Bourbaki

§ 2. Couples

1. Définition des couples

Proposition 1 03PE

La relation {{x},{x,y}}={{x′},{x′,y′}}\{\{x\},\{x,y\}\}=\{\{x'\},\{x',y'\}\} est équivalente à « x=x′x=x' et y=y′y=y' ».

Il suffit de prouver que la première de ces relations entraîne la seconde. Or, si l’on avait x≠x′x\ne x', on en déduirait que {x}≠{x′}\{x\}\ne\{x'\} (II, p. 4), donc (loc. cit.) {x}={x′,y′}\{x\}=\{x',y'\}, donc x′=xx'=x, contrairement à l’hypothèse. On a donc nécessairement x=x′x=x' et {x,y}={x′,y′}\{x,y\}=\{x',y'\}; mais cela entraîne y=xy=x ou y=y′y=y'; dans le premier cas, on a {x,y}={x}\{x,y\}=\{x\}, donc y′=xy'=x; comme x=yx=y, on a y′=yy'=y dans tous les cas. CQFD.

On dit que le terme {{x},{x,y}}\{\{x\},\{x,y\}\} est le couple formé de xx et de yy, et on le note de façon abrégée (x,y)(x,y), de sorte que la relation (x,y)=(x′,y′)(x,y)=(x',y') est équivalente à « x=x′x=x' et y=y′y=y' ».

La relation (∃x)(∃y)(z=(x,y))(\exists x)(\exists y)(z=(x,y)) se désigne par « zz est un couple ». Si zz est un couple, les relations (∃y)(z=(x,y))(\exists y)(z=(x,y)) et (∃x)(z=(x,y))(\exists x)(z=(x,y)) sont fonctionnelles par rapport à xx et yy respectivement, comme il résulte aussitôt de la prop. 1.

On désigne les termes τx((∃y)(z=(x,y)))\tau_x((\exists y)(z=(x,y))) et τy((∃x)(z=(x,y)))\tau_y((\exists x)(z=(x,y))) par pr1z\mathrm{pr}_1z et pr2z\mathrm{pr}_2z respectivement; on les appelle respectivement première coordonnée (ou première projection) et seconde coordonnée (ou seconde projection) de zz. Si zz est un couple, la relation (∃y)(z=(x,y))(\exists y)(z=(x,y)) est donc équivalente à x=pr1zx=\mathrm{pr}_1z et la relation (∃x)(z=(x,y))(\exists x)(z=(x,y)) à y=pr2zy=\mathrm{pr}_2z (I, p. 41).

La relation z=(x,y)z=(x,y) est équivalente à « zz est un couple et x=pr1zx=\mathrm{pr}_1z et y=pr2zy=\mathrm{pr}_2z »; en effet, cette dernière relation est équivalente à

(∃x′)(∃y′)(∃x′′)(∃y′′)(z=(x′,y′) et z=(x,y′′) et z=(x′′,y));(\exists x')(\exists y')(\exists x'')(\exists y'')(z=(x',y')\text{ et }z=(x,y'')\text{ et }z=(x'',y));
d’après prop. 1, « z=(x′,y′)z=(x',y') et z=(x,y′′)z=(x,y'') et z=(x′′,y)z=(x'',y) » est équivalente à « z=(x,y)z=(x,y) et x=x′x=x' et x=x′′x=x'' et y=y′y=y' et y=y′′y=y'' »; « zz est un couple et x=pr1zx=\mathrm{pr}_1z et y=pr2zy=\mathrm{pr}_2z » est équivalente, d’après C33 (I, p. 35), à
z=(x,y) et (∃x′)(∃y′)(∃x′′)(∃y′′)(x=x′ et x=x′′ et y=y′ et y=y′′)z=(x,y)\text{ et }(\exists x')(\exists y')(\exists x'')(\exists y'')(x=x'\text{ et }x=x''\text{ et }y=y'\text{ et }y=y'')
ce qui établit notre assertion. On a évidemment pr1(x,y)=x\mathrm{pr}_1(x,y)=x, pr2(x,y)=y\mathrm{pr}_2(x,y)=y, et la relation z=(pr1z,pr2z)z=(\mathrm{pr}_1z,\mathrm{pr}_2z) est équivalente à « zz est un couple ».

Soient R{x,y}R\{x,y\} une relation, les lettres xx et yy étant distinctes et figurant dans RR. Soit zz une lettre distincte de xx et de yy et ne figurant pas dans RR. Désignons par S{z}S\{z\} la relation (∃x)(∃y)(z=(x,y))(\exists x)(\exists y)(z=(x,y)) et R{x,y}R\{x,y\}; c’est une relation qui contient une lettre de moins que RR, et qui est équivalente à « zz est un couple et R{pr1z,pr2z}R\{\mathrm{pr}_1z,\mathrm{pr}_2z\} »: cela résulte de ce que z=(x,y)z=(x,y) est équivalent à « zz est un couple et x=pr1zx=\mathrm{pr}_1z et y=pr2zy=\mathrm{pr}_2z », et des critères C33 (I, p. 35) et C47 (I,

N° 2 COUPLES E II.8

p. 42). On en déduit aussitôt que R{x,y}R\{x,y\} est équivalente à S{(x,y)}S\{(x,y)\}, et aussi à (∃z)(z=(x,y)(\exists z)(z=(x,y) et S{z})S\{z\}) d’après C47.

Cela signifie qu’on peut interpréter une relation entre les objets xx et yy comme une propriété du couple formé par ces objets.

2. Produit de deux ensembles

Théorème 1 03PC

La relation

(∀X)(∀Y)(∃Z)(∀z)((z∈Z)⟺(∃x)(∃y)(z=(x,y) et x∈X et y∈Y)) (\forall X)(\forall Y)(\exists Z)(\forall z)((z\in Z)\Longleftrightarrow(\exists x)(\exists y)(z=(x,y)\ \text{et}\ x\in X\ \text{et}\ y\in Y))

est vraie. Autrement dit, quels que soient XX et YY, la relation « zz est un couple et pr1z∈X\mathrm{pr}_1z\in X et pr2z∈Y\mathrm{pr}_2z\in Y » est collectivisante en zz.

Cite 2

Cite II § 1. Relations collectivisantes, I § 4. Théories quantifiées

En effet, désignons par AyA_y l’ensemble des objets de la forme (x,y)(x,y) pour x∈Xx\in X (II, p. 5, critère C53). Soit RR la relation z∈Ayz\in A_y, qui est équivalente à (∃x)(z=(x,y) et x∈X)(\exists x)(z=(x,y)\ \text{et}\ x\in X). Il est clair que la relation (∀y)(∃A)(∀z)(R⇒(z∈A))(\forall y)(\exists A)(\forall z)(R\Rightarrow(z\in A)) est vraie en vertu de S5 (I, p. 33). Il résulte alors de S8 que la relation (∃y)(y∈Y et R)(\exists y)(y\in Y\ \text{et}\ R) est collectivisante en zz. Or, cette relation est équivalente à (∃x)(∃y)(y∈Y et x∈X et z=(x,y))(\exists x)(\exists y)(y\in Y\ \text{et}\ x\in X\ \text{et}\ z=(x,y)) ; d’où le théorème.

Définition 1 03PD

Etant donnés deux ensembles XX et YY, l’ensemble

{z∣(∃x)(∃y)(z=(x,y) et x∈X et y∈Y)} \{z\mid(\exists x)(\exists y)(z=(x,y)\ \text{et}\ x\in X\ \text{et}\ y\in Y)\}

s’appelle le produit de XX et de YY et se désigne par X×YX\times Y.

La relation z∈X×Yz\in X\times Y est donc équivalente à « zz est un couple et pr1z∈X\mathrm{pr}_1z\in X et pr2z∈Y\mathrm{pr}_2z\in Y ». Les ensembles XX et YY sont appelés le premier et le second ensemble facteur de X×YX\times Y.

Proposition 2 03PF

Si A′A', B′B' sont des ensembles non vides, la relation A′×B′⊂A×BA'\times B'\subset A\times B est équivalente à « A′⊂AA'\subset A et B′⊂BB'\subset B ».

Cité par 1

Cité par Proposition 1, II § 3

En premier lieu, la relation z∈A′×B′z\in A'\times B' est équivalente à « zz est un couple et pr1z∈A′\mathrm{pr}_1z\in A' et pr2z∈B′\mathrm{pr}_2z\in B' » ; donc, sans hypothèse sur A′A' et B′B', la relation « A′⊂AA'\subset A et B′⊂BB'\subset B » entraîne A′×B′⊂A×BA'\times B'\subset A\times B. Réciproquement, montrons d’abord que, si B′≠∅B'\neq\varnothing (sans hypothèse sur A′A'), la relation A′×B′⊂A×BA'\times B'\subset A\times B entraîne A′⊂AA'\subset A. Soit xx un élément de A′A' ; puisque B′≠∅B'\neq\varnothing, il y a un objet yy qui est élément de B′B' ; on a (x,y)∈A′×B′(x,y)\in A'\times B', d’où (x,y)∈A×B(x,y)\in A\times B et par suite x∈Ax\in A ; cela montre que A′⊂AA'\subset A. On voit de même que si A′≠∅A'\neq\varnothing, la relation A′×B′⊂A×BA'\times B'\subset A\times B entraîne B′⊂BB'\subset B, d’où la proposition.

Proposition 3

Soient AA et BB deux ensembles. La relation A×B=∅A\times B=\varnothing est équivalente à « A=∅A=\varnothing ou B=∅B=\varnothing ».

En effet, la relation z∈A×Bz\in A\times B entraîne pr1z∈A\mathrm{pr}_1z\in A et pr2z∈B\mathrm{pr}_2z\in B, donc A≠∅A\neq\varnothing et B≠∅B\neq\varnothing ; inversement, la relation « x∈Ax\in A et y∈By\in B » entraîne (x,y)∈A×B(x,y)\in A\times B,

THÉORIE DES ENSEMBLES

§ 3

donc A×B≠∅A \times B \neq \varnothing. Autrement dit, la relation A×B≠∅A \times B \neq \varnothing est équivalente à «A≠∅A \neq \varnothing et B≠∅B \neq \varnothing»; d'où la proposition.

Si AA, BB, CC sont des ensembles, on pose

(A×B)×C=A×B×C;(A \times B) \times C = A \times B \times C;

un élément ((x,y),z)((x,y),z) de A×B×CA \times B \times C s’écrit aussi (x,y,z)(x,y,z) et s’appelle un triplet. De même, si AA, BB, CC, DD sont des ensembles, on pose (A×B×C)×D=(A \times B \times C) \times D = A×B×C×DA \times B \times C \times D. Etc.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcrit de l’édition imprimée, 2006, Springer. Non traduit.