§ 6. Extensions, groupes résolubles, groupes nilpotents
Dans tout ce paragraphe, les lois de groupe sont, sauf mention expresse du contraire, notées multiplicativement.
1. Extensions
Définition 1
Soient et deux groupes. Une extension de par est un triplet , où est un groupe, un homomorphisme injectif de dans et un homomorphisme surjectif de sur tels que . On appelle section (resp. rétraction) de l’extension un homomorphisme (resp. ) tel que (resp. ).
Une extension de par est souvent désignée par le diagramme , dans lequel on omet parfois et lorsqu’aucune confusion n’est à craindre. On dit parfois simplement que le groupe est extension de par .
Pour qu’un groupe E soit extension de G par F, il faut et il suffit qu’il contienne un sous-groupe distingué F’ isomorphe à F, tel que le groupe quotient E/F’ soit isomorphe à G.
Une extension est dite centrale si l’image est contenue dans le centre de E ; ceci n’est possible que si F est commutatif.
Soient et deux extensions de G par F. On appelle morphisme de dans un homomorphisme tel que et , ou en d’autres termes, tel que le diagramme ci-après soit commutatif:
Proposition 1
Soient et des extensions de G par F. Si est un morphisme de dans , u est un isomorphisme de E sur et est un morphisme de dans .
Cite 1 · Cité par 1
Cite Corollaire 1, I § 4
Soit tel que . On a d’où . Soit tel que ; on a . Comme est injectif, et . Par suite est injectif. En vertu de I, p. 38, cor. 1, est surjectif puisque . La dernière assertion est immédiate.
En d’autres termes, les extensions et sont isomorphes si et seulement s’il existe un morphisme de dans .
Soient F et G deux groupes ; posons ; soient l’injection canonique et la surjection canonique. Toute extension de G par F isomorphe à l’extension est appelée extension triviale.
Proposition 2
Soit une extension de G par F. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) est une extension triviale ; (ii) possède une rétraction r ; (iii) possède une section s telle que soit contenu dans le centralisateur de .
Cite 2
Il est clair que (i) entraîne (ii) et (iii). Si (ii) est vérifiée, l’application est un morphisme de dans , d’où (i). Si (iii) est vérifiée, l’homomorphisme de dans E correspondant à (I, p. 45, prop. 12) est un morphisme de dans , d’où (i).
Il peut arriver qu’une extension ne soit pas triviale, et que cependant le groupe soit isomorphe à (I, p. 135, exerc. 6).
Définition 2
Soient et deux groupes, et un homomorphisme de dans le groupe des automorphismes de . Posons pour et . On appelle produit semi-direct externe de par relativement à l’ensemble muni de la loi de composition
Cité par 1
Cité par LIE III § 1. Groupes de Lie
Le produit semi-direct externe de par relativement à se note .
Proposition 3
Le produit semi-direct externe est un groupe. Les applications définie par , définie par , et définie par sont des homomorphismes de groupes. Le triplet est une extension de par et est une section de l’extension.
Cité par 1
Cité par Exemple 1, VIII § 16
On a:
Avec les notations de la prop. 3, on notera l’extension .
Soient une extension de par et une section de . Définissons une loi d’opération de sur le groupe par:
Proposition 4
Avec les notations ci-dessus, il existe un isomorphisme de sur et un seul tel que .
Cité par 2
Cité par Example, I § 6, Théorème 1, VIII § 16
On a . Par suite, si répond à la question, on a nécessairement , d’où l’unicité de . Démontrons l’existence. Posons . On a
Remarque
La définition de l’opération par la formule (2) fait intervenir l’extension et la section . Lorsque est commutatif, l’opération ne dépend pas de . En effet, ne dépend alors que de la classe de mod. .
Plus généralement, soit une extension de par un groupe commutatif (on ne suppose pas que admette une section). Le groupe opère sur par automorphismes intérieurs, et cette opération est triviale sur l’image de F, donc définit une opération de G sur F. Si admet une section, cette opération est celle définie par la formule (2).
Corollaire
Soient G un groupe, H et K deux sous-groupes de G tels que H soit distingué, H ∩ K = {e} et H.K = G. Soit l’opération de K sur H par automorphismes intérieurs de G. L’application est un isomorphisme de sur G.
Cité par 1
Cité par Définition 9
Sous les hypothèses de ce corollaire, on dit que G est produit semi-direct de K par H.
Exemples. — 1) Soient G un groupe et E un G-ensemble principal homogène. Notons le groupe des automorphismes de G. Soit A l’ensemble des permutations de E possédant la propriété suivante: Il existe tel que soit un -morphisme de E dans E (autrement dit, pour et ). La formule précédente montre que, si , il existe un seul tel que soit un -morphisme; nous le noterons . Soient dans A, . On a, pour tout et tout ,
2. Commutateurs
Définition 3
Soient G un groupe, et deux éléments de G. On appelle* commutateur *de et l’élément de G.
On note le commutateur de et . On a évidemment
Pour que et commutent, il faut et il suffit que . Plus généralement, on a
Posons d’autre part
(3)
Comme l’application est l’automorphisme intérieur , on a quels que soient .
Démontrons, pour , les relations suivantes:
(4)
En effet, on a d’après (3), ce qui démontre (4). La formule (4 bis) se démontre de la même manière. D’autre part, on a
Posons alors et ; on a
Par permutation circulaire de , on en déduit et , ce qui entraîne aussitôt (5). Enfin, (6) se démontre en multipliant membre à membre les trois formules obtenues en permutant circulairement dans la formule , et de même pour (6 bis).
Si A et B sont deux sous-groupes de G, on note (A, B) le sous-groupe engendré par les commutateurs pour et .\footnote{Nous nous écartons ici de la convention posée dans I, p. 2 pour la notation de l’extension aux parties d’une loi de composition.} On a si et seulement si A centralise B. On a si et seulement si B normalise A. Si A et B sont distingués (resp. caractéristiques), il en est de même de (A, B).
(i) Le sous-groupe A normalise le sous-groupe (A, B).
(ii) Si le sous-groupe (B, C) normalise A, le sous-groupe (A, (B, C)) est engendré par les éléments pour et .
(iii) Si A, B et C sont distingués, on a
D’après (4 bis), on a, pour dans A et ,
d’où (i). Supposons maintenant que (B, C) normalise A. Pour et , on a d’après (4)
et puisque (B, C) normalise A, d’où par récurrence sur le fait que , pour , appartient au sous-groupe engendré par les éléments de la forme . Si enfin A, B et C sont distingués, il en est de même des sous-groupes (A, (B, C)), (C, (B, A)) et (B, (C, A)). Il suffit donc d’après (ii) de montrer que
quels que soient et . Or on a d’après (5), en posant ,
d’où (iii).
Définition 4
Soit G un groupe. On appelle groupe dérivé de G le sous-groupe engendré par les commutateurs d’éléments de G.
Cite 1
Cite Exercice 16, § 6
Le groupe dérivé de G est donc le sous-groupe (G, G). On le note aussi D(G). Par abus de langage, on l’appelle parfois le groupe des commutateurs de G, bien qu’il soit en général distinct de l’ensemble des commutateurs d’éléments de G (I, p. 137, exerc. 16). On a D(G) = {e} si et seulement si G est commutatif.
Proposition 6
Soit un homomorphisme de groupes. On a
Si f est surjectif, l’homomorphisme de D(G) dans D(G') restriction de f est surjectif.
L’image par f d’un commutateur d’éléments de G est un commutateur d’éléments de G'. Si f est surjectif, l’image par f de l’ensemble des commutateurs de G est l’ensemble des commutateurs de G'. La proposition résulte donc de I, p. 32, cor. 3.
Corollaire 1
Le groupe dérivé d’un groupe G est un sous-groupe caractéristique de G. En particulier, c’est un sous-groupe distingué de G.
Corollaire 2
Soit G un groupe. Le groupe quotient est commutatif. Soit l’homomorphisme canonique. Tout homomorphisme f de G dans un groupe commutatif G' se met de façon unique sous la forme , où est un homomorphisme.
On a . Comme est surjectif, on en déduit , d’où la première assertion. La seconde résulte de I, p. 35, prop. 5.
Corollaire 3
Soit H un sous-groupe de G. Les conditions suivantes sont équivalentes. (i) ; (ii) H est un sous-groupe distingué et est commutatif.
Cite 2 · Cité par 3
Cite Théorème 4, I § 4, Corollaire 2
Cité par Exemple 1, Proposition 12, Corollaire 4
On a (ii) ⇒ (i) par le cor. 2 et (i) ⇒ (ii) par I, p. 39, th. 4, tout sous-groupe d’un groupe commutatif étant distingué.
Corollaire 4
Soient G un groupe et X une partie de G qui engendre G. Le groupe D(G) est le sous-groupe distingué de G engendré par les commutateurs d’éléments de X.
Soient H le sous-groupe distingué de G engendré par les commutateurs d’éléments de X et φ : G → G/H l’homomorphisme canonique. L’ensemble φ(X) engendre G/H. Les éléments de φ(X) sont deux à deux permutables, donc H est commutatif (I, p. 32, cor. 2). Donc (cor. 3) H contient D(G). Par ailleurs on a évidemment H ⊂ D(G).
Remarque 1
Le cor. 2 peut encore s’énoncer en disant que G/D(G), muni de π, est solution du problème d’application universelle pour G, relativement aux groupes commutatifs et aux homomorphismes de G dans les groupes commutatifs.
Cite 2
Cite Corollaire 2, Corollaire 4
Remarque 2
Sous les hypothèses du cor. 4, le sous-groupe engendré par les commutateurs d’éléments de X est contenu dans D(G), mais n’est pas en général égal à D(G) (cf. I, p. 137, exerc. 15c).
Exemple 1
Si G est un groupe simple non commutatif, on a D(G) = G. Par suite, tout homomorphisme de G dans un groupe commutatif est trivial.
Cite 1
Cite Corollaire 3
Exemple 2
Le groupe dérivé du groupe symétrique est le groupe alterné . En effet, est engendré par les produits de deux transpositions; si et sont deux transpositions, soit une permutation telle que et . On a et est un commutateur. Donc . Comme est commutatif, on a (cor. 3).
3. Suite centrale descendante, groupes nilpotents
Soient G un groupe, H un sous-groupe de G et K un sous-groupe distingué de G. L’image de H dans G/K est contenue dans le centre de G/K si et seulement si (G, H) ⊂ K.
Définition 5
Soit G un groupe. On appelle suite centrale descendante de G, la suite de sous-groupes de G définie par récurrence par:
Soit un homomorphisme de groupes. On voit, par récurrence sur n, que et que si f est surjectif . En particulier, pour tout , est un sous-groupe caractéristique (donc distingué) de G. Pour tout , est contenu dans le centre de .
Soit une suite décroissante de sous-groupes distingués de G tels que 1) ; 2) pour tout i, est contenu dans le centre de . Alors comme on le voit par récurrence sur i.
On a:
(7)
En effet, si nous notons cette formule, on déduit de , compte tenu de I, p. 66, prop. 5, (iii),
Donc . Comme et sont évidentes, on obtient par récurrence.
Définition 6
On dit qu’un groupe est nilpotent s’il existe un entier tel que . On appelle classe de nilpotence d’un groupe nilpotent le plus petit entier tel que .
Cité par 1
Cité par Remarque, LIE II § 4
Si , un groupe de classe de nilpotence est appelé groupe nilpotent de classe . On dit parfois que la classe de nilpotence d’un groupe est finie si est nilpotent.
Exemple 1
Un groupe est nilpotent de classe 0 (resp. ) si et seulement s’il est réduit à l’élément neutre (resp. est commutatif).
Exemple 2
Pour tout anneau commutatif et tout entier , le groupe trigonal strict supérieur est nilpotent de classe (et même de classe si ).
Exemple 3
Soit un groupe nilpotent de classe . Tout sous-groupe (resp. tout groupe quotient) de est nilpotent de classe . En effet, si est un sous-groupe de , on a . Si est un groupe quotient de et l’homomorphisme canonique, on a .
Exemple 4
Un produit fini de groupes nilpotents est nilpotent.
Proposition 7
Soient un groupe et un entier. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) est nilpotent de classe . b) Il existe une suite de sous-groupes de :
Cité par 4
Cité par Définition 9, Corollaire, Proposition 8, Proposition 9
telle que pour tout . c) Il existe un sous-groupe de contenu dans le centre de , tel que soit nilpotent de classe . a) b) : il suffit de prendre . b) a) : on a, par récurrence sur , . a) c) : il suffit de prendre . c) a) : soit l’homomorphisme canonique ; on a , donc , d’où .
En termes plus brefs : un groupe est nilpotent de classe s’il s’obtient par extensions centrales successives à partir du groupe .
Corollaire
Une extension centrale d’un groupe nilpotent (par un groupe nécessairement commutatif) est nilpotent.
Proposition 8
Soit G un groupe nilpotent de classe , et soit H un sous-groupe de G. Il existe une suite de sous-groupes
On choisit une suite de sous-groupes de G vérifiant les conditions de la prop. 7 b) (I, p. 69); pour tout , est distingué dans G. On pose:
Enfin, l’homomorphisme canonique est évidemment surjectif; comme le premier groupe est commutatif, le second l’est aussi.
Corollaire 1
Soient G un groupe nilpotent et H un sous-groupe de G. Si H est distinct de G, le normalisateur de H dans G est distinct de H.
Cité par 1
Cité par Proposition 16, LIE III § 9
Soit k le plus grand indice tel que . Le groupe normalise H, et est distinct de H.
Corollaire 2
Soient G un groupe nilpotent et H un sous-groupe de G. Si H est distinct de G, il existe un sous-groupe distingué N de G, contenant H, distinct de G, et tel que soit commutatif.
Cité par 1
Cité par Corollaire 3
Soit k le plus petit indice tel que . Le groupe répond à la question.
Corollaire 3
Soient G un groupe nilpotent et H un sous-groupe de G. Si , on a .
En effet, tout sous-groupe N de G qui contient H et tel que G/N soit commutatif contient H.(G, G). Le cor. 3 résulte donc du cor. 2.
Le cor. 3 peut encore se formuler ainsi: soit X une partie de G. Pour que X engendre G, il faut et il suffit que l’image de X dans G/D(G) engendre G/D(G).
Corollaire 4
Soit un homomorphisme de groupes. Supposons que: a) G est nilpotent. b) L’homomorphisme , déduit de f par passage au quotient, est surjectif. Alors f est surjectif. Cela résulte du cor. 3 appliqué au sous-groupe .
Cite 1
Cite Corollaire 3
Proposition 9
Soit G un groupe nilpotent de classe , et soit N un sous-groupe distingué de G. Il existe une suite de sous-groupes
Si vérifie la condition b) de la prop. 7 (I, p. 69), on prend
Corollaire 1
Soient un groupe nilpotent, le centre de , et un sous-groupe distingué de . Si , on a .
Cité par 1
Cité par Corollaire 2
Soit le plus grand indice tel que . Le groupe est contenu dans . D’autre part, ; donc est contenu dans le centre de .
Corollaire 2
Soit un homomorphisme d’un groupe nilpotent dans un groupe . Si la restriction de au centre de est injective, est injectif.
Cite 1
Cite Corollaire 1
C’est le cor. 1 appliqué à .
4. Suite dérivée, groupes résolubles
Définition 7
Soit un groupe. On appelle suite dérivée de la suite définie par récurrence par:
Soit un homomorphisme de groupes. On voit, par récurrence sur , que , et que si est surjectif, . En particulier, pour tout , est un sous-groupe caractéristique (donc distingué) de . Pour tout , le groupe est un sous-groupe distingué commutatif (mais en général non central) de .
Soit une suite décroissante de sous-groupes de tels que: 1) ; 2) pour tout , est distingué dans et est commutatif. Alors pour tout , comme on le voit par récurrence sur .
Définition 8
On dit qu’un groupe est résoluble s’il existe un entier tel que . Si est un groupe résoluble, le plus petit entier tel que est appelé la classe de résolvabilité de .
Un groupe résoluble de classe de résolvabilité est appelé un groupe résoluble de classe . On dit parfois qu’un groupe est de classe de résolvabilité finie s’il est résoluble.
Exemple 1
Un groupe est résoluble de classe 0 (resp. ) si et seulement s’il est réduit à (resp. est commutatif).
Exemple 2
Tout groupe nilpotent de classe est résoluble de classe ; cela résulte de la formule démontrée plus haut.
Exemple 3
Soit un groupe résoluble de classe . Tout sous-groupe (resp. groupe quotient) de est résoluble de classe (démonstration analogue à celle de I, p. 69, Exemple 3).
Exemple 4
Si G est un groupe résoluble de classe et F un groupe résoluble de classe , toute extension E de G par F est un groupe résoluble de classe . En effet, soit la projection; on a et par suite ; on en déduit que .
Exemple 5
Le groupe symétrique est résoluble si et seulement si (cf. I, p. 130, exerc. 10 et p. 131, exerc. 16).
Exemple 6
Si A est un anneau commutatif, le groupe trigonal supérieur est résoluble mais non nilpotent en général.
Proposition 10
Soit G un groupe et soit n un entier. Les conditions suivantes sont équivalentes*:
Cité par 1
Cité par Corollaire
(i) G est résoluble de classe .
(ii) Il existe une suite de sous-groupes distingués de G
(iii) Il existe une suite de sous-groupes de G
(iv) Il existe un sous-groupe commutatif distingué A de G tel que soit résoluble de classe .
On a (i) (ii): il suffit de prendre égal à . On a trivialement (ii) (iii). On a (iii) (i) car est nécessairement contenu dans . L’équivalence de (ii) et (iv) est immédiate par récurrence sur .
En termes plus brefs: un groupe est résoluble de classe s’il s’obtient par extensions successives de groupes commutatifs.
Corollaire
Soient G un groupe fini et*
Cite 2
Cite Proposition 10, Proposition 9
En effet, si les quotients d’une suite de composition de G sont cycliques, donc commutatifs, G est résoluble d’après la prop. 10. Réciproquement, si G est résoluble, le groupe est, pour tout , résoluble et simple (I, p. 41, prop. 9). Or, tout groupe simple résoluble H est cyclique d’ordre premier. En effet, est un sous-groupe distingué de H; on ne peut avoir car on aurait alors pour tout ; on a donc , et H est commutatif. Le corollaire résulte alors de I, p. 48, corollaire de la prop. 20.
5. -groupes
Dans ce numéro et le suivant, la lettre désigne un nombre premier (I, p. 48, déf. 16).
Définition 9
On appelle p-groupe un groupe fini dont l’ordre est une puissance de p.
Cite 5 · Cité par 1
Cite Corollaire, Théorème 1, Exercice 19, § 6, Proposition 7, Exercice 4, § 6
Cité par Exemple 6, VIII § 2
Soient G un -groupe, son ordre. Tout diviseur de est une puissance de (I, p. 49, corollaire). Par suite, tout sous-groupe ou tout groupe quotient de G est un -groupe (I, p. 34, corollaire); le cardinal de tout espace homogène sous G est une puissance de (I, p. 57, th. 1).
Une extension d’un -groupe par un -groupe est un -groupe.
Exemples. — 1) Un -groupe commutatif est isomorphe à un produit de groupes cycliques (cf. I, p. 138, exerc. 19, ainsi que VII, § 4, n° 7, prop. 7). 2) Soit un corps fini de caractéristique . Le groupe trigonal strict est un -groupe. 3) Le groupe quaternionien est un 2-groupe (cf. I, p. 134, exerc. 4).
Proposition 11
Soient E un ensemble fini et G un -groupe opérant sur E. Notons l’ensemble des tels que pour tout (points fixes). On a
Cité par 5
Cité par Corollaire, Lemme, Théorème 3, Exercice 10, § 2, Exercice 6, § 4
Corollaire
Soit G un -groupe. Si G n’est pas réduit à e, son centre n’est pas réduit à e.
Faisons opérer G sur lui-même par automorphismes intérieurs. L’ensemble des points fixes est le centre Z de G. D’après la prop. 11, on a
Théorème 1
Soient G un -groupe, son ordre. Il existe une suite de sous-groupes de G
Cite 2 · Cité par 4
Cite Théorème 4, I § 4, Corollaire
Cité par Définition 9, Exercice 8, § 10, Exercice 14, § 11, Corollaire 4, LIE IX § 5
Le théorème est vrai pour . Démontrons-le par récurrence sur . Soient Z le centre de G, un élément de Z (cor. de la prop. 11) et , avec , l’ordre de . Alors est un élément d’ordre et par suite Z contient un sous-groupe cyclique d’ordre . Par l’hypothèse de récurrence, le groupe possède une suite de sous-groupes ayant les propriétés demandées. Soit l’homomorphisme canonique. La suite de sous-groupes de G définie par pour , , répond à la question, car est isomorphe à pour (I, p. 39, th. 4).
Ceci résulte de I, p. 69, prop. 7.
Proposition 12
Soit G un -groupe et soit H un sous-groupe de G distinct de G. Alors: a) Le normalisateur de H dans G est distinct de G. b) Il existe un sous-groupe distingué N de G, d’indice dans G, qui contient H.
Cite 4 · Cité par 3
Cite Corollaire, I § 4, Proposition 6, Corollaire 3, Proposition 8
Cité par Théorème 4, Exercice 8, § 10, Exercice 8, § 2
L’assertion a) résulte de I, p. 70, cor. 1. Démontrons b). D’après I, p. 70, cor. 2, il existe un sous-groupe distingué N’ de G contenant H, distinct de G et tel que G/N’ soit commutatif. Soit N un sous-groupe distinct de G contenant N’ et maximal. Alors N est distingué (I, p. 67, cor. 3) et G/N est un -groupe commutatif simple, donc cyclique d’ordre (I, p. 48, corollaire).
Corollaire
Soit G un -groupe. Tout sous-groupe d’indice de G est distingué.
6. Sous-groupes de Sylow
Définition 10
Soit G un groupe fini. On appelle -sous-groupe de Sylow de G tout sous-groupe P de G vérifiant les deux conditions suivantes: a) P est un -groupe; b) n’est pas un multiple de .
Si l’on écrit l’ordre de G sous la forme , où n’est pas un multiple de , les conditions a) et b) sont équivalentes à .
Exemples. — 1) Dans le groupe , soit un cycle d’ordre . Le sous-groupe engendré par est un -sous-groupe de Sylow de car ne divise pas . 2) *Soit k un corps fini de caractéristique , et soit n un entier positif. Le groupe trigonal strict est un -sous-groupe de Sylow du groupe .
Théorème 2
Tout groupe fini contient un -sous-groupe de Sylow.
Cité par 3
Cité par Corollaire, Théorème 3, Exercice 8, § 10
La démonstration s’appuie sur le lemme suivant.
Lemme
Soit où est un entier non multiple de . On a*
Cite 2
Soient S un groupe d’ordre (par exemple ) et T un ensemble à éléments. Posons X = S × T et soit E l’ensemble des parties de X ayant éléments. On a d’où (E, III, p. 42, cor. 1).
Faisons opérer S sur X par ( dans S, ), et considérons l’extension canonique de cette opération à E. Avec les notations de I, p. 73, prop. 11, l’ensemble est l’ensemble des orbites de X, c’est-à-dire l’ensemble des parties Y ⊂ X de la forme S × {t}, , d’où . D’après I, p. 73, prop. 11, on a
Démontrons maintenant le théorème. Soit G un groupe fini, son ordre;
écrivons où n’est pas multiple de . Soit l’ensemble des parties à éléments de . On a
Corollaire
Si l’ordre de est divisible par , le groupe contient un élément d’ordre .
Cite 1
Cite Théorème 2
Grâce au th. 2, on se ramène au cas où est un -groupe ; si est différent de , le groupe cyclique engendré par est alors d’ordre avec et il contient donc un sous-groupe d’ordre .
Remarque
Pour tout nombre premier divisant , soit un -sous-groupe de Sylow de . Alors le sous-groupe de engendré par les est d’ordre multiple de pour chaque et d’ordre divisant , donc est égal à .
Théorème 3
Soit un groupe fini.
a) Les -sous-groupes de Sylow de sont conjugués entre eux. Leur nombre est congru à 1 mod. .
b) Tout sous-groupe de qui est un -groupe est contenu dans un -sous-groupe de Sylow.
Soit un -sous-groupe de Sylow de (I, p. 74, th. 2), et soit un -sous-groupe de . Soit , et considérons l’opération de sur . Comme mod. , la prop. 11 de I, p. 73, montre qu’il existe tel que pour tout . Si est un représentant de dans , cela signifie que , d’où l’assertion b).
Si est un -sous-groupe de Sylow, on a , d’où , ce qui prouve la première assertion de a).
Démontrons la seconde assertion de a). Soit l’ensemble des -sous-groupes de Sylow de , et faisons opérer sur par automorphismes intérieurs. L’élément est point fixe pour cette opération; montrons que c’est le seul. Soit un point fixe; est un sous-groupe de Sylow de normalisé par , donc est contenu dans le normalisateur de . Les groupes et sont des -sous-groupes de Sylow de ; il existe donc tel que . D’après I, p. 73, prop. 11, on a (mod. ).
Corollaire 1
Soit un -sous-groupe de Sylow de , soit son normalisateur dans , et soit un sous-groupe de contenant . Le normalisateur de dans est égal à .
Cité par 1
Cité par Théorème 4
Soit tel que . Le sous-groupe de est un -sous-groupe de Sylow de . Il existe donc tel que ; on a alors , d’où .
Corollaire 2
Soit un homomorphisme de groupes finis. Pour tout -sous-groupe de Sylow de , il existe un -sous-groupe de Sylow de tel que .
Cite 1
Cite Théorème 3
Cela résulte du th. 3, b), appliqué au sous-groupe de .
Corollaire 3
a) Soit un sous-groupe de . Pour tout -sous-groupe de Sylow de , il existe un -sous-groupe de Sylow de tel que . b) Réciproquement, si est un -sous-groupe de Sylow de , et si est distingué dans , le groupe est un -sous-groupe de Sylow de . a) Le -groupe est contenu dans un -sous-groupe de Sylow de , et est un -sous-groupe de contenant , donc égal à . b) Soit un -sous-groupe de Sylow de . Il existe un élément tel que . Comme est distingué, est contenu dans , donc dans . Comme est un -sous-groupe de et un -sous-groupe de Sylow de , on a .
Corollaire 4
Soit un sous-groupe distingué de . L’image dans d’un -sous-groupe de Sylow de est un -sous-groupe de Sylow de , et tout -sous-groupe de Sylow de s’obtient de cette façon.
Soient et l’image dans d’un -sous-groupe de Sylow de . Le groupe opère transitivement sur , donc est équipotent à , où est un sous-groupe de contenant . Par suite divise , donc n’est pas multiple de , et le -groupe est un -sous-groupe de Sylow de . Soit un autre -sous-groupe de Sylow de ; on a pour un ; si est un représentant de , le groupe est l’image de .
7. Groupes nilpotents finis
Théorème 4
Soit un groupe fini. Les conditions suivantes sont équivalentes :* a) est nilpotent. b) est un produit de -groupes. c) Pour tout nombre premier , il existe un -sous-groupe de Sylow de distingué. On a b) a) (I, p. 73, cor. du th. 1). Supposons a) vérifiée, et soit un -sous-groupe de Sylow de . Si est le normalisateur de dans , le cor. 1 de I, p. 75 montre que est son propre normalisateur. D’après le cor. 1 de I, p. 70, cela montre que . Donc a) c). Supposons c) vérifiée, et soit l’ensemble des nombres premiers divisant . Pour tout , soit un -sous-groupe de Sylow de distingué dans
Cite 3 · Cité par 6
Cite Corollaire, Corollaire 1, Proposition 12
Cité par Remarque 1, Exercice 13, § 11, Remarque 3, V § 11, Remarque 2, VII § 2, Exercice 16, § 4, Corollaire 4, LIE IX § 5
G. Pour tout , est réduit à , car c’est à la fois un -groupe et un -groupe, donc et se centralisent mutuellement (I, p. 46, prop. 15). Soit l’homomorphisme canonique (I, p. 45, prop. 12) de dans G. L’homomorphisme est surjectif d’après la Remarque de I, p. 75. Comme Card , il en résulte que est bijectif.
Remarque 1
Soit G un groupe fini et soit un nombre premier. D’après I, p. 75, th. 3, a), et I, p. 74, th. 2, les conditions suivantes sont équivalentes: (i) il existe un -sous-groupe de Sylow de G distingué; (ii) tout -sous-groupe de Sylow de G est distingué; (iii) il existe un seul -sous-groupe de Sylow de G.
Cite 2
Cite Théorème 3, Théorème 4
Remarque 2
Soit G un groupe fini nilpotent. Soit I l’ensemble des diviseurs premiers de Card G. D’après le th. 4 et la Remarque 1, on a , où est l’unique -groupe de Sylow de G.
Remarque 3
Appliqué aux groupes commutatifs, le th. 4 donne la décomposition en produit de composantes primaires des groupes finis commutatifs, qui sera étudiée d’un autre point de vue au chap. VII.
Exemple
Le groupe est d’ordre 6. Il contient un 3-sous-groupe de Sylow distingué d’ordre 3 : le groupe . Il contient trois 2-sous-groupes de Sylow d’ordre 2 : les groupes , où est une transposition. Le groupe n’est donc pas nilpotent.
Exercices
See the exercises for § 6.