§ 2. Morphismes et structures dérivées
1. Morphismes
Pour simplifier, nous supposerons, dans ce paragraphe et le suivant, que les espèces de structure dont il est question ne comportent qu'un seul ensemble de base (nécessairement principal); le lecteur étendra sans peine les définitions et résultats au cas général.
Soient une espèce de structure dans une théorie plus forte que la théorie des ensembles, quatre lettres distinctes entre elles et distinctes des constantes de ; rappelons que la notation désigne l'ensemble des applications de dans (II, p. 31). Supposons donné un terme de , vérifiant les conditions suivantes:
(MO_I) La relation « est une structure d'espèce sur et est une structure d'espèce sur » entraîne, dans , la relation .
(MO_{II}) *Si, dans une théorie plus forte que , sont trois ensembles munis de structures d'espèce , les relations et entraînent la relation .
(MO_{III}) *Étant donnés, dans une théorie plus forte que , deux ensembles munis de structures d'espèce , pour qu'une bijection de sur soit un isomorphisme, il faut et il suffit que l'on ait et .
Lorsque et sont donnés, on exprime la relation en disant que est un morphisme (ou un -morphisme) de , muni de , dans , muni de ; si (dans une théorie plus forte que ) sont deux ensembles munis de structures d'espèce , le terme est l'ensemble des -morphismes de dans .
Exemple 1 03VL
Prenons pour l'espèce de structure d'ordre et pour l'ensemble des applications de dans telles que la relation entraîne (f(u), f(v)) \in t. Avec les notations de III, p. 4, cela signifie encore que entraîne , c'est-à-dire que est croissante (III, p. 7). La vérification des axiomes (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}) est immédiate.
Exemple 2 03VM
Prenons pour une espèce de structure algébrique comportant une seule loi de composition (interne) (IV, p. 5, Exemple 2). Soient A, A' deux ensembles munis de structures d'espèce , et soient les lois de composition de ces deux structures. Considérons les applications de A dans A' telles que l'on ait pour et ; ces applications vérifient (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}); on les appelle homomorphismes de A dans A'.
Exemple 3 03VN
Prenons pour l'espèce de structure topologique (IV, p. 5, Exemple 3). Soient A, A' deux ensembles munis de topologies V, V' respectivement; considérons les applications de A dans A' telles que la relation entraîne (autrement dit, l'image réciproque par de tout ensemble ouvert pour doit être ouvert pour ); on dit que ces applications, qui satisfont à (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}), sont les applications continues de A dans A' pour les topologies V et V', (cf. TG, I, § 2).
Remarque 03VO
Pour une espèce de structure donnée , on a souvent l'occasion de définir divers termes qui satisfont aux conditions (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}). Par exemple, pour l'espèce de structure topologique, on dit (avec les notations de l'exemple précédent) qu'une application de A dans A' est ouverte si la relation entraîne (autrement dit, si l'image par de tout ensemble ouvert est un ensemble ouvert). On constate aisément que les applications ouvertes satisfont aussi aux conditions (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}) pour l'espèce ; en outre, on peut montrer qu'une application continue n'est pas nécessairement ouverte, et qu'une application ouverte n'est pas nécessairement continue. La donnée d'une espèce de structure une notion de morphisme bien déterminée.
Pour les structures d'ordre, les structures algébriques et les structures topologiques, il sera toujours sous-entendu que les morphismes sont ceux qui ont été définis dans les exemples ci-dessus, sauf mention expresse du contraire.
La condition (MO_{III}) et la caractérisation des bijections (II, p. 18, corollaire) entraînent le critère suivant: CST8. Soient E, E' deux ensembles munis chacun d'une structure d'espèce . Soit un -morphisme de E dans E', g un -morphisme de E' dans E. Si est l'application identique de E sur lui-même, et l'application identique de E' sur lui-même, est un isomorphisme de E sur E', et g est l'isomorphisme réciproque.
On notera qu'une bijection de E sur E' peut être un -morphisme sans que son application réciproque soit un -morphisme. *Par exemple, une application bijective d'un espace topologique A dans un espace topologique A' peut être continue sans que son application réciproque le soit (TG, I, § 2, n° 1, Remarque 3).
Remarque 03VP
Lorsqu'une espèce de structure comporte plusieurs ensembles de base principaux , et des ensembles de base auxiliaires , un -morphisme est un système , où est une application de dans (), ces systèmes d'applications vérifiant des conditions analogues à (MO_{II}) et (MO_{III}), que le lecteur énoncera aisément.
2. Structures plus fines
Dans tout le reste de ce paragraphe, nous supposerons données une espèce de structure et une notion de -morphisme relative à cette espèce de structure;
toutes les notions qui vont être introduites dépendent, non seulement de , mais aussi de la notion de -morphisme envisagée. Nous dirons d’ordinaire « morphisme » pour « -morphisme ».
Soient E un ensemble, et deux structures d’espèce sur E. On dit que la structure est plus fine que (ou que est moins fine que ) si l’application identique de E, muni de , sur E, muni de , est un morphisme.
Si cela est nécessaire pour éviter des confusions, on dira que est plus fine que relativement à la notion de -morphisme considérée; de même pour toutes les notions qui vont être définies dans ce paragraphe.
Supposons que soit plus fine que ; si E′ est un ensemble muni d’une structure d’espèce , et si f est un morphisme de E, muni de , dans E′, muni de , alors f est aussi un morphisme de E, muni de , dans E′, muni de : cela résulte de la définition précédente et de (MO). De même, si g est un morphisme de E′, muni de , dans E, muni de , g est aussi un morphisme de E′, muni de , dans E, muni de .
En termes plus imagés, plus une structure (d’espèce ) sur E est fine, plus il y a de morphismes dont E est l’ensemble de départ, et moins il y a de morphismes dont E est l’ensemble d’arrivée.
La relation « est moins fine que » est une relation d’ordre entre et dans l’ensemble des structures d’espèce sur E: elle est en effet réflexive d’après (MO), transitive d’après (MO), et si une structure d’espèce est à la fois plus fine et moins fine qu’une autre, elle lui est identique en vertu de (MO). Conformément aux définitions générales (III, p. 13), on dit que deux structures d’espèce sur E sont comparables si l’une est plus fine que l’autre; on dit qu’une structure est strictement plus fine (resp. strictement moins fine) qu’une autre si elle est plus fine (resp. moins fine) que cette dernière et en est distincte.
Exemple 1 03VQ
Pour qu’une structure d’ordre de graphe s sur un ensemble A soit plus fine qu’une structure d’ordre de graphe s′, il faut et il suffit que . Autrement dit, la relation pour s entraîne pour s′; on retrouve la définition donnée dans III, p. 6, Exemple 3.
Exemple 2 03VR
Considérons deux structures algébriques F, F′ de même espèce sur un ensemble A, F et F′ étant les graphes des lois de composition de ces deux structures. D’après la définition des morphismes dans ce cas (IV, p. 12, Exemple 2), dire que F est plus fine que F′ signifie que . Mais comme F et F′ sont des graphes fonctionnels ayant tous deux le même ensemble de définition , on a nécessairement . Autrement dit, deux structures comparables d’espèce sont nécessairement identiques.
Exemple 3 03VS
Soient V, V′ deux topologies sur un même ensemble A. Dire que V est plus fine que V′ signifie, en vertu de la définition des morphismes (IV, p. 12, Exemple 3) que ; en d’autres termes, toute partie de A qui est un ensemble ouvert pour V′ est aussi un ensemble ouvert pour V (ou, de façon plus imagée, plus une topologie est fine, plus il y a d’ensembles ouverts).
Remarque 03VT
Nous venons de voir un exemple (Exemple 2) où deux structures comparables de même espèce sont nécessairement identiques. On rencontre de nombreux exemples de telles structures: structures d’ordre total, *topologies d’espace compact, structures d’espace de Fréchet (les morphismes étant les applications linéaires continues), topologies définies par une valeur absolue (ou une valuation) sur un corps, etc.
Pour une telle espèce de structure , un morphisme de dans qui est une application bijective est un isomorphisme: car en transportant par la structure de , on obtient une structure d’espèce plus fine que la structure de , donc qui est nécessairement identique à cette dernière.
3. Structures initiales
Considérons une famille d’ensembles, dont chacun est muni d’une structure d’espèce . Soit d’autre part un ensemble, et, pour chaque , soit une application de E dans . On dit qu’une structure d’espèce sur est structure initiale pour la famille si elle possède la propriété suivante:
(IN) Quels que soient l’ensemble , la structure d’espèce sur et l’application de E' dans E, la relation
« est un morphisme de dans »
est équivalente à la relation
« quel que soit , est un morphisme de dans ».
CST9. S’il existe, sur E, une structure initiale pour la famille elle est la moins fine des structures d’espèce sur E pour lesquelles chacune des applications est un morphisme, et par suite est unique.
En effet, soit une structure initiale sur , et une structure d’espèce sur , pour laquelle chacune des est un morphisme. Désignant par l’application identique de , muni de , sur , muni de , on peut encore dire que est un morphisme pour tout ; la condition (IN) montre que est un morphisme, ce qui signifie (IV, p. 13) que est plus fine que . D’autre part, en appliquant (IN) au cas où est l’application identique de (muni de ) sur lui-même, on voit (en vertu de (MO)) que chacune des est un morphisme de dans , ce qui prouve le critère.
Il peut se faire qu’il existe une structure d’espèce sur qui soit la moins fine de toutes les structures d’espèce pour lesquelles les sont des morphismes, mais que cette structure ne soit pas la structure initiale pour (IV, p. 30, exerc. 6).
On a le critère de transitivité suivant:
CST10. Soient E un ensemble, une famille d’ensembles, et pour chaque , soit une structure d’espèce sur . Soit une partition de , et soit une famille d’ensembles ayant comme ensemble d’indices. Enfin, pour tout , soit une application de dans ; pour tout et tout , soit une application de dans ; on pose alors (fig. 1). On suppose que, pour tout , il existe une structure initiale sur , pour la famille . Dans ces conditions, les propositions suivantes sont équivalentes:
a) il existe une structure initiale sur pour la famille ;
b) il existe une structure initiale sur E pour la famille . En outre, ces propositions entraînent que .
En effet, soit F un ensemble muni d'une structure d'espèce , et soit une application de F dans E. Remarquons que, par définition, la relation
« est un morphisme de F dans »
est équivalente à la relation
« quel que soit , est un morphisme de F dans ».

La relation (1) « quel que soit , est un morphisme de F dans » est donc équivalente à la relation (2) « quel que soit , est un morphisme de F dans ». Or, dire que est structure initiale pour la famille signifie que la relation (1) est équivalente à la relation
« est un morphisme de F dans E muni de »;
et dire que est structure initiale pour la famille signifie que la relation (2) est équivalente à la relation
« est un morphisme de F dans E muni de »;
d'où le critère, compte tenu de la propriété d'unicité de la structure initiale.
4. Exemples de structures initiales
I: Image réciproque d'une structure. — Lorsque I est un ensemble à un seul élément, la structure initiale pour le seul triplet est appelée (lorsqu'elle existe) image réciproque par de la structure .
Une topologie admet toujours une image réciproque par une application quelconque ; mais il n'en est pas ainsi pour une structure d'ordre ou une structure algébrique.
II: Structure induite. — Soient A un ensemble muni d'une structure d'espèce , B une partie de A, l'injection canonique de B dans A. On appelle structure induite par sur B l'image réciproque (si elle existe) de la structure par l'injection .
Une structure d'ordre induit une structure de même espèce sur toute partie de l'ensemble où elle est définie; il n'en est pas de même d'une structure d'ensemble ordonné filtrant. Une topologie induit une topologie sur toute partie de l'ensemble où elle est définie; mais une topologie d'espace compact n'induit pas en général une topologie d'espace compact. Sur une partie quelconque B d'un ensemble A muni d'une structure algébrique, cette structure n'induit pas en général une structure de même espèce; lorsque la structure donnée sur A comporte des lois de composition, il est nécessaire que B soit stable pour chacune de ces lois, mais cette condition n'est pas toujours suffisante (cf. A, I, § 4, no 3).
Le critère général CST10 donne pour les structures induites le critère de transitivité:
CST11. Soient B une partie de A, C une partie de B, une structure d'espèce sur A, induisant sur B une structure de même espèce. Pour que induise sur C une structure d'espèce , il faut et il suffit que induise sur C une structure d'espèce , et les structures induites par et sur C sont alors identiques.
CST12. Soient A, A' deux ensembles munis de structures , d'espèce , B une partie de A, B' une partie de A'. On suppose que (resp. ) induit une structure d'espèce sur B (resp. B'). Alors, si f est un morphisme de A dans A', tel que , l'application g de B dans B', qui coïncide avec f dans B, est un morphisme (pour les structures induites par et ).
En effet, soit (resp. ) l'injection canonique de B (resp. B') dans A (resp. A'). Par définition, on a ; comme et sont des morphismes, il en est de même de en vertu de (MO_{II}); mais alors, étant un morphisme, il en est de même de , par définition de la structure induite.
III: Structure produit. — Soit une famille d'ensembles, et sur chaque ensemble , soit une structure d'espèce ; soit l'ensemble produit de la famille (II, p. 32), et soit pr_i la projection de E sur . On appelle structure produit des structures la structure initiale (si elle existe) pour la famille .
Une famille de structures d'ordre admet toujours une structure produit, mais non une famille de structures d'ordre total. Une famille de structures de groupe admet toujours une structure produit, mais non une famille de structures de corps. Une famille de topologies admet toujours une structure produit, mais non une famille de topologies d'espace localement compact. Pour cette dernière espèce de structure, on notera qu'il y a une structure produit de même espèce sur tout produit d'une famille finie d'espaces localement compacts, mais pas toujours sur un produit d'une famille infinie de tels espaces (cf. TG, I, § 9, no 7, prop. 14).
Le critère CST10 donne pour les structures produits le critère d'associativité:
CST13. Soit une famille d'ensembles, et pour chaque , soit une structure d'espèce sur . Soit une partition de . On suppose que sur chaque produit partiel la famille admette une structure produit . Alors, pour que la famille admette une structure produit , il faut et il suffit que la famille admette une structure produit , et l'application canonique de muni de , sur muni de (II, p. 35) est un isomorphisme.
Une autre application de CST10 donne le critère suivant, relatif aux structures induites par une structure produit:
CST14. Soit une famille d'ensembles, et pour chaque , soit une structure d'espèce sur . Pour chaque , soit une partie de . On suppose que chaque induise sur une structure et que sur le produit il existe une structure produit de la famille . Dans ces conditions, les propositions suivantes sont équivalentes:
a) sur l'ensemble il existe une structure induite par ; b) sur l'ensemble , il existe une structure produit de la famille de structures . En outre, ces propositions entraînent que .
En effet, soient l'injection canonique de dans , l'injection canonique de dans , la projection de sur , la projection de sur ; on a pour tout . D'après CST10, est la structure initiale pour la famille et est la structure initiale pour la famille . D'où le critère.
Les notions d'image réciproque et de structure produit sont liées par le critère suivant:
CST15. Soit une famille d'ensembles, et pour chaque , soient une structure d'espèce sur , et une application d'un ensemble dans . On suppose qu'il existe sur l'ensemble produit une structure produit de la famille . Alors, pour qu'il existe une structure initiale pour la famille , il faut et il suffit qu'il existe une structure image réciproque de par l'application de dans , et ces deux structures sont identiques.
Comme , ce critère est un cas particulier de CST10.
Remarque 03VU
Soit une famille de structures d'espèce sur un même ensemble ; désignons par l'ensemble muni de la structure , et par l'application identique de dans . Soient l'ensemble produit , la diagonale de ce produit (II, p. 33), et l'application diagonale de sur , étant donc l'élément tel que pour tout . Supposons qu'il existe sur la structure produit de la famille ; comme est injective, le critère CST15 montre que, pour qu'il existe une structure initiale pour la famille , il faut et il suffit qu'il existe sur une structure induite par ; est alors transportée de par . En particulier, lorsque toutes les structures sont identiques, est un isomorphisme de (muni de cette structure) sur .
On a aussi le critère suivant:
CST16. Soient deux familles d'ensembles ayant même ensemble d'indices. Pour tout , soient une structure d'espèce sur , une structure d'espèce sur . Supposons qu'il existe sur (resp. ) la structure produit (resp. ) de la famille (resp. ). Enfin, pour tout , soit un morphisme de dans ; alors, l'application est un morphisme de dans .
En effet, soit (resp. ) la projection de sur (resp. de sur ); on a . Comme et sont des morphismes (critère CST9), il en est de même de d'après (MO), donc est un morphisme en vertu de la condition (IN).
Remarque 03VV
Pour la plupart des structures usuelles, la condition énoncée dans CST16 est non seulement suffisante, mais aussi nécessaire pour que soit un morphisme (cf. IV, p. 30, exerc. 7). Il en est ainsi en particulier dans les circonstances suivantes (qui sont vérifiées, par exemple, lorsque est l'espèce de structure d'ordre, ou l'espèce de structure de groupe ou l'espèce de structure topologique, etc.; cf. IV, p. 30, exerc. 8): Il existe une famille telle que pour tout et telle que, si on pose , avec pour , chacune des applications soit un morphisme de dans . En effet, si est un morphisme de dans , on peut écrire pour tout , et il suffit d'appliquer (MO). On notera que est un morphisme lorsque la condition suivante est vérifiée: Pour tout ensemble muni d'une structure d'espèce , l'application constante est un morphisme de dans . En effet, pour tout , est alors un morphisme de dans , puisque cette application est l'identité pour , et une application constante pour ; par définition de la structure produit, est donc un morphisme de dans . Les exemples cités ci-dessus vérifient, non seulement , mais aussi la condition: sur chaque ensemble , la structure induit une structure d'espèce . Soit la restriction de à ; lorsque les conditions et sont vérifiées, est un isomorphisme de sur . En effet, comme , où est l'injection canonique de dans , est un morphisme en vertu de (MO). D'autre part, on a , donc est un morphisme de dans en vertu de la définition de la structure induite.
On a enfin le critère suivant, qui caractérise les morphismes dans de nombreux cas:
CST17. Soient et deux ensembles, munis de structures de même espèce . On suppose qu'il existe sur la structure , produit de et de . Soient une application de dans , son graphe, l'application bijective de sur . Pour que soit un morphisme de dans , il faut et il suffit qu'il existe sur une structure d'espèce induite par , et que lorsqu'on munit de cette structure, soit un isomorphisme de sur .
La condition est suffisante; en effet, si est l'injection canonique de dans , on peut écrire , et est alors par hypothèse le composé de trois morphismes.
Montrons que la condition est nécessaire; désignons par la structure d'espèce transportée de par la bijection (IV, p. 7); tout revient à prouver que est induite sur par . Pour cela, remarquons d'abord que est un morphisme de dans : il suffit en effet, par définition de la structure , de prouver que est un morphisme de dans ; mais n'est autre que l'application de dans , qui est un morphisme en vertu de l'hypothèse sur et de la définition de la structure produit. Reste à montrer que si est un ensemble muni d'une structure d'espèce , une application de dans telle que soit un morphisme de dans , alors est un morphisme, ou, ce qui revient au même, que est un morphisme de dans ; mais comme , cela résulte de l'hypothèse et de la définition de la structure produit.
5. Structures finales
Considérons une famille d'ensembles, dont chacun est muni d'une structure d'espèce . Soit d'autre part un ensemble, et, pour chaque , soit une application de dans . On dit qu'une structure d'espèce sur est structure finale pour la famille si elle possède la propriété suivante:
(FI) Quels que soient l'ensemble , la structure d'espèce sur , et l'application de dans , la relation
« est un morphisme de dans »
est équivalente à la relation
« quel que soit , est un morphisme de dans ».
CST18. S'il existe sur une structure finale pour la famille , elle est la plus fine des structures d'espèce sur pour lesquelles chacune des applications est un morphisme, et par suite est unique.
En effet, soient une structure finale sur , et une structure d'espèce sur , pour laquelle chacune des soit un morphisme. Désignant par l'application identique de , muni de , sur , muni de , on peut encore dire que est un morphisme pour tout ; la condition (FI) montre que est un morphisme, ce qui signifie (IV, p. 13) que est moins fine que . D'autre part, en appliquant (FI) au cas où est l'application identique de (muni de ) sur lui-même, on voit (en vertu de (MOIII)) que chacune des est un morphisme de dans , ce qui prouve le critère.
Il peut se faire qu'il existe une structure d'espèce sur qui soit la plus fine de toutes les structures d'espèce pour lesquelles les sont des morphismes, mais que cette structure ne soit pas structure finale pour (IV, p. 30, exerc. 6).
On a le critère de transitivité suivant:
CST19. Soient E un ensemble, une famille d'ensembles, et pour chaque , soit une structure d'espèce sur . Soit une partition de , et soit une famille d'ensembles ayant comme ensemble d'indices. Enfin, pour tout , soit une application de dans ; pour tout et tout , soit une application de dans ; on pose alors (fig. 2). On suppose que, pour tout , il existe une structure finale sur , pour la famille . Dans ces conditions, les propositions suivantes sont équivalentes: a) il existe une structure finale sur pour la famille ; b) il existe une structure finale sur pour la famille . En outre, ces propositions entraînent que .
!Diagramme montrant les applications entre ensembles et structures
Fig. 2
En effet, soit un ensemble muni d'une structure d'espèce , et soit une application de dans . Par définition, la relation
« est un morphisme de dans »
est équivalente à la relation
« quel que soit , est un morphisme de dans ».
La relation
(3) « quel que soit , est un morphisme de dans »
est donc équivalente à la relation
(4) « quel que soit , est un morphisme de dans ».
Or, dire que est structure finale pour la famille signifie que la relation (3) est équivalente à la relation
« est un morphisme de (muni de ) dans » et dire que est structure finale pour la famille signifie que la relation (4) est équivalente à la relation
« est un morphisme de (muni de ) dans »;
d’où le critère, compte tenu de la propriété d’unicité de la structure finale.
6. Exemples de structures finales
I : Image directe d’une structure. — Lorsque est un ensemble à un seul élément, la structure finale pour le seul triplet est appelée (lorsqu’elle existe) image directe par de la structure .
II : Structure quotient. — Soient un ensemble muni d’une structure d’espèce , une relation d’équivalence dans , et soit l’application canonique de sur l’ensemble quotient (II, p. 41). On appelle structure quotient de par la relation l’image directe (si elle existe) de la structure par l’application .
\* En général, une structure d’ordre ou une structure algébrique n’admettent pas de structure quotient pour une relation d’équivalence quelconque (cf. III, p. 69, exerc. 2). Par contre une topologie admet toujours une structure quotient pour une relation d’équivalence arbitraire, mais il n’en est pas de même d’une structure d’espace topologique séparé.*
Soient deux ensembles munis respectivement de structures d’espèce , et soit un morphisme de dans . Soient la relation d’équivalence , l’application canonique de sur , et l’injection canonique de dans . Supposons que admette une structure quotient par , et que induise une structure sur . Alors, dans la décomposition canonique de (II, p. 44), la bijection de sur , associée à , est un morphisme (mais non nécessairement un isomorphisme), lorsqu’on munit de et de . En effet, est un morphisme de dans , par définition de la structure quotient, et un morphisme de sur , par définition de la structure induite.
CST20. Soient deux ensembles munis de structures d’espèce , une relation d’équivalence dans , une relation d’équivalence dans . On suppose qu’il existe une structure quotient de par , et une structure quotient de par . Alors, si est un morphisme de dans , compatible avec les relations et (II, p. 44), et l’application obtenue par passage aux quotients, est un morphisme de dans .
En effet, si est l’application canonique de sur , l’application canonique de sur , on a ; comme et sont des morphismes, il en est de même de en vertu de (MO); mais alors, étant un morphisme, il en est de même de , par définition de la structure quotient.
Le critère de transitivité CST19 donne en particulier le critère suivant:
CST21. Soient un ensemble muni d'une structure d'espèce , une relation d'équivalence dans , telle qu'il existe sur une structure quotient de par . Soit une relation d'équivalence dans , moins fine que , et soit la relation d'équivalence dans , quotient de par (II, p. 46). Pour qu'il existe sur une structure quotient de par , il faut et il suffit qu'il existe sur une structure quotient de par , et l'application canonique de (muni de ) sur (muni de ) est alors un isomorphisme.
En effet, soient l'application canonique de sur , celle de sur . En vertu de CST19, dire que est structure quotient de par équivaut à dire que est structure finale pour le triplet . Le critère résulte alors de ce que la relation est équivalente à .
Remarque 03VW
Soient un ensemble muni d'une structure d'espèce , une relation d'équivalence dans telle qu'il existe sur une structure quotient de par . Soit l'application canonique de sur ; en général, il n'existe pas de section associée à (II, p. 18) qui soit un morphisme de dans . Supposons qu'une telle section existe, et en outre qu'il existe une structure induite par sur ; alors, en désignant par l'injection canonique de dans , et en posant , l'application bijective est un isomorphisme de sur . En effet, est un morphisme par définition de la structure induite, et est un morphisme de sur en raison de (MO_{II}); comme est l'application identique de et l'application identique de , la conclusion résulte du critère CST8.
Exercices
See the exercises for § 2.