§ 9. Commutateurs, centralisateurs, normalisateurs dans un groupe de Lie
Dans ce paragraphe, on suppose que K est de caractéristique zéro.
1. Commutateurs dans un groupe topologique
Soit G un groupe topologique. On définit les groupes et par les formules
Proposition 1
Soient G un groupe topologique, A et B des sous-groupes de G. On a .
Soit l’application continue de dans G. On a , donc , donc ; l’inclusion opposée est évidente, donc . Il est clair que ; admettant l’égalité , on en déduit
donc pour tout . La démonstration de la formule est analogue.
Corollaire 1
Si G est séparé, les conditions suivantes sont équivalentes:
(i) G est résoluble (resp. nilpotent); (ii) on a (resp. ) pour i assez grand.
On a , donc (ii) (i). On a , donc (i) (ii) d’après la prop. 1.
Corollaire 2
Soient G un groupe topologique séparé, A un sous-groupe de G. Pour que A soit résoluble (resp. nilpotent, commutatif), il faut et il suffit que le soit.
Cela résulte aussitôt de la prop. 1.
Proposition 2
Soient G un groupe topologique, A et B des sous-groupes de G. Si A est connexe, (A, B) est connexe.
Pour y fixé dans B, l’ensemble M_y des (x, y) pour x ∈ A est connexe (car l’application x ↦ (x, y) de A dans G est continue). On a e ∈ M_y, donc la réunion R des M_y pour y ∈ B est connexe. Or (A, B) est le sous-groupe de G engendré par R, d’où la proposition.
2. Commutateurs dans un groupe de Lie
Proposition 3
Soient G un groupe de Lie de dimension finie, H_1 et H_2 des sous-groupes de G. Soient h_1, h_2 et h la sous-algèbre de Lie tangente en e à H_1, H_2 et (H_1, H_2) respectivement. Alors [h_1, h_2] ⊂ h.
Soient a ∈ h_1, b ∈ h_2. Il existe un voisinage ouvert I de 0 dans K, et des applications analytiques f_1, f_2 de I dans G telles que
Remarque
Même si H_1 et H_2 sont des sous-groupes de Lie connexes de G, la sous-algèbre de Lie de L(G) engendrée par [h_1, h_2] est distincte de h en général.
Proposition 4
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie. Soient A, B, C des sous-groupes intégraux de G tels que [L(A), L(C)] ⊂ L(C), [L(B), L(C)] ⊂ L(C). Si [L(A), L(B)] ⊂ L(C), on a (A, B) ⊂ C. Si [L(A), L(B)] = L(C), on a (A, B) = C.
Supposons [L(A), L(B)] ⊂ L(C). La somme L(A) + L(B) + L(C) est une sous-algèbre de Lie de L(G). En considérant le sous-groupe intégral de G d’algèbre de Lie L(A) + L(B) + L(C), on est ramené au cas où
et où G est connexe. Alors L(C) est un idéal de L(G). Supposons d’abord G simplement connexe. Alors C est un sous-groupe de Lie distingué de G ( , n° 6, prop. 14). Soit φ le morphisme canonique de G sur G/C. Alors
donc, φ(A) et φ(B) commutent d’après la formule de Hausdorff; par suite, (A, B) ⊂ C. Dans le cas général, soient G′ le revêtement universel de G, et A′, B′, C′ les sous-groupes intégraux de G′ tels que L(A′) = L(A), L(B′) = L(B), L(C′) = L(C). On a (A′, B′) ⊂ C′, et A, B, C sont les images canoniques de A′, B′, C′ dans G, d’où (A, B) ⊂ C. D’autre part, (A, B) est l’ensemble sous-jacent d’un sous-groupe intégral de G (§ 6, n° 2, cor. de la prop. 4), et son algèbre de Lie contient [L(A), L(B)] (prop. 3). Si [L(A), L(B)] = L(C), on a donc (A, B) ⊃ C, d’où (A, B) = C.
Corollaire
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe, connexe, de dimension finie, d’algèbre de Lie g. Les sous-groupes D^iG (resp. C^iG) sont des sous-groupes intégraux d’algèbres de Lie D^ig (resp. C^ig). Si G est simplement connexe, ce sont des sous-groupes de Lie.
La première assertion résulte de la prop. 4 par récurrence sur i. La deuxième résulte de la première et du § 6, n° 6, prop. 14.
Proposition 5
Soient G un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie, A un sous-groupe intégral de G. On a D\overline{A} = DA. En particulier, A est un sous-groupe distingué de \overline{A}, et \overline{A}/A est commutatif.
Posons a = L(A). Soit G_1 l’ensemble des g ∈ G tels que
Alors G_1 est un sous-groupe fermé de G. Si y ∈ a, on a exp y ∈ G_1, d’après le § 6, n° 4, cor. 3 (ii) de la prop. 10. Donc G_1 contient A et par suite \overline{A}. Ainsi, pour g ∈ \overline{A}, L(Int g) laisse stable a, et par suite Int g laisse stable A; plus précisément, L(Int g) définit l’automorphisme identique de a/\mathscr{D}a, donc Int g définit l’automorphisme identique de A/DA. Cela prouve que (\overline{A}, A) ⊂ DA. Pour la structure de groupe de Lie réel de G, \overline{A} est un sous-groupe de Lie (§ 8, n° 2, th. 2); soit b son algèbre de Lie. Soit G_2 l’ensemble des g ∈ G tels que
D’après ce qui précède, on a G_2 ⊃ A, donc G_2 ⊃ \overline{A}. Par suite, pour g ∈ \overline{A}, Int g laisse stable DA et définit l’automorphisme identique de \overline{A}/DA. Donc DA ⊃ D\overline{A}.
Proposition 6
Supposons K ultramétrique. Soit G un groupe de Lie de dimension finie. Soient A, B, C des sous-groupes de Lie de G tels que [L(A), L(C)] ⊂ L(C), [L(B), L(C)] ⊂ L(C). Si [L(A), L(B)] ⊂ L(C), il existe des sous-groupes ouverts A′, B′ de A, B tels que (A′, B′) ⊂ C. Si [L(A), L(B)] = L(C), il existe des sous-groupes ouverts A′, B′, C′ de A, B, C tels que (A′, B′) = C.
Supposons . Comme dans la démonstration de la prop. 4, on se ramène au cas où est un idéal de . Puis, en remplaçant par un sous-groupe ouvert, on se ramène au cas où est distingué dans (§ 7, no 1, prop. 2). Soit le morphisme canonique de sur . Alors
Corollaire
Supposons K ultramétrique. Soit G un groupe de Lie de dimension finie, d’algèbre de Lie g. Il existe un sous-groupe ouvert de G tel que, pour tout i, (resp. ) soit un sous-groupe de Lie de G d’algèbre de Lie (resp. ).
a) D’après la prop. 3 appliquée par récurrence, pour tout sous-groupe ouvert de et pour tout , contient un sous-groupuscule de Lie de d’algèbre de Lie .
b) Soit un sous-groupe ouvert de tel que, pour , soit un sous-groupe de Lie de d’algèbre de Lie . D’après la prop. 6, il existe des sous-groupes ouverts de tels que soit un sous-groupe de Lie d’algèbre de Lie . Soit un sous-groupe ouvert de assez petit pour que . Alors . Les relations
c) Il existe un entier tel que . D’après ce qui précède, il existe un sous-groupe ouvert de tel que soit, pour , un sous-groupe de Lie de d’algèbre de Lie . Mais, compte tenu de a), la même assertion reste vraie pour puisque pour .
d) On raisonne de même pour les .
3. Centralisateurs
Rappelons que deux éléments d’un groupe sont dits permutables si , ou , ou ; et que deux éléments d’une algèbre de Lie sont dits permutables si , ou , ou . Soient un groupe de Lie, ; on dira que et sont permutables si , c’est-à-dire si dans .
Soient G un groupe de Lie, g son algèbre de Lie, A une partie de G, a une partie de g. On note (resp. ) l’ensemble des éléments de G permutables à tous les éléments de A (resp. a). C’est un sous-groupe fermé de G. On note (resp. ) l’ensemble des éléments de g permutables à tous les éléments de A (resp. a). C’est une sous-algèbre de Lie fermée de g.
Proposition 7
Soient G un groupe de Lie de dimension finie, g son algèbre de Lie, a une partie de g. Alors est un sous-groupe de Lie de G d’algèbre de Lie .* Cela résulte du § 3, prop. 44 et cor. 2 de la prop. 39.
Proposition 8
Soient G un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie, g son algèbre de Lie, A une partie de G. Alors est un sous-groupe de Lie de G d’algèbre de Lie .* Supposons A réduit à un point a. Alors est l’ensemble des points fixes de Int a; donc est un sous-groupe de Lie de G, et est l’ensemble des points fixes de Ad a, c’est-à-dire ( cor. 1 de la prop. 29). Le cas général se déduit de là grâce au cor. 3 de la prop. 1.
Proposition 9
Soient G un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie, g son algèbre de Lie, A un sous-groupe intégral de G, a = L(A). Alors , , et est un sous-groupe de Lie de G d’algèbre de Lie .* Soit . On a
4. Normalisateurs
Soient G un groupe de Lie, g son algèbre de Lie, A une partie de G, a une partie de g. Dans cette section, on note l’ensemble des tels que . C’est un sous-groupe de G, fermé si A est fermé. On note l’ensemble des tels que (cf. chap. I, , no 4). C’est une sous-algèbre de , fermée si est fermée. On note l’ensemble des tels que
Proposition 10
Soient G un groupe de Lie de dimension finie, g son algèbre de Lie, a un sous-espace vectoriel de g. Alors est un sous-groupe de Lie de G d’algèbre de Lie .
Cela résulte du § 3, prop. 44 et cor. 1 de la prop. 39.
Proposition 11
Soient G un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie, g son algèbre de Lie, A un sous-groupe intégral de G, et . Alors , et est un sous-groupe de Lie de G, contenant , d’algèbre de Lie .
L’égalité résulte du § 6, no 2, cor. 2 de la prop. 3. D’après la prop. 10, est alors un sous-groupe de Lie de G d’algèbre de Lie . Donc est fermé. Comme , on a .
Corollaire
Si , A est un sous-groupe de Lie de G, et est la composante neutre de .
En effet, cette composante neutre est un sous-groupe de Lie d’algèbre de Lie (prop. 11), donc est égal à A d’après le § 6, no 2, th. 2 (i).
5. Groupes de Lie nilpotents
Proposition 12
Soit G un groupe de Lie de dimension finie. Pour que soit nilpotente, il faut et il suffit que G possède un sous-groupe ouvert nilpotent.
Supposons que G possède un sous-groupe ouvert nilpotent . D’après les cor. des prop. 4 et 6, no 2, on a pour assez grand. Donc est nilpotente.
Supposons nilpotente. Si ou , la composante neutre de G est nilpotente d’après le cor. de la prop. 4, no 2, et est ouvert dans G. Si K est ultramétrique, le cor. de la prop. 6, no 2, prouve qu’il existe un sous-groupe ouvert de G, un entier , et un voisinage V de dans G tels que . Alors, si est un sous-groupe assez petit de , on a , donc , et est nilpotent. C.Q.F.D.
Soit une algèbre de Lie nilpotente. La série de Hausdorff correspondant à n’a qu’un nombre fini de termes non nuls, et l’on sait (chap. II, § 6, no 5, Remarque 3) que la loi de composition définit sur une structure de groupe. Supposons de plus normable complète. Il est clair que la loi est un polynôme-continu (VAR, R, Appendice). Donc , muni de la loi , est un groupe de Lie G, dit associé à . D’après le § 4, no 2, lemmes 2 et 3, on a
L(G) = g. L’application identique φ de g dans G est une application exponentielle de G, telle que quels que soient . Toute sous-algèbre de Lie de g admettant un supplémentaire topologique est un sous-groupe de Lie H de G, et .
Proposition 13
Soit G un groupe de Lie nilpotent simplement connexe de dimension finie sur ou .
(i) est un isomorphisme du groupe de Lie associé à sur G. (ii) Tout sous-groupe intégral de G est un sous-groupe de Lie simplement connexe de G.
Soit , qui est nilpotente (prop. 12). Comme deux groupes de Lie simplement connexes sur ou qui ont même algèbre de Lie sont isomorphes (, n° 3, th. 3 (ii)), il suffit de prouver la proposition quand G est le groupe associé à g. Alors (i) et (ii) résultent de ce qu’on a dit avant la proposition.
Proposition 14
Soit G un groupe de Lie connexe de dimension finie sur ou .
(i) Si G est nilpotent, est étale et surjective. (ii) Si et si est étale, alors G est nilpotent.
Soit G′ le revêtement universel de G. Soit le morphisme canonique de G′ sur G. On a (, n° 4, prop. 10), donc (i) résulte de la prop. 13 (i).
Si et si exp est étale, alors, pour tout , ad n’a aucune valeur propre appartenant à (, n° 4, cor. de la prop. 12). Appliquant cela à , où varie dans , on en conclut que toutes les valeurs propres de ad sont nulles, donc que ad est nilpotent. Par suite, est nilpotente (chap. I, , cor. 1 du th. 1), donc G est nilpotent (prop. 12).
Proposition 15
Soient G un groupe de Lie nilpotent connexe de dimension finie sur ou , A un sous-groupe intégral de G. Alors est le sous-groupe de Lie connexe de G d’algèbre de Lie .
Compte tenu de la prop. 9 du n° 3 il suffit de prouver que est connexe. Soit . Il existe un tel que (prop. 14). On a (n° 3, prop. 9), donc pour tout , donc pour tout . Comme l’application de K dans est polynomiale, on a pour tout , c’est-à-dire pour tout .
Proposition 16
Soient G un groupe de Lie nilpotent de dimension finie sur ou , A un sous-groupe intégral de G distinct de G. Alors est un sous-groupe de Lie connexe de G distinct de A.
On a (A, I, , cor. 1 de la prop. 8). Compte tenu de la prop. 11 du n° 4, tout revient à prouver que est connexe. Soit . Il existe un tel que (prop. 14). Soit E le sous-espace vectoriel de
L(\mathscr{L}(L(G))) formé des tels que . On a Ad , donc , pour tout . Donc pour tout , c’est-à-dire pour tout .
Proposition 17
Soient une algèbre de Lie nilpotente de dimension finie sur , une suite décroissante d’idéaux de tels que pour . Soient des sous-espaces vectoriels de tels que chaque soit somme directe de ses intersections avec les . Munissons de la loi de composition de Hausdorff . Soit l’application
*de dans . (i) est une bijection de sur ; (ii) et sont des applications polynomiales; (iii) l’application de dans est polynomiale.
La proposition est évidente pour . Supposons et la proposition établie pour les dimensions . On peut supposer , et est alors un idéal central non nul de . Il existe un indice tel que . Soient , le morphisme canonique de sur , . Alors est une suite décroissante d’idéaux de tels que pour , et chaque est somme directe de ses intersections avec les . Soit l’application
*de dans . D’après l’hypothèse de récurrence, est bijective et sont des applications polynomiales.
Soit . Posons
(1)
Comme est central dans , on a
Exemple de groupe de Lie nilpotent. — Soit G le sous-groupe trigonal strict inférieur de . C’est un sous-groupe de Lie de , et est l’algèbre de Lie des matrices triangulaires inférieures de diagonale nulle (§ 3, n° 10, prop. 36). D’après le chap. II, § 4, n° 6, Remarque, G est nilpotent. Supposons désormais que ou . Comme G est homéomorphe à , G est simplement connexe. L’application exponentielle de dans G n’est autre que l’application
Proposition 18
Soient k un corps commutatif, V un espace vectoriel de dimension finie > 0 sur k, G un sous-groupe de dont les éléments sont unipotents.
(i) Il existe un élément non nul v de V tel que gv = v pour tout g ∈ G.
(ii) Il existe une base B de V telle que, pour tout g ∈ G, la matrice de g par rapport à B soit triangulaire inférieure et ait tous ses éléments diagonaux égaux à 1.
(iii) Le groupe G est nilpotent.
(a) Supposons d’abord que k soit algébriquement clos et que la représentation identique de G soit simple. Soient a, b dans G. Alors
car et sont nilpotents. Comme le sous-espace vectoriel de engendré par G est (A, VIII, § 4, cor. 1 de la prop. 2), on a pour tout , donc . Ainsi, .
b) Passons au cas général. Soient une clôture algébrique de k, , et l’ensemble des pour . Soit W (resp. W’) l’ensemble des éléments de V (resp. ) invariants par G (resp. ). On a car et . Si désigne un élément minimal dans l’ensemble des sous-espaces vectoriels non nuls de stables par , on a d’après la partie a) de la démonstration; donc , ce qui prouve (i).
c) Par récurrence sur dim V, on déduit de (i) qu’il existe une suite croissante de sous-espaces vectoriels de V stables par G tels que et que le groupe d’automorphismes de canoniquement déduit de G se réduit à pour tout i (on convient que pour ). Cela entraîne d’abord (ii) et par conséquent (iii) (chap. II, § 4, n° 6, Remarque).
Corollaire 1
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe connexe de dimension finie. Pour que G soit nilpotent, il faut et il suffit que tout élément de Ad G soit unipotent.
Si tout élément de Ad G est unipotent, Ad G est nilpotent (prop. 18), donc G, qui est extension centrale de Ad G, est nilpotent. Si G est nilpotent, L(G) est nilpotente, donc ad x est nilpotent pour tout , donc est unipotent; or tout élément de G est de la forme pour un (prop. 14).
Corollaire 2
Tout sous-groupe analytique de formé d’éléments unipotents est un sous-groupe de Lie simplement connexe.
Cela résulte des prop. 13 (ii), 18 (ii), et du fait que le groupe trigonal strict inférieur est simplement connexe.
6. Groupes de Lie résolubles
Proposition 19
Soit G un groupe de Lie de dimension finie. Pour que L(G) soit résoluble, il faut et il suffit que G possède un sous-groupe ouvert résoluble. La démonstration est analogue à celle de la prop. 12 du n° 5.
Proposition 20
Soient G un groupe de Lie résoluble de dimension finie n sur R ou C, simplement connexe, et g = L(G). Soit (g_n, g_{n-1}, \ldots, g_0) une suite de sous-algèbres de g de dimensions n, n - 1, \ldots, 0, telle que g_{i-1} soit un idéal de g_i pour i = n, n - 1, \ldots, 1^1. Soit G_i le sous-groupe intégral de G correspondant à g_i. Soit x_i un vecteur de g_i n’appartenant pas à g_{i-1}. Soit \varphi_i l’application
Pour n = 0, la proposition est évidente. Raisonnons par récurrence sur n. Soit H le sous-groupe intégral de G tel que L(H) = Kx_n. D’après le § 6, n° 6, cor. 1 de la prop. 14, H et G_{n-1} sont des sous-groupes de Lie simplement connexes de G, et, en tant que groupe de Lie, G est produit semi-direct de H par G_{n-1}. Donc \lambda \mapsto \exp (\lambda x_n) est un isomorphisme de K sur H, et, d’après l’hypothèse de récurrence, l’application
Proposition 21
Soient G un groupe de Lie résoluble de dimension finie sur R ou C, simplement connexe, et M un sous-groupe intégral de G. Alors M est un sous-groupe de Lie de G, et est simplement connexe.
Reprenons les notations n, g, g_i, x_i, \varphi de la prop. 20, mais imposons aux x_i la condition supplémentaire suivante: soient i_p > i_{p-1} > \cdots > i_1 les entiers i tels que L(M) \cap g_i \neq L(M) \cap g_{i-1}; alors on prend x_{i_k} \in L(M) \cap g_{i_k} pour k = 1, 2, \ldots, p. Par récurrence sur n, on voit aisément que (x_{i_p}, x_{i_{p-1}}, \ldots, x_{i_1}) est une base de L(M). Soit N un groupe de Lie simplement connexe, tel qu’il existe un isomorphisme h de L(N) sur L(M). Soient y_p = h^{-1}(x_{i_p}), \ldots, y_1 = h^{-1}(x_{i_1}). D’après la prop. 20, l’application
1 Une telle suite existe d’après le chap. I, § 5, prop. 2.
groupes de Lie de N dans G tel que , et on a (§ 6, n° 2, cor. 1 de la prop. 1). Donc M est l’ensemble des éléments de G de la forme
Proposition 22
On suppose ou . Soient V un espace vectoriel de dimension finie, G un sous-groupe résoluble connexe de . On suppose que la représentation identique de G est simple.* (i) Si , on a et G est commutatif. (ii) Si , on a . (i) Supposons . Alors l’adhérence H de G dans est un sous-groupe de Lie de , connexe, et résoluble (n° 1, cor. 2 de la prop. 1). Donc est résoluble (prop. 19). La représentation identique de est simple (§ 6, n° 5, cor. 2 de la prop. 13). Donc et est commutative (chap. I, § 5, cor. 1 et 4 du th. 1). Donc G est commutatif. (ii) Supposons . Soit W un élément minimal parmi les sous-espaces vectoriels réels non nuls de V stables par G. Le sous-espace vectoriel complexe de V engendré par W est égal à V puisque la représentation identique de G est simple. D’après (i), est commutatif. Donc G est commutatif. Par suite, tout élément de G est une homothétie (A, VIII, § 4, cor. 1 de la prop. 2), de sorte que .
Corollaire
Soient V un espace vectoriel complexe de dimension finie > 0, G un sous-groupe résoluble connexe de .* (i) Il existe un élément non nul v de V tel que gv pour tout . (ii) Il existe une base B de V tel que, pour tout , la matrice de g par rapport à B soit triangulaire inférieure. Soit un élément minimal parmi les sous-espaces vectoriels non nuls de V stables par G. D’après la prop. 22 (ii), on a . Cela prouve (i). Par récurrence sur , on déduit de là l’existence d’une suite croissante de sous-espaces vectoriels de V stables par G tels que pour , et ; d’où (ii).
7. Radical d’un groupe de Lie
Proposition 23
Soient G un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie, r le radical de (chap. I, § 5, déf. 2), n le plus grand idéal nilpotent de (chap. I, § 4, n° 4). Soit R (resp. N) le sous-groupe intégral de G d’algèbre de Lie r (resp. n). Alors R (resp. N) est un sous-groupe de Lie de G, résoluble (resp. nilpotent), invariant par tout automorphisme continu de G. Tout sous-groupe distingué connexe résoluble (resp. nilpotent) de G est contenu dans R (resp. N).
Le groupe R est résoluble (n° 6, prop. 19). Supposons K = R. Soit G' un sous-groupe distingué résoluble connexe de G. Alors est un sous-groupe de Lie de G (), distingué résoluble (n° 1, cor. 2 de la prop. 1), connexe. Donc L() est un idéal résoluble de L(G), d’où L() et . En particulier, , donc R est fermé et par suite est un sous-groupe de Lie de G. Supposons K = C. Soit H le groupe de Lie réel sous-jacent à G. Si r' est le radical de L(H), ir' est un idéal résoluble de L(H), d’où ; on a donc , et, d’après ce qui précède, R est fermé dans H et par suite dans G; ainsi, R est un sous-groupe de Lie de G. Tout sous-groupe distingué résoluble connexe de G est un sous-groupe distingué résoluble connexe de H donc est contenu dans R. On a donc prouvé, pour K = C comme pour K = R, que R est le plus grand sous-groupe distingué résoluble connexe de G; par suite R est invariant par tout automorphisme continu de G. La démonstration dans le cas de N est entièrement analogue.
Définition 1
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie. On appelle radical de G le plus grand sous-groupe distingué résoluble connexe de G.
Remarque
Même si G est connexe, il peut exister des sous-groupes distingués résolubles de G non contenus dans le radical de G.
Proposition 24
On suppose K = R ou C. Soient G_1, G_2 deux groupes de Lie connexes de dimension finie, R_1 et R_2 leurs radicaux, φ un morphisme surjectif de G_1 dans G_2. Alors .
D’après le § 3, n° 8, prop. 28, L(φ) est surjectif. Donc L(φ)(L(R_1)) = L(R_2) (chap. I, § 6, cor. 3 de la prop. 2). Soit i l’injection canonique de R_1 dans G_1. Alors l’image de φ ∘ i est R_2 (§ 6, n° 2, cor. 1 de la prop. 1).
Proposition 25
On suppose K = R ou C. Soient G_1, G_2 des groupes de Lie connexes de dimension finie, R_1 et R_2 leurs radicaux. Le radical de est .
Cela résulte du chap. I, § 5, prop. 4.
8. Groupes de Lie semi-simples
Proposition 26
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe connexe de dimension finie. Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) L(G) est semi-simple; (ii) le radical de G est {e}; (iii) tout sous-groupe intégral commutatif distingué de G est égal à {e}. La condition (ii) signifie que le radical de L(G) est {0}, donc (i) ⇔ (ii) (chap. I, § 6, th. 1). L’équivalence de (i) et (iii) résulte du § 6, n° 6, prop. 14.
Définition 2
Un groupe de Lie réel ou complexe connexe est dit semi-simple s’il est de dimension finie et s’il vérifie les conditions de la prop. 26.
Remarque 1
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe connexe de dimension finie. Si G n’est pas semi-simple, G possède un sous-groupe de Lie connexe G’ commutatif et invariant par tout automorphisme continu, tel que G’ ≠ {e}. En effet, soit n le plus grand idéal nilpotent de L(G) ; on a n ≠ {0}, et le sous-groupe analytique correspondant N est un sous-groupe de Lie invariant par tout automorphisme continu de G (no 7, prop. 23) ; le centre G’ de N possède les propriétés voulues.
Proposition 27
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe connexe de dimension finie. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) L(G) est simple ; (ii) les seuls sous-groupes intégraux distingués de G sont {e} et G, et en outre G n’est pas commutatif. Cela résulte du § 6, no 6, prop. 14.
Définition 3
Un groupe de Lie réel ou complexe connexe est dit presque simple s’il est de dimension finie et s’il vérifie les conditions de la prop. 27.
Proposition 28
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe simplement connexe. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) G est semi-simple ; (ii) G est isomorphe au produit d’un nombre fini de groupes presque simples. Si G est produit fini de groupes de Lie presque simples, L(G) est produit fini d’algèbres de Lie simples, donc est semi-simple. Si G est semi-simple, L(G) est isomorphe à un produit d’algèbres de Lie simples L₁, ..., Lₙ. Soit Gᵢ un groupe de Lie simplement connexe d’algèbre de Lie Lᵢ, donc presque simple. Alors G et G₁ × ... × Gₙ sont simplement connexes et ont des algèbres de Lie isomorphes, donc sont isomorphes.
Lemme 1
Soient G un groupe topologique connexe, Z son centre, Z’ un sous-groupe discret de Z. Alors le centre de G/Z’ est Z/Z’. Soit y un élément de G dont la classe modulo Z’ est un élément central de G/Z’. Soit φ l’application g ↦ gyg⁻¹y⁻¹ de G dans G. Alors φ(G) est connexe et contenu dans Z’, donc φ(G) = φ({e}) = {e}. Par suite, y ∈ Z.
Proposition 29
Soit G un groupe de Lie réel ou complexe connexe semi-simple. (i) G = (G, G). (ii) Le centre Z de G est discret. (iii) Le centre de G/Z est {e}.
L’assertion (i) résulte du cor. de la prop. 4, n° 2, et du chap. I, § 6, th. 1. L’assertion (ii) résulte du § 6, n° 4, cor. 4 de la prop. 10, et du chap. I, § 6, n° 1, Remarque 2. L’assertion (iii) résulte de (ii) et du lemme 1.
Proposition 30
(i) Soit une algèbre de Lie réelle ou complexe semi-simple. Alors Int est la composante neutre de Aut . (ii) Soit un groupe de Lie réel ou complexe connexe semi-simple. Le groupe adjoint de est la composante neutre de Aut . Son centre est réduit à l’élément neutre. Toute dérivation de est intérieure (chap. I, § 6, cor. 3 de la prop. 1), donc , ce qui prouve (i). La première assertion de (ii) résulte de (i). La seconde résulte de la prop. 29 (iii) et du § 6, n° 4, cor. 4 (ii) de la prop 10.
Remarque 2
Soient une algèbre de Lie semi-simple complexe, l’algèbre de Lie réelle sous-jacente. Alors Aut est ouvert dans Aut. En effet, Int .
Proposition 31
Soient un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie simplement connexe, son radical. Il existe un sous-groupe de Lie simplement connexe semi-simple de tel que soit, en tant que groupe de Lie, produit semi-direct de par . Si est un sous-groupe intégral semi-simple de , il existe un dans le radical nilpotent de tel que . Cela résulte du § 6, n° 6, cor. 1 de la prop. 14, et du chap. I, § 6, th. 5 et cor. 1.
Lemme 2
Soient un groupe (resp. un groupe topologique), un sous-groupe distingué de , un espace vectoriel de dimension finie sur un corps commutatif (resp. sur ), une représentation linéaire (resp. une représentation linéaire continue) de dans , et . (i) Si est semi-simple, est semi-simple. (ii) Si est semi-simple, et si toute -représentation linéaire (resp. toute -représentation linéaire continue) de dimension finie de (resp. ) est semi-simple, alors est semi-simple. Supposons semi-simple, et prouvons que est semi-simple. Il suffit d’envisager le cas où est simple. Soit un sous--module non nul minimal de . Pour tout , on a , autrement dit est stable par ; si est un sous--module de , alors est un sous--module de , donc est égal à ou à . Ainsi, pour tout , est un -module simple. Or est un sous--module non nul de , d’où . Donc est semi-simple. Supposons semi-simple. Soit un sous--module non nul de . Comme est semi-simple, il existe un projecteur de sur commutant à . Soit
E l’ensemble des qui commutent à , qui appliquent V dans W, et dont la restriction à W est une homothétie; pour , notons le rapport de l’homothétie . On a et . Il est clair que est une forme linéaire sur E. Soit F = Ker , qui est un hyperplan de E. Pour et , posons ; alors applique V dans W et sa restriction à W cst l’homothétie de rapport ; si , on a
Donc . Par suite est une k-représentation linéaire (resp. une K-représentation linéaire continue) de G dans E laissant stable F. On a pour , donc pour dans le cas topologique. Supposons que toute représentation -linéaire (resp. toute représentation K-linéaire continue) de dimension finie de (resp. ) soit semi-simple. Alors il existe dans E un supplémentaire de F stable pour G. Autrement dit, il existe un tel que , invariant par G. Alors est un projecteur de V sur W, et, pour , on a , c’est-à-dire que commute à . Ainsi, est semi-simple.
Théorème 1
Soient G un groupe de Lie réel ou complexe de dimension finie, sa composante neutre, R son radical, r le radical de ; on suppose que est fini. Soit une représentation linéaire analytique de G de dimension finie. Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) est semi-simple; (ii) est semi-simple; (iii) est semi-simple; (iv) est semi-simple; (v) est semi-simple. On a (i) (ii) d’après le lemme 2 et INT, VII, § 3, prop. 1. On a (ii) (iv) et (iii) (v) d’après le § 6, n° 5, cor. 2 de la prop. 13. On a (iv) (v) d’après le chap. I, § 6, th. 4.
Corollaire 1
Soient des représentations linéaires analytiques semi-simples de dimension finie de G et n un entier . Alors (Appendice) sont semi-simples. La semi-simplicité de résulte du th. 1, et du chap. I, § 6, cor. 1 du th. 4. La semi-simplicité de résulte de la semi-simplicité de .
Nous verrons plus tard que si est un corps commutatif de caractéristique 0, un groupe, et des -représentations linéaires semi-simples de dimension finie de , alors est semi-simple.
Corollaire 2
Soient une représentation linéaire analytique semi-simple de dimension finie de dans un espace vectoriel , l’algèbre symétrique de , et la sous-algèbre de formée des éléments invariants par . Alors est une algèbre de type fini.* Cela résulte du th. 1, du chap. I, § 6, th. 6 a), et de AC, V, § 1, th. 2.
Corollaire 3
Soient un groupe de Lie réel ou complexe, sa composante neutre. On suppose que est semi-simple et que est fini. Alors toute représentation linéaire analytique de dimension finie de est semi-simple.
Proposition 32
Soit un groupe de Lie réel connexe de dimension finie. On suppose réductive. Les conditions suivantes sont équivalentes*: (i) est compact; (ii) (resp. (ii')) toute représentation linéaire analytique de dimension finie de dans un espace vectoriel complexe (resp. réel) est semi-simple.
(i) (ii') : Supposons compact. Alors toute représentation linéaire continue de dans un espace vectoriel réel de dimension finie est semi-simple (INT, VII, § 3, prop. 1). Soit une représentation linéaire analytique de dimension finie de dans un espace vectoriel réel. Alors est analytique, est semi-simple (chap. I, § 6, prop. 5), donc est semi-simple (cor. 3 du th. 1). Donc est semi-simple (lemme 2).
On voit de même que (ii) (i).
(ii') (i) : supposons que soit non compact, donc isomorphe à un groupe de la forme avec (, n° 4, prop. 11 (ii)). Il existe alors un morphisme surjectif de dans , donc un morphisme surjectif de dans . L’application
On voit de même que (ii) (i).
Proposition 33
Soient un groupe de Lie complexe de dimension finie et dont le nombre de composantes connexes est fini, une représentation linéaire analytique de de dimension finie, un sous-groupe intégral du groupe de Lie réel tel que engendre sur . Alors, pour que soit semi-simple, il faut et il suffit que soit semi-simple.* Soit . Pour que (resp. ) soit semi-simple, il faut et il suffit que (resp. ) soit semi-simple (th. 1). Soit l’espace de . Pour qu’un sous-espace vectoriel de soit stable pour , il faut et il suffit qu’il soit stable pour . D’où la proposition.
Exercices
See the exercises for § 9.