§ 2. Modules plats (*)
1. Rappel sur les produits tensoriels.
Soient un anneau, un -module à droite, un -module à gauche. On a défini en Alg., chap. II, 3e éd., § 3, n° 1, le produit tensoriel , qui est un -module. Si (resp. ) est un -module à droite (resp. à gauche) et (resp. ) un homomorphisme, on a aussi défini (loc. cit., n° 2) un -homomorphisme
Lemme 1
Soit une suite exacte de -modules à gauche, et soit un -module à droite. La suite
est alors une suite exacte de groupes commutatifs.
Cite 2 · Cité par 11
Cite Corollaire, A II § 3, Corollaire 5, A II § 3
Cité par § 2. Modules plats, Définition 2, Lemme 10, Lemme 4, Lemme 5, Lemme 6, Lemme 7, Proposition 4, Proposition 5, Proposition 7, Théorème 3, III § 3
(*) Signalons aux lecteurs déjà au courant de l’Algèbre homologique qu’ils trouveront au § 4 d’autres caractérisations des modules plats.
C’est le cor. de la prop. 5 d’Alg., chap. II, 3e éd., § 3, n° 6.
On en conclut que pour tout homomorphisme de A-modules à gauche, s’identifie canoniquement à , comme le montre le lemme 1 appliqué à la suite exacte
Les notations étant celles du lemme 1, on sait (loc. cit.) que si est injectif, c’est-à-dire si la suite est exacte, il n’en résulte pas nécessairement que soit injectif et l’on ne peut donc pas en général identifier à un sous-groupe de . Rappelons toutefois (Alg., chap. II, 3e éd., § 3, n° 7, cor. 5 de la prop. 7) le résultat suivant :
Lemme 2
Si est injectif et si est facteur direct de , l’homomorphisme est injectif, et son image est facteur direct de .
Cité par 3
Cité par Exercice 4, § 2, Lemme 5, Proposition 8, I § 3
2. Modules M-plats.
Définition 1
Soient un anneau, un -module à droite et un -module à gauche. On dit que est plat pour (ou -plat) si, pour tout -module à gauche et tout homomorphisme injectif , l’homomorphisme est injectif.
Cité par 3
Cité par Proposition 13, Proposition 6, Lemme 1, IV § 2
On définit de même, pour tout -module à droite , la notion de module à gauche -plat. Dire qu’un -module à droite est plat pour un -module à gauche équivaut à dire que , considéré comme -module à gauche (on rappelle que désigne l’anneau opposé de ), est plat pour le -module à droite .
Lemme 3
Pour qu’un -module à droite soit -plat, il suffit que pour tout sous-module de type fini de , l’homomorphisme canonique ( étant l’injection canonique ) soit injectif.
Cité par 2
Cité par Définition 2, Lemme 5
En effet, supposons cette condition vérifiée et soit N un sous-module quelconque de M. Supposons que l’image canonique dans d’un élément () soit nulle, et soit le sous-module de type fini de N engendré par les ; comme par hypothèse l’application composée est injective, la somme , considérée comme élément de , est nulle. Comme est l’image de , on a aussi , d’où le lemme.
Lemme 4
Soient E un A-module à droite et M un A-module à gauche tel que E soit M-plat. Si N est, soit un sous-module, soit un module quotient de M, alors E est N-plat.
Le cas où N est un sous-module est facile, car si N’ est un sous-module de N, l’homomorphisme composé
est injectif, donc il en est de même de . Supposons donc que N soit un module quotient de M, c’est-à-dire qu’il existe une suite exacte . Soient N’ un sous-module de N, et . Notons l’application de R dans M’ ayant même graphe que , la surjection , ayant même graphe que la restriction de à , l’application identique de R sur R, l’injection canonique , l’injection canonique . Le diagramme
est commutatif, et ses lignes sont exactes.
Pour simplifier l’écriture, posons pour tout A-module à gauche Q et pour tout homomorphisme de A-modules à gauche. Le diagramme
est commutatif, et ses lignes sont exactes en vertu du no 1, lemme 1.
n° 2
De plus, puisque E est M-plat, l’homomorphisme T(m) est injectif. Comme T(r) et T(p') sont surjectifs, il résulte du § 1, n° 4, cor. 2 de la prop. 2, que T(n) est injectif, ce qui démontre le lemme.
Lemme 5
Soit une famille de A-modules à gauche, leur somme directe, et E un A-module à droite. Si, pour tout , E est plat pour , alors E est plat pour M.
Cite 5 · Cité par 1
Cite Lemme 4, Corollaire 2, I § 1, Lemme 1, Lemme 2, Lemme 3
Cité par Proposition 1
a) Supposons d’abord que , et soit un sous-module de , et étant canoniquement identifiés à des sous-modules de M. Désignons par l’intersection , par l’image de dans par la projection canonique de M sur . On a un diagramme
où , , , , sont les injections canoniques et l’application ayant même graphe que la restriction de à , qui est surjective. On vérifie aussitôt que ce diagramme est commutatif et que ses lignes sont exactes. Les notations T(Q) et T() ayant le même sens que dans la démonstration du lemme 4, on a un diagramme commutatif
En vertu du lemme 1 du n° 1, les deux lignes de ce diagramme sont exactes ; comme E est plat pour et , et sont injectifs ; en outre, en vertu du lemme 2 du n° 1, est injectif. Le cor. 1 de la prop. 2 du § 1, n° 4 montre alors que est injectif et par suite E est M-plat.
b) Si I est un ensemble fini à n éléments, on procède par récurrence sur n en utilisant a).
c) Dans le cas général, soit un sous-module de type fini de M. Il existe alors une partie finie J de l’ensemble d’indices I telle que soit contenu dans la somme directe . En vertu de b), E est plat pour ; l’homomorphisme canonique
E \otimes_A M' \to E \otimes_A M_j est donc injectif. D’autre part, comme M_j est facteur direct de M, l’homomorphisme canonique E \otimes_A M_j \to E \otimes_A M est injectif (n° 1, lemme 2). Par composition, on en déduit que E \otimes_A M' \to E \otimes_A M est injectif, et E est plat pour M en vertu du lemme 3.
3. Modules plats.
Proposition 1
Soit E un A-module à droite. Les trois propriétés suivantes sont équivalentes :
Cite 2 · Cité par 9
Cité par Définition 2, Lemme 8, Proposition 10, Proposition 12, Corollaire 1, Proposition 1, I § 3, Proposition 1, I § 4, Théorème 3, III § 3, Proposition 1, III § 5
a) E est plat pour A_s (autrement dit, pour tout idéal à gauche a de A, l’homomorphisme canonique E \otimes_A a \to E \otimes_A A_s = E est injectif).
b) E est M-plat pour tout A-module à gauche M.
c) Pour toute suite exacte de A-modules à gauche et d’homomorphismes
la suite
est exacte.
Il est immédiat que b) entraîne a). Inversement supposons a) vérifiée ; en vertu du n° 2, lemme 5, E est plat pour tout A-module à gauche libre ; comme tout A-module à gauche est isomorphe à un quotient d’un module libre (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, n° 11, prop. 20), il résulte du n° 2, lemme 4 que E est plat pour M.
Montrons que c) implique b). Si v : M' \to M est un homomorphisme injectif, la suite 0 \to M' \xrightarrow{v} M est exacte ; en vertu de c), la suite 0 \to E \otimes_A M' \xrightarrow{1 \otimes v} E \otimes_A M est exacte ; cela signifie que 1 \otimes v est injectif, autrement dit que E est M-plat.
Enfin, l’implication b) \Rightarrow c) est la conséquence du lemme plus précis suivant :
Lemme 6
Si M' \xrightarrow{v} M \xrightarrow{w} M'' est une suite exacte de A-modules à gauche et si E est un A-module à droite plat pour M'', la suite
est exacte.
Cite 3
Utilisons les notations T(Q) et T(v) avec le même sens que dans la démonstration du lemme 4 du n° 2. Posons M''_i = w(M) et soient i : M''_i → M'' l’injection canonique et p l’application de M dans M''_i ayant même graphe que w. La suite M' → M → M''_i → 0 étant exacte, il résulte du n° 1, lemme 1 que la suite
est exacte. Par ailleurs, comme E est M''-plat, l’application T(i) : T(M''_i) → T(M'') est injective, et comme T(i) ∘ T(p) = T(w), la suite
est exacte (§ 1, n° 3).
Définition 2
On dit qu’un A-module à droite E est plat s’il vérifie les propriétés équivalentes de la prop. 1.
On définit de même les A-modules à gauche plats. Dire qu’un A-module à droite E est plat équivaut à dire que E, considéré comme A^0-module à gauche, est plat.
Remarque 1
En vertu du n° 2, lemme 3, pour qu’un A-module à droite E soit plat, il faut et il suffit que, pour tout idéal à gauche α de A, de type fini, l’application canonique E ⊗_A α → E (prop. 1) d’image Ea, soit injective.
Remarque 2
Soit E un A-module à droite plat. Si M’ est un sous-module d’un A-module à gauche M, l’injection canonique E ⊗_A M’ → E ⊗_A M permet d’identifier E ⊗_A M’ à un sous-groupe de E ⊗_A M. Ceci étant, soient N un A-module à gauche, u : M → N un homomorphisme, K = Ker u, I = Im u. La considération de la suite exacte.
montre aussitôt (prop. 1) que E ⊗_A (Ker u) s’identifie à Ker (1_E ⊗ u). D’autre part, en notant u’ l’homomorphisme surjectif M → I ayant même graphe que u, et i l’injection canonique I → N, 1_E ⊗ u’ est surjectif (n° 1, lemme 1) et 1_E ⊗ i est injectif puisque E est plat. Comme 1_E ⊗ u = (1_E ⊗ i) ∘ (1_E ⊗ u’), E ⊗_A (Im u) s’identifie à Im (1_E ⊗ u).
Proposition 2
(i) Soit une famille de -modules à droite. Pour que soit plat, il faut et il suffit que chacun des soit plat.
Cite 4 · Cité par 7
Cite A II § 6. Limites projectives et limites inductives de modules, Corollaire 1, A II § 1, Proposition 7, A II § 3, Proposition 7, A II § 6
Cité par § 2. Modules plats, Exercice 6, § 2, Proposition 9, Remarque, I § 3, Théorème 1, II § 2, Proposition 10, II § 3, Proposition 3, II § 5
(ii) Soient un ensemble ordonné, un système inductif de -modules à droite (, chap. II, 3e éd., § 6, no 6). Si chacun des est plat, alors est plat.
Soit un homomorphisme injectif de -modules à gauche.
(i) Pour que l’homomorphisme somme directe
(ii) Par hypothèse, chacune des suites
4. Exemples de modules plats.
1) Pour tout anneau , il est clair que est un -module plat (, chap. II, 3e éd., § 3, no 4, prop. 4). Il résulte alors de la prop. 2, (i), du no 3 que tout -module à droite libre, et plus généralement tout -module à droite projectif (, chap. II, 3e éd., § 2, no 2) est un -module plat.
2) Si est un anneau semi-simple (, chap. VIII, § 5, no 1, déf. 1) tout -module à droite est semi-simple, donc somme directe de modules simples ; comme chacun de ces derniers est isomorphe à un facteur direct de (ibid., , no 1, prop. 6), E est projectif, et par suite plat d’après 1) (cf. exerc. 16)
3) Aux chap. II et III, nous étudierons en détail deux exemples importants de A-modules plats : les anneaux de fractions et les séparés complétés de A pour les topologies -adiques.
Proposition 3
Soient A un anneau, E un A-module à droite.
Cité par 5
Cité par Exemple, Remarque, I § 3, Theorem 4, II § 5, Corollaire 2, III § 3, Lemme 1, VI § 3
(i) Supposons que E soit plat. Pour tout élément a de A qui n’est pas diviseur à droite de 0 (), les relations entraînent .
(ii) *On suppose que A est un anneau commutatif intègre dans lequel tout idéal de type fini est principal (par exemple un anneau principal (Alg., chap. VII, § 1, no 1)). Alors, pour que E soit plat, il faut et il suffit que E soit sans torsion.
Prouvons (i). Soit l’homomorphisme de A-modules à gauche ; l’hypothèse signifie que est injectif. Comme E est plat, l’homomorphisme est aussi injectif. Lorsque l’on identifie canoniquement à E, devient l’endomorphisme de E. Donc la relation entraîne .
Prouvons (ii). D’après (i), si E est plat, E est sans torsion. Inversement, soit E un A-module sans torsion ; vérifions que, pour tout idéal de type fini de A, l’homomorphisme canonique est injectif (no 3, Remarque 1). Cette assertion est évidente si ; sinon, on a par hypothèse avec et , et est alors un isomorphisme de A sur ; notant l’injection canonique , est l’homothétie de rapport dans A. Alors est l’homothétie de rapport dans E, et est injective puisque E est supposé sans torsion. Or, on a ; comme est un isomorphisme, est injective, ce qui achève la démonstration.
(*) Rappelons qu’un diviseur à droite (resp. à gauche) de 0 dans un anneau A est un élément tel que l’application (resp. ) ne soit pas injective.
Exemple
Appliquant la prop. 3 à l’anneau , on voit que est un -module plat, mais que (pour ) n’est pas un -module plat.
Cite 1
Cite Proposition 3
5. Platitude des modules quotients.
Proposition 4
Soit E un A-module à droite. Les trois propriétés suivantes sont équivalentes : a) E est plat. b) Pour toute suite exacte de A-modules à droite de la forme (1)
Cite 3 · Cité par 3
Cite Proposition 20, A II § 1, Lemme 1, Proposition 2, I § 1
Cité par Corollaire, Proposition 5, Exercice 6, § 2
Montrons d’abord que a) implique b). Le A-module à gauche F est isomorphe à un quotient d’un module libre (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 11, prop. 20); autrement dit, on a une suite exacte
(4)
Cela étant, si E est plat, est injectif, autrement dit , et la suite exacte (4) montre que est injectif, donc la suite (2) est exacte (compte tenu du n° 1, lemme 1).
Comme b) implique évidemment c), il nous reste à prouver que c) entraîne a). Considérons le diagramme (3) dans le cas , , , et appliquons la suite exacte (4). Par hypothèse, est injectif, donc ; en outre, comme H est plat, on a ; l’exactitude de la suite (4) entraîne donc , autrement dit est injectif et cela prouve que E est plat (n° 3, Remarque 1).
Proposition 5
Soit une suite exacte de A-modules à droite. Supposons que soit plat. Alors, pour que E soit plat, il faut et il suffit que soit plat.
Cite 4
Cite Lemme 1, Proposition 4, Corollaire 1, I § 1, Exercice 3, § 2
Soit un homomorphisme injectif de A-modules à gauche. Considérons le diagramme
Il est commutatif et ses lignes sont exactes (n° 1, lemme 1). Puisque est plat, est injectif ; en outre, la prop. 4 prouve que et sont injectifs. Cela étant, si E est plat, est injectif, donc aussi ; on en conclut que est injectif, et par suite est plat. Réciproquement, si est plat, est injectif ; on conclut alors du § 1, n° 4, cor. 1 de la prop. 2, que est injectif, et par suite E est plat.
Remarque 1
Il peut se faire que E et soient plats sans que le soit, comme le montre l’exemple des -modules .
Remarque 2
Un sous-module d’un module plat n’est pas nécessairement un module plat (exerc. 3).
6. Propriétés d’intersection.
Lemme 7
Soient E un A-module à droite, F un A-module à gauche, F’, F'' deux sous-modules de F tels que F = F' + F''. Alors l’intersection des images canoniques de E ⊗ F’ et E ⊗ F'' dans E ⊗ F est égale à l’image canonique de E ⊗ (F' ∩ F'').
Considérons en effet le diagramme
où les flèches non spécifiées sont les injections et surjections canoniques et j est l’isomorphisme canonique défini dans (Alg., chap. I, § 6, no 13, th. 6). Ce diagramme est commutatif et ses lignes sont exactes. On en déduit (puisque F = F' + F'') un diagramme commutatif
Les lignes de ce diagramme sont exactes (no 1, lemme 1) et est un isomorphisme. Notre assertion est alors un cas particulier du § 1, no 4, prop. 1, (i). (Cf. exerc. 5.)
Proposition 6
Soient E un A-module à droite et F un A-module à gauche tels que E soit plat pour F. Pour tout sous-module F’ de F, notons l’image de par l’application canonique de dans (qui est injective en vertu de la déf. 1 du no 2). Alors, si F’, F'' sont deux sous-modules de F, on a
Cite 2 · Cité par 6
Cite Définition 1, Lemme 7
Cité par Remarque 1, Proposition 10, I § 3, Corollaire 1, III § 3, Proposition 11, IV § 2, Proposition 15, VII § 1, Proposition 4, VII § 4
En effet, comme E est plat pour F, s’identifie à , et les sous-modules , et s’identifient aux images canoniques de , et dans respectivement. La prop. 6 résulte alors du lemme 7.
n° 6
Remarque 1
Les hypothèses étant celles de la prop. 6, on identifie d’ordinaire à pour tout sous-module de , ce qui donne la formule
Cite 1
Cite Proposition 6
Proposition 7
Soient un -module à droite, un sous-module de , un -module à gauche et un sous-module de . Supposons que ou soit un module plat. Alors l’image canonique de dans est l’intersection des images canoniques de et de dans .
Cite 2 · Cité par 5
Cite Proposition 1, I § 1, Lemme 1
Cité par Lemme 10, Remarque 2, Proposition 10, I § 3, Exercice 6, § 2, Corollaire, V § 1
Supposons par exemple que soit plat, et considérons le diagramme
où les flèches sont les homomorphismes canoniques. Ce diagramme est commutatif et ses lignes sont exactes (n° 1, lemme 1). Comme est plat, est injectif. Notre assertion est alors un cas particulier du § 1, n° 4, prop. 1, (i).
Corollaire
Soient un -module à droite, un sous-module de .
Cite 1 · Cité par 3
Cite Proposition 4
Cité par Exercice 16, § 2, Exercice 23, § 2, Proposition 9, I § 3
(i) Supposons que soit plat. Alors, pour tout idéal à gauche de , on a
(ii) Inversement, supposons que soit plat et que pour tout idéal à gauche de type fini de , on ait la relation (5). Alors est plat.
(i) Il suffit d’appliquer la prop. 7 au cas où .
(ii) Pour prouver que est plat, appliquons le critère c) de la prop. 4 du n° 5 ; il faut donc établir que la suite
est exacte en pour tout idéal à gauche de type fini de . Or, c’est exactement ce qu’exprime la relation (5).
Remarque 2
La conclusion de la prop. 7 reste vraie si l’on suppose seulement que E/E’ est plat pour F ou que F/F’ est plat pour E.
7. Produits tensoriels de modules plats.
Soient A, B deux anneaux, E un A-module à droite, F un (A, B)-bimodule (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 14). Rappelons (Alg., chap. II, 3e éd., § 3, no 4) que E ⊗_A F est canoniquement muni d’une structure de B-module à droite, pour laquelle
Proposition 8
Soient A, B deux anneaux, E un A-module à droite, F un (A, B)-bimodule. Supposons que E soit plat, et que F soit plat en tant que B-module. Alors le B-module E ⊗_A F est plat.
Cite 1 · Cité par 4
Cité par Corollaire 1, Corollaire 2, Corollaire 3, Proposition 14, II § 3
Soient en effet G un B-module à gauche et G’ un sous-module de G. Puisque F est plat en tant que B-module à droite, l’homomorphisme canonique est injectif. Puisque E est plat, l’homomorphisme canonique
est injectif. Comme et s’identifient canoniquement à et respectivement (Alg., chap. II, 3e éd., § 3, no 8, prop. 8), l’homomorphisme canonique est injectif, ce qui prouve que est un B-module plat.
Corollaire 1
Soient C un anneau commutatif, E, F deux C-modules plats. Alors est un C-module plat.
En effet, F est un (C, C)-bimodule et il suffit d’appliquer la prop. 8 avec .
Corollaire 2
Soit ρ un homomorphisme d’un anneau A dans un anneau B. Si E est un A-module à droite plat, le B-module à droite obtenu par extension à B de l’anneau des scalaires (Alg., chap. II, 3e éd., § 5, no 1) est plat.
Cite 2 · Cité par 4
Cite A II § 5. Extension de l'anneau des scalaires, Proposition 8
Cité par Proposition 9, Proposition 6, I § 3, Proposition 13, II § 3, Proposition 1, III § 5
En effet, on a par définition , où B est considéré comme (A, B)-bimodule au moyen de ρ. Comme le B-module à droite B_d est plat, il suffit d’appliquer la prop. 8.
Corollaire 3
Soient R, S deux anneaux, φ : R → S un homomorphisme d’anneaux. Si M est un S-module à droite plat et si φ_*(S_d) est un R-module à droite plat, alors φ_*(M) est un R-module à droite plat.
Cite 2 · Cité par 4
Cite Proposition 8, A II § 1. Modules
Cité par Proposition 6, I § 3, Proposition 13, II § 3, Corollaire 3, III § 3, Proposition 4, VII § 4
Rappelons que φ_*(M) est le R-module à droite défini par x.r = x.φ(r) pour tout x ∈ M et tout r ∈ R (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 13). On applique alors la prop. 8 avec A = S, B = R, E = M et F = S, S étant muni de la structure de (S, R)-bimodule définie par φ ; le R-module à droite M ⊗_S S n’est autre alors que φ_*(M).
Proposition 9
Soient (A_α, f_{βα}) un système inductif filtrant d’anneaux, A = lim → A_α sa limite inductive, (E_α, g_{βα}) un système inductif de A_α-modules à droite ayant même ensemble d’indices, E = lim → E_α sa limite inductive, qui est un A-module à droite (Alg., chap. II, 3e éd., § 6, no 6). Si chacun des E_α est un A_α-module plat, E est un A-module plat.
Cite 3 · Cité par 2
Cite A II § 6. Limites projectives et limites inductives de modules, Proposition 2, Corollaire 2
Cité par Corollaire 4, II § 2, Exercice 17, § 3
En effet, soit E'_α = E_α ⊗_{A_α} A, où A est considéré comme A_α-module à gauche au moyen de l’homomorphisme canonique A_α → A ; on sait que le A-module à droite E est canoniquement isomorphe à lim → E'_α (loc. cit., cor. 2 de la prop. 12). Il résulte du cor. 2 de la prop. 8 que E'_α est un A-module à droite plat pour tout α, donc E est un A-module plat en vertu du no 3, prop. 2.
8. Modules de présentation finie.
Soit A un anneau. On appelle présentation (ou présentation de longueur 1) d’un A-module à gauche (resp. à droite) E une suite exacte
(6)
Tout A-module E admet une présentation. On sait en effet (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 11, prop. 20) qu’il existe un homomorphisme surjectif , où est libre ; si est le noyau de , il existe de même un homomorphisme surjectif où est libre. Si l’on considère comme un homomorphisme de dans , la suite est exacte par définition, d’où notre assertion.
Si est un homomorphisme d’anneaux, toute présentation (6) de fournit une présentation de :
en vertu du no 1, lemme 1 et du fait que est un -module libre lorsque est libre.
On dit qu’une présentation (6) d’un module est finie si les modules libres et ont des bases finies. Il est clair que si la présentation (6) est finie, il en est de même de la présentation (7). On dit que est un A-module de présentation finie s’il admet une présentation finie.
Lemme 8
(i) Tout module admettant une présentation finie est de type fini.
Cite 1 · Cité par 5
Cite Proposition 1
Cité par Proposition 12, I § 3, Corollaire 2, II § 3, Proposition 6, II § 3, Théorème 1, II § 5, Théorème 3, III § 3
(ii) Si est un anneau noethérien à gauche, tout -module à gauche de type fini admet une présentation finie.
(iii) Tout module projectif de type fini admet une présentation finie.
L’assertion (i) résulte trivialement des définitions. Si est noethérien à gauche et s’il existe un homomorphisme surjectif , où est un -module à gauche libre ayant une base finie, le noyau de est de type fini (Alg., chap. VIII, § 2, no 1, prop. 1 et no 3, prop. 7), donc il y a un homomorphisme surjectif où est libre de base finie, et la suite exacte est une présentation finie de ; d’où (ii).
Enfin, supposons que soit un module projectif de type fini ; il est alors facteur direct d’un module libre de type fini (Alg., chap. II, 3e éd., § 2, no 2, cor. de la prop. 4) ; le noyau de l’homomorphisme surjectif est alors isomorphe à un quotient de , donc est de type fini, et on termine comme ci-dessus.
Lemme 9
Soient un anneau, un -module de présentation finie. Pour toute suite exacte
où est de type fini, le module est de type fini.
Cite 1 · Cité par 5
Cité par Exercice 11, § 2, Exercice 7, § 2, Proposition 11, I § 3, Proposition 5, II § 3, Proposition 2, II § 5
Soit une présentation finie ; si est une base de , il existe pour chaque un élément tel que ; l’homomorphisme tel que pour tout est donc tel que . Comme , on a , et comme est isomorphe à , on voit qu’il y a un homomorphisme tel que le diagramme
soit commutatif. Comme est injectif et surjectif, on peut appliquer le diagramme du serpent (, no 4, prop. 2), autrement dit il y a une suite exacte
Ceci montre que est isomorphe à , qui est de type fini par hypothèse. On a en outre la suite exacte
et comme et sont de type fini, il en est de même de (Alg., chap. II, 3e éd., , no 7, cor. 5 de la prop. 9).
9. Extension des scalaires dans les modules d’homomorphismes.
Soient et deux anneaux, un -module à droite, un -module à droite et un -bimodule. Rappelons qu’on a défini (Alg., chap. II, 3e éd., , no 2) un homomorphisme canonique de -modules
tel que, pour et , soit l’application -linéaire .
Proposition 10
Soient deux anneaux, un -module à droite, un -module à droite, un -bimodule. Supposons que soit plat. Alors, si est de type fini (resp. de présentation finie) l’homomorphisme canonique (8) est injectif (resp. bijectif).
Cite 4 · Cité par 1
Cite Théorème 1, A II § 2, Proposition 1, Proposition 2, A II § 4, Corollaire 2, I § 1
Cité par Proposition 11
Considérons comme fixés, et, pour tout -module à droite , posons
et notons l’homomorphisme (8) ; pour tout homomorphisme de -modules à droite, posons et . Soit une présentation de ; nous supposons le module libre (resp. les modules libres et ) de type fini. On a le diagramme
qui est commutatif, et dont la seconde ligne est exacte (, chap. II, 3e éd., § 2, no 1, th. 1) ; en outre, la suite
est exacte (loc. cit.), et comme est plat, la première ligne de (9) est aussi une suite exacte (no 3, prop. 1). Cela étant, on sait que (resp. et ) est bijectif (resp. sont bijectifs) (, chap. II, 3e éd., § 4, no 2, prop. 2). Si on suppose seulement bijectif, il résulte de (9) que est injectif, donc l’est aussi. Si on suppose que et sont tous deux bijectifs, on déduit du § 1, no 4, cor. 2, (ii) de la prop. 2 que est surjectif, et comme on vient de voir que est injectif, il est bijectif.
C. Q. F. D.
10. Extension des scalaires : cas des anneaux commutatifs.
Soient maintenant un anneau commutatif, un anneau, un homomorphisme d’anneaux tel que soit contenu dans le centre de ; autrement dit, définit sur une structure de A-algèbre. Pour tout -module , le -module à droite s’identifie alors à , les structures de -mon° 10
dule de et de étant identiques par hypothèse. Rappelons que pour tout couple de -modules, on a défini un -homomorphisme canonique
(10)
Proposition 11
Soient un anneau commutatif, un anneau, un homomorphisme de dans le centre de , et deux -modules. On suppose que est un -module plat, et que est de type fini (resp. de présentation finie). Alors l’homomorphisme canonique (10) est injectif (resp. bijectif).
Cite 2 · Cité par 6
Cite Proposition 10, Remarque 2
Cité par Exercice 21, § 2, Proposition 12, Corollaire 1, Proposition 12, I § 3, Proposition 19, II § 2, Proposition 8, VII § 4
Comme est composé de l’isomorphisme canonique
Supposons maintenant et commutatifs, et considérons trois -modules, et une application -bilinéaire . Il existe alors une application -bilinéaire et une seule telle que quels que soient (Alg., chap. IX, § 1, n° 4, prop. 1).
Dans l’énoncé qui suit, nous supposerons que est un -module plat et, pour tout sous-module d’un (), nous identifierons canoniquement à son image dans (n° 3, Remarque 2).
Proposition 12
Soient des anneaux commutatifs, un homomorphisme de dans , trois -modules, une application -bilinéaire,
Cite 2 · Cité par 4
Cite Proposition 1, Proposition 11
Cité par Remarque, Corollaire 1, Corollaire 2, Corollaire 1, III § 3
Soit en effet p la surjection canonique E_3 \to E_3/F_3 ; à tout x_1 \in E_1 associons l'application A-linéaire x_2 \to p(f(x_1, x_2)) de F_2 dans E_3/F_3, que nous noterons g(x_1) ; donc g est un A-homomorphisme de E_1 dans Hom_A(F_2, E_3/F_3), et le noyau de g n'est autre que T. Puisque B est un A-module plat, on a la suite exacte
(n°3, prop. 1). En vertu de la prop. 11, l'homomorphisme canonique
est injectif. D'autre part, comme B est un A-module plat, (E_3/F_3)_{(u)} s'identifie canoniquement à E_{3(u)}/F_{3(u)} ; composant ω et 1 ⊗ g, on obtient un homomorphisme u, pour lequel la suite
est exacte. Il résulte aussitôt des définitions que u(x'_1), pour x'_1 = 1 ⊗ x_1 \in E_{1(u)}, est l'application linéaire qui, à tout x'_2 \in F_{2(u)}, fait correspondre la classe mod. F_{3(u)} de f_B(x'_1, x'_2) ; par linéarité, cela est encore vrai pour tout x'_1 \in E_{1(u)} ; le noyau de u étant T_{(u)}, la proposition est démontrée.
Corollaire 1
Soient A, B deux anneaux commutatifs, ρ : A → B un homomorphisme tel que B soit un A-module plat, E un A-module de présentation finie. Pour tout sous-module de type fini F de E, l'orthogonal de F_{(u)} dans le dual de E_{(u)} est égal à (F')_{(u)}, en désignant par F' l'orthogonal de F dans le dual E* de E.
Cite 2
Cite Proposition 11, Proposition 12
Il résulte de la prop. 11 que (E*)_{(u)} est canoniquement isomorphe au dual (E_{(u)})* de E_{(u)}. Il suffit alors d'appliquer la prop. 12 à E_1 = E*, E_2 = E, E_3 = A, F_2 = F, F_3 = \{0\}, f étant la forme bilinéaire canonique sur E* × E.
Corollaire 2
Soient A, B, deux anneaux commutatifs, ρ : A → B un homomorphisme tel que B soit un A-module plat. Alors, pour tout A-module de type fini E, l'annulateur de E_{(u)} est l'idéal aB de B, où a est l'annulateur de E dans A.
Il suffit d’appliquer la prop. 12 à .
Remarque
Lorsqu’il n’y a pas d’ambiguïté sur les modules et sur l’application bilinéaire , on note parfois le module désigné par T dans la prop. 12, et on l’appelle le transporteur de dans . La conclusion de la prop. 12 s’écrit alors
(11)
Dans le cas particulier où les sont égaux à l’anneau , étant la multiplication, et les des idéaux , on obtient la formule des transporteurs
(12)
Cite 1
Cite Proposition 12
11. Interprétation de la platitude en termes de relations (*).
Dans tout ce no A désigne un anneau, E un A-module à droite et F un A-module à gauche.
Tout élément de s’écrit, au moins d’une façon, sous la forme où et . Le lemme suivant donne une condition pour qu’une telle somme soit nulle :
Lemme 10
Soient une famille de générateurs de F, une famille d’éléments de E, de support fini. Pour que , il faut et il suffit qu’il existe un ensemble fini J, une famille d’éléments de E et une famille () d’éléments de A ayant les propriétés suivantes : 1° la famille a un support fini ; 2° on a pour tout ; 3° on a pour tout .
Cite 5 · Cité par 2
Cite Lemme 1, I § 3. Modules fidèlement plats, Proposition 7, Corollaire 1, Corollaire 1, A II § 3
Cité par Exercice 24, § 2, Proposition 13
(*) Les résultats de ce no ne seront pas utilisés dans le reste de ce chapitre, sauf au § 3, no 7.
En langage imagé, le système des doit être combinaison linéaire à coefficients dans de systèmes d’éléments de qui sont des « relations entre les ».
Considérons en effet le -module libre , sa base canonique et l’homomorphisme tel que pour tout ; en notant le noyau de , on a (puisque les engendrent ) la suite exacte
où désigne l’injection canonique. En vertu du no 1, lemme 1, on en déduit la suite exacte
Or, s’identifie canoniquement à , une famille étant identifiée à (, chap. II, 3e éd., § 3, no 7, cor. 1 de la prop. 7). Pour qu’une telle famille appartienne au noyau de , il faut et il suffit que dans ; compte tenu de la suite exacte (13), cela équivaut à dire que appartient à l’image de , c’est-à-dire que l’on a une relation de la forme
où , et est fini. Si l’on pose , l’hypothèse se traduit par la relation pour tout ; la relation (14) se traduit d’autre part par pour tout (, chap. II, 3e éd., § 3, no 7, cor. 1 de la prop. 7), ce qui achève la démonstration.
Proposition 13
Pour que E soit plat pour F* (no 2, déf. 1), il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite:
(R) Si et sont deux familles finies d’éléments de E et de F respectivement, telles que dans , il existe un ensemble fini J, une famille d’éléments de E, et une famille d’éléments de A, ayant les propriétés suivantes :
n° 11
1° on a pour tout ; 2° on a pour tout .
Supposons que E soit plat pour F. Soient et des familles finies d’éléments telles que dans , et soit le sous-module de F engendré par les . Puisque l’application canonique est injective, on a aussi dans et on peut alors appliquer le lemme 10 à E et à ; on obtient ainsi les familles et vérifiant les conditions de (R).
Réciproquement, supposons vérifiée la condition (R). Soit un sous-module de F, et soit un élément du noyau de l’application canonique . Puisque (R) est vérifiée, il existe des familles et vérifiant les conditions 1° et 2°. On en conclut que, dans , on a
Donc est injectif. C. Q. F. D.
Corollaire 1
Pour qu’un A-module à droite E soit plat, il faut et il suffit qu’il vérifie la condition suivante*:
(RP) Si et sont deux familles finies d’éléments de E et de A respectivement telles que , il existe un ensemble fini J, une famille d’éléments de E, et une famille (j ) d’éléments de A tels que pour tout et que pour tout .
En effet, la condition (RP) n’est autre que la condition (R) de la prop. 13, appliquée au module .
En termes imagés, (RP) s’énonce ainsi : toute « relation » entre les , à coefficients dans E, est combinaison linéaire (à coefficients dans E) de « relations » entre les à coefficients dans A.
Considérons plus particulièrement un homomorphisme de A dans un anneau B, faisant de B un A-module à droite. On sait (n° 3, prop. 1) qu’il revient au même de dire que ce A-module est plat, ou qu’il est plat pour tout A-module à gauche (). Si on applique la condition (R) de la prop. 13 à , on obtient la condition suivante :
Corollaire 2
Pour que l’anneau B soit un A-module à droite plat, il faut et il suffit qu’il vérifie la condition suivante :* (RP') Toute solution , *formée d’éléments de B, d’un système d’équations linéaires et homogènes
Cité par 1
Cité par Proposition 13, I § 3
Exercices
See the exercises for § 2.