Bourbaki

§ 2. Morphismes et structures dérivées

1. Morphismes

Pour simplifier, nous supposerons, dans ce paragraphe et le suivant, que les espèces de structure dont il est question ne comportent qu'un seul ensemble de base (nécessairement principal); le lecteur étendra sans peine les définitions et résultats au cas général.

Soient Σ\Sigma une espèce de structure dans une théorie T\mathscr{T} plus forte que la théorie des ensembles, x,y,s,tx, y, s, t quatre lettres distinctes entre elles et distinctes des constantes de Σ\Sigma; rappelons que la notation F(x;y)\mathscr{F}(x; y) désigne l'ensemble des applications de xx dans yy (II, p. 31). Supposons donné un terme σ{x,y,s,t}\sigma\{x, y, s, t\} de T\mathscr{T}, vérifiant les conditions suivantes:

(MO_I) La relation « ss est une structure d'espèce Σ\Sigma sur xx et tt est une structure d'espèce Σ\Sigma sur yy » entraîne, dans T\mathscr{T}, la relation σ{x,y,s,t}⊂F(x;y)\sigma\{x, y, s, t\} \subset \mathscr{F}(x; y).

(MO_{II}) *Si, dans une théorie T′\mathscr{T}' plus forte que T\mathscr{T}, E,E′,E′′E, E', E'' sont trois ensembles munis de structures S,S′,S′′\mathscr{S}, \mathscr{S}', \mathscr{S}'' d'espèce Σ\Sigma, les relations f∈σ{E,E′,S,S′}f \in \sigma\{E, E', \mathscr{S}, \mathscr{S}'\} et g∈σ{E′,E′′,S′,S′′}g \in \sigma\{E', E'', \mathscr{S}', \mathscr{S}''\} entraînent la relation g∘f∈σ{E,E′′,S,S′′}g \circ f \in \sigma\{E, E'', \mathscr{S}, \mathscr{S}''\}.

(MO_{III}) *Étant donnés, dans une théorie T′\mathscr{T}' plus forte que T\mathscr{T}, deux ensembles E,E′E, E' munis de structures S,S′\mathscr{S}, \mathscr{S}' d'espèce Σ\Sigma, pour qu'une bijection ff de EE sur E′E' soit un isomorphisme, il faut et il suffit que l'on ait f∈σ{E,E′,S,S′}f \in \sigma\{E, E', \mathscr{S}, \mathscr{S}'\} et f−1∈σ{E′,E,S′,S}f^{-1} \in \sigma\{E', E, \mathscr{S}', \mathscr{S}\}.

Lorsque Σ\Sigma et σ\sigma sont donnés, on exprime la relation f∈σ{x,y,s,t}f \in \sigma\{x, y, s, t\} en disant que ff est un morphisme (ou un σ\sigma-morphisme) de xx, muni de ss, dans yy, muni de tt; si (dans une théorie T′\mathscr{T}' plus forte que T\mathscr{T}) E,E′E, E' sont deux ensembles munis de structures S,S′\mathscr{S}, \mathscr{S}' d'espèce Σ\Sigma, le terme σ{E,E′,S,S′}\sigma\{E, E', \mathscr{S}, \mathscr{S}'\} est l'ensemble des σ\sigma-morphismes de EE dans E′E'.

Exemple 1 03VL

Prenons pour Σ\Sigma l'espèce de structure d'ordre et pour σ{x,y,s,t}\sigma\{x, y, s, t\} l'ensemble des applications ff de xx dans yy telles que la relation (u,v)∈s(u, v) \in s entraîne (f(u), f(v)) \in t. Avec les notations de III, p. 4, cela signifie encore que u≤vu \leq v entraîne f(u)≤f(v)f(u) \leq f(v), c'est-à-dire que ff est croissante (III, p. 7). La vérification des axiomes (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}) est immédiate.

Exemple 2 03VM

Prenons pour Σ\Sigma une espèce de structure algébrique comportant une seule loi de composition (interne) (IV, p. 5, Exemple 2). Soient A, A' deux ensembles munis de structures d'espèce Σ\Sigma, et soient p,p′p, p' les lois de composition de ces deux structures. Considérons les applications ff de A dans A' telles que l'on ait p′(f(x),f(y))=f(p(x,y))p'(f(x), f(y)) = f(p(x, y)) pour x∈Ax \in A et y∈Ay \in A; ces applications vérifient (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}); on les appelle homomorphismes de A dans A'.

Exemple 3 03VN

Prenons pour Σ\Sigma l'espèce de structure topologique (IV, p. 5, Exemple 3). Soient A, A' deux ensembles munis de topologies V, V' respectivement; considérons les applications ff de A dans A' telles que la relation X′∈V′X' \in V' entraîne f−1(X′)∈Vf^{-1}(X') \in V (autrement dit, l'image réciproque par ff de tout ensemble ouvert pour V′V' doit être ouvert pour VV); on dit que ces applications, qui satisfont à (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}), sont les applications continues de A dans A' pour les topologies V et V', (cf. TG, I, § 2).

Remarque 03VO

Pour une espèce de structure donnée Σ\Sigma, on a souvent l'occasion de définir divers termes σx,y,s,t\sigma x, y, s, t qui satisfont aux conditions (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}). Par exemple, pour l'espèce Σ\Sigma de structure topologique, on dit (avec les notations de l'exemple précédent) qu'une application ff de A dans A' est ouverte si la relation X∈VX \in V entraîne f(X)∈V′f(X) \in V' (autrement dit, si l'image par ff de tout ensemble ouvert est un ensemble ouvert). On constate aisément que les applications ouvertes satisfont aussi aux conditions (MO_I), (MO_{II}) et (MO_{III}) pour l'espèce Σ\Sigma; en outre, on peut montrer qu'une application continue n'est pas nécessairement ouverte, et qu'une application ouverte n'est pas nécessairement continue. La donnée d'une espèce de structure n′impliquedoncpasn'implique donc pas une notion de morphisme bien déterminée.

Pour les structures d'ordre, les structures algébriques et les structures topologiques, il sera toujours sous-entendu que les morphismes sont ceux qui ont été définis dans les exemples ci-dessus, sauf mention expresse du contraire.

La condition (MO_{III}) et la caractérisation des bijections (II, p. 18, corollaire) entraînent le critère suivant: CST8. Soient E, E' deux ensembles munis chacun d'une structure d'espèce Σ\Sigma. Soit ff un σ\sigma-morphisme de E dans E', g un σ\sigma-morphisme de E' dans E. Si g∘fg \circ f est l'application identique de E sur lui-même, et f∘gf \circ g l'application identique de E' sur lui-même, ff est un isomorphisme de E sur E', et g est l'isomorphisme réciproque.

On notera qu'une bijection de E sur E' peut être un σ\sigma-morphisme sans que son application réciproque soit un σ\sigma-morphisme. *Par exemple, une application bijective d'un espace topologique A dans un espace topologique A' peut être continue sans que son application réciproque le soit (TG, I, § 2, n° 1, Remarque 3).

Remarque 03VP

Lorsqu'une espèce de structure Σ\Sigma comporte plusieurs ensembles de base principaux x1,…,xnx_1, \ldots, x_n, et des ensembles de base auxiliaires A1,…,AmA_1, \ldots, A_m, un σ\sigma-morphisme est un système (f1,…,fn)(f_1, \ldots, f_n), où fif_i est une application de xix_i dans yiy_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), ces systèmes d'applications vérifiant des conditions analogues à (MO_{II}) et (MO_{III}), que le lecteur énoncera aisément.

2. Structures plus fines

Dans tout le reste de ce paragraphe, nous supposerons données une espèce de structure Σ\Sigma et une notion de σ\sigma-morphisme relative à cette espèce de structure;

toutes les notions qui vont être introduites dépendent, non seulement de Σ\Sigma, mais aussi de la notion de σ\sigma-morphisme envisagée. Nous dirons d’ordinaire « morphisme » pour « σ\sigma-morphisme ».

Soient E un ensemble, S1\mathscr{S}_1 et S2\mathscr{S}_2 deux structures d’espèce Σ\Sigma sur E. On dit que la structure S1\mathscr{S}_1 est plus fine que S2\mathscr{S}_2 (ou que S2\mathscr{S}_2 est moins fine que S1\mathscr{S}_1) si l’application identique de E, muni de S1\mathscr{S}_1, sur E, muni de S2\mathscr{S}_2, est un morphisme.

Si cela est nécessaire pour éviter des confusions, on dira que S1\mathscr{S}_1 est plus fine que S2\mathscr{S}_2 relativement à la notion de σ\sigma-morphisme considérée; de même pour toutes les notions qui vont être définies dans ce paragraphe.

Supposons que S1\mathscr{S}_1 soit plus fine que S2\mathscr{S}_2; si E′ est un ensemble muni d’une structure S′\mathscr{S}' d’espèce Σ\Sigma, et si f est un morphisme de E, muni de S2\mathscr{S}_2, dans E′, muni de S′\mathscr{S}', alors f est aussi un morphisme de E, muni de S1\mathscr{S}_1, dans E′, muni de S′\mathscr{S}': cela résulte de la définition précédente et de (MOII_{\text{II}}). De même, si g est un morphisme de E′, muni de S′\mathscr{S}', dans E, muni de S1\mathscr{S}_1, g est aussi un morphisme de E′, muni de S′\mathscr{S}', dans E, muni de S2\mathscr{S}_2.

En termes plus imagés, plus une structure (d’espèce Σ\Sigma) sur E est fine, plus il y a de morphismes dont E est l’ensemble de départ, et moins il y a de morphismes dont E est l’ensemble d’arrivée.

La relation « S1\mathscr{S}_1 est moins fine que S2\mathscr{S}_2 » est une relation d’ordre entre S1\mathscr{S}_1 et S2\mathscr{S}_2 dans l’ensemble des structures d’espèce Σ\Sigma sur E: elle est en effet réflexive d’après (MOIII_{\text{III}}), transitive d’après (MOII_{\text{II}}), et si une structure d’espèce Σ\Sigma est à la fois plus fine et moins fine qu’une autre, elle lui est identique en vertu de (MOIII_{\text{III}}). Conformément aux définitions générales (III, p. 13), on dit que deux structures d’espèce Σ\Sigma sur E sont comparables si l’une est plus fine que l’autre; on dit qu’une structure est strictement plus fine (resp. strictement moins fine) qu’une autre si elle est plus fine (resp. moins fine) que cette dernière et en est distincte.

Exemple 1 03VQ

Pour qu’une structure d’ordre de graphe s sur un ensemble A soit plus fine qu’une structure d’ordre de graphe s′, il faut et il suffit que s⊂s′s \subset s'. Autrement dit, la relation x≤yx \leq y pour s entraîne x≤yx \leq y pour s′; on retrouve la définition donnée dans III, p. 6, Exemple 3.

Exemple 2 03VR

Considérons deux structures algébriques F, F′ de même espèce Σ\Sigma sur un ensemble A, F et F′ étant les graphes des lois de composition de ces deux structures. D’après la définition des morphismes dans ce cas (IV, p. 12, Exemple 2), dire que F est plus fine que F′ signifie que F⊂F′F \subset F'. Mais comme F et F′ sont des graphes fonctionnels ayant tous deux le même ensemble de définition A×AA \times A, on a nécessairement F=F′F = F'. Autrement dit, deux structures comparables d’espèce Σ\Sigma sont nécessairement identiques.

Exemple 3 03VS

Soient V, V′ deux topologies sur un même ensemble A. Dire que V est plus fine que V′ signifie, en vertu de la définition des morphismes (IV, p. 12, Exemple 3) que V′⊂VV' \subset V; en d’autres termes, toute partie de A qui est un ensemble ouvert pour V′ est aussi un ensemble ouvert pour V (ou, de façon plus imagée, plus une topologie est fine, plus il y a d’ensembles ouverts).

Remarque 03VT

Nous venons de voir un exemple (Exemple 2) où deux structures comparables de même espèce Σ\Sigma sont nécessairement identiques. On rencontre de nombreux exemples de telles structures: structures d’ordre total, *topologies d’espace compact, structures d’espace de Fréchet (les morphismes étant les applications linéaires continues), topologies définies par une valeur absolue (ou une valuation) sur un corps, etc.

Pour une telle espèce de structure Σ\Sigma, un morphisme ff de EE dans E′E' qui est une application bijective est un isomorphisme: car en transportant par ff la structure S\mathscr{S} de EE, on obtient une structure d’espèce Σ\Sigma plus fine que la structure S′\mathscr{S}' de E′E', donc qui est nécessairement identique à cette dernière.

3. Structures initiales

Considérons une famille (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} d’ensembles, dont chacun est muni d’une structure Si\mathscr{S}_i d’espèce Σ\Sigma. Soit d’autre part EE un ensemble, et, pour chaque i∈Ii \in I, soit fif_i une application de E dans AiA_i. On dit qu’une structure I\mathscr{I} d’espèce Σ\Sigma sur EE est structure initiale pour la famille (Ai,Si,fi)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, f_i)_{i \in I} si elle possède la propriété suivante:

(IN) Quels que soient l’ensemble E′E', la structure S′\mathscr{S}' d’espèce Σ\Sigma sur E′E' et l’application gg de E' dans E, la relation

« gg est un morphisme de E′E' dans EE »

est équivalente à la relation

« quel que soit i∈Ii \in I, fi∘gf_i \circ g est un morphisme de E′E' dans AiA_i ».

CST9. S’il existe, sur E, une structure initiale pour la famille (Ai,Si,fi)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, f_i)_{i \in I} elle est la moins fine des structures d’espèce Σ\Sigma sur E pour lesquelles chacune des applications fif_i est un morphisme, et par suite est unique.

En effet, soit I\mathscr{I} une structure initiale sur EE, et S\mathscr{S} une structure d’espèce Σ\Sigma sur EE, pour laquelle chacune des fif_i est un morphisme. Désignant par ii l’application identique de EE, muni de S\mathscr{S}, sur EE, muni de I\mathscr{I}, on peut encore dire que fi∘if_i \circ i est un morphisme pour tout i∈Ii \in I; la condition (IN) montre que ii est un morphisme, ce qui signifie (IV, p. 13) que S\mathscr{S} est plus fine que I\mathscr{I}. D’autre part, en appliquant (IN) au cas où gg est l’application identique de EE (muni de I\mathscr{I}) sur lui-même, on voit (en vertu de (MOIII_{\text{III}})) que chacune des fif_i est un morphisme de EE dans AiA_i, ce qui prouve le critère.

Il peut se faire qu’il existe une structure d’espèce Σ\Sigma sur EE qui soit la moins fine de toutes les structures d’espèce Σ\Sigma pour lesquelles les fif_i sont des morphismes, mais que cette structure ne soit pas la structure initiale pour (Ai,Si,fi)(A_i, \mathscr{S}_i, f_i) (IV, p. 30, exerc. 6).

On a le critère de transitivité suivant:

CST10. Soient E un ensemble, (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} une famille d’ensembles, et pour chaque i∈Ii \in I, soit Si\mathscr{S}_i une structure d’espèce Σ\Sigma sur AiA_i. Soit (Jλ)λ∈L(J_\lambda)_{\lambda \in L} une partition de II, et soit (Bλ)λ∈L(B_\lambda)_{\lambda \in L} une famille d’ensembles ayant LL comme ensemble d’indices. Enfin, pour tout λ∈L\lambda \in L, soit hλh_\lambda une application de EE dans BλB_\lambda; pour tout λ∈L\lambda \in L et tout i∈Jλi \in J_\lambda, soit gλig_{\lambda i} une application de BλB_\lambda dans AiA_i; on pose alors fi=gλi∘hλf_i = g_{\lambda i} \circ h_\lambda (fig. 1). On suppose que, pour tout λ∈L\lambda \in L, il existe une structure initiale Sλ′\mathscr{S}'_\lambda sur BλB_\lambda, pour la famille (Ai,Si,gλi)i∈Jλ(A_i, \mathscr{S}_i, g_{\lambda i})_{i \in J_\lambda}. Dans ces conditions, les propositions suivantes sont équivalentes:

a) il existe une structure initiale I\mathscr{I} sur EE pour la famille (Ai,Si,fi)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, f_i)_{i \in I};

b) il existe une structure initiale I′\mathscr{I}' sur E pour la famille (Bλ,Sλ′,hλ)λ∈L(B_\lambda, \mathscr{S}'_\lambda, h_\lambda)_{\lambda \in L}. En outre, ces propositions entraînent que I=I′\mathscr{I} = \mathscr{I}'.

En effet, soit F un ensemble muni d'une structure d'espèce Σ\Sigma, et soit uu une application de F dans E. Remarquons que, par définition, la relation

« hλ∘uh_\lambda \circ u est un morphisme de F dans BλB_\lambda »

est équivalente à la relation

« quel que soit t∈Jλt \in J_\lambda, gλt∘hλ∘u=ft∘ug_{\lambda t} \circ h_\lambda \circ u = f_t \circ u est un morphisme de F dans AtA_t ».

![Diagramme commutatif montrant les relations entre E, B_\lambda, A_t, et les morphismes h_\lambda, g_{\lambda t}, f_t](Fig. 1)

La relation (1) « quel que soit λ∈L\lambda \in L, hλ∘uh_\lambda \circ u est un morphisme de F dans BλB_\lambda » est donc équivalente à la relation (2) « quel que soit t∈It \in I, ft∘uf_t \circ u est un morphisme de F dans AtA_t ». Or, dire que I′\mathscr{I}' est structure initiale pour la famille (Bλ,Sλ′,hλ)λ∈L(B_\lambda, \mathscr{S}'_\lambda, h_\lambda)_{\lambda \in L} signifie que la relation (1) est équivalente à la relation

« uu est un morphisme de F dans E muni de I′\mathscr{I}' »;

et dire que I\mathscr{I} est structure initiale pour la famille (At,St,ft)t∈I(A_t, \mathscr{S}_t, f_t)_{t \in I} signifie que la relation (2) est équivalente à la relation

« uu est un morphisme de F dans E muni de I\mathscr{I} »;

d'où le critère, compte tenu de la propriété d'unicité de la structure initiale.

4. Exemples de structures initiales

I: Image réciproque d'une structure. — Lorsque I est un ensemble à un seul élément, la structure initiale pour le seul triplet (A,S,f)(A, \mathscr{S}, f) est appelée (lorsqu'elle existe) image réciproque par ff de la structure S\mathscr{S}.

Une topologie admet toujours une image réciproque par une application quelconque ff; mais il n'en est pas ainsi pour une structure d'ordre ou une structure algébrique.

II: Structure induite. — Soient A un ensemble muni d'une structure S\mathscr{S} d'espèce Σ\Sigma, B une partie de A, jj l'injection canonique de B dans A. On appelle structure induite par S\mathscr{S} sur B l'image réciproque (si elle existe) de la structure S\mathscr{S} par l'injection jj.

Une structure d'ordre induit une structure de même espèce sur toute partie de l'ensemble où elle est définie; il n'en est pas de même d'une structure d'ensemble ordonné filtrant. Une topologie induit une topologie sur toute partie de l'ensemble où elle est définie; mais une topologie d'espace compact n'induit pas en général une topologie d'espace compact. Sur une partie quelconque B d'un ensemble A muni d'une structure algébrique, cette structure n'induit pas en général une structure de même espèce; lorsque la structure donnée sur A comporte des lois de composition, il est nécessaire que B soit stable pour chacune de ces lois, mais cette condition n'est pas toujours suffisante (cf. A, I, § 4, no 3).

Le critère général CST10 donne pour les structures induites le critère de transitivité:

CST11. Soient B une partie de A, C une partie de B, S\mathscr{S} une structure d'espèce Σ\Sigma sur A, induisant sur B une structure S′\mathscr{S}' de même espèce. Pour que S\mathscr{S} induise sur C une structure d'espèce Σ\Sigma, il faut et il suffit que S′\mathscr{S}' induise sur C une structure d'espèce Σ\Sigma, et les structures induites par S\mathscr{S} et S′\mathscr{S}' sur C sont alors identiques.

CST12. Soient A, A' deux ensembles munis de structures S\mathscr{S}, S′\mathscr{S}' d'espèce Σ\Sigma, B une partie de A, B' une partie de A'. On suppose que S\mathscr{S} (resp. S′\mathscr{S}') induit une structure d'espèce Σ\Sigma sur B (resp. B'). Alors, si f est un morphisme de A dans A', tel que f(B)⊂B′f(B) \subset B', l'application g de B dans B', qui coïncide avec f dans B, est un morphisme (pour les structures induites par S\mathscr{S} et S′\mathscr{S}').

En effet, soit jj (resp. j′j') l'injection canonique de B (resp. B') dans A (resp. A'). Par définition, on a f∘j=j′∘gf \circ j = j' \circ g; comme ff et jj sont des morphismes, il en est de même de f∘jf \circ j en vertu de (MO_{II}); mais alors, j′∘gj' \circ g étant un morphisme, il en est de même de gg, par définition de la structure induite.

III: Structure produit. — Soit (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} une famille d'ensembles, et sur chaque ensemble AiA_i, soit Si\mathscr{S}_i une structure d'espèce Σ\Sigma; soit E=∏i∈IAiE = \prod_{i \in I} A_i l'ensemble produit de la famille (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} (II, p. 32), et soit pr_i la projection de E sur AiA_i. On appelle structure produit des structures Si\mathscr{S}_i la structure initiale (si elle existe) pour la famille (Ai,Si,pri)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, \mathrm{pr}_i)_{i \in I}.

Une famille de structures d'ordre admet toujours une structure produit, mais non une famille de structures d'ordre total. Une famille de structures de groupe admet toujours une structure produit, mais non une famille de structures de corps. Une famille de topologies admet toujours une structure produit, mais non une famille de topologies d'espace localement compact. Pour cette dernière espèce de structure, on notera qu'il y a une structure produit de même espèce sur tout produit d'une famille finie d'espaces localement compacts, mais pas toujours sur un produit d'une famille infinie de tels espaces (cf. TG, I, § 9, no 7, prop. 14).

Le critère CST10 donne pour les structures produits le critère d'associativité:

CST13. Soit (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} une famille d'ensembles, et pour chaque i∈Ii \in I, soit Si\mathscr{S}_i une structure d'espèce Σ\Sigma sur AiA_i. Soit (Jλ)λ∈L(J_\lambda)_{\lambda \in L} une partition de II. On suppose que sur chaque produit partiel Bλ=∏i∈JλAiB_\lambda = \prod_{i \in J_\lambda} A_i la famille (Si)i∈Jλ(\mathscr{S}_i)_{i \in J_\lambda} admette une structure produit Sλ′\mathscr{S}'_\lambda. Alors, pour que la famille (Si)i∈I(\mathscr{S}_i)_{i \in I} admette une structure produit S\mathscr{S}, il faut et il suffit que la famille (Sλ′)λ∈L(\mathscr{S}'_\lambda)_{\lambda \in L} admette une structure produit S′\mathscr{S}', et l'application canonique de E=∏i∈IAiE = \prod_{i \in I} A_i muni de S\mathscr{S}, sur F=∏λ∈LBλF = \prod_{\lambda \in L} B_\lambda muni de S′\mathscr{S}' (II, p. 35) est un isomorphisme.

Une autre application de CST10 donne le critère suivant, relatif aux structures induites par une structure produit:

CST14. Soit (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} une famille d'ensembles, et pour chaque i∈Ii \in I, soit Si\mathscr{S}_i une structure d'espèce Σ\Sigma sur AiA_i. Pour chaque i∈Ii \in I, soit BiB_i une partie de AiA_i. On suppose que chaque Si\mathscr{S}_i induise sur BiB_i une structure Si′\mathscr{S}'_i et que sur le produit E=∏i∈IAiE = \prod_{i \in I} A_i il existe une structure S0\mathscr{S}_0 produit de la famille (Si)(\mathscr{S}_i). Dans ces conditions, les propositions suivantes sont équivalentes:

a) sur l'ensemble B=∏i∈IBi⊂EB = \prod_{i \in I} B_i \subset E il existe une structure S\mathscr{S} induite par S0\mathscr{S}_0; b) sur l'ensemble BB, il existe une structure S′\mathscr{S}' produit de la famille de structures (Si′)(\mathscr{S}'_i). En outre, ces propositions entraînent que S=S′\mathscr{S} = \mathscr{S}'.

En effet, soient jij_i l'injection canonique de BiB_i dans AiA_i, jj l'injection canonique de BB dans EE, pip_i la projection de EE sur AiA_i, pi′p'_i la projection de BB sur BiB_i; on a pi∘j=ji∘pi′p_i \circ j = j_i \circ p'_i pour tout i∈Ii \in I. D'après CST10, S\mathscr{S} est la structure initiale pour la famille (Ai,Si,pi∘j)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, p_i \circ j)_{i \in I} et S′\mathscr{S}' est la structure initiale pour la famille (Ai,Si,ji∘pi′)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, j_i \circ p'_i)_{i \in I}. D'où le critère.

Les notions d'image réciproque et de structure produit sont liées par le critère suivant:

CST15. Soit (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} une famille d'ensembles, et pour chaque i∈Ii \in I, soient Si\mathscr{S}_i une structure d'espèce Σ\Sigma sur AiA_i, et fif_i une application d'un ensemble EE dans AiA_i. On suppose qu'il existe sur l'ensemble produit A=∏i∈IAiA = \prod_{i \in I} A_i une structure produit S\mathscr{S} de la famille (Si)(\mathscr{S}_i). Alors, pour qu'il existe une structure initiale pour la famille (Ai,Si,fi)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, f_i)_{i \in I}, il faut et il suffit qu'il existe une structure image réciproque de S\mathscr{S} par l'application x↦f(x)=(fi(x))x \mapsto f(x) = (f_i(x)) de EE dans AA, et ces deux structures sont identiques.

Comme fi=pri∘ff_i = \mathrm{pr}_i \circ f, ce critère est un cas particulier de CST10.

Remarque 03VU

Soit (Sλ)λ∈L(\mathscr{S}_\lambda)_{\lambda \in L} une famille de structures d'espèce Σ\Sigma sur un même ensemble AA; désignons par AλA_\lambda l'ensemble AA muni de la structure Sλ\mathscr{S}_\lambda, et par Idλ\mathrm{Id}_\lambda l'application identique de AA dans AλA_\lambda. Soient BB l'ensemble produit AL=∏λ∈LAλA^L = \prod_{\lambda \in L} A_\lambda, Δ\Delta la diagonale de ce produit (II, p. 33), et hh l'application diagonale de AA sur Δ\Delta, h(x)h(x) étant donc l'élément (xλ)λ∈L(x_\lambda)_{\lambda \in L} tel que xλ=xx_\lambda = x pour tout λ∈L\lambda \in L. Supposons qu'il existe sur BB la structure produit S′\mathscr{S}' de la famille (Sλ)(\mathscr{S}_\lambda); comme hh est injective, le critère CST15 montre que, pour qu'il existe une structure initiale S\mathscr{S} pour la famille (Aλ,Sλ,Idλ)λ∈L(A_\lambda, \mathscr{S}_\lambda, \mathrm{Id}_\lambda)_{\lambda \in L}, il faut et il suffit qu'il existe sur Δ\Delta une structure S′′\mathscr{S}'' induite par S′\mathscr{S}'; S′′\mathscr{S}'' est alors transportée de S\mathscr{S} par hh. En particulier, lorsque toutes les structures Sλ\mathscr{S}_\lambda sont identiques, hh est un isomorphisme de AA (muni de cette structure) sur Δ\Delta.

On a aussi le critère suivant:

CST16. Soient (Ai)i∈I,(Bi)i∈I(A_i)_{i \in I}, (B_i)_{i \in I} deux familles d'ensembles ayant même ensemble d'indices. Pour tout i∈Ii \in I, soient Si\mathscr{S}_i une structure d'espèce Σ\Sigma sur AiA_i, Si′\mathscr{S}'_i une structure d'espèce Σ\Sigma sur BiB_i. Supposons qu'il existe sur A=∏i∈IAiA = \prod_{i \in I} A_i (resp. B=∏i∈IBiB = \prod_{i \in I} B_i) la structure produit S\mathscr{S} (resp. S′\mathscr{S}') de la famille (Si)(\mathscr{S}_i) (resp. (Si′)(\mathscr{S}'_i)). Enfin, pour tout i∈Ii \in I, soit fif_i un morphisme de AiA_i dans BiB_i; alors, l'application f=(fi)i∈If = (f_i)_{i \in I} est un morphisme de AA dans BB.

En effet, soit pip_i (resp. qiq_i) la projection de AA sur AiA_i (resp. de BB sur BiB_i); on a qi∘f=fi∘piq_i \circ f = f_i \circ p_i. Comme fif_i et pip_i sont des morphismes (critère CST9), il en est de même de fi∘pif_i \circ p_i d'après (MOII_{\text{II}}), donc ff est un morphisme en vertu de la condition (IN).

Remarque 03VV

Pour la plupart des structures usuelles, la condition énoncée dans CST16 est non seulement suffisante, mais aussi nécessaire pour que ff soit un morphisme (cf. IV, p. 30, exerc. 7). Il en est ainsi en particulier dans les circonstances suivantes (qui sont vérifiées, par exemple, lorsque Σ\Sigma est l'espèce de structure d'ordre, ou l'espèce de structure de groupe ou l'espèce de structure topologique, etc.; cf. IV, p. 30, exerc. 8): Il existe une famille (ai)i∈I(a_i)_{i \in I} telle que ai∈Aia_i \in A_i pour tout i∈Ii \in I et telle que, si on pose ri(xi)=(yκ)r_i(x_i) = (y_\kappa), avec yi=xi,yκ=aκy_i = x_i, y_\kappa = a_\kappa pour κ≠i\kappa \neq i, chacune des applications rir_i soit un morphisme de AiA_i dans AA. En effet, si f=(fi)f = (f_i) est un morphisme de AA dans BB, on peut écrire fi=qi∘f∘rif_i = q_i \circ f \circ r_i pour tout i∈Ii \in I, et il suffit d'appliquer (MOII_{\text{II}}). On notera que rir_i est un morphisme lorsque la condition suivante est vérifiée: a)a) Pour tout ensemble EE muni d'une structure d'espèce Σ\Sigma, l'application constante z↦aiz \mapsto a_i est un morphisme de EE dans AiA_i. En effet, pour tout κ∈I\kappa \in I, pκ∘rip_\kappa \circ r_i est alors un morphisme de AiA_i dans AκA_\kappa, puisque cette application est l'identité pour κ=i\kappa = i, et une application constante z↦aκz \mapsto a_\kappa pour κ≠i\kappa \neq i; par définition de la structure produit, rir_i est donc un morphisme de AiA_i dans AA. Les exemples cités ci-dessus vérifient, non seulement a)a), mais aussi la condition: b)b) sur chaque ensemble Ai′=Ai×∏κ≠i{aκ}A'_i = A_i \times \prod_{\kappa \neq i} \{a_\kappa\}, la structure S\mathscr{S} induit une structure d'espèce Σ\Sigma. Soit pi′p'_i la restriction de pip_i à Ai′A'_i; lorsque les conditions a)a) et b)b) sont vérifiées, pi′p'_i est un isomorphisme de Ai′A'_i sur AiA_i. En effet, comme pi′=pi∘jip'_i = p_i \circ j_i, où jij_i est l'injection canonique de Ai′A'_i dans AA, pi′p'_i est un morphisme en vertu de (MOII_{\text{II}}). D'autre part, on a ri=ji∘pi′r_i = j_i \circ p'_i, donc pi′p'_i est un morphisme de AiA_i dans Ai′A'_i en vertu de la définition de la structure induite.

On a enfin le critère suivant, qui caractérise les morphismes dans de nombreux cas:

CST17. Soient AA et BB deux ensembles, munis de structures SA,SB\mathscr{S}_A, \mathscr{S}_B de même espèce Σ\Sigma. On suppose qu'il existe sur A×BA \times B la structure SA×B\mathscr{S}_{A \times B}, produit de SA\mathscr{S}_A et de SB\mathscr{S}_B. Soient ff une application de AA dans BB, FF son graphe, π\pi l'application bijective x↦(x,f(x))x \mapsto (x, f(x)) de AA sur FF. Pour que ff soit un morphisme de AA dans BB, il faut et il suffit qu'il existe sur FF une structure d'espèce Σ\Sigma induite par SA×B\mathscr{S}_{A \times B}, et que lorsqu'on munit FF de cette structure, π\pi soit un isomorphisme de AA sur FF.

La condition est suffisante; en effet, si jj est l'injection canonique de FF dans A×BA \times B, on peut écrire f=pr2∘j∘πf = pr_2 \circ j \circ \pi, et ff est alors par hypothèse le composé de trois morphismes.

Montrons que la condition est nécessaire; désignons par SF\mathscr{S}_F la structure d'espèce Σ\Sigma transportée de SA\mathscr{S}_A par la bijection π\pi (IV, p. 7); tout revient à prouver que SF\mathscr{S}_F est induite sur FF par SA×B\mathscr{S}_{A \times B}. Pour cela, remarquons d'abord que jj est un morphisme de FF dans A×BA \times B: il suffit en effet, par définition de la structure SF\mathscr{S}_F, de prouver que j∘πj \circ \pi est un morphisme de AA dans A×BA \times B; mais j∘πj \circ \pi n'est autre que l'application x↦(x,f(x))x \mapsto (x, f(x)) de AA dans A×BA \times B, qui est un morphisme en vertu de l'hypothèse sur ff et de la définition de la structure produit. Reste à montrer que si EE est un ensemble muni d'une structure d'espèce Σ\Sigma, gg une application de EE dans FF telle que j∘gj \circ g soit un morphisme de EE dans A×BA \times B, alors gg est un morphisme, ou, ce qui revient au même, que g1=π−1∘gg_1 = \pi^{-1} \circ g est un morphisme de EE dans AA; mais comme g1=pr1∘(j∘g)g_1 = pr_1 \circ (j \circ g), cela résulte de l'hypothèse et de la définition de la structure produit.

5. Structures finales

Considérons une famille (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} d'ensembles, dont chacun est muni d'une structure Si\mathscr{S}_i d'espèce Σ\Sigma. Soit d'autre part EE un ensemble, et, pour chaque i∈Ii \in I, soit gig_i une application de AiA_i dans EE. On dit qu'une structure F\mathscr{F} d'espèce Σ\Sigma sur EE est structure finale pour la famille (Ai,Si,gi)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, g_i)_{i \in I} si elle possède la propriété suivante:

(FI) Quels que soient l'ensemble E′E', la structure S′\mathscr{S}' d'espèce Σ\Sigma sur E′E', et l'application ff de EE dans E′E', la relation

« ff est un morphisme de EE dans E′E' »

est équivalente à la relation

« quel que soit i∈Ii \in I, f∘gif \circ g_i est un morphisme de AiA_i dans E′E' ».

CST18. S'il existe sur EE une structure finale pour la famille (Ai,Si,gi)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, g_i)_{i \in I}, elle est la plus fine des structures d'espèce Σ\Sigma sur EE pour lesquelles chacune des applications gig_i est un morphisme, et par suite est unique.

En effet, soient F\mathscr{F} une structure finale sur EE, et S\mathscr{S} une structure d'espèce Σ\Sigma sur EE, pour laquelle chacune des gig_i soit un morphisme. Désignant par ii l'application identique de EE, muni de F\mathscr{F}, sur EE, muni de S\mathscr{S}, on peut encore dire que i∘gii \circ g_i est un morphisme pour tout i∈Ii \in I; la condition (FI) montre que ii est un morphisme, ce qui signifie (IV, p. 13) que S\mathscr{S} est moins fine que F\mathscr{F}. D'autre part, en appliquant (FI) au cas où ff est l'application identique de EE (muni de F\mathscr{F}) sur lui-même, on voit (en vertu de (MOIII)) que chacune des gig_i est un morphisme de AiA_i dans EE, ce qui prouve le critère.

Il peut se faire qu'il existe une structure d'espèce Σ\Sigma sur EE qui soit la plus fine de toutes les structures d'espèce Σ\Sigma pour lesquelles les gig_i sont des morphismes, mais que cette structure ne soit pas structure finale pour (Ai,Si,gi)(A_i, \mathscr{S}_i, g_i) (IV, p. 30, exerc. 6).

On a le critère de transitivité suivant:

CST19. Soient E un ensemble, (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} une famille d'ensembles, et pour chaque i∈Ii \in I, soit Si\mathscr{S}_i une structure d'espèce Σ\Sigma sur AiA_i. Soit (Jλ)λ∈L(J_\lambda)_{\lambda \in L} une partition de II, et soit (Bλ)λ∈L(B_\lambda)_{\lambda \in L} une famille d'ensembles ayant LL comme ensemble d'indices. Enfin, pour tout λ∈L\lambda \in L, soit hλh_\lambda une application de BλB_\lambda dans EE; pour tout λ∈L\lambda \in L et tout i∈Jλi \in J_\lambda, soit giλg_{i\lambda} une application de AiA_i dans BλB_\lambda; on pose alors fi=hλ∘giλf_i = h_\lambda \circ g_{i\lambda} (fig. 2). On suppose que, pour tout λ∈L\lambda \in L, il existe une structure finale Sλ′\mathscr{S}'_\lambda sur BλB_\lambda, pour la famille (Ai,Si,giλ)i∈Jλ(A_i, \mathscr{S}_i, g_{i\lambda})_{i \in J_\lambda}. Dans ces conditions, les propositions suivantes sont équivalentes: a) il existe une structure finale F\mathscr{F} sur EE pour la famille (Ai,Si,fi)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, f_i)_{i \in I}; b) il existe une structure finale F′\mathscr{F}' sur EE pour la famille (Bλ,Sλ′,hλ)λ∈L(B_\lambda, \mathscr{S}'_\lambda, h_\lambda)_{\lambda \in L}. En outre, ces propositions entraînent que F=F′\mathscr{F} = \mathscr{F}'.

!Diagramme montrant les applications entre ensembles et structures

Fig. 2

En effet, soit FF un ensemble muni d'une structure d'espèce Σ\Sigma, et soit uu une application de EE dans FF. Par définition, la relation

« u∘hλu \circ h_\lambda est un morphisme de BλB_\lambda dans FF »

est équivalente à la relation

« quel que soit i∈Jλi \in J_\lambda, u∘hλ∘giλ=u∘fiu \circ h_\lambda \circ g_{i\lambda} = u \circ f_i est un morphisme de AiA_i dans FF ».

La relation

(3) « quel que soit λ∈L\lambda \in L, u∘hλu \circ h_\lambda est un morphisme de BλB_\lambda dans FF »

est donc équivalente à la relation

(4) « quel que soit i∈Ii \in I, u∘fiu \circ f_i est un morphisme de AiA_i dans FF ».

Or, dire que F′\mathscr{F}' est structure finale pour la famille (Bλ,Sλ′,hλ)λ∈L(B_\lambda, \mathscr{S}'_\lambda, h_\lambda)_{\lambda \in L} signifie que la relation (3) est équivalente à la relation

« uu est un morphisme de EE (muni de F′\mathscr{F}') dans FF » et dire que F\mathscr{F} est structure finale pour la famille (Ai,Si,fi)i∈I(A_i, \mathscr{S}_i, f_i)_{i \in I} signifie que la relation (4) est équivalente à la relation

« uu est un morphisme de EE (muni de F\mathscr{F}) dans FF »;

d’où le critère, compte tenu de la propriété d’unicité de la structure finale.

6. Exemples de structures finales

I : Image directe d’une structure. — Lorsque II est un ensemble à un seul élément, la structure finale pour le seul triplet (A,S,f)(A, \mathscr{S}, f) est appelée (lorsqu’elle existe) image directe par ff de la structure S\mathscr{S}.

II : Structure quotient. — Soient AA un ensemble muni d’une structure S\mathscr{S} d’espèce Σ\Sigma, RR une relation d’équivalence dans AA, et soit φ\varphi l’application canonique de AA sur l’ensemble quotient E=A/RE = A/R (II, p. 41). On appelle structure quotient de S\mathscr{S} par la relation RR l’image directe (si elle existe) de la structure S\mathscr{S} par l’application φ\varphi.

\* En général, une structure d’ordre ou une structure algébrique n’admettent pas de structure quotient pour une relation d’équivalence quelconque (cf. III, p. 69, exerc. 2). Par contre une topologie admet toujours une structure quotient pour une relation d’équivalence arbitraire, mais il n’en est pas de même d’une structure d’espace topologique séparé.*

Soient A,BA, B deux ensembles munis respectivement de structures S,S′\mathscr{S}, \mathscr{S}' d’espèce Σ\Sigma, et soit ff un morphisme de AA dans BB. Soient RR la relation d’équivalence f(x)=f(y)f(x) = f(y), φ\varphi l’application canonique de AA sur A/RA/R, et jj l’injection canonique de f(A)f(A) dans BB. Supposons que S\mathscr{S} admette une structure quotient S0\mathscr{S}_0 par RR, et que S′\mathscr{S}' induise une structure S0′\mathscr{S}'_0 sur f(A)f(A). Alors, dans la décomposition canonique f=j∘g∘φf = j \circ g \circ \varphi de ff (II, p. 44), la bijection gg de A/RA/R sur f(A)f(A), associée à ff, est un morphisme (mais non nécessairement un isomorphisme), lorsqu’on munit A/RA/R de S0\mathscr{S}_0 et f(A)f(A) de S0′\mathscr{S}'_0. En effet, j∘gj \circ g est un morphisme de A/RA/R dans BB, par définition de la structure quotient, et gg un morphisme de A/RA/R sur f(A)f(A), par définition de la structure induite.

CST20. Soient A,A′A, A' deux ensembles munis de structures S,S′\mathscr{S}, \mathscr{S}' d’espèce Σ\Sigma, RR une relation d’équivalence dans AA, R′R' une relation d’équivalence dans A′A'. On suppose qu’il existe une structure quotient S0\mathscr{S}_0 de S\mathscr{S} par RR, et une structure quotient S0′\mathscr{S}'_0 de S′\mathscr{S}' par R′R'. Alors, si ff est un morphisme de AA dans A′A', compatible avec les relations RR et R′R' (II, p. 44), et gg l’application obtenue par passage aux quotients, gg est un morphisme de A/RA/R dans A′/R′A'/R'.

En effet, si φ\varphi est l’application canonique de AA sur A/RA/R, φ′\varphi' l’application canonique de A′A' sur A′/R′A'/R', on a g∘φ=φ′∘fg \circ \varphi = \varphi' \circ f; comme φ′\varphi' et ff sont des morphismes, il en est de même de φ′∘f\varphi' \circ f en vertu de (MOII_{\text{II}}); mais alors, g∘φg \circ \varphi étant un morphisme, il en est de même de gg, par définition de la structure quotient.

Le critère de transitivité CST19 donne en particulier le critère suivant:

CST21. Soient AA un ensemble muni d'une structure S\mathscr{S} d'espèce Σ\Sigma, RR une relation d'équivalence dans AA, telle qu'il existe sur A/RA/R une structure quotient S′\mathscr{S}' de S\mathscr{S} par RR. Soit SS une relation d'équivalence dans AA, moins fine que RR, et soit S/RS/R la relation d'équivalence dans A/RA/R, quotient de SS par RR (II, p. 46). Pour qu'il existe sur (A/R)/(S/R)(A/R)/(S/R) une structure quotient S′′\mathscr{S}'' de S′\mathscr{S}' par S/RS/R, il faut et il suffit qu'il existe sur A/SA/S une structure quotient S0\mathscr{S}_0 de S\mathscr{S} par SS, et l'application canonique de A/SA/S (muni de S0\mathscr{S}_0) sur (A/R)(S/R)(A/R)(S/R) (muni de S′′\mathscr{S}'') est alors un isomorphisme.

En effet, soient φ\varphi l'application canonique de AA sur A/RA/R, ψ\psi celle de A/RA/R sur (A/R)/(S/R)(A/R)/(S/R). En vertu de CST19, dire que S′′\mathscr{S}'' est structure quotient de S′\mathscr{S}' par S/RS/R équivaut à dire que S′′\mathscr{S}'' est structure finale pour le triplet (A,S,ψ∘φ)(A, \mathscr{S}, \psi \circ \varphi). Le critère résulte alors de ce que la relation ψ(φ(x))=ψ(φ(y))\psi(\varphi(x)) = \psi(\varphi(y)) est équivalente à SS.

Remarque 03VW

Soient AA un ensemble muni d'une structure S\mathscr{S} d'espèce Σ\Sigma, RR une relation d'équivalence dans AA telle qu'il existe sur E=A/RE = A/R une structure quotient S′\mathscr{S}' de S\mathscr{S} par RR. Soit φ\varphi l'application canonique de AA sur EE; en général, il n'existe pas de section ss associée à φ\varphi (II, p. 18) qui soit un morphisme de EE dans AA. Supposons qu'une telle section ss existe, et en outre qu'il existe une structure S′′\mathscr{S}'' induite par S\mathscr{S} sur s(E)s(E); alors, en désignant par jj l'injection canonique de s(E)s(E) dans AA, et en posant s=j∘fs = j \circ f, l'application bijective ff est un isomorphisme de EE sur s(E)s(E). En effet, ff est un morphisme par définition de la structure induite, et g=φ∘jg = \varphi \circ j est un morphisme de s(E)s(E) sur EE en raison de (MO_{II}); comme g∘fg \circ f est l'application identique de EE et f∘gf \circ g l'application identique de s(E)s(E), la conclusion résulte du critère CST8.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed edition, 2006, Springer. Not translated.