Soit R un anneau commutatif. On dit que deux éléments x,y de R sont fortement étrangers si les idéaux principaux Rx et Ry sont étrangers, autrement dit (chap. II, § 1, no 2) si Rx+Ry=R; il revient au même de dire qu’il existe deux éléments a,b de R tels que ax+by=1.
Lemme 1 (« lemme d’Euclide »)
Soient x, y deux éléments fortement étrangers dans R ; si z ∈ R est tel que x divise yz, alors x divise z.
En effet, si 1=ax+by, on a z=x(az)+(yz)b.
Si x et y sont fortement étrangers dans R, on a
Rxy=(Rx)∩(Ry)
(chap. II, § 1, no 2, prop. 5); si R est intègre, deux éléments fortement étrangers ont donc un ppcm égal à leur produit (Alg., chap. VI, § 1, no 8) et sont par suite étrangers au sens de Alg., chap. VI, § 1, no 12. Réciproquement, si R est un anneau principal, deux éléments étrangers sont aussi fortement étrangers, comme il résulte de l’identité de Bezout (Alg., chap. VII, § 1, no 2, th. 1).
Dans les anneaux de polynômes, on a le résultat suivant :
Proposition 1
Soient A un anneau commutatif, P et P’ deux polynômes fortement étrangers dans A[X]. On suppose que P est unitaire et de degré s. Alors tout polynôme T dans A[X] s’écrit d’une manière et d’une seule sous la forme
T=PQ+P’Q’
avec Q∈A[X], Q’∈A[X] et deg(Q’)<s.
Si de plus on a deg(T)≤t et deg(P’)≤t−s, alors deg(Q)≤t−s.
Comme P est unitaire, on a PR ≠ 0 pour tout polynôme R ≠ 0 de A[X] et dans ce cas on a deg(PR)=s+deg(R).
Soit T un polynôme quelconque dans A[X]. Comme l’idéal engendré par P et P’ est A[X] tout entier, il existe des polynômes Q₁ et Q₁’ tels que T=PQ1+P’Q1’; comme P est unitaire de degré s, la division euclidienne (Alg., chap. IV, § 1, no 5) montre qu’il existe deux polynômes Q’, Q’’ tels que Q1’=PQ’’+Q’ avec deg(Q’)<s; on en déduit donc
T=PQ1+P’(PQ’’+Q’)=PQ+P’Q’
avec Q=Q1+P’Q’’. Pour démontrer l’unicité dans la formule (1), il suffit de prouver que les relations
0=PQ+P’Q’,deg(Q’)<s
impliquent Q=Q′=0. Or, si (2) est vérifiée, P divise – PQ = P'Q', et comme P et P' sont fortement étrangers, P divise Q' en vertu du lemme 1 ; si on avait Q′=0, il existerait un polynôme S =0 tel que Q′=PS, d'où deg(Q′)=s+deg(S)≥s, ce qui est contradictoire. On en conclut Q′=0, d'où PQ=0 et finalement Q=0 d'après la remarque du début.
Enfin, supposons que l'on ait deg(T)≤t et deg(P′)≤t−s; le polynôme T étant mis sous la forme (1), on a
deg(P′Q′)≤deg(P′)+deg(Q′)<s+deg(P′)≤t
et par suite
s+deg(Q)=deg(PQ)=deg(T−P′Q′)≤t
d'où deg(Q)≤t−s.
Exemple
Pour qu'un polynôme P∈A[X] soit fortement étranger à X−a (où a∈A), il faut et il suffit que P(a) soit inversible dans A. En effet, si P et X−a sont fortement étrangers, il résulte de la prop. 1 qu'il existe c∈A et un polynôme Q∈A[X] tels que cP+(X−a)Q=1, d'où cP(a)=1 et P(a) est inversible. Réciproquement, on a, par division euclidienne
P=(X−a)R+P(a),
et si P(a)=b−1, où b∈A, on en déduit 1=bP−b(X−a)R, ce qui montre que P et X−a sont fortement étrangers.
Soient A et B deux anneaux commutatifs, f:A→B un homomorphisme d'anneaux. Si P=∑i≥0aiXi est une série formelle dans A[[X]], on désignera par f(P) la série formelle ∑i≥0f(ai)Xi dans B[[X]]. Si P est un polynôme, il en est de même de f(P), et si de plus P est unitaire, alors f(P) est unitaire de même degré que P. Enfin, il est clair que P→f(P) est un homomorphisme de A[[X]] dans B[[X]] qui prolonge f et applique X sur X. La notationf *sera constamment utilisée dans ce sens dans le reste de ce paragraphe.
Proposition 2
Soient A et B deux anneaux commutatifs, f un homomorphisme de A dans B, P, P' deux polynômes dans A[X]. Si P et P' sont fortement étrangers dans A[X], alors fˉ(P) et fˉ(P′) sont fortement étrangers dans B[X]. La réciproque est vraie si f est surjectif, si son noyau est contenu dans le radical de A, et si P est unitaire.
Supposons P et P' fortement étrangers ; il existe donc des polynômes Q, Q' dans A[X] tels que PQ + P'Q' = 1 ; on en déduit fˉ(P)fˉ(Q)+fˉ(P′)fˉ(Q′)=1, d'où la première assertion. Pour démontrer la seconde, désignons par α le noyau de f ; posons E = A[X], et soit F l'idéal de E engendré par P et P' ; comme f est surjectif et fˉ(P) unitaire, la prop. 1 montre que pour tout polynôme T ∈ A[X], il existe deux polynômes Q, Q' dans A[X] tels que fˉ(T)=fˉ(P)fˉ(Q)+fˉ(P′)fˉ(Q′), d'où la relation E = F + αE. Or, E/F est un A-module de type fini, car tout polynôme est congru mod. P à un polynôme de degré < deg(P), P étant unitaire. Comme E/F = α(E/F) et que α est contenu dans le radical de A, le lemme de Nakayama montre que E/F = 0 (Alg., chap. VIII, § 6, no 3, cor. 2 de la prop. 6), ce qui signifie que P et P' sont fortement étrangers.
2. Séries formelles restreintes.
Définition 1
On dit qu'un anneau topologique commutatif A est linéairement topologisé (et que sa topologie est linéaire) s'il existe un système fondamental B de voisinages de 0 formé d'idéaux de A.
On notera que dans un tel anneau, les idéaux J∈B sont ouverts et fermés (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, no 1, cor. de la prop. 4). Pour tout J∈B, l'anneau topologique quotient A/J est donc discret ; pour J∈B, J′∈B, J′⊂J, soit hJJ′:A/J′→A/J l'application canonique. On sait (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 7, no 3) que (A/J,fJJ′) est un système projectif d'anneaux discrets (relatif à l'ensemble d'indices B, ordonné filtrant par la relation ⊃), dont la limite projective est un anneau topologique A~ linéairement topologisé, séparé et complet ; en outre (loc. cit., prop. 2), on définit un morphisme strict i:A→A~, dont le noyau est l’adhérence de {0} dans A, et l’image est partout dense dans A~, de sorte que A~ s’identifie canoniquement au séparé complété de A.
Définition 2
Étant donné un anneau topologique commutatif A, on dit qu’une série formelle T=∑(ni)cn1n2…npX1n1X2n2…Xpnp de l’anneau A[[X1,…,Xp]] est restreinte si, pour tout voisinage V de 0 dans A, il n’y a qu’un nombre fini de coefficients cn1…np n’appartenant pas à V (autrement dit, la famille (cn1…np) tend vers 0 dans A suivant le filtre des complémentaires des parties finies de Np).
Si A est linéairement topologisé, les séries formelles restreintes dans A[[X1,…,Xp]] forment un sous-anneau de A[[X1,…,Xp]], que l’on note A{X1,…,Xp} : en effet, si T=∑(ni)cn1…npX1n1…Xpnp, T′=∑(ni)cn1…np′X1n1…Xpnp sont deux séries formelles restreintes, J un voisinage de 0 dans A qui est un idéal de A, il existe un entier m tel que cn1…np∈J et cn1…np′∈J pour tout système (n1,…,np) tel que nk≥m pour un indice k au moins ; or, si
T′′=TT′=(ni)∑cn1…np′′X1n1…Xpnp,
on a cn1…np′′=∑cr1…rpcs1…sp′ pour tous les systèmes (rk),(sk) tels que rk+sk=nk pour 1≤k≤p ; on en conclut que si nk≥2m, on a rk≥m ou sk≥m, donc, puisque J est un idéal, cn1…np′′∈J dès que nk≥2m pour un k au moins, ce qui établit notre assertion. En outre, toute dérivée ∂T/∂Xi (1≤i≤p) d’une série formelle restreinte est restreinte, comme il résulte aussitôt de la définition et du fait que les voisinages J∈B sont des sous-groupes additifs de A.
Lorsque A est discret, l’anneau des séries formelles restreintes n’est autre que l’anneau des polynômes A[X1,…,Xp].
Supposons toujours A linéairement topologisé, et soit B un système fondamental de voisinages de 0 dans A formé d’idéaux de A;
pour tout J∈B, soit pJ:A→A/J l’homomorphisme canonique. Par définition, pour toute série formelle restreinte T∈A{X1,...,Xp}, on a pˉJ(T)∈(A/J)[X1,...,Xp]. Il est clair que
((A/J)[X1,...,Xp],hJJ′)
est un système projectif d’anneaux (relatif à l’ensemble d’indices filtrant B) et que (pˉJ) est un système projectif d’homomorphismes A{X1,...,Xp}→(A/J)[X1,...,Xp]; comme tout polynôme est une série formelle restreinte, pˉJ est surjectif ; son noyau NJ est l’idéal de A{X1,...,Xp} formé des séries formelles restreintes dont tous les coefficients appartiennent à J; nous munirons A{X1,...,Xn} de la topologie (linéaire) dont les NJ (pour J∈B) forment un système fondamental de voisinages de 0 (topologie qui ne dépend évidemment que de celle de A). Alors, il résulte de Top. gén., chap. III, 3e éd., § 7, no 3, prop. 2, que
est un morphisme strict, dont le noyau est l’adhérence de {0} dans A{X1,...,Xp}, et dont l’image est dense dans
A′=←Jlim(A/J)[X1,...,Xp].
Proposition 3
Si l’anneau commutatif linéairement topologisé A est séparé et complet, l’homomorphisme canonique π est un isomorphisme d’anneaux topologiques.
En effet, pour tout (n1,...,np)∈Np et tout J∈B, soit φn1...npJ l’application (A/J)[X1,...,Xp]→A/J qui à tout polynôme fait correspondre le coefficient de X1n1...Xpnp dans ce polynôme ; il est clair que les φn1...npJ forment un système projectif d’homomorphismes de (A/J)-modules (relatif à l’ensemble ordonné B), et comme A s’identifie canoniquement à lim←J(A/J) par hypothèse,
φn1...np=←Jlimφn1...npJ
est un A-homomorphisme continu de A′ dans A. Pour tout élément S=(SJ)J∈B de A′, nous allons voir que la série formelle T=∑(ni)φn1...np(S)X1n1...Xpnp est restreinte et telle que π(T)=S. En effet, pour tout J∈B, et tout J′∈B tel que J′⊂J, la relation φn1…npJ(SJ)=0 entraîne
φn1…npJ′(SJ′)∈J/J′
comme SJ est un polynôme, on voit que φn1…np(S)∈J sauf pour les (n1,…,np) en nombre fini tels que φn1…npJ(SJ)=0, ce qui prouve notre première assertion ; la seconde résulte des définitions. Comme A est séparé, l’intersection des NJ est réduite à 0, donc π est bijectif, ce qui achève la démonstration, puisque π est un morphisme strict.
Proposition 4
Soient* A,Bdeux anneaux commutatifs linéairement topologisés, Bétant séparé et complet, u:A→Bun homomorphisme continu. Pour toute familleb=(bi)1≤i≤pd’éléments deB, il existe un homomorphisme continu et un seul
u~:A{X1,…,Xp}→B
tel queu~(a)=u(a)pour touta∈Aetu~(Xi)=bipour1≤i≤p.
Il existe en effet un homomorphisme v:A[X1,…,Xp]→B et un seul tel que v(a)=u(a) pour a∈A et v(Xi)=bi pour 1≤i≤p. En outre, si H est un voisinage de 0 dans B qui est un idéal, u~−1(H)=J est un idéal de A qui est un voisinage de 0, et pour tout polynôme P∈NJ, il est clair que v(P)∈H, donc v est continu. Comme A[X1,…,Xp] est dense dans A{X1,…,Xp}, l’existence et l’unicité de u~ résultent de Top. gén., chap. III, 3e éd., § 3, no 3, prop. 5 et du principe de prolongement des identités.
Dans le cas particulier où A=B et où u est l’application identique on écrira f(b1,…,bp) ou f(b) la valeur de u~(f) pour toute série formelle restreinte f∈A{X1,…,Xp}.
Remarque 1
La prop. 4 prouve que pour tout idéal ferméa d’un anneau A supposé séparé et complet, les relations bi∈a pour 1≤i≤p entraînent f(b1,…,bp)∈a pour toute série formelle restreinte f∈A{X1,…,Xp}.
Remarque 2
Supposons A linéairement topologisé ; soit r un entier tel que 1≤r≤p, et munissons l’anneau A{X1,…,Xr} de la topologie définie ci-dessus. Alors l’anneau topologique A{X1,...,Xp} s’identifie à l’anneau des séries formelles restreintes
(A{X1,...,Xr}{Xr+1,...,Xp}
comme il résulte aussitôt des définitions.
Remarque 3
Avec les notations de la Remarque 2, supposons en outre A séparé et complet, et écrivons toute série formelle restreinte f∈A{X1,...,Xp} sous la forme
où les cnr+1...np sont des séries formelles restreintes. Pour tout système x=(x1,...,xr) d’éléments de A, soit
bnr+1...np=cnr+1...np(x1,...,xr).
Il résulte aussitôt de la Remarque 1 que ∑(ni)bnr+1...npXr+1nr+1...Xpnp est une série formelle restreinte, quel’on note f(x1,...,xr,Xr+1,...,Xp); on dit qu’elle s’obtient en substituant les xi aux Xi pour 1≤i≤r dans f.
3. Le lemme de Hensel.
Dans un anneau topologique A, on dit qu’un élément x est topologiquement nilpotent si 0 est une limite de la suite (xn)n≥0. Si A est un anneau commutatif linéairement topologisé, dire que x∈A est topologiquement nilpotent signifie que pour tout idéal ouvert J de A, l’image canonique de x dans A/J est un élément nilpotent de cet anneau. Si rJ est le nilradical de A/J, il est clair que (rJ) est un système projectif de parties et l’ensemble t des éléments topologiquement nilpotents de A est l’image réciproque de r=lim←JrJ par l’homomorphisme canonique A→lim←JA/J; c’est donc un idéal fermé de A. Si en outre A est séparé et complet, cet idéal est contenu dans le radical de A, et pour qu’un élément x∈A soit inversible, il faut et il suffit que sa classe mod. t soit inversible dans A/t (§ 2, n° 13, lemme 3).
On notera que si A est un anneau, m un idéal bilatère de A, les éléments de m sont topologiquement nilpotents pour la topologie m-adique.
Théorème 1 (Hensel)
Soit A un anneau commutatif linéairement topologisé, séparé et complet. Soit m un idéal fermé de A, dont les éléments sont topologiquement nilpotents. Soient B=A/m l’anneau topologique quotient, φ:A→B l’application canonique. Soient R une série formelle restreinte dans A{X}, P un polynôme unitaire dans B[X], Q une série formelle restreinte dans B{X}. On suppose que φ(R)=P.Q et que P et Q soient fortement étrangers dans B{X}. Alors il existe un couple (P,Q) et un seul formé d’un polynôme unitaire P∈A[X] et d’une série formelle restreinte Q∈A{X} tel que
(4)R=P.Q,φ(P)=P,φ(Q)=Q.
De plus P et Q sont fortement étrangers dans A{X}, et si R est un polynôme, il en est de même de Q.
La démonstration se fait en quatre étapes. Dans les trois premières, on suppose que A est discret, auquel cas R et Q sont des polynômes.
1) m2=0.
Soient S,T deux polynômes de A[X] tels que S soit unitaire et que l’on ait φ(S)=P,φ(T)=Q; la prop. 2 du no 1 montre que S et T sont fortement étrangers ; donc (no 1, prop. 1) il existe un couple unique de polynômes (S′,T′) de A[X] tel que
(5)R−ST=ST′+TS′etdeg(S′)<deg(S)=deg(P).
Les polynômes P=S+S′,Q=T+T′ répondent alors à la question ; on a en effet
(6)P.φ(T′)+Q.φ(S′)=φ(ST′+TS′)=φ(R−ST)=0.
Comme P est unitaire, P et Q fortement étrangers et
deg(φ(S′))<deg(P),
la prop. 1 du no 1 montre que φ(S′)=φ(T′)=0, autrement dit les coefficients de S′ et T′ appartiennent à m, et la relation m2=0 donne PQ=ST+ST′+TS′=R, ce qui vérifie les relations (4). Puisque φ(P)=P et φ(Q)=Q, P et Q sont fortement étrangers (no 1, prop. 2) ; enfin, si P1,Q1 sont deux autres polynômes de A[X] vérifiant (4) et tels que P1 soit unitaire, on a nécessairement, en posant S1′=P1−S,T1′=Q1−T,deg(S1′)<deg(S) et R−ST=ST1′+TS1′ puisque S1′ et T1′ ont leurs coefficients dans m; mais la prop. 1 prouve alors que S′=S1′ et T′=T1′, ce qui prouve l’unicité du couple (P,Q).
2) m est nilpotent.
Soit n le plus petit entier tel que mn=0, et raisonnons par récurrence sur n>2, le théorème étant démontré pour n=2. Soient A′=A/mn−1, m′=m/mn−1; comme m′n−1=0, il existe un couple unique (P′,Q′) de polynômes de A′[X] tel que P′ soit unitaire, R′=P′Q′, ψˉ(P′)=Pˉ et ψˉ(Q′)=Qˉ, en désignant par ψ l’homomorphisme canonique A′→A′/m′=B, par θ l’homomorphisme canonique A→A′ et en posant R′=θˉ(R). D’autre part, comme (mn−1)2=0, il existe un couple unique (P,Q) de polynômes de A[X] tel que P soit unitaire et R=PQ,θˉ(P)=P′,θˉ(Q)=Q′; comme φ=ψ∘θ, cela montre l’existence et l’unicité de P et Q vérifiant (4); en outre P′ et Q′ sont fortement étrangers par l’hypothèse de récurrence, donc il en est de même de P et Q.
3) A est discret.
On notera que dans ce cas m n’est plus nécessairement nilpotent, mais c’est en tout cas un nilidéal par hypothèse. Soient P0,Q0 deux polynômes de A[X] tels que φˉ(P0)=Pˉ,φˉ(Q0)=Qˉ et que P0 soit unitaire. Considérons l’idéal n de A engendré par les coefficients de R−P0Q0; il est de type fini et contenu dans m, donc il est nilpotent (chap. II, § 2, no 6, prop. 15), et par définition, si ψ:A→A/n est l’application canonique, on a ψˉ(R)=ψˉ(P0)ψˉ(Q0). En outre, ψˉ(P0) et ψˉ(Q0) sont fortement étrangers, comme il résulte de l’hypothèse sur Pˉ et Qˉ et de la prop. 2 du no 1 appliquée à l’homomorphisme canonique A/n→A/m. En vertu du cas 2), il existe donc un couple (P,Q) de polynômes de A[X], tel que P soit unitaire et que les relations (4) soient vérifiées. Le fait que Pˉ et Qˉ sont fortement étrangers entraîne encore ici que P et Q sont fortement étrangers dans A[X] en vertu du n° 1, prop. 2, car m est contenu dans le radical de A. Supposons enfin que P₁, Q₁ soient deux polynômes de A[X] vérifiant (4) et tels que P₁ soit unitaire, et soit n₁ l’idéal de type fini de A engendré par les coefficients de P − P₁ et les coefficients de Q − Q₁ ; comme n₁ est contenu dans m, il est nilpotent, et si ψ₁ : A → A/n₁ est l’application canonique on a ψˉ1(P)=ψˉ1(P1),ψˉ1(Q)=ψˉ1(Q1); la propriété d’unicité du cas 2) entraîne donc P = P₁, Q = Q₁.
4) Cas général.
Soit B un système fondamental de voisinages de 0 dans A, formé d’idéaux de A. Pour tout J∈B, soient fJ l’application canonique A→A/J, φJ l’application canonique
A/J→(A/J)/((m+J)/J)=A/(m+J),
gJ l’application canonique B=A/m→A/(m+J), et posons RJ=fˉJ(R),PJ=gˉJ(P),QJ=gˉJ(Q). Comme chaque anneau A/J est discret, on peut lui appliquer le cas 3), et on voit qu’il existe un couple unique (PJ,QJ) de polynômes de (A/J)[X] tels que PJ soit unitaire et RJ=PJQJ,φJ(PJ)=PJ,φJ(QJ)=QJ. L’unicité de ce couple entraîne que si J′⊂J,J′∈B, et si fJJ′:A/J′→A/J est l’application canonique, on a PJ=fˉJJ′(PJ′),QJ=fˉJJ′(QJ′). Il résulte donc de l’identification canonique de A{X} et de limJ(A/J)[X] (n° 2, prop. 3) qu’il existe P∈A{X} et Q∈A{X} tels que R=PQ et fˉJ(P)=PJ,fˉJ(Q)=QJ pour tout J∈B. En outre, on a gˉJ(P−φ(P))=0,gˉJ(Q−φ(Q))=0 pour tout J∈B, ce qui signifie que pour tout J∈B les coefficients de P−φ(P) et de Q−φ(Q) appartiennent tous à (m+J)/m. Mais comme m est fermé dans A, on a ⋂J(m+J)=m, d’où P=φ(P),Q=φ(Q), et P et Q vérifient donc bien (4) ; en outre, comme les PJ sont unitaires et de même degré, la série formelle restreinte P est un polynôme unitaire. Si (P′,Q′) était un autre couple vérifiant (4) et tel que P′ soit un polynôme unitaire, on en déduirait que RJ=fˉJ(P′)fˉJ(Q′),φJ(fˉJ(P′))=PJ et φJ(fˉJ(Q′))=QJ, et d’après l’unicité du cas 3), fˉJ(P′)=PJ,fˉJ(Q′)=QJ pour tout J∈B, ce qui entraîne P=P′ et Q=Q′. Montrons enfin que P et Q sont fortement étrangers ; en vertu du cas 3) et de la prop. 1 du no 1, pour tout J∈B, il existe un couple unique (SJ,TJ) de polynômes de (A/J)[X] tels que
(7) 1=PJSJ+QJTJ et deg(TJ)<deg(PJ)=deg(P).
L’unicité de ce couple montre aussitôt que pour J′∈B, J′⊂J, on a SJ=fJJ′(SJ′), TJ=fJJ′(TJ′); compte tenu du no 2, prop. 3, on en conclut l’existence de deux séries formelles restreintes, S,T de A{X} telles que SJ=fJ(S), TJ=fJ(T) et 1=PS+QT.
Reste à voir que si R est un polynôme, il en est de même de Q. Or, les QJ sont des polynômes par construction, et comme PJ est unitaire, la relation RJ=PJQJ entraîne
deg(QJ)≤deg(RJ)≤deg(R)
pour tout J∈B; d’où aussitôt la conclusion par définition de Q.
C. Q. F. D.
4. Composition des systèmes de séries formelles.
Soit A un anneau commutatif ; nous dirons qu’un système
(8) f=(f1,...,fp)∈(A[[X1,...,Xq]])p
de séries formelles en les Xj (1≤j≤q), à coefficients dans A, est sans terme constant s’il en est ainsi de tous les fj. Pour tout système (8) de séries formelles et tout système
(9) g=(g1,...,gq)∈(A[[X1,...,Xr]])q
de q séries formelles sans terme constant, nous désignerons par f∘g (ou f(g)) le système de séries formelles fj(g1,...,gq) (1≤j≤p) dans (A[[X1,...,Xr]])p (Alg., chap. IV, § 5, no 5). Si
h=(h1,...,hr)∈(A[[X1,...,Xs]])r
est un troisième système sans terme constant, on a
(10) (f∘g)∘h=f∘(g∘h).
En effet, pour tout entier m, on a
(f(m)∘g(m))∘h(m)=f(m)∘(g(m)∘h(m))
en désignant par f(m),g(m),h(m) les systèmes de polynômes formés des termes de degré total ≤m dans les systèmes de séries formelles f,g,h. Mais il est clair que les termes de degré total ≤m dans les séries de (f∘g)∘h (resp. f∘(g∘h)) sont les mêmes que dans (f(m)∘g(m))∘h(m) (resp. f(m)∘(g(m)∘h(m))), d’où notre assertion.
Pour tout système (8), nous désignerons par Mf, ou Mf(X), la matrice jacobienne (∂fi/∂Xj) (1≤i≤p,1≤j≤q) où i est l’indice des lignes et j celui des colonnes ; pour deux systèmes (8) et (9), où g est sans terme constant, on a
Mf∘g=(Mf(g)).Mg
où Mf(g) est la matrice dont les éléments s’obtiennent en substituant gj à Xj (1≤j≤q) dans chaque série élément de Mf; cette formule ne fait que traduire en effet la formule (9) d’Alg., chap. IV, § 5, n° 8. Nous noterons Mf(0) la matrice des termes constants des éléments de Mf; on déduit donc de (11) que
Mf∘g(0)=Mf(0).Mg(0).
Étant donné un entier n>0, nous poserons
1n=X=(X1,...,Xn)∈(A[[X1,...,Xn]])n,
qui sera considéré comme matrice à une colonne.
Pour tout système f=(f1,...,fn)∈(A[[X1,...,Xn]])n, Mf est une matrice carrée d’ordre n; nous noterons Jf ou Jf(X) son déterminant, Jf(0) le terme constant de Jf, égal à det(Mf(0)); si g=(g1,...,gn) est un système sans terme constant dans (A[[X1,...,Xn]])n, on a donc, d’après (11) et (12)
Jf∘g=Jf(g).Jg
Jf∘g(0)=Jf(0)Jg(0).
Proposition 5
Soient A un anneau commutatif, f^=(f1,...,fn) un système sans terme constant de n séries de A[[X1,...,Xn]]. Supposons que Jf(0) soit inversible dans A. Alors il existe un système sans terme constant g=(g1,...,gn) de n séries de A[[X1,...,Xn]] tel que
f∘g=1n.
Ce système est unique et on a
(17) g∘f=1n.
L’existence et l’unicité de g résultent d’Alg., chap. IV, § 5, no 9, prop. 10, appliquée aux n séries formelles
fi(Y1,...,Yn)−Xi(1≤i≤n).
Il résulte de (15) et (16) que l’on a Jf(0)Jg(0)=1, donc Jg(0) est aussi inversible. On en conclut l’existence d’un système h=(h1,...,hn) de n séries sans terme constant de A[[X1,...,Xn]] tel que g∘h=1n; de cette relation et de (16) il résulte alors, grâce à (10), que h=1n∘h=(f∘g)∘h=f∘(g∘h)=f∘1n=f.
La prop. 5 et les formules (10) et (15) montrent que pour la loi de composition (f,g)→f∘g, l’ensemble des systèmes f=(f1,...,fn) de n séries sans terme constant de A[[X1,...,Xn]] pour lesquels Jf(0) est inversible dans A, est un groupe.
5. Systèmes d’équations dans les anneaux complets.
Pour abréger, nous dirons dans ce qui suit qu’un anneau A satisfait aux conditions de Hensel s’il est commutatif, linéairement topologisé, séparé et complet ; étant donné un idéal m dans un tel anneau, nous dirons que m (ou le couple (A,m)) satisfait aux conditions de Hensel si m est fermé dans A et si ses éléments sont topologiquement nilpotents. L’idéal t de A formé de tous les éléments topologiquement nilpotents satisfait aux conditions de Hensel (no 3).
En particulier, si A est un anneau commutatif, m un idéal de A, et si A est séparé et complet pour la topologie m-adique, le couple (A,m) satisfait aux conditions de Hensel.
Proposition 6
Soient A un anneau commutatif, B un anneau satisfaisant aux conditions de Hensel, u:A→B un homomorphisme. Pour toute famille x=(x1,...,xn) d’éléments topologiquement nilpotents de B, il existe un homomorphisme u~ et un seul de A[[X1,...,Xn]] dans B tel que u~(a)=u(a) pour tout a∈A et u~(Xi)=xi pour 1≤i≤n. En outre, si m désigne l’idéal des séries sans terme constant dans A[[X1,...,Xn]], u~ est continu pour la topologie m-adique.
Soit α l’idéal de type fini engendré dans B par les xi(1≤i≤n); pour tout idéal ouvert H de B, les images des xi dans B/H sont nilpotentes, donc l’idéal (α+H)/H est nilpotent dans B/H, et il existe un entier k tel que, pour ∑i=1npi≥k on ait x1p1...xnpn∈H. Comme tout élément de mk est somme finie de séries formelles de la forme X1p1...Xnpng(X1,...,Xn), où ∑i=1npi≥k, on voit que si u~ répond à la question, on a u~(mk)⊂H, ce qui prouve la continuité de u~. Il existe évidemment un homomorphisme φ:A[X1,...,Xn]→B et un seul tel que φ(a)=u(a) pour a∈A et φ(Xi)=xi pour 1≤i≤n, et le raisonnement précédent montre que φ est continu pour la topologie induite sur A[X1,...,Xn] par la topologie m-adique. Comme A[X1,...,Xn] est dense dans A[[X1,...,Xn]] pour la topologie m-adique et que B est séparé et complet, cela achève de prouver l’existence et l’unicité de u~.
On notera que cette proposition redonne comme cas particulier le (i) de la prop. 11 du § 2, no 9.
Lorsque A est lui-même linéairement topologisé, la restriction de u~ à A{X1,...,Xn} coïncide avec l’homomorphisme défini à partir de u dans la prop. 4 du no 2. Cela résulte aussitôt de ce que A[X1,...,Xn] est dense dans A{X1,...,Xn} quand on munit cet anneau de la topologie ayant pour système fondamental de voisinages de 0 les idéaux mk∩NS (avec les notations du no 2 ; cette topologie est la borne supérieure de la topologie induite sur A{X1,...,Xn} par la topologie m-adique de A[[X1,...,Xn]], et de la topologie définie au no 2).
Lorsque B = A et que u est l’application identique, nous noterons f(x1,...,xn) ou f(x) l’élément u~(f) pour toute série formelle f∈A[[X1,...,Xn]]; pour tout système f=(f1,...,fr) de séries formelles de A[[X1,...,Xn]], on notera f(x) l’élément (f1(x),...,fr(x)) de Ar et on dit qu’il s’obtient en substituant les xi aux Xi dans f. Si n≤m et si F est une série formelle de A[[X1,...,Xm]], on peut considérer F comme une série formelle en Xn+1,…,Xm à coefficients dans A[[X1,…,Xn]]; on note F(x1,…,xn,Xn+1,…,Xm) la série formelle de A[[Xn+1,…,Xm]] obtenue en substituant les xi aux Xi dans les coefficients de F, pour 1≤i≤n.
Prenons pour B un anneau de séries formelles A[[X1,…,Xr]], et soit n l’idéal des séries de B sans terme constant, de sorte que (B,n) satisfait aux conditions de Hensel (§2, no 6, cor. de la prop. 6). On peut appliquer la prop. 6 en prenant pour les xi∈B des séries sans terme constant ; alors, pour toute série f∈A[[X1,…,Xn]], u~(f) n’est autre que la série formelle f(x1,…,xn) définie en Alg., chap. IV, §5, no 5. C’est évident si f est un polynôme et on en déduit la proposition dans le cas général en remarquant que f→f(x1,…,xn) est continue dans A[[X1,…,Xn]] pour la topologie m-adique.
Corollaire
Soient A un anneau satisfaisant aux conditions de Hensel, x=(x1,…,xn) une famille d’éléments topologiquement nilpotents dans A. Soient g=(g1,…,gq) un système sans terme constant de séries de A[[X1,…,Xn]], f=(f1,…,fp) un système de séries formelles de A[[X1,…,Xq]]. Alors g(x)=(g1(x),…,gq(x)) est une famille d’éléments topologiquement nilpotents de A et on a
(18)
(f∘g)(x)=f(g(x)).
Le fait que les gi(x) sont topologiquement nilpotents résulte aussitôt de la prop. 6 et du fait que dans A l’idéal des éléments topologiquement nilpotents est fermé. La relation (18) est évidente lorsque les fj sont des polynômes ; d’autre part, si m et m′ sont les idéaux des séries sans terme constant dans A[[X1,…,Xq]] et dans A[[X1,…,Xn]] respectivement, il est clair que la relation f∈mk entraîne f(g1,…,gq)∈m′k. Les deux membres de (18) sont donc fonctions continues de f dans (A[[X1,…,Xq]])p quand on munit A[[X1,…,Xq]] de la topologie m-adique, en vertu de la remarque précédente et de la prop. 6 ; d’où la relation (18).
Dans ce qui suit, pour un anneau A et un idéal m de A, nous noterons mxn l’ensemble produit ∏i=1nmi dans An, avec mi=m pour 1≤i≤n, pour éviter toute confusion.
Proposition 7
Soient A un anneau, m un idéal de A tels que le couple (A,m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soit f=(f1,...,fn) un système sans terme constant de séries de A[[X1,...,Xn]] tel que Jf(0) soit inversible dans A. Alors, pour tout x∈mxn, on a f(x)∈mxn, et x→f(x) est une bijection de mxn sur lui-même, la bijection réciproque étant x→g(x), où g est donné par la relation (16) du no 4.
Le fait que f(x)∈mxn est évident lorsque les fi sont des polynômes et résulte en général de la prop. 6 et de ce que m est fermé dans A. Les autres assertions de la proposition sont alors des conséquences immédiates de (16), (17) et (18).
Corollaire
Soit q un idéal fermé de A contenu dans m. Alors la relation x≡x′(modqxn) est équivalente à f(x)≡f(x′)(modqxn).
En effet, pour toute série formelle f∈A[[X1,...,Xn]], on a
où les hi appartiennent à A[[X1,...,Xn,Y1,...,Yn]] (Alg., chap. IV, § 5, no 8, prop. 9); on en déduit aussitôt que la relation x≡x′(modqxn) entraîne f(x)≡f(x′)(modqxn). La réciproque s’obtient en remplaçant f par son « inverse » g.
Théorème 2
Soient A un anneau, m un idéal de A tels que le couple (A,m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soit f=(f1,...,fn) un système de n éléments de A{X1,...,Xn} et soit a∈An; posons Jf(a)=e. Il existe un système g=(g1,...,gn) de séries formelles restreintes sans terme constant dans A{X1,...,Xn}, telles que : (i) Mg(0)=In (matrice unité). (ii) Pour tout x∈An, on a
f(a+ex)=f(a)+Mf(a)⋅eg(x).
(iii) Soit h=(h1,...,hn) le système de séries formelles sans terme constant (non nécessairement restreintes) tel que g∘h=1n (prop. 5). Pour tout y∈mxn, on a
f(a+eh(y))=f(a)+Mf(a)⋅ey.
Pour toute série formelle f∈A[[X1,...,Xn]], on a
(21)f(X+Y)=f(X)+Mf(X)⋅Y+1≤i≤j≤n∑Gij(X,Y)YiYj
où les Gij sont des séries formelles bien déterminées dans A[[X1,...,Xn,Yj,...,Yn]]. Si f est restreinte, il en est de même des éléments de Mf et des Gij, car ces séries formelles sont des polynômes lorsque f est un polynôme, et il résulte de leur unicité que pour tout idéal ouvert J de A, en désignant par pJ:A→A/J l’application canonique, l’image de Gij par pˉJ est le coefficient de YiYj dans pˉJ(F) où F est la série formelle f(X+Y) dans A[[X1,...,Xn,Y1,...,Yn]]; d’où notre assertion.
Cela étant, en écrivant la formule (21) pour chaque série fi (1≤i≤n), on obtient, pour tout x∈An (no 2, prop. 4)
(22)f(a+ex)=f(a)+Mi(a)⋅ex+e2r(x)
où r=(r1,...,rn) est un système de séries formelles restreintes dont chacune est d’ordre total ≥2. Il résulte des formules (18) de Alg., chap. III, 2e éd., § 6, no 5 qu’il existe une matrice carrée M′∈Mn(A) telle que
(23)Mi(a)⋅M′=eIn,
d’où en portant dans (22)
(24)f(a+ex)=f(a)+Mi(a)⋅ex+Mi(a)M′⋅er(x).
En posant g=1n+M′⋅r, on voit que g vérifie les conditions (i) et (ii) ; il suffit ensuite de remplacer x par h(y) pour obtenir (iii).
Corollaire 1
Soient A un anneau, m un idéal de A tels que le couple (A,m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soient f∈A{X}, a∈A, et posons e=f′(a). Si f(a)≡0 (mod. e2m), alors il existe b∈A tel que f(b)=0 et b≡a (mod. em). Si b′ est un second élément de A tel que f(b′)=0 et b′≡a (mod. em), on a e(b−b′)=0. En particulier, b est unique si e n’est pas diviseur de zéro dans A.
En effet, soit f(a)=e2c avec c∈m ; la formule (20) pour n=1 donne f(a+eh(y))=e2(c+y) et il suffit donc de prendre y=−c, b=a+eh(−c). En outre si b=a+ex, b′= a + ex', x \in m, x' \in m, f(b) = f(b') = 0, on déduit de (19) que e2(g(x)−g(x′))=0. Comme g(X)−g(Y)=(X−Y)u(X,Y), où u est restreinte et u(0,0)=1, on a g(x)−g(x′)=(x−x′)v, où v∈A est inversible, car, m étant fermé, on a v−1=u(x,x′)−1∈m et m est contenu dans le radical de A; d'où la relation e(b−b′)=0.
Remarque
Le corollaire s’applique notamment lorsque e est inversible dans A; on peut alors déduire aussi l’existence de b du th. de Hensel, car l’image canonique de f(X) dans (A/m){X} est de la forme (X−α)f1(X), X−α et f1(X) étant fortement étrangers, car f1(x)=f′(x) est l’image de e (no 1, Exemple).
Exemple 1
Soient p un nombre premier =2 et n un entier dont la classe mod. p soit un carré =0 dans le corps premier Fp. Si Zp est l’anneau des entiers p-adiques (§ 2, no 12, Exemple 3), l’application du cor. 1 au polynôme X2−n montre que n est un carré dans Zp; par exemple 7 est un carré dans Z3.
Exemple 2
Soit A=K[[Y]] l’anneau des séries formelles à une indéterminée à coefficients dans un corps commutatif K; muni de la topologie (Y)-adique, l’anneau A est séparé et complet (§ 2, no 6, cor. de la prop. 6) et l’application f(Y)→f(0) définit par passage au quotient un isomorphisme de A/(Y) sur le corps K. En vertu du cor. 1, si F(Y,X) est un polynôme en X à coefficients dans A, et si a est une racine simple de F(0,X) dans K, il existe une série formelle et une seule f(Y) telle que f(0)=a et F(Y,f(Y))=0.
Corollaire 2
Soient A un anneau, m un idéal de A tels que le couple (A,m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soient r,n des entiers tels que 0≤r<n, f=(fr+1,...,fn) un système de n−r éléments de A{X1,...,Xn}; désignons par Ji(n−r)(X) le mineur de Mf(X) formé des colonnes d’indice j tel que r+1≤j≤n. Soit a∈An tel que Ji(n−r)(a) soit inversible dans A et que l’on ait f(a)≡0 (mod. mx(n−r)). Alors il existe un x=(x1,...,xn)∈An et un seul tel que xk=ak pour 1≤k≤r, x≡a (mod. mxn) et f(x)=0.
En substituant ak à Xk pour 1≤k≤r dans les ft (no 2, Remarque 3) on voit aussitôt qu’on peut se restreindre au cas où r = 0 pour prouver le corollaire. Le th. 2 et la prop. 7 montrent alors que f définit une bijection de a+mxn sur f(a)+mxn=mxn; le corollaire résulte de ce que 0∈mxn.
Corollaire 3
Les notations étant celles du cor. 2, soit a∈An; posons e=Ji(n−r)(a) (non nécessairement inversible dans A) et supposons que l'on ait f(a)≡0 (mod. e2mx(n−r)). Alors il existe n−r séries formelles φi de A[[X1,...,Xr]] (r+1≤i≤n) à terme constant dans m, telles que, pour tout t=(t1,...,tr)∈mxr, on ait
Pour 1≤i≤r, posons fi(X)=Xi−ai, et soit u=(f1,...,fn); on a Ju(a)=e et le th. 2 est applicable au système u. Avec les notations du th. 2, il résulte des définitions précédentes que egi(X)=eXi pour 1≤i≤r, d'où ehi(X)=eXi pour 1≤i≤r; en outre, si M′∈Mn(A) est telle que Mu(a).M′=eIn, M′ est de la forme
(eIr∗0∗).
Remplaçant y par M′.z (avec z=(z1,...,zn)∈mxn), dans la formule (20), on obtient
Par hypothèse, on a fj(a)=e2bj avec bj∈m pour r+1≤j≤n. Posons ψj(X1,...,Xn)=hj(M′.X), et
φj(X1,...,Xr)=ψj(X1,...,Xr,−br+1,...,−bn)
pour r+1≤j≤n. Pour r+1≤i≤n, en substituant tj à zj pour 1≤j≤r et −bj à zj pour r+1≤j≤n dans (26), on obtient les relations (25) pour tout t∈mxr.
6. Application aux décompositions d'anneaux.
Lemme 2
Soient A un anneau, m un idéal de A tels que le couple (A,m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soient B l'anneau quotient A/m, π:A→B l'homomorphisme canonique. Pour tout idempotent c de B, il existe un idempotent e ∈ A et un seul tel que π(e) = c.
Soit a ∈ A tel que π(a) = c ; on peut appliquer le cor. 1 du th. 2 du n° 5 au polynôme f(X) = X² − X de A[X] et à l’élément a ∈ A. On a f'(a) = 2a − 1, et comme π(2a − 1) = 2c − 1 et (2c − 1)² = 1 dans B, 2c − 1 est inversible dans B, donc 2a − 1 est inversible dans A (§ 2, n° 13, lemme 3). Comme f(a) ∈ m, le cor. 1 du th. 2 du n° 5 donne aussitôt l’existence et l’unicité de e.
Proposition 8
Soient A un anneau, m un idéal de A tels que le couple (A, m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soient B l’anneau quotient A/m, π : A → B l’homomorphisme canonique. Si B est composé direct d’une famille finie (b_i)_{i∈I} d’idéaux, il existe une famille et une seule (α_i)_{i∈I} d’idéaux de A telle que π(α_i) = b_i pour tout i ∈ I et que A soit composé direct de la famille (α_i).
Soit 1 = ∑_{i} c_i où c_i ∈ b_i pour tout i ; les c_i sont des idempotents de B tels que c_i c_j = 0 pour i ≠ j. En vertu du lemme 2, il existe donc des idempotents e_i de A (i ∈ I) tels que π(e_i) = c_i pour tout i ; comme e_i e_j est un idempotent tel que π(e_i e_j) = c_i c_j = 0 pour i ≠ j, on a e_i e_j = 0 pour i ≠ j (lemme 2) ; comme 1 − ∑_{i} e_i est un idempotent tel que π(1 − ∑_{i} e_i) = 1 − ∑_{i} c_i = 0, on a de même 1 = ∑_{i} e_i. Il en résulte que A est composé direct des idéaux α_i = e_i A et que π(α_i) = π(e_i)B = b_i.
Il reste à démontrer l’unicité d’une telle décomposition. Or, supposons A composé direct d’une seconde famille (α'_i)_{i∈I} d’idéaux avec π(α'_i) = b_i pour tout i ; on a alors 1 = ∑_{i} e'_i avec e'_i ∈ α'_i, d’où, dans B, 1 = ∑_{i} π(e'_i). avec π(e'_i) ∈ b_i, ce qui entraîne π(e'_i) = c_i ; comme e'_i et e_i sont des idempotents, on a nécessairement e'_i = e_i (lemme 2), ce qui achève la démonstration.
Remarque
La prop. 8 redonne la structure d’un anneau semi-local A séparé et complet pour la topologie r-adique (r radical de A), déjà obtenue comme conséquence du § 2, n° 13, cor. de la prop. 19.