§ 1. Groupes de Lie
1. Définition d’un groupe de Lie
Soit G un ensemble. Une structure de groupe et une structure de K-variété analytique sur G sont dites compatibles si la condition suivante est vérifiée:
(GL) L’application de dans G est analytique.
Définition 1
On appelle groupe de Lie sur K un ensemble G muni d’une structure de groupe et d’une structure de K-variété analytique, ces deux structures étant compatibles.
Un groupe de Lie sur R (resp. C, Q_p) est appelé groupe de Lie réel (resp. complexe, p-adique).
Soit G un groupe muni d’une structure de variété analytique. Pour g, h, g_0, h_0 dans G, on a
Il en résulte que G est un groupe de Lie si et seulement si les trois conditions suivantes sont vérifiées:
(GL_1) pour tout g_0 \in G, l’application g \mapsto g_0 g de G dans G est analytique; (GL_2) pour tout g_0 \in G, l’application g \mapsto g_0 g g_0^{-1} de G dans G est analytique dans un voisinage ouvert de e; (GL_3) l’application (g, h) \mapsto gh^{-1} de G \times G dans G est analytique dans un voisinage ouvert de (e, e).
Soit G un groupe de Lie. Pour tout g \in G, \gamma(g) et \delta(g) sont des automorphismes de la variété sous-jacente à G. Il en résulte que cette variété est pure (VAR, R, 5.1.7). En particulier, la dimension de G en g est égale à dim G pour tout g \in G (rappelons que dim G est un entier \geqslant 0 ou +\infty).
Puisqu’une application analytique est continue, un groupe de Lie est un groupe topologique pour la topologie sous-jacente à sa structure de variété. Soit G un ensemble. Une structure de groupe topologique et une structure de K-variété analytique sur G sont dites compatibles si la structure de groupe et la structure de variété sont compatibles, et si la topologie de G est la topologie sous-jacente à la structure de variété.
Lemme 1
Soient G un groupe de Lie, U un voisinage ouvert de e, E un espace normé complet, \varphi : U \to E une carte de la variété G. Il existe un voisinage W de e contenu dans U tel que \varphi | W soit un isomorphisme de W (muni de la structure uniforme droite) sur \varphi(W) (muni de la structure uniforme induite par celle de E).
On peut supposer que \varphi(e) = 0. Soit U' = \varphi(U). Soit \psi : U' \to U l’application réciproque de \varphi. Soit V un voisinage ouvert symétrique de e tel que V^2 \subset U, et posons V' = \varphi(V). Définissons des applications \theta_1, \theta_2 de V' \times V' dans V' \times U' de la manière suivante:
On vérifie aussitôt que \theta_2(\theta_1(x, y)) = \theta_1(\theta_2(x, y)) = (x, y) pour x, y assez voisins de 0. D’autre part, \theta_1 et \theta_2 sont analytiques, donc strictement dérivables en (0, 0).
Par suite (VAR, R, 1.2.2) il existe un voisinage W' de 0 dans V' et des constantes telles que
Proposition 1
Un groupe de Lie est un groupe topologique métrisable et complet.* Puisque e admet un voisinage ouvert homéomorphe à une boule ouverte d’un espace normé, e admet un système fondamental dénombrable de voisinages dont l’intersection est . Donc G est métrisable (TG, III, § 1, cor. de la prop. 2, et IX, § 3, prop. 1). D’après le lemme 1, il existe un voisinage de e qui est complet pour la structure uniforme droite, donc G est complet (TG, III, § 3, prop. 4).
Proposition 2
Soit G un groupe de Lie.* (i) Si K = \mathbf{R} ou \mathbf{C}, G est localement connexe. (ii) Si K est distinct de \mathbf{R} et \mathbf{C}, G est éparpillé (TG, IX, § 6, déf. 5). (iii) Supposons K localement compact. Pour que G soit localement compact, il faut et il suffit que G soit de dimension finie. (iv) Si G est engendré par un sous-espace dont la topologie admet une base dénombrable, alors la topologie de G admet une base dénombrable. Soit U un voisinage de e. Il existe un voisinage ouvert de e contenu dans U et homéomorphe à une boule ouverte d’un espace normé E sur K. Si K = \mathbf{R} ou \mathbf{C}, est connexe, ce qui prouve (i). Supposons K ultramétrique. Il existe un voisinage de e fermé dans G et tel que . Puis il existe un voisinage de e tel que et tel que soit ouvert et fermé relativement à . Alors est fermé relativement à , donc à G, et ouvert relativement à , donc à G. Ceci prouve (ii). Pour que G soit localement compact, il faut et il suffit que E soit localement compact; si K est localement compact, cela revient à dire que E est de dimension finie (EVT, I, § 2, th. 3), d’où (iii). Supposons G engendré par un sous-ensemble V, et posons ; on a ; s’il existe une suite dense dans V, on voit qu’il existe une suite dense dans G, et, comme G est métrisable (prop. 1), la topologie de G admet une base dénombrable.
Corollaire
Si K = R ou C, et si G est connexe de dimension finie, alors G est localement connexe, localement compact, et sa topologie admet une base dénombrable.
Lemme 2
Soient X une variété de classe Cr, e un point de X, U et V des voisinages ouverts de e, et m une application de classe Cr de U × U dans X, vérifiant les conditions suivantes :
a) pour tout ; b) On a et quels que soient dans V.
Alors il existe un voisinage ouvert W de e dans V et un automorphisme de la variété W, tels que et pour tout .
On a pour tout , donc, d’après le théorème des fonctions implicites, il existe un voisinage ouvert de e dans V et une application de classe Cr de dans V tels que pour tout . De même, il existe un voisinage ouvert de e dans V et une application de classe Cr de dans V tels que pour tout . Pour , on a
Proposition 3
Soient X une variété analytique, et m une loi de composition associative analytique sur X, admettant un élément neutre. L’ensemble G des éléments inversibles de X est ouvert dans X, et G est un groupe de Lie pour et pour la structure de variété induite par celle de X.
D’après le lemme 2, G est un voisinage de l’élément neutre. Pour tout , l’application est un automorphisme de la variété X. Donc l’image de G par cette application est un voisinage de g, évidemment contenu dans G. Par suite, G est ouvert dans X. Il est clair que les conditions (GL₁) et (GL₂) sont vérifiées. La condition (GL₃) est vérifiée d’après le lemme 2.
Exemples de groupes de Lie.
1. Soit E un espace normable complet sur K. L’application de dans E est linéaire continue, donc analytique. Donc E, muni de ses structures de groupe additif et de variété analytique, est un groupe de Lie. En particulier, K est un groupe de Lie.
2. Soit A une algèbre associative unifière normable complète sur K. La multiplication de dans A est bilinéaire continue, donc analytique. La prop. 3 montre que le groupe des éléments inversibles de A est ouvert dans A (ce qui résulte aussi de TG, IX, , prop. 13), et que est un groupe de Lie
Par exemple, soit E un espace normable complet sur K, et prenons (TG, IX, § 3, prop. 5). Alors est le groupe des automorphismes de E. Ce groupe est donc muni canoniquement d’une structure de groupe de Lie sur K. Plus particulièrement, , muni de la structure de variété induite par celle de , est un groupe de Lie. Pour , on voit que le groupe multiplicatif est un groupe de Lie pour la structure de variété induite par celle de K.
3. Soit G un groupe de Lie sur K. Soient ou ou un corps ultramétrique complet non discret, et un isomorphisme du corps valué sur un sous-corps valué de K. Alors le groupe G, muni de la structure de -variété obtenue par restriction des scalaires, est un groupe de Lie sur , qui est dit déduit du groupe de Lie G par restriction des scalaires (de K à au moyen de ). Par exemple, tout groupe de Lie complexe est canoniquement muni d’une structure de groupe de Lie réel. Par exemple encore, à tout groupe de Lie complexe G est associé un groupe de Lie complexe appelé le conjugué de G, déduit de G au moyen de l’automorphisme de .
2. Morphismes de groupes de Lie
Définition 2
Soient G et H des groupes de Lie. On appelle morphisme de groupes de Lie de G dans H (ou simplement morphisme de G dans H si aucune confusion n’est à craindre) une application de G dans H qui est un homomorphisme de groupes et qui est analytique. Le groupe des automorphismes de G se note Aut(G).
L’application identique de G est un morphisme. Le composé de deux morphismes est un morphisme. Si et sont deux morphismes réciproques, et sont des isomorphismes de groupes de Lie.
Exemple 1
Soit G un groupe de Lie. Pour tout , Int est un automorphisme du groupe de Lie G.
Exemple 2
Soit G un groupe de Lie. On note le groupe opposé à G, muni de la même structure de variété que G. Il est immédiat que est un groupe de Lie (dit groupe de Lie opposé à G), et que l’application est un isomorphisme du groupe de Lie G sur le groupe de Lie .
Exemple 3
Soient G un groupe de Lie, E un espace normable complet. On appelle représentation linéaire analytique de G dans E (ou simplement représentation linéaire de G dans E si aucune confusion n’est à craindre) un morphisme du groupe de Lie G dans le groupe de Lie , autrement dit une application analytique de G dans telle que pour dans G. Supposons que E admette une base finie sur ; soit la base duale; soit un homomorphisme du groupe dans le groupe ; alors les conditions suivantes sont équivalentes:
(i) est une représentation linéaire analytique; (ii) quels que soient et , la fonction sur est analytique; (iii) quels que soient et , la fonction sur est analytique. En effet, les implications (i) (ii) (iii) sont claires. D’autre part, les fonctions forment un système de coordonnées sur ; donc leurs restrictions à forment un système de coordonnées sur , d’où l’implication (iii) (i).
Soient un groupe de Lie réel, un espace normable complet réel, un homomorphisme du groupe dans le groupe . On verra au § 8, th. 1, que, si est continu (lorsque est muni de la topologie déduite de la norme de ), alors est analytique. Mais on prendra garde que cette notion de continuité est différente de celle considérée en INT, VIII, § 2, déf. 1 (ii) (exerc. 1).
Exemple 4
Soient un groupe de Lie réel, un espace normable complet complexe. Une représentation linéaire analytique de G dans E est un morphisme de dans le groupe de Lie réel sous-jacent à .
Proposition 4
Soient G et H des groupes de Lie, f un homomorphisme du groupe G dans le groupe H. Pour que f soit analytique, il faut et il suffit qu’il existe une partie ouverte non vide U de G telle que soit analytique.
La condition est évidemment nécessaire. Supposons-la vérifiée. Pour tout , on a quel que soit , donc est analytique. Or les ensembles , pour , forment un recouvrement ouvert de .
Remarque
Si est une immersion en (resp. une submersion en ), il est clair que est une immersion (resp. une submersion).
3. Sous-groupes de Lie
Soient un groupe de Lie, un sous-groupe de qui est en même temps une sous-variété de . Alors l’application de dans est analytique, donc l’application de dans est analytique (VAR, R, 5.8.5). Ainsi , muni des structures de groupe et de variété induites par celles de , est un groupe de Lie.
Définition 3
Soit G un groupe de Lie. On dit qu’un sous-ensemble H de G est un sous-groupe de Lie si H est un sous-groupe et une sous-variété de G.
Un sous-groupe ouvert de est un sous-groupe de Lie de . En particulier, si est un groupe de Lie réel ou complexe, sa composante neutre est un sous-groupe de Lie de .
Proposition 5
Soient G un groupe de Lie, H un sous-groupe de Lie de G. (i) H est fermé dans G. (ii) L’injection canonique de H dans G est un morphisme de groupes de Lie. (iii) Soient L un groupe de Lie et f une application de L dans G telle que f(L) ⊂ H. Pour que f soit un morphisme de L dans H, il faut et il suffit que f soit un morphisme de L dans G. D’après VAR, R, 5.8.3, H est localement fermé. Donc H est fermé (TG, III, § 2, prop. 4). L’assertion (ii) est évidente. L’assertion (iii) résulte de VAR, R, 5.8.5.
Proposition 6
Soient G un groupe de Lie, H un sous-groupe de G. Pour que H soit un sous-groupe de Lie de G, il faut et il suffit qu’il existe un point h ∈ H et un voisinage ouvert U de h dans G tels que H ∩ U soit une sous-variété de G. La condition est évidemment nécessaire. Supposons-la vérifiée. Pour tout h' ∈ H, la translation γ(h'h^{-1}) est un automorphisme de la variété G et transforme la sous-variété H ∩ U de U en la sous-variété (h'h^{-1}H) ∩ (h'h^{-1}U) de h'h^{-1}U. Comme h'h^{-1}H = H et que h'h^{-1}U est un voisinage ouvert de h' dans G, on voit que tout point de H possède un voisinage ouvert V tel que V ∩ H soit une sous-variété de G. Donc H est une sous-variété de G. C.Q.F.D.
Soient G un groupe de Lie, H un sous-groupe de Lie de G. Si L est un sous-groupe de Lie de H, L est un sous-groupe de Lie de G d’après VAR, R, 5.8.6. Soit M un sous-groupe de Lie de G tel que M ⊂ H. Alors M est un sous-groupe de Lie de H, car l’injection canonique de M dans H est évidemment une immersion. Soit k un sous-corps fermé non discret de K. On appelle k-sous-groupe de Lie de G un sous-groupe de Lie du k-groupe de Lie sous-jacent à G.
Remarque
Si on remplace « sous-variété » par « quasi-sous-variété » dans la déf. 3, on obtient la définition des quasi-sous-groupes de Lie de G. (Pour G de dimension finie, les quasi-sous-groupes de Lie ne sont autres que les sous-groupes de Lie.) Supposons K de caractéristique 0. La prop. 5 reste valable, avec la même démonstration, pour les quasi-sous-groupes de Lie. La prop. 6 reste valable, avec la même démonstration, en remplaçant « sous-groupe de Lie » par « quasi-sous-groupe de Lie », et « sous-variété » par « quasi-sous-variété ».
4. Produits semi-directs de groupes de Lie
Soient I un ensemble fini, (L_i)_{i \in I} une famille de groupes de Lie. Les structures de groupe et de variété sur L = \prod_{i \in I} L_i sont compatibles, et L est ainsi muni d’une structure de groupe de Lie. On dit que L est le groupe de Lie produit de la famille de groupes de Lie (L_i)_{i \in I}.
Soient et des groupes de Lie, un homomorphisme de dans le groupe des automorphismes du groupe . Soit le produit semi-direct externe de par relatif à (A, I, p. 64, déf. 2).
Proposition 7
Si l’application* de dans est analytique, le groupe , muni de la structure de variété produit de et , est un groupe de Lie.
En effet, on a, pour dans et dans ,
Si les conditions de la prop. 7 sont vérifiées, on dit que le groupe de Lie est le groupe de Lie produit semi-direct (externe) de par relatif à .
Il est clair que l’injection canonique de (resp. ) dans est un isomorphisme de (resp. ) sur un sous-groupe de Lie de , que l’on identifie à (resp. ). L’application canonique de sur est un morphisme de groupes de Lie.
Réciproquement, soient un groupe de Lie, et deux sous-groupes de Lie tels que le groupe soit (algébriquement) produit semi-direct de par (A, I, p. 65). Posons pour et . Alors vérifie la condition de la prop. 7. On peut donc former le groupe de Lie produit semi-direct de par relatif à . L’application de sur est un isomorphisme de groupes, et est analytique. Si est un isomorphisme de groupes de Lie, on dit que le groupe de Lie G est produit semi-direct (interne) de par , et l’on identifie et . Pour tout , écrivons , où et . Pour que le groupe de Lie soit produit semi-direct de par , il faut et il suffit que l’une des applications et soit analytique, auquel cas toutes deux sont analytiques; ou encore, il faut et il suffit que soit somme directe topologique de et (car, si cette condition est vérifiée, est étale en ).
Exemple
Soient un espace normable, , le groupe des translations de , le groupe de permutations de engendré par et . Le groupe est algébriquement produit semi-direct de par . (Si est de dimension finie, est le groupe affine de , cf. A, II, p. 131.) Soient la représentation linéaire identique de dans , et le produit semi-direct externe de par relatif à . Pour tout , soit la translation de définie par . L’application est un isomorphisme du groupe sur le groupe . L’application de dans est bilinéaire continue, donc analytique; sa restriction à est par suite analytique. Ainsi, le groupe , muni de la structure de variété produit de et , est un groupe de Lie. Transportons cette structure à grâce à . Alors devient un groupe de Lie, produit semi-direct interne de par en tant que groupe de Lie.
Proposition 8
Soient G et H des groupes de Lie, et des morphismes de groupes de Lie tels que , et . Alors N est un sous-groupe de Lie de G, s est un isomorphisme de H sur un sous-groupe de Lie de G, et le groupe de Lie G est produit semi-direct interne de par N.
On a , donc (resp. ) est une submersion (resp. une immersion). D’après VAR, R, 5.10.5, N est un sous-groupe de Lie de G. D’autre part, s est un homéomorphisme de H sur , donc s est un isomorphisme de H sur un sous-groupe de Lie de G (VAR, R, 5.8.3). Enfin, pour tout , on a avec un ; comme est analytique, le groupe de Lie G est produit semi-direct de par N.
5. Quotient d’une variété par un groupe de Lie
Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe , et une loi d’opération à gauche (A, I, p. 49) de classe de G dans X. Pour tout , notons l’automorphisme de X défini par g. Pour tout , notons l’application orbitale de G dans X définie par x. On a
quels que soient et . Donc
Proposition 9
Soient et .
(i) Si est une immersion (resp. une submersion, une subimmersion) en , alors, pour tout , est une immersion (resp. une submersion, une subimmersion).
(ii) Si est de rang k en , alors, pour tout , est de rang constant égal à k.
Cela résulte aussitôt des formules (4) et (5) puisque , , sont des isomorphismes.
Corollaire
Soit . Si K est de caractéristique 0 et X de dimension finie, est une subimmersion. Si de plus est injective, est une immersion.
Cela résulte de la prop. 9 et de VAR, R, 5.10.6.
Observons que, si désigne l’application de dans X, on a, pour , , , ,
c’est-à-dire
Proposition 10
Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe C^r munie d’une loi d’opération à gauche de classe C^r de G dans X. Supposons que: a) le groupe G opère proprement et librement dans X; b) pour tout x ∈ X, ρ(x) est une immersion (ce qui est une conséquence de a) si K est de caractéristique 0 et X de dimension finie).
Alors la relation d’équivalence définie par G dans X est régulière (VAR, R, 5.9.5). Il existe sur l’ensemble quotient X/G une structure de variété et une seule telle que l’application canonique π : X → X/G soit une submersion. La topologie sous-jacente à cette structure de variété est la topologie quotient de celle de X; elle est séparée. Enfin, (X, G, X/G, π) est une fibration principale à gauche.¹
Soit θ l’application (g, x) ↦ (x, gx) de G × X dans X × X. Cette application est de classe C^r. Montrons que c’est une immersion. Pour u ∈ T_g(G) et v ∈ T_x(X), on a, d’après (6),
Mais T_g(ρ(x)) est injective d’après l’hypothèse b), donc T_{(g,x)}(θ) est injective. Son image est somme directe topologique du sous-espace H_{g,x} formé par les vecteurs (v, T_x(τ(g))v) pour v ∈ T_x(X), et du sous-espace I_{g,x} = {0} × T_g(ρ(x))(T_g(G)). D’après l’hypothèse b), T_g(ρ(x))(T_g(G)) admet un supplémentaire topologique J_{g,x} dans T_{gx}(X). Donc l’image de T_{(g,x)}(θ) admet le supplémentaire topologique {0} × J_{g,x}. On a donc bien prouvé que θ est une immersion de G × X dans X × X.
Comme G opère librement dans X, θ est injective. Soit C le graphe de la relation d’équivalence R définie par G dans X. Comme G opère proprement, θ est un homéomorphisme de G × X sur C (TG, I, § 10, prop. 2). D’après VAR, R, 5.8.3, C’est une sous-variété de X × X, et θ est un isomorphisme de la variété G × X sur la variété C. L’espace tangent T_{(x,gx)}(C) s’identifie à
Soient pr_1 et pr_2 les projections canoniques de X × X sur les deux facteurs. Il est immédiat que T_{(x,gx)}(pr_1) applique H_{g,x} sur T_x(X), et que le noyau de T_{(x,gx)}(pr_1) | T_{(x,gx)}(C) est I_{g,x}. Ainsi, pr_1 | C est une submersion de C sur X. D’après VAR, R, 5.9.5, R est régulière. Par définition, il existe donc sur l’ensemble quotient X/G une structure de variété et une seule telle que π soit une submersion. La topologie sous-jacente de X/G est la topologie quotient de celle de X (VAR, R, 5.9.4). Cette topologie est séparée (TG, III, § 4, prop. 3).
Pour tout b ∈ X/G, il existe un voisinage ouvert W de b et un morphisme σ : W → X tel que π ∘ σ = id_W (VAR, R, 5.9.1). Soit φ la bijection (g, w) ↦ gσ(w) de G × W sur π^{-1}(W). Elle est de classe C^r. On a π(gσ(w)) = w, et
¹ Les fibrations principales définies en VAR, R, 6.2.1, sont des fibrations principales à droite. La définition des fibrations principales à gauche s’en déduit de manière évidente.
θ⁻¹(σ(w), gσ(w)) = (g, σ(w)), donc la bijection réciproque de φ est de classe C⁰. Il est clair que φ(gg', w) = gφ(g', w) pour w ∈ W, g ∈ G, g' ∈ G. Donc (X, G, X/G, π) est une fibration principale à gauche.
C.Q.F.D.
Remarque
Conservons les hypothèses précédentes. Soient de plus H une variété de classe C⁰ et (x, h) ↦ m(x, h) une application de classe C⁰ de X × H dans X telle que m(gx, h) = gm(x, h) pour x ∈ X, g ∈ G, h ∈ H. Soit n l’application de (X/G) × H dans X/G déduite de m par passage aux quotients. Montrons que n est de classe C⁰. Considérons le diagramme
Il est commutatif, π ∘ m est de classe C⁰, et π × 1 est une submersion surjective; il suffit alors d’appliquer VAR, R, 5.9.5.
Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe C⁰, et (g, x) ↦ xg une loi d’opération à droite de classe C⁰ de G dans X. Posons τ(g)x = ρ(x)g = xg pour g ∈ G, x ∈ X. On a cette fois
(3')
donc
(4')
(5')
D’autre part, si η désigne l’application (g, x) ↦ xg de G × X dans X, la formule (6) reste valable. La prop. 9, son corollaire, et la prop. 10 restent également valables (à condition de remplacer, dans cette dernière, « fibration principale à gauche » par « fibration principale à droite »).
6. Espaces homogènes et groupes quotients
Proposition 11
Soient X un groupe de Lie, G un sous-groupe de Lie de X.
(i) Il existe sur l’ensemble homogène X/G une structure de variété analytique et une seule telle que la projection canonique π de X sur X/G soit une submersion. La loi d’opération de X dans X/G est analytique. Pour tout x ∈ X, le noyau de Tₓ(π) se déduit de Tₑ(G) par Tₑ(γ(x)).
(ii) Si G est distingué dans X, X/G est un groupe de Lie pour sa structure de groupe et sa structure de variété définie en (i). L’application π est un morphisme de groupes de Lie.
D’après TG, III, , n° 1, Exemple 1, G opère proprement et librement dans X par translations à droite. Donc la première assertion de (i) résulte de la prop. 10 du n° 5. La deuxième résulte de la Remarque du n° 5. Puisque π est une submersion, le noyau de T_x(π) est l’espace tangent en x à
donc se déduit de T_e(G) par T_e(\gamma(x)).
Supposons G distingué. Soit m l’application (x, y) \mapsto xy^{-1} de (X/G) × (X/G) dans X/G. On a (m \circ (\pi \times \pi))(x, y) = \pi(xy^{-1}) quels que soient x, y dans X. Donc m \circ (\pi \times \pi) est analytique. Comme \pi \times \pi est une submersion surjective, m est analytique (VAR, R, 5.9.5), d’où (ii).
On dit que l’ensemble homogène X/G, muni de la structure de variété définie en (i), est l’espace homogène de Lie (à gauche) quotient de X par G. On définit de façon analogue l’espace homogène de Lie (à droite) G\setminus X. Quand G est distingué, le groupe de Lie X/G défini en (ii) s’appelle le groupe de Lie quotient de X par G.
Proposition 12
Soient X un groupe de Lie, Y une variété analytique non vide munie d’une loi d’opération à gauche analytique de X dans Y. Pour tout y \in Y, soient \rho(y) l’application orbitale définie par y, et X_y le stabilisateur de y dans X. Les conditions suivantes sont équivalentes:
(i) il existe y \in Y tel que \rho(y) soit une submersion surjective; (i') pour tout y \in Y, \rho(y) est une submersion surjective; (ii) il existe y \in Y tel que X_y soit un sous-groupe de Lie de X et que l’application canonique de X/X_y dans Y soit un isomorphisme de variétés; (ii') pour tout y \in Y, X_y est un sous-groupe de Lie de X, et l’application canonique de X/X_y dans Y est un isomorphisme de variétés; (iii) l’application (x, y) \mapsto (y, xy) de X \times Y dans Y \times Y est une submersion surjective.
Comme l’application canonique de X sur X/X_y est une submersion, les équivalences (i) \Leftrightarrow (ii), (i') \Leftrightarrow (ii') sont immédiates. On a (i) \Leftrightarrow (i') d’après la prop. 9 du n° 5. L’équivalence (i') \Leftrightarrow (iii) résulte de la formule (7) du n° 5.
Sous les conditions de la prop. 12, on dit que Y est un espace homogène de Lie (à gauche) pour X. On définit de manière analogue un espace homogène de Lie à droite pour X.
Exemple
Soit G un groupe de Lie. Faisons opérer G \times G à gauche dans G par (g_1, g_2)x = g_1xg_2^{-1}. Soit \rho l’application orbitale de e. Alors les restrictions de T_{(e,e)}(\rho) à T_{(e,e)}(G \times \{e\}) = T_e(G) \times \{0\} et à T_{(e,e)}(\{e\} \times G) = \{0\} \times T_e(G) sont des isomorphismes de ces espaces sur T_e(G). Donc T_{(e,e)}(\rho) est surjective, et Ker T_{(e,e)}(\rho) admet par exemple le supplémentaire topologique T_e(G) \times \{0\} dans T_{(e,e)}(G \times G). Ainsi, \rho est une submersion en (e, e). Donc G est un espace homogène de Lie à gauche pour G \times G.
Proposition 13
Soient G un groupe de Lie, H un sous-groupe de Lie distingué de G, X une variété de classe C^r, et (g, x) ↦ gx une loi d’opération à gauche de classe C^r de G dans X. On suppose que les conditions a) et b) de la prop. 10 sont vérifiées.
(i) La loi d’opération à gauche (h, x) ↦ hx de H dans X vérifie les conditions a) et b) de la prop. 10 (de sorte qu’on peut considérer les variétés quotients X/G et X/H).
(ii) La loi d’opération à gauche de G dans X définit par passage aux quotients une loi d’opération à gauche de classe C^r de G/H dans X/H; cette loi vérifie les conditions a) et b) de la prop. 10 (de sorte qu’on peut considérer la variété quotient (X/H)/(G/H)).
(iii) L’application canonique de X sur X/H définit par passage aux quotients une bijection de X/G sur (X/H)/(G/H). Cette bijection est un isomorphisme de variétés de classe C^r.
Il est clair que H opère librement dans X; il opère proprement d’après TG, III, § 4, n° 1, Exemple 1. Les applications orbitales de H dans X sont des immersions puisque l’injection canonique de H dans G est une immersion. Cela prouve (i).
La loi d’opération de G dans X définit évidemment, par passage aux quotients, une loi d’opération à gauche de G/H dans X/H. Cette loi est de classe C^r d’après VAR, R, 5.9.6. Soient g ∈ G et x ∈ X tels que (Hg)(Hx) = Hx; alors H(gx) = Hx, donc gx ∈ Hx et g ∈ H; cela prouve que G/H opère librement dans X/H. L’application θ : (g, x) ↦ (x, gx) de G × X dans X × X est fermée; d’autre part, on a θ(Hg × Hx) = Hx × H(gx); il en résulte aussitôt que l’application
de (G/H) × (X/H) dans (X/H) × (X/H) est fermée; comme en outre G/H opère librement dans X/H, le th. 1 c) de TG, I, § 10, n° 2 prouve que G/H opère proprement dans X/H.
Soient π l’application canonique de X sur X/H, σ l’application canonique de G sur G/H, x un élément de X et y = π(x).
Alors, π ∘ ρ(x) = ρ(y) ∘ σ, donc
Soit u ∈ T_e(G/H) tel que T_e(ρ(y))u = 0. Il existe v ∈ T_e(G) tel que u = T_e(σ)v. Alors (T_x(π)(T_e(ρ(x))v)) = 0, donc T_e(ρ(x))v est tangent à Hx (VAR, R, 5.10.5) et par suite de la forme T_e(ρ(x)|H)v' pour un v' ∈ T_e(H). Comme T_e(ρ(x)) est injective, on en déduit que v = v', d’où v ∈ T_e(H) et par suite u = 0. Ainsi, T_e(ρ(y)) est injective. L’image de T_e(ρ(y)) est égale à celle de T_x(π) ∘ T_e(ρ(x));
or l’image de admet un supplémentaire topologique dans , et contient le noyau de . On voit donc que est une immersion, ce qui achève de prouver (ii).
L’assertion (iii) résulte de ce qui précède, et de VAR, R, 5.9.7.
Corollaire
Soient G un groupe de Lie, H et L des sous-groupes de Lie distingués de G, avec . Alors est un sous-groupe de Lie distingué de , et la bijection canonique de sur est un isomorphisme de groupes de Lie.
7. Orbites
Proposition 14
Soient G un groupe de Lie, X une variété analytique, et une loi d’opération à gauche analytique de G dans X. Soit . Supposons que l’application orbitale correspondante soit une subimmersion (ce qui est toujours le cas si K est de caractéristique 0 et X de dimension finie (cor. de la prop. 9)). Soit le stabilisateur de x dans G.
(i) est un sous-groupe de Lie, et .
(ii) L’application canonique de l’espace homogène dans X est une immersion d’image .
(iii) Si de plus l’orbite est localement fermée et si la topologie de G admet une base dénombrable, alors est une sous-variété de X, est un isomorphisme de la variété sur la variété , et .
L’image réciproque de x par est . Comme est une subimmersion, est une sous-variété, et, pour tout , l’espace tangent J à en est (VAR, R, 5.10.5), d’où (i). Soit l’application canonique. On a . Comme est variété quotient de G, cette égalité prouve que est analytique. De plus, les noyaux de et de sont tous deux égaux à J. Donc est injective. L’image de est égale à l’image de , donc admet un supplémentaire topologique. Ceci prouve (ii).
Supposons localement fermée. Tout point de possède alors un voisinage dans qui est homéomorphe à un sous-espace fermé d’un espace métrique complet, donc qui est un espace de Baire. Donc est un espace de Baire (TG, IX, § 5, prop. 4). Si G est à base dénombrable, est donc un homéomorphisme de sur (TG, IX, § 5). Alors, d’après (ii) et VAR, R, 5.8.3, est un isomorphisme de la variété sur la variété , et
Remarque
Soient G un groupe de Lie de dimension finie, X une variété de classe , et une loi d’opération à gauche de classe de G dans X. Alors la prop. 14 reste valable. Le seul point qui nécessite une démonstration différente est le fait que est un sous-groupe de Lie. Mais si , on a ; comme il est clair que est fermé, est un sous-groupe de Lie d’après le § 8, th. 2.
Corollaire
Soient G un groupe de Lie dont la topologie admet une base dénombrable, X une variété analytique non vide de dimension finie, munie d’une loi d’opération à gauche analytique de G dans X. On suppose que G opère transitivement dans X, et que K est de caractéristique 0. Alors X est un espace homogène de Lie pour G.
Soit x ∈ X. L’orbite de x, égale à X, est fermée, et on peut donc appliquer la prop. 14 (iii).
8. Fibrés vectoriels à opérateurs
Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe C^r, et (g, x) ↦ gx une loi d’opération à gauche de classe C^r de G dans X. Soit E un fibré vectoriel de classe C^r, de base X, et π : E → X la projection de E sur X. Pour tout x ∈ X, soit E_x la fibre de E en x. Soit (g, u) ↦ gu une loi d’opération à gauche de G dans E telle que π soit compatible avec les opérations de G dans X et dans E. Pour tout g ∈ G et tout x ∈ X, la restriction à E_x de l’application u ↦ gu est une bijection ψ_{g,x} de E_x sur E_{gx}. Nous supposerons que, pour tout g ∈ G et tout x ∈ X, ψ_{g,x} est linéaire continue, donc est un isomorphisme de l’espace normable E_x sur l’espace normable E_{gx}.
Soit φ l’automorphisme (g, x) ↦ (g, gx) de la variété G × X. Soient p la projection canonique de G × X sur X, et E' l’image réciproque de E relativement à p. Soit ψ : E' → E' l’application somme des ψ_{g,x} : E'_{(g, x)} → E'_{(g, gx)}.
Définition 4
Si ψ est un φ-morphisme de fibrés vectoriels de classe C^r, on dit que E est un G-fibré vectoriel de classe C^r.
Autrement dit, E est un G-fibré vectoriel de classe C^r si, quel que soit (g_0, x_0) ∈ G × X, la condition suivante est vérifiée: il existe un voisinage ouvert U de (g_0, x_0) dans G × X tel que, si l’on identifie E' |U (resp. E' | φ(U)) à un fibré vectoriel trivial de fibre M (resp. N) grâce à une carte vectorielle, l’application (g, x) ↦ ψ_{g,x} de U dans soit de classe C^r.
L’application ψ est évidemment bijective, et il résulte du critère local ci-dessus que ψ^{-1} est un φ^{-1}-morphismes de fibrés vectoriels, de sorte que ψ est un φ-isomorphisme de fibrés vectoriels.
On appelle G-fibré vectoriel trivial de base X un fibré vectoriel X × F (où F est un espace normable complet), muni de la loi d’opération (g, (x, f)) ↦ (gx, f) de G dans X × F.
Reprenons les hypothèses et notations précédant la déf. 4, et soit de plus τ un foncteur vectoriel de classe C^r pour les isomorphismes (VAR, R, 7.6.6). Alors τE est un fibré vectoriel de base X. Pour tout x ∈ X, sa fibre (τE)_x est égale à τ(E_x). Quels que soient les espaces normables N_1, N_2, notons Isom(N_1, N_2) l’ensemble des isomorphismes de N_1 sur N_2. Si g ∈ G, on a
Les définissent une loi d’opération à gauche de dans , et la projection canonique de sur est compatible avec les opérations de dans et .
Proposition 15
Si est un -fibré vectoriel de classe , est un -fibré vectoriel de classe .
Soient comme dans l’alinéa suivant la déf. 4. Alors l’application de dans est composée de l’application de dans , et de l’application de Isom dans Isom; ces deux applications sont de classe , donc il en est de même de leur composée, d’où la proposition.
Proposition 16
Soient un groupe de Lie, une variété de classe (), et une loi d’opération à gauche de classe de dans , d’où, par transport de structure, une loi d’opération à gauche de dans . Pour cette loi, est un -fibré vectoriel de classe .
Soit (resp. ) la projection canonique de sur (resp. ), et soit (resp. ) l’image réciproque de (resp. ) relativement à (resp. ). Alors le fibré vectoriel est somme directe de et . Soient et les morphismes canoniques de fibrés vectoriels définis par cette décomposition en somme directe. Soit l’application de dans . Alors l’application notée dans la déf. 4 (où l’on fait ) n’est autre que . Or est un -morphisme de fibrés vectoriels de classe (VAR, R, 8.1.2).
Corollaire
Si est un foncteur vectoriel de classe pour les isomorphismes, est un -fibré vectoriel de classe .
Cela résulte des prop. 15 et 16.
Remarque 1
Si est un foncteur vectoriel de classe pour les isomorphismes en dimension finie, et si est de rang fini, se définit de la même manière, et la prop. 15 reste valable; le cor. de la prop. 16 reste valable pourvu que soit de dimension finie.
Exemple
Reprenons les hypothèses et notations de la prop. 16, et soit un espace normable complet. Alors est un -fibré vectoriel de classe ; il en est de même de si est de caractéristique zéro, ou si est de dimension finie (cf. VAR, R, 7.7, 7.8). Si est de dimension finie, est un -fibré vectoriel de classe .
Proposition 17
Soient un groupe de Lie, un espace homogène de Lie à gauche pour , un point de , le stabilisateur de dans , et des -fibrés vectoriels à gauche de classe et de base , (resp. ) la fibre en de (resp. ), un élément de tel que quels que soient et . Alors il existe un morphisme et un seul de dans , compatible avec les opérations de , et prolongeant .
L’unicité de ce morphisme est évidente. Prouvons son existence. Soient , dans et tels que . On a et , donc , c’est-à-dire . On définit donc une application de dans en posant . Il est clair que cette application prolonge , et qu’elle est compatible avec les opérations de . Montrons que est un morphisme de fibrés vectoriels de classe . Soit . Il existe un voisinage ouvert de dans et une sous-variété de , tels que l’application soit un isomorphisme de classe de sur . En diminuant et , on peut supposer que:
1) (resp. ) s’identifie à un fibré vectoriel trivial de fibre (resp. ); 2) si l’on note (resp. ) l’application de (resp. ) dans (resp. ), alors les applications et (resp. et ) de dans et (resp. et ) sont de classe .
Pour , soit la restriction de à . Alors s’obtient en composant les applications suivantes: 1) l’application de dans ; 2) l’application de dans ; 3) l’application de dans .
On voit donc que l’application de dans est de classe .
Corollaire 1
Soit l’ensemble des éléments de invariants par . Pour tout , soit l’application de dans définie par pour tout . (i) Les sections¹ -invariantes de sont de classe . (ii) est une bijection de sur l’ensemble des sections -invariantes de .
L’assertion (ii) est évidente. Pour prouver (i), il suffit de prouver que chaque section est de classe . Soit le -fibré trivial de base et de fibre . Soit l’injection canonique de dans . D’après la prop. 17, il existe un morphisme de dans compatible avec les opérations de et prolongeant . Si et , on a
*Par exemple, soient un groupe de Lie réel de dimension finie, un sous-groupe de Lie compact de , et l’espace homogène . Notons l’image canonique de dans . Il existe une forme bilinéaire symétrique positive non dégénérée sur
¹ Nous appelons ici section de une application (non nécessairement de classe ) de dans telle que , où désigne la projection de sur .
invariante par (INT, VII, , prop. 1). Appliquant ce qui précède à , on voit qu’il existe sur une métrique riemannienne analytique invariante par
Corollaire 2
On suppose que opère trivialement dans . Soit le -fibré trivial de base et de fibre . Il existe un isomorphisme et un seul de sur compatible avec les opérations de et prolongeant .
Cela résulte aussitôt de la prop. 17.
Remarque 2
Dans ce n°, on peut remplacer partout les lois d’opération à gauche par des lois d’opération à droite.
9. Définition locale d’un groupe de Lie
Proposition 18
Soient un groupe, et deux sous-ensembles de contenant . Supposons muni d’une structure de variété analytique vérifiant les conditions suivantes*: (i) est ouvert dans ; (ii) l’application de dans est analytique; (iii) pour tout , il existe un voisinage ouvert de dans tel que et tel que l’application de dans soit analytique.
Il existe alors sur une structure de variété analytique et une seule possédant les propriétés suivantes: α) , muni de cette structure, est un groupe de Lie; β) est ouvert dans ; γ) les structures de variété de et induisent la même structure sur .
a) Soient une partie ouverte de et un élément de tels que . Alors est l’ensemble des tels que , donc est une partie ouverte de (compte tenu de (ii)). En outre, (ii) entraîne que les applications de sur et de sur sont des bijections réciproques et analytiques, donc des isomorphismes analytiques.
b) Choisissons un voisinage ouvert de dans tel que , et tel qu’il existe une carte de la variété , de domaine . Pour tout , soit l’application de dans . Montrons que les cartes de sont analytiquement compatibles. Soient dans tels que , de sorte que et appartiennent à . D’après a), est une partie ouverte de , donc
est une partie ouverte de . Pour , on a,
d’après a), on voit que est analytique.
c) D’après b), il existe sur G une structure de variété analytique telle que soit un atlas de G. Pour tout , l’application () laisse cet atlas invariant, donc est un automorphisme de G pour cette structure de variété. En particulier la condition est vérifiée.
d) Soit . D’après (ii), il existe un voisinage ouvert A de e dans W tel que . Cela prouve d’abord que V est ouvert dans G. D’après a), l’application de A sur est un isomorphisme analytique pour les structures induites par U. Compte tenu de c), on voit que les structures de variété de G et U induisent la même structure sur , donc finalement sur V.
e) Compte tenu de d), (ii) et (iii), on voit que les conditions et sont vérifiées. Donc G est un groupe de Lie.
f) Si une structure de variété sur G est compatible avec la structure de groupe de G et telle que V soit une sous-variété ouverte de G, alors est un atlas de G. D’où l’assertion d’unicité dans la proposition.
Proposition 19
Soient G un groupe topologique, H un groupe de Lie, f un homomorphisme du groupe G dans le groupe H. On suppose qu’il existe un voisinage ouvert U de dans G, une carte (V, , E) de la variété H en , et un sous-espace vectoriel fermé F de E admettant un supplémentaire topologique, tels que et que soit un homéomorphisme de U sur . Alors, il existe sur G une structure unique de variété telle que f soit une immersion; cette structure est l’image inverse par f de la structure de variété de H. Pour cette structure, G est un groupe de Lie.
Comme les translations de G (resp. H) sont des homéomorphismes (resp. des isomorphismes analytiques), f vérifie la condition (R) de VAR, R, 5.8.1. Les deux premières assertions de la proposition résultent alors de VAR, R, loc. cit. Considérons le diagramme commutatif
où (resp. ) pour dans G (resp. H). Alors est analytique, donc est analytique, donc est analytique puisque est une immersion. Par suite, G est un groupe de Lie.
On dit que la structure de groupe de Lie de G est l’image inverse de la structure de groupe de Lie de H par f.
Corollaire
Soient G un groupe topologique, N un sous-groupe distingué discret de G, l’application canonique de G sur . Supposons donnée une structure de variété analytique sur , compatible avec la structure de groupe topologique de . Alors il existe sur G une structure unique de variété telle que soit une immersion; cette structure est l’image inverse par de la structure de variété de . Pour cette structure, est étale, est un groupe de Lie, et est le groupe de Lie quotient de par .
Remarque
Soient un groupe de Lie réel ou complexe connexe, son revêtement universel¹, l’application canonique de sur . Quand on parlera de comme d’un groupe de Lie, il s’agira toujours de la structure image inverse de celle de par .
10. Groupuscules
Définition 5
On appelle groupuscule de Lie sur un système vérifiant les conditions suivantes:
(i) est une variété analytique sur ; (ii) ; (iii) est une application analytique de dans ; (iv) est une application analytique d’une partie ouverte de dans ; (v) pour tout , on a ; (vi) pour tout , on a ; (vii) si sont des éléments de tels que , alors .
On dit que est l’élément neutre du groupuscule. On écrit souvent au lieu de , et (par abus de notation) au lieu de .
Un groupe de Lie est un groupuscule de Lie pour le choix évident de .
Soit un groupuscule de Lie. On a , c’est-à-dire
Pour tout , on a
c’est-à-dire
Un sous-ensemble de invariant par l’application est dit symétrique.
La variété , munie du point , de l’application , et de l’application , est un groupuscule de Lie dit opposé à .
Le groupuscule de Lie est dit commutatif si, pour tout tel que soit défini, est défini et égal à .
¹ Cf. TG, XI ; en attendant la parution de ce chapitre, voir par exemple L. S. PONTRJAGIN, Topological groups, 2nd edition translated from Russian, Gordon and Breach, 1966 ; ou G. HOCHSCHILD, The structure of Lie groups, Holden-Day, 1965.
Soit G un groupuscule de Lie. L’ensemble des tels que soit défini est un voisinage de . D’autre part, les applications et sont continues. Donc pour assez voisins de . De même, pour assez voisins de , d’où, en multipliant à droite par ,
Proposition 20
Soient G un groupuscule de Lie et . Il existe un voisinage ouvert U de e et un voisinage ouvert V de g possédant les propriétés suivantes:* a) est défini pour tout ; b) est défini pour tout ; c) les applications sont des isomorphismes analytiques réciproques l’un de l’autre de U sur V et de V sur U.
Comme l’ensemble de définition du produit est ouvert dans , il existe un voisinage ouvert U de et un voisinage ouvert V de avec les propriétés a) et b). Posons pour , pour . En diminuant U et V, on peut supposer que et pour et . Alors et sont des injections. En diminuant encore U, on peut supposer . Alors , et est l’image réciproque de U par , donc est un voisinage ouvert de dans V. Remplaçant V par , on se ramène finalement au cas où et sont des bijections réciproques et analytiques.
C.Q.F.D.
Soient , deux groupuscules de Lie, d’éléments neutres , . On dit qu’une application de dans est un morphisme si vérifie les conditions suivantes: (i) est analytique; (ii) ; (iii) si dans sont tels que soit défini, alors est défini et égal à .
Soit . Comme est défini et égal à , est défini et égal à , donc
c’est-à-dire
Le composé de deux morphismes est un morphisme.
Si et sont des morphismes réciproques l’un de l’autre, ce sont des isomorphismes (compte tenu notamment de la formule (11)).
Soient deux groupuscules de Lie, une application de dans vérifiant les conditions (ii) et (iii) ci-dessus, et analytique dans un voisinage ouvert de . Compte tenu de la prop. 20, on démontre, comme pour la prop. 4, que est un morphisme.
Soient un groupuscule de Lie, l’ensemble de définition de . Soit une sous-variété de contenant et stable par . Supposons que l’ensemble des tels que soit ouvert dans . Alors est un groupuscule de Lie. Un tel groupuscule de Lie s’appelle un sous-groupuscule de Lie de G. L’injection canonique de dans est un morphisme. Si est un morphisme de groupuscules de Lie tel que , alors est un morphisme de groupuscules de Lie.
Supposons de caractéristique 0. Remplaçons l’hypothèse que est une sous-variété de par l’hypothèse que est une quasi-sous-variété de . Ce qu’on a énoncé dans l’alinéa précédent reste valable (cf. VAR, R, 5.8.5). On dit alors que est un quasi-sous-groupuscule de Lie de .
Si est un groupuscule de Lie d’élément neutre , tout voisinage ouvert symétrique de dans est un sous-groupuscule de Lie de . (Ceci s’applique en particulier lorsque est un groupe de Lie.) Soit un sous-groupuscule de Lie de ; si est un voisinage de dans , alors est ouvert dans d’après la prop. 20.
On définit de manière évidente le groupuscule de Lie produit d’un nombre fini de groupuscules de Lie.
Proposition 21
Soient deux groupuscules de Lie, un morphisme de dans . Les conditions suivantes sont équivalentes*:
(i) est étale en ; (ii) il existe des sous-groupuscules de Lie ouverts de tels que soit un isomorphisme de sur .
L’implication (ii) (i) est évidente. Supposons étale en . Il existe un sous-groupuscule de Lie ouvert de tel que soit ouvert dans et que soit un isomorphisme de la variété sur la variété . Puis il existe un sous-groupuscule de Lie ouvert de tel que le produit dans de deux éléments de soit toujours défini et appartienne à . Si dans sont tels que , on a ; si dans sont tels que , on a . Donc est un isomorphisme du groupuscule de Lie sur le sous-groupuscule de Lie ouvert de .
Si les conditions de la prop. 21 sont vérifiées, on dit que et sont localement isomorphes.
Proposition 22
Soient un groupe de Lie, un sous-groupuscule de Lie de , l’ensemble des tels que et aient même germe en * (TG, I, § 6, n° 10).
Alors est un sous-groupe de contenant . Il existe sur une structure de variété analytique et une seule possédant les propriétés suivantes:
(i) , muni de cette structure, est un groupe de Lie; (ii) est une sous-variété ouverte de ; (iii) l’injection canonique de dans est une immersion.
Il est clair que est un sous-groupe de . Si , on a et , donc et pour assez voisin de dans , donc le germe de en est contenu dans celui de ; changeant en , on voit que les germes de et de en sont égaux. Donc .
Soit un voisinage ouvert de dans tel que . Les conditions (i), (ii), (iii) de la prop. 18 du n° 9 (où l’on remplace par ) sont vérifiées. Donc il existe une structure de variété analytique sur ayant les propriétés suivantes: , muni de cette structure, est un groupe de Lie; est ouvert dans ; les structures de variété de et induisent la même structure sur . Puisque est une sous-variété de , l’injection canonique de dans est une immersion en , donc en tout point de . Soit . Il existe un voisinage ouvert de dans tel que l’application soit un isomorphisme analytique de sur un voisinage ouvert de dans (prop. 20), et en même temps sur un voisinage ouvert de dans . Donc est ouvert dans et l’application identique de est un isomorphisme pour la structure de variété donnée sur et la structure de sous-variété ouverte de ; autrement dit, est une sous-variété ouverte de .
Enfin, considérons sur une structure de variété analytique ayant les propriétés (i) et (ii) de la proposition, et soit le groupe de Lie ainsi obtenu. Alors l’application identique de dans est étale en , donc est un isomorphisme de groupes de Lie. Cela prouve l’assertion d’unicité de la proposition.
Soient un groupe de Lie, un quasi-sous-groupuscule de Lie de , l’ensemble des tels que et aient même germe en . Si est de caractéristique 0, il existe sur une structure de variété et une seule avec les propriétés (i) et (ii) de la prop. 22. La démonstration est la même que pour la prop. 22.
Corollaire
Conservons les notations de la prop. 22. Soit le sous-groupe de engendré par . Alors est un sous-groupe ouvert de . Il existe sur une structure de groupe de Lie et une seule telle que soit une sous-variété ouverte de et que l’injection canonique de dans soit une immersion.
Remarque
Conservons les notations de la prop. 22 et de son corollaire. Supposons que soit de caractéristique 0, que soit de dimension finie, et que la topologie de admette une base dénombrable. Même avec toutes ces hypothèses, il se peut que ne soit pas fermé dans (exerc. 3). Mais, si est fermé, est un sous-groupe de Lie de . En effet, l’application est une loi d’opération à gauche analytique de dans . L’orbite de est . Notre assertion résulte alors des prop. 2 (iv) et 14 (iii).
11. Morceaux de lois d’opération
Soient (G, e, θ, m) un groupuscule de Lie, X une variété de classe C^r.
Définition 6
On appelle morceau de loi d’opération à gauche de classe C^r de G dans X une application ψ, définie dans une partie ouverte Ω de G × X contenant {e} × X, à valeurs dans X, et possédant les propriétés suivantes: (i) ψ est de classe C^r; (ii) pour tout x ∈ X, on a ψ(e, x) = x; (iii) il existe un voisinage Ω_1 de {e} × {e} × X dans G × G × X tel que, pour (g, g', x) ∈ Ω_1, les éléments m(g, g'), ψ(g', x), ψ(m(g, g'), x), ψ(g, ψ(g', x)) soient définis et ψ(g, ψ(g', x)) = ψ(m(g, g'), x).
On définit de manière analogue les morceaux de lois d’opération à droite de classe C^r.
On écrit souvent gx au lieu de ψ(g, x).
Soient G' un sous-groupuscule de Lie de G et X' un sous-variété de X. Supposons que l’ensemble Ω' des (g, x) ∈ Ω ∩ (G' × X') tels que ψ(g, x) ∈ X' soit ouvert dans G' × X' (condition toujours remplie si X' est ouvert dans X). Alors ψ|Ω' est un morceau de loi d’opération à gauche de classe C^r de G' dans X', qui est dit déduit de ψ par restriction à G' et X'.
Proposition 23
Soient (G, e, θ, m) un groupuscule de Lie, X une variété de classe C^r, x_0 un point de X, Ω un voisinage ouvert de (e, x_0) dans G × X, ψ une application de Ω dans X ayant les propriétés suivantes: (i) ψ est de classe C^r; (ii) ψ(e, x) est égal à x pour x assez voisin de x_0; (iii) ψ(m(g, g'), x) = ψ(g, ψ(g', x)) pour (g, g', x) assez voisin de (e, e, x_0). Il existe alors un voisinage ouvert X' de x_0 dans X, et une partie ouverte Ω' de Ω ∩ (G × X'), tels que ψ|Ω' soit un morceau de loi d’opération à gauche de classe C^r de G dans X'.
Il existe un voisinage ouvert X' de x_0 dans X et un voisinage ouvert G' de e dans G tels que ψ(e, x) = x pour tout x ∈ X' et que ψ(g, ψ(g', x)) = ψ(m(g, g'), x) pour (g, g', x) ∈ G' × G' × X'. Soit Ω' l’ensemble des (g, x) ∈ Ω ∩ (G' × X') tels que ψ(g, x) ∈ X'. Alors Ω' est ouvert dans G × X', et X', Ω' ont les propriétés de la proposition.
Lemme 3
Soient X un espace normal, (X_i)_{i \in I} un recouvrement ouvert localement fini de X. Pour tout (i, j) ∈ I × I et tout x ∈ X_i ∩ X_j, soit V_{ij}(x) un voisinage de x contenu dans X_i ∩ X_j. Alors on peut associer, à tout x ∈ X, un voisinage V(x) de x de telle sorte que les conditions suivantes soient vérifiées:
a) la relation implique ; b) si et se rencontrent, il existe un tel que .
Il existe un recouvrement ouvert de tel que pour tout (TG, IX, § 4, th. 3). Soit . Soit l’intersection des et des qui contiennent ; c’est un voisinage ouvert de . Soit un voisinage de contenu dans et ne rencontrant qu’un nombre fini de . Alors ne rencontre qu’un nombre fini de , donc l’ensemble
est un voisinage de . Si , on a , donc . Soient dans et supposons que et se rencontrent. Il existe un tel que . Alors , donc , donc . Alors par définition de , d’où et . Ainsi, contient et .
Proposition 24
Soient un groupuscule de Lie, une variété de classe , un recouvrement ouvert localement fini de . Pour tout , soit un morceau de loi d’opération à gauche de classe de dans . On suppose que l’espace topologique sous-jacent à est normal et que, pour tout et tout , et coïncident dans un voisinage de . Il existe un morceau de loi d’opération à gauche de classe de dans tel que, pour tout et tout , et coïncident dans un voisinage de .
Pour tout et tout , choisissons un voisinage ouvert de dans tel que et soient définies et égales sur un voisinage de dans . Pour tout , choisissons un voisinage ouvert de dans de telle sorte que les conditions a) et b) du lemme 3 soient vérifiées. Soit l’ensemble des tels que . C’est un ensemble fini. Soit l’ensemble des tels que les , pour , soient définies et coïncident dans un voisinage de . Alors est ouvert et . Les , pour , ont toutes même restriction à . Soient dans . Si et se rencontrent, et se rencontrent, donc il existe tel que
Alors , donc . Les définissent donc une application de dans , et est un voisinage ouvert de dans . Il est clair que est de classe et que pour tout . Pour tout et tout , coïncide avec , donc avec , dans un voisinage de , donc vérifie la condition (iii) de la déf. 6.
Exercices
See the exercises for § 1.