§ 4. Réunion et intersection d’une famille d’ensembles
1. Définition de la réunion et de l’intersection d’une famille d’ensembles
Soient X une famille (II, p. 14), I son ensemble d’indices; pour faciliter l’interprétation intuitive de ce qui suit, nous dirons que X est une famille d’ensembles.
Si (X,I,G) est une famille de parties d’un ensemble E (c’est-à-dire une famille d’éléments dont l’ensemble d’arrivée G est tel que la relation Y∈G entraîne Y⊂E), nous la noterons (Xi)i∈I (Xi∈G), ou simplement (Xi)i∈I (II, p. 16); par abus de notation, nous noterons aussi (Xi)i∈I une famille d’ensembles quelconque, ayant I pour ensemble d’indices.
Comme la relation (∀x)((i∈I et x∈Xi)⇒(x∈X)) est vraie, il résulte de S5 (I, p. 33) que la relation
(∀x)(∃Z)(∀x)(((i∈I et x∈Xi)⇒(x∈Z))
est vraie. En vertu du schéma S8 (II, p. 4), la relation (∃i)(i∈I et x∈Xi) est donc collectivisante en x.
Définition 1 03I1
Soit (Xi)i∈I une famille d’ensembles (resp. une famille de parties d’un ensemble E). On appelle réunion de cette famille, et on désigne par ⋃i∈IXi, l’ensemble
{x∣(∃i)(i∈I et x∈Xi)},
c’est-à-dire l’ensemble des x qui appartiennent à un ensemble au moins de la famille (Xi)i∈I.
Si (Xi)i∈I est une famille de parties d’un ensemble E, sa réunion est une partie de E; on observera qu’elle ne dépend pas de E, ni de l’ensemble d’arrivée G de l’application i↦Xi.
Il est immédiat que si I=∅, on a ⋃i∈IXi=∅, puisque la relation (∃i)(i∈I et x∈Xi) est alors fausse.
Supposons maintenant I=∅. Si α est un élément de I, la relation (∀i)((i∈I)⇒(x∈Xi)) entraîne x∈Xα, donc, en vertu de C52 (II, p. 5), cette relation est collectivisante en x.
Définition 2 03PT
Soit (Xi)i∈I une famille d’ensembles dont l’ensemble d’indices I n’est pas vide. On appelle intersection de cette famille, et on désigne par ⋂i∈IXi, l’ensemble
{x∣(∀i)((i∈I)⇒(x∈Xi))},
c’est-à-dire l’ensemble des x qui appartiennent à tous les ensembles de la famille (Xi)i∈I.
Si I=∅, la relation (∀i)((i∈I)⇒(x∈Xi)) n’est pas collectivisante en x: en effet, c’est une relation vraie et il n’existe pas d’ensemble Y tel que x∈Y soit une relation vraie, car ce serait l’ensemble de tous les objets (cf. II, p. 6, Remarque).
Si (Xt)t∈I est une famille de parties d’un ensemble E, et si I=∅, la relation « x∈E et (∀t)((t∈I)⇒(x∈Xt)) » est équivalente à (∀t)((t∈I)⇒(x∈Xt)); par suite elle est collectivisante en x et l’ensemble des x vérifiant cette relation est égal à ⋂t∈IXt. Lorsque I=∅, la relation « x∈E et (∀t)((t∈I)⇒(x∈Xt)) » est équivalente à x∈E; elle est donc encore collectivisante en x, et l’ensemble des x vérifiant cette relation est E. On pose par suite la définition suivante:
Définition 3 03PU
Soit (Xt)t∈I une famille de parties d’un ensemble E. On appelle intersection de cette famille, et on désigne par ⋂t∈IXt, l’ensemble
{x∣x∈E et (∀t)((t∈I)⇒(x∈Xt))}, autrement dit l’ensemble des
x qui appartiennent à
E et à tous les ensembles de la famille
(Xt)t∈I.
Pour une famille (Xt)t∈∅ de parties de E, on a donc ⋂t∈∅Xt=E. Mais pour une famille (Xt)t∈I de parties de E dont l’ensemble d’indices n’est pas vide, l’intersection ⋂t∈IXt ne dépend ni de E, ni de l’ensemble d’arrivée de t↦Xt, ce qui justifie l’emploi de la même notation dans les déf. 2 et 3.
Proposition 1 03PV
Soit (Xt)t∈I une famille d’ensembles, et soit f une application d’un ensemble K sur I. On a alors ⋃κ∈KXf(κ)=⋃t∈IXt, et, si I=∅, ⋂κ∈KXf(κ)=⋂t∈IXt.
Soit x un élément de ⋃t∈IXt. Il existe un indice t∈I tel que x∈Xt. Puisque f(K)=I, il existe un indice κ∈K tel que t=f(κ), d’où x∈Xf(κ), et par suite x∈⋃κ∈KXf(κ). Réciproquement, si x∈⋃κ∈KXf(κ), il existe un κ∈K tel que x∈Xf(κ), d’où, puisque f(κ)∈I, x∈⋃t∈IXt. On a donc ⋃κ∈KXf(κ)=⋃t∈IXt.
Supposons maintenant I=∅, et soit x un élément de ⋂t∈IXt. Pour tout élément κ de K, on a f(κ)∈I, d’où x∈Xf(κ) et x∈⋂κ∈KXf(κ). Soit réciproquement x un élément de ⋂κ∈KXf(κ). Si t est un élément quelconque de I, il existe un élément κ de K tel que t=f(κ), d’où x∈Xt, et par suite x∈⋂t∈IXt. On a donc ⋂κ∈KXf(κ)=⋂t∈IXt.
Pour les familles de parties d’un ensemble donné, il est clair que la seconde partie de la prop. 1 est encore valable sans la restriction I=∅.
Corollaire 03I2
Soit (Xt)t∈I une famille d’ensembles telle que Xt=Xκ pour tout couple d’indices (t,κ). Alors, pour tout α∈I, on a ⋃t∈IXt=Xα, et (si I=∅) ⋂t∈IXt=Xα.
Il suffit d’appliquer la prop. 1 à l’application constante t↦α de I sur {α}.
Définition 4 03I3
Soit F un ensemble d’ensembles, et soit Φ la famille d’ensembles
N° 2 RÉUNION ET INTERSECTION D’UNE FAMILLE D’ENSEMBLES E II.24
constituée par l’application identique de F. La réunion des ensembles de Φ, et (si F est non vide) l’intersection des ensembles de Φ, s’appellent respectivement la réunion et l’intersection des ensembles de F, et se désignent par ⋃X∈FX et ⋂X∈FX.
Il résulte tout de suite de la prop. 1 que, si (Xt)t∈I est une famille d’ensembles, la réunion et (si I=∅) l’intersection de cette famille sont respectivement égales à la réunion et à l’intersection des ensembles de l’ensemble des éléments de cette famille.
2. Propriétés de la réunion et de l’intersection
Si (Xt)t∈I et (Yt)t∈I sont des familles d’ensembles ayant le même ensemble d’indices I, et si on a Yt⊂Xt pour tout t∈I, il est immédiat que l’on a
t∈I⋃Yt⊂t∈I⋃Xt, et (si I=∅) t∈I⋂Yt⊂t∈I⋂Xt.
Soit (Xt)t∈I une famille d’ensembles. Si J⊂I, on a
t∈J⋃Xt⊂t∈I⋃Xt, et (si J=∅) t∈J⋂Xt⊃t∈I⋂Xt.
Proposition 2 03I4
Soit (Xt)t∈I une famille d’ensembles dont l’ensemble d’indices I est réunion d’une famille (Jλ)λ∈L d’ensembles. On a alors
t∈I⋃Xt=λ∈L⋃(t∈Jλ⋃Xt) et (si
L=∅ et
Jλ=∅ pour tout
λ∈L)
t∈I⋂Xt=λ∈L⋂(t∈Jλ⋂Xt) (« associativité » de la réunion et de l’intersection).
Soit x un élément de ⋃t∈IXt. Il existe un indice t∈I tel que x∈Xt. Puisque I est la réunion de la famille (Jλ)λ∈L, il existe un indice λ∈L tel que t∈Jλ, d’où
x∈t∈Jλ⋃Xt, et par suite
x∈λ∈L⋃(t∈Jλ⋃Xt). Soit inversement
x un élément de l’ensemble
λ∈L⋃(t∈Jλ⋃Xt). Il existe un indice
λ∈L tel que
x∈t∈Jλ⋃Xt, d’où il résulte qu’il existe un indice
t∈Jλ (donc
t∈I) tel que
x∈Xt; on en conclut que
x∈t∈I⋃Xt.
Supposons maintenant que L=∅ et Jλ=∅ pour tout λ∈L; alors I=∅. Soit x un élément de
t∈I⋂Xt. Si
λ∈L, on a
x∈Xt pour tout
t∈Jλ (puisque
Jλ⊂I), d’où
x∈t∈Jλ⋂Xt. Ceci étant vrai pour tout
λ∈L, on en conclut que
x appartient à
λ∈L⋂(t∈Jλ⋂Xt). Soit réciproquement
x un élément de ce dernier ensemble, et soit
t un élément quelconque de
I. Il existe un
λ∈L tel que
t∈Jλ; puisque
x∈t∈Jλ⋂Xt, on a
x∈Xt. Ceci étant vrai pour tout
t∈I, on a
x∈t∈I⋂Xt. La prop. 2 est donc démontrée.
Pour les familles de parties d’un ensemble, la seconde partie de la prop. 2 est encore valable sans les restrictions sur L et J_λ.
3. Images d’une réunion et d’une intersection
Proposition 3 03I5
Soient (X_i)_{i \in I} une famille de parties d’un ensemble A, et Γ une correspondance entre A et B. On a alors Γ⟨⋃i∈IXi⟩=⋃i∈IΓ⟨Xi⟩, et
Γ⟨i∈I⋂Xi⟩⊂i∈I⋂Γ⟨Xi⟩. La relation
(∃x)(x∈⋃i∈IXi et y∈Γ(x)) est équivalente à
(∃x)(∃i)(i∈I et x∈Xi et y∈Γ(x)), donc à
(∃i)(i∈I et y∈Γ⟨Xi⟩), c’est-à-dire à
y∈⋃i∈IΓ⟨Xi⟩, ce qui démontre la première formule. D’autre part, pour tout
i∈I, on a
⋂i∈IXi⊂Xi, d’où (II, p. 10, prop. 2)
Γ⟨⋂i∈IXi⟩⊂Γ⟨Xi⟩, et par suite
Γ⟨i∈I⋂Xi⟩⊂i∈I⋂Γ⟨Xi⟩. Si Γ est une correspondance quelconque (et en particulier une fonction quelconque), la formule
Γ⟨⋂i∈IXi⟩=⋂i∈IΓ⟨Xi⟩ est en général fausse.
\* Par exemple, dans le plan R2, les premières projections des droites y=x et y=x+1 sont identiques à R, mais l’intersection de ces droites est vide, et par suite aussi la première projection de cette intersection.¹ \*
On a cependant l’important résultat suivant:
Proposition 4 03I6
Soient f une application de A dans B, et (Yi)i∈I une famille de parties de B. On a alors f−1⟨⋂i∈IYi⟩=⋂i∈If−1⟨Yi⟩.
En effet, soit x un élément de ⋂i∈If−1⟨Yi⟩. On a f(x)∈Yi pour tout i∈I, d’où f(x)∈⋂i∈IYi, et par suite x∈f−1⟨⋂i∈IYi⟩. Donc ⋂i∈If−1⟨Yi⟩⊂f−1⟨⋂i∈IYi⟩, ce qui, avec la prop. 3, achève la démonstration.
Corollaire 03I7
Si f est une injection de A dans B et si (Xi)i∈I est une famille de parties de A dont l’ensemble d’indices n’est pas vide, on a f⟨⋂i∈IXi⟩=⋂i∈If⟨Xi⟩.
On peut en effet écrire f=i∘g, où i est l’injection canonique de f⟨A⟩ dans B et g une bijection de A sur f⟨A⟩. Alors, pour toute partie X de A, on a f⟨X⟩=h−1⟨X⟩, en désignant par h l’application réciproque de g; on est donc ramené à la prop. 4.
¹ Une erreur célèbre provenant de l’application de la formule précédente est celle commise par H. Lebesgue dans sa tentative pour démontrer que la projection sur un axe d’un ensemble borélien du plan est encore un ensemble borélien (résultat depuis reconnu inexact, et dont la discussion est à l’origine de la théorie des ensembles « sousliniens »): il écrit que la projection de l’intersection d’une suite décroissante d’ensembles est égale à l’intersection de leurs projections (Journal de Mathématiques, (6), t, I (1905), p. 191–192).
4. Complémentaire d'une réunion ou d'une intersection
Proposition 5 03I8
Pour toute famille (Xi)i∈I de parties d'un ensemble E, on a
CE(i∈I⋃Xi)=i∈I⋂(CEXi)etCE(i∈I⋂Xi)=i∈I⋃(CEXi).
Soit x∈CE(⋃i∈IXi). On a x∈E, et, pour tout i∈I, x∈/Xi, donc x∈CEXi; par suite x∈⋂i∈I(CEXi). Réciproquement, soit x∈⋂i∈I(CEXi); par définition de l'intersection (II, p. 23, déf. 3), on a x∈E. En outre, si on avait x∈⋃i∈IXi, il existerait κ∈I tel que x∈Xκ, ce qui est contraire à l'hypothèse x∈⋂i∈I(CEXi); donc x∈CE(⋃i∈IXi). Ceci achève la démonstration de la première formule. La seconde en résulte immédiatement, compte tenu de la relation CE(CEX)=X pour toute partie X de E.
5. Réunion et intersection de deux ensembles
Si A et B sont des ensembles, on pose
A∪B=X∈{A,B}⋃X,A∩B=X∈{A,B}⋂X.
Il est clair que A∪B est l'ensemble des objets qui appartiennent soit à A, soit à B (et éventuellement à tous deux), tandis que A∩B est l'ensemble des objets qui appartiennent à la fois à A et à B. En particulier {x,y}={x}∪{y}.
Posons {x,y,z}={x,y}∪{z}. L'ensemble {x,y,z} est l'ensemble dont les seuls éléments sont x,y et z. On pose de même {x,y,z,t}={x,y,z}∪{t}. Etc.
Si maintenant A,B,C,D sont des ensembles, on pose
A∪B∪C=X∈{A,B,C}⋃X,A∩B∩C=X∈{A,B,C}⋂X
A∪B∪C∪D=X∈{A,B,C,D}⋃X,A∩B∩C∩D=X∈{A,B,C,D}⋂X. Etc.
Soient A,B,C des ensembles. Les prop. 1 et 2 entraînent les formules
A∪B=B∪A,A∩B=B∩A
A∪(B∪C)=(A∪B)∪C=A∪B∪C
A∩(B∩C)=(A∩B)∩C=A∩B∩C.
Ces formules sont d'ailleurs des conséquences immédiates de théorèmes énoncés dans le critère C24 (I, p. 31); on démontre de la même façon les formules
A∪(B∩C)=(A∪B)∩(A∪C),A∩(B∪C)=(A∩B)∪(A∩C)
(« distributivité » de la réunion par rapport à l'intersection et de l'intersection par rapport à la réunion; cf. II, p. 35).
La relation A⊂B est équivalente à A∪B=B et à A∩B=A. Si A et B sont des parties d’un ensemble E, on déduit de la prop. 5 (ou du critère C24) les formules
CE(A∪B)=(CEA)∩(CEB),CE(A∩B)=(CEA)∪(CEB);
on a en outre
A∪(CEA)=E,A∩(CEA)=∅.
Si Γ est une correspondance entre E et F, A et B des parties de E, on déduit de la prop. 3 (II, p. 25) que
Γ⟨A∪B⟩=Γ⟨A⟩∪Γ⟨B⟩,Γ⟨A∩B⟩⊂Γ⟨A⟩∩Γ⟨B⟩
et si f est une application de F dans E
f−1⟨A∩B⟩=f−1⟨A⟩∩f−1⟨B⟩
en vertu de la prop. 4.
Notons aussi la proposition correspondante pour les complémentaires:
Proposition 6 03PW
Soit f une application de A dans B; pour toute partie Y de B, on a
f−1⟨B−Y⟩=f−1⟨B⟩−f−1⟨Y⟩.
En effet, pour que x appartienne à f−1⟨B−Y⟩, il faut et il suffit que f(x) appartienne à B mais non à Y, c’est-à-dire que x appartienne à f−1⟨B⟩, mais non à f−1⟨Y⟩.
Corollaire 03PX
Soit f une injection de A dans B; pour toute partie X de A, on a
f⟨A−X⟩=f⟨A⟩−f⟨X⟩.
En écrivant f=i∘g, où i est l’injection canonique de f⟨A⟩ dans B, on se ramène à la prop. 6 appliquée à g−1.
L’intersection X∩A s’appelle quelquefois trace de X sur A. Si F est une famille d’ensembles, on appelle encore trace de F sur A l’ensemble des traces sur A des ensembles appartenant à F.
6. Recouvrements
Définition 5 03PY
On dit qu’une famille d’ensembles (Xi)i∈I est un recouvrement d’un ensemble E si E⊂⋃i∈IXi. Si (Xi)i∈I et (Yκ)κ∈K sont des recouvrements de E, on dit que le second de ces recouvrements est plus fin que le premier (ou que le premier est moins fin que le second) si, pour tout κ∈K, il existe un i∈I tel que Yκ⊂Xi.
Un ensemble d’ensembles F est un recouvrement de E si la famille d’ensembles constituée par l’application identique de F est un recouvrement de E, autrement dit si E⊂⋃X∈FX.
Si R,R′,R′′ sont trois recouvrements de E tels que R′ soit plus fin que R, et R′′ plus fin que R′, il est clair que R′′ est plus fin que R.
Soit (Xi)i∈I un recouvrement de E; si J est une partie de I telle que (Xi)i∈J soit encore un recouvrement de E, ce recouvrement est évidemment plus fin que (Xi)i∈I.
Soient (Xi)i∈I et (Yκ)κ∈K des recouvrements d’un ensemble E. La famille d’ensembles (Xi∩Yκ)(i,κ)∈I×K est encore un recouvrement de E. En effet, si x∈E, il existe des indices i∈I et κ∈K tels que x∈Xi et x∈Yκ, d’où x∈Xi∩Yκ. De plus, il est clair que le recouvrement (Xi∩Yκ)(i,κ)∈I×K est plus fin que chacun des recouvrements (Xi)i∈I,(Yκ)κ∈K. Soit réciproquement (Zλ)λ∈L un recouvrement de E qui est plus fin que chacun des recouvrements (Xi)i∈I et (Yκ)κ∈K; si λ∈L, il existe alors des indices i∈I et κ∈K tels que Zλ⊂Xi et Zλ⊂Yκ, d’où Zλ⊂Xi∩Yκ, ce qui montre que le recouvrement (Zλ)λ∈L est plus fin que le recouvrement (Xi∩Yκ)(i,κ)∈I×K.
Soit (Xi)i∈I un recouvrement d’un ensemble A, et soit f une application de A sur un ensemble B. La famille (f⟨Xi⟩)i∈I est alors un recouvrement de B (II, p. 25, prop. 3) qui s’appelle l’image du recouvrement (Xi)i∈I par f. Si g est une application d’un ensemble C dans l’ensemble A, la famille (g−1⟨Xi⟩)i∈I est un recouvrement de C, qu’on appelle l’image réciproque du recouvrement (Xi)i∈I par g.
Soient E et F des ensembles, (Xi)i∈I un recouvrement de E et (Yκ)κ∈K un recouvrement de F. La famille (Xi×Yκ)(i,κ)∈I×K est alors un recouvrement de E×F qu’on appelle le produit des recouvrements (Xi)i∈I de E et (Yκ)κ∈K de F.
Proposition 7 03PZ
1° Soient E un ensemble et (Xi)i∈I un recouvrement de E. Si deux fonctions f,g, ayant E pour ensemble de définition, sont telles que, pour tout i∈I, f et g coïncident dans E∩Xi, alors f et g coïncident dans E.
2° Soient (Xi)i∈I une famille d’ensembles, (fi)i∈I une famille de fonctions ayant même ensemble d’arrivée F, telle que, pour tout i∈I, l’ensemble de définition de fi soit Xi, et que, pour tout couple (i,κ)∈I×I, fi et fκ coïncident dans Xi∩Xκ. Il existe alors une fonction f et une seule, ayant A=⋃i∈IXi pour ensemble de définition et F pour ensemble d’arrivée, et qui prolonge toutes les fonctions fi (i∈I).
1° Soit x un élément quelconque de E; il existe un i∈I tel que x∈Xi, d’où f(x)=g(x) par hypothèse.
2° Soit Gi le graphe de fi, et G=⋃i∈IGi; montrons que G est un graphe fonctionnel. En effet, si (x,y)∈G et (x,y′)∈G, il existe deux indices i,κ dans I tels que (x,y)∈Gi et (x,y′)∈Gκ. Cela entraîne x∈Xi,x∈Xκ,y=fi(x),y′=fκ(x); mais comme x∈Xi∩Xκ, on a fi(x)=fκ(x), c’est-à-dire y=y′. Le graphe G a pour ensemble de définition pr1G=⋃i∈Ipr1Gi=A; la fonction f=(G,A,F) répond donc à la question. Son unicité résulte de la première partie de la proposition.
7. Partitions
Définition 6 03Q0
On dit que deux ensembles A,B sont disjoints (ou sans élément commun) si A∩B=∅; s’il n’en est pas ainsi, on dit que A et B se rencontrent. Soit (Xi)i∈I une famille d’ensembles; on dit que les ensembles de cette famille sont mutuellement (ou deux à deux) disjoints si les conditions i∈I,κ∈I,i=κ entraînent Xi∩Xκ=∅.
Soit f une application de A dans B, (Yi)i∈I une famille de parties de B, mutuellement disjointes; la prop. 4 (II, p. 25) montre que les ensembles de la famille (f−1(Yi))i∈I de parties de A sont mutuellement disjoints. Par contre, si (Xi)i∈I est une famille de parties de A, mutuellement disjointes, les ensembles de la famille (f(Xi))i∈I ne sont pas en général mutuellement disjoints.
Proposition 8 03Q1
Soient (Xi)i∈I une famille d’ensembles mutuellement disjoints, (fi)i∈I une famille de fonctions ayant même ensemble d’arrivée F, et telles que, pour tout i∈I, l’ensemble de définition de fi soit Xi. Il existe alors une fonction f et une seule, ayant ⋃i∈IXi pour ensemble de définition et F pour ensemble d’arrivée, et qui prolonge toutes les fonctions fi (i∈I).
C’est un corollaire immédiat de la prop. 7 (II, p. 28), puisque fi et fκ coïncident évidemment dans Xi∩Xκ=∅ lorsque i=κ.
Définition 7 03Q2
On appelle partition d’un ensemble E une famille de parties mutuellement disjointes de E, qui est un recouvrement de E.
Pour tout ensemble non vide A, la famille ({x})x∈A des parties de A réduites à un seul élément est une partition de A.
Si (Xi)i∈I est une partition d’un ensemble E formée d’ensembles non vides, l’application i↦Xi de I sur l’ensemble F des éléments Xi de la partition est bijective. La donnée de F définit donc la partition à une bijection près des ensembles d’indices. Lorsqu’on parle d’une partition en ensembles non vides, c’est de l’ensemble des éléments de la partition qu’il est question le plus souvent.
8. Somme d’une famille d’ensembles
Proposition 9 03Q3
Soit (Xi)i∈I une famille d’ensembles. Il existe un ensemble X possédant la propriété suivante : X est réunion d’une famille (Xi′)i∈I d’ensembles mutuellement disjoints, telle que, pour tout i∈I, il existe une application bijective de Xi sur Xi′.
Soit A=⋃i∈IXi. Si i∈I, l’application x↦(x,i) (x∈Xi) est une application bijective de Xi sur une partie Xi′ de A×I. De plus, l’image de Xi′ par la seconde fonction coordonnée sur A×I est contenue dans l’ensemble {i}; il en résulte que Xi′∩Xκ′=∅ si i=κ. Il suffit alors de poser X=⋃i∈IXi′.
Définition 8 03Q4
Soit (Xi)i∈I une famille d’ensembles. On appelle somme de cette famille d’ensembles la réunion de la famille des ensembles Xi×{i}(i∈I).
Proposition 10 03IA
Soit (Xi)i∈I une famille d’ensembles mutuellement disjoints. Soient A sa réunion et S sa somme. Il existe une application bijective de A sur S.
Pour tout i∈I, soit fi une bijection de Xi sur Xi×{i}. En vertu de la prop. 8 (II, p. 29), il existe une application f de A dans S qui prolonge toutes les applications fk. On vérifie aussitôt que f est une application bijective de A sur S.
Par abus de langage, on dit qu’un ensemble E est somme d’une famille d’ensembles (Xi)i∈I lorsqu’il existe une bijection de E sur la somme de cette famille définie par la déf. 8.
On notera que, si (Xi)i∈I est une famille d’ensembles quelconque, le raisonnement de la prop. 10 montre qu’il existe une application de la somme S de cette famille sur sa réunion A.
On dit encore qu’un ensemble somme d’un ensemble X et d’un ensemble {a} réduit à un élément est obtenu par adjonction de a à X.
Exercices
See the exercises for § 4.