Bourbaki

§ 4. Relèvement dans les anneaux complets.

1. Polynômes fortement étrangers.

Soit RR un anneau commutatif. On dit que deux éléments x,yx, y de RR sont fortement étrangers si les idéaux principaux RxRx et RyRy sont étrangers, autrement dit (chap. II, § 1, no 2) si Rx+Ry=RRx + Ry = R; il revient au même de dire qu’il existe deux éléments a,ba, b de RR tels que ax+by=1ax + by = 1.

Lemme 1 (« lemme d’Euclide »)

Soient x, y deux éléments fortement étrangers dans R ; si z ∈ R est tel que x divise yz, alors x divise z.

En effet, si 1=ax+by1 = ax + by, on a z=x(az)+(yz)bz = x(az) + (yz)b.

Si x et y sont fortement étrangers dans R, on a

Rxy=(Rx)∩(Ry) Rxy = (Rx) \cap (Ry)
(chap. II, § 1, no 2, prop. 5); si R est intègre, deux éléments fortement étrangers ont donc un ppcm égal à leur produit (Alg., chap. VI, § 1, no 8) et sont par suite étrangers au sens de Alg., chap. VI, § 1, no 12. Réciproquement, si R est un anneau principal, deux éléments étrangers sont aussi fortement étrangers, comme il résulte de l’identité de Bezout (Alg., chap. VII, § 1, no 2, th. 1).

Dans les anneaux de polynômes, on a le résultat suivant :

Proposition 1

Soient A un anneau commutatif, P et P’ deux polynômes fortement étrangers dans A[X]. On suppose que P est unitaire et de degré s. Alors tout polynôme T dans A[X] s’écrit d’une manière et d’une seule sous la forme

T=PQ+P’Q’ T = PQ + P’Q’
avec Q∈A[X]Q \in A[X], Q’∈A[X]Q’ \in A[X] et deg⁡(Q’)<s\deg(Q’) < s.

Si de plus on a deg⁡(T)≤t\deg(T) \leq t et deg⁡(P’)≤t−s\deg(P’) \leq t - s, alors deg⁡(Q)≤t−s\deg(Q) \leq t - s.

Comme P est unitaire, on a PR ≠ 0 pour tout polynôme R ≠ 0 de A[X] et dans ce cas on a deg⁡(PR)=s+deg⁡(R)\deg(PR) = s + \deg(R).

Soit T un polynôme quelconque dans A[X]. Comme l’idéal engendré par P et P’ est A[X] tout entier, il existe des polynômes Q₁ et Q₁’ tels que T=PQ1+P’Q1’T = PQ_1 + P’Q_1’; comme P est unitaire de degré s, la division euclidienne (Alg., chap. IV, § 1, no 5) montre qu’il existe deux polynômes Q’, Q’’ tels que Q1’=PQ’’+Q’Q_1’ = PQ’’ + Q’ avec deg⁡(Q’)<s\deg(Q’) < s; on en déduit donc

T=PQ1+P’(PQ’’+Q’)=PQ+P’Q’ T = PQ_1 + P’(PQ’’ + Q’) = PQ + P’Q’
avec Q=Q1+P’Q’’Q = Q_1 + P’Q’’. Pour démontrer l’unicité dans la formule (1), il suffit de prouver que les relations
0=PQ+P’Q’,deg⁡(Q’)<s 0 = PQ + P’Q’, \quad \deg(Q’) < s

impliquent Q=Q′=0Q = Q' = 0. Or, si (2) est vérifiée, P divise – PQ = P'Q', et comme P et P' sont fortement étrangers, P divise Q' en vertu du lemme 1 ; si on avait Q′≠0Q' \neq 0, il existerait un polynôme S ≠0\neq 0 tel que Q′=PSQ' = PS, d'où deg⁡(Q′)=s+deg⁡(S)≥s\deg(Q') = s + \deg(S) \geq s, ce qui est contradictoire. On en conclut Q′=0Q' = 0, d'où PQ=0PQ = 0 et finalement Q=0Q = 0 d'après la remarque du début.

Enfin, supposons que l'on ait deg⁡(T)≤t\deg(T) \leq t et deg⁡(P′)≤t−s\deg(P') \leq t - s; le polynôme T étant mis sous la forme (1), on a

deg⁡(P′Q′)≤deg⁡(P′)+deg⁡(Q′)<s+deg⁡(P′)≤t \deg(P'Q') \leq \deg(P') + \deg(Q') < s + \deg(P') \leq t
et par suite
s+deg⁡(Q)=deg⁡(PQ)=deg⁡(T−P′Q′)≤t s + \deg(Q) = \deg(PQ) = \deg(T - P'Q') \leq t
d'où deg⁡(Q)≤t−s\deg(Q) \leq t - s.

Exemple

Pour qu'un polynôme P∈A[X]P \in A[X] soit fortement étranger à X−aX - a (où a∈Aa \in A), il faut et il suffit que P(a)P(a) soit inversible dans A. En effet, si P et X−aX - a sont fortement étrangers, il résulte de la prop. 1 qu'il existe c∈Ac \in A et un polynôme Q∈A[X]Q \in A[X] tels que cP+(X−a)Q=1cP + (X - a)Q = 1, d'où cP(a)=1cP(a) = 1 et P(a)P(a) est inversible. Réciproquement, on a, par division euclidienne

P=(X−a)R+P(a), P = (X - a)R + P(a),
et si P(a)=b−1P(a) = b^{-1}, où b∈Ab \in A, on en déduit 1=bP−b(X−a)R1 = bP - b(X - a)R, ce qui montre que P et X−aX - a sont fortement étrangers.

Soient A et B deux anneaux commutatifs, f:A→Bf : A \to B un homomorphisme d'anneaux. Si P=∑i≥0aiXiP = \sum_{i \geq 0} a_i X^i est une série formelle dans A[[X]]A[[X]], on désignera par f‾(P)\overline{f}(P) la série formelle ∑i≥0f(ai)Xi\sum_{i \geq 0} f(a_i) X^i dans B[[X]]B[[X]]. Si P est un polynôme, il en est de même de f‾(P)\overline{f}(P), et si de plus P est unitaire, alors f‾(P)\overline{f}(P) est unitaire de même degré que P. Enfin, il est clair que P→f‾(P)P \to \overline{f}(P) est un homomorphisme de A[[X]]A[[X]] dans B[[X]]B[[X]] qui prolonge ff et applique X sur X. La notation f‾\overline{f} *sera constamment utilisée dans ce sens dans le reste de ce paragraphe.

Proposition 2

Soient A et B deux anneaux commutatifs, f un homomorphisme de A dans B, P, P' deux polynômes dans A[X]. Si P et P' sont fortement étrangers dans A[X], alors fˉ(P)\bar{f}(P) et fˉ(P′)\bar{f}(P') sont fortement étrangers dans B[X]. La réciproque est vraie si f est surjectif, si son noyau est contenu dans le radical de A, et si P est unitaire.

Supposons P et P' fortement étrangers ; il existe donc des polynômes Q, Q' dans A[X] tels que PQ + P'Q' = 1 ; on en déduit fˉ(P)fˉ(Q)+fˉ(P′)fˉ(Q′)=1\bar{f}(P)\bar{f}(Q) + \bar{f}(P')\bar{f}(Q') = 1, d'où la première assertion. Pour démontrer la seconde, désignons par α le noyau de f ; posons E = A[X], et soit F l'idéal de E engendré par P et P' ; comme f est surjectif et fˉ(P)\bar{f}(P) unitaire, la prop. 1 montre que pour tout polynôme T ∈\in A[X], il existe deux polynômes Q, Q' dans A[X] tels que fˉ(T)=fˉ(P)fˉ(Q)+fˉ(P′)fˉ(Q′)\bar{f}(T) = \bar{f}(P)\bar{f}(Q) + \bar{f}(P')\bar{f}(Q'), d'où la relation E = F + αE. Or, E/F est un A-module de type fini, car tout polynôme est congru mod. P à un polynôme de degré < deg(P), P étant unitaire. Comme E/F = α(E/F) et que α est contenu dans le radical de A, le lemme de Nakayama montre que E/F = 0 (Alg., chap. VIII, § 6, no 3, cor. 2 de la prop. 6), ce qui signifie que P et P' sont fortement étrangers.

2. Séries formelles restreintes.

Définition 1

On dit qu'un anneau topologique commutatif A est linéairement topologisé (et que sa topologie est linéaire) s'il existe un système fondamental B\mathscr{B} de voisinages de 0 formé d'idéaux de A.

On notera que dans un tel anneau, les idéaux J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B} sont ouverts et fermés (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, no 1, cor. de la prop. 4). Pour tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}, l'anneau topologique quotient A/JA/\mathfrak{J} est donc discret ; pour J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}, J′∈B\mathfrak{J}' \in \mathscr{B}, J′⊂J\mathfrak{J}' \subset \mathfrak{J}, soit hJJ′:A/J′→A/Jh_{\mathfrak{J}\mathfrak{J}'} : A/\mathfrak{J}' \to A/\mathfrak{J} l'application canonique. On sait (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 7, no 3) que (A/J,fJJ′)(A/\mathfrak{J}, f_{\mathfrak{J}\mathfrak{J}'}) est un système projectif d'anneaux discrets (relatif à l'ensemble d'indices B\mathscr{B}, ordonné filtrant par la relation ⊃\supset), dont la limite projective est un anneau topologique A~\tilde{A} linéairement topologisé, séparé et complet ; en outre (loc. cit., prop. 2), on définit un morphisme strict i:A→A~i : A \to \tilde{A}, dont le noyau est l’adhérence de {0}\{0\} dans AA, et l’image est partout dense dans A~\tilde{A}, de sorte que A~\tilde{A} s’identifie canoniquement au séparé complété de AA.

Définition 2

Étant donné un anneau topologique commutatif AA, on dit qu’une série formelle T=∑(ni)cn1n2…npX1n1X2n2…XpnpT = \sum_{(n_i)} c_{n_1 n_2 \ldots n_p} X_1^{n_1} X_2^{n_2} \ldots X_p^{n_p} de l’anneau A[[X1,…,Xp]]A[[X_1, \ldots, X_p]] est restreinte si, pour tout voisinage VV de 0 dans AA, il n’y a qu’un nombre fini de coefficients cn1…npc_{n_1 \ldots n_p} n’appartenant pas à VV (autrement dit, la famille (cn1…np)(c_{n_1 \ldots n_p}) tend vers 0 dans AA suivant le filtre des complémentaires des parties finies de Np\mathbf{N}^p).

Si AA est linéairement topologisé, les séries formelles restreintes dans A[[X1,…,Xp]]A[[X_1, \ldots, X_p]] forment un sous-anneau de A[[X1,…,Xp]]A[[X_1, \ldots, X_p]], que l’on note A{X1,…,Xp}A\{X_1, \ldots, X_p\} : en effet, si T=∑(ni)cn1…npX1n1…XpnpT = \sum_{(n_i)} c_{n_1 \ldots n_p} X_1^{n_1} \ldots X_p^{n_p}, T′=∑(ni)cn1…np′X1n1…XpnpT' = \sum_{(n_i)} c'_{n_1 \ldots n_p} X_1^{n_1} \ldots X_p^{n_p} sont deux séries formelles restreintes, J\mathfrak{J} un voisinage de 0 dans AA qui est un idéal de AA, il existe un entier mm tel que cn1…np∈Jc_{n_1 \ldots n_p} \in \mathfrak{J} et cn1…np′∈Jc'_{n_1 \ldots n_p} \in \mathfrak{J} pour tout système (n1,…,np)(n_1, \ldots, n_p) tel que nk≥mn_k \geq m pour un indice kk au moins ; or, si

T′′=TT′=∑(ni)cn1…np′′X1n1…Xpnp, T'' = TT' = \sum_{(n_i)} c''_{n_1 \ldots n_p} X_1^{n_1} \ldots X_p^{n_p},
on a cn1…np′′=∑cr1…rpcs1…sp′c''_{n_1 \ldots n_p} = \sum c_{r_1 \ldots r_p} c'_{s_1 \ldots s_p} pour tous les systèmes (rk),(sk)(r_k), (s_k) tels que rk+sk=nkr_k + s_k = n_k pour 1≤k≤p1 \leq k \leq p ; on en conclut que si nk≥2mn_k \geq 2m, on a rk≥mr_k \geq m ou sk≥ms_k \geq m, donc, puisque J\mathfrak{J} est un idéal, cn1…np′′∈Jc''_{n_1 \ldots n_p} \in \mathfrak{J} dès que nk≥2mn_k \geq 2m pour un kk au moins, ce qui établit notre assertion. En outre, toute dérivée ∂T/∂Xi\partial T / \partial X_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) d’une série formelle restreinte est restreinte, comme il résulte aussitôt de la définition et du fait que les voisinages J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B} sont des sous-groupes additifs de AA.

Lorsque AA est discret, l’anneau des séries formelles restreintes n’est autre que l’anneau des polynômes A[X1,…,Xp]A[X_1, \ldots, X_p].

Supposons toujours AA linéairement topologisé, et soit B\mathscr{B} un système fondamental de voisinages de 0 dans AA formé d’idéaux de AA;

pour tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}, soit pJ:A→A/Jp_{\mathfrak{J}} : A \to A/\mathfrak{J} l’homomorphisme canonique. Par définition, pour toute série formelle restreinte T∈A{X1,...,Xp}T \in A\{X_1,...,X_p\}, on a pˉJ(T)∈(A/J)[X1,...,Xp]\bar{p}_{\mathfrak{J}}(T) \in (A/\mathfrak{J})[X_1,...,X_p]. Il est clair que

((A/J)[X1,...,Xp],h‾JJ′) ((A/\mathfrak{J})[X_1,...,X_p], \overline{h}_{\mathfrak{J}\mathfrak{J}'})

est un système projectif d’anneaux (relatif à l’ensemble d’indices filtrant B\mathscr{B}) et que (pˉJ)(\bar{p}_{\mathfrak{J}}) est un système projectif d’homomorphismes A{X1,...,Xp}→(A/J)[X1,...,Xp]A\{X_1,...,X_p\} \to (A/\mathfrak{J})[X_1,...,X_p]; comme tout polynôme est une série formelle restreinte, pˉJ\bar{p}_{\mathfrak{J}} est surjectif ; son noyau NJN_{\mathfrak{J}} est l’idéal de A{X1,...,Xp}A\{X_1,...,X_p\} formé des séries formelles restreintes dont tous les coefficients appartiennent à J\mathfrak{J}; nous munirons A{X1,...,Xn}A\{X_1,...,X_n\} de la topologie (linéaire) dont les NJN_{\mathfrak{J}} (pour J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}) forment un système fondamental de voisinages de 0 (topologie qui ne dépend évidemment que de celle de AA). Alors, il résulte de Top. gén., chap. III, 3e éd., § 7, no 3, prop. 2, que

π=lim⁡←JpˉJ:A{X1,...,Xp}→lim⁡←J(A/J)[X1,...,Xp] \pi = \lim_{\leftarrow \mathfrak{J}} \bar{p}_{\mathfrak{J}} : A\{X_1,...,X_p\} \to \lim_{\leftarrow \mathfrak{J}} (A/\mathfrak{J})[X_1,...,X_p]

est un morphisme strict, dont le noyau est l’adhérence de {0}\{0\} dans A{X1,...,Xp}A\{X_1,...,X_p\}, et dont l’image est dense dans

A′=lim⁡←J(A/J)[X1,...,Xp]. A' = \lim_{\leftarrow \mathfrak{J}} (A/\mathfrak{J})[X_1,...,X_p].

Proposition 3

Si l’anneau commutatif linéairement topologisé AA est séparé et complet, l’homomorphisme canonique π\pi est un isomorphisme d’anneaux topologiques.

En effet, pour tout (n1,...,np)∈Np(n_1,...,n_p) \in \mathbf{N}^p et tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}, soit φn1...npJ\varphi_{n_1...n_p}^{\mathfrak{J}} l’application (A/J)[X1,...,Xp]→A/J(A/\mathfrak{J})[X_1,...,X_p] \to A/\mathfrak{J} qui à tout polynôme fait correspondre le coefficient de X1n1...XpnpX_1^{n_1}...X_p^{n_p} dans ce polynôme ; il est clair que les φn1...npJ\varphi_{n_1...n_p}^{\mathfrak{J}} forment un système projectif d’homomorphismes de (A/J)(A/\mathfrak{J})-modules (relatif à l’ensemble ordonné B\mathscr{B}), et comme AA s’identifie canoniquement à lim⁡←J(A/J)\lim_{\leftarrow \mathfrak{J}} (A/\mathfrak{J}) par hypothèse,

φn1...np=lim⁡←Jφn1...npJ \varphi_{n_1...n_p} = \lim_{\leftarrow \mathfrak{J}} \varphi_{n_1...n_p}^{\mathfrak{J}}

est un AA-homomorphisme continu de A′A' dans AA. Pour tout élément S=(SJ)J∈BS = (S_{\mathfrak{J}})_{\mathfrak{J} \in \mathscr{B}} de A′A', nous allons voir que la série formelle T=∑(ni)φn1...np(S)X1n1...XpnpT = \sum_{(n_i)} \varphi_{n_1...n_p}(S) X_1^{n_1}...X_p^{n_p} est restreinte et telle que π(T)=S\pi(T) = S. En effet, pour tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}, et tout J′∈B\mathfrak{J}' \in \mathscr{B} tel que J′⊂J\mathfrak{J}' \subset \mathfrak{J}, la relation φn1…npJ(SJ)=0\varphi_{n_1 \ldots n_p}^{\mathfrak{J}}(S_{\mathfrak{J}}) = 0 entraîne

φn1…npJ′(SJ′)∈J/J′ \varphi_{n_1 \ldots n_p}^{\mathfrak{J}'}(S_{\mathfrak{J}'}) \in \mathfrak{J}/\mathfrak{J}'
comme SJS_{\mathfrak{J}} est un polynôme, on voit que φn1…np(S)∈J\varphi_{n_1 \ldots n_p}(S) \in \mathfrak{J} sauf pour les (n1,…,np)(n_1, \ldots, n_p) en nombre fini tels que φn1…npJ(SJ)≠0\varphi_{n_1 \ldots n_p}^{\mathfrak{J}}(S_{\mathfrak{J}}) \neq 0, ce qui prouve notre première assertion ; la seconde résulte des définitions. Comme AA est séparé, l’intersection des NJN_{\mathfrak{J}} est réduite à 0, donc π\pi est bijectif, ce qui achève la démonstration, puisque π\pi est un morphisme strict.

Proposition 4

Soient* A,BA, B deux anneaux commutatifs linéairement topologisés, BB étant séparé et complet, u:A→Bu : A \to B un homomorphisme continu. Pour toute famille b=(bi)1≤i≤pb = (b_i)_{1 \leq i \leq p} d’éléments de BB, il existe un homomorphisme continu et un seul

u~:A{X1,…,Xp}→B \tilde{u} : A\{X_1, \ldots, X_p\} \to B
tel que u~(a)=u(a)\tilde{u}(a) = u(a) pour tout a∈Aa \in A et u~(Xi)=bi\tilde{u}(X_i) = b_i pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p.

Il existe en effet un homomorphisme v:A[X1,…,Xp]→Bv : A[X_1, \ldots, X_p] \to B et un seul tel que v(a)=u(a)v(a) = u(a) pour a∈Aa \in A et v(Xi)=biv(X_i) = b_i pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p. En outre, si H\mathfrak{H} est un voisinage de 0 dans BB qui est un idéal, u~−1(H)=J\tilde{u}^{-1}(\mathfrak{H}) = \mathfrak{J} est un idéal de AA qui est un voisinage de 0, et pour tout polynôme P∈NJP \in N_{\mathfrak{J}}, il est clair que v(P)∈Hv(P) \in \mathfrak{H}, donc vv est continu. Comme A[X1,…,Xp]A[X_1, \ldots, X_p] est dense dans A{X1,…,Xp}A\{X_1, \ldots, X_p\}, l’existence et l’unicité de u~\tilde{u} résultent de Top. gén., chap. III, 3e éd., § 3, no 3, prop. 5 et du principe de prolongement des identités.

Dans le cas particulier où A=BA = B et où uu est l’application identique on écrira f(b1,…,bp)f(b_1, \ldots, b_p) ou f(b)f(b) la valeur de u~(f)\tilde{u}(f) pour toute série formelle restreinte f∈A{X1,…,Xp}f \in A\{X_1, \ldots, X_p\}.

Remarque 1

La prop. 4 prouve que pour tout idéal fermé aa d’un anneau AA supposé séparé et complet, les relations bi∈ab_i \in a pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p entraînent f(b1,…,bp)∈af(b_1, \ldots, b_p) \in a pour toute série formelle restreinte f∈A{X1,…,Xp}f \in A\{X_1, \ldots, X_p\}.

Remarque 2

Supposons AA linéairement topologisé ; soit rr un entier tel que 1≤r≤p1 \leq r \leq p, et munissons l’anneau A{X1,…,Xr}A\{X_1, \ldots, X_r\} de la topologie définie ci-dessus. Alors l’anneau topologique A{X1,...,Xp}A\{X_1, ..., X_p\} s’identifie à l’anneau des séries formelles restreintes

(A{X1,...,Xr}{Xr+1,...,Xp} (A\{X_1, ..., X_r\}\{X_{r+1}, ..., X_p\}

comme il résulte aussitôt des définitions.

Remarque 3

Avec les notations de la Remarque 2, supposons en outre A séparé et complet, et écrivons toute série formelle restreinte f∈A{X1,...,Xp}f \in A\{X_1, ..., X_p\} sous la forme

f=∑(ni)cnr+1...np(X1,...,Xr)Xr+1nr+1...Xpnp f = \sum_{(n_i)} c_{n_{r+1}...n_p}(X_1, ..., X_r) X_{r+1}^{n_{r+1}} ... X_p^{n_p}

où les cnr+1...npc_{n_{r+1}...n_p} sont des séries formelles restreintes. Pour tout système x=(x1,...,xr)x = (x_1, ..., x_r) d’éléments de A, soit

bnr+1...np=cnr+1...np(x1,...,xr). b_{n_{r+1}...n_p} = c_{n_{r+1}...n_p}(x_1, ..., x_r).

Il résulte aussitôt de la Remarque 1 que ∑(ni)bnr+1...npXr+1nr+1...Xpnp\sum_{(n_i)} b_{n_{r+1}...n_p} X_{r+1}^{n_{r+1}} ... X_p^{n_p} est une série formelle restreinte, quel’on note f(x1,...,xr,Xr+1,...,Xp)f(x_1, ..., x_r, X_{r+1}, ..., X_p); on dit qu’elle s’obtient en substituant les xix_i aux XiX_i pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r dans ff.

3. Le lemme de Hensel.

Dans un anneau topologique A, on dit qu’un élément xx est topologiquement nilpotent si 0 est une limite de la suite (xn)n≥0(x^n)_{n \geq 0}. Si A est un anneau commutatif linéairement topologisé, dire que x∈Ax \in A est topologiquement nilpotent signifie que pour tout idéal ouvert J\mathfrak{J} de A, l’image canonique de xx dans A/JA/\mathfrak{J} est un élément nilpotent de cet anneau. Si rJr_\mathfrak{J} est le nilradical de A/JA/\mathfrak{J}, il est clair que (rJ)(r_\mathfrak{J}) est un système projectif de parties et l’ensemble t des éléments topologiquement nilpotents de A est l’image réciproque de r=lim⁡←JrJr = \lim_{\leftarrow \mathfrak{J}} r_\mathfrak{J} par l’homomorphisme canonique A→lim⁡←JA/JA \to \lim_{\leftarrow \mathfrak{J}} A/\mathfrak{J}; c’est donc un idéal fermé de A. Si en outre A est séparé et complet, cet idéal est contenu dans le radical de A, et pour qu’un élément x∈Ax \in A soit inversible, il faut et il suffit que sa classe mod. t soit inversible dans A/tA/t (§ 2, n° 13, lemme 3).

On notera que si A est un anneau, m un idéal bilatère de A, les éléments de m sont topologiquement nilpotents pour la topologie m-adique.

Théorème 1 (Hensel)

Soit AA un anneau commutatif linéairement topologisé, séparé et complet. Soit mm un idéal fermé de AA, dont les éléments sont topologiquement nilpotents. Soient B=A/mB = A/m l’anneau topologique quotient, φ:A→B\varphi : A \to B l’application canonique. Soient RR une série formelle restreinte dans A{X}A\{X\}, P‾\overline{P} un polynôme unitaire dans B[X]B[X], Q‾\overline{Q} une série formelle restreinte dans B{X}B\{X\}. On suppose que φ‾(R)=P‾.Q‾\overline{\varphi}(R) = \overline{P}.\overline{Q} et que P‾\overline{P} et Q‾\overline{Q} soient fortement étrangers dans B{X}B\{X\}. Alors il existe un couple (P,Q)(P, Q) et un seul formé d’un polynôme unitaire P∈A[X]P \in A[X] et d’une série formelle restreinte Q∈A{X}Q \in A\{X\} tel que

(4)R=P.Q,φ‾(P)=P‾,φ‾(Q)=Q‾. (4) \quad R = P.Q, \qquad \overline{\varphi}(P) = \overline{P}, \qquad \overline{\varphi}(Q) = \overline{Q}.

De plus PP et QQ sont fortement étrangers dans A{X}A\{X\}, et si RR est un polynôme, il en est de même de QQ.

La démonstration se fait en quatre étapes. Dans les trois premières, on suppose que AA est discret, auquel cas RR et Q‾\overline{Q} sont des polynômes.

1) m2=0m^2 = 0.

Soient S,TS, T deux polynômes de A[X]A[X] tels que SS soit unitaire et que l’on ait φ‾(S)=P‾,φ‾(T)=Q‾\overline{\varphi}(S) = \overline{P}, \overline{\varphi}(T) = \overline{Q}; la prop. 2 du no 1 montre que SS et TT sont fortement étrangers ; donc (no 1, prop. 1) il existe un couple unique de polynômes (S′,T′)(S', T') de A[X]A[X] tel que

(5)R−ST=ST′+TS′etdeg⁡(S′)<deg⁡(S)=deg⁡(P‾). (5) \quad R - ST = ST' + TS' \quad \text{et} \quad \deg(S') < \deg(S) = \deg(\overline{P}).

Les polynômes P=S+S′,Q=T+T′P = S + S', Q = T + T' répondent alors à la question ; on a en effet

(6)P‾.φ‾(T′)+Q‾.φ‾(S′)=φ‾(ST′+TS′)=φ‾(R−ST)=0. (6) \quad \overline{P}.\overline{\varphi}(T') + \overline{Q}.\overline{\varphi}(S') = \overline{\varphi}(ST' + TS') = \overline{\varphi}(R - ST) = 0.

Comme P‾\overline{P} est unitaire, P‾\overline{P} et Q‾\overline{Q} fortement étrangers et

deg⁡(φ‾(S′))<deg⁡(P‾), \deg(\overline{\varphi}(S')) < \deg(\overline{P}),

la prop. 1 du no 1 montre que φ‾(S′)=φ‾(T′)=0\overline{\varphi}(S') = \overline{\varphi}(T') = 0, autrement dit les coefficients de S′S' et T′T' appartiennent à mm, et la relation m2=0m^2 = 0 donne PQ=ST+ST′+TS′=RPQ = ST + ST' + TS' = R, ce qui vérifie les relations (4). Puisque φ‾(P)=P‾\overline{\varphi}(P) = \overline{P} et φ‾(Q)=Q‾\overline{\varphi}(Q) = \overline{Q}, PP et QQ sont fortement étrangers (no 1, prop. 2) ; enfin, si P1,Q1P_1, Q_1 sont deux autres polynômes de A[X]A[X] vérifiant (4) et tels que P1P_1 soit unitaire, on a nécessairement, en posant S1′=P1−S,T1′=Q1−T,deg⁡(S1′)<deg⁡(S)S'_1 = P_1 - S, T'_1 = Q_1 - T, \deg(S'_1) < \deg(S) et R−ST=ST1′+TS1′R - ST = ST'_1 + TS'_1 puisque S1′S'_1 et T1′T'_1 ont leurs coefficients dans mm; mais la prop. 1 prouve alors que S′=S1′S' = S'_1 et T′=T1′T' = T'_1, ce qui prouve l’unicité du couple (P,Q)(P, Q).

2) mm est nilpotent.

Soit nn le plus petit entier tel que mn=0m^n = 0, et raisonnons par récurrence sur n>2n > 2, le théorème étant démontré pour n=2n = 2. Soient A′=A/mn−1A' = A/m^{n-1}, m′=m/mn−1m' = m/m^{n-1}; comme m′n−1=0{m'}^{n-1} = 0, il existe un couple unique (P′,Q′)(P', Q') de polynômes de A′[X]A'[X] tel que P′P' soit unitaire, R′=P′Q′R' = P'Q', ψˉ(P′)=Pˉ\bar{\psi}(P') = \bar{P} et ψˉ(Q′)=Qˉ\bar{\psi}(Q') = \bar{Q}, en désignant par ψ\psi l’homomorphisme canonique A′→A′/m′=BA' \to A'/m' = B, par θ\theta l’homomorphisme canonique A→A′A \to A' et en posant R′=θˉ(R)R' = \bar{\theta}(R). D’autre part, comme (mn−1)2=0(m^{n-1})^2 = 0, il existe un couple unique (P,Q)(P, Q) de polynômes de A[X]A[X] tel que PP soit unitaire et R=PQ,θˉ(P)=P′,θˉ(Q)=Q′R = PQ, \bar{\theta}(P) = P', \bar{\theta}(Q) = Q'; comme φ=ψ∘θ\varphi = \psi \circ \theta, cela montre l’existence et l’unicité de PP et QQ vérifiant (4); en outre P′P' et Q′Q' sont fortement étrangers par l’hypothèse de récurrence, donc il en est de même de PP et QQ.

3) AA est discret.

On notera que dans ce cas mm n’est plus nécessairement nilpotent, mais c’est en tout cas un nilidéal par hypothèse. Soient P0,Q0P_0, Q_0 deux polynômes de A[X]A[X] tels que φˉ(P0)=Pˉ,φˉ(Q0)=Qˉ\bar{\varphi}(P_0) = \bar{P}, \bar{\varphi}(Q_0) = \bar{Q} et que P0P_0 soit unitaire. Considérons l’idéal nn de AA engendré par les coefficients de R−P0Q0R - P_0Q_0; il est de type fini et contenu dans mm, donc il est nilpotent (chap. II, § 2, no 6, prop. 15), et par définition, si ψ:A→A/n\psi : A \to A/n est l’application canonique, on a ψˉ(R)=ψˉ(P0)ψˉ(Q0)\bar{\psi}(R) = \bar{\psi}(P_0)\bar{\psi}(Q_0). En outre, ψˉ(P0)\bar{\psi}(P_0) et ψˉ(Q0)\bar{\psi}(Q_0) sont fortement étrangers, comme il résulte de l’hypothèse sur Pˉ\bar{P} et Qˉ\bar{Q} et de la prop. 2 du no 1 appliquée à l’homomorphisme canonique A/n→A/mA/n \to A/m. En vertu du cas 2), il existe donc un couple (P,Q)(P, Q) de polynômes de A[X]A[X], tel que PP soit unitaire et que les relations (4) soient vérifiées. Le fait que Pˉ\bar{P} et Qˉ\bar{Q} sont fortement étrangers entraîne encore ici que PP et QQ sont fortement étrangers dans A[X]A[X] en vertu du n° 1, prop. 2, car m est contenu dans le radical de A. Supposons enfin que P₁, Q₁ soient deux polynômes de A[X] vérifiant (4) et tels que P₁ soit unitaire, et soit n₁ l’idéal de type fini de A engendré par les coefficients de P − P₁ et les coefficients de Q − Q₁ ; comme n₁ est contenu dans m, il est nilpotent, et si ψ₁ : A → A/n₁ est l’application canonique on a ψˉ1(P)=ψˉ1(P1), ψˉ1(Q)=ψˉ1(Q1)\bar{\psi}_1(P) = \bar{\psi}_1(P_1),\ \bar{\psi}_1(Q) = \bar{\psi}_1(Q_1); la propriété d’unicité du cas 2) entraîne donc P = P₁, Q = Q₁.

4) Cas général.

Soit B\mathscr{B} un système fondamental de voisinages de 0 dans A, formé d’idéaux de A. Pour tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}, soient fJf_{\mathfrak{J}} l’application canonique A→A/JA \to A/\mathfrak{J}, φJ\varphi_{\mathfrak{J}} l’application canonique

A/J→(A/J)/((m+J)/J)=A/(m+J), A/\mathfrak{J} \to (A/\mathfrak{J})/((m + \mathfrak{J})/\mathfrak{J}) = A/(m + \mathfrak{J}),

gJg_{\mathfrak{J}} l’application canonique B=A/m→A/(m+J)B = A/m \to A/(m + \mathfrak{J}), et posons RJ=fˉJ(R), P‾J=gˉJ(P‾), Q‾J=gˉJ(Q‾)R_{\mathfrak{J}} = \bar{f}_{\mathfrak{J}}(R),\ \overline{P}_{\mathfrak{J}} = \bar{g}_{\mathfrak{J}}(\overline{P}),\ \overline{Q}_{\mathfrak{J}} = \bar{g}_{\mathfrak{J}}(\overline{Q}). Comme chaque anneau A/JA/\mathfrak{J} est discret, on peut lui appliquer le cas 3), et on voit qu’il existe un couple unique (PJ,QJ)(P_{\mathfrak{J}}, Q_{\mathfrak{J}}) de polynômes de (A/J)[X](A/\mathfrak{J})[X] tels que PJP_{\mathfrak{J}} soit unitaire et RJ=PJQJ, φ‾J(PJ)=P‾J, φ‾J(QJ)=Q‾JR_{\mathfrak{J}} = P_{\mathfrak{J}} Q_{\mathfrak{J}},\ \overline{\varphi}_{\mathfrak{J}}(P_{\mathfrak{J}}) = \overline{P}_{\mathfrak{J}},\ \overline{\varphi}_{\mathfrak{J}}(Q_{\mathfrak{J}}) = \overline{Q}_{\mathfrak{J}}. L’unicité de ce couple entraîne que si J′⊂J, J′∈B\mathfrak{J}' \subset \mathfrak{J},\ \mathfrak{J}' \in \mathscr{B}, et si fJJ′:A/J′→A/Jf_{\mathfrak{J}\mathfrak{J}'} : A/\mathfrak{J}' \to A/\mathfrak{J} est l’application canonique, on a PJ=fˉJJ′(PJ′),QJ=fˉJJ′(QJ′)P_{\mathfrak{J}} = \bar{f}_{\mathfrak{J}\mathfrak{J}'}(P_{\mathfrak{J}'}) , Q_{\mathfrak{J}} = \bar{f}_{\mathfrak{J}\mathfrak{J}'}(Q_{\mathfrak{J}'}). Il résulte donc de l’identification canonique de A{X}A\{X\} et de lim←⁡J(A/J)[X]\varprojlim_{\mathfrak{J}} (A/\mathfrak{J})[X] (n° 2, prop. 3) qu’il existe P∈A{X}P \in A\{X\} et Q∈A{X}Q \in A\{X\} tels que R=PQR = PQ et fˉJ(P)=PJ, fˉJ(Q)=QJ\bar{f}_{\mathfrak{J}}(P) = P_{\mathfrak{J}},\ \bar{f}_{\mathfrak{J}}(Q) = Q_{\mathfrak{J}} pour tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}. En outre, on a gˉJ(P‾−φ‾(P))=0, gˉJ(Q‾−φ‾(Q))=0\bar{g}_{\mathfrak{J}}(\overline{P} - \overline{\varphi}(P)) = 0,\ \bar{g}_{\mathfrak{J}}(\overline{Q} - \overline{\varphi}(Q)) = 0 pour tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}, ce qui signifie que pour tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B} les coefficients de P‾−φ‾(P)\overline{P} - \overline{\varphi}(P) et de Q‾−φ‾(Q)\overline{Q} - \overline{\varphi}(Q) appartiennent tous à (m+J)/m(m + \mathfrak{J})/m. Mais comme m est fermé dans A, on a ⋂J(m+J)=m\bigcap_{\mathfrak{J}} (m + \mathfrak{J}) = m, d’où P‾=φ‾(P), Q‾=φ‾(Q)\overline{P} = \overline{\varphi}(P),\ \overline{Q} = \overline{\varphi}(Q), et P et Q vérifient donc bien (4) ; en outre, comme les PJP_{\mathfrak{J}} sont unitaires et de même degré, la série formelle restreinte P est un polynôme unitaire. Si (P′,Q′)(P', Q') était un autre couple vérifiant (4) et tel que P′P' soit un polynôme unitaire, on en déduirait que RJ=fˉJ(P′)fˉJ(Q′), φ‾J(fˉJ(P′))=P‾JR_{\mathfrak{J}} = \bar{f}_{\mathfrak{J}}(P')\bar{f}_{\mathfrak{J}}(Q'),\ \overline{\varphi}_{\mathfrak{J}}(\bar{f}_{\mathfrak{J}}(P')) = \overline{P}_{\mathfrak{J}} et φ‾J(fˉJ(Q′))=Q‾J\overline{\varphi}_{\mathfrak{J}}(\bar{f}_{\mathfrak{J}}(Q')) = \overline{Q}_{\mathfrak{J}}, et d’après l’unicité du cas 3), fˉJ(P′)=PJ, fˉJ(Q′)=QJ\bar{f}_{\mathfrak{J}}(P') = P_{\mathfrak{J}},\ \bar{f}_{\mathfrak{J}}(Q') = Q_{\mathfrak{J}} pour tout J∈B\mathfrak{J} \in \mathscr{B}, ce qui entraîne P=P′P = P' et Q=Q′Q = Q'. Montrons enfin que P et Q sont fortement étrangers ; en vertu du cas 3) et de la prop. 1 du no 1, pour tout J∈B\mathscr{J} \in \mathscr{B}, il existe un couple unique (SJ,TJ)(S_{\mathscr{J}}, T_{\mathscr{J}}) de polynômes de (A/J)[X](A/\mathscr{J})[X] tels que

(7) 1=PJSJ+QJTJ1 = P_{\mathscr{J}} S_{\mathscr{J}} + Q_{\mathscr{J}} T_{\mathscr{J}} et deg⁡(TJ)<deg⁡(PJ)=deg⁡(P‾)\deg(T_{\mathscr{J}}) < \deg(P_{\mathscr{J}}) = \deg(\overline{P}).

L’unicité de ce couple montre aussitôt que pour J′∈B\mathscr{J}' \in \mathscr{B}, J′⊂J\mathscr{J}' \subset \mathscr{J}, on a SJ=f‾JJ′(SJ′)S_{\mathscr{J}} = \overline{f}_{\mathscr{J}\mathscr{J}'}(S_{\mathscr{J}'}), TJ=f‾JJ′(TJ′)T_{\mathscr{J}} = \overline{f}_{\mathscr{J}\mathscr{J}'}(T_{\mathscr{J}'}); compte tenu du no 2, prop. 3, on en conclut l’existence de deux séries formelles restreintes, S,TS, T de A{X}A\{X\} telles que SJ=f‾J(S)S_{\mathscr{J}} = \overline{f}_{\mathscr{J}}(S), TJ=f‾J(T)T_{\mathscr{J}} = \overline{f}_{\mathscr{J}}(T) et 1=PS+QT1 = PS + QT.

Reste à voir que si RR est un polynôme, il en est de même de QQ. Or, les QJQ_{\mathscr{J}} sont des polynômes par construction, et comme PJP_{\mathscr{J}} est unitaire, la relation RJ=PJQJR_{\mathscr{J}} = P_{\mathscr{J}} Q_{\mathscr{J}} entraîne

deg⁡(QJ)≤deg⁡(RJ)≤deg⁡(R) \deg(Q_{\mathscr{J}}) \leq \deg(R_{\mathscr{J}}) \leq \deg(R)

pour tout J∈B\mathscr{J} \in \mathscr{B}; d’où aussitôt la conclusion par définition de QQ.

C. Q. F. D.

4. Composition des systèmes de séries formelles.

Soit AA un anneau commutatif ; nous dirons qu’un système

(8) f=(f1,...,fp)∈(A[[X1,...,Xq]])pf = (f_1, ..., f_p) \in (A[[X_1, ..., X_q]])^p

de séries formelles en les XjX_j (1≤j≤q1 \leq j \leq q), à coefficients dans AA, est sans terme constant s’il en est ainsi de tous les fjf_j. Pour tout système (8) de séries formelles et tout système

(9) g=(g1,...,gq)∈(A[[X1,...,Xr]])qg = (g_1, ..., g_q) \in (A[[X_1, ..., X_r]])^q

de qq séries formelles sans terme constant, nous désignerons par f∘gf \circ g (ou f(g)f(g)) le système de séries formelles fj(g1,...,gq)f_j(g_1, ..., g_q) (1≤j≤p1 \leq j \leq p) dans (A[[X1,...,Xr]])p(A[[X_1, ..., X_r]])^p (Alg., chap. IV, § 5, no 5). Si

h=(h1,...,hr)∈(A[[X1,...,Xs]])r h = (h_1, ..., h_r) \in (A[[X_1, ..., X_s]])^r

est un troisième système sans terme constant, on a

(10) (f∘g)∘h=f∘(g∘h)(f \circ g) \circ h = f \circ (g \circ h).

En effet, pour tout entier mm, on a

(f(m)∘g(m))∘h(m)=f(m)∘(g(m)∘h(m)) (f^{(m)} \circ g^{(m)}) \circ h^{(m)} = f^{(m)} \circ (g^{(m)} \circ h^{(m)})

en désignant par f(m),g(m),h(m)f^{(m)}, g^{(m)}, h^{(m)} les systèmes de polynômes formés des termes de degré total ≤m\leq m dans les systèmes de séries formelles f,g,hf, g, h. Mais il est clair que les termes de degré total ≤m\leq m dans les séries de (f∘g)∘h(f \circ g) \circ h (resp. f∘(g∘h)f \circ (g \circ h)) sont les mêmes que dans (f(m)∘g(m))∘h(m)(f^{(m)} \circ g^{(m)}) \circ h^{(m)} (resp. f(m)∘(g(m)∘h(m))f^{(m)} \circ (g^{(m)} \circ h^{(m)})), d’où notre assertion.

Pour tout système (8), nous désignerons par MfM_f, ou Mf(X)M_f(\mathbf{X}), la matrice jacobienne (∂fi/∂Xj)(\partial f_i / \partial X_j) (1≤i≤p,1≤j≤q1 \leq i \leq p, 1 \leq j \leq q) où ii est l’indice des lignes et jj celui des colonnes ; pour deux systèmes (8) et (9), où gg est sans terme constant, on a

Mf∘g=(Mf(g)).Mg M_{f \circ g} = (M_f(g)). M_g

où Mf(g)M_f(g) est la matrice dont les éléments s’obtiennent en substituant gjg_j à XjX_j (1≤j≤q1 \leq j \leq q) dans chaque série élément de MfM_f; cette formule ne fait que traduire en effet la formule (9) d’Alg., chap. IV, § 5, n° 8. Nous noterons Mf(0)M_f(0) la matrice des termes constants des éléments de MfM_f; on déduit donc de (11) que

Mf∘g(0)=Mf(0).Mg(0). M_{f \circ g}(0) = M_f(0) . M_g(0).

Étant donné un entier n>0n > 0, nous poserons

1n=X=(X1,...,Xn)∈(A[[X1,...,Xn]])n, \mathbf{1}_n = \mathbf{X} = (X_1, ..., X_n) \in (A[[X_1, ..., X_n]])^n,

qui sera considéré comme matrice à une colonne.

Pour tout système f=(f1,...,fn)∈(A[[X1,...,Xn]])nf = (f_1, ..., f_n) \in (A[[X_1, ..., X_n]])^n, MfM_f est une matrice carrée d’ordre nn; nous noterons JfJ_f ou Jf(X)J_f(\mathbf{X}) son déterminant, Jf(0)J_f(0) le terme constant de JfJ_f, égal à det⁡(Mf(0))\det(M_f(0)); si g=(g1,...,gn)g = (g_1, ..., g_n) est un système sans terme constant dans (A[[X1,...,Xn]])n(A[[X_1, ..., X_n]])^n, on a donc, d’après (11) et (12)

Jf∘g=Jf(g).Jg J_{f \circ g} = J_f(g) . J_g
Jf∘g(0)=Jf(0)Jg(0). J_{f \circ g}(0) = J_f(0) J_g(0).

Proposition 5

Soient A un anneau commutatif, f^=(f1,...,fn)\hat{f} = (f_1, ..., f_n) un système sans terme constant de n séries de A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]]. Supposons que Jf(0)J_f(0) soit inversible dans A. Alors il existe un système sans terme constant g=(g1,...,gn)g = (g_1, ..., g_n) de n séries de A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]] tel que

f∘g=1n. f \circ g = \mathbf{1}_n.

Ce système est unique et on a

(17) g∘f=1ng \circ f = 1_n.

L’existence et l’unicité de gg résultent d’Alg., chap. IV, § 5, no 9, prop. 10, appliquée aux nn séries formelles

fi(Y1,...,Yn)−Xi(1≤i≤n). f_i(Y_1, ..., Y_n) - X_i \quad (1 \leq i \leq n).

Il résulte de (15) et (16) que l’on a Jf(0)Jg(0)=1J_f(0)J_g(0) = 1, donc Jg(0)J_g(0) est aussi inversible. On en conclut l’existence d’un système h=(h1,...,hn)h = (h_1, ..., h_n) de nn séries sans terme constant de A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]] tel que g∘h=1ng \circ h = 1_n; de cette relation et de (16) il résulte alors, grâce à (10), que h=1n∘h=(f∘g)∘h=f∘(g∘h)=f∘1n=fh = 1_n \circ h = (f \circ g) \circ h = f \circ (g \circ h) = f \circ 1_n = f.

La prop. 5 et les formules (10) et (15) montrent que pour la loi de composition (f,g)→f∘g(f, g) \to f \circ g, l’ensemble des systèmes f=(f1,...,fn)f = (f_1, ..., f_n) de nn séries sans terme constant de A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]] pour lesquels Jf(0)J_f(0) est inversible dans AA, est un groupe.

5. Systèmes d’équations dans les anneaux complets.

Pour abréger, nous dirons dans ce qui suit qu’un anneau AA satisfait aux conditions de Hensel s’il est commutatif, linéairement topologisé, séparé et complet ; étant donné un idéal mm dans un tel anneau, nous dirons que mm (ou le couple (A,m)(A, m)) satisfait aux conditions de Hensel si mm est fermé dans AA et si ses éléments sont topologiquement nilpotents. L’idéal tt de AA formé de tous les éléments topologiquement nilpotents satisfait aux conditions de Hensel (no 3).

En particulier, si AA est un anneau commutatif, mm un idéal de AA, et si AA est séparé et complet pour la topologie mm-adique, le couple (A,m)(A, m) satisfait aux conditions de Hensel.

Proposition 6

Soient AA un anneau commutatif, BB un anneau satisfaisant aux conditions de Hensel, u:A→Bu : A \to B un homomorphisme. Pour toute famille x=(x1,...,xn)x = (x_1, ..., x_n) d’éléments topologiquement nilpotents de BB, il existe un homomorphisme u~\tilde{u} et un seul de A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]] dans BB tel que u~(a)=u(a)\tilde{u}(a) = u(a) pour tout a∈Aa \in A et u~(Xi)=xi\tilde{u}(X_i) = x_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. En outre, si mm désigne l’idéal des séries sans terme constant dans A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]], u~\tilde{u} est continu pour la topologie m-adique.

Soit α\alpha l’idéal de type fini engendré dans B par les xi(1≤i≤n)x_i (1 \leq i \leq n); pour tout idéal ouvert H\mathfrak{H} de B, les images des xix_i dans B/HB/\mathfrak{H} sont nilpotentes, donc l’idéal (α+H)/H(\alpha + \mathfrak{H})/\mathfrak{H} est nilpotent dans B/HB/\mathfrak{H}, et il existe un entier kk tel que, pour ∑i=1npi≥k\sum_{i=1}^n p_i \geq k on ait x1p1...xnpn∈Hx_1^{p_1} ... x_n^{p_n} \in \mathfrak{H}. Comme tout élément de mkm^k est somme finie de séries formelles de la forme X1p1...Xnpng(X1,...,Xn)X_1^{p_1} ... X_n^{p_n} g(X_1, ..., X_n), où ∑i=1npi≥k\sum_{i=1}^n p_i \geq k, on voit que si u~\tilde{u} répond à la question, on a u~(mk)⊂H\tilde{u}(m^k) \subset \mathfrak{H}, ce qui prouve la continuité de u~\tilde{u}. Il existe évidemment un homomorphisme φ:A[X1,...,Xn]→B\varphi : A[X_1, ..., X_n] \to B et un seul tel que φ(a)=u(a)\varphi(a) = u(a) pour a∈Aa \in A et φ(Xi)=xi\varphi(X_i) = x_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, et le raisonnement précédent montre que φ\varphi est continu pour la topologie induite sur A[X1,...,Xn]A[X_1, ..., X_n] par la topologie m-adique. Comme A[X1,...,Xn]A[X_1, ..., X_n] est dense dans A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]] pour la topologie m-adique et que B est séparé et complet, cela achève de prouver l’existence et l’unicité de u~\tilde{u}.

On notera que cette proposition redonne comme cas particulier le (i) de la prop. 11 du § 2, no 9.

Lorsque A est lui-même linéairement topologisé, la restriction de u~\tilde{u} à A{X1,...,Xn}A\{X_1, ..., X_n\} coïncide avec l’homomorphisme défini à partir de uu dans la prop. 4 du no 2. Cela résulte aussitôt de ce que A[X1,...,Xn]A[X_1, ..., X_n] est dense dans A{X1,...,Xn}A\{X_1, ..., X_n\} quand on munit cet anneau de la topologie ayant pour système fondamental de voisinages de 0 les idéaux mk∩NSm^k \cap N_S (avec les notations du no 2 ; cette topologie est la borne supérieure de la topologie induite sur A{X1,...,Xn}A\{X_1, ..., X_n\} par la topologie m-adique de A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]], et de la topologie définie au no 2).

Lorsque B = A et que uu est l’application identique, nous noterons f(x1,...,xn)f(x_1, ..., x_n) ou f(x)f(\mathbf{x}) l’élément u~(f)\tilde{u}(f) pour toute série formelle f∈A[[X1,...,Xn]]f \in A[[X_1, ..., X_n]]; pour tout système f=(f1,...,fr)\mathbf{f} = (f_1, ..., f_r) de séries formelles de A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]], on notera f(x)\mathbf{f}(\mathbf{x}) l’élément (f1(x),...,fr(x))(f_1(\mathbf{x}), ..., f_r(\mathbf{x})) de ArA^r et on dit qu’il s’obtient en substituant les xix_i aux XiX_i dans f\mathbf{f}. Si n≤mn \leq m et si F est une série formelle de A[[X1,...,Xm]]A[[X_1, ..., X_m]], on peut considérer F comme une série formelle en Xn+1,…,XmX_{n+1}, \ldots, X_m à coefficients dans A[[X1,…,Xn]]A[[X_1, \ldots, X_n]]; on note F(x1,…,xn,Xn+1,…,Xm)F(x_1, \ldots, x_n, X_{n+1}, \ldots, X_m) la série formelle de A[[Xn+1,…,Xm]]A[[X_{n+1}, \ldots, X_m]] obtenue en substituant les xix_i aux XiX_i dans les coefficients de F, pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

Prenons pour B un anneau de séries formelles A[[X1,…,Xr]]A[[X_1, \ldots, X_r]], et soit n\mathfrak{n} l’idéal des séries de B sans terme constant, de sorte que (B,n)(B, \mathfrak{n}) satisfait aux conditions de Hensel (§ 2§\ 2, no 6, cor. de la prop. 6). On peut appliquer la prop. 6 en prenant pour les xi∈Bx_i \in B des séries sans terme constant ; alors, pour toute série f∈A[[X1,…,Xn]]f \in A[[X_1, \ldots, X_n]], u~(f)\tilde{u}(f) n’est autre que la série formelle f(x1,…,xn)f(x_1, \ldots, x_n) définie en Alg., chap. IV, § 5§\ 5, no 5. C’est évident si ff est un polynôme et on en déduit la proposition dans le cas général en remarquant que f→f(x1,…,xn)f \to f(x_1, \ldots, x_n) est continue dans A[[X1,…,Xn]]A[[X_1, \ldots, X_n]] pour la topologie mm-adique.

Corollaire

Soient AA un anneau satisfaisant aux conditions de Hensel, x=(x1,…,xn)\mathbf{x} = (x_1, \ldots, x_n) une famille d’éléments topologiquement nilpotents dans AA. Soient g=(g1,…,gq)g = (g_1, \ldots, g_q) un système sans terme constant de séries de A[[X1,…,Xn]]A[[X_1, \ldots, X_n]], f=(f1,…,fp)\mathbf{f} = (f_1, \ldots, f_p) un système de séries formelles de A[[X1,…,Xq]]A[[X_1, \ldots, X_q]]. Alors g(x)=(g1(x),…,gq(x))g(\mathbf{x}) = (g_1(\mathbf{x}), \ldots, g_q(\mathbf{x})) est une famille d’éléments topologiquement nilpotents de AA et on a

(18)(18)
(f∘g)(x)=f(g(x)).(\mathbf{f} \circ g)(\mathbf{x}) = \mathbf{f}(g(\mathbf{x})).

Le fait que les gi(x)g_i(\mathbf{x}) sont topologiquement nilpotents résulte aussitôt de la prop. 6 et du fait que dans AA l’idéal des éléments topologiquement nilpotents est fermé. La relation (18) est évidente lorsque les fjf_j sont des polynômes ; d’autre part, si mm et m′m' sont les idéaux des séries sans terme constant dans A[[X1,…,Xq]]A[[X_1, \ldots, X_q]] et dans A[[X1,…,Xn]]A[[X_1, \ldots, X_n]] respectivement, il est clair que la relation f∈mkf \in m^k entraîne f(g1,…,gq)∈m′kf(g_1, \ldots, g_q) \in {m'}^k. Les deux membres de (18) sont donc fonctions continues de f\mathbf{f} dans (A[[X1,…,Xq]])p(A[[X_1, \ldots, X_q]])^p quand on munit A[[X1,…,Xq]]A[[X_1, \ldots, X_q]] de la topologie mm-adique, en vertu de la remarque précédente et de la prop. 6 ; d’où la relation (18).

Dans ce qui suit, pour un anneau AA et un idéal mm de AA, nous noterons mxnm^{x^n} l’ensemble produit ∏i=1nmi\prod_{i=1}^n m_i dans AnA^n, avec mi=mm_i = m pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, pour éviter toute confusion.

Proposition 7

Soient AA un anneau, mm un idéal de AA tels que le couple (A,m)(A, m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soit f=(f1,...,fn)f = (f_1, ..., f_n) un système sans terme constant de séries de A[[X1,...,Xn]]A[[X_1, ..., X_n]] tel que Jf(0)J_f(0) soit inversible dans AA. Alors, pour tout x∈mxnx \in m^{x^n}, on a f(x)∈mxnf(x) \in m^{x^n}, et x→f(x)x \to f(x) est une bijection de mxnm^{x^n} sur lui-même, la bijection réciproque étant x→g(x)x \to g(x), où gg est donné par la relation (16) du no 4.

Le fait que f(x)∈mxnf(x) \in m^{x^n} est évident lorsque les fif_i sont des polynômes et résulte en général de la prop. 6 et de ce que mm est fermé dans AA. Les autres assertions de la proposition sont alors des conséquences immédiates de (16), (17) et (18).

Corollaire

Soit qq un idéal fermé de AA contenu dans mm. Alors la relation x≡x′(modqxn)x \equiv x' \pmod{q^{x^n}} est équivalente à f(x)≡f(x′)(modqxn)f(x) \equiv f(x') \pmod{q^{x^n}}.

En effet, pour toute série formelle f∈A[[X1,...,Xn]]f \in A[[X_1, ..., X_n]], on a

f(X1,...,Xn)−f(Y1,...,Yn)=∑i=1n(Xi−Yi)hi(X1,...,Xn,Y1,...,Yn) f(X_1, ..., X_n) - f(Y_1, ..., Y_n) = \sum_{i=1}^n (X_i - Y_i) h_i(X_1, ..., X_n, Y_1, ..., Y_n)
où les hih_i appartiennent à A[[X1,...,Xn,Y1,...,Yn]]A[[X_1, ..., X_n, Y_1, ..., Y_n]] (Alg., chap. IV, § 5, no 8, prop. 9); on en déduit aussitôt que la relation x≡x′(modqxn)x \equiv x' \pmod{q^{x^n}} entraîne f(x)≡f(x′)(modqxn)f(x) \equiv f(x') \pmod{q^{x^n}}. La réciproque s’obtient en remplaçant ff par son « inverse » gg.

Théorème 2

Soient AA un anneau, mm un idéal de AA tels que le couple (A,m)(A, m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soit f=(f1,...,fn)f = (f_1, ..., f_n) un système de nn éléments de A{X1,...,Xn}A \{ X_1, ..., X_n \} et soit a∈Ana \in A^n; posons Jf(a)=eJ_f(a) = e. Il existe un système g=(g1,...,gn)g = (g_1, ..., g_n) de séries formelles restreintes sans terme constant dans A{X1,...,Xn}A \{ X_1, ..., X_n \}, telles que : (i) Mg(0)=InM_g(0) = I_n (matrice unité). (ii) Pour tout x∈Anx \in A^n, on a

f(a+ex)=f(a)+Mf(a)⋅eg(x). f(a + ex) = f(a) + M_f(a) \cdot eg(x).
(iii) Soit h=(h1,...,hn)h = (h_1, ..., h_n) le système de séries formelles sans terme constant (non nécessairement restreintes) tel que g∘h=1ng \circ h = 1_n (prop. 5). Pour tout y∈mxny \in m^{x^n}, on a
f(a+eh(y))=f(a)+Mf(a)⋅ey. f(a + eh(y)) = f(a) + M_f(a) \cdot ey.

Pour toute série formelle f∈A[[X1,...,Xn]]f \in A[[X_1, ..., X_n]], on a

(21)f(X+Y)=f(X)+Mf(X)⋅Y+∑1≤i≤j≤nGij(X,Y)YiYj (21) \quad f(\mathbf{X} + \mathbf{Y}) = f(\mathbf{X}) + M_f(\mathbf{X}) \cdot \mathbf{Y} + \sum_{1 \leq i \leq j \leq n} G_{ij}(\mathbf{X}, \mathbf{Y}) Y_i Y_j
où les GijG_{ij} sont des séries formelles bien déterminées dans A[[X1,...,Xn,Yj,...,Yn]]A[[X_1, ..., X_n, Y_j, ..., Y_n]]. Si ff est restreinte, il en est de même des éléments de MfM_f et des GijG_{ij}, car ces séries formelles sont des polynômes lorsque ff est un polynôme, et il résulte de leur unicité que pour tout idéal ouvert J\mathfrak{J} de AA, en désignant par pJ:A→A/Jp_\mathfrak{J} : A \to A/\mathfrak{J} l’application canonique, l’image de GijG_{ij} par pˉJ\bar{p}_\mathfrak{J} est le coefficient de YiYjY_i Y_j dans pˉJ(F)\bar{p}_\mathfrak{J}(F) où FF est la série formelle f(X+Y)f(\mathbf{X} + \mathbf{Y}) dans A[[X1,...,Xn,Y1,...,Yn]]A[[X_1, ..., X_n, Y_1, ..., Y_n]]; d’où notre assertion.

Cela étant, en écrivant la formule (21) pour chaque série fif_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n), on obtient, pour tout x∈An\mathbf{x} \in A^n (no 2, prop. 4)

(22)f(a+ex)=f(a)+Mi(a)⋅ex+e2r(x) (22) \quad \mathbf{f}(a + e \mathbf{x}) = \mathbf{f}(a) + M_i(a) \cdot e \mathbf{x} + e^2 r(\mathbf{x})
où r=(r1,...,rn)r = (r_1, ..., r_n) est un système de séries formelles restreintes dont chacune est d’ordre total ≥2\geq 2. Il résulte des formules (18) de Alg., chap. III, 2e éd., § 6, no 5 qu’il existe une matrice carrée M′∈Mn(A)M' \in \mathbf{M}_n(A) telle que
(23)Mi(a)⋅M′=eIn, (23) \quad M_i(a) \cdot M' = e I_n,
d’où en portant dans (22)
(24)f(a+ex)=f(a)+Mi(a)⋅ex+Mi(a)M′⋅er(x). (24) \quad \mathbf{f}(a + e \mathbf{x}) = \mathbf{f}(a) + M_i(a) \cdot e \mathbf{x} + M_i(a) M' \cdot e r(\mathbf{x}).
En posant g=1n+M′⋅rg = 1_n + M' \cdot r, on voit que gg vérifie les conditions (i) et (ii) ; il suffit ensuite de remplacer x\mathbf{x} par h(y)h(y) pour obtenir (iii).

Corollaire 1

Soient AA un anneau, mm un idéal de AA tels que le couple (A,m)(A, m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soient f∈A{X}f \in A\{X\}, a∈Aa \in A, et posons e=f′(a)e = f'(a). Si f(a)≡0f(a) \equiv 0 (mod. e2me^2 m), alors il existe b∈Ab \in A tel que f(b)=0f(b) = 0 et b≡ab \equiv a (mod. eme m). Si b′b' est un second élément de AA tel que f(b′)=0f(b') = 0 et b′≡ab' \equiv a (mod. eme m), on a e(b−b′)=0e(b - b') = 0. En particulier, bb est unique si ee n’est pas diviseur de zéro dans AA.

En effet, soit f(a)=e2cf(a) = e^2 c avec c∈mc \in m ; la formule (20) pour n=1n = 1 donne f(a+eh(y))=e2(c+y)f(a + e h(y)) = e^2 (c + y) et il suffit donc de prendre y=−cy = -c, b=a+eh(−c)b = a + e h(-c). En outre si b=a+exb = a + e x, b′=b' = a + ex', x \in m, x' \in m, f(b) = f(b') = 0, on déduit de (19) que e2(g(x)−g(x′))=0e^2(g(x) - g(x')) = 0. Comme g(X)−g(Y)=(X−Y)u(X,Y)g(X) - g(Y) = (X - Y)u(X, Y), où uu est restreinte et u(0,0)=1u(0, 0) = 1, on a g(x)−g(x′)=(x−x′)vg(x) - g(x') = (x - x')v, où v∈Av \in A est inversible, car, mm étant fermé, on a v−1=u(x,x′)−1∈mv - 1 = u(x, x') - 1 \in m et mm est contenu dans le radical de AA; d'où la relation e(b−b′)=0e(b - b') = 0.

Remarque

Le corollaire s’applique notamment lorsque ee est inversible dans AA; on peut alors déduire aussi l’existence de bb du th. de Hensel, car l’image canonique de f(X)f(X) dans (A/m){X}(A/m)\{X\} est de la forme (X−α)f1(X)(X - \alpha)f_1(X), X−αX - \alpha et f1(X)f_1(X) étant fortement étrangers, car f1(x)=f′(x)f_1(x) = f'(x) est l’image de ee (no 1, Exemple).

Exemple 1

Soient pp un nombre premier ≠2\neq 2 et nn un entier dont la classe mod. pp soit un carré ≠0\neq 0 dans le corps premier Fp\mathbf{F}_p. Si Zp\mathbf{Z}_p est l’anneau des entiers pp-adiques (§\S 2, no 12, Exemple 3), l’application du cor. 1 au polynôme X2−nX^2 - n montre que nn est un carré dans Zp\mathbf{Z}_p; par exemple 7 est un carré dans Z3\mathbf{Z}_3.

Exemple 2

Soit A=K[[Y]]A = K[[Y]] l’anneau des séries formelles à une indéterminée à coefficients dans un corps commutatif KK; muni de la topologie (Y)-adique, l’anneau AA est séparé et complet (§\S 2, no 6, cor. de la prop. 6) et l’application f(Y)→f(0)f(Y) \to f(0) définit par passage au quotient un isomorphisme de A/(Y)A/(Y) sur le corps KK. En vertu du cor. 1, si F(Y,X)F(Y, X) est un polynôme en XX à coefficients dans AA, et si aa est une racine simple de F(0,X)F(0, X) dans KK, il existe une série formelle et une seule f(Y)f(Y) telle que f(0)=af(0) = a et F(Y,f(Y))=0F(Y, f(Y)) = 0.

Corollaire 2

Soient AA un anneau, mm un idéal de AA tels que le couple (A,m)(A, m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soient r,nr, n des entiers tels que 0≤r<n0 \leq r < n, f=(fr+1,...,fn)f = (f_{r+1}, ..., f_n) un système de n−rn - r éléments de A{X1,...,Xn}A \{X_1, ..., X_n\}; désignons par Ji(n−r)(X)J^{(n-r)}_i(\mathbf{X}) le mineur de Mf(X)M_f(\mathbf{X}) formé des colonnes d’indice jj tel que r+1≤j≤nr + 1 \leq j \leq n. Soit a∈Ana \in A^n tel que Ji(n−r)(a)J^{(n-r)}_i(a) soit inversible dans AA et que l’on ait f(a)≡0f(a) \equiv 0 (mod. mx(n−r)m^{x(n-r)}). Alors il existe un x=(x1,...,xn)∈An\mathbf{x} = (x_1, ..., x_n) \in A^n et un seul tel que xk=akx_k = a_k pour 1≤k≤r1 \leq k \leq r, x≡a\mathbf{x} \equiv a (mod. mxnm^{x^n}) et f(x)=0f(\mathbf{x}) = 0.

En substituant aka_k à XkX_k pour 1≤k≤r1 \leq k \leq r dans les ftf_t (no 2, Remarque 3) on voit aussitôt qu’on peut se restreindre au cas où r = 0 pour prouver le corollaire. Le th. 2 et la prop. 7 montrent alors que f définit une bijection de a+mxna + m^{x^n} sur f(a)+mxn=mxnf(a) + m^{x^n} = m^{x^n}; le corollaire résulte de ce que 0∈mxn0 \in m^{x^n}.

Corollaire 3

Les notations étant celles du cor. 2, soit a∈Ana \in A^n; posons e=Ji(n−r)(a)e = J_i^{(n-r)}(a) (non nécessairement inversible dans A) et supposons que l'on ait f(a)≡0f(a) \equiv 0 (mod. e2mx(n−r)e^2 m^{x(n-r)}). Alors il existe n−rn - r séries formelles φi\varphi_i de A[[X1,...,Xr]]A[[X_1, ..., X_r]] (r+1≤i≤nr + 1 \leq i \leq n) à terme constant dans mm, telles que, pour tout t=(t1,...,tr)∈mxrt = (t_1, ..., t_r) \in m^{x^r}, on ait

fi(a1+e2t1,...,ar+e2tr,ar+1+eφr+1(t),...,an+eφn(t))=0 f_i(a_1 + e^2 t_1, ..., a_r + e^2 t_r, a_{r+1} + e \varphi_{r+1}(t), ..., a_n + e \varphi_n(t)) = 0

pour r+1≤i≤nr + 1 \leq i \leq n.

Pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r, posons fi(X)=Xi−aif_i(X) = X_i - a_i, et soit u=(f1,...,fn)u = (f_1, ..., f_n); on a Ju(a)=eJ_u(a) = e et le th. 2 est applicable au système u. Avec les notations du th. 2, il résulte des définitions précédentes que egi(X)=eXieg_i(X) = eX_i pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r, d'où ehi(X)=eXieh_i(X) = eX_i pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r; en outre, si M′∈Mn(A)M' \in \mathbf{M}_n(A) est telle que Mu(a).M′=eInM_u(a).M' = eI_n, M′M' est de la forme

(eIr0∗∗). \begin{pmatrix} eI_r & 0 \\ * & * \end{pmatrix}.

Remplaçant y par M′.zM'.z (avec z=(z1,...,zn)∈mxnz = (z_1, ..., z_n) \in m^{x^n}), dans la formule (20), on obtient

fi(a1+e2z1,...,ar+e2zr,ar+1+ehr+1(M′.z),...,an+ehn(M′.z))=fi(a)+e2zipour 1≤i≤n. \begin{align*} f_i(a_1 + e^2 z_1, ..., a_r + e^2 z_r, a_{r+1} + e h_{r+1}(M'.z), ..., a_n + e h_n(M'.z)) \\ = f_i(a) + e^2 z_i \quad \text{pour } 1 \leq i \leq n. \end{align*}

Par hypothèse, on a fj(a)=e2bjf_j(a) = e^2 b_j avec bj∈mb_j \in m pour r+1≤j≤nr + 1 \leq j \leq n. Posons ψj(X1,...,Xn)=hj(M′.X)\psi_j(X_1, ..., X_n) = h_j(M'.X), et

φj(X1,...,Xr)=ψj(X1,...,Xr,−br+1,...,−bn) \varphi_j(X_1, ..., X_r) = \psi_j(X_1, ..., X_r, -b_{r+1}, ..., -b_n)

pour r+1≤j≤nr + 1 \leq j \leq n. Pour r+1≤i≤nr + 1 \leq i \leq n, en substituant tjt_j à zjz_j pour 1≤j≤r1 \leq j \leq r et −bj-b_j à zjz_j pour r+1≤j≤nr + 1 \leq j \leq n dans (26), on obtient les relations (25) pour tout t∈mxrt \in m^{x^r}.

6. Application aux décompositions d'anneaux.

Lemme 2

Soient A un anneau, m un idéal de A tels que le couple (A,m)(A, m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soient B l'anneau quotient A/mA/m, π:A→B\pi : A \to B l'homomorphisme canonique. Pour tout idempotent c de B, il existe un idempotent e ∈ A et un seul tel que π(e) = c.

Soit a ∈ A tel que π(a) = c ; on peut appliquer le cor. 1 du th. 2 du n° 5 au polynôme f(X) = X² − X de A[X] et à l’élément a ∈ A. On a f'(a) = 2a − 1, et comme π(2a − 1) = 2c − 1 et (2c − 1)² = 1 dans B, 2c − 1 est inversible dans B, donc 2a − 1 est inversible dans A (§ 2, n° 13, lemme 3). Comme f(a) ∈ m, le cor. 1 du th. 2 du n° 5 donne aussitôt l’existence et l’unicité de e.

Proposition 8

Soient A un anneau, m un idéal de A tels que le couple (A, m) satisfasse aux conditions de Hensel. Soient B l’anneau quotient A/m, π : A → B l’homomorphisme canonique. Si B est composé direct d’une famille finie (b_i)_{i∈I} d’idéaux, il existe une famille et une seule (α_i)_{i∈I} d’idéaux de A telle que π(α_i) = b_i pour tout i ∈ I et que A soit composé direct de la famille (α_i).

Soit 1 = ∑_{i} c_i où c_i ∈ b_i pour tout i ; les c_i sont des idempotents de B tels que c_i c_j = 0 pour i ≠ j. En vertu du lemme 2, il existe donc des idempotents e_i de A (i ∈ I) tels que π(e_i) = c_i pour tout i ; comme e_i e_j est un idempotent tel que π(e_i e_j) = c_i c_j = 0 pour i ≠ j, on a e_i e_j = 0 pour i ≠ j (lemme 2) ; comme 1 − ∑_{i} e_i est un idempotent tel que π(1 − ∑_{i} e_i) = 1 − ∑_{i} c_i = 0, on a de même 1 = ∑_{i} e_i. Il en résulte que A est composé direct des idéaux α_i = e_i A et que π(α_i) = π(e_i)B = b_i.

Il reste à démontrer l’unicité d’une telle décomposition. Or, supposons A composé direct d’une seconde famille (α'_i)_{i∈I} d’idéaux avec π(α'_i) = b_i pour tout i ; on a alors 1 = ∑_{i} e'_i avec e'_i ∈ α'_i, d’où, dans B, 1 = ∑_{i} π(e'_i). avec π(e'_i) ∈ b_i, ce qui entraîne π(e'_i) = c_i ; comme e'_i et e_i sont des idempotents, on a nécessairement e'_i = e_i (lemme 2), ce qui achève la démonstration.

Remarque

La prop. 8 redonne la structure d’un anneau semi-local A séparé et complet pour la topologie r-adique (r radical de A), déjà obtenue comme conséquence du § 2, n° 13, cor. de la prop. 19.

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.