§ 3. Topologies -adiques sur les anneaux nœthériens.
Toutes les filtrations considérées dans ce paragraphe sont supposées exhaustives.
1. Bonnes filtrations.
Soient un anneau commutatif filtré, un -module filtré, et les filtrations respectives de et de ; supposons que . Dans l’anneau de polynômes , l’ensemble
Définition 1
Soient un anneau commutatif, un idéal de , un -module, une filtration sur le groupe additif , formée de sous-modules de . On dit que la filtration est -bonne si : 1° pour tout ; 2° il existe un entier tel que pour .
On a alors, par récurrence sur , pour , . On notera que la condition signifie que la filtration est compatible avec la structure de -module de , quand on munit de la filtration -adique. Il est clair que sur tout -module , la filtration -adique est -bonne. Si une filtration sur un -module est -bonne, la filtration quotient sur tout module quotient de est -bonne.
Théorème 1
Soient un anneau commutatif, un idéal de , un -module, une filtration du groupe additif , formée de sous--modules de type fini. On suppose que pour tout . Soit la sous-algèbre graduée de , le -module gradué . Les deux conditions suivantes sont équivalentes :
a) La filtration est *-bonne*.
b) est un *-module de type fini*.
Supposons que pour . Pour , soit un système fini de générateurs du -module . Comme le -module est engendré par les éléments pour , et est égal à pour , le -module est engendré par les éléments pour et ; il est donc bien de type fini.
Réciproquement, si est un -module de type fini, il est engendré par une famille finie d’éléments de la forme , où . Soit le plus grand des entiers . Pour et , on a donc avec ; remplaçant au besoin par son composant homogène de degré , on peut supposer que avec . Comme l’unique élément forme une base du -module , l’égalité entraîne . On a donc ; l’inclusion opposée étant évidente, on a
d’où pour .
C. Q. F. D.
Lemme 1
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de . Alors le sous-anneau de est noethérien.
En effet est une -algèbre engendrée par ; comme est noethérien, est un -module de type fini, et la conclusion résulte donc du § 2, no 10, cor. 3 du th. 2.
Proposition 1
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de ; on munit de la filtration -adique. Soient deux -modules filtrés, un homomorphisme injectif compatible avec les filtrations. Si est de type fini et si sa filtration est -bonne, alors est de type fini et sa filtration est -bonne.
Comme est isomorphe à un sous-module de , il est de type fini puisque est noethérien et de type fini. Soient les filtrations respectives de et , qui sont formées de sous-modules de type fini ; gardons les notations du lemme 1 et posons ; comme par hypothèse est isomorphe à un sous-module de , on voit que est isomorphe à un sous-module de . En vertu du th. 1, est un -module de type fini, donc il en est de même de puisque est noethérien (lemme 1). D'où la conclusion en vertu du th. 1.
Corollaire 1 (lemme d’Artin-Rees)
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de , un -module de type fini, un sous-module de . La filtration induite sur par la filtration -adique de est -bonne.
En d’autres termes, il existe un entier tel que l’on ait
Corollaire 2
Soient un anneau commutatif noethérien, deux idéaux de . Il existe un entier tel que .
En effet, il existe tel que en vertu du cor. 1 appliqué à .
Corollaire 3
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de , un élément de non diviseur de . Il existe un entier tel que, pour tout , la relation entraîne .
En effet, le cor. 1 appliqué à , , montre qu’il existe tel que, pour tout , on ait . Donc, si , on a , et comme n’est pas diviseur de , on en déduit .
Avec la notation des transporteurs (chap. I, § 2, no 10), la conclusion du cor. 3 s’écrit
Corollaire 4
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de , un -module de type fini, et deux filtrations formées de sous-modules de . On suppose que les filtrations et sont compatibles avec la structure de -module de , quand on munit de la filtration -adique. Si la filtration est -bonne et si pour tout , la filtration est -bonne.
C’est un cas particulier de la prop. 1.
Lemme 2
Soient deux anneaux commutatifs noethériens, un homomorphisme d’anneaux, un -module de type fini, un -module de type fini. Alors est un -module de type fini.
En effet, il existe par hypothèse un -homomorphisme surjectif ; l’application de dans est donc injective, et comme est noethérien, il suffit de prouver que est un -module de type fini ; ce qui est immédiat puisqu’il est isomorphe à .
Proposition 2
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de , deux -modules de type fini. Si est une filtration -bonne sur , les sous-modules forment une filtration -bonne du -module .
Comme on a pour , , on a aussi
il est clair que est compatible avec les filtrations () et (). Comme et sont de type fini (lemme 2), il suffit, en vertu de la prop. 1, de montrer que la filtration () est m-bonne ; mais cela est immédiat en vertu de l’existence de l’isomorphisme canonique et du fait que la relation entraîne (Alg., chap. II, 3e éd., § 3, no 7, Remarque).
Proposition 3
Soient A un anneau noethérien, m un idéal de A tel que A soit séparé et complet pour la topologie m-adique. Soit E un A-module filtré sur l’anneau filtré A, la filtration (E_n) de E étant telle que E_0 = E, et que E soit séparé pour la topologie définie par (E_n). Alors les conditions suivantes sont équivalentes* :
a) E est un A-module de type fini et (En) est une filtration m-bonne*.
b) gr(E) est un gr(A)-module de type fini.
c) Pour tout n \geqslant 0, grn(E) est un A-module de type fini, et il existe n_0 tel que pour n \geqslant n_0 l’homomorphisme canonique
soit surjectif.
Il résulte aussitôt des définitions que a) implique c). Le fait que b) entraîne c) est conséquence du § 1, no 3, lemme 1 ; inversement, si c) est vérifiée, il est clair que gr(E) est engendré, en tant que gr(A)-module, par la somme des gr_p(E) pour p \leqslant n_0, donc admet par hypothèse un système fini de générateurs. Reste à prouver que c) implique a) ; comme les gr_n(E) sont de type fini et que E_0 = E, il est clair d’abord, par récurrence sur n, que E/E_n est un A-module de type fini pour tout n ; il suffira donc de prouver que pour n > n_0, E_n est un A-module de type fini et que l’on a mE_n = E_{n+1}. Or, considérons le A-module E_{n+1} muni de la filtration exhaustive et séparée des E_{n+k} (k \geqslant 1) ; on a mE_n \subset E_{n+1} ;
l’hypothèse c) entraîne que l’image de mE_n dans gr_{n+1}(E) = E_{n+1}/E_{n+2} est égale à gr_{n+1}(E) et engendre le gr(A)-module gradué gr(E_{n+1}). Comme gr_{n+1}(E) est par hypothèse un A-module de type fini, il résulte du § 2, no 9, prop. 12 que mE_n = E_{n+1} et que E_{n+1} est un A-module de type fini.
2. Topologies -adiques sur les anneaux noethériens.
Proposition 4
Soient A un anneau commutatif noethérien, un idéal de A, E un A-module de type fini. Toutes les filtrations -bonnes sur E définissent la même topologie (savoir la topologie -adique).
Soit une filtration -bonne sur E. Comme cette filtration est exhaustive, tout élément de E appartient à un des , et comme E est de type fini et les des A-modules, il existe un entier tel que . Soit d’autre part tel que pour ; pour , on a donc , ce qui démontre la proposition.
Théorème 2 (Krull)
Soient A un anneau commutatif noethérien, un idéal de A, E un A-module de type fini, F un sous-module de E. Alors la topologie -adique de F est induite par la topologie -adique de E.
En effet, il résulte du no 1, prop. 1, que la filtration induite sur F par la filtration -adique de E est -bonne, et la conclusion découle alors de la prop. 4.
Corollaire
Soient A un anneau commutatif noethérien, un idéal de A, E un A-module, F un A-module de type fini. Toute application A-linéaire est un morphisme strict (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, no 8) pour les topologies -adiques.
En effet, comme , est un morphisme strict de E sur pour les topologies -adiques sur ces deux modules, et la topologie -adique sur est induite par la topologie -adique sur F en vertu du th. 2.
Proposition 5
Soient A un anneau commutatif nœthérien, m un idéal de A, E un A-module de type fini. L’adhérence de dans E pour la topologie m-adique est l’ensemble des pour lesquels il existe un élément tel que .
En effet, si avec , on a pour tout entier , donc . Inversement, si , est contenu dans l’intersection des voisinages de 0 dans E ; il résulte alors du th. 2 que la topologie m-adique sur , qui est induite par celle de E, est la topologie la moins fine ; comme est par définition un voisinage de 0 pour cette topologie, on a , donc il existe tel que .
Corollaire (Krull)
Soient A un anneau commutatif nœthérien, m un idéal de A. L’idéal est l’ensemble des éléments pour lesquels il existe un tel que . En particulier, pour que , il faut et il suffit qu’aucun élément de ne soit diviseur de zéro dans A.
Il suffit d’appliquer la prop. 5 à .
Remarque
L’hypothèse que A est nœthérien est essentielle dans ce corollaire. Par exemple, soit A l’anneau des applications indéfiniment différentiables de dans lui-même, et soit m l’idéal (maximal) de A formé des fonctions telles que . Il est immédiat que est l’ensemble des fonctions telles que pour tout , et il existe de telles fonctions telles que pour tout , par exemple la fonction définie par pour et .
Définition 1
Soit un anneau topologique. Si un idéal bilatère de est tel que la topologie donnée sur soit la topologie -adique, on dit que est un idéal de définition de la topologie de .
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de , sa racine (chap. II, § 2, no 6). Si est un idéal de définition de la topologie -adique, il existe un entier tel que ( no 5), donc ; inversement, puisque est noethérien, il existe un entier tel que (chap. II, § 2, no 6, prop. 15), donc est le plus grand idéal de définition de la topologie -adique.
3. Anneaux de Zariski.
Proposition 6
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de . Les propriétés suivantes sont équivalentes : a) est contenu dans le radical de . b) Tout -module de type fini est séparé pour la topologie -adique. c) Pour tout -module de type fini, tout sous-module de est fermé pour la topologie -adique de . d) Tout idéal maximal de est fermé pour la topologie -adique.
Montrons que a) implique b). Supposons contenu dans le radical de et soit un -module de type fini. Si et sont tels que , on a , car est inversible dans . Donc (no 2, prop. 5) est séparé pour la topologie -adique.
Prouvons que b) entraîne c). Supposons b) vérifiée. Soient un -module de type fini, un sous-module de . Alors est séparé pour la topologie -adique, qui est la topologie quotient de la topologie -adique de ; donc est fermé dans .
Il est clair que c) implique d). Démontrons enfin que d) implique a). Il résulte de d) que pour tout idéal maximal de , le -module est séparé pour la topologie -adique. Cela entraîne , sinon la topologie -adique de serait la topologie la moins fine, et serait réduit à 0, ce qui est absurde puisque est un corps. L'image canonique de dans est donc un idéal de distinct de , donc est réduite à 0; on a par suite , ce qui montre que est contenu dans le radical de .
Définition 2
On dit qu’un anneau topologique est un anneau de Zariski s’il est commutatif et nœthérien et s’il existe un idéal de définition pour la topologie de , satisfaisant aux conditions équivalentes de la prop. 6.
Un anneau de Zariski est nécessairement séparé (prop. 6), et tout idéal de définition pour sa topologie est contenu dans le radical de .
Exemples d’anneaux de Zariski. — 1) Soient un anneau commutatif nœthérien, un idéal de . Si est séparé et complet pour la topologie -adique, est un anneau de Zariski pour cette topologie, en vertu du § 2, n° 13, lemme 3.
2) Tout anneau quotient d’un anneau de Zariski est un anneau de Zariski, car il est nœthérien, et si est un idéal de définition de , est contenu dans le radical de (Alg., chap. VIII, § 6, n° 3, prop. 7).
3) Soient un anneau semi-local nœthérien, son radical. Alors , muni de la topologie -adique, est un anneau de Zariski. C’est toujours de cette topologie qu’il sera question (sauf mention expresse du contraire) quand on considérera un anneau semi-local nœthérien comme un anneau topologique.
Proposition 7
Soient deux anneaux commutatifs, un homomorphisme d’anneaux. On suppose que est nœthérien et que est un -module de type fini (pour la structure de module définie par ). Soit un idéal de , et soit . Alors :
(i) Pour que la topologie -adique de soit séparée, il faut et il suffit que les éléments de soient non diviseurs de 0 dans .
(ii) Si , muni de la topologie -adique, est un anneau de Zariski, alors , muni de la topologie -adique, est un anneau de Zariski.
(iii) Si est injectif (identifiant ainsi à un sous-anneau de ) la topologie -adique de induit sur la topologie -adique.
Rappelons que la filtration -adique de coïncide avec la filtration -adique du -module (, n° 1, Exemple 3). L’assertion (i) est donc un cas particulier de la prop. 5 du n° 2, et l’assertion (iii) un cas particulier du th. 2 du n° 2. Démontrons enfin (ii). Supposons que A soit un anneau de Zariski pour la topologie m-adique, et soit E' un A'-module de type fini ; c'est aussi un A-module de type fini, et les filtrations m-adique et m'-adique sur E' coïncident ; donc E' est séparé pour la topologie m'-adique. Enfin le A-module A' est noethérien, donc l'anneau A' est noethérien, ce qui achève de prouver que A' est un anneau de Zariski.
4. Séparé complété d'un anneau noethérien.
Soient A un anneau commutatif, m un idéal de A, E un A-module ; notons et les séparés complétés respectifs de A et E pour les topologies m-adiques, et l'application canonique . L'application A-bilinéaire de dans définit une application -linéaire , dite canonique. Soit un homomorphisme de A-modules, et soit l'application qu'on en déduit par passage aux séparés complétés ; pour , , on a
est commutatif. Enfin, il résulte du § 2, n° 12, prop. 16 que si E est de type fini, l'homomorphisme est surjectif.
Théorème 3
Soient A un anneau commutatif noethérien, m un idéal de A, E, F, G trois A-modules de type fini. Alors : (i) Si est une suite exacte d'applications A-linéaires, la suite qu'on en déduit par passage aux séparés complétés (pour les topologies m-adiques) est exacte. (ii) L'application -linéaire canonique est bijective. (iii) Le A-module est plat.
On a vu que et sont des morphismes stricts de groupes topologiques (no 2, cor. du th. 2). L’assertion (i) résulte donc du § 2, no 12, lemme 2. L’assertion (ii) est évidente lorsque , et le cas où est un -module libre de type fini se ramène aussitôt à celui-là. Dans le cas général, admet une présentation de type fini
(chap. I, § 2, no 8, lemme 8). On en déduit le diagramme commutatif
La première ligne est exacte (chap. I, § 2, no 1, lemme 1) et il en est de même de la seconde d’après (i). On sait déjà que est surjectif (, no 12, prop. 16); d’autre part, comme et sont bijectifs et surjectif, est injectif en vertu du chap. I, § 1, no 4, cor. 2 de la prop. 2; ceci démontre (ii).
Il résulte alors de (i) et (ii) que si est un idéal de (nécessairement de type fini), l’application canonique est injective, étant composée de et de , ce qui prouve que est un -module plat (chap. I, § 2, no 3, prop. 1).
C. Q. F. D.
Sous les conditions du th. 3, on identifie souvent à au moyen de l’application canonique . Si est un homomorphisme de -modules de type fini, se trouve alors identifié à en vertu de la commutativité du diagramme (4).
Corollaire 1
Soient A un anneau commutatif noethérien, m un idéal de A, E un A-module de type fini, F et G deux sous-modules de E. Munissons A, E, F et G des topologies m-adiques, et soit i l’application canonique de E dans . On a alors*:
En outre, si a et b sont deux idéaux de A, et si c = ab, on a .
En effet, en vertu du th. 3, s’identifient canoniquement à , ce qui démontre les deux premières formules. La troisième et la quatrième résultent respectivement du chap. I, § 2, no 6, prop. 6 et no 10, prop. 12. Enfin comme , on a bien
Corollaire 2
Soient A un anneau commutatif noethérien, m un idéal de A, le séparé complété de A pour la topologie m-adique. Si un élément est non diviseur de 0 dans A, son image canonique dans est non diviseur de 0 dans .
Comme est un A-module plat, le corollaire est un cas particulier du chap. I, § 2, no 4, prop. 3, (i).
Corollaire 3
Si A est un anneau commutatif noethérien, l’anneau de séries formelles est un A-module plat.
En effet c’est le complété de l’anneau de polynômes
Proposition 8
Soient A un anneau commutatif noethérien, m un idéal de A, le séparé complété de A pour la topologie m-adique, j l’application canonique de A dans . Alors : (i) est un anneau de Zariski et est un idéal de définition de . (ii) L’application *est une bijection de l’ensemble des idéaux maximaux de A contenant m sur l’ensemble des idéaux maximaux de , et est la bijection réciproque. (iii) Soit n un idéal maximal de A contenant m. L’homomorphisme déduit de j est injectif ; si on identifie au moyen de à un sous-anneau de , la topologie -adique de est induite par la topologie -adique de , et est dense dans pour la topologie -adique.
Démontrons (i). Comme est un idéal de type fini, on a (§ 2, no 12, cor. 2 de la prop. 16) et la topologie de est la topologie -adique. Comme est isomorphe à , c'est un anneau nœthérien, et est un -module de type fini, donc est nœthérien (§ 2, no 10, cor. 5 du th. 2); enfin, comme est séparé et complet pour la topologie -adique, est un anneau de Zariski (no 3, Exemple 1).
L’assertion (ii) résulte aussitôt de ce que l’homomorphisme canonique déduit de est bijectif et du fait que tout idéal maximal de contient , puisque est un anneau de Zariski et que le radical de contient donc (no 3, prop. 6).
Prouvons enfin (iii). Comme , on a , et définit bien un homomorphisme (chap. II, § 2, no 1, prop. 2). Montrons que est injectif; soient tels que ; il existe donc tel que (chap. II, § 2, no 1, Remarque 3), et l’annulateur de dans n’est donc pas contenu dans . Or, si est l’annulateur de dans , l’annulateur de dans est (cor. 1 du th. 3); donc , ce qui montre que .
En outre, on a un diagramme commutatif
où et sont déduits de et respectivement, et où les flèches horizontales sont les isomorphismes canoniques du chap. II, § 3, no 3, prop. 9. Comme est un idéal ouvert de (puisqu’il contient ), est bijectif, donc il en est de même de . Ceci montre d’abord que , donc la topologie de est induite par celle de ; en outre, on a pour tout , donc est partout dense dans .
C. Q. F. D.
Corollaire
Soient un anneau local (resp. semi-local) noethérien, son radical. Alors est un anneau local (resp. semi-local) noethérien dont le radical est .
En effet, est noethérien en vertu de la prop. 8, (i), et le reste résulte de la prop. 8, (ii) et de la troisième formule du cor. 1 du th. 3.
5. Complété d’un anneau de Zariski.
Proposition 9
Soient un anneau commutatif noethérien, un idéal de ; munissons de la topologie -adique. Pour que soit un -module fidèlement plat, il faut et il suffit que soit un anneau de Zariski.
En effet, pour tout -module de type fini , l’application canonique s’identifie à l’application canonique de dans son séparé complété pour la topologie -adique (no 4, th. 3), et le noyau de cette application est donc l’adhérence de dans pour cette topologie. Comme on sait déjà que est un -module plat (no 4, th. 3), la proposition résulte de la caractérisation des modules fidèlement plats (chap. I, § 3, no 1, prop. 1 b)) et de la caractérisation des anneaux de Zariski (no 3, prop. 6).
Si est un anneau de Zariski et si est un -module de type fini on peut (en vertu de la prop. 9) identifier à une partie de au moyen de l’application canonique . Avec cette identification :
Corollaire 1
Soient un anneau de Zariski, un -module de type fini, un sous-module de . Alors .
C’est un cas particulier du chap. I, § 3, no 5, prop. 10, (ii), et résulte aussi d’ailleurs du no 3, prop. 6.
Corollaire 2
Soient un anneau de Zariski, un -module de type fini. Si est un -module libre, est un -module libre.
Soit un idéal de définition de , qui est donc contenu dans le radical de . Appliquons le critère du chap. II, § 3, no 2, prop. 5:
l’application canonique définit une bijection ; de même l’application canonique définit une bijection , qui est un isomorphisme d’anneaux. On a (no 4, th. 3), de sorte que est muni d’une structure de -module, donc (à l’aide de ) d’une structure de -module. Il est immédiat que est -linéaire, de sorte que c’est un isomorphisme de -modules. Comme est un -module libre, est un -module libre.
Par ailleurs, soit l’homomorphisme canonique; comme s’identifie canoniquement à et à (no 4, th. 3), l’hypothèse que est un -module libre entraîne que l’homomorphisme est injectif. Comme est un -module fidèlement plat (prop. 9), on en conclut que est injectif (chap. I, § 3, no 1, prop. 2) et les conditions d’application du critère précité sont bien remplies.
Corollaire 3
Soient un anneau de Zariski tel que soit intègre, un idéal de . Si l’idéal de est principal, est principal. C’est un cas particulier du cor. 2.
Corollaire 4
Soient un anneau de Zariski tel que soit intègre, le corps des fractions de , le corps des fractions de ; on a .
Il est clair que ; d’autre part, si , on a , donc comme (no 4, th. 3) on a . Comme est un -module fidèlement plat (prop. 9), on en déduit , d’où .
Corollaire 5
Soient un anneau commutatif nœthérien, deux -modules de type fini, un -homomorphisme. Pour tout idéal maximal de , notons (resp. , ) le séparé complété de (resp. ) pour la topologie -adique, par l’homomorphisme correspondant à . Pour que soit injectif (resp. surjectif, bijectif, nul), il faut et il suffit que le soit pour tout idéal maximal de .
On sait en effet que pour que soit injectif (resp. surjectif, bijectif, nul), il faut et il suffit que le soit pour tout idéal maximal de (chap. II, § 3, no 3, th. 1). Notons maintenant que est un anneau local noethérien (chap. II, § 2, no 4, cor. 2 de la prop. 10), donc un anneau de Zariski, et il y a un isomorphisme canonique de -algèbres ( no 13, prop. 18). D'autre part (début du no 4), on a un diagramme commutatif
où les flèches horizontales de gauche proviennent de l’associativité du produit tensoriel et des isomorphismes , ; comme et sont des -modules de type fini, il résulte du no 4, th. 3, que les lignes horizontales de ce diagramme sont formées d’isomorphismes ; tout revient donc à montrer qu’il est équivalent que soit injectif (resp. surjectif, bijectif, nul) et que le soit. Mais cela résulte du fait que (donc aussi ) est un -module fidèlement plat d’après la prop. 9 (chap. I, § 3, no 1, prop. 1 et 2).
Proposition 10
Soient deux anneaux de Zariski, leurs complétés, un homomorphisme continu d’anneaux, l’homomorphisme déduit de par passage aux complétés ; si est bijectif, le -module est fidèlement plat.
Comme et sont séparés, l’hypothèse que est bijectif entraîne d’abord que est injectif. Identifiant (algébriquement) à au moyen de et à au moyen de , on a donc les inclusions ; on sait que est un -module fidèlement plat et un -module fidèlement plat (prop. 9); on en conclut que est un -module fidèlement plat (chap. I, § 3, no 4, Remarque 2).
Proposition 11
Soient un anneau local noethérien, son idéal maximal, son complété -adique, un anneau tel que . Supposons que soit un anneau local noethérien dont l’idéal maximal vérifie la relation . On a alors
pour tout , la topologie -adique de est induite par la topologie -adique de , est un -module fidèlement plat, et il y a un isomorphisme de sur le complété -adique de , qui prolonge l'injection canonique .
Il suffit de vérifier la relation , car étant dense dans et la topologie -adique induite par la topologie -adique, la dernière assertion résultera de Top. gén., chap. II, 3e éd., § 3, no 9, cor. 1 de la prop. 18, et l'avant-dernière de la prop. 10. L'injection (resp. ) définit par passage aux quotients un homomorphisme injectif (resp. ). On sait que et que est bijectif, donc est bijectif, ce qui montre que est un corps, donc que est un idéal maximal de , et par suite . Comme , on a ; par récurrence sur , on en déduit que pour tout . Comme on a , il suffit de montrer que ; si , on peut écrire avec , ; d'où , et .
*Un cas important où ceci s'applique est le suivant : B est l'anneau des séries entières à variables sur un corps valué complet K, qui convergent au voisinage de 0, A est l'anneau local
où est l'idéal maximal formé des polynômes sans terme constant, et est l'anneau de séries formelles *
Remarque
Un anneau local B tel que , dont l'idéal maximal est égal à et dont la topologie -adique est induite par la topologie -adique de , n'est pas nécessairement noethérien (exerc. 14).
Proposition 12
Soient A un anneau commutatif noethérien, un idéal de A, S la partie multiplicative de A, E un A-module de type fini. Dans ces conditions :
(i) est un anneau de Zariski pour la topologie -adique.
(ii) L'application canonique est continue quand on munit E de la topologie -adique et de la topologie -adique, et est un isomorphisme.
Tout élément de est de la forme
Exercices
See the exercises for § 3.