d'espèce Θ\Theta sur x1,…,xnx_1, \ldots, x_n à partir d'une structure d'espèce Σ\Sigma sur x1,…,xnx_1, \ldots, x_n.

2° On a un procédé de déduction Qx1,…,xn,tQ_{x_1, \ldots, x_n, t} d'une structure d'espèce Σ\Sigma sur x1,…,xnx_1, \ldots, x_n à partir d'une structure d'espèce Θ\Theta sur x1,…,xnx_1, \ldots, x_n.

3° La relation

Qx1,…,xn,Px1,…,xn,s=s Q_{x_1, \ldots, x_n, P_{x_1, \ldots, x_n, s}} = s
est un théorème de TΣ\mathscr{T}_\Sigma, et la relation
Px1,…,xn,Qx1,…,xn,t=t P_{x_1, \ldots, x_n, Q_{x_1, \ldots, x_n, t}} = t
est un théorème de TΘ\mathscr{T}_\Theta.

On dit alors que les espèces de structure Σ\Sigma et Θ\Theta sont équivalentes par l'intermédiaire des procédés de déduction P et Q. Dans ce cas, pour tout théorème Bx1,…,xn,sB_{x_1, \ldots, x_n, s} de la théorie TΣ\mathscr{T}_\Sigma, la relation Bx1,…,xn,QB_{x_1, \ldots, x_n, Q} est un théorème de la théorie TΘ\mathscr{T}_\Theta (I, p. 24); et inversement, pour tout théorème Cx1,…,xn,tC_{x_1, \ldots, x_n, t} de la théorie TΘ\mathscr{T}_\Theta, la relation Cx1,…,xn,PC_{x_1, \ldots, x_n, P} est un théorème de TΣ\mathscr{T}_\Sigma.

Si U est une structure d'espèce Σ\Sigma, on dit que la structure déduite de U par le procédé P est équivalente à U. Le critère CST6 entraîne le suivant:

CST7. Soient S,S′\mathscr{S}, \mathscr{S}' deux structures d’espèce Σ\Sigma sur des ensembles de base principaux (E1,…,En),(E1′,…,En′)(E_1, \ldots, E_n), (E'_1, \ldots, E'_n) respectivement. Soient S0,S0′\mathscr{S}_0, \mathscr{S}'_0 les structures d’espèce Θ\Theta équivalentes respectivement à S\mathscr{S} et S′\mathscr{S}'. Pour que (g1,…,gn)(g_1, \ldots, g_n) soit un isomorphisme pour les structures S0\mathscr{S}_0 et S0′\mathscr{S}'_0, il faut et il suffit que (g1,…,gn)(g_1, \ldots, g_n) soit un isomorphisme pour les structures S\mathscr{S} et S′\mathscr{S}'.

Pratiquement, on ne fera pas de distinction entre les théories TΣ\mathscr{T}_\Sigma et TΘ\mathscr{T}_\Theta de deux espèces de structures équivalentes.

Exemples. — 1) *Soit Σ\Sigma l’espèce de structure de groupe commutatif (A, I, § 4, n° 2); elle comporte un seul ensemble de base (principal) AA, et sa structure générique une seule lettre FF; la caractérisation typique de Σ\Sigma est F∈B((A×A)×A)F \in \mathfrak{B}((A \times A) \times A), et nous désignerons par R{A,F}R \{ A, F \} l’axiome de Σ\Sigma. Cet axiome implique en particulier que FF est un graphe fonctionnel (la « loi de composition » du groupe, cf. IV, p. 5, Exemple 2). On définit alors dans TΣ\mathscr{T}_\Sigma (où T\mathscr{T} désigne la théorie des ensembles) un terme M{A,F}M \{ A, F \}, qui est un graphe fonctionnel dans B((Z×A)×A)\mathfrak{B}((\mathbf{Z} \times A) \times A) et vérifie la relation suivant B{M,A,F}B \{ M, A, F \}:

(∀x)(∀y)(∀n)((x∈A et y∈A et n∈Z)⇒(M(n,F(x,y))=F(M(n,x),M(n,y)))) (\forall x)(\forall y)(\forall n)((x \in A \text{ et } y \in A \text{ et } n \in \mathbf{Z}) \Rightarrow (M(n, F(x, y)) = F(M(n, x), M(n, y))))
et (∀x)(∀m)(∀n)((x∈A et m∈Z et n∈Z)⇒(M(m+n,x)=F(M(m,x),M(n,x))))(\forall x)(\forall m)(\forall n)((x \in A \text{ et } m \in \mathbf{Z} \text{ et } n \in \mathbf{Z}) \Rightarrow (M(m + n, x) = F(M(m, x), M(n, x)))) et (∀x)(∀m)(∀n)((x∈A et m∈Z et n∈Z)⇒(M(m,M(n,x))=M(mn,x)))(\forall x)(\forall m)(\forall n)((x \in A \text{ et } m \in \mathbf{Z} \text{ et } n \in \mathbf{Z}) \Rightarrow (M(m, M(n, x)) = M(mn, x))) et (∀x)((x∈A)⇒(M(1,x)=x))(\forall x)((x \in A) \Rightarrow (M(1, x) = x)).

(« multiplication d’un élément de AA par un entier »; cf. A, I, § 3, n° 1).

Considérons alors l’espèce de structure Θ\Theta de Z-module\mathbf{Z}\text{-module} (A, II, § 1, n° 1), ayant un seul ensemble de base principal AA, avec Z\mathbf{Z} pour ensemble auxiliaire, et dont la structure générique comporte deux lettres, G,LG, L, avec la caractérisation typique

G∈B((A×A)×A) et L∈B((Z×A)×A) G \in \mathfrak{B}((A \times A) \times A) \text{ et } L \in \mathfrak{B}((\mathbf{Z} \times A) \times A)

et l’axiome

« R{A,G}R \{ A, G \} et (L est un graphe fonctionnel)(L \text{ est un graphe fonctionnel}) et B{L,A,G}B \{ L, A, G \}. »

On vérifie aussitôt que les termes F,MF, M constituent un procédé de déduction d’une structure d’espèce Θ\Theta à partir d’une structure d’espèce Σ\Sigma, et le terme GG un procédé de déduction d’une structure d’espèce Σ\Sigma à partir d’une structure d’espèce Θ\Theta; en outre, la condition 3° ci-dessus est trivialement vérifiée. On peut donc dire que l’espèce de structure de groupe commutatif et celle de Z-module\mathbf{Z}\text{-module} sont équivalentes.

2) Soient Σ\Sigma l’espèce de structure topologique (IV, p. 5, Exemple 3), AA l’ensemble de base et VV la structure générique de Σ\Sigma. Considérons la relation

x∈A et X⊂A et (∀U)((U∈V et x∈U)⇒(X∩U≠∅)). x \in A \text{ et } X \subset A \text{ et } (\forall U)((U \in V \text{ et } x \in U) \Rightarrow (X \cap U \neq \varnothing)).

Elle admet un graphe P⊂B(A)×AP \subset \mathfrak{B}(A) \times A par rapport au couple (X,a)(X, a); P{A,V}P \{ A, V \} est un terme que l’on appelle « l’ensemble des couples (X,a)(X, a) tels que xx soit adhérent à XX pour la topologie VV ». On démontre (cf. TG, I, § 1) que les relations suivantes sont des théorèmes de TΣ\mathscr{T}_\Sigma:

P(∅)=∅(∀Y)((Y⊂A)⇒(Y⊂P(Y)))(∀Y)((Y⊂A)⇒(P(P(Y))=P(Y)))(∀Y)(∀Z)((Y⊂A et Z⊂A)⇒(P(Y∪Z)=P(Y)∪P(Z))). P(\varnothing) = \varnothing \\ (\forall Y)((Y \subset A) \Rightarrow (Y \subset P(Y))) \\ (\forall Y)((Y \subset A) \Rightarrow (P(P(Y)) = P(Y))) \\ (\forall Y)(\forall Z)((Y \subset A \text{ et } Z \subset A) \Rightarrow (P(Y \cup Z) = P(Y) \cup P(Z))).

Considérons alors l’espèce de structure Θ\Theta, ayant un seul ensemble de base (principal) AA, dont la structure générique comporte une seule lettre WW, qui a pour caractérisation typique W∈B(B(A)×A)W \in \mathfrak{B}(\mathfrak{B}(A) \times A) et pour axiome

W(∅)=∅ et (∀Y)((Y⊂A)⇒(Y⊂W(Y)))et (∀Y)((Y⊂A)⇒(W(W(Y))=W(Y)))et (∀Y)(∀Z)((Y⊂A et Z⊂A)⇒(W(Y∪Z)=W(Y)∪W(Z))). W(\varnothing) = \varnothing \text{ et } (\forall Y)((Y \subset A) \Rightarrow (Y \subset W(Y))) \\ \text{et } (\forall Y)((Y \subset A) \Rightarrow (W(W(Y)) = W(Y))) \\ \text{et } (\forall Y)(\forall Z)((Y \subset A \text{ et } Z \subset A) \Rightarrow (W(Y \cup Z) = W(Y) \cup W(Z))).

Considérons d'autre part la relation

U⊂A et (∀x)((x∈U)⇒(x∉W(A−U))). U \subset A \text{ et } (\forall x)((x \in U) \Rightarrow (x \notin W(A - U))).
L'ensemble des U∈P(A)U \in \mathfrak{P}(A) vérifiant cette relation est une partie Q{A,W}Q\{A, W\} de P(A)\mathfrak{P}(A). On démontre alors (TG, I, § 1, exerc. 9) que les relations suivantes sont des théorèmes de TΘ\mathscr{T}_\Theta:
Λ∈Q(∀M)((M⊂Q)⇒((⋃X∈MX)∈Q))(∀X)(∀Y)((X∈Q et Y∈Q)⇒((X∩Y)∈Q)). \Lambda \in Q \\ (\forall M)((M \subset Q) \Rightarrow ((\bigcup_{X \in M} X) \in Q)) \\ (\forall X)(\forall Y)((X \in Q \text{ et } Y \in Q) \Rightarrow ((X \cap Y) \in Q)).
Cela prouve que les termes P{A,V}P\{A, V\} et Q{A,W}Q\{A, W\} vérifient les conditions 1° et 2° ci-dessus; on voit aussi qu'ils satisfont à la condition 3°. Les espèces de structure Σ\Sigma et Θ\Theta sont donc équivalentes; aussi considère-t-on toute structure d'espèce Θ\Theta comme une topologie, savoir celle qui lui correspond par le procédé de déduction Q{A,W}Q\{A, W\}*

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed edition, 2006, Springer. Not translated.