§ 2. Généralités sur les anneaux et modules filtrés.
1. Anneaux et modules filtrés.
Définition 1
On appelle filtration croissante (resp. décroissante) sur un groupe une suite croissante (resp. décroissante) de sous-groupes de .
On appelle groupe filtré un groupe muni d’une filtration.
Si est une filtration croissante (resp. décroissante) sur un groupe et si l’on pose , il est clair que est une filtration décroissante (resp. croissante) sur . On peut donc se borner à étudier les filtrations décroissantes, et lorsque nous parlerons désormais de filtration, il s’agira d’une filtration décroissante, sauf mention expresse du contraire.
Étant donnée une filtration décroissante sur un groupe , il est clair que et sont des sous-groupes de G ; on dit que la filtration est séparée si est réduit à l’élément neutre, exhaustive si .
Définition 2
Etant donné un anneau A, on dit qu’une filtration sur le groupe additif A est compatible avec la structure d’anneau de A si l’on a (1) pour (2) .
L’anneau A, muni de cette filtration, est alors appelé anneau filtré.
Les conditions (1) et (2) montrent que est un sous-anneau de A, et les des -modules (à gauche et à droite). L’ensemble est un sous-anneau de A, et l’ensemble un idéal bilatère de B : en effet, si et , pour tout on a , d’où et par (1) ; par suite et .
Un cas particulier important est celui où ; alors pour et tous les sont des idéaux bilatères de A.
Définition 3
Soient A un anneau filtré, sa filtration, E un A-module. On dit qu’une filtration sur E est compatible avec sa structure de module sur l’anneau filtré A, si l’on a (3) pour .
Cite 4
Cite Exercice 2, § 2, Proposition 5, III § 3, Exercice 1, § 2, Théorème 2
Le A-module E, muni de cette filtration, est appelé module filtré.
Les sont tous des -modules ; si , il est clair que est un B-module, et il en est de même de , par le même raisonnement que ci-dessus pour . Lorsque , tous les sont des sous-modules de E.
Exemple 1
Soit un anneau gradué de type ; pour tout , soit le sous-groupe des éléments homogènes de degré dans . Posons ; alors il est immédiat que est une filtration décroissante, exhaustive et séparée, compatible avec la structure d’anneau de ; on dit que cette filtration est associée à la graduation et que l’anneau filtré est associé à l’anneau gradué donné.
Soit maintenant un module gradué de type sur l’anneau gradué et pour tout , soit le sous-groupe des éléments homogènes de degré de . Posons ; alors est une filtration décroissante, exhaustive et séparée, compatible avec la structure de module de sur l’anneau filtré ; on dit que cette filtration est associée à la graduation et que le module filtré est associé au module gradué donné.
Exemple 2
Soient un anneau filtré, sa filtration, un -module. Posons ; il résulte de (1) que l’on a
et de (2) que ; donc est une filtration exhaustive compatible avec la structure de -module de . On dit que cette filtration sur est déduite de la filtration donnée sur ; on notera qu’elle n’est pas nécessairement séparée, même si est séparée et si et les sont des -modules de type fini (cf. § 3, exerc. 2 ; voir cependant § 3, n° 3, prop. 6 et n° 2, cor. de la prop. 4).
Exemple 3
Soient un anneau, un idéal bilatère de . Posons pour , pour ; il est immédiat que est une filtration exhaustive sur , dite filtration -adique. Soit un -module ; on appelle filtration -adique sur la filtration déduite de la filtration -adique de ; autrement dit, on a pour et pour .
Si est commutatif et une -algèbre, est un idéal bilatère de , et pour tout -module , on a , donc la filtration -adique sur coïncide avec la filtration -adique (lorsque est considéré comme -module).
Exemple 4
Si A est un anneau filtré, sa filtration, le A-module à gauche est un A-module filtré pour la filtration . Il est clair d’autre part que est une filtration compatible avec la structure d’anneau de l’anneau opposé , et est un -module (à gauche) filtré pour la filtration .
Exemple 5
Sur un anneau A, les ensembles tels que pour , pour forment une filtration dite triviale, associée (Exemple 1) à la graduation triviale de A ; sur un A-module E, toute filtration formée de sous-A-modules est alors compatible avec la structure de module de E sur l’anneau filtré A. On peut donc dire que tout groupe commutatif filtré G est un -module filtré, lorsque est muni de la filtration triviale.
Soient G un groupe filtré, sa filtration ; il est clair que pour tout sous-groupe H de G, est une filtration, dite induite par celle de G ; elle est exhaustive (resp. séparée) si celle de G l’est. De même, si H est un sous-groupe distingué de G, la famille est une filtration sur le groupe , dite quotient par H de la filtration de G ; elle est exhaustive si l’est. Si est un second groupe filtré, sa filtration, est une filtration sur dite produit des filtrations de G et , qui est exhaustive (resp. séparée) si et le sont.
Soit maintenant A un anneau filtré et soit sa filtration ; sur tout sous-anneau B de A, il est clair que la filtration induite par celle de A est compatible avec la structure d’anneau de B. Si b est un idéal bilatère de A, la filtration quotient de celle de A sur est compatible avec la structure de cet anneau, car on a . Si est un second anneau filtré, la filtration produit sur est compatible avec la structure de cet anneau.
Soit enfin E un A-module filtré et soit sa filtration ; sur tout sous-module F de E, la filtration induite par celle de E est compatible avec la structure de A-module de F, et sur le module quotient , la filtration quotient de celle de E est compatible avec la structure de A-module, car on a
On notera que si la filtration de E est déduite de celle de A (Exemple 2), il en est de même de la filtration quotient sur E/F, mais non en général de la filtration induite sur F (exerc. 1 ; voir cependant § 3, n° 2, th. 2).
Si E' est un second A-module filtré, la filtration produit sur E × E' est compatible avec la structure de A-module. Si les filtrations de E et E' sont déduites de celle de A (Exemple 2), il en est de même de leur filtration produit.
2. Fonction d’ordre.
Soient A un anneau filtré, E un A-module filtré, (E_n) la filtration de E. Pour tout x ∈ E, on désigne par v(x) la borne supérieure dans \overline{\mathbf{R}} de l’ensemble des entiers n ∈ \mathbf{Z} tels que x ∈ E_n. On a donc les équivalences suivantes :
On dit que l’application v : E → \overline{\mathbf{R}} est la fonction d’ordre du module filtré E. La connaissance de v entraîne celle des E_n, car E_n est l’ensemble des x ∈ E tels que v(x) ≥ n ; le fait que les E_n sont des sous-groupes additifs de E se traduit par la relation
La définition précédente s’applique en particulier au A-module filtré A_s ; soit w sa fonction d’ordre. Il résulte de la formule (3) du n° 1 que pour a ∈ A et x ∈ E, on a
lorsque le second membre est défini ; en particulier, pour a ∈ A et b ∈ A, on a
lorsque le second membre est défini.
On définit de la même manière la fonction d’ordre sur un groupe filtré G non nécessairement commutatif ; la relation correspondant à (5) s’écrit alors
(5')
3. Module gradué associé à un module filtré.
Soient G un groupe commutatif (noté additivement), une filtration sur G. Posons
Le groupe commutatif est donc un groupe gradué de type , dit groupe gradué associé au groupe filtré G, les éléments homogènes de degré de étant ceux de .
Soient maintenant A un anneau filtré, sa filtration, E un A-module filtré, sa filtration. Quels que soient , on définit une application
de la façon suivante : étant donnés , deux représentants de , deux représentants de , on a et (mod. ), car
et et , donc notre assertion résulte de la formule (3) du n° 1. On peut donc noter la classe dans
du produit d’un représentant quelconque et d’un représentant quelconque . Il est immédiat que l’application (9) est -bilinéaire ; par linéarité, on en déduit une application -bilinéaire
Si on applique d’abord cette définition au cas où , l’application (10) est une loi de composition interne sur , dont on vérifie aussitôt qu’elle est associative et possède un élément neutre, image canonique dans de l’élément unité de
A ; elle définit donc sur gr(A) une structure d’anneau, et la graduation est par définition compatible avec cette structure. On dit que l’anneau gradué gr(A) (de type ) ainsi défini est l’anneau gradué associé à l’anneau filtré A ; il est évidemment commutatif lorsque A est commutatif ; est un sous-anneau de gr(A). L’application (10) est d’autre part une loi externe de gr(A)-module sur gr(E), les axiomes des modules étant trivialement vérifiés, et la graduation sur gr(E) est évidemment compatible avec cette structure de module. On dit que le gr(A)-module gradué gr(E) (de type ) ainsi défini est le module gradué associé au A-module filtré E.
Exemple 1
Soient A un anneau commutatif, t un élément de A non diviseur de 0. Munissons A de la filtration (t)-adique (n° 1, Exemple 3). Alors l’anneau gradué associé gr(A) est canoniquement isomorphe à l’anneau de polynômes . En effet, on a pour , et par définition l’anneau est l’anneau . Notons maintenant qu’en vertu de l’hypothèse sur t la relation est équivalente à ; si est l’image canonique de t dans , tout élément de s’écrit donc d’une manière et d’une seule sous la forme où ; d’où notre assertion.
Exemple 2
Soient K un anneau commutatif, A l’anneau de séries formelles (Alg., chap. IV, § 5), m l’idéal de A dont les éléments sont les séries formelles sans terme constant. Munissons A de la filtration m-adique (n° 1, Exemple 3); si sont les différents monômes en de degré total , il est clair que toute série formelle d’ordre total (loc. cit., n° 2) s’écrit , où les appartiennent à m; on voit donc que est l’ensemble des séries formelles telles que , ce qui montre que est la fonction d’ordre pour la filtration m-adique. Il est clair alors que pour toute série formelle , il existe un polynôme homogène de degré en les et un seul qui soit congru à mod. , savoir la somme des termes de degré de ; on en conclut que gr(A) est canoniquement isomorphe à l’anneau de polynômes .
Exemple 3
Plus généralement, soient A un anneau commutatif, b un idéal de A, et munissons A de la filtration b-adique. Si on pose B = gr_0(A), F = gr_1(A) = b/b^2, on sait (Alg., chap. III, 3e éd.) que l’application identique du B-module F sur lui-même se prolonge de façon unique en un homomorphisme u de l’algèbre symétrique S(F) de F dans la B-algèbre gr(A); il résulte de la définition de gr(A) que u est un homomorphisme surjectif d’algèbres graduées; en effet, pour n ≥ 1, tout élément de gr_n(A) est somme de classes mod. b^{n+1} d’éléments de la forme y = x_1x_2…x_n, où x_i ∈ b (1 ≤ i ≤ n); si ξ_i est la classe de x_i mod. b^2, il est clair que la classe de y mod. b^{n+1} est l’élément u(ξ_1)…u(ξ_n), d’où notre assertion. En particulier, tout système de générateurs du B-module F est un système de générateurs de la B-algèbre gr(A).
Si maintenant E est un A-module et que l’on munit E de la filtration b-adique, on voit de même que le gr(A)-module gradué gr(E) est engendré par gr_0(E) = E/bE. De façon plus précise, la restriction φ à gr(A) × gr_0(E) de la loi externe du gr(A)-module gr(E) est une application Z-bilinéaire de gr(A) × gr_0(E) dans gr(E); de plus gr(A) est un (gr_0(A), gr_0(A))-bimodule et gr_0(E) un gr_0(A)-module; on vérifie aussitôt que pour α ∈ gr(A), α_0 ∈ gr_0(A), ξ ∈ gr_0(E), on a φ(αα_0, ξ) = φ(α, α_0ξ), donc φ définit une application gr_0(A)-linéaire surjective
dite canonique.
Cité par 9
Cité par Corollaire, Exemple 1, Exemple 2, Proposition 13, Corollaire 2, Proposition 4, Corollaire 3, Corollaire 5, Remarque, III § 4
Exemple 4
Soient K un anneau commutatif, g une algèbre de Lie sur K, U l’algèbre enveloppante de g. On définit sur U une filtration croissante (U_n)_{n∈\mathbf{Z}} en prenant U_n = {0} pour n < 0, et en désignant par U_n, pour n ≥ 0, l’ensemble des éléments de U qui peuvent s’exprimer comme somme de produits d’au plus n éléments de g; on a U_0 = K, et gr(U) est une K-algèbre commutative (Gr. et alg. de Lie, chap. I, § 2, n° 6). L’application canonique de g dans gr_1(U) = U_1/U_0 se prolonge de façon unique en un homomorphisme h de l’algèbre symétrique S(g) du K-module g dans la K-algèbre gr(U); l’homomorphisme h est surjectif, et lorsque le K-module g est libre, h est bijectif (loc. cit., n° 7, th. 1).
Exemple 5
Soient A un anneau gradué de type \mathbf{Z}, E un A-module gradué de type ; soit (resp. ) le sous-groupe des éléments homogènes de degré de (resp. ). Munissons et des filtrations associées à leurs graduations (, Exemple 1) et notons et l’anneau filtré et le -module filtré ainsi obtenus. Alors il est immédiat que l’application -linéaire qui transforme un élément de en son image canonique dans
Proposition 1
Soient A un anneau filtré, sa filtration, sa fonction d’ordre. Supposons que soit un anneau sans diviseur de zéro. Alors, pour tout couple d’éléments de l’anneau , on a .
Cité par 1
Cité par Proposition 15, V § 1
Comme est un idéal bilatère de l’anneau , la formule est vraie si ou est égal à . Dans le cas contraire, et sont des entiers ; les classes de mod. et de mod. sont par définition, d’où par hypothèse dans , et par suite ; comme , on a .
Corollaire
Soient A un anneau filtré, sa filtration ; posons , . Si l’anneau est sans diviseur de zéro, il en est de même de l’anneau .
En effet, si et sont des éléments de n’appartenant pas à , on a , , d’où , et par suite .
On notera que l’anneau peut être un anneau intègre, la filtration exhaustive et séparée, sans que soit un anneau intègre (exerc. 2).
Remarque
Soit un groupe non nécessairement commutatif, muni d’une filtration telle que soit distingué dans pour tout ; posons encore . On appelle encore groupe gradué associé à et on note le produit restreint de la famille , c'est-à-dire le sous-groupe du produit formé des éléments dont toutes les composantes, sauf au plus un nombre fini, sont égales à l’élément neutre.
4. Homomorphismes compatibles avec les filtrations.
Soient deux groupes commutatifs (notés additivement), une filtration sur , une filtration sur ; on dit qu’un homomorphisme est compatible avec les filtrations de et si l’on a pour tout . L’homomorphisme composé est nul dans , donc définit par passage aux quotients un homomorphisme ; il y a par suite un homomorphisme de groupes additifs et un seul, tel que, pour tout , coïncide avec dans . On dit que est l’homomorphisme de groupes gradués associé à . Si est un troisième groupe filtré, et un homomorphisme compatible avec les filtrations, est un homomorphisme compatible avec les filtrations, et on a
Proposition 2
Soient un groupe commutatif filtré, un sous-groupe de ; on munit de la filtration induite et de la filtration quotient. Si est l’injection canonique et la surjection canonique, et sont compatibles avec les filtrations, et la suite
est exacte.
Cite 2 · Cité par 3
Cite Exercice 4, § 2, E IV § 2. Morphismes et structures dérivées
Cité par Corollaire 1, Proposition 4, Proposition 9
La première assertion est évidente ; si est la filtration de , on a , donc est injective ; en outre l’application canonique est surjective, donc il en est de même de , et on a par
(12). Enfin, soit dans le noyau de ; il existe donc tel que ; mais comme , on a
On notera que si l’on a une suite exacte de groupes commutatifs filtrés, où et sont compatibles avec les filtrations, la suite n’est pas nécessairement exacte (exerc. 4).
Si maintenant et sont deux anneaux filtrés, un homomorphisme d’anneaux compatible avec les filtrations, on vérifie aussitôt que l’homomorphisme de groupes gradués est aussi un homomorphisme d’anneaux. En particulier, si est un sous-anneau de muni de la filtration induite, s’identifie canoniquement à un sous-anneau gradué de (prop. 2); si est un idéal bilatère de , et si est muni de la filtration quotient, s’identifie canoniquement à l’anneau gradué quotient (prop. 2).
Enfin, soient un anneau filtré, deux -modules filtrés, un -homomorphisme compatible avec les filtrations. Alors il est immédiat que est une application -linéaire, donc un homomorphisme homogène de degré 0 de -modules gradués. En outre, si est un second -homomorphisme compatible avec les filtrations, il en est de même de , et on a
Remarque 1
Il est clair que les homomorphismes d’anneaux filtrés (resp. de modules filtrés sur un anneau filtré donné ) compatibles avec les filtrations peuvent être pris comme morphismes pour la structure d’anneau filtré (resp. de -module filtré) (Ens., chap. IV, § 2, no 1).
Remarque 2
Soient E et F deux modules sur un anneau filtré A, et munissons-les des filtrations déduites de la filtration (A_n) de A (n° 1, Exemple 2). Alors toute application A-linéaire u : E → F est compatible avec les filtrations, puisque u(A_nE) = A_nu(E) ⊂ A_nF.
Remarque 3
On notera qu’un homomorphisme u : E → F de A-modules filtrés, compatible avec les filtrations, peut être tel que gr(u) = 0 sans être nul ; il en est ainsi par exemple de l’endomorphisme x → nx du groupe additif muni de la filtration (n)-adique (pour un entier quelconque). La relation gr(u) = gr(v) pour deux endomorphismes u, v de E dans F, compatibles avec les filtrations, n’entraîne donc pas nécessairement .
Remarque 4
Les définitions du début de ce n° s’étendent immédiatement à deux groupes non nécessairement commutatifs G, G′, filtrés par des sous-groupes , tels que (resp. ) soit distingué dans (resp. ). La prop. 2 est encore valable en faisant la même hypothèse sur les et en supposant que H est distingué dans G, la démonstration étant inchangée aux notations près.
5. Topologie définie par une filtration.
Soit G un groupe filtré par une famille de sous-groupes distingués de G. Il existe une topologie et une seule sur G compatible avec la structure de groupe et pour laquelle les constituent un système fondamental de voisinages de l’élément neutre e de G (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 1, n° 2, Exemple) ; on l’appelle la topologie de G définie par la filtration . Lorsqu’on utilisera des notions topologiques relatives à un groupe filtré, il s’agira, sauf mention expresse du contraire, de la topologie définie par la filtration. On notera que les , étant des sous-groupes de G, sont à la fois ouverts et fermés (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, n° 1, cor. de la prop. 4).
Comme chaque est distingué dans G, les entourages des structures uniformes droite et gauche de G coïncident ; on en déduit que G admet un groupe séparé complété (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 3, n° 4, th. 1 et n° 1, prop. 2).
Pour tout partie M de G, l’adhérence de M dans G est égale à (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 3, n° 1, formule (1)) ; en particulier est l’adhérence de ; on voit donc que pour que la topologie de G soit séparée, il faut et il suffit que la filtration soit séparée. Pour que la topologie de G soit discrète, il faut et il suffit qu’il existe un tel que (auquel cas pour ) ; on dit alors que la filtration est discrète.
Le groupe séparé associé à G étant , les groupes gradués associés gr(G) et gr(H) (lorsque H est muni de la filtration quotient) s’identifient canoniquement.
Soient maintenant un second groupe filtré, un homomorphisme compatible avec les filtrations ; la définition des topologies sur G et montre aussitôt que est continu (*). Si H est un sous-groupe (resp. un sous-groupe distingué) de G, la topologie induite sur H par celle de G (resp. la topologie quotient par H de celle de G) est la topologie sur H (resp. G/H) définie par la filtration induite par celle de G (resp. quotient de celle de G). La topologie produit de celles de G et est la topologie définie par le produit des filtrations de G et de .
Soit la fonction d’ordre (n° 2) de G. L’hypothèse sur les entraîne que , donc quels que soient x, y dans G. Soit un nombre réel tel que (on peut par exemple prendre ) et posons pour x, y dans G. On a , et l’inégalité (5’) du n° 2 donne
pour x, y, z dans G, ce qui entraîne l’inégalité du triangle
Donc d est un écart sur G, invariant par translation à droite et à gauche, et est l’ensemble des tels que ; la
(*) Nous employons dans tout ce chapitre les mots « homomorphisme continu » au sens de ce qui est appelé « représentation continue » dans Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, n° 8 ; le mot « homomorphisme » ne sera jamais employé au sens de Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, n° 8, déf. 1 ; nous utiliserons toujours pour cette notion le terme « morphisme strict » afin d’éviter toute confusion.
structure uniforme définie par est donc la structure uniforme du groupe topologique . Si est séparé, est un espace topologique métrisable éparpillé (Top. gén., chap. IX, 2\textsuperscript{e} éd., § 6, no 4); est une distance sur si de plus la filtration est exhaustive.
Étant donné un anneau topologique , rappelons qu’on appelle A-module topologique à gauche un A-module , muni d’une topologie compatible avec sa structure de groupe additif et tel que l’application de dans soit continue (Top. gén., chap. III, 3\textsuperscript{e} éd., § 6, no 6).
Proposition 3
Soient A un anneau filtré, sa filtration, B le sous-anneau de A, E un B-module filtré, sa filtration, F le sous-B-module de E. Alors l’application de dans est continue.
Cité par 2
Cité par § 2. Généralités sur les anneaux et modules filtrés, Corollaire
Soient en effet ; il existe par hypothèse des entiers tels que et . La relation
Corollaire
L’anneau B est un anneau topologique et le B-module F un B-module topologique.
La première assertion s’obtient en appliquant la prop. 3 à .
On voit en particulier qu’un anneau filtré dont la filtration est exhaustive est un anneau topologique ; lorsqu’il en est ainsi, tout A-module filtré dont la filtration est exhaustive est un A-module topologique.
Proposition 4
Soient A un anneau commutatif filtré par une filtration exhaustive , p un idéal de A. Supposons que l’idéal gr(p) = \bigoplus_{n \in \mathbf{Z}} (p \cap A_n)/(p \cap A_{n+1})\ de\ l'anneau\ gr(A)\ soit\ premier. Alors l’adhérence de p dans A est un idéal premier. On sait que l’anneau gr(A/p) est isomorphe à gr(A)/gr(p) (no 4, prop. 2), donc est intègre ; on en conclut que est intègre (no 3, cor. de la prop. 1). Donc l’adhérence de p est un idéal premier.
Cite 6
Cite Corollaire, Proposition 2, Exemple 3, Corollaire, Proposition 15, II § 2, Corollaire 2, II § 4
Soient A un anneau, m un idéal bilatère de A ; la topologie définie sur A par la filtration m-adique (no 1, Exemple 3) est dite topologie m-adique ; comme la filtration m-adique est exhaustive, A est un anneau topologique pour cette topologie (cor. de la prop. 3). De même, pour tout A-module E, on appelle topologie m-adique sur E la topologie définie par la filtration m-adique ; E est un A-module topologique pour cette topologie.
Soit m’ un second idéal bilatère de A ; pour que la topologie m’-adique sur A soit plus fine que la topologie m-adique, il faut et il suffit qu’il existe un entier n > 0 tel que ; la condition est en effet nécessaire, et si elle est remplie, on a pour tout , donc la condition est suffisante. Lorsque A est un anneau commutatif noethérien, il revient au même de dire que l’on a dans le spectre premier de A (chap. II, § 4, no 3, cor. 2 de la prop. 11 et § 2, no 6, prop. 15).
6. Modules filtrés complets.
Proposition 5
Soit G un groupe filtré, dont la filtration est formée de sous-groupes distingués de G. Les conditions suivantes sont équivalentes : a) G est un groupe topologique complet. b) Le groupe séparé associé est complet. c) Toute suite de Cauchy dans G est convergente. Lorsque G est commutatif et noté additivement, ces conditions sont aussi équivalentes à la suivante : d) Toute famille d’éléments de G’ qui converge vers 0.
suivant le filtre des complémentaires des parties finies de est sommable dans .
Pour qu’un filtre sur soit un filtre de Cauchy (resp. un filtre convergent), il faut et il suffit que son image par l’application canonique soit un filtre de Cauchy (resp. convergent). (Top. gén., chap. II, 3e éd., § 3, no 1, prop. 4); d’où en premier lieu l’équivalence de a) et b); d’autre part, comme est métrisable, l’équivalence de b) et c) résulte de la prop. 9 de Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 2, no 6.
Supposons maintenant commutatif. Supposons complet, et soit une famille d’éléments de qui converge vers 0 suivant . Pour tout voisinage de 0 dans qui est un sous-groupe de , il existe une partie finie de telle que la condition entraîne ; on a donc pour toute partie finie de ne rencontrant pas , ce qui montre que la famille est sommable (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 5, no 2, th. 1).
Réciproquement, supposons vérifiée la condition d), et soit une suite de Cauchy dans ; la famille est alors sommable, et en particulier la série de terme général est convergente, donc la suite est convergente.
Soit un groupe filtré dont la filtration est formée de sous-groupes distingués de ; les groupes quotients sont discrets, donc complets, puisque les sont ouverts dans . Soit l’application canonique , et pour , soit l’application canonique ; est un système projectif de groupes discrets ayant pour ensemble d’indices (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 7, no 3). Soit le groupe topologique limite projective de ce système projectif, et pour tout , soit l’application canonique; soit la limite projective du système projectif d’applications , telle que pour tout ; enfin, soit l’application canonique de dans son séparé complété ; comme les sont complets, il existe un isomorphisme et un seul de groupes topologiques tel que (loc. cit., cor. 1 de la prop. 2); nous dirons que c’est l’isomorphisme canonique de sur .
Soit un second groupe filtré dont la filtration est formée de sous-groupes distingués de , et soit un homomorphisme compatible avec les filtrations (no 4). Posons ; pour tout , définit par passage aux quotients un homomorphisme , et les forment évidemment un système projectif d'applications ; posons . Soient par ailleurs le séparé complété de , l'homomorphisme déduit de par passage aux séparés complétés (Top. gén., chap. II, 3e éd., § 3, no 7, prop. 15). Il résulte aussitôt des définitions que lorsqu'on identifie à et à au moyen des isomorphismes canoniques, s'identifie à . On en conclut en particulier que si, pour tout , est un isomorphisme, alors est un isomorphisme de groupes topologiques.
Exemples de groupes et d'anneaux filtrés complets. — 1) Soit un groupe filtré complet. Tout sous-groupe fermé de muni de la filtration induite, est complet (Top. gén., chap. II, 3e éd., § 3, no 4, prop. 8). Tout groupe quotient de , muni de la filtration quotient, est complet (Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 3, no 1, Remarque 1).
2) Soit un anneau commutatif filtré, dont nous désignons par la filtration ; soit l'anneau de séries formelles . Pour tout , nous poserons
Proposition 6
Les notations étant comme ci-dessus, supposons que , et désignons par l’application . Alors est un isomorphisme du groupe additif topologique sur le groupe additif topologique . L’anneau de polynômes est dense dans ; si est complet, il en est de même de .
Il est clair que est bijective ; est l’ensemble des tels que pour tout tel que ; comme ces éléments sont en nombre fini, est un voisinage de 0 dans . Inversement, si est un voisinage de 0 dans , il y a une partie finie de et un entier tel que les conditions pour tout entraînent ; si donc est le plus grand des entiers pour , on a , ce qui prouve la première assertion de la prop. 6. De plus, et étant définis comme ci-dessus, on a pour tout , ce qui montre que est dense dans . La dernière assertion résulte de la première et du fait qu’un produit d’espaces complets est complet.
Soit un idéal de et supposons que soit la filtration ; alors, si est l’idéal de engendré par et les (), la filtration est la filtration . En effet, il est clair que pour tout , est engendré par les éléments tels que pour tout tel que , d’où . Prouvons inversement que . Pour tout , on a , avec , . Il est clair que l’on peut écrire , où les sont des éléments de , d’où ; par ailleurs, il est clair que pour tout , d’où . On a donc bien .
Corollaire
Soient un anneau commutatif,
Cité par 5
Cité par Exercice 13, § 2, Proposition 11, Corollaire 2, Corollaire 6, Remarque, III § 4
Il suffit d’appliquer ce qui vient d’être dit au cas .
7. Propriétés de compacité linéaire des modules filtrés complets.
Rappelons que si est un -module, on appelle partie affine (ou variété linéaire affine) de toute partie qui est vide ou de la forme , où et est un sous-module de , appelé direction de (Alg., chap. II, 3e éd., § 9, nos 1 et 3).
Proposition 7
Soient un anneau filtré, un -module filtré, la filtration de ; on suppose que , que les sont des sous-modules de , que les -modules sont artiniens, et enfin que le groupe topologique est séparé et complet. Alors l’intersection d’une suite décroissante de parties affines fermées non vides de est non vide.
Cité par 1
Cité par Proposition 8
On a vu au no 6 que , étant séparé et complet, s’identifie à . Soit une suite décroissante de parties affines fermées non vides de , et pour tout , soit l’image canonique de dans ; nous allons construire une suite telle que pour tout et tout ; on aura donc pour tout et tout , et comme les sont fermés, pour tout (no 5), ce qui démontrera la proposition.
Comme , nous prendrons . Supposons définis les pour , et soit l’ensemble des éléments de dont l’image canonique dans est ; comme et que est l’image canonique de , n’est pas vide, et est évidemment une partie affine de ; en outre la suite est décroissante. Comme est artinien, cette suite est stationnaire (sans quoi la suite des sousmodules de qui sont les directions des , serait strictement décroissante, ce qui est absurde). Il suffit alors de prendre pour un élément de et la construction de peut donc se faire par récurrence.
Proposition 8
On suppose que A et E vérifient les hypothèses de la prop. 7. Soit une suite décroissante de sous-modules fermés de E tels que . Alors, pour tout voisinage V de 0 dans E, il existe tel que (autrement dit, la base de filtre converge vers 0).
Cite 1 · Cité par 4
Cite Proposition 7
Cité par § 2. Généralités sur les anneaux et modules filtrés, Exercice 26, § 3, Exercice 31, § 2, Corollaire 4, IV § 2
On peut supposer que V est l’un des , auquel cas est artinien. Posons ; comme les forment une suite décroissante de sous-modules de , il existe un entier tel que pour tout . Nous allons voir que , ce qui achèvera la démonstration. Soit , et soit l’ensemble des éléments de dont l’image dans est (); par définition de , les sont des parties affines fermées non vides de E, et on a évidemment ; il résulte donc de la prop. 7 qu’il existe un élément appartenant à tous les . Comme et que , on a ; puisque est l’image canonique de dans , on a bien (cf. exerc. 15 à 21).
8. Relèvement d’homomorphismes de modules gradués associés.
Théorème 1
Soient X, Y deux groupes filtrés dont les filtrations , sont formées de sous-groupes distingués ; soit un homomorphisme compatible avec les filtrations.
(i) Supposons la filtration exhaustive. Pour que soit injectif, il faut et il suffit que pour tout .
(ii) Supposons vérifiée l’une des hypothèses suivantes : X est complet et Y séparé ; Y est discret. Alors, pour que soit surjectif, il faut et il suffit que pour tout .
Cité par 4
Cité par Exercice 26, § 2, Proposition 11, Proposition 9, Exercice 7, § 4
(i) Dire que l’application gr_n(u) est injective signifie que l’on a
C’est évidemment le cas si . Inversement, si on a pour tout , on en déduit, par récurrence sur , que pour tout et tout . Comme la filtration est exhaustive, on voit que, pour tout , est réunion des (), donc pour tout et on a par hypothèse , ce qui achève la démonstration.
(ii) Dire que l’application gr_n(u) est surjective signifie que l’on a
C’est évidemment le cas si . Réciproquement, supposons que pour tout . Soient un entier, un élément de ; on va définir une suite d’éléments de telle que l’on ait et pour tout . Nous prendrons égal à l’élément neutre de , ce qui donne bien . Supposons construit un tel que ; on a ; l’hypothèse entraîne qu’il existe tel que , donc ; il suffit de prendre pour poursuivre la récurrence. Cela étant, si est discret, il existe un tel que (élément neutre de ), d’où , et on a donc dans ce cas prouvé que pour tout . Supposons maintenant complet et séparé. Comme pour , est une suite de Cauchy dans ; comme est fermé dans , donc complet, cette suite a au moins une limite dans . En vertu de la continuité de , est l’unique limite de la suite dans , étant séparé. Mais les relations montrent que est aussi limite de cette suite, d’où et on a encore prouvé que .
C. Q. F. D.
Corollaire 1
Supposons que soit séparé et sa filtration exhaustive. Alors, si gr(u) est injectif, est injectif.
Cité par 4
Cité par Corollaire, Proposition 10, Proposition 13, Exercice 27, § 3
Soient les éléments neutres de et respectivement. On a
Corollaire 2
Supposons vérifiée l'une des hypothèses suivantes : est complet, est séparé et sa filtration est exhaustive ; est discret et sa filtration est exhaustive. Alors, si est surjectif, est surjectif. En effet, on a alors .
Cité par 2
Cité par Proposition 10, Proposition 12
Corollaire 3
Supposons et séparés, les filtrations de et exhaustives et complet. Alors, si est bijectif, est bijectif.
Cite 1
Cite Exemple 3
Soient un anneau local, son idéal maximal, un -module ; munissons et des filtrations -adiques et soient et l'anneau gradué et le -module gradué associés à et . On a vu (n° 3, Exemple 3) que l'application canonique (11) est toujours surjective ; nous allons considérer la propriété suivante de :
(GR) L'application canonique
Proposition 9
Soient un anneau local, son idéal maximal, deux -modules, un -homomorphisme. On munit et des filtrations -adiques, et on suppose que : vérifie la propriété (GR) ; est injectif. Alors est injectif, et vérifient la propriété (GR), et on a pour tout entier .
On vérifie aussitôt que le diagramme
est commutatif. Comme est un corps, l’hypothèse entraîne que est injectif ; comme par hypothèse est injectif, il en est de même de . Ceci entraîne d’abord que est injectif, donc bijectif, et ensuite que est injectif. La formule est alors conséquence du th. 1, (i).
En outre, posons , et soit l’injection canonique. Si est l’homomorphisme canonique, alors, dans le diagramme commutatif
la ligne du bas est exacte (n° 4, prop. 2), et il en est de même de la ligne du haut, en vertu de la prop. 2 du n° 4 et du fait que est un corps. D’ailleurs, est injectif (n° 4, prop. 2), donc est injectif. La première partie du raisonnement, appliquée à , montre que est bijectif ; comme il en est de même de par hypothèse, on en conclut que est bijectif (chap. I, § 1, n° 4, cor. 2 de la prop. 2).
Corollaire
Sous les hypothèses de la prop. 9, si on suppose en outre séparé pour la filtration m-adique, alors est injectif.
En effet, cela résulte de ce que est injectif (cor. 1 du th. 1).
Remarque. — Supposons vérifiées les hypothèses de la prop. 9, et en outre l’une des conditions suivantes : 1° est nilpotent ; 2° est noethérien, et idéalement séparé (cf. § 5, n° 1) ; alors est un -module plat. Cela résulte en effet de ce que est bijectif et du § 5, n° 2, th. 1, (iv), puisque est un corps.
9. Relèvement de familles d’éléments d’un module gradué associé.
Soient un anneau commutatif filtré, sa filtration, un sous-anneau de tel que . La restriction à de l’application canonique est alors injective, ce qui permet d’identifier à un sous-anneau de ; c’est ce que nous ferons d’ordinaire en pareil cas. Si et si est un sous-corps quelconque de , on a puisque est un idéal de ne contenant pas 1 ; on peut donc identifier à un sous-corps de .
Proposition 10
Soient un anneau commutatif filtré, sa filtration ; on suppose qu’il existe un sous-anneau de tel que et on identifie à un sous-anneau de . Soit une famille finie d’éléments de ; supposons que pour , et soit la classe de dans pour .
(i) Si la famille d’éléments de est algébriquement libre sur , la famille est algébriquement libre sur .
(ii) Si la filtration de est exhaustive et discrète et si est un système de générateurs de la -algèbre , alors est un système de générateurs de la -algèbre .
Soit l’algèbre de polynômes sur ; munissons de la graduation de type pour laquelle est l’ensemble des combinaisons -linéaires des monômes tels que . Soit l’homomorphisme de la -algèbre dans la -algèbre ; par définition, on a pour tout , donc est compatible avec les filtrations ( étant muni de sa structure d’anneau filtré associé à sa structure d’anneau gradué, cf. no 1, Exemple 1). Cela étant, l’hypothèse de (i) signifie que est injectif ; comme la filtration de est exhaustive et séparée, on peut appliquer le cor. 1 du th. 1 du no 8, et est injectif, ce qui démontre la conclusion de (i). De même l’hypothèse (ii) sur les signifie que est surjectif ; comme est discret et que sa filtration est exhaustive, on peut appliquer le cor. 2 du th. 1 du n° 8 et est surjectif, ce qui prouve la conclusion de (ii).
Proposition 11
Soient A un anneau commutatif filtré, séparé et complet, C un sous-anneau de tel que , une famille finie d’éléments de A telle que avec pour ; soit la classe de dans pour .
Cite 4 · Cité par 3
Cite Corollaire, Proposition 10, Théorème 1, Proposition 5, TG III § 3
Cité par Proposition 18, Proposition 6, III § 4, Corollaire, VII § 3
(i) *Il existe un C-homomorphisme et un seul de l’algèbre de séries formelles dans A tel que pour .
(ii) *Si la famille est algébriquement libre sur C, l’homomorphisme est injectif.
(iii) *Si la filtration de A est exhaustive et si la famille est un système de générateurs de la C-algèbre , l’homomorphisme est surjectif.
Comme pour tout , on a pour tout monôme , et d’autre part si est le plus grand des . Si l’on désigne par l’ensemble des séries formelles dont les termes non nuls sont tels que , il résulte du n° 6, cor. de la prop. 6 que est séparé et complet pour la filtration exhaustive () et que est dense dans ; en outre l’homomorphisme défini dans la démonstration de la prop. 10 est continu dans et se prolonge donc de façon unique en un homomorphisme continu , puisque A est séparé et complet (Top. gén., chap. III, 3e éd.; § 3, n° 3, prop. 5), ce qui démontre (i); en outre, on a et ; (ii) et (iii) résultent donc respectivement des cor. 1 et 2 du th. 1 du n° 8, vu les hypothèses sur A.
On exprime parfois la conclusion de (ii) (resp. (iii)) dans le corollaire en disant que la famille est formellement libre sur C (resp. est un système formel de générateurs de A).
Proposition 12
Soient A un anneau filtré, E un A-module filtré, (A_n) et (E_n) les filtrations respectives de A et E. On suppose A complet, et la filtration (E_n) exhaustive et séparée. Soit (x_i)_{i \in I} une famille finie d’éléments de E et, pour tout i \in I, soit n(i) un entier tel que x_i \in E_{n(i)} ; soit enfin \xi_i la classe de x_i dans gr_{n(i)}(E). Alors, si (\xi_i) est un système de générateurs du gr(A)-module gr(E), (x_i) est un système de générateurs du A-module E.
Cite 1 · Cité par 5
Cite Corollaire 2
Cité par Corollaire 1, Corollaire 3, Corollaire 5, Corollaire 6, Proposition 3, III § 3
Dans le A-module L = A_s^I, désignons par L_n l’ensemble des (a_i) tels que a_i \in A_{n-n(i)} pour tout i \in I ; si p et q sont le plus petit et le plus grand des n(i), on a A_{n-q}^I \supset L_n \supset A_{n-p}^I, et la topologie définie sur L par la filtration (L_n) est la même que la topologie produit ; donc L est un A-module filtré complet. Comme L est libre, il existe une application A-linéaire u : L \to E telle que u((a_i)) = \sum_{i \in I} a_i x_i, et elle est évidemment compatible avec les filtrations ; nous devons prouver que u est surjective, et pour cela, il suffit, en vertu du cor. 2 du th. 1, no 8, de montrer que gr(u) : gr(L) \to gr(E) est surjective, ou encore que, pour tout x \in E_n, il existe une famille (a_i) telle que a_i \in A_{n-n(i)} pour tout i \in I et x \equiv \sum_{i \in I} a_i x_i \pmod{E_{n+1}}. Soit \xi la classe de x dans gr_n(E) ; puisque les \xi_i engendrent le gr(A)-module gr(E), il existe des \alpha_i \in gr(A) tels que \xi = \sum_{i \in I} \alpha_i \xi_i, et on peut supposer que \alpha_i \in gr_{n-n(i)}(A), en remplaçant au besoin \alpha_i par sa composante homogène de degré n - n(i). Alors \alpha_i est l’image d’un élément a_i \in A_{n-n(i)}, et la famille (a_i) possède la propriété requise.
Corollaire 1
Soient A un anneau filtré complet, E un A-module filtré dont la filtration est exhaustive et séparée. Si gr(E) est un gr(A)-module de type fini (resp. noethérien), alors E est un A-module de type fini (resp. noethérien).
Cite 2 · Cité par 4
Cite Proposition 12, Proposition 2
Cité par Exercice 9, § 2, Lemme 1, Corollaire 2, Corollaire, VII § 3
Si gr(E) est de type fini, il a un système fini de générateurs homogènes, et la prop. 12 montre que E est de type fini. Supposons maintenant gr(E) noethérien, et soit F un sous-module de E ; la filtration induite sur F par celle de E est exhaustive et séparée et gr(F) s’identifie à un sous-gr(A)-module de gr(E) (no 4, prop. 2), donc est de type fini par hypothèse ; on en conclut que F est un A-module de type fini, donc E est noethérien.
Corollaire 2
Soit un anneau filtré séparé et complet, dont la filtration est exhaustive. Si est un anneau noethérien à gauche, il en est de même de .
Il suffit d’appliquer le cor. 1 à .
Corollaire 3
Soient un anneau filtré complet, sa filtration, un -module filtré séparé, sa filtration, un sous-module de type fini de ; on suppose et .
(i) Si, pour tout , on a , alors .
(ii) Si on suppose de plus que la filtration de est déduite de celle de (no 1, Exemple 2), la relation entraîne .
Soient () les classes mod. d’un système fini de générateurs de . Il résulte de l’hypothèse faite que pour tout , tout élément de se met sous la forme avec ; les engendrent donc le -module , ce qui démontre (i), en vertu de la prop. 12. Si la filtration de est déduite de celle de , la relation , entraîne , d’où (ii).
Proposition 13
Soient un anneau, un idéal bilatère de contenu dans le radical de , un -module. On munit et des filtrations -adiques (no 1, Exemple 3). On suppose que l’une des conditions suivantes est vérifiée :
Cite 5 · Cité par 2
Cite Exemple 3, Proposition 7, III § 1, A II § 3. Produits tensoriels, Corollaire 1, II § 3, Corollaire 1
Cité par Exercice 9, § 2, Corollaire, VII § 3
a) est un -module de type fini et est séparé ; b) est nilpotent.
Pour que soit un -module libre, il faut et il suffit que soit un -module libre et que vérifie la propriété (GR) (no 8).
Si est un -module libre, et une base de , est somme directe des sous-modules de pour tout (Alg., chap. II, 3e éd., § 3, no 7, Remarque) ; par suite s’identifie à la somme directe des (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 6, prop. 7). On en déduit d’abord (pour ) que les classes des dans forment une base du -module , puis que l’application canonique
est bijective pour tout ; donc est bijective. On notera que cette partie de la démonstration n’utilise pas la condition a) ni b).
Supposons inversement vérifiées les conditions de l’énoncé, et soit une famille d’éléments de dont les classes mod. forment une base du -module ; soient le -module libre , sa base canonique, et l’application -linéaire telle que pour tout . Les hypothèses entraînent déjà que est surjective (chap. II, § 3, n° 2, cor. 1 de la prop. 4), et il reste à prouver que est injective. Or, chacune des hypothèses entraîne que est séparé, donc il en est de même de muni de la filtration -adique, puisque (\emph{Alg.}, chap. II, 3e éd., § 3, n° 7, Remarque), et gr s’identifie à gr d’après la première partie de la démonstration ; l’homomorphisme est compatible avec les filtrations et on peut écrire où est la bijection de gr sur gr appliquant la classe de mod. sur , où est la classe de mod. . L’hypothèse entraîne donc que gr est injectif et on conclut à l’aide du cor. 1 du th. 1, n° 8.
10. Application : exemples d’anneaux noethériens.
Lemme 1
Soit un anneau gradué de type , dont la graduation est telle que pour tout , ou pour tout . Soit un -module gradué de type . Pour que soit un -module noethérien, il faut et il suffit que tout sous-module gradué de soit de type fini.
Comme est un automorphisme du groupe , on peut se borner au cas où pour tout . Désignons par et l’anneau et le module munis des filtrations associées à leurs graduations respectives (n° 1, Exemple 1), qui sont exhaustives et séparées ; l’hypothèse sur entraîne que est discret, donc complet. Si est un sous--module de , le -module filtré obtenu en munissant de la filtration induite est séparé et sa filtration est exhaustive ; en outre s’identifie à un sous--module gradué de , donc est de type fini par hypothèse. La conclusion résulte donc du cor. 1 de la prop. 12 du n° 9.
Théorème 2
Soient un anneau gradué de type , un -module gradué de type , et leurs graduations respectives. On suppose qu’il existe un élément tel que et pour tout . Alors, si est un -module noethérien, est un -module noethérien.
En vertu du lemme 1, il suffit de prouver que tout sous-module gradué de est de type fini. Pour tout , soit et soit l’ensemble des tels que . Comme on a , donc les sont des sous--modules de ; en outre on a
Corollaire 1 (théorème de Hilbert)
Pour tout anneau commutatif noethérien , l’anneau de polynômes est noethérien (cf. exerc. 10).
Corollaire 2
Pour tout anneau commutatif noethérien et tout entier , l’anneau de polynômes est noethérien.
Cela résulte du cor. 1 par récurrence sur .
Corollaire 3
Si C est un anneau commutatif noethérien, toute C-algèbre commutative de type fini est un anneau noethérien. En effet, une telle algèbre est isomorphe à un quotient d'une algèbre de polynômes ( no 1).
Cite 1 · Cité par 5
Cite III § 1. Algèbres graduées de type fini
Cité par Corollaire 4, Corollaire 5, Corollaire 6, Lemme 1, III § 3, Lemme 5, V § 1
Corollaire 4
Soit A un anneau commutatif gradué de type , et soit sa graduation. Pour que A soit noethérien, il faut et il suffit que soit noethérien et que A soit une -algèbre de type fini. La condition est suffisante en vertu du cor. 3. Inversement, supposons A noethérien ; , qui est un idéal de A, est donc de type fini ; par suite A est une -algèbre de type fini ( no 2, cor. de la prop. 1) ; d'autre part , qui est isomorphe à , est un anneau noethérien.
Corollaire 5
Soient A un anneau commutatif, m un idéal de A tel que soit noethérien, que soit un -module de type fini et que A soit séparé et complet pour la topologie m-adique. Alors gr(A) et A sont noethériens. En effet, gr(A) est une -algèbre engendrée par (no 3, Exemple 3), donc l'anneau gr(A) est noethérien en vertu du cor. 3. On en déduit que A lui-même est noethérien (no 9, cor. 2 de la prop. 12).
Cite 4 · Cité par 4
Cite Exemple 3, Proposition 12, Corollaire 2, Corollaire 3
Cité par Corollaire 2, Corollaire 6, Proposition 8, III § 3, Exercice 7, § 5
Corollaire 6
Pour tout anneau commutatif noethérien C et tout entier , l'anneau de séries formelles est noethérien. Cela résulte du cor. 5 et du no 6, cor. de la prop. 6, car si m est l'idéal de formé des séries formelles sans terme constant, est isomorphe à C et au C-module .
Cite 6
Cite Corollaire, Corollaire 5, Exemple 4, Proposition 12, Corollaire 2, Corollaire 3
Remarque 1
Les corollaires 2, 3 et 6 s'appliquent en particulier lorsque C est un corps commutatif.
Remarque 2
Soit g une algèbre de Lie sur un anneau commutatif noethérien C, et supposons que g soit un C-module de type fini. Munissons l'algèbre enveloppante U de g de la filtration croissante définie au no 3, Exemple 4. Pour la topologie correspondante, U est discret, donc séparé et complet ; l’anneau gradué associé gr(U) est une C-algèbre de type fini, étant un quotient de l’algèbre symétrique S(g), donc gr(U) est un anneau nœthérien (cor. 3) et on en déduit que U est un anneau nœthérien à gauche et à droite (no 9, cor. 2 de la prop. 12).
11. Anneaux m-adiques complets et limites projectives.
On a vu au no 6 que si A est un anneau commutatif et m un idéal de A tel que A soit séparé et complet pour la topologie m-adique, alors l’anneau topologique A s’identifie canoniquement à la limite projective des anneaux discrets () pour les applications canoniques () ; on notera que est surjectif et que, si est son noyau, on a
Proposition 14
Soit un système projectif d’anneaux commutatifs discrets, dont l’ensemble d’indices est , et soit un système projectif de modules sur le système projectif d’anneaux . On désigne par le noyau de , et on pose . On suppose que : a) pour tout , est l’application identique de , et pour , et sont surjectifs ; b) pour , les noyaux de et sont et respectivement.
Cite 3 · Cité par 4
Cite Corollaire, TG II § 3, Corollary 1, TG II § 3, Corollaire 3
Cité par Exercice 12, § 2, Exercice 27, § 2, Corollaire 1, Exercice 7, § 4
Alors : (i) A est un anneau topologique séparé et complet, M est un A-module topologique séparé et complet, et les applications canoniques sont surjectives. (ii) Si est un -module de type fini, M est un A-module de type fini ; plus précisément, toute partie finie S de M telle que engendre est un système de générateurs de M.
Les assertions de (i) résultent de Top. gén., chap. II, 3e éd., § 3, no 5, cor. de la prop. 10 et cor. 1 du th. 1.
Pour tout , posons ; on a donc et ; comme et sont surjectifs, on a
(16)
Montrons que l’on a pour et , ce qui revient à prouver que ; or est égal à , car, pour tout , , qui est le noyau de , est égal à 0. On voit de même que . Si on pose, pour , et , est une filtration de et une filtration de compatible avec la filtration de ; les topologies de et de sont évidemment celles définies par ces filtrations. Cela étant, soit un idéal de tel que , et désignons par le sous-module de engendré par ; on va montrer que
(17)
Posons , ; il suffit de montrer que . C’est vrai si , car et par hypothèse. Si , on a par (16). Comme est surjectif et que , applique le noyau de sur le noyau de , et ; on a , et comme le noyau de est , on a et , d’où . Par ailleurs on a et comme , ; d’où
Or, on a pour ; il en résulte bien que , ce qui prouve (17).
Par ailleurs on a , d’où et par suite , d’où ; d’autre part on a évidemment , donc pour tout ; il résulte alors du cor. 3 de la prop. 12 du n° 9 que l’on a , ce qui achève la démonstration.
Corollaire 1
Les notations et hypothèses étant celles de la prop. 14, supposons de plus que soit un -module de type fini et que l'idéal de soit de type fini. Soit le noyau de ; les topologies de et de sont alors les topologies -adiques sur cet anneau et ce module respectivement; d'une façon précise, pour tout , les noyaux de et de sont et respectivement; de plus est un -module de type fini.
Conservons les notations de la démonstration de la prop. 14 ; les hypothèses permettent ici de supposer que l'idéal est de type fini. Soit un entier quelconque ; pour tout , on a, d'après (17), ; réciproquement, , d'où
Comme et sont des -modules de type fini, il en est de même de . Appliquant le cor. 3 de la prop. 12 du no 9 au module muni de la filtration définie par si , si , il vient , d'où . Mais on a aussi , d'où . Appliquant ceci au cas où , , il vient . De plus, on a en vertu de (17), ce qui démontre la dernière assertion du corollaire.
Corollaire 2
Les hypothèses étant celles du cor. 1, pour que soit noethérien, il faut et il suffit que le soit.
La condition est nécessaire puisque est isomorphe à un quotient de ; elle est suffisante en vertu du no 10, cor. 5 du th. 2.
12. Séparé complété d'un module filtré.
Soient un groupe filtré dont la filtration est formée de sous-groupes distingués de ; nous avons déjà rappelé (no 6) que le séparé complété du groupe topologique s'identifie canoniquement à la limite projective des groupes discrets , l'homomorphisme canonique ayant pour image le groupe séparé associé à (partout dense dans ) et pour noyau l'adhérence de dans . Le séparé complété du sous-groupe de s'identifie à l'adhérence de dans ()
gén., chap. II, 3e éd., § 3, n° 9, cor. 1 de la prop. 18), et puisque est fermé dans , on a
En outre, les forment un système fondamental de voisinages de 0 dans (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 3, n° 4, prop. 7) et sont donc des sous-groupes ouverts distingués de (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, n° 3, prop. 8); la topologie de est définie par la filtration , qui est toujours séparée par définition. Comme est dense dans et que est ouvert, on a
et de même
On déduit de (18) et (19) que la filtration est exhaustive si et seulement si l’est.
Le second théorème d’isomorphie (Alg., chap. I, § 6, n° 13, th. 6 d)) et les formules (18), (19), (20) montrent que les homomorphismes canoniques
sont bijectifs, donc il en est de même de l’homomorphisme canonique
Soient maintenant un anneau filtré, un -module filtré, et les filtrations respectives de et de ; nous supposons ces filtrations exhaustives, de sorte que pour les topologies correspondantes, est un anneau topologique et un -module topologique (n° 5, prop. 3). On a alors défini (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 6, nos 5 et 6) comme anneau topologique et comme -module topologique. Si est l’homomorphisme canonique, on a , d’où, en vertu de la continuité du produit dans ,
puisque est l’adhérence de dans . On montre de même que
Proposition 15
Soient A un anneau filtré, E un A-module filtré, les filtrations respectives de A et de E étant exhaustives. Alors est une filtration compatible avec la structure d’anneau de et une filtration compatible avec la structure de module de sur l’anneau filtré ; en outre ces filtrations sont exhaustives et définissent respectivement les topologies de et de . Enfin, les applications canoniques et de -modules gradués sont respectivement un isomorphisme d’anneaux gradués et un isomorphisme de -modules gradués.
Cite 1 · Cité par 2
Cité par Corollaire 2, III § 4. Relèvement dans les anneaux complets
Dans ce qui suit, pour tout espace uniforme X, nous noterons l’application canonique de X dans son séparé complété , par le sous-espace uniforme de , qui est l’espace séparé associé à X. Rappelons que la topologie de X est l’image réciproque par de celle de (Top. gén., chap. II, 3e éd., § 3, no 7, prop. 12). Rappelons aussi que pour toute application uniformément continue , désigne l’application uniformément continue de dans telle que (loc. cit., prop. 15); si X est un sous-espace uniforme de Y et l’injection canonique, s’identifie à un sous-espace uniforme de , et à l’injection canonique de dans (loc. cit., no 9, cor. 1 de la prop. 18).
Lemme 2
Soit une suite exacte de morphismes stricts de groupes topologiques (Alg., chap. II, 3e éd., § 1, no 4, Remarque). Supposons que X, Y, Z admettent des groupes séparés complétés, et que les éléments neutres de X, Y, Z admettent des systèmes fondamentaux dénombrables de voisinages. Alors est une suite exacte de morphismes stricts.* Soient les noyaux respectifs de et ; écrivons
Cite 5 · Cité par 3
Cite A II § 1. Modules, Remarque 2, TG III § 2, Remarque 3, TG III § 2, Proposition 1, TG IX § 3, Corollary 1, TG IX § 3
Cité par Proposition 16, Proposition 17, Théorème 3, III § 3
où est l’application canonique , un isomorphisme de sur et l’injection canonique . On sait déjà que est un isomorphisme de sur , et on vient de rappeler que est un morphisme strict injectif de dans ; si on montre que est un morphisme strict surjectif, il en résultera que est un morphisme strict (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, n° 8, Remarque 2). Soit l’application canonique ; si on montre que est un morphisme strict surjectif de noyau , on verra comme ci-dessus que est un morphisme strict et la suite sera exacte. On est donc ramené à prouver que si (où est un sous-groupe distingué de ) et l’application canonique, est un morphisme strict surjectif de noyau .
Soit l’application qui coïncide avec dans ; comme (resp. ) est un morphisme strict surjectif de sur (resp. de sur ), est un morphisme strict surjectif (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, n° 8, Remarque 3). Or et sont métrisables (Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 3, n° 1, prop. 1); il résulte alors de Top. gén., chap. IX, 2e éd., § 3, n° 1, cor. 1 de la prop. 4 et lemme 1, que est un morphisme strict surjectif et admet comme noyau l’adhérence dans du noyau de . Il nous suffira donc de montrer que . Or contient évidemment ; il suffira de prouver que est contenu dans l’adhérence de dans . Or,
est un ensemble ouvert dans qui ne rencontre pas ; comme est un morphisme strict surjectif, est un ensemble ouvert dans ne contenant pas l’élément neutre de , donc ne rencontrant pas l’adhérence de ; par suite ne contient pas l’élément neutre de . Mais , donc , ce qui achève de prouver le lemme 2.
Proposition 16
Soient A un anneau filtré, () sa filtration, E un A-module, () la filtration sur E déduite de celle de A, formée des . On suppose la filtration () exhaustive et le* module E de type fini. Alors, si i : E → Ē est l’application canonique, on a, pour tout n ∈ Z,
Cite 3 · Cité par 5
Cite Lemme 2, Corollaire 2, TG II § 3, Proposition 24, TG III § 2
Cité par Corollaire 1, Corollaire 2, III § 3. Topologies m-adiques sur les anneaux nœthériens, Théorème 3, III § 3, Corollaire, VII § 4
En particulier est un -module de type fini.
L’égalité entraîne, en vertu de la continuité de la loi externe du -module , , et on a évidemment . Par hypothèse il existe un homomorphisme surjectif , où , I étant un ensemble fini ; munissons L de la filtration produit, formée des , qui définit sur L la topologie produit ; on a donc et (Top. gén., chap. II, 3e éd., § 3, no 9, cor. 2 de la prop. 18). Soient l’application canonique, la base canonique de L ; pour qu’un élément (avec pour tout ) appartenne à , il faut et il suffit que pour tout ; on a donc . Cela étant, on a par définition , donc est un morphisme strict de L sur E (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, no 8, prop. 24). Le lemme 2 montre alors que est un morphisme strict surjectif. Comme est un sous-groupe ouvert de , est un sous-groupe ouvert (donc fermé) de ; mais , et comme , on voit finalement que , et par suite ; faisant , on obtient la deuxième formule (25).
Corollaire 1
Sous les conditions de la prop. 16, si A est complet, il en est de même de E.
En effet, comme l’application canonique est alors surjective (no 6, prop. 5), on a d’après (25), et on conclut par la prop. 5 du no 6.
Corollaire 2
Soient A un anneau commutatif, m un idéal de A de type fini, le séparé complété de A pour la topologie m-adique. On a alors pour tout entier , et la topologie de est la topologie -adique.
Posons , qui est un idéal de type fini de . La formule montre que la topologie induite sur par la topologie -adique coïncide avec la topologie -adique du -module (n° 1, Exemple 3). En vertu de la prop. 16 appliquée à , on a , autrement dit . En particulier , d'où
Exemples de séparés complétés d’anneaux filtrés. — 1) Soit un anneau gradué de type , et soit sa graduation ; munissons-le de la filtration associée qui est séparée et exhaustive (n° 1, Exemple 1). Le groupe additif s’identifie canoniquement à un sous-groupe de ; si on munit de la topologie produit des topologies discrètes, la topologie induite sur est la topologie définie par la filtration de ; en outre est un groupe topologique complet, et est dense dans (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, n° 9, prop. 25). Le groupe additif topologique s’identifie donc au complété du groupe additif séparé , et il résulte de la prop. 15 qu’il est muni d’une structure d’anneau unique qui en fait le complété de l’anneau topologique . Pour définir la multiplication dans cet anneau, on remarque que si l’on pose , l’adhérence dans de l’idéal bilatère est l’ensemble des tels que pour . Soient alors deux éléments de , leur produit. On a, pour tout , (mod. ), (mod. ), où , , d’où (mod. ). Mais et appartiennent à , et on voit donc que l’on a pour tout
2) Soit K un corps valué complet commutatif. Le complété de l’anneau des séries convergentes à r variables sur K s’identifie canoniquement à l’anneau de séries formelles K[[X₁,..., Xₙ]].
3) Soit α un élément non nul et non inversible d’un anneau principal A ; la topologie (α)-adique sur A est encore appelée topologie α-adique ; elle est séparée, car l’intersection des idéaux (αⁿ) est réduite à 0 (Alg., chap. VII, § 1, no 3). On notera que le complété de A pour cette topologie n’est pas nécessairement un anneau intègre (cf. no 13, Remarque 3). L’anneau gradué associé gr(A) = gr(Ā) est canoniquement isomorphe à (A/(α))[X] (no 3, Exemple 1). Lorsque A = Z, le complété de Z pour la topologie n-adique (n > 1) se note Zₙ et ses éléments s’appellent les entiers n-adiques.
Tout élément de admet un représentant et un seul de la forme avec pour tout ; en outre, son image canonique dans est la classe de . Ces remarques, et le fait que s’identifie canoniquement à la limite projective , montrent aussitôt que tout élément de peut s’écrire d’une seule manière sous la forme avec et que réciproquement une telle série est convergente dans .
13. Séparé complété d’un anneau semi-local.
Proposition 17
Soient A un anneau commutatif, (mλ)λ∈L une famille d’idéaux de A, distincts de A, tels que mλ et mμ soient étrangers pour λ ≠ μ. Pour tout famille s = (s(λ))λ∈L d’entiers ≥ 0, à support fini, on pose (égal au produit des m_s^{s(λ)} pour les λ tels que s(λ) ≠ 0 ; cf. chap. II, § 1, no 2, prop. 3 et 5) ; les a_s forment un système fondamental de voisinages de 0 pour une topologie C compatible avec la structure d’anneau de A ; soit Ā le séparé complété de A pour cette topologie. D’autre part, pour tout λ ∈ L, soit Aλ l’anneau A muni de la topologie mλ-adique, et soit Āλ son séparé complété. Si l’on désigne par l’homomorphisme diagonal, est continu et l’homomorphisme correspondant :
(Top. gén., chap. III, 3e éd., § 6, n° 5 et chap. II, 3e éd., § 3, n° 9, cor. 2 de la prop. 18) est un isomorphisme d’anneaux topologiques.
La première assertion résulte de Top. gén., chap. III, 3e éd., § 6, n° 3, Exemple 3. Posons ; comme la topologie de est plus fine que chacune des topologies -adiques, les applications sont continues, donc est continu. De plus, est l’intersection de la diagonale de et de l’ensemble ouvert de ; il en résulte que est un morphisme strict du groupe additif dans , d’image . Or est dense dans . En effet, soit un élément de ; tout voisinage de dans contient un ensemble de la forme , où , pour une famille à support fini d’entiers . Comme les sont deux à deux étrangers (chap. II, § 1, n° 2, prop. 3), il existe un tel que (mod. ) pour tout (loc. cit., prop. 5), donc . Le complété séparé du groupe est donc ; appliquant le lemme 2 du n° 12 aux suites exactes , on voit que est un isomorphisme de sur .
Corollaire
Soient un anneau principal, un système représentatif d’éléments extrémaux de (Alg., chap. VII, § 1, n° 3). La topologie sur pour laquelle les idéaux de forment un système fondamental de voisinages de , qui est compatible avec la structure d’anneau de , est séparée, et le complété de muni de cette topologie est canoniquement isomorphe au produit des complétés de pour les topologies -adiques, où parcourt .
Les idéaux principaux pour sont en effet maximaux et deux à deux distincts, donc étrangers ; on a déjà vu (n° 12,
Exemple 3) que les topologies -adiques sont séparées, donc il en est de même de la topologie définie dans l’énoncé de la prop. 17, qui est plus fine que chacune des topologies -adiques.
Lorsqu’on applique le cor. de la prop. 17 à , on désigne par le complété de pour la topologie pour laquelle tous les idéaux de forment un système fondamental de voisinages de 0, anneau isomorphe au produit des anneaux d’entiers -adiques ( étant l’ensemble des nombres premiers).
Remarque 1
Il est clair que sous les conditions de la prop. 17, la topologie est la borne supérieure des topologies -adiques sur .
Remarque 2
Tout idéal fermé de est identique au produit de ses projections , qui sont des idéaux fermés dans les ; en effet, s’identifie canoniquement à un idéal fermé de et à (Alg., chap. I, § 8, no 10, prop. 6), la somme des est dense dans le produit (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, no 9, prop. 25) et ce dernier est fermé dans , d’où notre assertion.
Proposition 18
Soient un anneau commutatif, une famille finie d’idéaux maximaux distincts de , l’idéal produit , la partie multiplicative . On munit de la topologie -adique, l’anneau de la topologie -adique, chacun des anneaux locaux de la topologie -adique. Soient , les homomorphismes canoniques (chap. II, § 2, no 1, cor. 2 de la prop. 2), l’homomorphisme . Les homomorphismes et sont continus, et les homomorphismes correspondants et sont des isomorphismes d’anneaux topologiques.
Cite 6 · Cité par 1
Cite Corollaire 2, II § 2, Proposition 11, II § 2, II § 2. Anneaux et modules de fractions, Proposition 11, Proposition 17, Proposition 9, II § 3
Cité par Corollaire 5, III § 3
On a pour , donc l’idéal de est maximal (chap. II, § 2, n° 5, prop. 11) et on a
Remarque 3). — On voit donc qu’un anneau intègre peut être tel que son séparé complété admette des diviseurs de zéro non nuls.
Proposition 19
Soient un anneau commutatif, un idéal maximal de . Le séparé complété de pour la topologie -adique est un anneau local, dont l’idéal maximal est .
Si , est le complété de l’anneau séparé associé à , et comme est maximal dans , on peut supposer que est séparé pour la topologie -adique. Comme et sont des anneaux isomorphes (no 12, formule (21)), est maximal dans . Comme la topologie de est définie par la filtration (no 12), la proposition sera conséquence du lemme suivant :
Lemme 3
Soit un anneau topologique séparé et complet, dans lequel il existe un système fondamental de voisinages de formé de sous-groupes additifs de .
Cite 2 · Cité par 3
Cite Théorème 1 (critère de Cauchy), TG III § 5, Corollaire 2
Cité par Example 1, III § 3, III § 4. Relèvement dans les anneaux complets, Lemme 2, III § 4
(i) *Pour tout tel que , est inversible dans et son inverse est égal à .
(ii) *Soit un idéal bilatère de tel que pour tout . Pour qu’un élément de soit inversible, il faut et il suffit que sa classe mod. soit inversible dans ; en particulier est contenu dans le radical de .
(i) Comme
(ii) Supposons qu’il existe tel que (mod. ) et (mod. ). L’hypothèse sur entraîne, en vertu de (i), que et sont inversibles dans , donc est inversible dans . En particulier, tout est tel que soit inversible dans , et comme est un idéal bilatère de , il est contenu dans le radical de (Alg., chap. VIII, § 6, no 3, th. 1).
Ce lemme étant établi, il suffit de l’appliquer à l’anneau topologique et à l’idéal , car pour tout , on a et la suite tend donc vers .
Si on prend , tout idéal maximal de est de la forme , où est premier. L’anneau des nombres -adiques est donc un anneau local, dont est l’idéal maximal (cor. 2 de la prop. 16), et dont le corps résiduel est isomorphe à et , muni de la topologie -adique, s’identifie à un sous-anneau topologique de , contenant .
Corollaire
Soient un anneau semi-local (chap. II, § 3, no 5), ses idéaux maximaux distincts (),
Cite 1 · Cité par 3
Cite II § 3. Anneaux locaux. Passage du local au global
Cité par Exercice 4, § 3, Remarque, III § 4, Exercice 8, § 2
Exercices
See the exercises for § 2.