Bourbaki

§ 5. Propriétés de platitude des modules filtrés.

1. Modules idéalement séparés.

Définition 1

Soient AA un anneau commutatif, J\mathfrak{J} un idéal de AA. On dit qu’un AA-module MM est idéalement séparé pour J\mathfrak{J} (ou simplement idéalement séparé s’il n’en résulte pas de confusion) si, pour tout idéal aa de type fini de AA, le AA-module a⊗AMa \otimes_A M est séparé pour la topologie J\mathfrak{J}-adique.

Faisant a=Aa = A dans cette définition, on voit déjà que MM est nécessairement séparé pour la topologie J\mathfrak{J}-adique.

Exemple 1

Si AA est noethérien, et si J\mathfrak{J} est contenu dans le radical de AA (autrement dit si AA est un anneau de Zariski pour la topologie J\mathfrak{J}-adique), tout AA-module de type fini est idéalement séparé (§\S 3, no 3, prop. 6).

Exemple 2

Toute somme directe de modules idéalement séparés est un module idéalement séparé, en vertu des relations

Jn(a⊗A⨁λ∈LMλ)=Jn⨁λ∈L(a⊗AMλ)=⨁λ∈LJn(a⊗AMλ). \mathfrak{J}^n(a \otimes_A \bigoplus_{\lambda \in L} M_\lambda) = \mathfrak{J}^n \bigoplus_{\lambda \in L} (a \otimes_A M_\lambda) = \bigoplus_{\lambda \in L} \mathfrak{J}^n(a \otimes_A M_\lambda).

Exemple 3

Si un AA-module MM est plat et séparé pour la topologie J\mathfrak{J}-adique il est idéalement séparé, car a⊗AMa \otimes_A M s’identifie alors à un sous-module de MM, et la topologie J\mathfrak{J}-adique sur a⊗AMa \otimes_A M est plus fine que la topologie induite sur a⊗AMa \otimes_A M par la topologie J\mathfrak{J}-adique de MM, qui est séparée par hypothèse.

2. Énoncé du critère de platitude.

Soient AA un anneau, J\mathfrak{J} un idéal bilatère de AA, MM un AA-module à gauche, gr(A)\mathrm{gr}(A) et gr(M)\mathrm{gr}(M) l’anneau gradué et le gr(A)\mathrm{gr}(A)-module gradué associés respectivement à l’anneau AA et au module MM munis des filtrations J\mathfrak{J}-adiques (§\S 2, no 3). On a vu (loc. cit.) qu’on a pour tout entier n⩾0n \geqslant 0 un homomorphisme surjectif de Z\mathbf{Z}-modules

γn:(Jn/Jn+1)⊗A/J(M/JM)→JnM/Jn+1M \gamma_n : (\mathfrak{J}^n/\mathfrak{J}^{n+1}) \otimes_{A/\mathfrak{J}} (M/\mathfrak{J}M) \to \mathfrak{J}^n M/\mathfrak{J}^{n+1} M
et un homomorphisme gradué de degré 0 de gr(A)\mathrm{gr}(A)-modules gradués
γM:gr(A)⊗gr0(A)gr0(M)→gr(M) \gamma_M : \mathrm{gr}(A) \otimes_{\mathrm{gr}_0(A)} \mathrm{gr}_0(M) \to \mathrm{gr}(M)

dant la restriction à grn(A)⊗gr0(A)gr0(M)\mathrm{gr}_n(A) \otimes_{\mathrm{gr}_0(A)} \mathrm{gr}_0(M) est γn\gamma_n pour tout nn, et qui est par suite surjectif.

Théorème 1

Soient AA un anneau commutatif, J\mathfrak{J} un idéal de AA, MM un AA-module. Considérons les propriétés suivantes : (i) MM est un AA-module plat. (ii) Tor1A(N,M)=0\mathrm{Tor}_1^A(N, M) = 0 pour tout AA-module NN annulé par J\mathfrak{J}. (iii) M/JMM/\mathfrak{J}M est un (A/J)(A/\mathfrak{J})-module plat et l’application canonique J⊗AM→JM\mathfrak{J} \otimes_A M \to \mathfrak{J}M est bijective (cette dernière condition étant équivalente à Tor1A(A/J,M)=0\mathrm{Tor}_1^A(A/\mathfrak{J}, M) = 0 en vertu de la relation Tor1A(A,M)=0\mathrm{Tor}_1^A(A, M) = 0 et de la suite exacte Tor1A(A,M)→Tor1A(A/J,M)→J⊗AM→M\mathrm{Tor}_1^A(A, M) \to \mathrm{Tor}_1^A(A/\mathfrak{J}, M) \to \mathfrak{J} \otimes_A M \to M). (iv) M/JMM/\mathfrak{J}M est un (A/J)(A/\mathfrak{J})-module plat, et l’homomorphisme canonique γM:gr(A)⊗gr0(A)gr0(M)→gr(M)\gamma_M : \mathrm{gr}(A) \otimes_{\mathrm{gr}_0(A)} \mathrm{gr}_0(M) \to \mathrm{gr}(M), est bijectif (propriété (GR) du § 2, no 8). (v) Pour tout n≥1n \geq 1, M/JnMM/\mathfrak{J}^nM est un (A/Jn)(A/\mathfrak{J}^n)-module plat. Alors on a (i) ⇒\Rightarrow (ii) ⇔\Leftrightarrow (iii) ⇒\Rightarrow (iv) ⇔\Leftrightarrow (v). Si en outre J\mathfrak{J} est nilpotent, ou si AA est noethérien et MM idéalement séparé, les propriétés (i), (ii), (iii), (iv) et (v) sont équivalentes.

Remarque

Lorsque A/JA/\mathfrak{J} est un corps (cas fréquent dans les applications) la condition « M/JMM/\mathfrak{J}M est un (A/J)(A/\mathfrak{J})-module plat » est automatiquement vérifiée pour tout AA-module MM, ce qui simplifie l’énoncé des propriétés (iii) et (iv) ; en outre, dans ce cas, la propriété (v) équivaut à dire que M/JnMM/\mathfrak{J}^nM est un (A/Jn)(A/\mathfrak{J}^n)-module libre pour tout entier n≥1n \geq 1 (chap. II, § 3, no 2, cor. 2 de la prop. 5).

3. Démonstration du critère de platitude.

A) Les implications (i) ⇒\Rightarrow (ii) ⇔\Leftrightarrow (iii). L’implication (i) ⇒\Rightarrow (ii) est immédiate (chap. I, § 4). L’équivalence (ii) ⇔\Leftrightarrow (iii) est un cas particulier du chap. I, § 4, prop. 2, appliquée à R=A,S=A/J,F=M,E=NR = A, S = A/\mathfrak{J}, F = M, E = N, en tenant compte de ce que la donnée d’une structure de (A/J)(A/\mathfrak{J})-module sur NN équivaut à la donnée d’une structure de AA-module pour laquelle NN est annulé par J\mathfrak{J}.

Remarque 1). — La condition (ii) est aussi équivalente à la suivante :

(ii') Tor_1^A(N, M) = 0 pour tout A-module N annulé par une puissance de J\mathfrak{J}.

En effet, il est clair que (ii') implique (ii). Réciproquement, si (ii) est vérifiée, on a en particulier Tor_1^A(\mathfrak{J}^n N/\mathfrak{J}^{n+1} N, M) = 0 pour tout n ; de la suite exacte

0→Jn+1N→JnN→JnN/Jn+1N→0 0 \to \mathfrak{J}^{n+1} N \to \mathfrak{J}^n N \to \mathfrak{J}^n N/\mathfrak{J}^{n+1} N \to 0

on déduit la suite exacte

Tor1A(Jn+1N,M)→Tor1A(JnN,M)→Tor1A(JnN/Jn+1N,M), \text{Tor}_1^A(\mathfrak{J}^{n+1} N, M) \to \text{Tor}_1^A(\mathfrak{J}^n N, M) \to \text{Tor}_1^A(\mathfrak{J}^n N/\mathfrak{J}^{n+1} N, M),

et comme il existe un entier m tel que JmN=0\mathfrak{J}^m N = 0, on en déduit par récurrence descendante sur n que Tor1A(JnN,M)=0\text{Tor}_1^A(\mathfrak{J}^n N, M) = 0 pour tout n≤mn \leq m, et en particulier pour n=0n = 0.

Il résulte de là que lorsque J\mathfrak{J} est nilpotent, (ii) ⇒\Rightarrow (i), car (ii') signifie alors que Tor1A(N,M)=0\text{Tor}_1^A(N, M) = 0 pour tout A-module N, donc que M est plat (chap. I, § 4).

B) Démontrons la proposition suivante :

Proposition 1

Soient A un anneau commutatif, J\mathfrak{J} un idéal de A, M un A-module. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) Pour tout n≥1n \geq 1, on a Tor1A(A/Jn,M)=0\text{Tor}_1^A(A/\mathfrak{J}^n, M) = 0. b) Pour tout n≥1n \geq 1, l'homomorphisme canonique

θn:Jn⊗AM→JnM \theta_n : \mathfrak{J}^n \otimes_A M \to \mathfrak{J}^n M
est bijectif.

En outre ces conditions entraînent : c) L'homomorphisme canonique γM:gr(A)⊗gr0(A)gr0(M)→gr(M)\gamma_M : \mathrm{gr}(A) \otimes_{\mathrm{gr}_0(A)} \mathrm{gr}_0(M) \to \mathrm{gr}(M) est bijectif.

Réciproquement, si J\mathfrak{J} est nilpotent, c) entraîne a) et b).

L'équivalence de a) et b) résulte de la suite exacte

0=Tor1A(A,M)→Tor1A(A/Jn,M)→Jn⊗AM→M. 0 = \text{Tor}_1^A(A, M) \to \text{Tor}_1^A(A/\mathfrak{J}^n, M) \to \mathfrak{J}^n \otimes_A M \to M.

Considérons ensuite le diagramme

Jn+1⊗AM⟶Jn⊗AM⟶(Jn/Jn+1)⊗A(M/JM)⟶0θn+1↓θn↓γn↓0⟶Jn+1M⟶JnM⟶grn(M)⟶0 \begin{array}{cccccc} \mathfrak{J}^{n+1} \otimes_A M & \longrightarrow & \mathfrak{J}^n \otimes_A M & \longrightarrow & (\mathfrak{J}^n/\mathfrak{J}^{n+1}) \otimes_A (M/\mathfrak{J}M) & \longrightarrow 0 \\ \theta_{n+1} \downarrow & & \theta_n \downarrow & & \gamma_n \downarrow & \\ 0 & \longrightarrow & \mathfrak{J}^{n+1} M & \longrightarrow & \mathfrak{J}^n M & \longrightarrow \mathrm{gr}_n(M) \longrightarrow 0 \end{array}

où on note que (Jn/Jn+1)⊗A(M/JM)(\mathfrak{J}^n/\mathfrak{J}^{n+1}) \otimes_A (M/\mathfrak{J}M) s’identifie canoniquement avec (Jn/Jn+1)⊗A/J(M/JM)(\mathfrak{J}^n/\mathfrak{J}^{n+1}) \otimes_{A/\mathfrak{J}} (M/\mathfrak{J}M). Ce diagramme est commutatif par définition de rnr_n et ses lignes sont exactes. Si b) est vérifiée, θn\theta_n et θn+1\theta_{n+1} sont bijectifs, et il en est donc de même de rnr_n par définition d’un conoyau, donc b) entraîne c). Inversement, supposons J\mathfrak{J} nilpotent, et montrons que c) entraîne b); nous procéderons par récurrence descendante sur nn, puisque Jn⊗AM=JnM=0\mathfrak{J}^n \otimes_A M = \mathfrak{J}^n M = 0 pour nn assez grand. Supposons donc que dans le diagramme (1), rnr_n et θn+1\theta_{n+1} soient bijectifs ; il en est alors de même de θn\theta_n en vertu du chap. I, § 1, no 4, cor. 1 de la prop. 2.

C) L’implication (ii) ⇒\Rightarrow (iv).

Si (ii) est vérifié, il en est de même de (ii’) en vertu de la Remarque 1); la prop. 1 montre donc que rmr_m est un isomorphisme. D’autre part, on sait déjà que (ii) entraîne (iii), donc M/JMM/\mathfrak{J}M est un (A/J)(A/\mathfrak{J})-module plat, ce qui achève de prouver que (ii) entraîne (iv).

Remarque 2). — La prop. 1 montre que lorsque J\mathfrak{J} est nilpotent, (iv) entraîne (iii); compte tenu de la Remarque 1), on a donc prouvé dans ce cas que (i), (ii), (iii) et (iv) sont équivalentes.

D) L’équivalence (iv) ⇔\Leftrightarrow (v).

Pour tout n⩾1n \geqslant 1, M/JnMM/\mathfrak{J}^n M est canoniquement muni d’une structure de (A/Jn)(A/\mathfrak{J}^n)-module. Si on le filtre par la filtration (J/Jn)(\mathfrak{J}/\mathfrak{J}^n)-adique, il est immédiat que grm(M/JnM)=grm(M)\mathrm{gr}_m(M/\mathfrak{J}^n M) = \mathrm{gr}_m(M) si m<nm < n, et grm(M/JnM)=0\mathrm{gr}_m(M/\mathfrak{J}^n M) = 0 si m⩾nm \geqslant n. Pour tout k⩾1k \geqslant 1, posons Ak=A/JkA_k = A/\mathfrak{J}^k, Jk=J/Jk\mathfrak{J}_k = \mathfrak{J}/\mathfrak{J}^k, Mk=M/JkMM_k = M/\mathfrak{J}^k M; notons (iv)_k (resp. (v)_k) l’assertion déduite de (iv) (resp. (v)) en remplaçant AA, J\mathfrak{J}, MM par AkA_k, Jk\mathfrak{J}_k, MkM_k. Il résulte de ce qu’on vient de dire que (iv) équivaut à « pour tout k⩾1k \geqslant 1, (iv)_k », et il est évident que (v) équivaut à « pour tout k⩾1k \geqslant 1, (v)_k ». Il suffira donc d’établir l’équivalence (iv)_k ⇔\Leftrightarrow (v)_k pour tout kk, ou encore de démontrer que (iv) ⇔\Leftrightarrow (v) lorsque J\mathfrak{J} est nilpotent. Or (Remarque 2) on a vu que dans ce cas (iv) équivaut à (i). Comme M/JnMM/\mathfrak{J}^n M est isomorphe à M⊗A(A/Jn)M \otimes_A (A/\mathfrak{J}^n), (i) entraîne (v) (chap. I, § 2, no 7, cor. 2 de la prop. 8); par ailleurs il est clair que (v) entraîne alors (i). Nous avons donc démontré l’équivalence

(iv) ⇔\Leftrightarrow (v) dans tous les cas, et aussi celle de toutes les propriétés du théorème dans le cas où J\mathfrak{J} est nilpotent.

E) L’implication (v) ⇒\Rightarrow (i) lorsque AA est noethérien et MM idéalement séparé.

Il suffit de prouver que pour tout idéal aa de AA, l’application canonique j:a⊗AM→Mj : a \otimes_A M \to M est injective (chap. I, § 2, no 3, prop. 1). Soit x∈Ker jx \in \mathrm{Ker}\, j; comme a⊗AMa \otimes_A M est séparé pour la topologie J\mathfrak{J}-adique, il suffit de voir que pour tout entier n>0n > 0, on a x∈Jn(a⊗AM)x \in \mathfrak{J}^n(a \otimes_A M). Soit f:Jna→af : \mathfrak{J}^n a \to a l’injection canonique ; il suffit de montrer que x∈Im(f⊗1M)x \in \mathrm{Im}(f \otimes 1_M); en effet, si b∈Jnb \in \mathfrak{J}^n, a∈aa \in a et m∈Mm \in M, l’image par f⊗1Mf \otimes 1_M de l’élément (ba)⊗m(ba) \otimes m de (Jna)⊗AM(\mathfrak{J}^n a) \otimes_A M est l’élément (ba)⊗m=b(a⊗m)(ba) \otimes m = b(a \otimes m) de a⊗AMa \otimes_A M, donc Im(f⊗1M)⊂Jn(a⊗AM)\mathrm{Im}(f \otimes 1_M) \subset \mathfrak{J}^n(a \otimes_A M). En vertu du th. de Krull (§ 3, no 2, th. 2), il existe un entier kk tel que ak=a∩Jk⊂Jnaa_k = a \cap \mathfrak{J}^k \subset \mathfrak{J}^n a; si i:ak→ai : a_k \to a est l’injection canonique, il suffira donc de montrer que x∈Im(i⊗1M)x \in \mathrm{Im}(i \otimes 1_M). Or, en désignant par p:a→a/akp : a \to a/a_k et h:a/ak→A/Jkh : a/a_k \to A/\mathfrak{J}^k les applications canoniques, on a un diagramme commutatif

ak⊗AM→i⊗1Ma⊗AM→p⊗1M(a/ak)⊗AM→0j↓h⊗1M↓M⟶(A/Jk)⊗AM \begin{array}{ccccc} a_k \otimes_A M & \xrightarrow{i \otimes 1_M} & a \otimes_A M & \xrightarrow{p \otimes 1_M} & (a/a_k) \otimes_A M \to 0 \\ & & j \downarrow & & h \otimes 1_M \downarrow \\ & & M & \longrightarrow & (A/\mathfrak{J}^k) \otimes_A M \end{array}

dans lequel la première ligne est exacte. Il suffit de prouver que x∈Ker(p⊗1M)x \in \mathrm{Ker}(p \otimes 1_M) et comme x∈Ker jx \in \mathrm{Ker}\, j par hypothèse, il suffira de voir que l’application h⊗1Mh \otimes 1_M est injective. Or, elle s’écrit aussi (Alg., chap. II, 3e éd., § 3, no 6, cor. 3 de la prop. 6)

h⊗1M/JMk:(a/ak)⊗A/Jk(M/JkM)→M/JkM h \otimes 1_{M/\mathfrak{J}^k_M} : (a/a_k) \otimes_{A/\mathfrak{J}^k} (M/\mathfrak{J}^k M) \to M/\mathfrak{J}^k M

et comme hh est injective et que, d’après (v), M/JkMM/\mathfrak{J}^k M est un (A/Jk)(A/\mathfrak{J}^k)-module plat, cela achève la démonstration.

4. Applications.

Proposition 2

Soient AA un anneau commutatif, J\mathfrak{J} un idéal de AA, BB une AA-algèbre commutative noethérienne telle que JB\mathfrak{J}B soit contenu dans le radical de BB. Alors tout BB-module de type fini MM est un AA-module idéalement séparé pour J\mathfrak{J}.

Nous allons voir plus généralement que pour tout A-module de type fini N, N⊗AMN \otimes_A M est séparé pour la topologie J\mathfrak{J}-adique. En effet, N(B)=N⊗ABN_{(B)} = N \otimes_A B est un B-module de type fini, et le B-module N⊗AMN \otimes_A M s’identifie canoniquement à N(B)⊗BMN_{(B)} \otimes_B M en vertu de l’associativité du produit tensoriel. Soit L\mathfrak{L} le radical de B ; comme JB⊂L\mathfrak{J}B \subset \mathfrak{L}, la topologie J\mathfrak{J}-adique sur N⊗AMN \otimes_A M est ainsi identifiée à une topologie plus fine que la topologie L\mathfrak{L}-adique de N(B)⊗BMN_{(B)} \otimes_B M ; mais cette dernière topologie est séparée puisque N(B)⊗BMN_{(B)} \otimes_B M est un B-module de type fini (n° 1, Exemple 1), d’où la conclusion.

Proposition 3

Soient A un anneau commutatif, B une A-algèbre commutative, J\mathfrak{J} un idéal de A, M un B-module. On suppose que B est un anneau noethérien et un A-module plat, et que M est idéalement séparé pour JB\mathfrak{J}B. Les conditions suivantes sont équivalentes :

a) M est un B-module plat. b) M est un A-module plat et M/JM=M/(JB)MM/\mathfrak{J}M = M/(\mathfrak{J}B)M est un (B/JB)(B/\mathfrak{J}B)-module plat.

Si en outre l’homomorphisme canonique A/J→B/JBA/\mathfrak{J} \to B/\mathfrak{J}B est bijectif, les conditions a) et b) sont aussi équivalentes à : c) M est un A-module plat.

La condition a) entraîne b) en vertu du chap. I, § 2, n° 7, cor. 2 et 3 à la prop. 8 et du fait que M/JMM/\mathfrak{J}M est isomorphe à M⊗B(B/JB)M \otimes_B (B/\mathfrak{J}B). Supposons la condition b) satisfaite ; pour montrer que M est un B-module plat, nous allons appliquer le th. 1 du n° 2, avec A remplacé par B et J\mathfrak{J} par JB\mathfrak{J}B. Il suffira donc de montrer que l’application canonique f:JB⊗BM→JMf : \mathfrak{J}B \otimes_B M \to \mathfrak{J}M est injective. Soient f1f_1 l’application canonique J⊗AB→JB\mathfrak{J} \otimes_A B \to \mathfrak{J}B et f2f_2 l’isomorphisme canonique J⊗AM→(J⊗AB)⊗BM\mathfrak{J} \otimes_A M \to (\mathfrak{J} \otimes_A B) \otimes_B M ; f∘(f1⊗1M)∘f2f \circ (f_1 \otimes 1_M) \circ f_2 est l’application canonique f′:J⊗AM→JMf' : \mathfrak{J} \otimes_A M \to \mathfrak{J}M, comme on le vérifie facilement. Or f′f' est un isomorphisme puisque M est un A-module plat, tandis que f1f_1 est un isomorphisme parce que B est plat sur A ; ff est donc un isomorphisme.

Soit ρ:A/J→B/JB\rho : A/\mathfrak{J} \to B/\mathfrak{J}B l’homomorphisme canonique ; la structure de (A/J)(A/\mathfrak{J})-module de M/JMM/\mathfrak{J}M déduite par ρ\rho de sa structure de (B/JB)(B/\mathfrak{J}B)-module est isomorphe à celle de M⊗A(A/J)M \otimes_A (A/\mathfrak{J}). Il en résulte que si M est un A-module plat, M/JMM/\mathfrak{J}M est un (A/J)(A/\mathfrak{J})-module plat, donc aussi un (B/\mathfrak{J}B)-module plat si ρ\rho est un isomorphisme ; on a ainsi prouvé que c) ⇒b)\Rightarrow b) dans ce cas.

Corollaire

Soient A un anneau commutatif noethérien, J\mathfrak{J} un idéal de A, A^\hat{A} le séparé complété de A pour la topologie J\mathfrak{J}-adique, M un A^\hat{A}-module idéalement séparé pour JA^\mathfrak{J}\hat{A}. Pour que M soit un A-module plat, il faut et il suffit que M soit un A^\hat{A}-module plat.

On sait en effet que A^\hat{A} est un anneau noethérien (§ 3, n° 4, prop. 8) et un A-module plat (§ 3, n° 4, th. 3), que JA^=J^\mathfrak{J}\hat{A} = \hat{\mathfrak{J}} (§ 2, n° 12, prop. 16) et que l’homomorphisme canonique A/J→A^/J^A/\mathfrak{J} \to \hat{A}/\hat{\mathfrak{J}} est bijectif (§ 2, n° 12, prop. 15) ; on peut donc appliquer la prop. 3.

Proposition 4

Soient A et B deux anneaux commutatifs noethériens, h:A→Bh : A \to B un homomorphisme d’anneaux, J\mathfrak{J} un idéal de A, L\mathfrak{L} un idéal de B contenant JB\mathfrak{J}B et contenu dans le radical de B. Soient A^\hat{A} le séparé complété de A pour la topologie J\mathfrak{J}-adique, B^\hat{B} le séparé complété de B pour la topologie L\mathfrak{L}-adique ; hh est continu pour ces topologies et h^:A^→B^\hat{h} : \hat{A} \to \hat{B} fait donc de B^\hat{B} une A^\hat{A}-algèbre. Soient M un B-module de type fini, M^\hat{M} son séparé complété pour la topologie L\mathfrak{L}-adique ; les propriétés suivantes sont équivalentes :

a) M est un A-module plat. b) M^\hat{M} est un A-module plat. c) M^\hat{M} est un A^\hat{A}-module plat.

Comme B, muni de la topologie L\mathfrak{L}-adique, est un anneau de Zariski, B^\hat{B} est un B-module fidèlement plat (§ 3, n° 5, prop. 9) et M^\hat{M} est canoniquement isomorphe à M⊗BB^M \otimes_B \hat{B} (§ 3, n° 4, th. 3) ; on vérifie aussitôt que cet isomorphisme canonique est un isomorphisme de la structure de A-module de M^\hat{M} sur la structure de A-module de M⊗BB^M \otimes_B \hat{B} déduite de celle de M. Appliquons la prop. 4 du chap. I, § 3, n° 2 avec R remplacé par B, S par A, E par B^\hat{B}, F par M ; on voit que pour que M soit un A-module plat, il faut et il suffit que M^\hat{M} soit un A-module plat. Par ailleurs, M^\hat{M} est un B^\hat{B}-module de type fini et JB^\mathfrak{J}\hat{B} est contenu dans L^=LB^\hat{\mathfrak{L}} = \mathfrak{L}\hat{B}, donc dans le radical de B^\hat{B} (§ 3, n° 4, prop. 8) ; par suite M^\hat{M} est un A^\hat{A}-module idéalement séparé pour JA^\mathfrak{J}\hat{A} (prop. 2). Les conditions b) et c) sont donc équivalentes en vertu du cor. de la prop. 3.

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.