§ 1. Modules artiniens et modules noethériens
1. Modules artiniens et modules noethériens
Définition 1 0001
Soit A un anneau. On dit qu’un A-module M est artinien (resp. noethérien) s’il vérifie les conditions équivalentes suivantes :
(i) Tout ensemble non vide de sous-modules de M, ordonné par la relation d’inclusion, possède un élément minimal (resp. maximal) ;
(ii) Toute suite décroissante (resp. croissante) de sous-modules de M est stationnaire.
L’équivalence des conditions (i) et (ii) résulte de E, III, p. 51, prop. 6.
Pour qu’un A-module M soit artinien (resp. noethérien), il faut et il suffit que M, considéré comme module sur l’anneau des homothéties, le soit.
Soit M un A-module artinien (resp. noethérien). Tout ensemble non vide de sous-modules de M, ordonné par inclusion, qui est filtrant décroissant (resp. filtrant croissant) possède un plus petit élément (resp. un plus grand élément) (E, III, p. 13, prop. 10).
Soient M un A-module artinien (resp. noethérien) et une famille de sous-modules de M. Les intersections (resp. sommes) des sous-familles finies de la famille forment un ensemble non vide filtrant décroissant (resp. filtrant croissant) de sous-modules de M. Il existe donc une partie finie J de I tel que (resp. ).
Exemple 1 0002
Un espace vectoriel de dimension finie sur un corps est artinien et noethérien.
Exemple 2 0003
Soit M un A-module. S’il existe une famille infinie de sous-modules non nuls de M dont la somme est directe, M n’est ni artinien, ni noethérien : en effet, pour toute suite infinie strictement décroissante (resp. strictement croissante) de parties de I, la suite infinie de sous-modules de M est strictement décroissante (resp. strictement croissante). En particulier, un espace vectoriel de dimension infinie sur un corps n’est ni artinien ni noethérien.
Exemple 3 0004
On verra plus loin que le -module est noethérien, mais non artinien (VIII,
p. 5, exemple 3
Exemple 4 0005
Soient un nombre premier et le composant -primaire du -module de torsion (VII, p. 8). Tout sous-module de est égal soit à , soit à pour un entier (VII, p. 53, exerc. 3). Par suite, est un -module artinien, mais non noethérien.
Proposition 1 0006
Pour qu’un A-module M soit de longueur finie (II, p. 21), il faut et il suffit qu’il soit à la fois artinien et noethérien.
Supposons que M soit de longueur finie . Alors toute suite strictement croissante ou strictement décroissante de sous-modules de M comporte au plus termes (I, p. 42). Par suite M est artinien et noethérien.
Réciproquement, supposons que M soit artinien et noethérien. Soit l’ensemble des sous-modules de longueur finie de M. Le sous-module nul appartient à , et comme M est noethérien, possède un élément maximal N. Raisonnons par l’absurde en supposant que . L’ensemble des sous-modules de M distincts de N et contenant N possède alors un élément minimal P, puisque M est artinien. Le module est de longueur 1 et, comme N est un module de longueur finie, il en est de même de P (II, p. 21, prop. 16). Ceci contredit la définition de N.
Proposition 2 0007
Pour qu’un A-module M soit noethérien, il faut et il suffit que tout sous-module de M soit de type fini.
Supposons d’abord que tout sous-module de M soit de type fini. Soit une suite croissante de sous-modules de M et soit P sa réunion. C’est un sous-module de M. Il existe par hypothèse une partie finie F de M engendrant le module P ; soit alors un entier tel que . On a donc et la suite est stationnaire. Cela prouve que le module M est noethérien.
La réciproque résulte de l’énoncé plus précis suivant :
Lemme 1 0008
Soient M un A-module noethérien et E une partie de M. Il existe une partie finie F de E engendrant le même sous-module que E.
En effet, d’après VIII, p. 2, il existe une partie finie F de E telle que .
Proposition 3 0009
Soient M un A-module et N un sous-module de M. Pour que M soit artinien (resp. noethérien), il faut et il suffit que N et le soient.
Nous donnerons la démonstration dans le cas des modules artiniens, le cas des modules noethériens étant analogue.
Supposons M artinien. Tout sous-module de N étant un sous-module de M, le module N est artinien. Soit une suite décroissante de sous-modules de . Il existe une suite décroissante de sous-modules de M contenant N, telle que pour tout (I, p. 39, th. 4). Comme M est artinien, la suite est stationnaire, donc aussi la suite . Par suite, le module est artinien.
Réciproquement, supposons les modules N et artiniens et considérons une suite décroissante de sous-modules de M. La suite des sous-modules de N est stationnaire. De même, la suite des sous-modules de est stationnaire. Il existe donc un entier tel que l’on ait et pour tout entier . La suite est alors stationnaire en vertu du lemme suivant :
Lemme 2 00QV
Soient M un A-module, N, P et Q des sous-modules de M. On suppose que l’on a , et N + P = N + Q. On a alors P = Q.
Soit un élément de Q. Il appartient à N + P ; il existe donc un élément de P tel que . Comme Q contient appartient à , donc à P. Par suite, appartient à P.
Corollaire 000A
Soient M un A-module et une famille finie de sous-modules de M.
a) Si les modules sont artiniens (resp. noethériens), il en est de même de leur somme .
b) Si les modules sont artiniens (resp. noethériens), il en est de même du module .
Par récurrence, il suffit de traiter le cas où . Le module , quotient de , est isomorphe au sous-module de (I, p. 39, th. 4).
Sous l’hypothèse a), et sont artiniens (resp. noethériens) ; il en est donc de même de (prop. 3).
Sous l’hypothèse b), et sont artiniens (resp. noethériens) ; il en est donc de même de loc. cit.).
Exemple 5 000B
Soit une famille finie de A-modules. Si les modules sont artiniens (resp. noethériens), il en est de même de leur somme directe .
Remarque 000C
Les définitions et résultats de ce numéro s’étendent aux groupes commutatifs à opérateurs quelconques en remplaçant dans les énoncés sous-modules par sous-groupes stables.
2. Anneaux artiniens et anneaux noethériens
Définition 2 000D
On dit qu’un anneau A est artinien (resp. noethérien) à gauche si le A-module à gauche est artinien (resp. noethérien). De même, on dit qu’un anneau A est artinien (resp. noethérien) à droite si le A-module à droite est artinien (resp. noethérien).
Un anneau A est artinien (resp. noethérien) à droite si et seulement si l’anneau opposé est artinien (resp. noethérien) à gauche. Pour un anneau A commutatif, les propriétés d’être artinien à gauche et artinien à droite coïncident, et lorsqu’elles sont satisfaites, on dit que l’anneau A est artinien ; on adopte une convention analogue pour « noethérien ». Il existe des anneaux non commutatifs artiniens à gauche mais non à droite, et des anneaux non commutatifs noethériens à gauche mais non à droite (VIII, p. 13, exerc. 3).
Soit A un anneau. Par définition, les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’anneau A est artinien à gauche ;
(ii) Tout ensemble non vide d’idéaux à gauche de A, ordonné par inclusion, possède un élément minimal ;
(iii) Toute suite décroissante d’idéaux à gauche de A est stationnaire.
Compte tenu de la prop. 2 de VIII, p. 3 les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’anneau A est noethérien à gauche ;
(ii) Tout ensemble non vide d’idéaux à gauche de A, ordonné par inclusion, possède un élément maximal ;
(iii) Toute suite croissante d’idéaux à gauche de A est stationnaire ;
(iv) Tout idéal à gauche de A est engendré par une partie finie de A.
Exemple 1 000E
Un corps est un anneau artinien et noethérien, à gauche et à droite.
Exemple 2 000F
Soient A un anneau et D un sous-anneau de A. On suppose que D est un corps et que A est un espace vectoriel à gauche de dimension finie sur D. Comme tout idéal à gauche de A est un sous-D-espace vectoriel de A, l’anneau A est artinien et noethérien à gauche. En particulier, une algèbre de dimension finie sur un corps commutatif est un anneau artinien et noethérien, à gauche et à droite.
Exemple 3 000G
Un anneau principal (VII, p. 1, déf. 1) est noethérien. Un anneau intègre A qui n’est pas un corps n’est pas un anneau artinien : pour tout élément de A, non nul et non inversible, la suite des idéaux (pour ) est strictement décroissante. En particulier, l’anneau des entiers rationnels est noethérien, mais n’est pas artinien.
Exemple 4 000H
Soit M un A-module, somme directe d’une famille infinie de sous-modules non nuls. Soit E l’anneau des endomorphismes de M. Pour tout , soit (resp. ) l’ensemble des éléments de E dont le noyau contient (resp. dont l’image est contenue dans ). Alors est une famille infinie d’idéaux à gauche non nuls de E dont la somme est directe, et est une famille infinie d’idéaux à droite non nuls de E dont la somme est directe. Par suite l’anneau E n’est artinien (resp. noethérien) ni à gauche, ni à droite (VIII, p. 2, exemple 2). En particulier, l’anneau des endomorphismes d’un espace vectoriel de dimension infinie n’est artinien (resp. noethérien) ni à gauche, ni à droite.
Théorème 1 00QW
Soit A un anneau artinien à gauche. Le A-module est de longueur finie.
Nous utiliserons dans la démonstration le lemme suivant :
Lemme 3 000I
Soient A un anneau et un entier naturel. Un A-module artinien M qui est somme d’une famille de sous-modules de longueur est de longueur finie.
Raisonnons par récurrence sur . Supposons d’abord . Si M n’était pas de longueur finie, nous pourrions construire une suite de sous-modules de longueur 1 de M, avec pour tout . Nous aurions alors pour tout , et la somme de la famille serait directe. Mais ceci contredirait le fait que le A-module M est artinien (VIII, p. 2, exemple 2).
Supposons maintenant . Soit une famille de sous-modules de longueur de M, de somme M. Choisissons pour tout un sous-module de de longueur , tel que soit de longueur . Posons , et notons l’image de dans . Les modules sont de longueur et leur somme est . Les modules et sont artiniens (VIII, p. 3, prop. 3) ; d’après l’hypothèse de récurrence, ils sont de longueur finie. Donc M est de longueur finie (II, p. 21, prop. 16).
Démontrons maintenant le th. 1. Notons l’ensemble des idéaux à gauche de A, tels que le module soit de longueur finie. Soit une famille finie d’éléments de . D’après la prop. 1 de VIII, p. 2, le A-module est artinien et noethérien pour tout . Par suite, est artinien et noethérien (VIII, p. 4, cor. de la prop. 3), donc de longueur finie (VIII, p. 2, prop. 1). Cela démontre que est filtrant décroissant pour la relation d’inclusion. Comme l’anneau A est artinien à gauche, l’ensemble possède un plus petit élément . Notons la longueur du A-module .
Soient un élément de et son annulateur (II, p. 28). Le A-module est isomorphe à . Si est de longueur finie, appartient à , donc contient et est de longueur . Ainsi, tout idéal à gauche monogène de A qui est de longueur finie est de longueur . Soit la somme de ces idéaux ; c’est un idéal à gauche de A, de longueur finie d’après le lemme 3. Tout idéal à gauche de longueur finie de A est somme d’idéaux à gauche monogènes de longueur finie, donc est contenu dans . Ainsi est le plus grand idéal à gauche de longueur finie de A.
Si était distinct de A, l’ensemble des idéaux à gauche de A contenant et distincts de posséderait un élément minimal . Le A-module serait de longueur 1 et serait de longueur finie, ce qui contredirait la maximalité de . On a donc , le A-module est de longueur finie.
Corollaire 000J
Tout anneau artinien à gauche est noethérien à gauche.
Soit A un anneau artinien à gauche. Par le théorème 1, le A-module est de longueur finie. On applique alors la prop. 1 de VIII, p. 2.
Soit A un anneau artinien à gauche (resp. à droite) ; la longueur du A-module (resp. ) (I, p. 42) est appelée la longueur à gauche (resp. à droite) de l’anneau A. Lorsque A est un anneau commutatif et artinien, ces deux longueurs coïncident et sont appelées simplement la longueur de A. Lorsque A est artinien à droite et à gauche mais n’est pas commutatif, les longueurs à gauche et à droite de A ne sont pas nécessairement égales (VIII, p. 13, exerc. 3).
Exemple 5 000K
Les longueurs à gauche et à droite d’un corps sont égales à 1.
Proposition 4 000L
a) Soient A un anneau noethérien à gauche et M un A-module à gauche de type fini. Le module M est noethérien et tout sous-module de M est de type fini.
b) Soient A un anneau artinien à gauche et M un A-module à gauche. Les conditions suivantes sont équivalentes : le module M est de type fini ; le module M est artinien ; le module M est de longueur finie ; le module M est noethérien.
Démontrons a). Tout sous-module monogène de M est isomorphe à un quotient de , donc est noethérien par la prop. 3 de VIII, p. 3. Le module M est une somme finie de tels sous-modules, il est donc noethérien par le cor. (VIII, p. 4) de la prop. 3. Tout sous-module de M est alors de type fini (VIII, p. 3, prop. 2).
Supposons maintenant l’anneau A artinien à gauche. On démontre comme dans l’alinéa précédent que si le A-module M est de type fini, il est artinien. S’il est artinien, il est de longueur finie : en effet ses sous-modules monogènes sont isomorphes à des quotients de , donc sont de longueur finie inférieure à celle de et l’assertion résulte du lemme 3. Tout module de longueur finie est noethérien et tout module noethérien est de type fini. Cela démontre b).
Proposition 5 000M
a) Soit A un anneau artinien (resp. noethérien) à gauche et soit un homomorphisme d’anneaux qui fasse de B un A-module à gauche de type fini. L’anneau B est artinien (resp. noethérien) à gauche.
b) Soit A un anneau artinien (resp. noethérien) à gauche et soit un idéal bilatère de A ; l’anneau est artinien (resp. noethérien) à gauche.
c) Soit une famille finie d’anneaux artiniens (resp. noethériens) à gauche. L’anneau est artinien (resp. noethérien) à gauche.
Nous traiterons le cas des anneaux artiniens, le cas des anneaux noethériens étant analogue.
Démontrons a). D’après la prop. 4, est un A-module à gauche artinien, et a fortiori un B-module à gauche artinien.
L’assertion b) résulte de l’assertion a) appliquée à l’homomorphisme canonique de A sur .
Prouvons c). Posons . Par hypothèse, est un -module à gauche artinien, et a fortiori un A-module à gauche artinien. D’après l’exemple 5 de VIII, p. 4, le A-module est artinien.
Corollaire 000N
Les idéaux premiers d’un anneau commutatif artinien sont ses idéaux maximaux.
Dans tout anneau commutatif, un idéal maximal est premier. Soit A un anneau commutatif artinien. Soit un idéal premier de A. L’anneau est intègre et artinien (prop. 5), donc est un corps (VIII, p. 5, exemple 3). Par conséquent, l’idéal est maximal.
☡ L’anneau de polynômes est intègre ; il n’est pas noethérien (ni artinien) (VIII, p. 14, exerc. 9). C’est un sous-anneau de son corps des fractions, qui est, lui, un anneau artinien (et noethérien).
3. Contremodule
Définition 3 000O
Soient A un anneau, M un A-module et E l’anneau des endomorphismes de M. On appelle contremodule de M le E-module à gauche ayant même groupe additif sous-jacent que M et pour loi d’action .
Soit Z le centre de l’anneau A. Pour tout , l’homothétie appartient à E. Par suite, E est canoniquement muni d’une structure d’algèbre sur Z. En particulier, si M est un Z-module de type fini, le contremodule de M est de type fini.
Lemme 4 000P
Soient M un A-module à gauche dont le contremodule est de type fini. Il existe un entier naturel et une application -linéaire injective de dans .
Posons E = End. Soit une famille génératrice finie du E-module M. L’application de dans est -linéaire. Soit un élément de tel que . L’ensemble des éléments de M tels que est un sous-E-module de M contenant , donc égal à M, ce qui entraîne .
Proposition 6 000Q
Soit M un A-module à gauche artinien (resp. noethérien) dont le contremodule est de type fini. L’anneau des homothéties de M est artinien (resp. noethérien) à gauche.
Cela résulte du lemme 4 et de la prop. 3 de VIII, p. 3.
Corollaire 000R
Soit A un anneau commutatif.
a) Soit M un A-module noethérien. L’anneau est noethérien.
b) Soit M un A-module de longueur finie. L’anneau est artinien.
Soit M un A-module. Sous les hypothèses de a) ou de b), le A-module M est de type fini. Comme A est commutatif, est contenu dans l’anneau End(M), de sorte que le contremodule de M est de type fini. Il suffit alors d’appliquer la prop. 6.
Remarque 000S
Soit A un anneau. Un A-module à gauche artinien M dont le contremodule est de type fini est de longueur finie : en effet, l’anneau des homothéties de M est artinien à gauche (prop. 6) et M est un module artinien sur ; d’après VIII, p. 7, prop. 4, M est un module de longueur finie sur , et donc aussi sur A.
En particulier, tout module artinien de type fini sur un anneau commutatif est de longueur finie. Par contre, un module artinien de type fini sur un anneau non commutatif n’est pas nécessairement de longueur finie (VIII, p. 15, exerc. 12).
4. Polynômes à coefficients dans un anneau noethérien
Soient A un anneau, un endomorphisme de l’anneau A et un endomorphisme du groupe additif de A, satisfaisant la relation
pour tous . Autrement dit, est une dérivation de l’anneau A dans le -bimodule obtenu en munissant le groupe additif de A de la loi d’action à gauche , et de la loi d’action à droite . On a (III, p. 122, prop. 3).
Rappelons (IV, p. 2) que A[X] désigne le -module des polynômes en une indéterminée à coefficients dans A. On le munit de sa structure naturelle de A-module à gauche. La famille en est une base. On identifie A à son image par l’application .
Proposition 7 00QX
Soient A comme ci-dessus. Il existe sur le groupe A[X] une unique structure d’anneau possédant les propriétés suivantes :
a) L’addition de cet anneau est l’addition usuelle de A[X] ;
b) La multiplication de cet anneau prolonge celle de A ;
c) Le produit dans cet anneau d’une suite , formée d’un élément de A suivi de termes égaux à X, est le polynôme ;
d) On a dans cet anneau pour tout .
Notons E l’anneau des endomorphismes du groupe additif A[X]. L’application qui à associe l’homothétie du A-module à gauche M = A[X] est un homomorphisme d’anneaux de A dans E. Considérons les éléments et de E définis par . On a, pour tout
Posons
Il résulte de (2) que l’on a, pour tout ,
Considérons l’application définie par
C’est un homomorphisme de groupes. On démontre par récurrence que l’on a pour tout . On a donc pour tout , ce qui prouve que l’homomorphisme est injectif. Notons B son image. L’ensemble B est un sous-groupe de E ; il contient 1, est stable par multiplication à gauche par pour , et par d’après (4). C’est donc un sous-anneau de E. L’unique structure d’anneau sur A[X] déduite de celle de B par transport de structure par possède les propriétés de la prop. 7, la propriété d) résultant de la formule (4).
Si A[X] est muni d’une structure d’anneau possédant les propriétés de la prop. 7, l’homothétie à gauche de cet anneau (I, p. 92) applique nécessairement sur pour et , donc est égale à . L’homothétie est nécessairement égale à pour tout . Il s’ensuit que l’on a pour tout , d’où l’assertion d’unicité de la prop. 7.
L’ensemble A[X], muni de l’unique structure d’anneau satisfaisant aux conditions de la prop. 7, est noté et appelé l’anneau de polynômes en X à coefficients dans A, relatif à et . On le note simplement lorsque est l’application nulle, et A[X] lorsque de plus est l’application identique de A. Cette notation est compatible avec celle introduite en IV, p. 1 pour un anneau A commutatif.
Remarque 000T
L’anneau possède la propriété universelle suivante : étant donnés un anneau , un homomorphisme d’anneaux et un élément de tels que pour tout , il existe un unique homomorphisme d’anneaux qui prolonge et applique X sur .
L’assertion d’unicité est claire. Montrons que l’application définie par possède les propriétés requises. Elle prolonge , applique X sur et est un homomorphisme de groupes. On a 1. Pour et dans , on a
ainsi que
(XQ)
On en déduit que l’on a (PQ) pour dans et donc que est un homomorphisme d’anneaux.
Théorème 2 000U
Soit A un anneau noethérien à gauche et soient un automorphisme de A et un endomorphisme du groupe additif de A satisfaisant la relation (1). L’anneau est noethérien à gauche.
Posons . Pour tout entier , notons l’ensemble des éléments de B de la forme . C’est un sous-A-module à gauche de B. L’application définie par est A-linéaire.
Soit un idéal à gauche de B. Pour tout entier , l’ensemble est un idéal à gauche de A. Comme on a pour tout , on a
(6) (XQ)
pour tout , d’où . Par conséquent, la suite des idéaux de A est croissante. Comme l’anneau A est noethérien à gauche, il existe un entier tel que l’on ait pour . Comme est surjectif, on a la relation
pour tout entier .
Soit l’idéal à gauche de B engendré par ; comme le A-module à gauche est de type fini et que l’anneau A est noethérien à gauche, le A-module à gauche est de type fini (VIII, p. 7, prop. 4 a)). L’idéal à gauche est donc engendré par une partie finie de B. Il est clair qu’il est contenu dans . Démontrons qu’il est égal à en démontrant par récurrence que l’on a, pour tout entier ,
La relation (8) est vraie par construction pour . Supposons désormais que soit un entier tel que . Soit P un élément de . Alors appartient à et il existe donc un élément Q de tel que . Posons XQ. Compte tenu de la relation (6), on a , c’est-à-dire . Comme P et Q appartiennent à l’idéal à gauche de B, il en est de même de R ; ainsi, R et Q appartiennent à , qui est contenu dans l’idéal d’après l’hypothèse de récurrence. Par suite, P appartient à . Cela prouve que l’on a .
Ainsi, est égal à ; c’est donc un idéal de type fini de B. Cela démontre que l’anneau B est noethérien à gauche.
Si l’endomorphisme de l’anneau A n’est pas un automorphisme, l’anneau n’est pas nécessairement noethérien à gauche, même lorsque A est un anneau commutatif noethérien (VIII, p. 21, exerc. 26).
Corollaire 1 (Hilbert) 00RW
Soit A un anneau commutatif et noethérien. Pour tout entier , l’algèbre de polynômes est un anneau noethérien.
Cela résulte par récurrence du théorème 2, compte tenu de la prop. 8 de III, p. 26.
Corollaire 2 000V
Soit A un anneau commutatif et noethérien. Une A-algèbre commutative engendrée par un nombre fini d’éléments est un anneau noethérien.
Une telle algèbre est isomorphe à une algèbre de la forme où et un idéal de . On applique alors le corollaire 1 et la prop. 5 de VIII, p. 7
Corollaire 3 000W
Tout anneau commutatif est réunion d’une famille filtrante croissante de sous-anneaux noethériens.
Soit en effet A un anneau commutatif. Les sous-anneaux de A qui sont engendrés (en tant que -algèbres) par un nombre fini d’éléments sont noethériens d’après le cor. 2. Ils forment une famille filtrante croissante de sous-anneaux de A, dont la réunion est A.
Exercices
See the exercises for § 1.