Bourbaki

§ 1. Relations collectivisantes

1. La théorie des ensembles

La théorie des ensembles est une théorie dans laquelle figurent les signes spécifiques ==, ∈\in, de poids 2; elle comporte, outre les schémas S1 à S7, donnés au chap. I, le schéma S8 qui sera introduit au no 6 (II, p. 4), et les axiomes explicites A1 (II, p. 2), A2 (II, p. 4), A3 (II, p. 30), et A4 (III, p. 45). Ces axiomes explicites ne contiennent pas de lettres; autrement dit, la théorie des ensembles est une théorie sans constantes.

Puisque la théorie des ensembles est un théorie égalitaire, les résultats du chap. I lui sont applicables.

Désormais, et sauf mention expresse du contraire, nous raisonnerons toujours dans une théorie plus forte (I, p. 24) que la théorie des ensembles; quand la théorie n’est pas mentionnée explicitement, c’est de la théorie des ensembles qu’il s’agit. Il sera évident dans bien des cas qu’une telle hypothèse n’est pas nécessaire, et le lecteur déterminera sans peine dans quelle théorie moins forte que la théorie des ensembles les résultats énoncés sont valables.

Si TT et UU sont des termes, l’assemblage ∈TU\in TU est une relation (dite relation d’appartenance) que nous noterons pratiquement de l’une quelconque des manières suivantes: T∈UT\in U, (T)∈(U)(T)\in(U), « TT appartient à UU », « TT est élément de UU ». La relation « non (T∈U)(T\in U) » se note T∉UT\notin U.

Du point de vue « naïf », beaucoup d’êtres mathématiques peuvent être considérés comme des collections ou « ensembles » d’objets. Nous ne chercherons pas à formaliser cette notion, et dans l’interprétation formaliste de ce qui suit, le mot « ensemble » doit être considéré comme strictement synonyme de « terme »; en particulier, des phrases telles que « soit XX un ensemble » sont, en principe, totalement superflues, puisque toute lettre est un terme; de telles phrases ne sont introduites que pour faciliter l’interprétation intuitive du texte.

N° 2 RELATIONS COLLECTIVISANTES E II.2

2. L’inclusion

Définition 1 03H5

La relation désignée par (∀z)((z∈x)⇒(z∈y))(\forall z)((z\in x)\Rightarrow(z\in y)) dans laquelle ne figurent que les lettres xx et yy, se note de l’une quelconque des manières suivantes : x⊂yx\subset y, y⊃xy\supset x, « xx est contenu dans yy », « yy contient xx », « xx est une partie de yy », « xx est un sous-ensemble de yy ». La relation non(x⊂y)(x\subset y) se note x⊄yx\not\subset y ou y⊅xy\not\supset x.

Conformément aux usages signalés dans I, p. 16, cette définition entraîne la convention métamathématique suivante : soient TT et UU des assemblages ; si, dans l’assemblage x⊂yx\subset y, on substitue simultanément TT à xx et UU à yy, on obtient un assemblage qui sera désigné par T⊂UT\subset U ; si on désigne par xx, yy des lettres quelconques distinctes de xx et de yy, distinctes entre elles, et ne figurant ni dans TT, ni dans UU, l’assemblage T⊂UT\subset U est donc identique à (T∣x)(U∣y)(x∣x)(y∣y)(x⊂y)(T\mid x)(U\mid y)(x\mid x)(y\mid y)(x\subset y), donc, d’après CS8, CS9 (I, p. 32) et CS5 (I, p. 17), à (∀z)((z∈T)⇒(z∈U))(\forall z)((z\in T)\Rightarrow(z\in U)), à condition que zz soit une lettre ne figurant ni dans TT, ni dans UU.

Désormais, quand on posera une définition mathématique, on ne signalera plus la convention métamathématique qui en résulte.

CS12. Soient TT, UU, VV des assemblages, et xx une lettre. L’assemblage (V∣x)(T⊂U)(V\mid x)(T\subset U) est identique à (V∣x)T⊂(V∣x)U(V\mid x)T\subset(V\mid x)U.

Ceci résulte aussitôt de CS9 (I, p. 32) et CS5 (I, p. 17).

CF13. Si TT et UU sont des termes, T⊂UT\subset U est une relation.

Ceci résulte aussitôt de CF8 (I, p. 20).

Toute relation de la forme T⊂UT\subset U (où TT et UU sont des termes) est dite relation d’inclusion.

Désormais, nous n’expli plus les critères de substitution et les critères formatifs qui devraient suivre les définitions. On notera cependant que ces critères seront souvent utilisés impli dans les démonstrations.

Pour démontrer dans une théorie T\mathscr{T} la relation x⊂yx\subset y, il suffit, d’après C27 (I, p. 32), de démontrer z∈yz\in y dans la théorie obtenue en adjoignant z∈xz\in x aux axiomes de T\mathscr{T}, zz étant une lettre distincte de xx, de yy et des constantes de la théorie. En pratique on dit : « soit zz un élément de xx » ; et on cherche à démontrer z∈yz\in y.

Proposition 1 03P9

x⊂xx\subset x.

Cette proposition est immédiate.

On dit que xx est la partie pleine de xx.

Proposition 2 03PA

(x⊂y et y⊂z)⇒(x⊂z)(x\subset y\ \text{et}\ y\subset z)\Rightarrow(x\subset z).

Adjoignons les hypothèses x⊂yx\subset y, y⊂zy\subset z et u∈xu\in x. Alors les relations

(u∈x)⇒(u∈y),(u∈y)⇒(u∈z)(u\in x)\Rightarrow(u\in y),\qquad (u\in y)\Rightarrow(u\in z)

sont vraies, donc la relation u∈zu\in z est vraie.

E II.3 THÉORIE DES ENSEMBLES § 1

3. L’axiome d’extensionalité

On appelle axiome d’extensionalité l’axiome suivant:

A1.

(∀x)(∀y)((x⊂y et y⊂x)⇒(x=y)). (\forall x)(\forall y)((x \subset y\ \text{et}\ y \subset x)\Rightarrow(x=y)).

Intuitivement, cet axiome exprime que deux ensembles ayant les mêmes éléments sont égaux.

Pour démontrer x=yx=y, il suffit donc de démontrer z∈yz\in y dans la théorie obtenue en adjoignant l’hypothèse z∈xz\in x, et z∈xz\in x dans la théorie obtenue en adjoignant l’hypothèse z∈yz\in y, zz étant une lettre distincte de xx, de yy et des constantes.

C48. Soient RR une relation, xx une lettre, yy une lettre distincte de xx et ne figurant pas dans RR. La relation (∀x)((x∈y)⇔R)(\forall x)((x\in y)\Leftrightarrow R) est unique en yy.

En effet, soit zz une lettre distincte de xx et ne figurant pas dans RR. Adjoignons les hypothèses (∀x)((x∈y)⇔R)(\forall x)((x\in y)\Leftrightarrow R) et (∀x)((x∈z)⇔R)(\forall x)((x\in z)\Leftrightarrow R). Alors, on a successivement les théorèmes

(∀x)(((x∈y)⇔R) et ((x∈z)⇔R)), (\forall x)(((x\in y)\Leftrightarrow R)\ \text{et}\ ((x\in z)\Leftrightarrow R)),
(∀x)((x∈y)⇔(x∈z)), (\forall x)((x\in y)\Leftrightarrow(x\in z)),

y⊂z, z⊂yy\subset z,\ z\subset y.

D’après A1, on a y=zy=z. Ceci établit C48.

4. Relations collectivisantes

Soient RR une relation, xx une lettre. Si yy et y′y' désignent des lettres distinctes de xx et ne figurant pas dans RR, les relations (∃y)(∀x)((x∈y)⇔R)(\exists y)(\forall x)((x\in y)\Leftrightarrow R) et (∃y′)(∀x)((x∈y′)⇔R)(\exists y')(\forall x)((x\in y')\Leftrightarrow R) sont identiques d’après C8 (I, p. 32). La relation ainsi définie (qui ne contient pas xx) se désigne par CollxR_xR.

Lorsque CollxR_xR est un théorème d’une théorie T\mathscr{T}, on dit que RR est collectivisante en xx dans T\mathscr{T}. S’il en est ainsi, on peut introduire une constante auxiliaire aa, distincte de xx, des constantes de T\mathscr{T}, et ne figurant pas dans RR, avec l’axiome introducteur (∀x)((x∈a)⇔R)(\forall x)((x\in a)\Leftrightarrow R), ou, ce qui revient au même si xx n’est pas une constante de T\mathscr{T}, (x∈a)⇔R(x\in a)\Leftrightarrow R.

Intuitivement, dire que RR est collectivisante en xx, c’est dire qu’il existe un ensemble aa tel que les objets xx possédant la propriété RR soient précisément les éléments de aa.

Exemples

1) La relation x∈yx\in y est évidemment collectivisante en xx.

2) La relation x∉xx\notin x n’est pas collectivisante en xx; autrement dit, (non Collx(x∉x))(\text{non Coll}_x(x\notin x)) est un théorème. Raisonnons par l’absurde en supposant x∉xx\notin x collectivisante. Soit aa une constante auxiliaire, distincte de xx et des constantes de la théorie, avec l’axiome introducteur (∀x)((x∉x)⇔(x∈a))(\forall x)((x\notin x)\Leftrightarrow(x\in a)). Alors, la relation (a∉a)⇔(a∈a)(a\notin a)\Leftrightarrow(a\in a) est vraie d’après C30 (I, p. 34). La méthode de disjonction de cas (I, p. 28) prouve d’abord que la relation a∉aa\notin a est vraie, puis que la relation a∈aa\in a est vraie, ce qui est absurde.

C49. Soient RR une relation et xx une lettre. Si RR est collectivisante en xx, la relation

N° 6 RELATIONS COLLECTIVISANTES E II.4

(∀x)((x∈y)⇔R)(\forall x)((x\in y)\Leftrightarrow R), où yy est une lettre distincte de xx et ne figurant pas dans RR, est fonctionnelle en yy.

Ceci résulte aussitôt de C48.

Très fréquemment, dans la suite, on disposera d’un théorème de la forme CollxR\mathrm{Coll}_xR. On introduira alors, pour représenter le terme τy(∀x)((x∈y)⇔R)\tau_y(\forall x)((x\in y)\Leftrightarrow R), qui ne dépend pas du choix de la lettre yy (distincte de xx et ne figurant pas dans RR) un symbole fonctionnel; dans ce qui suit, nous utiliserons le symbole {x∣R}\{x\mid R\}; le terme correspondant ne contient pas xx. C’est de ce terme qu’il s’agira quand on parlera de «l’ensemble des xx tels que RR». Par définition (I, p. 32) la relation (∀x)((x∈{x∣R})⇔R)(\forall x)((x\in\{x\mid R\})\Leftrightarrow R) est identique à CollxR\mathrm{Coll}_xR; par suite la relation RR est équivalente à x∈{x∣R}x\in\{x\mid R\}.

C50. Soient RR, SS deux relations et xx une lettre. Si RR et SS sont collectivisantes en xx, la relation (∀x)(R⇒S)(\forall x)(R\Rightarrow S) est équivalente à {x∣R}⊂{x∣S}\{x\mid R\}\subset\{x\mid S\}; la relation (∀x)(R⇔S)(\forall x)(R\Leftrightarrow S) est équivalente à {x∣R}={x∣S}\{x\mid R\}=\{x\mid S\}.

Cela résulte aussitôt de la remarque qui précède, de la déf. 1 et de l’axiome A1.

5. L’axiome de l’ensemble à deux éléments

A2.

(∀x)(∀y)Collz(z=x ou z=y).(\forall x)(\forall y)\mathrm{Coll}_z(z=x\ \mathrm{ou}\ z=y).

Cet axiome exprime que, si xx et yy sont des objets, il existe un ensemble dont les seuls éléments sont xx et yy.

Définition 2 03H6

L’ensemble {z∣z=x ou z=y}\{z\mid z=x\ \mathrm{ou}\ z=y\}, dont les seuls éléments sont xx et yy, se note {x,y}\{x,y\}.

La relation z∈{x,y}z\in\{x,y\} est donc équivalente à «z=xz=x ou z=yz=y»; il résulte de C50 que l’on a {y,x}={x,y}\{y,x\}=\{x,y\}.

Soit R ⁣∌zR\! \not\ni z une relation, xx et yy des lettres distinctes de zz. Des critères C32, C33 (I, p. 35) et C43 (I, p. 39) il résulte aisément que la relation (∃z)((z∈{x,y}) et R ⁣∌z)(\exists z)((z\in\{x,y\})\ \mathrm{et}\ R\! \not\ni z) est équivalente à R ⁣∌xR\! \not\ni x ou R ⁣∌yR\! \not\ni y; on en déduit que la relation (∀z)((z∈{x,y})⇒R ⁣∌z)(\forall z)((z\in\{x,y\})\Rightarrow R\! \not\ni z) est équivalente à R ⁣∌xR\! \not\ni x et R ⁣∌yR\! \not\ni y.

L’ensemble {x,x}\{x,x\}, qu’on désigne simplement par {x}\{x\}, s’appelle l’ensemble dont le seul élément est xx (ou l’ensemble réduit au seul élément xx); la relation z∈{x}z\in\{x\} est équivalente à z=xz=x; la relation x∈Xx\in X est équivalente à {x}⊂X\{x\}\subset X.

6. Le schéma de sélection et réunion

On appelle schéma de sélection et réunion le schéma suivant:

S8. Soient RR une relation, xx et yy des lettres distinctes, XX et YY des lettres distinctes de xx et yy et ne figurant pas dans RR. La relation

(1)

(∀y)(∃X)(∀x)(R⇒(x∈X))⇒(∀Y)Collx((∃y)((y∈Y) et R))(\forall y)(\exists X)(\forall x)(R\Rightarrow(x\in X))\Rightarrow(\forall Y)\mathrm{Coll}_x((\exists y)((y\in Y)\ \mathrm{et}\ R))

est un axiome.

THÉORIE DES ENSEMBLES

§ 1

Montrons d’abord que cette règle est bien un schéma. En effet, désignons par SS la relation (1), et, dans SS, substituons un terme TT à une lettre zz; d’après CS8 (I, p. 32), on peut supposer x,y,X,Yx,y,X,Y distincts de zz et ne figurant pas dans TT. Alors (T∣z)S(T|z)S est identique à

(∀y)(∃X)(∀x)(R′⇒(x∈X))⇒(∀Y)Coll⁡x((∃y)((y∈Y) et R′)) (\forall y)(\exists X)(\forall x)(R' \Rightarrow (x\in X)) \Rightarrow (\forall Y)\operatorname{Coll}_x((\exists y)((y\in Y)\text{ et }R'))

où R′R' est (T∣z)R(T|z)R.

Intuitivement, la relation (∀y)(∃X)(∀x)(R⇒(x∈X))(\forall y)(\exists X)(\forall x)(R\Rightarrow (x\in X)) signifie que, pour tout objet yy, il existe un ensemble XX (qui peut dépendre de yy), tel que les objets xx qui sont dans la relation RR avec l’objet yy donné soient des éléments de XX (sans constituer nécessairement tout l’ensemble XX). Le schéma de sélection et réunion affirme que, s’il en est ainsi, et si YY est un ensemble quelconque, il existe un ensemble dont les éléments sont exactement tous les objets xx se trouvant dans la relation RR avec un objet yy au moins de l’ensemble YY.

C51. Soient PP une relation, AA un ensemble et xx une lettre ne figurant pas dans AA. La relation « PP et x∈Ax\in A » est collectivisante en xx.

Désignons par RR la relation « PP et x=yx=y », où yy est une lettre distincte de xx et ne figurant ni dans PP ni dans AA. La relation (∀x)(R⇒(x∈{y}))(\forall x)(R\Rightarrow (x\in\{y\})) est vraie d’après C27 (I, p. 32). Soit XX une lettre distincte de xx et de yy et ne figurant pas dans PP. La relation précédente est identique à {y}∣X)((∀x)(R⇒(x∈X)))\{y\}|X)((\forall x)(R\Rightarrow (x\in X))) (notamment parce que xx est distincte de yy), donc la relation (∀y)(∃X)(∀x)(R⇒(x∈X))(\forall y)(\exists X)(\forall x)(R\Rightarrow (x\in X)) est vraie en vertu de S5 et de C27 (I, p. 33 et p. 32). Il résulte de S8 et de C30 (I, p. 34) que la relation (A∣Y)Coll⁡x(∃y)(y∈Y et R)(A|Y)\operatorname{Coll}_x(\exists y)(y\in Y\text{ et }R) (où YY est une lettre ne figurant pas dans RR) est vraie, et cette relation est identique à Coll⁡x(∃y)(y∈A et R)\operatorname{Coll}_x(\exists y)(y\in A\text{ et }R) (notamment parce que ni xx, ni yy ne figurent dans AA). Enfin, la relation « y∈Ay\in A et RR » est équivalente à « x=yx=y et x∈Ax\in A et PP » d’après C43 (I, p. 39); comme yy ne figure ni dans PP ni dans AA, la relation (∃y)(x=y et x∈A et P)(\exists y)(x=y\text{ et }x\in A\text{ et }P) est équivalente à « (∃y)(x=y)(\exists y)(x=y) et x∈Ax\in A et PP » d’après C33 (I, p. 35) donc à « PP et x∈Ax\in A » puisque (∃y)(x=y)(\exists y)(x=y) est vraie.

L’ensemble {x∣P et x∈A}\{x\mid P\text{ et }x\in A\} est appelé l’ensemble des x∈Ax\in A tels que PP et se note parfois {x∈A∣P}\{x\in A\mid P\} (c’est ainsi qu’on parlera de l’ensemble des nombres réels tels que PP).

C52. Soient RR une relation, AA un ensemble, xx une lettre ne figurant pas dans AA. Si la relation R⇒(x∈A)R\Rightarrow (x\in A) est un théorème, RR est collectivisante en xx.

En effet, RR est alors équivalente à « RR et x∈Ax\in A ».

Remarque 03H7

Soient RR une relation collectivisante en xx, et SS une relation telle que (∀x)(S⇒R)(\forall x)(S\Rightarrow R) soit un théorème. Alors SS est collectivisante en xx, car RR est équivalente à x∈{x∣R}x\in\{x\mid R\}, donc S⇒(x∈{x∣R})S\Rightarrow (x\in\{x\mid R\}) est un théorème et il suffit d’appliquer C52. On notera en outre que, dans ce cas, on a {x∣S}⊂{x∣R}\{x\mid S\}\subset\{x\mid R\} d’après C50.

C53. Soient TT un terme, AA un ensemble, xx et yy des lettres distinctes. On suppose que xx

Nº 7 RELATIONS COLLECTIVISANTES E II.6

ne figure pas dans A, et que y ne figure ni dans T ni dans A. La relation

(∃x)(y=T et x∈A) (\exists x)(y=T\text{ et }x\in A)
est collectivisante en y.

Soit R la relation y=Ty=T. La relation (∀y)(R⇒(y∈{T}))(\forall y)(R\Rightarrow (y\in\{T\})) est vraie, donc il en est de même de (∀x)(∃X)(∀y)(R⇒(y∈X))(\forall x)(\exists X)(\forall y)(R\Rightarrow (y\in X)), où X est une lettre distincte de y et ne figurant pas dans R. En vertu de S8, la relation (∃x)(x∈A et R)(\exists x)(x\in A\text{ et }R) est collectivisante en y, ce qui démontre C53.

La relation (∃x)(y=T et x∈A)(\exists x)(y=T\text{ et }x\in A) se lit souvent : « y peut se mettre sous la forme T pour un x appartenant à A ». L’ensemble {y∣(∃x)(y=T et x∈A)}\{y\mid(\exists x)(y=T\text{ et }x\in A)\} est généralement appelé l’ensemble des objets de la forme T pour x∈A. L’assemblage ainsi désigné ne contient ni x ni y, et ne dépend pas du choix de la lettre y vérifiant les conditions de C53.

7. Complémentaire d’un ensemble. L’ensemble vide

La relation (x∉A et x∈X)(x\notin A\text{ et }x\in X) est collectivisante en x d’après C51.

Définition 3 03H8

Soit A une partie d’un ensemble X. On appelle complémentaire de A par rapport à X, et on désigne par ∁XA\complement_XA ou X−AX-A (ou par ∁A\complement A lorsqu’il n’y a pas de confusion à craindre) l’ensemble des éléments de X qui n’appartiennent pas à A, c’est-à-dire l’ensemble {x∣x∉A et x∈X}\{x\mid x\notin A\text{ et }x\in X\}.

Soit A une partie d’un ensemble X ; les relations « x∈Xx\in X et x∉Ax\notin A » et x∈∁XAx\in\complement_XA sont donc équivalentes. Par suite, la relation « x∈Xx\in X et x∉∁XAx\notin\complement_XA » est équivalente à « x∈Xx\in X et (x∉X ou x∈A)(x\notin X\text{ ou }x\in A) », donc à x∈Ax\in A. Autrement dit, A=∁X(∁XA)A=\complement_X(\complement_XA) est une relation vraie. On voit de même que, si B est une partie de X, les relations A⊂BA\subset B et ∁XB⊂∁XA\complement_XB\subset\complement_XA sont équivalentes.

Théorème 1 03H9

La relation (∀x)(x∉X)(\forall x)(x\notin X) est fonctionnelle en X.

En effet, la relation (∀x)(x∉X)(\forall x)(x\notin X) entraîne (∀Y)(X⊂Y)(\forall Y)(X\subset Y) ; en vertu de l’axiome d’extensionalité, la relation (∀x)(x∉X)(\forall x)(x\notin X) est donc univoque en X. D’autre part, la relation (∀x)(x∉∁XY)(\forall x)(x\notin\complement_XY) est vraie, ce qui prouve que (∃X)(∀x)(x∉X)(\exists X)(\forall x)(x\notin X) est vraie.

Le terme τX((∀x)(x∉X))\tau_X((\forall x)(x\notin X)) correspondant à cette relation fonctionnelle se représente par le symbole fonctionnel ∅\varnothing, qu’on appelle l’ensemble vide[^1] ; la relation (∀x)(x∉X)(\forall x)(x\notin X), qui est équivalente à X=∅X=\varnothing, se lit : « l’ensemble X est vide ». On a les théorèmes x∉∅x\notin\varnothing, ∅⊂X\varnothing\subset X, ∁XX=∅\complement_XX=\varnothing, ∁X∅=X\complement_X\varnothing=X ; la relation X⊂∅X\subset\varnothing est équivalente à X=∅X=\varnothing. Si R{x}R\{x\} est une relation, la relation (∀x)((x∈∅)⇒R{x})(\forall x)((x\in\varnothing)\Rightarrow R\{x\}) est vraie.

Remarque 03PB

Il n’existe pas d’ensemble dont tous les objets soient éléments ; autrement dit, « non (∃X)(∀x)(x∈X)(\exists X)(\forall x)(x\in X) » est un théorème. En effet, s’il existait un tel ensemble, toute relation serait collectivisante d’après C52. Or, nous avons vu (II, p. 3) que la relation x≠x′x \ne x' n’est pas collectivisante.

Exercices

See the exercises for § 1.

[^1]: Le terme désigné par ∅\varnothing est donc τ¬¬∈τ¬¬∈□□□\tau \neg \neg \in \tau \neg \neg \in \square\square\square.

Transcribed from the printed edition, 2006, Springer. Not translated.