§ 2. Structure des modules de longueur finie
1. Anneaux locaux
Proposition 1 001P
Soit A un anneau non nul et soit l’ensemble des éléments non inversibles de A. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) L’ensemble est un idéal bilatère de A ;
(ii) L’ensemble est stable par addition ;
(iii) L’anneau A possède un unique idéal à gauche maximal ;
(iv) Quel que soit , l’un des éléments ou est inversible ;
(v) Quel que soit , l’un des éléments ou est inversible à gauche.
L’implication (i) (ii) résulte de la définition d’un idéal. Comme 1 n’appartient pas à , on a (ii) (iv).
On a , et l’ensemble contient tout idéal à gauche de A distinct de A. Si est un idéal à gauche de A, c’est donc l’unique idéal à gauche maximal de A. Cela prouve que (i) entraîne (iii).
Supposons que A possède un unique idéal à gauche maximal . Soit . L’idéal à gauche n’est contenu dans aucun idéal à gauche maximal de A, donc est égal à A (I, p. 99, th. 1) et est inversible à gauche. Quel que soit , l’un des éléments ou appartient à A , car est un idéal qui ne contient pas 1. Ainsi (iii) implique (v).
Supposons la propriété (v) satisfaite. Soit un élément de A inversible à gauche. Soit tel que . On a et , donc n’est pas inversible à gauche. D’après la propriété (v), est inversible à gauche et, a fortiori, est inversible à gauche. Mais alors est inversible, est son inverse, de sorte que est inversible. Il en résulte que (v) entraîne (iv).
Il reste à prouver que (iv) implique (i). Supposons (iv) satisfaite. Alors est un idéal bilatère de A d’après les assertions a) à d) suivantes :
a) On a puisque l’anneau A n’est pas nul.
b) Le produit de deux éléments de A dont l’un appartient à et l’autre à A appartient à .
c) L’ensemble est stable par addition.
Soient en effet et des éléments de tels que soit inversible. D’après b), les éléments et de A appartiennent à ; comme , cela contredit l’hypothèse (iv).
d) L’ensemble est stable par multiplication.
Soient en effet et deux éléments de . L’élément appartient à d’après b) de sorte que l’élément , qui est égal à , appartient à d’après c), d’où d).
Définition 1 001Q
On appelle anneau local un anneau non nul satisfaisant aux conditions équivalentes de la proposition 1.
Un anneau A est local si et seulement si l’anneau opposé est local.
Si A est un anneau local, l’ensemble des éléments de A non inversibles est un idéal bilatère de A ; il contient tout idéal à gauche ou à droite de A distinct de A. L’anneau est donc un corps qu’on appelle corps résiduel de A. L’ensemble est l’unique idéal à gauche (resp. à droite, resp. bilatère) maximal de A ; on dit simplement que est l’idéal maximal de A.
Exemple 1 001R
Tout corps est un anneau local.
Exemple 2 001S
Soit A un anneau non nul dans lequel tout élément est inversible ou nilpotent. Alors A est un anneau local. En effet, si n’est pas inversible, il existe par hypothèse un entier tel que , et admet pour inverse .
Exemple 3 001T
Soient X une variété de classe (VAR, R, 5.1.5) et un point de X. Soit l’anneau des germes en de fonctions de classe à valeurs dans le corps des scalaires K. Alors est un anneau local commutatif et son idéal maximal se compose des germes des fonctions s’annulant en
Exemple 4 001U
Soient A un anneau local commutatif et une algèbre de séries formelles à coefficients dans A (III, p. 28). D’après la prop. 6 de IV, p. 28, l’anneau B est local et son idéal maximal se compose des séries formelles dont le terme constant appartient à l’idéal maximal de A. En particulier, si A est un corps, l’idéal maximal de se compose des séries formelles de terme constant nul.
Exemple 5 001V
Soit un nombre premier. Notons le sous-anneau du corps des nombres rationnels constitué par les fractions avec et non divisible par cf. AC, II, p. . Alors est un anneau local commutatif, d’idéal maximal
. L’anneau des entiers -adiques (V, p. 92) est un anneau local commutatif, d’idéal maximal (VIII, p. 37, exerc. 9).
Exemple 6 001W
Soient K un corps commutatif de caractéristique et G un -groupe (I, p. 72, déf. 9). L’algèbre K[G] du groupe G sur K (III, p. 19) est un anneau local ; son idéal maximal est l’ensemble des éléments de K[G] tels que (VIII, p. 38, exerc. 10).
2. Décomposition de Weyr-Fitting
Soient A un anneau, M un A-module et un endomorphisme de M. Pour tout entier , on note le noyau de . La suite des sous-modules est croissante et sa réunion est un sous-module de M stable par . Pour tout entier , on a et la relation entraîne donc . Par suite, ou bien la suite est strictement croissante, ou bien il existe un entier tel que soient distincts et .
Pour tout entier , notons l’image de . La suite des sous-modules est décroissante et son intersection est un sous-module de M stable par . Pour tout entier , on a et la relation entraîne donc . Par suite, ou bien la suite est strictement décroissante, ou bien il existe un entier tel que soient distincts et .
Proposition 2 001X
a) Supposons que la suite est stationnaire. Alors on a , la restriction de à est injective et induit un endomorphisme nilpotent de .
b) Supposons la suite stationnaire. Alors on a et .
c) (« Décomposition de Weyr-Fitting ») Supposons que les suites et soient stationnaires. Alors M est somme directe des sous-modules et qui sont stables par et induit un endomorphisme nilpotent de et un automorphisme de .
Soit un entier positif tel que et soit . Par construction, et ont le même noyau et est l’image de . Pour dans , il existe tel que , d’où ; on a donc , d’où . On a en particulier . Comme le noyau de est contenu dans , la restriction de à est injective ; d’autre part, on a . Ceci prouve a).
Soit un entier positif tel que et soit . Alors et ont la même image , et est le noyau de . Soit . On a , donc il existe tel que ; on a alors , d’où , et a fortiori . On a . Ceci prouve b).
L’assertion c) est conséquence immédiate de a) et b).
Remarque 1 001Y
Soit un entier tel que ; la démonstration ci-dessus montre que , et la restriction de à est injective. De même, soit un entier tel que ; alors on a et l’endomorphisme de déduit de par passage aux quotients est surjectif.
Remarque 2 001Z
Supposons que M soit somme directe de deux sous-modules N et I, stables par , et que induise un endomorphisme nilpotent de N et un automorphisme de I. On a alors et et les suites et sont stationnaires. De plus, les entiers suivants sont égaux :
le plus petit entier tel que ;
le plus petit entier tel que ;
le plus petit entier tel que .
Remarque 3 0020
L’hypothèse de l’assertion a) est vérifiée si le A-module M est noethérien, l’hypothèse de l’assertion b) est vérifiée si M est artinien ; d’après la prop. 1 de VIII, p. 2, l’hypothèse de l’assertion c) est vérifiée si M est de longueur finie.
Corollaire 1 0021
Soit A un anneau et soit M un A-module.
a) Si le module M est noethérien, tout endomorphisme surjectif de M est bijectif.
b) Si le module M est artinien, tout endomorphisme injectif de M est bijectif.
c) Si le module M est de longueur finie, tout endomorphisme injectif ou surjectif de M est bijectif.
d) Si l’anneau A est commutatif et le A-module M de type fini, tout endomorphisme surjectif de M est bijectif.
Soit un endomorphisme du A-module M. Adoptons les notations introduites au début de ce numéro. Si l’endomorphisme est surjectif, on a . L’assertion a) résulte alors de la prop. 2, a) et de la remarque 3. De même si l’endomorphisme est injectif, on a . L’assertion b) résulte donc de la prop. 2, b) et de la remarque 3. L’assertion c) découle aussitôt de a) et b).
Supposons maintenant l’anneau A commutatif, le A-module M de type fini et l’endomorphisme surjectif. Démontrons que est injectif. Soit un élément de M tel que . Choisissons une famille génératrice finie du A-module M et, pour tout , un élément de M tel que . Il existe des familles , et d’éléments de A telles que l’on ait
pour tout . Soit un sous-anneau noethérien de A contenant les éléments , et (VIII, p. 12, cor. 3). Soit le sous-A-module de M engendré par la famille . On a , et pour tout , donc définit par restriction un endomorphisme surjectif du -module . Comme l’anneau est noethérien, le -module de type fini est noethérien (VIII, p. 7, prop. 4 a)). D’après a), l’endomorphisme de est bijectif. Par construction, appartient à , et l’on a . On a donc , ce qui prouve d).
Corollaire 2 0022
Dans un anneau noethérien à gauche, tout élément inversible à droite ou à gauche est inversible.
Considérons en effet des éléments d’un anneau noethérien à gauche A tels que . Notons et les endomorphismes et du A-module . On a , donc est surjectif. D’après le cor. 1, a), est bijectif. L’endomorphisme est alors la bijection réciproque de , et l’on a , d’où le corollaire.
3. Modules indécomposables et modules primordiaux
Soit A un anneau. Rappelons la définition suivante (VII, p. 23, déf. 3) :
Définition 2 0023
On dit qu’un A-module M est indécomposable s’il n’est pas somme directe d’une famille de sous-modules distincts de 0 et de M.
Compte tenu du corollaire de II, p. 19, les conditions suivantes sont équivalentes :
a) Le A-module M est indécomposable ;
b) Le A-module M n’est pas nul et tout sous-module facteur direct de M est égal à 0 ou M ;
c) Le A-module M n’est pas nul et l’anneau End ne contient pas d’élément idempotent distinct de 0 et ;
En particulier, comme l’anneau des endomorphismes du A-module est isomorphe à l’anneau opposé de A, on voit que le A-module est indécomposable si et seulement si l’anneau A n’est pas nul, et que ses seuls éléments idempotents sont 0 et 1.
Exemple 0024
Supposons l’anneau A principal. Les A-modules de type fini indécomposables sont les A-modules isomorphes soit à A, soit à , où est un élément extrémal de A et un entier (VII, p. 23, prop. 8).
Proposition 3 0025
Un A-module M noethérien ou artinien est somme directe d’une famille finie de sous-modules indécomposables.
Démontrons d’abord que tout sous-module non nul P de M possède un facteur direct indécomposable. Dans le cas contraire, tout sous-module facteur direct de P serait décomposable ; procédant par récurrence, on construirait pour tout des sous-modules non nuls et de P tels que et pour . Mais alors la suite des sous-modules serait strictement croissante, et celle des sous-modules serait strictement décroissante. Le module M ne serait ni noethérien, ni artinien, contrairement à l’hypothèse faite.
Supposons maintenant que M ne soit pas somme directe d’une famille finie de sous-modules indécomposables. On peut construire par récurrence des sous-modules indécomposables de M et des sous-modules non nuls de M pour tout tels que et pour . En effet, M n’est pas nul et la première partie de la démonstration fournit et . Les modules et étant définis pour , il existe d’après la première partie de la démonstration des sous-modules et tels que avec indécomposable. La relation entraîne alors que , car M n’est pas somme directe d’une famille finie de modules indécomposables.
La suite de sous-modules est strictement croissante et la suite de sous-modules strictement décroissante. Ceci contredit l’hypothèse que M est noethérien ou artinien.
La question de l’unicité de la décomposition d’un module en somme directe de sous-modules indécomposables sera étudiée au numéro suivant.
Définition 3 0026
On dit qu’un module est primordial si l’anneau de ses endomorphismes est local.
Par définition, un anneau local n’est pas réduit à 0 ; par suite, un module primordial n’est pas nul. De plus, le A-module est primordial si et seulement si l’anneau A est local.
Proposition 4 0027
a) Un module primordial est indécomposable.
b) Un module indécomposable de longueur finie est primordial.
Soit M un A-module. Supposons M primordial ; soit un idempotent de l’anneau local End. Comme , ou bien est inversible et l’on a , ou bien est inversible et l’on a . Ceci prouve que M est indécomposable (VIII, p. 27).
Supposons maintenant que M soit indécomposable et de longueur finie. D’après la prop. 2, c) de VIII, p. 25, tout endomorphisme de M est inversible ou nilpotent ; l’anneau End est donc local d’après l’exemple 2 de VIII, p. 24.
Le -module est indécomposable, noethérien, mais non artinien. L’anneau de ses endomorphismes est isomorphe à , donc n’est pas local. Par suite, n’est pas un -module primordial.
Soit un nombre premier. L’anneau des endomorphismes du -module est isomorphe à l’anneau local (cf. VII, p. 62, exercice 13) ; c’est donc un -module primordial.
Un module injectif est indécomposable si et seulement s’il est primordial (X, p. 21, prop. )
4. Modules semi-primordiaux
Définition 4 0028
On dit qu’un module est semi-primordial s’il est somme directe d’une famille de sous-modules primordiaux.
Exemple 1 00SE
Tout module simple est primordial (VIII, p. 41) ; tout module semi-simple est donc semi-primordial (VIII, p. 51, déf 1).
Exemple 2 01L7
Si A est un anneau noethérien à gauche, tout A-module injectif est semi-primordial (X, p. 21, prop. 14 et p. 22, th. 3, b)).
Théorème 1 (Azumaya) 00RX
Soient A un anneau, L un A-module primordial et M un A-module semi-primordial. Il existe un unique cardinal, noté [M : L], possédant la propriété suivante :
Pour toute décomposition de M en somme directe de modules primordiaux, l’ensemble des indices tels que soit isomorphe à L a pour cardinal [M : L].
La démonstration repose sur les quatre lemmes suivants.
Lemme 1 0029
Soient M un A-module, un sous-module primordial de M et un sous-module de M supplémentaire de . Soit un endomorphisme de M. Alors ou induit un isomorphisme de sur un sous-module de M supplémentaire de .
Soit la projection de M sur de noyau et soit la restriction de à . Supposons d’abord que soit un automorphisme de . Comme est injectif, la restriction de à est injective et l’on a . Comme est surjectif, on a . Par suite, induit un isomorphisme de sur un sous-module supplémentaire de dans M. Supposons maintenant que ne soit pas un automorphisme de . Alors est un automorphisme de , puisque est primordial. Or est la restriction à de . Le raisonnement précédent démontre que induit un isomorphisme de sur un sous-module de M supplémentaire de .
Lemme 2 002A
Soit M un A-module, somme directe d’une famille de sous-modules primordiaux, et soit un endomorphisme de M. Posons et pour toute partie J de I. Alors l’une des deux propriétés suivantes est satisfaite :
a) Il existe un indice tel que induise un isomorphisme de sur un sous-module facteur direct de M.
b) Pour toute partie finie J de I induit un isomorphisme de sur un sous-module supplémentaire de .
Si la propriété b) est satisfaite, est injectif.
Supposons que la propriété a) soit fausse et établissons la propriété b) par récurrence sur le cardinal de J. Il n’y a rien à prouver si . Supposons donc J non vide, choisissons un élément de J et posons . Par l’hypothèse de récurrence, induit un isomorphisme de sur un sous-module de M supplémentaire de ; par suite, le sous-module est supplémentaire de . D’après le lemme 1 et l’hypothèse faite sur , l’endomorphisme induit un isomorphisme de sur un sous-module de M supplémentaire de ; par suite, induit un isomorphisme de sur un sous-module supplémentaire de .
La dernière assertion résulte de ce que M est réunion des sous-modules , où J parcourt l’ensemble des parties finies de I.
Lemme 3 002B
Soient M un A-module, somme directe d’une famille de sous-modules primordiaux, et un projecteur non nul de M. Il existe un indice tel que induise un isomorphisme de sur un sous-module facteur direct de .
Comme n’est pas nul, n’est pas injectif. D’après le lemme 2, il existe un indice tel que induise un isomorphisme de sur un sous-module facteur direct de M. Tout projecteur de M d’image définit par restriction un projecteur de d’image , donc est un sous-module facteur direct de .
Lemme 4 002C
Soient M un A-module, somme directe d’une famille de sous-modules primordiaux, L un A-module primordial et N un sous-module facteur direct de M. On suppose que N est somme directe d’une famille de sous-modules isomorphes à L et l’on note l’ensemble des indices tels que soit isomorphe à L. On a alors
(1) Card(J) Card(I).
Soit un sous-module de M supplémentaire de N. Le module M est somme directe de et de la famille . Pour tout , notons le projecteur de M d’image associé à cette décomposition (II, p. 18, prop. 12). Pour tout , notons l’ensemble des indices tels que induise un isomorphisme de sur . Cet ensemble est fini : en effet, si est un élément non nul de et K une partie finie de J telle que appartienne à , on a pour - K, de sorte que est contenu dans K.
Soit . D’après le lemme 3, il existe un indice tel que induise un isomorphisme de sur un sous-module facteur direct de . Comme n’est pas nul et que est primordial, donc indécomposable (VIII, p. 28, prop. 4), on a , et appartient à . Comme le module est isomorphe à , donc à L, l’indice appartient à . Cela démontre que J est réunion de la famille d’ensembles finis . Si l’ensemble J est infini, l’ensemble est infini, et l’on a (E, III, p. 49, cor. 3)
Card(J) Card(J()) Card(I).
Supposons maintenant l’ensemble J fini, et démontrons le lemme par récurrence sur le cardinal de J. Si J est vide, il n’y a rien à prouver. Supposons donc J non vide et choisissons un élément de J. D’après ce qui précède, il existe un indice tel que induise un isomorphisme de sur . Posons et . Le module M est somme directe de et du noyau de . Il est aussi somme directe de et du sous-module . Il existe donc (II, p. 20, cor. de la prop. 13) un isomorphisme de Ker sur . Posons . Le sous-module est facteur direct de et est somme directe de la famille de sous-modules primordiaux isomorphes à L. Appliquons l’hypothèse de récurrence à et on a Card(J) Card(I), d’où l’inégalité (1).
Prouvons le théorème 1. Soient et deux familles de sous-modules primordiaux dont M soit la somme directe. Soit (resp. ) l’ensemble des (resp. ) tels que (resp. ) soit isomorphe à L. On a Card(J) Card(I) d’après le lemme 4. En échangeant les rôles de I et J on obtient l’inégalité opposée, d’où le théorème.
Le cardinal [M : L] défini dans la théorème 1 est appelé multiplicité primordiale de L dans M.
Corollaire 1 002D
Soient M et N des modules semi-primordiaux. Pour que M et N soient isomorphes, il faut et il suffit que l’on ait [M : L] = [N : L] pour tout module primordial L.
Corollaire 2 00QY
Soit M un module semi-primordial. Soient et des familles de sous-modules primordiaux de M telles que
Il existe alors un automorphisme de M et une bijection de I sur J tels que l’on ait pour tout .
Pour tout module primordial L, soit (resp. ) l’ensemble des indices (resp. ) tels que (resp. ) soit isomorphe à L. Les ensembles non vides de la forme (resp. ) forment une partition de I (resp. J) et l’on a, pour tout L
Card(I) Card(J) ,
d’où le cor. 2.
Corollaire 3 002E
Soient M, N et P des modules semi-primordiaux. On suppose que est isomorphe à , et que [P : L] est fini pour tout module primordial L. Alors M et N sont isomorphes.
On a par hypothèse
[M : L] + [P : L] = [N : L] + [P : L]
pour tout module primordial L. Comme [P : L] est fini, il résulte par récurrence de (E, III, p. 28, prop. 8) qu’on a [M : L] = [N : L] pour tout module primordial L. Les modules M et N sont donc isomorphes d’après le corollaire 1.
Corollaire 4 002F
Soient M et N des modules semi-primordiaux. On suppose qu’il existe un entier tel que soit isomorphe à . Alors les modules M et N sont isomorphes.
Soit L un module primordial. Par hypothèse, on a
On en déduit l’égalité [M : L] = [N : L] : en effet, on a pour tout cardinal infini (E, III, p. 49, cor. 4). Les modules M et N sont alors isomorphes d’après le cor. 1.
Corollaire 5 002G
Soit M un module semi-primordial, somme directe d’une famille finie de sous-modules primordiaux. Pour toute partie J de I, notons . Soit N un sous-module facteur direct de M.
a) Il existe une partie J de I telle que soit un sous-module supplémentaire de N.
b) Soit J une partie de I. Si est un supplémentaire de N, alors le module N est isomorphe à et est semi-primordial.
Notons K l’ensemble des indices tels que et raisonnons par récurrence sur le cardinal de K. Le corollaire est clair si M = N . Supposons . Soit un projecteur de M de noyau N. Notons P son image. Elle n’est pas nulle, et d’après le lemme 3, il existe tel que induise un isomorphisme de sur un sous-module facteur direct de P. On a . Posons . On a . Un sous-module supplémentaire de dans P est aussi supplémentaire de dans M, de sorte que est un sous-module facteur direct de M. L’ensemble des indices tels que est contenu dans K. D’après l’hypothèse de récurrence, il existe une partie de I telle que soit un sous-module supplémentaire de dans M. Posons . Alors est un sous-module supplémentaire de N dans M.
Soit J une partie de I telle que soit un sous-module supplémentaire de M dans N. Comme est également supplémentaire de , les modules N et sont isomorphes et N est semi-primordial.
Corollaire 6 002H
Tout module projectif de type fini sur un anneau local est libre[^1].
Soit A un anneau local. Le A-module est primordial (VIII, p. 28). Si M est un A-module projectif de type fini, il existe un A-module N et un entier positif tel que soit isomorphe à (II, p. 40, cor. 1). Il résulte du corollaire 5 que le module M est lui-même isomorphe à pour un entier tel que , donc est libre.
Remarque 002I
Soient M et des A-modules semi-primordiaux. Il résulte aussitôt du lemme 4 de VIII, p. 31 que est isomorphe à un sous-module facteur direct de M si et seulement si l’on a pour tout A-module primordial L. En particulier, si L est un A-module primordial, [M : L] est le plus grand des cardinaux pour lesquels il existe un sous-module facteur direct de M isomorphe à .
☡ La relation [M : L] = 0 signifie donc qu’il n’existe aucun sous-module facteur direct de M isomorphe à L. Ceci n’exclut pas qu’il existe un sous-module de M isomorphe à L ; il suffit de considérer l’exemple où et les -modules L et M sont primordiaux, non isomorphes, d’où [M : L] = 0 et L est isomorphe au sous-module de M.
5. Structure des modules de longueur finie
Théorème 2 (Krull-Remak-Schmidt) 00RY
Soient A un anneau et M un A-module de longueur finie.
a) Il existe une famille finie de sous-modules indécomposables de M telle que et le module M est semi-primordial.
b) Soient et deux familles finies de sous-modules indécomposables de M telles que . Il existe une bijection de I sur J et un automorphisme de M tels que l’on ait pour tout .
c) Soit N un sous-module facteur direct de M et soit une famille finie de sous-modules indécomposables de M dont M soit somme directe. Il existe une partie J de I telle que soit un supplémentaire de N. Le module N est isomorphe à .
d) Soit N un A-module. S’il existe un entier tel que les modules et soient isomorphes, alors les modules M et N sont isomorphes.
e) Soient N et P des A-modules de longueur finie. Si les modules et sont isomorphes, alors M et N sont isomorphes.
Un module de longueur finie est à la fois artinien et noethérien (VIII, p. 2, prop. 1). De plus, pour un module de longueur finie, il revient au même d’être indécomposable ou primordial (VIII, p. 28, prop. 4). L’assertion a) résulte alors de la prop. 3 de VIII, p. 28. Les assertions b), c) et e) découlent respectivement des corollaires 2, 5 et 3 du th. 1 de VIII, p. 29. Enfin, l’assertion d) résulte du cor. 4 de VIII, p. 32, puisque sous les hypothèses de d) le module N est de longueur finie et donc semi-primordial par a).
Théorème 3 002J
Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre, M et N des A-modules de longueur finie. Soit une K-algèbre commutative non nulle telle que les -modules et soient isomorphes. Alors les A-modules M et N sont isomorphes.
a) Supposons d’abord que l’algèbre soit de degré fini sur K. Alors le A-module est isomorphe à et le A-module à , de sorte que les A-modules et sont isomorphes. D’après le th. 2, d) , les A-modules M et N sont isomorphes.
b) Supposons maintenant que la K-algèbre soit engendrée par un nombre fini d’éléments. Choisissons un idéal maximal de et posons . En vertu du théorème des zéros de Hilbert (VIII, p. 451, cor. 1 du th. 1), est une extension de degré fini de K. Par extension des scalaires de à , on déduit de l’isomorphisme -linéaire un isomorphisme -linéaire . D’après la partie a) de la démonstration, les A-modules M et N sont isomorphes.
c) Traitons enfin le cas général. Soient un isomorphisme de -modules et l’isomorphisme réciproque. Notons l’ensemble des sous-K-algèbres de qui sont engendrées par un nombre fini d’éléments. Si E est une telle sous-algèbre, s’identifie à un sous-anneau de et à des sous-A-modules de et (II, p. 108) ; de plus, et sont réunions des familles filtrantes croissantes et respectivement. Les A-modules M et N sont de longueur finie, donc de type fini ; soient S une partie génératrice finie du A-module M et T une partie génératrice finie du A-module N. Il existe une K-algèbre telle que l’on ait pour tout et pour tout . Il en résulte par linéarité que l’on a et . Les applications et induisent alors des bijections réciproques l’une de l’autre de dans , et de dans . Ces bijections sont clairement -linéaires. Ainsi les -modules et sont isomorphes. D’après la partie b) de la démonstration, les A-modules M et N sont isomorphes.
Remarque 002K
Soient E et F deux espaces vectoriels de dimension finie sur un corps commutatif K et soit une extension de K. Soient un endomorphisme de un endomorphisme de et les endomorphismes de et qu’on en déduit par extension des scalaires. Il résulte des corollaires 1 et 2 de VII, p. 32 que les endomorphismes et sont semblables si et seulement si les endomorphismes et le sont. Cela résulte aussi du théorème 3 ci-dessus, appliqué à l’algèbre A = K[X] et aux A-modules et (VII, p. 28).
Exercices
See the exercises for § 2.
[^1]: On peut démontrer que tout module projectif sur un anneau local est libre (VIII, p.39, exerc. 18).