Bourbaki

§ 2. Structure des modules de longueur finie

1. Anneaux locaux

Proposition 1 001P

Soit A un anneau non nul et soit r\mathfrak{r} l’ensemble des éléments non inversibles de A. Les propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) L’ensemble r\mathfrak{r} est un idéal bilatère de A ;

(ii) L’ensemble r\mathfrak{r} est stable par addition ;

(iii) L’anneau A possède un unique idéal à gauche maximal ;

(iv) Quel que soit a∈Aa\in A, l’un des éléments aa ou 1−a1-a est inversible ;

(v) Quel que soit a∈Aa\in A, l’un des éléments aa ou 1−a1-a est inversible à gauche.

L’implication (i) =⇒=\Rightarrow (ii) résulte de la définition d’un idéal. Comme 1 n’appartient pas à r\mathfrak{r}, on a (ii) =⇒=\Rightarrow (iv).

On a r≠A\mathfrak{r}\not= A, et l’ensemble r\mathfrak{r} contient tout idéal à gauche de A distinct de A. Si r\mathfrak{r} est un idéal à gauche de A, c’est donc l’unique idéal à gauche maximal de A. Cela prouve que (i) entraîne (iii).

Supposons que A possède un unique idéal à gauche maximal m\mathfrak{m}. Soit b∈A−mb\in A-\mathfrak{m}. L’idéal à gauche AbAb n’est contenu dans aucun idéal à gauche maximal de A, donc est égal à A (I, p. 99, th. 1) et bb est inversible à gauche. Quel que soit a∈Aa\in A, l’un des éléments aa ou 1−a1-a appartient à A −m-\mathfrak{m}, car m\mathfrak{m} est un idéal qui ne contient pas 1. Ainsi (iii) implique (v).

Supposons la propriété (v) satisfaite. Soit bb un élément de A inversible à gauche. Soit c∈Ac\in A tel que cb=1cb= 1. On a (1−bc)b=0(1-bc)b= 0 et b≠0b\not= 0, donc 1−bc1-bc n’est pas inversible à gauche. D’après la propriété (v), bcbc est inversible à gauche et, a fortiori, cc est inversible à gauche. Mais alors cc est inversible, bb est son inverse, de sorte que bb est inversible. Il en résulte que (v) entraîne (iv).

Il reste à prouver que (iv) implique (i). Supposons (iv) satisfaite. Alors r\mathfrak{r} est un idéal bilatère de A d’après les assertions a) à d) suivantes :

a) On a 0∈r0\in \mathfrak{r} puisque l’anneau A n’est pas nul.

b) Le produit de deux éléments de A dont l’un appartient à r\mathfrak{r} et l’autre à A−r-\mathfrak{r} appartient à r\mathfrak{r}.

c) L’ensemble r\mathfrak{r} est stable par addition.

Soient en effet aa et bb des éléments de r\mathfrak{r} tels que s=a+bs=a+b soit inversible. D’après b), les éléments s−1as^{-1}a et s−1bs^{-1}b de A appartiennent à r\mathfrak{r}; comme s−1b=1−s−1as^{-1}b= 1-s^{-1}a, cela contredit l’hypothèse (iv).

d) L’ensemble r\mathfrak{r} est stable par multiplication.

Soient en effet aa et bb deux éléments de r\mathfrak{r}. L’élément a′=−a(1−b)a'=-a(1-b) appartient à r\mathfrak{r} d’après b) de sorte que l’élément abab, qui est égal à a+a′a+a', appartient à r\mathfrak{r} d’après c), d’où d).

Définition 1 001Q

On appelle anneau local un anneau non nul satisfaisant aux conditions équivalentes de la proposition 1.

Un anneau A est local si et seulement si l’anneau opposé AoA^o est local.

Si A est un anneau local, l’ensemble r\mathfrak{r} des éléments de A non inversibles est un idéal bilatère de A ; il contient tout idéal à gauche ou à droite de A distinct de A. L’anneau A/rA/\mathfrak{r} est donc un corps qu’on appelle corps résiduel de A. L’ensemble r\mathfrak{r} est l’unique idéal à gauche (resp. à droite, resp. bilatère) maximal de A ; on dit simplement que r\mathfrak{r} est l’idéal maximal de A.

Exemple 1 001R

Tout corps est un anneau local.

Exemple 2 001S

Soit A un anneau non nul dans lequel tout élément est inversible ou nilpotent. Alors A est un anneau local. En effet, si a∈Aa\in A n’est pas inversible, il existe par hypothèse un entier n⩾0n\geqslant 0 tel que an+1=0a^{n+1}= 0, et 1−a1-a admet pour inverse 1+a+⋯+an1+a+\cdots +a^n.

Exemple 3 001T

Soient X une variété de classe CrC^r (VAR, R, 5.1.5) et xx un point de X. Soit Ox\mathscr{O}_x l’anneau des germes en xx de fonctions de classe CrC^r à valeurs dans le corps des scalaires K. Alors Ox\mathscr{O}_x est un anneau local commutatif et son idéal maximal se compose des germes des fonctions s’annulant en x.∗x.*

Exemple 4 001U

Soient A un anneau local commutatif et B=A[[Xi]]i∈IB = A[[X_i]]_{i\in I} une algèbre de séries formelles à coefficients dans A (III, p. 28). D’après la prop. 6 de IV, p. 28, l’anneau B est local et son idéal maximal se compose des séries formelles dont le terme constant appartient à l’idéal maximal de A. En particulier, si A est un corps, l’idéal maximal de A[[Xi]]i∈IA[[X_i]]_{i\in I} se compose des séries formelles de terme constant nul.

Exemple 5 001V

Soit pp un nombre premier. Notons Z(p)\mathbf{Z}_{(p)} le sous-anneau du corps Q\mathbf{Q}des nombres rationnels constitué par les fractions a/ba/b avec a∈Z,b∈Za\in \mathbf{Z},b\in \mathbf{Z}et bb non divisible par p∗(p*(cf. AC, II, p. 79)∗79)*. Alors Z(p)\mathbf{Z}_{(p)} est un anneau local commutatif, d’idéal maximal

pZ(p)p\mathbf{Z}_{(p)}. L’anneau Zp\mathbf{Z}_p des entiers pp-adiques (V, p. 92) est un anneau local commutatif, d’idéal maximal pZpp\mathbf{Z}_p (VIII, p. 37, exerc. 9).

Exemple 6 001W

Soient K un corps commutatif de caractéristique p>0p >0 et G un pp-groupe (I, p. 72, déf. 9). L’algèbre K[G] du groupe G sur K (III, p. 19) est un anneau local ; son idéal maximal est l’ensemble des éléments (ag)g∈G(a_g)_{g\in G} de K[G] tels que ∑g∈Gag=0\sum_{g\in G}a_g= 0 (VIII, p. 38, exerc. 10).

2. Décomposition de Weyr-Fitting

Soient A un anneau, M un A-module et uu un endomorphisme de M. Pour tout entier p⩾0p\geqslant 0, on note NpN_p le noyau de upu^p. La suite des sous-modules NpN_p est croissante et sa réunion est un sous-module N∞N_{\infty} de M stable par uu. Pour tout entier p⩾0p\geqslant 0, on a Np+1=u−1(Np)N_{p+1}=\overset{-1}{u}(N_p) et la relation Np=Np+1N_p= N_{p+1} entraîne donc Np+1=Np+2N_{p+1}= N_{p+2}. Par suite, ou bien la suite (Np)(N_p) est strictement croissante, ou bien il existe un entier p⩾0p\geqslant 0 tel que N0,...,NpN_0, . . . ,N_p soient distincts et Np=N∞N_p= N_{\infty}.

Pour tout entier q⩾0q\geqslant 0, notons IqI_q l’image de uqu^q. La suite des sous-modules IqI_q est décroissante et son intersection est un sous-module I∞I_{\infty} de M stable par uu. Pour tout entier q⩾0q\geqslant 0, on a u(Iq)=Iq+1u(I_q) = I_{q+1} et la relation Iq=Iq+1I_q= I_{q+1} entraîne donc Iq+1=Iq+2I_{q+1}= I_{q+2}. Par suite, ou bien la suite (Iq)(I_q) est strictement décroissante, ou bien il existe un entier q⩾0q\geqslant 0 tel que I0,...,IqI_0, . . . ,I_q soient distincts et Iq=I∞I_q= I_{\infty}.

Proposition 2 001X

a) Supposons que la suite (Np)(N_p)est stationnaire. Alors on a N∞∩I∞=0N_{\infty}\cap I_{\infty}= 0, la restriction de uu à I∞I_{\infty} est injective et uu induit un endomorphisme nilpotent de N∞N_{\infty}.

b) Supposons la suite (Ip)(I_p)stationnaire. Alors on a M=N∞+I∞M = N_{\infty}+I_{\infty} et u(I∞)=I∞u(I_{\infty}) = I_{\infty}.

c) (« Décomposition de Weyr-Fitting ») Supposons que les suites (Np)(N_p)et (Ip)(I_p) soient stationnaires. Alors M est somme directe des sous-modules N∞N_{\infty} et I∞I_{\infty} qui sont stables par uu et uu induit un endomorphisme nilpotent de N∞N_{\infty} et un automorphisme de I∞I_{\infty}.

Soit pp un entier positif tel que Np=N∞N_p= N_{\infty} et soit v=upv=u^p. Par construction, vv et v2v^2 ont le même noyau N∞N_{\infty} et IpI_p est l’image de vv. Pour xx dans N∞∩IpN_{\infty}\cap I_p, il existe y∈My\in M tel que x=v(y)x=v(y), d’où v2(y)=v(x)=0v^2(y) =v(x) = 0; on a donc y∈N∞y\in N_{\infty}, d’où x=0x= 0. On a en particulier N∞∩I∞=0N_{\infty}\cap I_{\infty}= 0. Comme le noyau N1N_1 de uu est contenu dans N∞N_{\infty}, la restriction de uu à I∞I_{\infty} est injective ; d’autre part, on a up(N∞)=0u^p(N_{\infty}) = 0. Ceci prouve a).

Soit qq un entier positif tel que Iq=I∞I_q= I_{\infty} et soit w=uqw=u^q. Alors ww et w2w^2 ont la même image I∞I_{\infty}, et NqN_q est le noyau de ww. Soit x∈Mx\in M. On a w(x)∈I∞w(x)\in I_{\infty}, donc il existe y∈My\in M tel que w(x)=w2(y)w(x) =w^2(y); on a alors x−w(y)∈Nqx-w(y)\in N_q, d’où M=Nq+I∞M = N_q+ I_{\infty}, et a fortiori M=N∞+I∞M = N_{\infty}+ I_{\infty}. On a u(I∞)=u(Iq)=Iq+1=I∞u(I_{\infty}) =u(I_q) = I_{q+1}= I_{\infty}. Ceci prouve b).

L’assertion c) est conséquence immédiate de a) et b).

Remarque 1 001Y

Soit pp un entier tel que Np=Np+1N_p= N_{p+1}; la démonstration ci-dessus montre que N∞∩Ip=0N_{\infty}\cap I_p= 0, et la restriction de uu à IpI_p est injective. De même, soit qq un entier tel que Iq=Iq+1I_q= I_{q+1}; alors on a Nq+I∞=MN_q+ I_{\infty}= M et l’endomorphisme de M/NqM/N_q déduit de uu par passage aux quotients est surjectif.

Remarque 2 001Z

Supposons que M soit somme directe de deux sous-modules N et I, stables par uu, et que uu induise un endomorphisme nilpotent uNu_N de N et un automorphisme de I. On a alors N∞=NN_{\infty}= N et I∞=II_{\infty}= I et les suites (Np)(N_p) et (Ip)(I_p) sont stationnaires. De plus, les entiers suivants sont égaux :

α)\alpha ) le plus petit entier p⩾0p\geqslant 0 tel que Np=N∞N_p= N_{\infty};

β)\beta ) le plus petit entier q⩾0q\geqslant 0 tel que Iq=I∞I_q= I_{\infty};

γ)\gamma ) le plus petit entier r⩾0r\geqslant 0 tel que (uN)r=0(u_N)^r= 0.

Remarque 3 0020

L’hypothèse de l’assertion a) est vérifiée si le A-module M est noethérien, l’hypothèse de l’assertion b) est vérifiée si M est artinien ; d’après la prop. 1 de VIII, p. 2, l’hypothèse de l’assertion c) est vérifiée si M est de longueur finie.

Corollaire 1 0021

Soit A un anneau et soit M un A-module.

a) Si le module M est noethérien, tout endomorphisme surjectif de M est bijectif.

b) Si le module M est artinien, tout endomorphisme injectif de M est bijectif.

c) Si le module M est de longueur finie, tout endomorphisme injectif ou surjectif de M est bijectif.

d) Si l’anneau A est commutatif et le A-module M de type fini, tout endomorphisme surjectif de M est bijectif.

Soit uu un endomorphisme du A-module M. Adoptons les notations introduites au début de ce numéro. Si l’endomorphisme uu est surjectif, on a I∞=MI_{\infty}= M. L’assertion a) résulte alors de la prop. 2, a) et de la remarque 3. De même si l’endomorphisme uu est injectif, on a N∞=0N_{\infty}= 0. L’assertion b) résulte donc de la prop. 2, b) et de la remarque 3. L’assertion c) découle aussitôt de a) et b).

Supposons maintenant l’anneau A commutatif, le A-module M de type fini et l’endomorphisme uu surjectif. Démontrons que uu est injectif. Soit xx un élément de M tel que u(x)=0u(x) = 0. Choisissons une famille génératrice finie (xi)i∈I(x_i)_{i\in I} du A-module M et, pour tout i∈Ii\in I, un élément yiy_i de M tel que u(yi)=xiu(y_i) =x_i. Il existe des familles (ai)i∈I(a_i)_{i\in I}, (bij)(i,j)∈I×I(b_{ij})_{(i,j)\in I\times I} et (cij)(i,j)∈I×I(c_{ij})_{(i,j)\in I\times I} d’éléments de A telles que l’on ait

x=∑i∈Iaixi,yj=∑i∈Ibijxi,u(xj)=∑i∈Icijxi x=\sum_{i\in I}a_ix_i,y_j=\sum_{i\in I}b_{ij}x_i,u(x_j) =\sum_{i\in I}c_{ij}x_i

pour tout j∈Ij\in I. Soit A′A' un sous-anneau noethérien de A contenant les éléments aia_i, bijb_{ij} et cijc_{ij} (VIII, p. 12, cor. 3). Soit M′M' le sous-A′'-module de M engendré par la famille (xi)i∈I(x_i)_{i\in I}. On a u(xj)∈M′,yj∈M′u(x_j)\in M',y_j\in M', et u(yj)=xju(y_j) =x_j pour tout j∈Ij\in I, donc uu définit par restriction un endomorphisme surjectif u′u' du A′A'-module M′M'. Comme l’anneau A′A' est noethérien, le A′A'-module de type fini M′M' est noethérien (VIII, p. 7, prop. 4 a)). D’après a), l’endomorphisme u′u' de M′M' est bijectif. Par construction, xx appartient à M′M', et l’on a u′(x)=u(x)=0u'(x) =u(x) = 0. On a donc x=0x= 0, ce qui prouve d).

Corollaire 2 0022

Dans un anneau noethérien à gauche, tout élément inversible à droite ou à gauche est inversible.

Considérons en effet des éléments x,yx, y d’un anneau noethérien à gauche A tels que xy=1xy= 1. Notons δ(x)\boldsymbol{\delta }(x) et δ(y)\boldsymbol{\delta }(y) les endomorphismes a→axa\rightarrow ax et a→aya\rightarrow ay du A-module AsA_s. On a δ(y)∘δ(x)=1As\boldsymbol{\delta }(y)\circ \boldsymbol{\delta }(x) = 1_{A_s}, donc δ(y)\boldsymbol{\delta }(y) est surjectif. D’après le cor. 1, a), δ(y)\boldsymbol{\delta }(y) est bijectif. L’endomorphisme δ(x)\boldsymbol{\delta }(x) est alors la bijection réciproque de δ(y)\boldsymbol{\delta }(y), et l’on a yx=(δ(x)∘δ(y))(1)=1yx= (\boldsymbol{\delta }(x)\circ \boldsymbol{\delta }(y))(1) = 1, d’où le corollaire.

3. Modules indécomposables et modules primordiaux

Soit A un anneau. Rappelons la définition suivante (VII, p. 23, déf. 3) :

Définition 2 0023

On dit qu’un A-module M est indécomposable s’il n’est pas somme directe d’une famille de sous-modules distincts de 0 et de M.

Compte tenu du corollaire de II, p. 19, les conditions suivantes sont équivalentes :

a) Le A-module M est indécomposable ;

b) Le A-module M n’est pas nul et tout sous-module facteur direct de M est égal à 0 ou M ;

c) Le A-module M n’est pas nul et l’anneau EndA(M)_A(M) ne contient pas d’élément idempotent distinct de 0 et 1M1_M;

En particulier, comme l’anneau des endomorphismes du A-module AsA_s est isomorphe à l’anneau opposé de A, on voit que le A-module AsA_s est indécomposable si et seulement si l’anneau A n’est pas nul, et que ses seuls éléments idempotents sont 0 et 1.

Exemple 0024

Supposons l’anneau A principal. Les A-modules de type fini indécomposables sont les A-modules isomorphes soit à A, soit à A/pnAA/p^nA, où pp est un élément extrémal de A et nn un entier >0>0 (VII, p. 23, prop. 8).

Proposition 3 0025

Un A-module M noethérien ou artinien est somme directe d’une famille finie de sous-modules indécomposables.

Démontrons d’abord que tout sous-module non nul P de M possède un facteur direct indécomposable. Dans le cas contraire, tout sous-module facteur direct de P serait décomposable ; procédant par récurrence, on construirait pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}des sous-modules non nuls Nn′N'_n et Nn′′N''_n de P tels que P=N0′⊕N0′′P = N'_0\oplus N''_0 et Nn−1′=Nn′⊕Nn′′N'_{n-1}= N'_n\oplus N''_n pour n⩾1n\geqslant 1. Mais alors la suite des sous-modules N0′′+⋯+Nn′′N''_0+\cdots + N''_n serait strictement croissante, et celle des sous-modules Nn′N'_n serait strictement décroissante. Le module M ne serait ni noethérien, ni artinien, contrairement à l’hypothèse faite.

Supposons maintenant que M ne soit pas somme directe d’une famille finie de sous-modules indécomposables. On peut construire par récurrence des sous-modules indécomposables Pn′′P''_n de M et des sous-modules non nuls Pn′P'_n de M pour tout n∈Nn\in \mathbf{N} tels que M=P0′⊕P0′′M = P'_0\oplus P''_0 et Pn−1′=Pn′⊕Pn′′P'_{n-1}= P'_n\oplus P''_n pour n⩾1n\geqslant 1. En effet, M n’est pas nul et la première partie de la démonstration fournit P0′P'_0 et P0′′P''_0. Les modules Pk′P'_k et Pk′′P''_k étant définis pour k<nk < n, il existe d’après la première partie de la démonstration des sous-modules Pn′P'_n et Pn′′P''_n tels que Pn−1′=Pn′⊕Pn′′P'_{n-1}= P'_n\oplus P''_n avec Pn′′P''_n indécomposable. La relation M=Pn′⊕P0′′⊕⋯⊕Pn′′M = P'_n\oplus P''_0\oplus \cdots \oplus P''_n entraîne alors que Pn′≠0P'_n\not= 0, car M n’est pas somme directe d’une famille finie de modules indécomposables.

La suite de sous-modules P0′′+...Pn′′P''_0+. . .P''_n est strictement croissante et la suite de sous-modules Pn′P'_n strictement décroissante. Ceci contredit l’hypothèse que M est noethérien ou artinien.

La question de l’unicité de la décomposition d’un module en somme directe de sous-modules indécomposables sera étudiée au numéro suivant.

Définition 3 0026

On dit qu’un module est primordial si l’anneau de ses endomorphismes est local.

Par définition, un anneau local n’est pas réduit à 0 ; par suite, un module primordial n’est pas nul. De plus, le A-module AsA_s est primordial si et seulement si l’anneau A est local.

Proposition 4 0027

a) Un module primordial est indécomposable.

b) Un module indécomposable de longueur finie est primordial.

Soit M un A-module. Supposons M primordial ; soit ee un idempotent de l’anneau local EndA(M)_A(M). Comme e2=ee^2=e, ou bien ee est inversible et l’on a e=1e= 1, ou bien 1−e1-e est inversible et l’on a e=0e= 0. Ceci prouve que M est indécomposable (VIII, p. 27).

Supposons maintenant que M soit indécomposable et de longueur finie. D’après la prop. 2, c) de VIII, p. 25, tout endomorphisme de M est inversible ou nilpotent ; l’anneau EndA(M)_A(M) est donc local d’après l’exemple 2 de VIII, p. 24.

Le Z\mathbf{Z}-module Z\mathbf{Z}est indécomposable, noethérien, mais non artinien. L’anneau de ses endomorphismes est isomorphe à Z\mathbf{Z}, donc n’est pas local. Par suite, Z\mathbf{Z}n’est pas un Z\mathbf{Z}-module primordial.

∗* Soit pp un nombre premier. L’anneau des endomorphismes du Z\mathbf{Z}-module Qp/Zp\mathbf{Q}_p/\mathbf{Z}_p est isomorphe à l’anneau local Zp\mathbf{Z}_p (cf. VII, p. 62, exercice 13) ; c’est donc un Z\mathbf{Z}-module primordial.

Un module injectif est indécomposable si et seulement s’il est primordial (X, p. 21, prop. 1414).∗.*

4. Modules semi-primordiaux

Définition 4 0028

On dit qu’un module est semi-primordial s’il est somme directe d’une famille de sous-modules primordiaux.

Exemple 1 00SE

∗*Tout module simple est primordial (VIII, p. 41) ; tout module semi-simple est donc semi-primordial (VIII, p. 51, déf 1).

Exemple 2 01L7

Si A est un anneau noethérien à gauche, tout A-module injectif est semi-primordial (X, p. 21, prop. 14 et p. 22, th. 3, b)). ∗*

Théorème 1 (Azumaya) 00RX

Soient A un anneau, L un A-module primordial et M un A-module semi-primordial. Il existe un unique cardinal, noté [M : L], possédant la propriété suivante :

Pour toute décomposition M=⨁i∈IMiM =\bigoplus_{i\in I}M_i de M en somme directe de modules primordiaux, l’ensemble des indices i∈Ii\in Itels que MiM_i soit isomorphe à L a pour cardinal [M : L].

La démonstration repose sur les quatre lemmes suivants.

Lemme 1 0029

Soient M un A-module, M′M' un sous-module primordial de M et M′′M'' un sous-module de M supplémentaire de M′M'. Soit uu un endomorphisme de M. Alors uu ou 1M−u1_M-u induit un isomorphisme de M′M' sur un sous-module de M supplémentaire de M′′M''.

Soit pp la projection de M sur M′M' de noyau M′′M'' et soit vv la restriction de p∘up\circ u à M′M'. Supposons d’abord que vv soit un automorphisme de M′M'. Comme vv est injectif, la restriction de uu à M′M' est injective et l’on a u(M′)∩M′′=0u(M')\cap M''= 0. Comme vv est surjectif, on a u(M′)⊕M′′=Mu(M')\oplus M''= M. Par suite, uu induit un isomorphisme de M′M' sur un sous-module supplémentaire de M′′M'' dans M. Supposons maintenant que vv ne soit pas un automorphisme de M′M'. Alors 1M′−v1_{M'}-v est un automorphisme de M′M', puisque M′M' est primordial. Or 1M′−v1_{M'}-v est la restriction à M′M' de p∘(1M−u)p\circ (1_M-u). Le raisonnement précédent démontre que 1M−u1_M-u induit un isomorphisme de M′M' sur un sous-module de M supplémentaire de M′′M''.

Lemme 2 002A

Soit M un A-module, somme directe d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de sous-modules primordiaux, et soit uu un endomorphisme de M. Posons v=1M−uv= 1_M-u et MJ=⨁i∈JMiM_J=\bigoplus_{i\in J}M_i pour toute partie J de I. Alors l’une des deux propriétés suivantes est satisfaite :

a) Il existe un indice i∈Ii\in Itel que uu induise un isomorphisme de MiM_i sur un sous-module facteur direct de M.

b) Pour toute partie finie J de I,v,v induit un isomorphisme de MJM_J sur un sous-module supplémentaire de MI−JM_{I-J}.

Si la propriété b) est satisfaite, vv est injectif.

Supposons que la propriété a) soit fausse et établissons la propriété b) par récurrence sur le cardinal de J. Il n’y a rien à prouver si J=∅J =\emptyset. Supposons donc J non vide, choisissons un élément ii de J et posons J′=J−{i}J'= J-\{i\}. Par l’hypothèse de récurrence, vv induit un isomorphisme de MJ′M_{J'} sur un sous-module de M supplémentaire de MI−J′=MI−J⊕MiM_{I-J'}= M_{I-J}\oplus M_i; par suite, le sous-module M′′=v(MJ′)⊕MI−JM''=v(M_{J'})\oplus M_{I-J} est supplémentaire de MiM_i. D’après le lemme 1 et l’hypothèse faite sur uu, l’endomorphisme vv induit un isomorphisme de MiM_i sur un sous-module de M supplémentaire de M′′M''; par suite, vv induit un isomorphisme de MJ=Mi⊕MJ′M_J= M_i\oplus M_{J'} sur un sous-module supplémentaire de MI−JM_{I-J}.

La dernière assertion résulte de ce que M est réunion des sous-modules MJM_J, où J parcourt l’ensemble des parties finies de I.

Lemme 3 002B

Soient M un A-module, somme directe d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de sous-modules primordiaux, et pp un projecteur non nul de M. Il existe un indice i∈Ii\in Itel que pp induise un isomorphisme de MiM_i sur un sous-module facteur direct de p(M)p(M).

Comme pp n’est pas nul, 1M−p1_M-p n’est pas injectif. D’après le lemme 2, il existe un indice i∈Ii\in I tel que pp induise un isomorphisme de MiM_i sur un sous-module facteur direct de M. Tout projecteur de M d’image p(Mi)p(M_i) définit par restriction un projecteur de p(M)p(M) d’image p(Mi)p(M_i), donc p(Mi)p(M_i) est un sous-module facteur direct de p(M)p(M).

Lemme 4 002C

Soient M un A-module, somme directe d’une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de sous-modules primordiaux, L un A-module primordial et N un sous-module facteur direct de M. On suppose que N est somme directe d’une famille (Nj)j∈J(N_j)_{j\in J} de sous-modules isomorphes à L et l’on note ILI_L l’ensemble des indices i∈Ii\in Itels que MiM_i soit isomorphe à L. On a alors

(1) Card(J) ⩽\leqslant Card(IL_L).

Soit N0N_0 un sous-module de M supplémentaire de N. Le module M est somme directe de N0N_0 et de la famille (Nj)j∈J(N_j)_{j\in J}. Pour tout j∈Jj\in J, notons pjp_j le projecteur de M d’image NjN_j associé à cette décomposition (II, p. 18, prop. 12). Pour tout i∈Ii\in I, notons J(i)J(i) l’ensemble des indices j∈Jj\in J tels que pjp_j induise un isomorphisme de MiM_i sur NjN_j. Cet ensemble est fini : en effet, si xx est un élément non nul de MiM_i et K une partie finie de J telle que xx appartienne à N0+∑k∈KNkN_0+\sum_{k\in K}N_k, on a pj(x)=0p_j(x) = 0 pour j∈Jj\in J - K, de sorte que J(i)J(i) est contenu dans K.

Soit j∈Jj\in J. D’après le lemme 3, il existe un indice i∈Ii\in I tel que pjp_j induise un isomorphisme de MiM_i sur un sous-module facteur direct de NjN_j. Comme MiM_i n’est pas nul et que NjN_j est primordial, donc indécomposable (VIII, p. 28, prop. 4), on a pj(Mi)=Njp_j(M_i) = N_j, et jj appartient à J(i)J(i). Comme le module MiM_i est isomorphe à NjN_j, donc à L, l’indice ii appartient à ILI_L. Cela démontre que J est réunion de la famille d’ensembles finis (J(i))i∈IL(J(i))_{i\in I_L}. Si l’ensemble J est infini, l’ensemble ILI_L est infini, et l’on a (E, III, p. 49, cor. 3)

Card(J) ⩽∑i∈IL\leqslant \sum_{i\in I_L} Card(J(ii))⩽\leqslant Card(IL_L).

Supposons maintenant l’ensemble J fini, et démontrons le lemme par récurrence sur le cardinal de J. Si J est vide, il n’y a rien à prouver. Supposons donc J non vide et choisissons un élément jj de J. D’après ce qui précède, il existe un indice i∈ILi\in I_L tel que pjp_j induise un isomorphisme de MiM_i sur NjN_j. Posons I′=I−{i}I'= I-\{i\} et J′=J−{j}J'= J-\{j\}. Le module M est somme directe de MiM_i et du noyau de pjp_j. Il est aussi somme directe de MiM_i et du sous-module M′=⊕i′∈I′Mi′M'=\oplus_{i'\in I'}M_{i'}. Il existe donc (II, p. 20, cor. de la prop. 13) un isomorphisme φ\varphi de Kerpj=N0⊕j′∈J′Nj′p_j= N_0\oplus_{j'\in J'}N_{j'} sur M′M'. Posons N′=φ(∑j′∈J′Nj′)N'=\varphi (\sum_{j'\in J'}N_{j'}). Le sous-module N′N' est facteur direct de M′M' et est somme directe de la famille (φ(Nj′))j′∈J′(\varphi (N_{j'}))_{j'\in J'} de sous-modules primordiaux isomorphes à L. Appliquons l’hypothèse de récurrence à M′M' et N′:N': on a Card(J′')⩽\leqslant Card(IL−{i}_L-\{i\}), d’où l’inégalité (1).

Prouvons le théorème 1. Soient (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} et (Nj)j∈J(N_j)_{j\in J} deux familles de sous-modules primordiaux dont M soit la somme directe. Soit ILI_L (resp. JLJ_L) l’ensemble des i∈Ii\in I (resp. j∈Jj\in J) tels que MiM_i (resp. NjN_j) soit isomorphe à L. On a Card(JL_L)⩽\leqslant Card(IL_L) d’après le lemme 4. En échangeant les rôles de I et J on obtient l’inégalité opposée, d’où le théorème.

Le cardinal [M : L] défini dans la théorème 1 est appelé multiplicité primordiale de L dans M.

Corollaire 1 002D

Soient M et N des modules semi-primordiaux. Pour que M et N soient isomorphes, il faut et il suffit que l’on ait [M : L] = [N : L] pour tout module primordial L.

Corollaire 2 00QY

Soit M un module semi-primordial. Soient (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} et (Mj′)j∈J(M'_j)_{j\in J} des familles de sous-modules primordiaux de M telles que

M=⨁i∈IMi=⨁j∈JMj′ M =\bigoplus_{i\in I}M_i=\bigoplus_{j\in J}M'_j

Il existe alors un automorphisme uu de M et une bijection φ\varphi de I sur J tels que l’on ait u(Mi)=Mφ(i)′u(M_i) = M'_{\varphi(i)} pour tout i∈Ii\in I.

Pour tout module primordial L, soit ILI_L (resp. JLJ_L) l’ensemble des indices i∈Ii\in I (resp. j∈Jj\in J) tels que MiM_i (resp. Mj′M'_j) soit isomorphe à L. Les ensembles non vides de la forme ILI_L (resp. JLJ_L) forment une partition de I (resp. J) et l’on a, pour tout L

Card(IL_L) == Card(JL_L) =[M:L]= [M : L],

d’où le cor. 2.

Corollaire 3 002E

Soient M, N et P des modules semi-primordiaux. On suppose que M⊕PM\oplus Pest isomorphe à N⊕PN\oplus P, et que [P : L] est fini pour tout module primordial L. Alors M et N sont isomorphes.

On a par hypothèse

[M : L] + [P : L] = [N : L] + [P : L]

pour tout module primordial L. Comme [P : L] est fini, il résulte par récurrence de (E, III, p. 28, prop. 8) qu’on a [M : L] = [N : L] pour tout module primordial L. Les modules M et N sont donc isomorphes d’après le corollaire 1.

Corollaire 4 002F

Soient M et N des modules semi-primordiaux. On suppose qu’il existe un entier d>0d >0tel que MdM^d soit isomorphe à NdN^d. Alors les modules M et N sont isomorphes.

Soit L un module primordial. Par hypothèse, on a

d[M:L]=d[N:L] d[M : L] =d[N : L]

On en déduit l’égalité [M : L] = [N : L] : en effet, on a da=ad\mathfrak{a}=\mathfrak{a} pour tout cardinal infini a\mathfrak{a} (E, III, p. 49, cor. 4). Les modules M et N sont alors isomorphes d’après le cor. 1.

Corollaire 5 002G

Soit M un module semi-primordial, somme directe d’une famille finie (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de sous-modules primordiaux. Pour toute partie J de I, notons MJ=M_J= ⨁i∈JMi\bigoplus_{i\in J}M_i. Soit N un sous-module facteur direct de M.

a) Il existe une partie J de I telle que MJM_J soit un sous-module supplémentaire de N.

b) Soit J une partie de I. Si MJM_J est un supplémentaire de N, alors le module N est isomorphe à MI−JM_{I-J} et est semi-primordial.

Notons K l’ensemble des indices i∈Ii\in I tels que N∩Mi=0N\cap M_i= 0 et raisonnons par récurrence sur le cardinal de K. Le corollaire est clair si M = N . Supposons M≠NM\not= N. Soit pp un projecteur de M de noyau N. Notons P son image. Elle n’est pas nulle, et d’après le lemme 3, il existe j∈Ij\in I tel que pp induise un isomorphisme de MjM_j sur un sous-module facteur direct de P. On a N∩Mj=0N\cap M_j= 0. Posons N′=N⊕MjN'= N\oplus M_j. On a N′=N⊕p(Mj)N'= N\oplus p(M_j). Un sous-module supplémentaire de p(Mj)p(M_j) dans P est aussi supplémentaire de N′N' dans M, de sorte que N′N' est un sous-module facteur direct de M. L’ensemble des indices i∈Ii\in I tels que N′∩Mi=0N'\cap M_i= 0 est contenu dans K−{j}-\{j\}. D’après l’hypothèse de récurrence, il existe une partie J′J' de I telle que MJ′M_{J'} soit un sous-module supplémentaire de N′N' dans M. Posons J=J′∪{j}J = J'\cup \{j\}. Alors MJM_J est un sous-module supplémentaire de N dans M.

Soit J une partie de I telle que MJM_J soit un sous-module supplémentaire de M dans N. Comme MJM_J est également supplémentaire de MI−JM_{I-J}, les modules N et MI−JM_{I-J} sont isomorphes et N est semi-primordial.

Corollaire 6 002H

Tout module projectif de type fini sur un anneau local est libre[^1].

Soit A un anneau local. Le A-module AsA_s est primordial (VIII, p. 28). Si M est un A-module projectif de type fini, il existe un A-module N et un entier positif nn tel que M⊕NM\oplus N soit isomorphe à AsnA^n_s (II, p. 40, cor. 1). Il résulte du corollaire 5 que le module M est lui-même isomorphe à AsmA^m_s pour un entier mm tel que 0⩽m⩽n0\leqslant m\leqslant n, donc est libre.

Remarque 002I

Soient M et M′M' des A-modules semi-primordiaux. Il résulte aussitôt du lemme 4 de VIII, p. 31 que M′M' est isomorphe à un sous-module facteur direct de M si et seulement si l’on a [M′:L]⩽[M:L][M': L]\leqslant [M : L] pour tout A-module primordial L. En particulier, si L est un A-module primordial, [M : L] est le plus grand des cardinaux a\mathfrak{a} pour lesquels il existe un sous-module facteur direct de M isomorphe à L(a)L^{(\mathfrak{a})}.

☡ La relation [M : L] = 0 signifie donc qu’il n’existe aucun sous-module facteur direct de M isomorphe à L. Ceci n’exclut pas qu’il existe un sous-module de M isomorphe à L ; il suffit de considérer l’exemple où A=Z,L=Z/2ZA = \mathbf{Z}, L = \mathbf{Z}/2\mathbf{Z}et M=Z/4Z:M = \mathbf{Z}/4\mathbf{Z} : les Z\mathbf{Z}-modules L et M sont primordiaux, non isomorphes, d’où [M : L] = 0 et L est isomorphe au sous-module 2Z/4Z2\mathbf{Z}/4\mathbf{Z}de M.

5. Structure des modules de longueur finie

Théorème 2 (Krull-Remak-Schmidt) 00RY

Soient A un anneau et M un A-module de longueur finie.

a) Il existe une famille finie (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de sous-modules indécomposables de M telle que M=⨁i∈IMiM =\bigoplus_{i\in I}M_i et le module M est semi-primordial.

b) Soient (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} et (Mj′)j∈J(M'_j)_{j\in J} deux familles finies de sous-modules indécomposables de M telles que M=⨁i∈IMi=⨁j∈JMj′M =\bigoplus_{i\in I}M_i=\bigoplus_{j\in J}M'_j. Il existe une bijection σ\sigma de I sur J et un automorphisme uu de M tels que l’on ait u(Mi)=Mσ(i)′u(M_i) = M'_{\sigma(i)} pour tout i∈Ii\in I.

c) Soit N un sous-module facteur direct de M et soit (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} une famille finie de sous-modules indécomposables de M dont M soit somme directe. Il existe une partie J de I telle que ⨁i∈I−JMi\bigoplus_{i\in I-J}M_i soit un supplémentaire de N. Le module N est isomorphe à ⨁j∈JMj\bigoplus_{j\in J}M_j.

d) Soit N un A-module. S’il existe un entier d>0d >0tel que les modules MdM^d et NdN^d soient isomorphes, alors les modules M et N sont isomorphes.

e) Soient N et P des A-modules de longueur finie. Si les modules M⊕PM\oplus Pet N⊕PN\oplus P sont isomorphes, alors M et N sont isomorphes.

Un module de longueur finie est à la fois artinien et noethérien (VIII, p. 2, prop. 1). De plus, pour un module de longueur finie, il revient au même d’être indécomposable ou primordial (VIII, p. 28, prop. 4). L’assertion a) résulte alors de la prop. 3 de VIII, p. 28. Les assertions b), c) et e) découlent respectivement des corollaires 2, 5 et 3 du th. 1 de VIII, p. 29. Enfin, l’assertion d) résulte du cor. 4 de VIII, p. 32, puisque sous les hypothèses de d) le module N est de longueur finie et donc semi-primordial par a).

Théorème 3 002J

Soient K un corps commutatif, A une K-algèbre, M et N des A-modules de longueur finie. Soit K′K' une K-algèbre commutative non nulle telle que les A(K′)A_{(K')}-modules M(K′)M_{(K')} et N(K′)N_{(K')} soient isomorphes. Alors les A-modules M et N sont isomorphes.

a) Supposons d’abord que l’algèbre K′K' soit de degré fini dd sur K. Alors le A-module M(K′)M_{(K')} est isomorphe à MdM^d et le A-module N(K′)N_{(K')} à NdN^d, de sorte que les A-modules MdM^d et NdN^d sont isomorphes. D’après le th. 2, d) , les A-modules M et N sont isomorphes.

b) Supposons maintenant que la K-algèbre K′K' soit engendrée par un nombre fini d’éléments. Choisissons un idéal maximal m\mathfrak{m} de K′K' et posons K′′=K′/mK''= K'/\mathfrak{m}. En vertu du théorème des zéros de Hilbert (VIII, p. 451, cor. 1 du th. 1), K′′K'' est une extension de degré fini de K. Par extension des scalaires de K′K' à K′′K'', on déduit de l’isomorphisme A(K′)A_{(K')}-linéaire M(K′)→N(K′)M_{(K')}\rightarrow N_{(K')} un isomorphisme A(K′′)A_{(K'')}-linéaire M(K′′)→N(K′′)M_{(K'')}\rightarrow N_{(K'')}. D’après la partie a) de la démonstration, les A-modules M et N sont isomorphes.

c) Traitons enfin le cas général. Soient u:M(K′)→N(K′)u: M_{(K')}\rightarrow N_{(K')} un isomorphisme de A(K′)A_{(K')}-modules et v:N(K′)→M(K′)v: N_{(K')}\rightarrow M_{(K')} l’isomorphisme réciproque. Notons E\mathscr{E} l’ensemble des sous-K-algèbres de K′K' qui sont engendrées par un nombre fini d’éléments. Si E est une telle sous-algèbre, A(E)A_{(E)} s’identifie à un sous-anneau de A(K′)A_{(K')} et M(E),N(E)M_{(E)}, N_{(E)} à des sous-A(E)_{(E)}-modules de M(K′)M_{(K')} et N(K′)N_{(K')} (II, p. 108) ; de plus, M(K′)M_{(K')} et N(K′)N_{(K')} sont réunions des familles filtrantes croissantes (M(E))E∈E(M_{(E)})_{E\in\mathscr{E}} et (N(E))E∈E(N_{(E)})_{E\in\mathscr{E}} respectivement. Les A-modules M et N sont de longueur finie, donc de type fini ; soient S une partie génératrice finie du A-module M et T une partie génératrice finie du A-module N. Il existe une K-algèbre E∈EE\in \mathscr{E} telle que l’on ait u(1⊗s)∈N(E)u(1\otimes s)\in N_{(E)} pour tout s∈Ss\in S et v(1⊗t)∈M(E)v(1\otimes t)\in M_{(E)} pour tout t∈Tt\in T. Il en résulte par linéarité que l’on a u(M(E))⊂N(E)u(M_{(E)})\subset N_{(E)} et v(N(E))⊂M(E)v(N_{(E)})\subset M_{(E)}. Les applications uu et vv induisent alors des bijections réciproques l’une de l’autre de M(E)M_{(E)} dans N(E)N_{(E)}, et de N(E)N_{(E)} dans M(E)M_{(E)}. Ces bijections sont clairement A(E)A_{(E)}-linéaires. Ainsi les A(E)A_{(E)}-modules M(E)M_{(E)} et N(E)N_{(E)} sont isomorphes. D’après la partie b) de la démonstration, les A-modules M et N sont isomorphes.

Remarque 002K

Soient E et F deux espaces vectoriels de dimension finie sur un corps commutatif K et soit K′K' une extension de K. Soient uu un endomorphisme de E,vE,v un endomorphisme de F,u(K′)F,u_{(K')} et v(K′)v_{(K')} les endomorphismes de E(K′)E_{(K')} et F(K′)F_{(K')} qu’on en déduit par extension des scalaires. Il résulte des corollaires 1 et 2 de VII, p. 32 que les endomorphismes uu et vv sont semblables si et seulement si les endomorphismes u(K′)u_{(K')} et v(K′)v_{(K')} le sont. Cela résulte aussi du théorème 3 ci-dessus, appliqué à l’algèbre A = K[X] et aux A-modules M=EuM = E_u et N=FvN = F_v (VII, p. 28).

Exercices

See the exercises for § 2.

[^1]: On peut démontrer que tout module projectif sur un anneau local est libre (VIII, p.39, exerc. 18).

Transcribed from the printed volume. Not translated.