Bourbaki

§ 3. Correspondances

1. Graphes et correspondances

Définition 1 03PG

On dit que GG est un graphe si tout élément de GG est un couple, autrement dit si la relation

(∀z)(z∈G⇒(zestuncouple))(\forall z)(z \in G \Rightarrow (z est un couple))

est vraie.

Si GG est un graphe, la relation (x,y)∈G(x,y) \in G s’exprime encore en disant que «yy correspond à xx par GG».

Soit R{x,y}R\{x,y\} une relation, xx et yy étant des lettres distinctes. Soit GG une lettre distincte de xx et de yy et ne figurant pas dans RR. Si la relation

(∃G)(Gestungrapheet(∀x)(∀y)(R⇔((x,y)∈G)))(\exists G)(G est un graphe et (\forall x)(\forall y)(R \Leftrightarrow ((x,y) \in G)))

est vraie, on dit que RR admet un graphe (par rapport aux lettres xx et yy). Le graphe GG est alors unique en vertu de l’axiome d’extensionnalité, et s’appelle le graphe de RR (ou l’ensemble représentatif de RR) par rapport à xx et yy.

Soit ZZ une lettre distincte de xx et de yy et ne figurant pas dans RR. Si la relation

(∃Z)(∀x)(∀y)(R⇒((x,y)∈Z))(\exists Z)(\forall x)(\forall y)(R \Rightarrow ((x,y) \in Z))

est vraie, RR admet un graphe: il suffit en effet de prendre pour ce graphe l’ensemble des couples zz tels que z∈R{pr⁡1z,pr⁡2z}z \in R\{\operatorname{pr}_1 z,\operatorname{pr}_2 z\} (zz étant une lettre distincte de xx, yy, ZZ et ne figurant pas dans RR). Cette condition est remplie si on connaît un terme TT, où ne figurent ni xx ni yy, tel que R⇒((x,y)∈T)R \Rightarrow ((x,y) \in T) soit vraie.

Proposition 1 03HI

Soit GG un graphe. Il existe un ensemble AA et un seul, et un ensemble BB et un seul, qui possèdent les propriétés suivantes : 1) la relation (∃y)((x,y)∈G)(\exists y)((x,y) \in G) est équivalente à x∈Ax \in A; 2) la relation (∃x)((x,y)∈G)(\exists x)((x,y) \in G) est équivalente à y∈By \in B.

Il suffit en effet de prendre pour AA (resp. BB) l’ensemble des objets de la forme pr⁡1z\operatorname{pr}_1 z (resp. pr⁡2z\operatorname{pr}_2 z) pour z∈Gz \in G (II, p. 6): de façon précise, on a

A={x∣(∃y)((x,y)∈G)}etB={y∣(∃x)((x,y)∈G)}.A=\{x\mid(\exists y)((x,y)\in G)\}\quad\text{et}\quad B=\{y\mid(\exists x)((x,y)\in G)\}.

Ces ensembles s’appellent respectivement la première et la seconde projection du graphe GG, ou encore l’ensemble de définition et l’ensemble des valeurs de GG; on les désigne par pr⁡1⟨G⟩\operatorname{pr}_1\langle G\rangle et pr⁡2⟨G⟩\operatorname{pr}_2\langle G\rangle (ou pr⁡1G\operatorname{pr}_1 G et pr⁡2G\operatorname{pr}_2 G lorsqu’aucune confusion n’en résulte). On vérifie aussitôt que G⊂(pr⁡1G)×(pr⁡2G)G \subset (\operatorname{pr}_1 G) \times (\operatorname{pr}_2 G) : tout ensemble de couples est donc une partie d’un produit, et réciproquement. Si l’un des deux ensembles pr⁡1G\operatorname{pr}_1 G, pr⁡2G\operatorname{pr}_2 G est vide, on a donc G=∅G = \varnothing (II, p. 8, prop. 2).

Remarque 03S1

La relation x=yx = y n’admet pas de graphe; car la première projection de ce graphe, s’il existait, serait l’ensemble de tous les objets (cf. II, p. 6, Remarque).

Définition 2 03HJ

On appelle correspondance entre un ensemble AA et un ensemble BB un triplet (II, p. 9) Γ=(G,A,B)\Gamma = (G, A, B) où GG est un graphe tel que pr⁡1G⊂A\operatorname{pr}_1 G \subset A et pr⁡2G⊂B\operatorname{pr}_2 G \subset B. On dit que GG est le graphe de Γ\Gamma, AA l’ensemble de départ et BB l’ensemble d’arrivée de Γ\Gamma.

Si (x,y)∈G(x,y) \in G, on dit encore que « yy correspond à xx par la correspondance Γ\Gamma ».

Pour tout x∈pr⁡1Gx \in \operatorname{pr}_1 G, on dit que la correspondance Γ\Gamma est définie pour l’objet xx, et pr⁡1G\operatorname{pr}_1 G est appelé l’ensemble de définition (ou domaine) de Γ\Gamma; pour tout y∈pr⁡2Gy \in \operatorname{pr}_2 G, on dit que yy est une valeur prise par Γ\Gamma et pr⁡2G\operatorname{pr}_2 G est appelé l’ensemble des valeurs (ou image) de Γ\Gamma.

Si R{x,y}R\{x,y\} est une relation admettant un graphe GG (par rapport aux lettres xx et yy), et si AA et BB sont deux ensembles tels que pr⁡1G⊂A\operatorname{pr}_1 G \subset A et pr⁡2G⊂B\operatorname{pr}_2 G \subset B, on dit que RR est une relation entre un élément de AA et un élément de BB (relativement aux lettres x,yx,y). On dit que la correspondance Γ=(G,A,B)\Gamma = (G,A,B) est la correspondance entre AA et BB définie par la relation RR (par rapport à xx et yy).

Soient GG un graphe et XX un ensemble. La relation « x∈Xx \in X et (x,y)∈G(x,y) \in G » entraîne (x,y)∈G(x,y) \in G et admet par suite un graphe G′G'. La seconde projection de G′G' se compose évidemment de tous les objets qui correspondent par GG à des objets de XX.

Définition 3 03PI

Soient GG un graphe et XX un ensemble. L’ensemble des objets qui correspondent par GG à des éléments de XX s’appelle l’image de XX par GG et se désigne par G⟨X⟩G\langle X\rangle ou G(X)G(X).

Soient Γ=(G,A,B)\Gamma = (G,A,B) une correspondance, et XX une partie de AA. L’ensemble G⟨X⟩G\langle X\rangle se note encore Γ⟨X⟩\Gamma\langle X\rangle ou Γ(X)\Gamma(X) et s’appelle l’image de XX par Γ\Gamma.

Remarque 1 03PH

D’une manière précise, G⟨X⟩G\langle X\rangle désigne l’ensemble

{y∣(∃x)(x∈X et (x,y)∈G)}. \{y \mid (\exists x)(x \in X \text{ et } (x,y) \in G)\}.
Nous ne ferons plus que rarement désormais la traduction des définitions en langage formel.

Remarque 2 03S2

Les notations G(X)G(X) et Γ(X)\Gamma(X) peuvent parfois conduire à des confusions avec des notations introduites ultérieurement (cf. II, p. 14, Remarque).

Soit GG un graphe. Comme la relation (x,y)∈G(x,y) \in G entraîne y∈pr⁡2Gy \in \operatorname{pr}_2 G, on a G⟨X⟩⊂pr⁡2GG\langle X\rangle \subset \operatorname{pr}_2 G pour tout ensemble XX; comme (x,y)∈G(x,y) \in G entraîne x∈pr⁡1Gx \in \operatorname{pr}_1 G, on a G⟨pr⁡1G⟩=pr⁡2GG\langle\operatorname{pr}_1 G\rangle = \operatorname{pr}_2 G. On a G⟨∅⟩=∅G\langle\varnothing\rangle = \varnothing, puisque x∉∅x \notin \varnothing est un théorème. Si X⊂pr⁡1GX \subset \operatorname{pr}_1 G et X≠∅X \neq \varnothing, on a G⟨X⟩≠∅G\langle X\rangle \neq \varnothing.

Proposition 2 03PJ

Soient GG un graphe, XX et YY deux ensembles; la relation X⊂YX \subset Y entraîne G⟨X⟩⊂G⟨Y⟩G\langle X\rangle \subset G\langle Y\rangle.

La proposition est évidente à partir des définitions et de C50 (II, p. 4).

E II.11 THÉORIE DES ENSEMBLES § 3

Corollaire 03PK

Si A⊃pr⁡1GA \supset \operatorname{pr}_1 G, on a G⟨A⟩=pr⁡2GG\langle A\rangle = \operatorname{pr}_2 G.

Définition 4 03PL

Soient GG un graphe et xx un objet. On appelle coupe de GG suivant xx l'ensemble G⟨{x}⟩G\langle\{x\}\rangle (qu'on désigne aussi parfois par G(x)G(x), par abus de notation).

Il résulte aussitôt de C43 (I, p. 39) que la relation y∈G⟨{x}⟩y \in G\langle\{x\}\rangle est équivalente à (x,y)∈G(x,y)\in G. Si GG et G′G' sont deux graphes, la relation G⊂G′G \subset G' est donc équivalente à (∀x)(G⟨{x}⟩⊂G′⟨{x}⟩)(\forall x)(G\langle\{x\}\rangle \subset G'\langle\{x\}\rangle).

Si Γ=(G,A,B)\Gamma=(G,A,B) est une correspondance entre AA et BB, pour tout x∈Ax\in A la coupe de Γ\Gamma suivant xx s'appelle encore la coupe de Γ\Gamma suivant xx et se note également Γ⟨{x}⟩\Gamma\langle\{x\}\rangle (ou Γ(x)\Gamma(x)).

2. Correspondance réciproque d'une correspondance

Soient GG un graphe, A=pr⁡1GA=\operatorname{pr}_1G, B=pr⁡2GB=\operatorname{pr}_2G ses projections. La relation (y,x)∈G(y,x)\in G entraîne (x,y)∈B×A(x,y)\in B\times A; cette relation admet donc un graphe qui se compose des couples (x,y)(x,y) tels que (y,x)∈G(y,x)\in G.

Définition 5 03PM

Soient GG un graphe. Le graphe dont les éléments sont les couples (x,y)(x,y) tels que (y,x)∈G(y,x)\in G s'appelle le graphe réciproque de GG et se désigne par G‾−1\overline{G}^{-1} ou G−1G^{-1}.

Pour tout ensemble XX, G‾−1⟨X⟩\overline{G}^{-1}\langle X\rangle s'appelle l'image réciproque de XX par GG.

Il est évident que le graphe réciproque de G‾−1\overline{G}^{-1} est GG, et que l'on a pr⁡1G‾−1=pr⁡2G\operatorname{pr}_1\overline{G}^{-1}=\operatorname{pr}_2G, pr⁡2G‾−1=pr⁡1G\operatorname{pr}_2\overline{G}^{-1}=\operatorname{pr}_1G. En particulier, si XX et YY sont deux ensembles, on a X×Y‾−1=Y×X\overline{X\times Y}^{-1}=Y\times X. On dit qu'un graphe GG est symétrique si G‾−1=G\overline{G}^{-1}=G.

Soit Γ=(G,A,B)\Gamma=(G,A,B) une correspondance entre AA et BB. Comme pr⁡1G‾−1⊂B\operatorname{pr}_1\overline{G}^{-1}\subset B et pr⁡2G‾−1⊂A\operatorname{pr}_2\overline{G}^{-1}\subset A, le triplet (G‾−1,B,A)(\overline{G}^{-1},B,A) est une correspondance entre BB et AA, qu'on appelle la correspondance réciproque de Γ\Gamma et qu'on note Γ‾\overline{\Gamma} ou Γ−1\Gamma^{-1}. Pour toute partie YY de BB, l'image Γ‾⟨Y⟩\overline{\Gamma}\langle Y\rangle de YY par Γ‾\overline{\Gamma} s'appelle encore l'image réciproque de YY par Γ\Gamma. Il est évident que la correspondance réciproque de Γ‾\overline{\Gamma} est Γ\Gamma.

3. Composée de deux correspondances

Soient GG et G′G' deux graphes. Désignons par AA l'ensemble pr⁡1G\operatorname{pr}_1G et par CC l'ensemble pr⁡2G′\operatorname{pr}_2G'. La relation (∃y)((x,y)∈G(\exists y)((x,y)\in G et (y,z)∈G′)(y,z)\in G') entraîne (x,z)∈A×C(x,z)\in A\times C; elle admet donc un graphe par rapport à xx et zz.

Définition 6 03PN

Soient GG et G′G' des graphes. On appelle composé de G′G' et de GG, et on désigne par G′∘GG'\circ G (ou parfois par G′GG'G), le graphe par rapport à xx et zz de la relation (∃y)((x,y)∈G(\exists y)((x,y)\in G et (y,z)∈G′)(y,z)\in G').

Proposition 3 03HK

Soient GG et G′G' deux graphes. Le graphe réciproque de G′∘GG' \circ G est G−1∘G′−1G^{-1} \circ G'^{-1}.

En effet, la relation « (x,y)∈G(x,y) \in G et (y,z)∈G′(y,z) \in G' » est équivalente à « (z,y)∈G′−1(z,y) \in G'^{-1} et (y,x)∈G−1(y,x) \in G^{-1} ».

Proposition 4 03HL

Soient G1,G2,G3G_1,G_2,G_3 des graphes. On a alors (G3∘G2)∘G1=G3∘(G2∘G1)(G_3 \circ G_2)\circ G_1=G_3\circ(G_2\circ G_1).

En effet, la relation (x,t)∈(G3∘G2)∘G1(x,t)\in(G_3\circ G_2)\circ G_1 est équivalente à la relation

(∃y)((x,y)∈G1 et (∃z)((y,z)∈G2 et (z,t)∈G3))(\exists y)((x,y)\in G_1\ \text{et}\ (\exists z)((y,z)\in G_2\ \text{et}\ (z,t)\in G_3))

donc (notamment d’après C33 (I, p. 35)) à la relation

(∃y)(∃z)((x,y)∈G1 et (y,z)∈G2 et (z,t)∈G3).(1)(\exists y)(\exists z)((x,y)\in G_1\ \text{et}\ (y,z)\in G_2\ \text{et}\ (z,t)\in G_3). \tag{1}

On voit de même que la relation (x,t)∈G3∘(G2∘G1)(x,t)\in G_3\circ(G_2\circ G_1) est équivalente à

(∃z)(∃y)((x,y)∈G1 et (y,z)∈G2 et (z,t)∈G3).(2)(\exists z)(\exists y)((x,y)\in G_1\ \text{et}\ (y,z)\in G_2\ \text{et}\ (z,t)\in G_3). \tag{2}

Or on sait que les relations (1) et (2) sont équivalentes, ce qui démontre la prop. 4.

Le graphe G3∘(G2∘G1)G_3\circ(G_2\circ G_1) se désigne par G3∘G2∘G1G_3\circ G_2\circ G_1. De même, si G1,G2,G3,G4G_1,G_2,G_3,G_4 sont des graphes, on pose

G4∘(G3∘G2∘G1)=G4∘G3∘G2∘G1,G_4\circ(G_3\circ G_2\circ G_1)=G_4\circ G_3\circ G_2\circ G_1,

etc.

Proposition 5 03HM

Soient GG et G′G' des graphes et AA un ensemble. On a

(G′∘G)⟨A⟩=G′⟨G⟨A⟩⟩.(G'\circ G)\langle A\rangle=G'\langle G\langle A\rangle\rangle.

En effet, en vertu de C33 (I, p. 35), la relation z∈(G′∘G)⟨A⟩z\in(G'\circ G)\langle A\rangle est équivalente à

(∃y)((∃x)(x∈A et (x,y)∈G) et (y,z)∈G′)(\exists y)((\exists x)(x\in A\ \text{et}\ (x,y)\in G)\ \text{et}\ (y,z)\in G')

donc à (∃y)(y∈G⟨A⟩ et (y,z)∈G′)(\exists y)(y\in G\langle A\rangle\ \text{et}\ (y,z)\in G'), ce qui démontre la proposition.

Si GG et G′G' sont deux graphes, on a pr⁡1(G′∘G)=G−1⟨pr⁡1G′⟩\operatorname{pr}_1(G'\circ G)=G^{-1}\langle\operatorname{pr}_1G'\rangle, et

pr⁡2(G′∘G)=G′⟨pr⁡2G⟩\operatorname{pr}_2(G'\circ G)=G'\langle\operatorname{pr}_2G\rangle. Pour démontrer par exemple la seconde de ces relations, il suffit de remarquer que la relation z∈pr⁡2(G′∘G)z\in\operatorname{pr}_2(G'\circ G) équivaut à (∃x)((x,z)∈G′∘G)(\exists x)((x,z)\in G'\circ G), donc à

(∃y)((∃x)((x,y)∈G) et (y,z)∈G′);(\exists y)((\exists x)((x,y)\in G)\ \text{et}\ (y,z)\in G');

mais cette dernière est équivalente à z∈G′⟨pr⁡2G⟩z\in G'\langle\operatorname{pr}_2G\rangle.

Si GG est un graphe, XX un ensemble tel que X⊂pr⁡1GX\subset\operatorname{pr}_1G, on a X⊂G−1⟨G⟨X⟩⟩X\subset G^{-1}\langle G\langle X\rangle\rangle.

En effet, la relation x∈Xx\in X entraîne par hypothèse (∃y)((x,y)∈G)(\exists y)((x,y)\in G); mais (x,y)∈G(x,y)\in G est équivalente à (y,x)∈G−1(y,x)\in G^{-1}, et d’autre part (x,y)∈G(x,y)\in G entraîne

(∃z)(z∈X et (z,y)∈G);(\exists z)(z\in X\ \text{et}\ (z,y)\in G);

donc x∈Xx \in X entraîne (∃y)((∃z)(z∈X et (z,y)∈G) et (y,x)∈G‾−1)(\exists y)((\exists z)(z \in X \text{ et } (z, y) \in G) \text{ et } (y, x) \in \overline{G}^{-1}), c'est-à-dire x∈G‾−1⟨G⟨X⟩⟩x \in \overline{G}^{-1}\langle G\langle X\rangle\rangle.

Il est clair que si G1,G2,G1′,G2′G_1, G_2, G'_1, G'_2 sont des graphes, les relations G1⊂G2G_1 \subset G_2 et G1′⊂G2′G'_1 \subset G'_2 entraînent G1′∘G1⊂G2′∘G2G'_1 \circ G_1 \subset G'_2 \circ G_2.

Soient maintenant Γ=(G,A,B)\Gamma = (G, A, B) et Γ′=(G′,B,C)\Gamma' = (G', B, C) deux correspondances telles que l’ensemble d’arrivée de Γ\Gamma soit identique à l’ensemble de départ de Γ′\Gamma'. D’après ce qui précède, on a pr1(G′∘G)⊂pr1G⊂A\mathrm{pr}_1 (G' \circ G) \subset \mathrm{pr}_1 G \subset A et

pr2(G′∘G)⊂pr2G′⊂C; \mathrm{pr}_2 (G' \circ G) \subset \mathrm{pr}_2 G' \subset C;
on peut donc poser la définition suivante:

Définition 7 03PO

Soient Γ=(G,A,B)\Gamma = (G, A, B) et Γ′=(G′,B,C)\Gamma' = (G', B, C) deux correspondances telles que l’ensemble d’arrivée de Γ\Gamma soit identique à l’ensemble de départ de Γ′\Gamma'. On appelle composée de Γ′\Gamma' et de Γ\Gamma, et on note Γ′∘Γ\Gamma' \circ \Gamma (ou parfois Γ′Γ\Gamma'\Gamma), la correspondance (G′∘G,A,C)(G' \circ G, A, C).

Il résulte aussitôt de la prop. 5 que, si XX est une partie de AA, on a (Γ′∘Γ)⟨X⟩=Γ′⟨Γ⟨X⟩⟩(\Gamma' \circ \Gamma)\langle X \rangle = \Gamma'\langle \Gamma\langle X \rangle \rangle. En outre, comme l’ensemble d’arrivée de Γ‾′\overline{\Gamma}' est identique à l’ensemble de départ de Γ‾\overline{\Gamma}, la correspondance réciproque de Γ′∘Γ\Gamma' \circ \Gamma est Γ‾′∘Γ‾−1\overline{\Gamma}' \circ \overline{\Gamma}^{-1}, en vertu de la prop. 3.

Définition 8 03PP

Si AA est un ensemble, l’ensemble ΔA\Delta_A des objets de la forme (x,x)(x, x), pour x∈Ax \in A, s’appelle la diagonale de A×AA \times A.

Il est clair que l’on a pr1ΔA=pr2ΔA=A\mathrm{pr}_1 \Delta_A = \mathrm{pr}_2 \Delta_A = A. La correspondance IdA=(ΔA,A,A)\mathrm{Id}_A = (\Delta_A, A, A) est appelée la correspondance identique de AA; elle est sa propre réciproque.

Si Γ\Gamma est une correspondance entre AA et BB, IdA\mathrm{Id}_A la correspondance identique de AA, IdB\mathrm{Id}_B la correspondance identique de BB, on a Γ∘IdA=IdB∘Γ=Γ\Gamma \circ \mathrm{Id}_A = \mathrm{Id}_B \circ \Gamma = \Gamma.

4. Fonctions

Définition 9 03HN

On dit qu’un graphe FF est un graphe fonctionnel si, pour tout xx, il existe au plus un objet correspondant à xx par FF (I, p. 40). On dit qu’une correspondance f=(F,A,B)f = (F, A, B) est une fonction si son graphe FF est un graphe fonctionnel, et si son ensemble de départ AA est égal à son ensemble de définition pr1F\mathrm{pr}_1 F. Autrement dit, une correspondance f=(F,A,B)f = (F, A, B) est une fonction si, pour tout xx appartenant à l’ensemble de départ AA de ff, la relation (x,y)∈F(x, y) \in F est fonctionnelle en yy (I, p. 41); l’objet unique correspondant à xx par ff s’appelle la valeur de ff pour l’élément xx de AA, et se désigne par f(x)f(x) ou fxf_x (ou FxF_x).

Si ff est une fonction, FF son graphe et xx un élément de l’ensemble de définition de ff, la relation y=f(x)y = f(x) est donc équivalente à (x,y)∈F(x, y) \in F (I, p. 41, critère C46).

CORRESPONDANCES

E II.14

Remarque 03HO

Il faut prendre garde aux confusions que risque d’entraîner l’emploi simultané de la notation f(x)f(x) et de la notation f(X)f(X) (synonyme de f(⟨X⟩)f(\langle X\rangle)) introduite dans la déf. 3 (cf. II, p. 50, exerc. 11).

Soient A et B deux ensembles; on appelle application de A dans B une fonction ff dont l’ensemble de départ (égal à l’ensemble de définition) est égal à A et dont l’ensemble d’arrivée est égal à B; on dit aussi qu’une telle fonction est définie dans A et prend ses valeurs dans B.

Au lieu de dire « soit ff une application de A dans B », on emploiera souvent les phrases suivantes: « soit une application f:A→Bf : A \rightarrow B » ou même « soit f:A→Bf : A \rightarrow B. » Pour faciliter la lecture d’un raisonnement où interviennent plusieurs applications, on fera usage de diagrammes tels que

C↗g↘iA→ f BE↘h↗jD \begin{array}{ccccc} &&C&&\\ &\nearrow g&&\searrow i&\\ A&\xrightarrow{\ f\ }&B&&E\\ &\searrow h&&\nearrow j&\\ &&D&& \end{array}

où un groupe de signes tel que A→BA \rightarrow B doit s’interpréter comme signifiant que ff est une application de A dans B.

On dit encore qu’une fonction ff définie dans A transforme xx en f(x)f(x) (pour tout x∈Ax \in A), ou que f(x)f(x) est le transformé de xx par ff, ou (par abus de langage) l’image de xx par ff.

Dans certains cas, un graphe fonctionnel s’appelle aussi une famille; l’ensemble de définition s’appelle alors l’ensemble des indices, et l’ensemble des valeurs s’appelle, par abus de langage, l’ensemble des éléments de la famille; c’est surtout dans ce cas qu’on utilise la notation indicielle fxf_x pour désigner la valeur de ff pour l’élément xx. Lorsque l’ensemble des indices est le produit de deux ensembles, on dit souvent qu’il s’agit d’une famille double.

De même, une fonction dont l’ensemble d’arrivée est E s’appelle parfois une famille d’éléments de E. Lorsque tout élément de E est une partie d’un ensemble F, on dit aussi qu’on a une famille de parties de F.

Nous emploierons souvent, dans la suite de ce Traité, le mot « fonction » à la place de « graphe fonctionnel ».

Exemples de fonctions. — 1) L’ensemble vide est un graphe fonctionnel; toute fonction dont le graphe est vide a pour ensemble de définition et pour ensemble des valeurs l’ensemble vide; celle de ces fonctions dont l’ensemble d’arrivée est vide (autrement dit la fonction (∅,∅,∅)(\varnothing,\varnothing,\varnothing)) est appelée la fonction vide.

2) Soit A un ensemble; la correspondance identique de A (II, p. 13) est une fonction qu’on appelle l’application identique de A.

A tout ensemble A est ainsi associée une famille, constituée par l’application identique de A, dont A est l’ensemble des indices et l’ensemble des éléments. Par abus de langage, on désigne parfois un ensemble sous le nom de « famille »; c’est alors de la famille ainsi associée à l’ensemble considéré qu’il est question.

On dit qu'une fonction ff est constante si, quels que soient xx et x′x' dans l'ensemble de définition de ff, on a f(x)=f(x′)f(x) = f(x').

Soit ff une application de l'ensemble EE dans l'ensemble EE. On dit qu'un élément xx de EE est invariant par ff si f(x)=xf(x) = x.

5. Restrictions et prolongements de fonctions

On dit que deux fonctions ff et gg coïncident dans un ensemble EE si EE est contenu dans les ensembles de définition de ff et de gg, et si f(x)=g(x)f(x) = g(x) pour tout x∈Ex \in E. Deux fonctions ayant même graphe coïncident dans leur ensemble de définition. Dire que f=gf = g revient à dire que ff et gg ont même ensemble de définition AA, même ensemble d'arrivée BB, et coïncident dans AA.

Soient f=(F,A,B)f = (F, A, B) et g=(G,C,D)g = (G, C, D) deux fonctions. Dire que F⊂GF \subset G revient à dire que l'ensemble de définition AA de ff est contenu dans l'ensemble de définition CC de gg, et que gg coïncide avec ff dans AA. Si en outre B⊂DB \subset D, on dit que gg est un prolongement de ff (ou, de façon plus précise, un prolongement de ff à CC), ou que gg prolonge ff (à CC). Lorsque gg est appelée une famille d'éléments de DD, on dit aussi que ff est une sous-famille de gg.

Soient ff une fonction, XX une partie de l'ensemble de définition AA de ff. Il est immédiat que la relation « x∈Xx \in X et y=f(x)y = f(x) » admet un graphe GG par rapport à xx et yy, que ce graphe est fonctionnel et que XX est son ensemble de définition ; on dit que la fonction de graphe GG, qui a le même ensemble d'arrivée que ff, est la restriction de ff à XX, et on la note parfois f∣Xf|_X. Une fonction est un prolongement d'une quelconque de ses restrictions. Si deux fonctions f,gf, g ont même ensemble d'arrivée et coïncident dans un ensemble EE, leurs restrictions à EE sont égales.

*Avec les notations précédentes, si f=(F,A,B)f = (F, A, B), f∣Xf|_X est égal à (F∩(X×B),X,B)(F \cap (X \times B), X, B), (II, p. 26); on dit encore que f∣Xf|_X est déduite de ff par passage au sous-ensemble XX de AA. Soit YY une partie de BB contenant f(X)f(X); on dit que la fonction

(F∩(X×B),X,Y)(F \cap (X \times B), X, Y)

est déduite de ff par passage aux sous-ensembles XX de AA et YY de BB.*

6. Définition d'une fonction par un terme

C54. Soient TT et AA deux termes, xx et yy des lettres distinctes. On suppose que xx ne figure pas dans AA, et que yy ne figure ni dans TT ni dans AA. Soit RR la relation « x∈Ax \in A et y=Ty = T ». La relation RR admet un graphe FF par rapport aux lettres xx et yy. Ce graphe est fonctionnel ; sa première projection est AA, sa deuxième projection est l'ensemble des objets de la forme TT pour x∈Ax \in A (II, p. 6). Pour tout x∈Ax \in A, on a F(x)=TF(x) = T.

En effet, soit BB l'ensemble des objets de la forme TT pour x∈Ax \in A. On a R⇒((x,y)∈A×B)R \Rightarrow ((x, y) \in A \times B); comme l'assemblage désigné par A×BA \times B ne contient ni xx,

Nº 7 CORRESPONDANCES E II.16

ni y, R admet un graphe F par rapport aux lettres x et y (II, p. 9). Il est clair que la relation « (x,y)∈F(x, y) \in F et (x,y′)∈F(x, y') \in F » entraîne y=y′y = y', donc F est un graphe fonctionnel. Le reste du critère est évident.

Si C est un ensemble contenant l'ensemble B des objets de la forme T pour x∈Ax \in A (y ne figurant pas dans C), la fonction (F,A,C)(F, A, C) se désigne aussi par la notation x↦Tx \mapsto T (x∈Ax \in A, T∈CT \in C); l'assemblage correspondant de la mathématique formelle ne contient ni x ni y et ne dépend pas du choix de la lettre y vérifiant les conditions précédentes. Quand le contexte est suffisamment explicite, on se contente des notations x↦Tx \mapsto T (x∈Ax \in A), (T)x∈A(T)_{x \in A}, ou x↦Tx \mapsto T, et parfois simplement TT ou (T)(T). \* Ainsi, on peut parler de « la fonction x3x^3 », si le contexte indique clairement qu'il s'agit de l'application x↦x3x \mapsto x^3 de l'ensemble des nombres complexes dans lui-même.\*

Exemples

1) Si f est une application de A dans B, la fonction f est égale à la fonction x↦f(x)x \mapsto f(x) (x∈Ax \in A, f(x)∈Bf(x) \in B), qu'on écrit simplement x↦f(x)x \mapsto f(x), ou aussi (fx)x∈A(f_x)_{x \in A} (c'est surtout quand on utilise la dernière notation qu'on parle de « famille d'éléments » au lieu de « fonction »).

2) Soit G un ensemble de couples. Les fonctions

z↦pr⁡1z(z∈G,pr⁡1z∈pr⁡1G) z \mapsto \operatorname{pr}_1 z \quad (z \in G, \operatorname{pr}_1 z \in \operatorname{pr}_1 G)

et

z↦pr⁡2z(z∈G,pr⁡2z∈pr⁡2G) z \mapsto \operatorname{pr}_2 z \quad (z \in G, \operatorname{pr}_2 z \in \operatorname{pr}_2 G)

s'appellent respectivement la première et la seconde fonction coordonnée sur G; on les désigne par pr⁡1\operatorname{pr}_1 et pr⁡2\operatorname{pr}_2 quand il n'en résulte pas de confusion.

7. Composée de deux fonctions. Fonction réciproque

Proposition 6 03HP

Si f est une application de A dans B, et g une application de B dans C, g∘fg \circ f est une application de A dans C.

Soient F et G les graphes de f et g; montrons que G∘FG \circ F est un graphe fonctionnel. Soient x, z, z' des objets tels que (x,z)∈G∘F(x, z) \in G \circ F, (x,z′)∈G∘F(x, z') \in G \circ F. Il existe des objets y, y' tels que (x,y)∈F(x, y) \in F, (x,y′)∈F(x, y') \in F, (y,z)∈G(y, z) \in G, (y′,z′)∈G(y', z') \in G. Puisque F est un graphe fonctionnel, on a y=y′y = y', donc (y,z′)∈G(y, z') \in G. Puisque G est un graphe fonctionnel, on en déduit que z=z′z = z', ce qui prouve notre assertion. D'autre part, l'ensemble de définition de g∘fg \circ f est évidemment A, ce qui achève la démonstration.

La fonction g∘fg \circ f s'écrit aussi x↦g(f(x))x \mapsto g(f(x)) (II, p. 16), et parfois gfgf lorsqu'il ne peut en résulter de confusion.

Définition 10 03HQ

Soit f une application de A dans B. On dit que f est une injection, ou que f est une application injective, si deux éléments distincts de A ont des images distinctes par f. On dit que f est une surjection, ou que f est une application surjective, si f(A)=Bf(A)=B.

On dit que ff est une bijection, ou que ff est une application bijective, si ff est à la fois injective et surjective.

Au lieu de dire que ff est injective, on dit aussi que ff est biunivoque. Au lieu de dire que ff est surjective, on dit aussi que ff est une application de AA sur BB, ou une représentation paramétrique de BB au moyen de AA (dans ce dernier cas, AA s'appelle l'ensemble des paramètres de cette représentation, et ses éléments prennent le nom de paramètres). Si ff est bijective, on dit aussi que ff met AA et BB en correspondance biunivoque. Une bijection de AA sur AA s'appelle aussi une permutation de AA.

Exemples

1) Si A⊂BA \subset B, l'application de AA dans BB dont le graphe est la diagonale de AA est injective et s'appelle l'application canonique ou l'injection canonique (ou simplement l'injection) de AA dans BB.

2) Soit AA un ensemble. L'application x↦(x,x)x \mapsto (x, x) de AA dans A×AA \times A est une application injective appelée application diagonale de AA.

3) Soit GG un ensemble de couples. L'application pr1\mathrm{pr}_1 (resp. pr2\mathrm{pr}_2) de GG dans pr1G\mathrm{pr}_1 G (resp. pr2G\mathrm{pr}_2 G) est surjective; pour que pr1\mathrm{pr}_1 soit injective, il faut et il suffit que GG soit un graphe fonctionnel.

4) Soit GG un ensemble de couples. L'application z↦(pr2z,pr1z)z \mapsto (\mathrm{pr}_2 z, \mathrm{pr}_1 z) de GG dans G‾−1\overline{G}^{-1} est une bijection (dite canonique).

5) Soient AA un ensemble, bb un objet. L'application x↦(x,b)x \mapsto (x, b) de AA dans A×{b}A \times \{b\} est une bijection.

6) Si ff est une application de AA dans BB, l'application déduite de ff par passage aux sous-ensembles AA et f(A)f(A) est surjective.

Proposition 7 03PQ

Soit ff une application de AA dans BB. Pour que f‾−1\overline{f}^{-1} soit une fonction, il faut et il suffit que ff soit bijective.

En effet, si f‾−1\overline{f}^{-1} est une fonction, son ensemble de départ BB est égal à son ensemble de définition, c'est-à-dire à f(A)f(A). D'autre part, soient xx et yy deux éléments de AA tels que f(x)=f(y)f(x) = f(y). Si FF désigne le graphe de ff, on a (f(x),x)∈F‾−1(f(x), x) \in \overline{F}^{-1} et (f(y),y)∈F‾−1(f(y), y) \in \overline{F}^{-1}, donc (f(x),y)∈F‾−1(f(x), y) \in \overline{F}^{-1}, donc x=yx = y, de sorte que ff est injective, et par suite bijective. Réciproquement, si ff est bijective, il est immédiat que F‾−1\overline{F}^{-1} est fonctionnel, et que l'ensemble de définition de f‾−1\overline{f}^{-1} est égal à BB.

Lorsque ff est bijective, f‾−1\overline{f}^{-1} est appelée l'application réciproque de ff; f‾−1\overline{f}^{-1} est bijective, f∘f‾−1f \circ \overline{f}^{-1} est l'application identique de AA et f‾−1∘f\overline{f}^{-1} \circ f est l'application identique de BB.

Si une permutation est identique à la permutation réciproque, elle est dite involutive.

Remarque 03HR

Soit ff une application de AA dans BB; pour toute partie XX de AA, on a vu (II, p. 12) que l’on a X⊂f−1⟨f(X)⟩X\subset f^{-1}\langle f(X)\rangle. En outre, pour toute partie YY de BB, on a f⟨f−1(Y)⟩⊂Yf\langle f^{-1}(Y)\rangle\subset Y: en effet, la relation y∈f⟨f−1(Y)⟩y\in f\langle f^{-1}(Y)\rangle équivaut à

(∃x)((∃z)(z∈Y et z=f(x)) et y=f(x)) (\exists x)((\exists z)(z\in Y\ \mathrm{et}\ z=f(x))\ \mathrm{et}\ y=f(x))

et elle entraîne donc la relation (∃z)(z∈Y et y=z)(\exists z)(z\in Y\ \mathrm{et}\ y=z), et par suite aussi la relation y∈Yy\in Y.

Si ff est une surjection, on a f⟨f−1(Y)⟩=Yf\langle f^{-1}(Y)\rangle=Y pour toute partie YY de BB, car la relation y∈Y⊂By\in Y\subset B entraîne par hypothèse la relation (∃x)(y=f(x))(\exists x)(y=f(x)), donc aussi (∃x)(y∈Y et y=f(x))(\exists x)(y\in Y\ \mathrm{et}\ y=f(x)); mais «y∈Yy\in Y et y=f(x)y=f(x)» entraîne (∃z)(z∈Y et z=f(x))(\exists z)(z\in Y\ \mathrm{et}\ z=f(x)), d’où notre assertion.

Si ff est une injection, pour toute partie XX de AA, on a f−1⟨f(X)⟩=Xf^{-1}\langle f(X)\rangle=X. En effet, la relation x∈f−1⟨f(X)⟩x\in f^{-1}\langle f(X)\rangle équivaut à f(x)∈f(X)f(x)\in f(X), donc à (∃z)(z∈X et f(z)=f(x))(\exists z)(z\in X\ \mathrm{et}\ f(z)=f(x)); mais l’hypothèse signifie que f(z)=f(x)f(z)=f(x) entraîne z=xz=x, donc x∈f−1⟨f(X)⟩x\in f^{-1}\langle f(X)\rangle entraîne x∈Xx\in X.

8. Rétractions et sections

Proposition 8 03HS

Soit ff une application de AA dans BB. S’il existe une application rr (resp. ss) de BB dans AA telle que r∘fr\circ f (resp. f∘sf\circ s) soit l’application identique de AA (resp. BB), ff est injective (resp. surjective). Réciproquement, si ff est surjective, il existe une application ss de BB dans AA telle que f∘sf\circ s soit l’application identique de BB. Si ff est injective et si A≠∅A\ne\varnothing, il existe une application rr de BB dans AA telle que r∘fr\circ f soit l’application identique de AA.

En effet, s’il existe une application rr de BB dans AA telle que r∘fr\circ f soit l’application identique de AA, l’égalité f(x)=f(y)f(x)=f(y), où x∈Ax\in A et y∈Ay\in A, entraîne x=r(f(x))=r(f(y))=yx=r(f(x))=r(f(y))=y, donc ff est injective. S’il existe une application ss de BB dans AA telle que f∘sf\circ s soit l’application identique de BB, on a B=f(s(B))⊂f(A)⊂BB=f(s(B))\subset f(A)\subset B, donc ff est surjective. Si ff est surjective, désignons par TT le terme Ty(y∈A et f(y)=x)T_y(y\in A\ \mathrm{et}\ f(y)=x); on a f(T)=xf(T)=x pour x∈Bx\in B; si on désigne par ss l’application x↦Tx\mapsto T (x∈B,T∈Ax\in B,T\in A), f∘sf\circ s est l’application identique de BB. Enfin, supposons ff injective et A≠∅A\ne\varnothing; soit aa un élément de AA; la relation

⟨(y∈A et x=f(y)) ou (y=a et x∈B−f(A))⟩ \langle(y\in A\ \mathrm{et}\ x=f(y))\ \mathrm{ou}\ (y=a\ \mathrm{et}\ x\in B-f(A))\rangle

entraîne (x,y)∈B×A(x,y)\in B\times A, donc admet un graphe RR par rapport aux lettres xx et yy. Ce graphe est fonctionnel en raison de l’hypothèse faite sur ff, et a pour ensemble de définition BB; enfin on a R(x)=aR(x)=a si x∈B−f(A)x\in B-f(A) et f(R(x))=xf(R(x))=x si x∈f(A)x\in f(A). Donc la fonction r=(R,B,A)r=(R,B,A) est telle que r∘fr\circ f soit l’application identique de AA.

Corollaire 03HT

Soient AA et BB des ensembles, ff une application de AA dans BB, gg une application de BB dans AA. Si g∘fg\circ f est l’application identique de AA et f∘gf\circ g l’application identique de BB, ff et gg sont bijectives et on a g=f−1g=f^{-1}.

Définition 11 03HU

Soit ff une application injective (resp. surjective) de AA dans BB. Toute application rr (resp. ss) de BB dans AA telle que r∘fr\circ f (resp. f∘sf\circ s) soit l’application identique de AA (resp. BB) est appelée une rétraction (resp. section) associée à ff.

Au lieu de rétraction (resp. section), on dit parfois inverse à gauche (resp. à droite).

Si ff est injective (resp. surjective), et si rr (resp. ss) est une rétraction (resp. section) associée à ff, ff est une section (resp. rétraction) associée à rr (resp. ss). Donc une rétraction est surjective, une section est injective.

Si ff est surjective, et si s,s′s, s' sont deux sections associées à ff, telles que s(B)=s′(B)s(B) = s'(B), on a s=s′s = s'; en effet, si x∈Bx \in B, il existe un y∈By \in B que s(x)=s′(y)s(x) = s'(y), et on a x=f(s(x))=f(s′(y))=yx = f(s(x)) = f(s'(y)) = y, donc s(x)=s′(x)s(x) = s'(x), de sorte que s=s′s = s'. Ainsi une section ss est déterminée de manière unique par l’ensemble s(B)s(B), de sorte que, par abus de langage, l’ensemble s(B)s(B) lui-même s’appelle parfois une section associée à ff.

Théorème 1 03PR

Soient ff une application de AA dans BB, f′f' une application de BB dans CC, et f′′=f′∘ff'' = f' \circ f. Alors:

a) Si ff et f′f' sont des injections, f′′f'' est une injection ; si r,r′r, r' sont des rétractions associées à ff et f′f', r∘r′r \circ r' est une rétraction associée à f′′f''.

b) Si ff et f′f' sont des surjections, f′′f'' est une surjection ; si s,s′s, s' sont des sections associées à ff et f′f', s∘s′s \circ s' est une section associée à f′′f''.

c) Si f′′f'' est une injection, ff est une injection ; si r′′r'' est une rétraction associée à f′′f'', r′′∘f′r'' \circ f' est une rétraction associée à ff.

d) Si f′′f'' est une surjection, f′f' est une surjection ; si s′′s'' est une section associée à f′′f'', f∘s′′f \circ s'' est une section associée à f′f'.

e) Si f′′f'' est une surjection et f′f' une injection, ff est une surjection ; si s′′s'' est une section associée à f′′f'', s′′∘f′s'' \circ f' est une section associée à ff.

f) Si f′′f'' est une injection et ff une surjection, f′f' est une injection ; si r′′r'' est une rétraction associée à f′′f'', f∘r′′f \circ r'' est une rétraction associée à f′f'.

Pour tout ensemble EE, désignons par IdE\mathrm{Id}_E l’application identique de EE.

a) On a r∘f=IdAr \circ f = \mathrm{Id}_A et r′∘f′=IdBr' \circ f' = \mathrm{Id}_B, donc

(r∘r′)∘(f′∘f)=r∘IdB∘f=r∘f=IdA. (r \circ r') \circ (f' \circ f) = r \circ \mathrm{Id}_B \circ f = r \circ f = \mathrm{Id}_A.

Si ff et f′f' sont des injections, f′′f'' est donc une injection, d’après la prop. 8 si A≠∅A \neq \varnothing, et de façon évidente si A=∅A = \varnothing.

b) On a f∘s=IdBf \circ s = \mathrm{Id}_B et f′∘s′=IdCf' \circ s' = \mathrm{Id}_C, donc

(f′∘f)∘(s∘s′)=f′∘IdB∘s′=f′∘s′=IdC. (f' \circ f) \circ (s \circ s') = f' \circ \mathrm{Id}_B \circ s' = f' \circ s' = \mathrm{Id}_C.

Si ff et f′f' sont des surjections, f′′f'' est donc une surjection d’après la prop. 8.

c) On a r′′∘f′′=IdAr'' \circ f'' = \mathrm{Id}_A, donc (r′′∘f′)∘f=r′′∘f′′=IdA(r'' \circ f') \circ f = r'' \circ f'' = \mathrm{Id}_A. Si f′′f'' est une injection, ff est donc une injection, d’après la prop. 8 si A≠∅A \neq \varnothing, et de façon évidente si A=∅A = \varnothing.

d) On a f′′∘s′′=IdCf'' \circ s'' = \mathrm{Id}_C, donc f′∘(f∘s′′)=f′′∘s′′=IdCf' \circ (f \circ s'') = f'' \circ s'' = \mathrm{Id}_C. Si f′′f'' est une surjection, f′f' est donc une surjection d’après la prop. 8.

N° 8 CORRESPONDANCES E II.20

e) On a f′′∘s′′=IdCf''\circ s''=\mathrm{Id}_C, et f′f' est une bijection d’après d). Donc

f∘(s′′∘f′)=(f′‾−1∘f′)∘f∘(s′′∘f′)=f′‾−1∘(f′′∘s′′)∘f′ f\circ(s''\circ f')=(\overline{f'}^{-1}\circ f')\circ f\circ(s''\circ f')=\overline{f'}^{-1}\circ(f''\circ s'')\circ f'
=f′‾−1∘IdC∘f′=f′‾−1∘f′=IdB. =\overline{f'}^{-1}\circ\mathrm{Id}_C\circ f'=\overline{f'}^{-1}\circ f'=\mathrm{Id}_B.

Si f′′f'' est une surjection et f′f' une injection, ff est donc une surjection d’après la prop. 8.

f) On a r′′∘f′′=IdAr''\circ f''=\mathrm{Id}_A, et ff est une bijection d’après c). Donc

(f∘r′′)∘f′=(f∘r′′)∘f′∘(f∘f′−1)=f∘(r′′∘f′′)∘f′−1=f∘IdA∘f′−1=f∘f′−1=IdB. (f\circ r'')\circ f'=(f\circ r'')\circ f'\circ(f\circ f'^{-1})=f\circ(r''\circ f'')\circ f'^{-1}=f\circ\mathrm{Id}_A\circ f'^{-1}=f\circ f'^{-1}=\mathrm{Id}_B.

Si f′′f'' est une injection et ff une surjection, f′f' est donc une injection, d’après la prop. 8 si A≠∅A\ne\varnothing, et de façon évidente si A=∅A=\varnothing (car on a alors B=f⟨A⟩=∅B=f\langle A\rangle=\varnothing).

Proposition 9 03PS

a) Soient E,F,GE,F,G des ensembles, gg une application de EE sur FF, ff une application de EE dans GG. Pour qu’il existe une application hh de FF dans GG telle que f=h∘gf=h\circ g (fig. 1), il faut et il suffit que la relation g(x)=g(y)g(x)=g(y) (où x∈Ex\in E, y∈Ey\in E) entraîne la relation f(x)=f(y)f(x)=f(y). L’application hh est uniquement déterminée; si ss est une section associée à gg, on a h=f∘sh=f\circ s.

Eg↙↘fF→ h G \begin{array}{ccc} & E & \\ {}^{g}\swarrow & & \searrow^{f}\\ F & \xrightarrow{\ h\ } & G \end{array}

Fig. 1

Ef↗↑gG→ h F \begin{array}{ccc} & E & \\ {}^{f}\nearrow & \uparrow^{g}\\ G & \xrightarrow{\ h\ } & F \end{array}

Fig. 2

b) Soient E,F,GE,F,G des ensembles, gg une application injective de FF dans EE, ff une application de GG dans EE. Pour qu’il existe une application hh de GG dans FF telle que f=g∘hf=g\circ h (fig. 2), il faut et il suffit que f(G)⊂g(F)f(G)\subset g(F). L’application hh est uniquement déterminée; si rr est une rétraction associée à gg, on a h=r∘fh=r\circ f.

a) Si f=h∘gf=h\circ g, la relation g(x)=g(y)g(x)=g(y) (où x∈Ex\in E, y∈Ey\in E) entraîne évidemment f(x)=f(y)f(x)=f(y). Et l’on a, pour toute section ss associée à gg, h=h∘(g∘s)h=h\circ(g\circ s), ce qui montre que hh est uniquement déterminée par ff. Réciproquement, supposons que la relation g(x)=g(y)g(x)=g(y) entraîne f(x)=f(y);f(x)=f(y); soit ss une section associée à gg, et posons h=f∘sh=f\circ s; pour tout x∈Ex\in E, on a g(s(g(x)))=g(x)g(s(g(x)))=g(x), donc f(s(g(x)))=f(x)f(s(g(x)))=f(x), c’est-à-dire h(g(x))=f(x)h(g(x))=f(x); on a donc bien f=h∘gf=h\circ g.

b) Si f=g∘hf=g\circ h, on a évidemment f(G)⊂g(F)f(G)\subset g(F), et pour toute rétraction rr associée à gg, h=(r∘g)∘h=r∘fh=(r\circ g)\circ h=r\circ f, ce qui montre que hh est uniquement déterminée par ff. Réciproquement, supposons que f(G)⊂g(F)f(G)\subset g(F); soit rr une rétraction associée à gg, et posons h=r∘fh=r\circ f; pour tout x∈Gx\in G, il existe un y∈Fy\in F tel que f(x)=f(x)= g(y), donc on a g(h(x))=g(r(f(x)))=g(r(g(y)))=g(y)=f(x)g(h(x)) = g(r(f(x))) = g(r(g(y))) = g(y) = f(x); on a donc bien f=g∘hf = g \circ h.

9. Fonctions de deux arguments

On appelle fonction de deux arguments une fonction dont l’ensemble de définition est un ensemble de couples (ou, ce qui revient au même, une partie d’un produit). Soit ff une telle fonction; si (x,y)(x, y) est un élément de l’ensemble de définition de ff, la valeur f((x,y))f((x, y)) de ff au point (x,y)(x, y) se désigne en général par f(x,y)f(x, y).

Soient ff une fonction de deux arguments, DD son ensemble de définition, CC son ensemble d’arrivée. Pour tout yy, soit AyA_y l’ensemble des xx tels que (x,y)∈D(x, y) \in D (c’est-à-dire la coupe de D‾1\overline{D}^1 suivant yy (n° 1)). L’application x↦f(x,y)x \mapsto f(x, y) (x∈Ay,f(x,y)∈Cx \in A_y, f(x, y) \in C) s’appelle l’application partielle déterminée par ff, relative à la valeur yy du second argument, et on la désigne par f(.,y)f(., y) ou f(,y)f( , y) (ou parfois fyf_y); on a f(.,y)(x)=f(x,y)f(., y)(x) = f(x, y) pour (x,y)∈D(x, y) \in D. De même, pour tout xx, soit BxB_x l’ensemble des yy tels que (x,y)∈D(x, y) \in D. L’application y↦f(x,y)y \mapsto f(x, y) (y∈Bx,f(x,y)∈Cy \in B_x, f(x, y) \in C) s’appelle l’application partielle déterminée par ff, relative à la valeur xx du premier argument, et on la désigne par f(x,.)f(x, .) ou f(x,)f(x, ) (ou parfois fxf_x); on a f(x,.)(y)=f(x,y)f(x, .)(y) = f(x, y) pour (x,y)∈D(x, y) \in D.

Si, pour tout yy (resp. xx), l’application partielle f(.,y)f(., y) (resp. f(x,.)f(x, .)) est une application constante, on dit que ff ne dépend pas de son premier (resp. second) argument; cela signifie donc que f(x,y)=f(x′,y)f(x, y) = f(x', y) si (x,y)(x, y) et (x′,y)(x', y) sont dans DD (resp. f(x,y)=f(x,y′)f(x, y) = f(x, y') si (x,y)(x, y) et (x,y′)(x, y') sont dans DD). Pour tout yy appartenant à la seconde projection de DD, désignons par g(y)g(y) la valeur commune des f(x,y)f(x, y) pour x∈Ayx \in A_y; l’application y↦g(y)y \mapsto g(y) est une application de pr2D\mathrm{pr}_2 D dans CC, telle que g(y)=f(x,y)g(y) = f(x, y) pour (x,y)∈D(x, y) \in D.

Réciproquement, soit gg une application d’un ensemble BB dans un ensemble CC, et soit AA un ensemble quelconque. L’application (x,y)↦g(y)(x, y) \mapsto g(y) de A×BA \times B dans CC ne dépend pas de son premier argument.

Soient uu une application de AA dans CC, vv une application de BB dans DD. L’application z↦(u(pr1z),v(pr2z))z \mapsto (u(\mathrm{pr}_1 z), v(\mathrm{pr}_2 z)) de A×BA \times B dans C×DC \times D s’appelle l’extension canonique (ou simplement extension) de uu et vv aux ensembles produits, ou encore produit de uu et vv (si aucune confusion n’est à craindre) et se désigne parfois par la notation u×vu \times v ou (u,v)(u, v); l’ensemble de ses valeurs est u⟨A⟩×v⟨B⟩u\langle A \rangle \times v\langle B \rangle. Si uu et vv sont des applications injectives (resp. surjectives), u×vu \times v est une application injective (resp. surjective). Si uu et vv sont bijectives, u×vu \times v est bijective et l’application réciproque de u×vu \times v est −u−1×−v−1-u^{-1} \times -v^{-1}. Si u′u' est une application de CC dans EE, v′v' une application de DD dans FF, on a

(u′×v′)∘(u×v)=(u′∘u)×(v′∘v). (u' \times v') \circ (u \times v) = (u' \circ u) \times (v' \circ v).

Si UU et VV sont les graphes respectifs de uu et vv, le graphe WW de u×vu \times v est l’ensemble des couples ((x,y),(z,t))((x, y), (z, t)) de (A×B)×(C×D)(A \times B) \times (C \times D) tels que (x,z)∈U(x, z) \in U et (y,t)∈V(y, t) \in V; on le met en correspondance biunivoque avec le produit U×VU \times V (partie de (A×C)×(B×D)(A \times C) \times (B \times D)) par l’application ((x,y),(z,t))↦((x,z),(y,t))((x, y), (z, t)) \mapsto ((x, z), (y, t)) (cf. II, p. 35).

N° 1 RÉUNION ET INTERSECTION D’UNE FAMILLE D’ENSEMBLES E II.22

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed edition, 2006, Springer. Not translated.