Bourbaki

§ 3. Groupes métrisables; corps valués; espaces et algèbres normés

1. Groupes topologiques métrisables

Proposition 1

Pour que les structures uniformes droite et gauche d’un groupe topologique G soient métrisables, il faut et il suffit que G soit séparé et que l’élément neutre e de G possède un système fondamental dénombrable de voisinages.

La condition est évidemment nécessaire. Réciproquement, si elle est remplie, soit (Vn)(V_n) un système fondamental de voisinages de ee; si UnU_n désigne l’ensemble des couples (x,y)(x, y) de G×GG \times G tels que x−1y∈Vnx^{-1}y \in V_n, les UnU_n forment un système fondamental dénombrable d’entourages de la structure uniforme gauche de GG; comme en outre cette structure est séparée, elle est métrisable (IX, p. 15, th. 1). Même démonstration pour la structure uniforme droite de GG.

Nous dirons qu’un groupe topologique GG est métrisable si sa topologie est métrisable; la prop. 1 montre alors que ses deux structures uniformes sont métrisables.

On peut préciser ce résultat à l’aide de la notion suivante:

Définition 1

Sur un groupe GG, noté multiplicativement, on dit qu’une distance dd est invariante à gauche (resp. invariante à droite) si, quels que soient x,y,zx, y, z dans GG, on a d(zx,zy)=d(x,y)d(zx, zy) = d(x, y) (resp. d(xz,yz)=d(x,y)d(xz, yz) = d(x, y)).

Proposition 2

La structure uniforme gauche (resp. droite) d’un groupe métrisable GG peut être définie par une distance invariante à gauche (resp. à droite).

Supposons en effet que le système fondamental (Vn)(V_n) de voisinages de ee soit formé de voisinages symétriques tels que Vn+13⊂VnV_{n+1}^3 \subset V_n pour tout nn; les entourages UnU_n correspondants de la structure uniforme gauche sont alors des entourages symétriques tels que Un+13⊂UnU_{n+1}^3 \subset U_n. Le procédé employé dans la démonstration de la prop. 2 de IX, p. 6 fournit à partir de la suite d’entourages (Un)(U_n) une distance dd sur GG compatible avec la structure uniforme gauche de GG; en outre, comme pour tout z∈Gz \in G, l’application (x,y)↦(zx,zy)(x, y) \mapsto (zx, zy) laisse invariant chacun des UnU_n, la définition même de dd montre que dd est une distance invariante à gauche. Raisonnement analogue pour la structure uniforme droite.

On notera que, si les deux structures uniformes de GG sont distinctes, la distance dd n’est pas invariante à droite, et par suite on a en général d(x−1,y−1)≠d(x,y)d(x^{-1}, y^{-1}) \neq d(x, y).

En particulier, si GG est un groupe commutatif métrisable, sa structure uniforme est définie par une distance invariante dd; si GG est noté additivement, on a d(x,y)=d(0,y−x)=d(0,x−y)d(x, y) = d(0, y - x) = d(0, x - y); on pose souvent d(0,x)=∣x∣d(0, x) = |x| (ou d(0,x)=∥x∥d(0, x) = \|x\|); on a donc d(x,y)=∣x−y∣d(x, y) = |x - y|. La fonction ∣x∣|x| satisfait aux trois conditions suivantes:

a) ∣−x∣=∣x∣|-x| = |x| pour tout x∈Gx \in G; b) ∣x+y∣≤∣x∣+∣y∣|x + y| \leq |x| + |y| quels que soient x,yx, y dans GG; c) La relation ∣x∣=0|x| = 0 est équivalente à x=0x = 0.

Réciproquement:

Proposition 3

Soient GG un groupe commutatif noté additivement, x↦∣x∣x \mapsto |x| une application de GG dans R+\mathbf{R}_+ satisfaisant aux conditions a), b), c) précédentes. La fonction d(x,y)=∣x−y∣d(x, y) = |x - y| est une distance invariante sur GG; la topologie T\mathscr{T} qu’elle définit sur GG est compatible avec la structure de groupe de GG, et la structure uniforme qu’elle définit est identique à la structure uniforme du groupe topologique obtenu en munissant GG de la topologie T\mathscr{T}.

La fonction d(x,y)d(x, y) est bien une distance sur GG, car la relation d(x,y)=0d(x, y) = 0 équivant à x=yx = y d’après c), on a d(y,x)=d(x,y)d(y, x) = d(x, y) d’après a), et

d(x,y)=∣(x−z)+(z−y)∣≤∣x−z∣+∣z−y∣=d(x,z)+d(z,y) d(x, y) = |(x - z) + (z - y)| \leq |x - z| + |z - y| = d(x, z) + d(z, y)
d’après b). En outre, dd est une distance invariante puisque
(x+z)−(y+z)=x−y. (x + z) - (y + z) = x - y.
Pour tout α>0\alpha > 0, soit VαV_\alpha l’ensemble des x∈Gx \in G tels que ∣x∣<α|x| < \alpha; les VαV_\alpha forment un système fondamental S\mathscr{S} de voisinages de 0 pour la topologie T\mathscr{T}, et comme dd est invariante, pour tout a∈Ga \in G, a+Sa + \mathscr{S} est un système fondamental de voisinages de aa pour la topologie T\mathscr{T}. D’après a), les VαV_\alpha sont symétriques, et d’après b), on a Vα+Vα⊂V2αV_\alpha + V_\alpha \subset V_{2\alpha}; la topologie T\mathscr{T} est donc compatible avec la structure de groupe de GG (III, p. 4). La dernière partie de la proposition est immédiate.

Les conditions a),b),c)a), b), c) sont équivalentes à la condition c) jointe à la condition

b′)∣x−y∣≤∣x∣+∣y∣. b') \qquad |x - y| \leq |x| + |y|.
En effet, il est évident que a) et b) entraînent b′)b'). Réciproquement, en prenant x=0x = 0 dans b′)b'), et tenant compte de c), on voit que ∣−y∣≤∣y∣|-y| \leq |y|, d’où en remplaçant yy par −y-y, ∣−y∣=∣y∣|-y| = |y|, ce qui donne a); en remplaçant yy par −y-y dans b′)b'), on obtient alors b).

Proposition 4

Si GG est un groupe métrisable, tout groupe quotient séparé G/HG/H de GG est métrisable; si en outre GG est complet, G/HG/H est complet.*¹

La première partie de la proposition résulte de ce que, dans G/HG/H, l’élément neutre admet un système fondamental dénombrable de voisinages: en effet, si (Vn)(V_n) est un système fondamental de voisinages de ee dans GG, les images canoniques V˙n\dot{V}_n des ensembles VnV_n dans G/HG/H forment un système fondamental de voisinages de l’élément neutre de G/HG/H (III, p. 13, prop. 17).

Pour montrer que, si GG est complet, il en est de même de G/HG/H, il suffit (IX, p. 17, prop. 9) de voir que toute suite de Cauchy (x˙n)(\dot{x}_n) pour la structure uniforme gauche de G/HG/H, est convergente; on peut toujours supposer (en extrayant au besoin une suite partielle de (x˙n)(\dot{x}_n)) que, pour tout couple d’indices p,qp, q tels que p≥n,q≥np \geq n, q \geq n, on a x˙p−1x˙q∈V˙n\dot{x}_p^{-1}\dot{x}_q \in \dot{V}_n; cela signifie que, pour tout couple de points y∈x˙p,z∈x˙qy \in \dot{x}_p, z \in \dot{x}_q, on a y−1z∈HVn=VnHy^{-1}z \in HV_n = V_nH; il en résulte que, pour tout y∈x˙py \in \dot{x}_p, l’intersection de x˙q\dot{x}_q et du voisinage yVnyV_n de yy n’est pas vide. Supposons alors la suite (Vn)(V_n) choisie de sorte que Vn+12⊂VnV_{n+1}^2 \subset V_n, et définissons par récurrence une suite (xn)(x_n) de points de GG, de sorte que xn∈x˙nx_n \in \dot{x}_n et xn+1∈xnVnx_{n+1} \in x_n V_n, ce qui est possible d’après ce qui précède; on en conclut par récurrence que pour tout p>0p > 0, on a

xn+p∈xnVnVn+1⋯Vn+p−1⊂xnVn−1. x_{n+p} \in x_n V_n V_{n+1} \cdots V_{n+p-1} \subset x_n V_{n-1}.
La suite (xn)(x_n) est donc une suite de Cauchy dans GG et converge par suite vers un

¹ Il existe des groupes complets non métrisables GG, contenant un sous-groupe fermé HH tel que G/HG/H ne soit pas complet (EVT, IV, § 4, exerc. 10 c).

point aa; on en conclut aussitôt que l’image canonique a^\hat{a} de aa dans G/HG/H est limite de la suite (x^n)(\hat{x}_n).

Corollaire

Soient GG un groupe métrisable complet, G0G_0 un sous-groupe partout dense dans GG, H0H_0 un sous-groupe distingué fermé de G0G_0; si HH est l’adhérence de H0H_0 dans GG, le groupe quotient G0/H0G_0/H_0 admet alors un groupe complété isomorphe à G/HG/H.

On sait que HH est un sous-groupe distingué de GG (III, p. 9, prop. 9) et la prop. 4 montre que G/HG/H est complet; si φ\varphi est l’application canonique de GG sur G/HG/H, il est clair d’autre part que φ(G0)\varphi(G_0) est partout dense dans G/HG/H. Le corollaire résulte donc de la prop. 21 de III, p. 14.

Dans ce qui suit, pour un espace uniforme XX, nous noterons iXi_X l’application canonique de XX dans son séparé complété X^\hat{X}, par X0=iX(X)X_0 = i_X(X) le sous-espace uniforme de X^\hat{X}, qui est l’espace séparé associé à XX; rappelons que la topologie de XX est l’image réciproque par iXi_X de celle de X0X_0 (II, p. 23, prop. 12). Rappelons aussi que, pour toute application uniformément continue f:X→Yf : X \to Y, f^\hat{f} désigne l’application uniformément continue de X^\hat{X} dans Y^\hat{Y} telle que f^∘iX=iY∘f\hat{f} \circ i_X = i_Y \circ f (II, p. 24, prop. 15); si XX est un sous-espace uniforme de YY et ff l’injection canonique, X^\hat{X} s’identifie à un sous-espace uniforme de Y^\hat{Y} et f^\hat{f} à l’injection canonique de X^\hat{X} dans Y^\hat{Y} (II, p. 26, cor. 1).

Proposition 5

Soit X→fY→gZX \xrightarrow{f} Y \xrightarrow{g} Z une suite exacte de morphismes stricts (III, p. 16) de groupes topologiques (A, II, p. 10, Remarque 5). Supposons que X,Y,ZX, Y, Z admettent des groupes séparés complétés métrisables. Alors X^→f^Y^→g^Z^\hat{X} \xrightarrow{\hat{f}} \hat{Y} \xrightarrow{\hat{g}} \hat{Z} est une suite exacte de morphismes stricts.

Soient Nf,NgN_f, N_g les noyaux respectifs de ff et gg; écrivons f=f3∘f2∘f1f = f_3 \circ f_2 \circ f_1, où f1f_1 est le morphisme strict canonique X→X/NfX \to X/N_f, f2f_2 un isomorphisme de X/NfX/N_f sur NgN_g et f3f_3 l’injection canonique Ng→YN_g \to Y. On sait déjà que f2f_2 est un isomorphisme de (X/Nf)^\widehat{(X/N_f)} sur N^g\hat{N}_g, et on vient de rappeler que f^3\hat{f}_3 est un morphisme strict injectif de N^g\hat{N}_g dans Y^\hat{Y}; si l’on montre que f^1\hat{f}_1 est un morphisme strict surjectif de X^\hat{X} sur (X/Nf)^\widehat{(X/N_f)}, il en résultera que f^\hat{f} est un morphisme strict (III, p. 16, Remarque 2). D’autre part, soit g1g_1 le morphisme strict canonique Y→Y/NgY \to Y/N_g; si l’on montre que g^1\hat{g}_1 est un morphisme strict surjectif de noyau N^g\hat{N}_g (identifié à un sous-groupe de Y^\hat{Y}), on verra comme ci-dessus que g^\hat{g} est un morphisme strict, et la suite X^→f^Y^→g^Z^\hat{X} \xrightarrow{\hat{f}} \hat{Y} \xrightarrow{\hat{g}} \hat{Z} sera exacte. On est donc ramené à prouver le lemme suivant:

Lemme 1

Soient XX un groupe topologique admettant un groupe séparé complété métrisable, NN un sous-groupe distingué de XX, Y=X/NY = X/N, f:X→Yf : X \to Y le morphisme canonique. Alors f^:X^→Y^\hat{f} : \hat{X} \to \hat{Y} est un morphisme strict surjectif de noyau identifié canoniquement à N^\hat{N}.

Soit f0:X0→Y0f_0 : X_0 \to Y_0 l’application qui coïncide avec f^\hat{f} dans X0X_0; comme iXi_X (resp. iYi_Y) est un morphisme strict surjectif de XX sur X0X_0 (resp. de YY sur Y0Y_0), f0f_0 est un morphisme strict surjectif (III, p. 17, Remarque 3). Or X0X_0 et Y0Y_0 sont métrisables

(IX, p. 23, prop. 1); il résulte de IX, p. 26, corollaire, et de III, p. 25, prop. 8, que f^0=f^\hat{f}_0 = \hat{f} est un morphisme strict surjectif et admet comme noyau l’adhérence N^0′\hat{N}_0' dans X^=X^0\hat{X} = \hat{X}_0 du noyau N0′N_0' de f0f_0. Il nous suffira donc de prouver que N^0′=N^\hat{N}_0' = \hat{N}. Or, N0′N_0' contient évidemment N0=iX(N)N_0 = i_X(N); il suffira de voir que N0′N_0' est contenu dans l’adhérence N‾0\overline{N}_0 de N0N_0 dans X0X_0. Or, U=iX−1(X0−N‾0)=X−iX−1(N‾0)U = i_X^{-1}(X_0 - \overline{N}_0) = X - i_X^{-1}(\overline{N}_0) est un ensemble ouvert dans XX qui ne rencontre pas NN; comme ff est un morphisme strict surjectif, V=f(U)V = f(U) est un ensemble ouvert dans YY ne contenant pas l’élément neutre e′e' de YY, donc ne rencontrant pas l’adhérence de e′e'; par suite iY(V)i_Y(V) ne contient pas l’élément neutre de Y0Y_0. Mais iY(V)=f0(X0−N‾0)i_Y(V) = f_0(X_0 - \overline{N}_0) par définition de UU, donc on a N0′⊂N‾0N_0' \subset \overline{N}_0, ce qui achève de prouver le lemme 1 et la prop. 5.

La prop. 5 s’applique en particulier lorsque X,YX, Y et ZZ sont des groupes commutatifs dont les éléments neutres admettent des systèmes fondamentaux dénombrables de voisinages, puisque dans ce cas les séparés complétés existent (III, p. 26, th. 2). En particulier, si XX est un tel groupe commutatif, NN un sous-groupe quelconque de XX, le séparé complété (X/N)^\widehat{(X/N)} s’identifie canoniquement à X^/N^\hat{X}/\hat{N}.

Corollaire

Soient X,YX, Y deux groupes commutatifs métrisables, uu un morphisme strict de XX dans YY, NN son noyau, PP son image. Alors u^\hat{u} est un morphisme strict de X^\hat{X} dans Y^\hat{Y}, de noyau N^=N‾\hat{N} = \overline{N} (adhérence de NN dans X^\hat{X}) et d’image P^=P‾\hat{P} = \overline{P} (adhérence de PP dans YY).

Remarque

Soit dd une distance invariante à gauche définissant la topologie d’un groupe métrisable GG; soit HH un sous-groupe distingué fermé de GG. Pour deux points quelconques x˙,y˙\dot{x}, \dot{y} de G/HG/H, considérons la distance d(x˙,y˙)d(\dot{x}, \dot{y}) des deux ensembles fermés x˙,y˙\dot{x}, \dot{y} dans GG (IX, p. 13); nous allons voir que cette fonction est une distance invariante à gauche sur G/HG/H, définissant la topologie de ce groupe quotient. Notons d’abord que si x∈x˙,y∈y˙x \in \dot{x}, y \in \dot{y}, on a d(x˙,y˙)=d(x,Hy)d(\dot{x}, \dot{y}) = d(x, Hy); en effet

d(x,Hy)=inf⁡h∈Hd(x,hy), d(x, Hy) = \inf_{h \in H} d(x, hy),
d’où aussitôt, pour tout h′∈Hh' \in H, d(h′x,Hy)=d(x,Hy)d(h'x, Hy) = d(x, Hy) en vertu de l’invariance à gauche de dd, ce qui démontre notre assertion (IX, p. 13); pour tout point z˙∈G/H\dot{z} \in G/H, on a donc (IX, p. 13, formule (2))
∣d(x˙,z˙)−d(y˙,z˙)∣=∣d(x,z˙)−d(y,z˙)∣≤d(x,y), |d(\dot{x}, \dot{z}) - d(\dot{y}, \dot{z})| = |d(x, \dot{z}) - d(y, \dot{z})| \leq d(x, y),
et comme cette inégalité est vraie quels que soient x∈x˙x \in \dot{x} et y∈y˙y \in \dot{y}, on a ∣d(x˙,z˙)−d(y˙,z˙)∣≤d(x˙,y˙)|d(\dot{x}, \dot{z}) - d(\dot{y}, \dot{z})| \leq d(\dot{x}, \dot{y}), ce qui prouve que d(x˙,y˙)d(\dot{x}, \dot{y}) est une distance sur G/HG/H. En outre, pour tout z∈z˙z \in \dot{z}, on a d(zx˙,zy˙)=inf⁡h∈Hd(zx,hzy)d(\dot{zx}, \dot{zy}) = \inf_{h \in H} d(zx, hzy) d’après ce qui précède; mais comme hzy=z(z−1hz)yhzy = z(z^{-1}hz)y et que z−1hzz^{-1}hz parcourt HH lorsque hh parcourt HH (HH étant distingué), l’invariance à gauche de d(x,y)d(x, y) prouve que l’on a d(zx,Hzzy)=d(x,Hy)=d(x˙,y˙)d(zx, Hzzy) = d(x, Hy) = d(\dot{x}, \dot{y}). Enfin, si VV est un voisinage de ee dans GG défini par d(e,x)<αd(e, x) < \alpha, son image V˙\dot{V} dans G/HG/H est l’ensemble défini par d(e˙,x˙)<αd(\dot{e}, \dot{x}) < \alpha, ce qui achève de démontrer notre assertion.

2. Corps valués

Définition 2

On appelle valeur absolue sur un corps KK une application x↦∣x∣x \mapsto |x| de KK dans R+\mathbf{R}_+, satisfaisant aux conditions suivantes :

(VMI)∣x∣=0 est eˊquivalent aˋ x=0;(VMII)∣xy∣=∣x∣⋅∣y∣ quels que soient x,y dans K;(VMIII)∣x+y∣≤∣x∣+∣y∣ quels que soient x,y dans K. \begin{align*} (\mathrm{VM}_I) &\quad |x| = 0 \text{ est équivalent à } x = 0; \\ (\mathrm{VM}_{II}) &\quad |xy| = |x| \cdot |y| \text{ quels que soient } x, y \text{ dans } K; \\ (\mathrm{VM}_{III}) &\quad |x + y| \leq |x| + |y| \text{ quels que soient } x, y \text{ dans } K. \end{align*}

D’après (VMII)(\mathrm{VM}_{II}), on a ∣x∣=∣1∣⋅∣x∣|x| = |1| \cdot |x|, et comme il existe d’après (VMI)(\mathrm{VM}_I) au moins un xx tel que ∣x∣≠0|x| \neq 0, on a ∣1∣=1|1| = 1; on en tire 1=∣−1∣21 = |-1|^2, d’où également ∣−1∣=1|-1| = 1, et par suite

∣−x∣=∣−1∣⋅∣x∣=∣x∣; |-x| = |-1| \cdot |x| = |x|;

on en conclut que ∣x−y∣≤∣x∣+∣y∣|x - y| \leq |x| + |y| quels que soient x,yx, y. On peut encore dire que d(x,y)=∣x−y∣d(x, y) = |x - y| est une distance invariante sur le groupe additif KK, et l’application x↦∣x∣x \mapsto |x| un homomorphisme du groupe multiplicatif K∗K^* des éléments ≠0\neq 0 de KK, dans le groupe multiplicatif R+∗\mathbf{R}_+^* des nombres réels >0> 0.

La distance invariante ∣x−y∣|x - y| définit sur KK une topologie d’espace métrique compatible avec la structure de groupe additif de KK (IX, p. 24, prop. 3); mais en outre, cette topologie est compatible avec la structure de corps de KK. En effet, la continuité de xyxy dans K×KK \times K résulte de la relation

xy−x0y0=(x−x0)(y−y0)+(x−x0)y0+x0(y−y0) xy - x_0 y_0 = (x - x_0)(y - y_0) + (x - x_0)y_0 + x_0(y - y_0)

qui donne

∣xy−x0y0∣≤∣x−x0∣⋅∣y−y0∣+∣x0∣⋅∣y−y0∣+∣y0∣⋅∣x−x0∣. |xy - x_0 y_0| \leq |x - x_0| \cdot |y - y_0| + |x_0| \cdot |y - y_0| + |y_0| \cdot |x - x_0|.

De même, la continuité de x−1x^{-1} en tout point x0≠0x_0 \neq 0 résulte de l’identité x−1−x0−1=x−1(x0−x)x0−1x^{-1} - x_0^{-1} = x^{-1}(x_0 - x)x_0^{-1}, qui donne, d’après (VMII)(\mathrm{VM}_{II}),

∣x−1−x0−1∣=∣x−x0∣∣x0∣⋅∣x∣. |x^{-1} - x_0^{-1}| = \frac{|x - x_0|}{|x_0| \cdot |x|}.

Or, si ε>0\varepsilon > 0 est tel que ε<∣x0∣\varepsilon < |x_0|, la relation ∣x−x0∣≤ε|x - x_0| \leq \varepsilon entraîne ∣x∣≥∣x0∣−ε|x| \geq |x_0| - \varepsilon, d’où

∣x−1−x0−1∣≤ε∣x0∣(∣x0∣−ε), |x^{-1} - x_0^{-1}| \leq \frac{\varepsilon}{|x_0|(|x_0| - \varepsilon)},

ce qui établit la continuité de x−1x^{-1} au point x0x_0.

Définition 3

On appelle corps valué un corps KK muni de la structure définie par la donnée d’une valeur absolue sur KK.

Un corps valué sera toujours considéré comme muni de la topologie définie par sa valeur absolue, qui en fait un corps topologique. Si K0K_0 est un sous-corps d’un corps valué KK, la restriction à K0K_0 de la valeur absolue sur KK est une valeur absolue sur K0K_0, qui définit sur K0K_0 la topologie induite par celle de KK.

Exemple 1

Soit KK un corps quelconque; pour tout x∈Kx \in K, posons ∣x∣=1|x| = 1 si x≠0x \neq 0, et ∣0∣=0|0| = 0; l’application x↦∣x∣x \mapsto |x| ainsi définie est une valeur absolue sur KK, dite valeur absolue impropre. Pour que la topologie définie sur un corps KK par une valeur absolue ∣x∣|x| soit discrète, il faut et il suffit que ∣x∣|x| soit la valeur impropre. C’est évidemment suffisant; inversement, si la topologie de KK est discrète, ∣x∣|x| ne peut prendre aucune valeur α>0\alpha > 0 distincte de 1: car si on avait ∣x0∣=α<1|x_0| = \alpha < 1, la suite (x0n)(x_0^n) serait formée de termes ≠0\neq 0 et convergerait vers 0; on passe de là au cas α>1\alpha > 1 en considérant x0−1x_0^{-1}.

Exemple 2

La valeur absolue d’un nombre réel (IV, p. 5) vérifie les axiomes (VM1_1), (VM2_2), (VM3_3) et définit sur le corps R\mathbf{R} la topologie de la droite numérique. Sur le corps C\mathbf{C} des nombres complexes (identifié à R2\mathbf{R}^2) et sur le corps K\mathbf{K} des quaternions (identifié à R4\mathbf{R}^4) la norme euclidienne est de même une valeur absolue définissant respectivement la topologie de chacun de ces corps (VIII, p. 4 et p. 7).

Exemple 3

Sur un corps KK, une valuation réelle est une fonction vv, définie dans K∗K^*, à valeurs dans R\mathbf{R}, satisfaisant aux conditions suivantes: a) pour x∈K∗, y∈K∗x \in K^*,\ y \in K^*, v(xy)=v(x)+v(y)v(xy) = v(x) + v(y); b) si en outre x+y≠0x + y \neq 0, v(x+y)≥inf⁡(v(x),v(y))v(x + y) \geq \inf(v(x), v(y)). Si aa est un nombre réel quelconque >1> 1, on définit alors sur KK une valeur absolue en posant ∣x∣=a−v(x)|x| = a^{-v(x)} pour x≠0x \neq 0, et ∣0∣=0|0| = 0. En effet, de la relation v(xy)=v(x)+v(y)v(xy) = v(x) + v(y) pour x≠0x \neq 0 et y≠0y \neq 0, on déduit la relation ∣xy∣=∣x∣⋅∣y∣|xy| = |x| \cdot |y| pour ces valeurs de xx et yy, et cette relation est trivialement vérifiée si l’un des éléments x, yx,\ y est nul; de même, de v(x+y)≥inf⁡(v(x),v(y))v(x + y) \geq \inf(v(x), v(y)) pour x≠0, y≠0x \neq 0,\ y \neq 0 et x+y≠0x + y \neq 0, on déduit

∣x+y∣≤sup⁡(∣x∣,∣y∣)≤∣x∣+∣y∣, |x + y| \leq \sup(|x|, |y|) \leq |x| + |y|,

et ces inégalités sont encore vérifiées si l’un des éléments x, y, x+yx,\ y,\ x + y est nul. En particulier, si vp(x)v_p(x) est la valuation p-adique sur le corps Q\mathbf{Q} des nombres rationnels (exposant de pp dans la décomposition de xx en produit de facteurs premiers), la valeur absolue correspondante ∣x∣p=p−vp(x)|x|_p = p^{-v_p(x)} est dite valeur absolue p-adique sur le corps Q\mathbf{Q}.

Remarque

Si, dans un corps valué, xx est racine de l’unité, on a ∣x∣=1|x| = 1, car si xn=1x^n = 1 pour un entier n>0n > 0, on en tire ∣x∣n=1|x|^n = 1 d’où ∣x∣=1|x| = 1. En particulier, la seule valeur absolue sur un corps fini est la valeur absolue impropre, puisque tout élément ≠0\neq 0 du corps est racine de l’unité.

On dit qu’une valeur absolue sur un corps KK est ultramétrique si elle vérifie l’inégalité ∣x+y∣≤sup⁡(∣x∣,∣y∣)|x + y| \leq \sup(|x|, |y|); le corps valué KK est alors dit ultramétrique; la valeur absolue impropre sur tout corps KK, et la valeur absolue p-adique sur Q\mathbf{Q} sont ultramétriques, mais il n’en est pas de même de la valeur absolue usuelle sur R\mathbf{R} ou sur C\mathbf{C}.

Définition 4

On dit que deux valeurs absolues sur un corps KK sont équivalentes si elles définissent la même topologie sur KK.

La condition de l’énoncé est nécessaire, car l’ensemble des x∈Kx \in K tels que ∣x∣1<1|x|_1 < 1 est identique à l’ensemble des xx tels que lim⁡n→∞xn=0\lim_{n \to \infty} x^n = 0 pour la topologie définie par la valeur absolue ∣x∣1|x|_1.

Supposons inversement que ∣x∣1<1|x|_1 < 1 entraîne ∣x∣2<1|x|_2 < 1. Alors ∣x∣1>1|x|_1 > 1 entraîne ∣x∣2>1|x|_2 > 1, puisqu’on a ∣x−1∣1<1|x^{-1}|_1 < 1, et par suite ∣x−1∣2<1|x^{-1}|_2 < 1. Comme par hypothèse la valeur absolue ∣x∣1|x|_1 n’est pas impropre, il existe un x0∈Kx_0 \in K tel que ∣x0∣1>1|x_0|_1 > 1; posons a=∣x0∣1, b=∣x0∣2, ρ=log⁡b/log⁡a>0a = |x_0|_1, \ b = |x_0|_2, \ \rho = \log b / \log a > 0. Soit x∈K∗x \in K^*, et posons ∣x∣1=∣x0∣γ|x|_1 = |x_0|^{\gamma}. Si mm et nn sont des entiers tels que n>0n > 0 et m/n>γm/n > \gamma, on a ∣x∣1<∣x0∣1m/n|x|_1 < |x_0|_1^{m/n}, d’où ∣xn/x0m∣1<1|x^n/x_0^m|_1 < 1, et par suite ∣xn/x0m∣2<1|x^n/x_0^m|_2 < 1, ∣x∣2<∣x0∣2m/n|x|_2 < |x_0|_2^{m/n}. De même, si m/n<γm/n < \gamma, on voit que ∣x∣2>∣x0∣2m/n|x|_2 > |x_0|_2^{m/n}. On en conclut ∣x∣2=∣x0∣γ|x|_2 = |x_0|^{\gamma}, autrement dit log⁡∣x∣2=γlog⁡b=γρlog⁡a=ρlog⁡∣x∣1\log|x|_2 = \gamma \log b = \gamma \rho \log a = \rho \log|x|_1, ou ∣x∣2=∣x∣1ρ|x|_2 = |x|_1^{\rho}; il est immédiat que les voisinages de 0 pour les topologies définies par ∣x∣1|x|_1 et ∣x∣2|x|_2 sur KK sont alors identiques.

Inversement, pour toute valeur absolue ∣x∣|x| sur KK, la fonction ∣x∣ρ|x|^{\rho} est une valeur absolue sur KK (équivalente à ∣x∣|x|) pour tout nombre ρ\rho tel que 0<ρ≤10 < \rho \leq 1. En effet, il suffit de vérifier l’inégalité ∣x+y∣ρ≤∣x∣ρ+∣y∣ρ|x + y|^{\rho} \leq |x|^{\rho} + |y|^{\rho}; or, on a ∣x+y∣ρ≤(∣x∣+∣y∣)ρ|x + y|^{\rho} \leq (|x| + |y|)^{\rho}; tout revient donc à montrer que, si a>0,b>0a > 0, b > 0, on a (a+b)ρ≤aρ+bρ(a + b)^{\rho} \leq a^{\rho} + b^{\rho} pour 0<ρ≤10 < \rho \leq 1. Or, si on pose c=a/(a+b),d=b/(a+b)c = a/(a + b), d = b/(a + b), on a c+d=1c + d = 1 et l’inégalité à démontrer s’écrit 1≤cρ+dρ1 \leq c^{\rho} + d^{\rho}; elle résulte immédiatement des relations cρ≥c,dρ≥dc^{\rho} \geq c, d^{\rho} \geq d qui sont évidentes puisque 0<c≤1,0<d≤10 < c \leq 1, 0 < d \leq 1 et 0<ρ≤10 < \rho \leq 1.

On en conclut que l’ensemble des valeurs de r>0r > 0 telles que ∣x∣r|x|^r soit une valeur absolue est un intervalle fini ou infini d’origine 0 dans R\mathbf{R}; s’il est fini, il est évidemment fermé, car si, pour deux éléments quelconques x,yx, y de KK, on a ∣x+y∣r≤∣x∣r+∣y∣r|x + y|^r \leq |x|^r + |y|^r pour 0<r<r00 < r < r_0, l’inégalité a encore lieu par continuité pour r=r0r = r_0. Lorsque ∣x∣r|x|^r est une valeur absolue pour tout nombre r>0r > 0, on a, pour deux éléments quelconques x,yx, y de KK

∣x+y∣≤(∣x∣r+∣y∣r)1/r |x + y| \leq (|x|^r + |y|^r)^{1/r}

pour tout r>0r > 0. Or, si aa et bb sont deux nombres ≥0\geq 0, on a lim⁡r→∞(ar+br)1/r=sup⁡(a,b)\lim_{r \to \infty} (a^r + b^r)^{1/r} = \sup(a, b), car, en supposant par exemple b≤ab \leq a, on a

a≤(ar+br)1/r≤21/ra a \leq (a^r + b^r)^{1/r} \leq 2^{1/r} a

d’où la formule cherchée, en faisant croître rr indéfiniment.

On voit donc que, si ∣x∣r|x|^r est une valeur absolue pour tout r>0r > 0, on a

∣x+y∣≤sup⁡(∣x∣,∣y∣) |x + y| \leq \sup(|x|, |y|)

autrement dit la valeur absolue ∣x∣|x| est ultramétrique.

Remarque

La démonstration de la prop. 6 (IX, p. 29) prouve que, si la topologie définie sur KK par ∣x∣2|x|_2 est moins fine que celle définie par ∣x∣1|x|_1, et si ∣x∣1|x|_1 n’est pas impropre, ∣x∣1|x|_1 et ∣x∣2|x|_2 sont équivalentes, car la relation ∣x∣1<1|x|_1 < 1 entraîne alors ∣x∣2<1|x|_2 < 1. Autrement dit, les topologies définies sur KK par deux valeurs absolues non impures ne peuvent être comparables que si elles sont identiques.

Proposition 7

L’anneau complété K^\hat{K} d’un corps KK valué par une valeur absolue ∣x∣|x| est un corps, et la fonction ∣x∣|x| se prolonge par continuité en une valeur absolue sur K^\hat{K}, qui définit la topologie de K^\hat{K}.

Soit F\mathfrak{F} un filtre de Cauchy sur KK (pour la structure uniforme additive) tel que 0 ne soit pas adhérent à F\mathfrak{F}; pour voir que K^\hat{K} est un corps, il suffit d’établir que l’image de F\mathfrak{F} par l’application x↦x−1x \mapsto x^{-1} est une base de filtre de Cauchy (III, p. 56, prop. 7). Or, il existe par hypothèse un nombre α>0\alpha > 0 et un ensemble A∈FA \in \mathfrak{F} tels que ∣x∣≥α|x| \geq \alpha pour tout x∈Ax \in A; d’autre part, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un ensemble B∈FB \in \mathfrak{F} tel que B⊂AB \subset A et, pour tout couple d’éléments x,yx, y de BB, ∣x−y∣≤ε|x - y| \leq \varepsilon; on en conclut

∣x−1−y−1∣=∣x−y∣∣x∣⋅∣y∣≤εα2, |x^{-1} - y^{-1}| = \frac{|x - y|}{|x| \cdot |y|} \leq \frac{\varepsilon}{\alpha^2},

d’où la première partie de la proposition. La distance invariante ∣x−y∣=d(x,y)|x - y| = d(x, y) se prolonge par continuité à K^×K^\hat{K} \times \hat{K}, en une distance sur K^\hat{K} (IX, p. 12, prop. 1) qui définit la topologie de K^\hat{K} et est invariante en vertu du principe de prolongement des identités; nous la désignerons encore par d(x,y)d(x, y). Si on pose ∣x∣=d(0,x)|x| = d(0, x) pour x∈K^x \in \hat{K}, il est clair que ∣x∣|x| est le prolongement par continuité de la fonction ∣x∣|x| sur KK, et est donc une valeur absolue sur K^\hat{K} d’après le principe de prolongement des identités.

3. Espaces normés sur un corps valué

Définition 5

Étant donné un espace vectoriel EE (à gauche par exemple) sur un corps valué non discret KK, on appelle norme sur EE une application x↦p(x)x \mapsto p(x) de EE dans R+\mathbf{R}_+, satisfaisant aux axiomes suivants:

(NO_I) p(x)=0p(x) = 0 est équivalente à x=0x = 0; (NO_{II}) p(x+y)≤p(x)+p(y)p(x + y) \leq p(x) + p(y) quels que soient xx et yy dans EE; (NO_{III}) p(tx)=∣t∣p(x)p(t x) = |t| p(x) quels que soient t∈Kt \in K et x∈Ex \in E.

Les espaces normés que l’on rencontre le plus souvent ont pour corps des scalaires l’un des corps R\mathbf{R} ou C\mathbf{C} (muni de la valeur absolue usuelle). Nous étudierons les propriétés particulières à ces espaces normés dans le livre consacré aux espaces vectoriels topologiques.

De (NO_{III}) on déduit en particulier que p(−x)=p(x)p(-x) = p(x); par suite, si on pose d(x,y)=p(x−y)d(x, y) = p(x - y), dd est une distance invariante sur le groupe additif EE, et définit sur EE une topologie d’espace métrique compatible avec la structure de groupe additif de EE (IX, p. 24, prop. 3); en outre, l’application (t,x)↦tx(t, x) \mapsto t x est continue dans K×EK \times E; en effet, on a

tx−t0x0=(t−t0)(x−x0)+(t−t0)x0+t0(x−x0) t x - t_0 x_0 = (t - t_0)(x - x_0) + (t - t_0)x_0 + t_0(x - x_0)

et par suite

p(tx−t0x0)≤∣t−t0∣p(x−x0)+∣t−t0∣p(x0)+∣t0∣p(x−x0) p(t x - t_0 x_0) \leq |t - t_0| p(x - x_0) + |t - t_0| p(x_0) + |t_0| p(x - x_0)

ce qui montre que le premier membre peut être rendu aussi petit qu’on veut en prenant ∣t−t0∣|t - t_0| et p(x−x0)p(x - x_0) assez petits.

Définition 6

On appelle espace normé sur un corps valué non discret K un espace vectoriel E sur le corps K, muni de la structure définie par la donnée d’une norme sur E.

Un espace normé sera toujours considéré comme muni de la topologie et de la structure uniforme définies par sa norme.

On appelle espace normable sur K un espace vectoriel sur K, muni d’une topologie qui peut être définie par une norme.

Exemple 1

Sur un corps valué non discret K, considéré comme espace vectoriel (à gauche ou à droite) par rapport à lui-même, la valeur absolue ∣x∣|x| est une norme.

Exemple 2

L’expression ∥x∥=∑i=1nxi2\| \mathbf{x} \| = \sqrt{\sum_{i=1}^{n} x_i^2}, que nous avons appelée norme euclidienne sur l’espace Rn\mathbf{R}^n (VI, p. 7) est évidemment une norme au sens de la déf. 5 (IX, p. 31).

Il en est de même des fonctions sup⁡1≤i≤n∣xi∣\sup_{1 \leq i \leq n} |x_i| et ∑i=1n∣xi∣\sum_{i=1}^{n} |x_i|.

Exemple 3

Soit B(E)\mathscr{B}(E) l’ensemble des fonctions ff définies dans un ensemble E, prenant leurs valeurs dans un corps valué non discret K, et telles que la fonction numérique x↦∣f(x)∣x \mapsto |f(x)| soit bornée dans E. Cet ensemble est évidemment un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel KEK^E (à droite ou à gauche) des applications de E dans K. Si on pose p(f)=sup⁡x∈E∣f(x)∣p(f) = \sup_{x \in E} |f(x)|, pp est une norme sur l’espace vectoriel B(E)\mathscr{B}(E) (cf. X, p. 20).

Exemple 4

Sur l’espace vectoriel C(I)\mathscr{C}(I) des fonctions continues numériques (finies) définies dans l’intervalle I=[0,1]I = [0, 1], la fonction p(x)=∫01∣x(t)∣ dtp(x) = \int_0^1 |x(t)|\ dt est une norme.

Exemple 5

Lorsque K est un corps valué non discret ultramétrique (IX, p. 29), on appelle ultranorme sur un espace vectoriel E sur K, une norme sur E vérifiant l’inégalité (qui entraîne (NOII)):

p(x+y)≤sup⁡(p(x),p(y)). p(\mathbf{x} + \mathbf{y}) \leq \sup(p(\mathbf{x}), p(\mathbf{y})).

Les normes qu’on rencontre dans les applications (lorsque K est ultramétrique) sont des ultranormes.

Nous dirons que, dans un espace normé E, la boule B (fermée) de centre 0 et de rayon 1, c’est-à-dire l’ensemble des x∈E\mathbf{x} \in E tels que p(x)≤1p(\mathbf{x}) \leq 1, est la boule unité de E. Montrons qu’un système fondamental de voisinages de 0 dans E est formé par les transformées de la boule unité par les homothéties x↦tx\mathbf{x} \mapsto t \mathbf{x}, où tt parcourt l’ensemble des éléments ≠0\neq 0 de K. En effet, l’image de B par cette homothétie est la boule fermée de centre 0 et de rayon ∣t∣|t|; il suffit donc de montrer que pour tout nombre réel r>0r > 0, il existe t∈Kt \in K tel que 0<∣t∣<r0 < |t| < r. Or, comme la valeur absolue de K n’est pas impropre, il existe t0∈Kt_0 \in K tel que 0<∣t0∣<10 < |t_0| < 1; il suffit de prendre t=t0nt = t_0^n, avec nn entier assez grand, pour que ∣t∣=∣t0∣n<r|t| = |t_0|^n < r.

Définition 7

On dit que deux normes sur un espace vectoriel E (sur un corps valué non discret K) sont équivalentes si elles définissent la même topologie sur E.

Proposition 8

Pour que deux normes p,qp, q sur un espace vectoriel E soient équivalentes, il faut et il suffit qu’il existe deux nombres a>0,b>0a > 0, b > 0 tels que, pour tout x∈E\mathbf{x} \in E, on ait

(1)

a⋅p(x)≤q(x)≤b⋅p(x). a \cdot p(\mathbf{x}) \leq q(\mathbf{x}) \leq b \cdot p(\mathbf{x}).

Ces inégalités sont en effet suffisantes, car de la relation a.p(x)≤q(x)a.p(\mathbf{x}) \leq q(\mathbf{x}), on déduit que pour tout r>0r > 0, la boule fermée de centre 0 et de rayon arar, relative à la norme qq, est contenue dans la boule fermée de centre 0 et de rayon rr, relative à la norme pp; donc la topologie définie par qq est plus fine que la topologie définie par pp; l’inégalité q(x)≤b.p(x)q(\mathbf{x}) \leq b.p(\mathbf{x}) montre de même que la topologie définie par pp est plus fine que celle définie par qq, donc les deux topologies sont identiques.

Montrons maintenant que les inégalités (1) sont nécessaires. Si la topologie définie par qq est plus fine que la topologie définie par pp, la boule unité pour la norme pp contient une boule fermée de centre 0 et de rayon α>0\alpha > 0 pour la norme qq; autrement dit, la relation q(x)≤αq(\mathbf{x}) \leq \alpha entraîne p(x)≤1p(\mathbf{x}) \leq 1. Si t0∈Kt_0 \in \mathbf{K} est tel que 0<∣t0∣<10 < |t_0| < 1, pour tout x≠0\mathbf{x} \neq 0 dans EE, il existe un entier rationnel kk et un seul tel que α∣t0∣<q(t0kx)≤α\alpha |t_0| < q(t_0^k \mathbf{x}) \leq \alpha; on a donc p(t0kx)≤1p(t_0^k \mathbf{x}) \leq 1, d’où

p(x)≤1∣t0∣k≤1α∣t0∣q(x); p(\mathbf{x}) \leq \frac{1}{|t_0|^k} \leq \frac{1}{\alpha |t_0|} q(\mathbf{x});

en posant a=α∣t0∣a = \alpha |t_0| on a bien a.p(x)≤q(x)a.p(\mathbf{x}) \leq q(\mathbf{x}) pour tout x≠0\mathbf{x} \neq 0, et la relation est encore vraie pour x=0\mathbf{x} = 0. On voit de même que si la topologie définie par pp est plus fine que celle définie par qq, il existe b>0b > 0 tel que q(x)≤b.p(x)q(\mathbf{x}) \leq b.p(\mathbf{x}).

Exemple

Dans l’espace Rn\mathbf{R}^n, les trois normes ∑i=1nxi2\sqrt{\sum_{i=1}^n x_i^2}, sup⁡1≤i≤n∣xi∣\sup_{1 \leq i \leq n} |x_i| et ∑i=1n∣xi∣\sum_{i=1}^n |x_i| sont équivalentes, car on a

sup⁡1≤i≤n∣xi∣≤∑i=1nxi2≤∑i=1n∣xi∣≤n⋅sup⁡1≤i≤n∣xi∣. \sup_{1 \leq i \leq n} |x_i| \leq \sqrt{\sum_{i=1}^n x_i^2} \leq \sum_{i=1}^n |x_i| \leq n \cdot \sup_{1 \leq i \leq n} |x_i|.

On notera que pour deux normes équivalentes sur EE, les ensembles bornés sont les mêmes.

Proposition 9

Soient EE un espace normé sur un corps valué non discret KK, pp la norme sur EE, E^\hat{E} le groupe topologique additif complété du groupe additif EE. La fonction (t,x)↦tx(t, \mathbf{x}) \mapsto t \mathbf{x} se prolonge par continuité à K^×E^\hat{K} \times \hat{E}, et définit sur E^\hat{E} une structure d’espace vectoriel par rapport à K^\hat{K}; la norme pp se prolonge par continuité à E^\hat{E} en une norme pˉ\bar{p} qui définit la topologie de E^\hat{E}.

Le prolongement par continuité de txt \mathbf{x} est un cas particulier du théorème de prolongement d’une application bilinéaire continue d’un produit E×FE \times F de deux groupes commutatifs dans un troisième GG (III, p. 50, th. 1); on a 1.x=x1.\mathbf{x} = \mathbf{x} et t(ux)=(tu)xt(u \mathbf{x}) = (tu)\mathbf{x} pour t∈K^t \in \hat{K}, u∈K^u \in \hat{K} et x∈E^\mathbf{x} \in \hat{E}, d’après le principe de prolongement des identités; donc la loi externe (t,x)↦tx(t, \mathbf{x}) \mapsto t \mathbf{x} définit bien sur E^\hat{E} une structure d’espace vectoriel par rapport à K^\hat{K}. D’autre part, la distance invariante d(x,y)=p(x−y)d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) = p(\mathbf{x} - \mathbf{y}) se prolonge à E^×E^\hat{E} \times \hat{E} en une distance invariante dˉ\bar{d} sur E^\hat{E} (IX, p. 12, prop. 1), qui définit la topologie de E^\hat{E}; si on pose pˉ(x)=dˉ(0,x)\bar{p}(\mathbf{x}) = \bar{d}(0, \mathbf{x}), pˉ\bar{p} est le prolongement de pp à E^\hat{E} par continuité, et satisfait aux axiomes (NO_I) et (NO_{II}); en vertu de la continuité de txt \mathbf{x} dans K^×E^\hat{K} \times \hat{E}, elle satisfait aussi à la condition (NO_{III}) (principe de prolongement des identités), donc est bien une norme sur E^\hat{E}.

Lorsqu’on considère sur un espace vectoriel E une structure déterminée d’espace normé, on désigne le plus souvent la norme d’un vecteur x par la notation ∥x∥\|x\|, si cette notation ne peut prêter à confusion.

4. Espaces quotients et espaces produits d’espaces normés

Proposition 10

Soient E une espace normé sur un corps valué non discret K, H un sous-espace vectoriel fermé de E. Si, pour toute classe x˙∈E/H\dot{x} \in E/H, on pose ∥x˙∥=inf⁡x∈x˙∥x∥\| \dot{x} \| = \inf_{x \in \dot{x}} \|x\|, la fonction ∥x˙∥\| \dot{x} \| est une norme sur l’espace vectoriel E/H, et la topologie définie par cette norme est la topologie quotient de celle de E par H.

En effet (IX, p. 27, Remarque), d(x˙,y˙)=∥x˙−y˙∥d(\dot{x}, \dot{y}) = \| \dot{x} - \dot{y} \| est une distance invariante sur E/H, définissant la topologie quotient de celle de E par H. Il reste seulement à voir que ∥tx˙∥=∣t∣⋅∥x˙∥\| t \dot{x} \| = |t| \cdot \| \dot{x} \|, ce qui résulte aussitôt de la définition de ∥x˙∥\| \dot{x} \| (IV, p. 26, formule (23)).

La norme ∥x˙∥\| \dot{x} \| peut encore s’interpréter de la manière suivante: c’est la distance (dans E) de tout point x∈x˙x \in \dot{x} au sous-espace H, car l’ensemble des points de x˙\dot{x} est identique à l’ensemble des x−zx - z, où z parcourt H.

Proposition 11

Soit (Ei)1≤i≤n(E_i)_{1 \leq i \leq n} une famille finie d’espaces normés sur un corps valué non discret K; si, dans l’espace vectoriel produit E=∏i=1nEiE = \prod_{i=1}^n E_i, on pose, pour tout x=(xi)x = (x_i), ∥x∥=sup⁡1≤i≤n∥xi∥\|x\| = \sup_{1 \leq i \leq n} \|x_i\|, la fonction ∥x∥\|x\| est une norme sur E, et définit sur cet espace la topologie produit de celles des EiE_i.

En effet, si x=(xi)x = (x_i), y=(yi)y = (y_i), on a x+y=(xi+yi)x + y = (x_i + y_i), donc

∥x+y∥=sup⁡i∥xi+yi∥≤sup⁡i(∥xi∥+∥yi∥) \|x + y\| = \sup_i \|x_i + y_i\| \leq \sup_i (\|x_i\| + \|y_i\|)
≤sup⁡i∥xi∥+sup⁡i∥yi∥=∥x∥+∥y∥. \leq \sup_i \|x_i\| + \sup_i \|y_i\| = \|x\| + \|y\|.

Il est clair d’autre part que ∥tx∥=∣t∣⋅∥x∥\| t x \| = |t| \cdot \|x\|, et que ∥x∥=0\|x\| = 0 entraîne ∥xi∥=0\|x_i\| = 0, donc xi=0x_i = 0 pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, c’est-à-dire x=0x = 0; donc ∥x∥\|x\| est bien une norme sur E. Par ailleurs, la relation ∥x∥<a\|x\| < a équivaut aux n relations ∥xi∥<a\|x_i\| < a, donc la norme ∥x∥\|x\| définit bien sur E la topologie produit.

On montrerait de même que les fonctions ∑i=1n∥xi∥\sum_{i=1}^n \|x_i\| et ∑i=1n∥xi∥2\sqrt{\sum_{i=1}^n \|x_i\|^2} sont des normes sur E; en vertu des inégalités (2) (IX, p. 33), les trois normes précédentes sont d’ailleurs équivalentes.

En particulier, sur l’espace vectoriel KnK^n (à gauche ou à droite) sur K, si, pour x=(xi)1≤i≤nx = (x_i)_{1 \leq i \leq n}, on pose

p1(x)=sup⁡i∣xi∣,p2(x)=∑i=1n∣xi∣,p3(x)=∑i=1n∣xi∣2 p_1(x) = \sup_i |x_i|, \quad p_2(x) = \sum_{i=1}^n |x_i|, \quad p_3(x) = \sqrt{\sum_{i=1}^n |x_i|^2}
les trois fonctions p1,p2,p3p_1, p_2, p_3 sont des normes équivalentes qui définissent sur KnK^n la topologie produit de celles des facteurs K.

5. Fonctions multilinéaires continues

Théorème 1

Soient Ei(1≤i≤n)E_i (1 \leq i \leq n) et FF des espaces normés sur un corps valué non discret KK, et ff une application multilinéaire de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i dans FF. Pour que ff soit continue dans ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i, il faut et il suffit qu’il existe un nombre a>0a > 0 tel que, quels que soient les points xi∈Ei(1≤i≤n)x_i \in E_i (1 \leq i \leq n), on ait

∥f(x1,x2,…,xn)∥≤a⋅∥x1∥⋅∥x2∥⋯∥xn∥. \| f(x_1, x_2, \ldots, x_n) \| \leq a \cdot \| x_1 \| \cdot \| x_2 \| \cdots \| x_n \|.

La condition est nécessaire. En effet, si ff est continue au point (0,0,…,0)(0, 0, \ldots, 0), il existe un nombre b>0b > 0 tel que les conditions ∥xi∥≤b(1≤i≤n)\| x_i \| \leq b (1 \leq i \leq n) entraînent ∥f(xi,…,xn)∥≤1\| f(x_i, \ldots, x_n) \| \leq 1. Soit t0∈Kt_0 \in K tel que 0<∣t0∣<10 < |t_0| < 1; pour tout point (xi)∈∏i=1nEi(x_i) \in \prod_{i=1}^n E_i tel qu’aucun des xix_i ne soit nul, il existe nn entiers rationnels kik_i tels que b∣t0∣<∥t0kixi∥≤bb |t_0| < \| t_0^{k_i} x_i \| \leq b; par suite, on a

∣t0∣k1+k2+⋯+kn∥f(x1,…,xn)∥≤1; |t_0|^{k_1 + k_2 + \cdots + k_n} \| f(x_1, \ldots, x_n) \| \leq 1;

d’autre part on a 1/∣t0∣ki≤(1/b∣t0∣)∥xi∥1/|t_0|^{k_i} \leq (1/b |t_0|) \| x_i \|, d’où la relation (3), avec a=1/(b∣t0∣)na = 1/(b |t_0|)^n; cette relation est évidemment encore vérifiée lorsque l’un des xix_i est nul.

La condition est suffisante. Montrons en effet que, si elle est remplie, ff est continue en tout point (ai)(a_i) de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i. On peut écrire

f(x1,…,xn)−f(a1,…,an)=∏i=1nf(a1,…,ai−1,xi−ai,xi+1,…,xn). f(x_1, \ldots, x_n) - f(a_1, \ldots, a_n) = \prod_{i=1}^n f(a_1, \ldots, a_{i-1}, x_i - a_i, x_{i+1}, \ldots, x_n).

Or, les conditions ∥xi−ai∥≤r(1≤i≤n)\| x_i - a_i \| \leq r (1 \leq i \leq n) entraînent d’après (3)

∥f(a1,…,ai−1,xi−ai,xi+1,…,xn)∥≤ar∏k≠in(∥ak∥+r) \| f(a_1, \ldots, a_{i-1}, x_i - a_i, x_{i+1}, \ldots, x_n) \| \leq a r \prod_{k \neq i}^n (\| a_k \| + r)

d’où, en désignant par cc la borne supérieure des nombres ∥ai∥(1≤i≤n)\| a_i \| (1 \leq i \leq n),

∥f(x1,…,xn)−f(a1,…,an)∥≤nar(c+r)n−1. \| f(x_1, \ldots, x_n) - f(a_1, \ldots, a_n) \| \leq n a r (c + r)^{n-1}.

Comme le second membre est un polynôme en rr sans terme constant, il tend vers 0 avec rr, ce qui prouve la continuité de ff.

Remarque

Ce théorème entraîne deux propositions démontrées plus haut: d’une part, la continuité de la fonction bilinéaire txt x (IX, p. 31), en vertu de la relation ∥tx∥=∣t∣⋅∥x∥\| t x \| = |t| \cdot \| x \|; d’autre part, la prop. 8 (IX, p. 32) en appliquant le th. 1 à l’application identique de EE, considérée comme application linéaire de l’espace EE muni de la norme pp dans l’espace EE muni de la norme qq (ou vice-versa).

Corollaire 1

Pour que ff soit continue dans ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i, il faut et il suffit que ff soit bornée dans toute partie bornée de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i.

Comme les normes ∥xi∥\|x_i\| (1≤i≤n1 \leq i \leq n) sont bornées lorsque x=(x1,…,xn)x = (x_1, \ldots, x_n) parcourt une partie bornée de ∏i=1nEi\prod_{i=1}^n E_i, la nécessité de la condition résulte de l’inégalité (3). Inversement, s’il existe c>0c > 0 tel que les nn relations ∥xi∥≤1\|x_i\| \leq 1 (1≤i≤n1 \leq i \leq n) entraînent ∥f(x1,…,xn)∥≤c\|f(x_1, \ldots, x_n)\| \leq c, on voit comme dans la première partie de la démonstration du th. 1 que ff vérifie une inégalité de la forme (3).

Corollaire 2

Soient* E,FE, F deux espaces normés sur un corps valué non discret KK. Pour qu’une application linéaire surjective uu de EE dans FF soit un homéomorphisme, il faut et il suffit qu’il existe deux constantes a>0, b>0a > 0,\ b > 0 telles que, pour tout x∈Ex \in E, on ait a∥x∥≤∥u(x)∥≤b∥x∥a \|x\| \leq \|u(x)\| \leq b \|x\|.

En effet, la condition est évidemment nécessaire en vertu du th. 1. Pour montrer qu’elle est suffisante, notons d’abord qu’elle entraîne que le noyau de uu est réduit à 0, donc que uu est bijective. En vertu du th. 1, elle entraîne ensuite que uu et u−1u^{-1} sont continues, d’où la conclusion.

6. Familles absolument sommables dans un espace normé

Définition 8

Dans un espace normé* EE, on dit qu’une famille (xi)(x_i) de points de EE est absolument sommable, si la famille (∥xi∥)(\|x_i\|) des normes des xix_i est sommable dans R\mathbf{R}.

Cette notion ne dépend qu’en apparence de la norme choisie sur EE; en vertu de la prop. 8 de IX, p. 32, et du principe de comparaison des familles sommables de nombres réels, une famille absolument sommables pour une norme pp sur EE est absolument sommable pour toute norme équivalente à pp.

Si (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} est une famille de points de EE sommable et absolument sommable, on a

∥∑i∈Ixi∥≤∑i∈I∥xi∥. \left\| \sum_{i \in I} x_i \right\| \leq \sum_{i \in I} \|x_i\|.

En effet, pour toute partie finie JJ de II, on a ∥∑i∈Jxi∥≤∑i∈J∥xi∥\left\| \sum_{i \in J} x_i \right\| \leq \sum_{i \in J} \|x_i\| et l’inégalité (4) en résulte par passage à la limite suivant l’ensemble ordonné filtrant des parties finies de II.

Proposition 12

Dans un espace normé complet* EE, toute famille absolument sommable est sommable.

En effet, si (xi)(x_i) est une famille absolument sommable dans EE, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe une partie finie JJ de l’ensemble d’indices II telle que, pour toute partie finie HH de II ne rencontrant pas JJ, on ait ∑i∈H∥xi∥≤ε\sum_{i \in H} \|x_i\| \leq \varepsilon; on en conclut a fortiori ∥∑i∈Hxi∥≤ε\left\| \sum_{i \in H} x_i \right\| \leq \varepsilon, ce qui démontre la proposition, puisque EE est complet (critère de Cauchy, III, p. 38, th. 1).

On dit qu’une série de terme général xnx_n est absolument convergente dans EE si la série de terme général ∥xn∥\|x_n\| est convergente dans R\mathbf{R}; il revient au même de dire que la famille (xn)(x_n) est absolument sommable; par suite (III, p. 44, prop. 9):

Corollaire 1

Dans un espace normé complet EE, toute série absolument convergente est commutativement convergente.

La réciproque de la prop. 11 est en général inexacte.

Considérons par exemple l’espace B(N)\mathscr{B}(\mathbf{N}) des suites bornées x=(xn)n∈Nx = (x_n)_{n \in \mathbf{N}} de nombres réels, avec la norme ∥x∥=sup⁡n∣xn∣\|x\| = \sup_n |x_n| (X, p. 20). Soit xmx_m la suite (xmn)n∈N(x_{mn})_{n \in \mathbf{N}} telle que xmn=0x_{mn} = 0 pour n≠mn \neq m, x00=0x_{00} = 0 et xmn=1/mx_{mn} = 1/m pour m≥1m \geq 1. On vérifie aussitôt que dans B(N)\mathscr{B}(\mathbf{N}) la suite (xm)m∈N(x_m)_{m \in \mathbf{N}} est sommable et a pour somme l’élément y=(yn)y = (y_n) tel que y0=0,yn=1/ny_0 = 0, y_n = 1/n si n≥1n \geq 1; mais comme ∥xm∥=1/m\|x_m\| = 1/m, la suite des normes des xmx_m n’est pas sommable dans R\mathbf{R}.

On a vu toutefois (VII, p. 16) que, dans Rn\mathbf{R}^n, toute famille sommable est absolument sommable.

Corollaire 2

Si dans un espace normé EE toute série absolument convergente est convergente, alors EE est complet.

En effet, soit (xn)(x_n) une suite de Cauchy dans EE. Il existe une suite strictement croissante d’entiers (nk)(n_k) telle que pour tout k≥1k \geq 1 on ait

∥xnk+1−xnk∥≤2−k. \|x_{n_{k+1}} - x_{n_k}\| \leq 2^{-k}.
Par suite la série de terme général (xnk+1−xnk)(k≥1)(x_{n_{k+1}} - x_{n_k})(k \geq 1) est absolument convergente, donc convergente par hypothèse. Si ss est sa somme, s+xn1s + x_{n_1} est limite de la suite partielle (xnk)(x_{n_k}); comme (xnk)(x_{n_k}) est une suite de Cauchy, on en conclut qu’elle est convergente (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 5), ce qui prouve que EE est complet.

7. Algèbres normées sur un corps valué

Définition 9

Étant donnée une algèbre AA sur un corps valué commutatif non discret KK, on dit qu’une norme ∥x∥\|x\| sur AA (A étant considéré comme KK-espace vectoriel) est compatible avec la structure d’algèbre de AA si elle vérifie la relation

∥xy∥≤∥x∥⋅∥y∥ \|xy\| \leq \|x\| \cdot \|y\|
quels que soient x,yx, y dans AA. Une algèbre sur KK, munie de la structure définie par une norme compatible avec sa structure d’algèbre, est appelée algèbre normée.

Si AA est une algèbre normée sur KK, il est clair (IX, p. 35, th. 1) que l’application bilinéaire (x,y)↦xy(x, y) \mapsto xy de A×AA \times A dans AA est continue. Inversement, supposons que AA soit une algèbre sur KK, munie d’une norme p(x)p(x) telle que l’application (x,y)↦xy(x, y) \mapsto xy soit continue pour les topologies correspondantes; alors (IX, p. 35, th. 1), il existe une constante a>0a > 0 telle que p(xy)≤ap(x)p(y)p(xy) \leq ap(x)p(y). En remplaçant p(x)p(x) par la norme équivalente (IX, p. 32, prop. 8) a.p(x)a.p(x), on définit donc sur AA une structure d’algèbre normée. Lorsqu’une algèbre AA est munie d’une topologie pouvant être définie par une norme, et pour laquelle (x,y)↦xy(\mathbf{x}, \mathbf{y}) \mapsto \mathbf{x}\mathbf{y} est continue, on dit que l’algèbre topologique AA est normable.

Si AA est une algèbre normée, on déduit de (5), par récurrence sur nn, que pour tout entier n>0n > 0, on a

(6)(6)
∥xn∥≤∥x∥n. \| \mathbf{x}^n \| \leq \| \mathbf{x} \| ^n .

Exemple 1

Soient KK un corps valué, K′K' un sous-corps du centre de KK tel que la trace sur K′K' de la valeur absolue ∣x∣|x| de KK ne soit pas la valeur absolue impropre sur K′K'; KK, muni de la norme ∣x∣|x|, est alors une algèbre normée sur K′K'.

Exemple 2

Soient KK un corps commutatif valué non discret, Mn(K)M_n(K) l’anneau des matrices carrées d’ordre nn sur KK; on sait que, en tant qu’espace vectoriel sur KK, Mn(K)M_n(K) est isomorphe à Kn2K^{n^2}; si, pour toute matrice carrée d’ordre nn sur KK, X=(xij)X = (x_{ij}), on pose ∥X∥=sup⁡i,j∣xij∣\| X \| = \sup_{i,j} |x_{ij}|, on définit une norme sur Mn(K)M_n(K), et la topologie définie par cette norme est identique à la topologie produit sur Kn2K^{n^2} (IX, p. 34, prop. 11); il en résulte (vu la continuité des polynômes à un nombre quelconque de variables dans KK) qu’une norme équivalente à la précédente est bien compatible avec la structre d’algèbre (par rapport à KK) de Mn(K)M_n(K).

Exemple 3

L’ensemble B(E)\mathscr{B}(E) des fonctions ff définies dans un ensemble EE, prenant leurs valeurs dans un corps valué commutatif non discret KK, et telles que x↦∣f(x)∣x \mapsto |f(x)| soit bornée dans EE, est une algèbre sur KK; la norme ∥f∥=sup⁡x∈E∣f(x)∣\| f \| = \sup_{x \in E} |f(x)| est compatible avec la structure d’algèbre de B(E)\mathscr{B}(E), car on a ∥fg∥≤∥f∥⋅∥g∥\| fg \| \leq \| f \| \cdot \| g \|

Soit aa un idéal bilatère fermé dans l’algèbre normée AA; si, dans l’algèbre quotient A/aA/a, on pose ∥x˙∥=inf⁡x∈x˙∥x∥\| \dot{\mathbf{x}} \| = \inf_{x \in \dot{\mathbf{x}}} \| \mathbf{x} \|, on obtient sur A/aA/a une norme qui définit la topologie quotient de celle de AA par aa (IX, p. 34, prop. 10); comme pour b>∥x˙∥b > \| \dot{\mathbf{x}} \|, c>∥y˙∥c > \| \dot{\mathbf{y}} \|, il existe x∈x˙\mathbf{x} \in \dot{\mathbf{x}} tel que ∥x∥<b\| \mathbf{x} \| < b et y∈y˙\mathbf{y} \in \dot{\mathbf{y}} tel que ∥y∥<c\| \mathbf{y} \| < c, on a ∥xy∥≤∥x∥⋅∥y∥<bc\| \mathbf{x}\mathbf{y} \| \leq \| \mathbf{x} \| \cdot \| \mathbf{y} \| < bc, donc ∥x˙y˙∥≤∥x˙∥⋅∥y˙∥\| \dot{\mathbf{x}}\dot{\mathbf{y}} \| \leq \| \dot{\mathbf{x}} \| \cdot \| \dot{\mathbf{y}} \|, ce qui montre que A/aA/a, muni de la norme ∥x˙∥\| \dot{\mathbf{x}} \|, est une algèbre normée.

De même, si (Ai)1≤i≤n(A_i)_{1 \leq i \leq n} est une famille de nn algèbres normées sur un corps valué KK, et si, dans l’algèbre produit A=∑i=1nAiA = \sum_{i=1}^n A_i, on pose, pour x=(xi)\mathbf{x} = (\mathbf{x}_i), ∥x∥=sup⁡i∥xi∥\| \mathbf{x} \| = \sup_i \| \mathbf{x}_i \|, on obtient sur AA une norme qui définit la topologie produit de celles des AiA_i (IX, p. 34, prop. 11); comme xy=(xiyi)\mathbf{x}\mathbf{y} = (\mathbf{x}_i\mathbf{y}_i) et

∥xiyi∥≤∥xi∥⋅∥yi∥≤∥x∥⋅∥y∥ \| \mathbf{x}_i\mathbf{y}_i \| \leq \| \mathbf{x}_i \| \cdot \| \mathbf{y}_i \| \leq \| \mathbf{x} \| \cdot \| \mathbf{y} \|
pour tout ii, on a ∥xy∥≤∥x∥⋅∥y∥\| \mathbf{x}\mathbf{y} \| \leq \| \mathbf{x} \| \cdot \| \mathbf{y} \|, donc l’algèbre produit AA, munie de la norme ∥x∥\| \mathbf{x} \|, est une algèbre normée.

Soit AA une algèbre normée sur un corps valué KK. L’anneau complété A^\hat{A} de AA (III, p. 51, prop. 6) est aussi muni d’une structure d’espace vectoriel par rapport à K^\hat{K} (IX, p. 33, prop. 9), et on a évidemment, pour t∈K^t \in \hat{K}, x∈A^\mathbf{x} \in \hat{A}, y∈A^\mathbf{y} \in \hat{A}, t(xy)=(tx)y=x(ty)t(\mathbf{x}\mathbf{y}) = (t\mathbf{x})\mathbf{y} = \mathbf{x}(t\mathbf{y}) d’après le principe de prolongement des identités; A^\hat{A} est donc une algèbre sur K^\hat{K}; d’autre part (IX, p. 33, prop. 9) la norme sur AA se prolonge par continuité en une norme sur A^\hat{A}, le principe de prolongement des inégalités montre que A^\hat{A}, munie de cette norme, est une algèbre normée sur le corps K^\hat{K}.

Si (xλ)λ∈L(\mathbf{x}_\lambda)_{\lambda \in L} et (yμ)μ∈M(\mathbf{y}_\mu)_{\mu \in M} sont deux familles absolument sommables dans une algèbre normée AA, la famille (xλyμ)(λ,μ)∈L×M(\mathbf{x}_\lambda \mathbf{y}_\mu)_{(\lambda, \mu) \in L \times M} est absolument sommable puisque ∥xλyμ∥≤∥xλ∥⋅∥yμ∥\| \mathbf{x}_\lambda \mathbf{y}_\mu \| \leq \| \mathbf{x}_\lambda \| \cdot \| \mathbf{y}_\mu \| (IV, p. 35, prop. 1); si en outre AA est complète, ces trois familles sont sommables et on a ∑(λ,μ)∈L×Mxλyμ=(∑λ∈Lxλ)(∑μ∈Myμ)\sum_{(\lambda, \mu) \in L \times M} \mathbf{x}_\lambda \mathbf{y}_\mu = (\sum_{\lambda \in L} \mathbf{x}_\lambda) (\sum_{\mu \in M} \mathbf{y}_\mu) d’après l’associativité de la somme du premier membre (III, p. 40, formule (2)).

Lorsque l’algèbre normée AA possède un élément unité e≠0e \neq 0, l’application t↦tet \mapsto te est un isomorphisme de la structure de corps de KK sur celle du sous-corps KeKe de AA; cet isomorphisme est aussi un isomorphisme de la structure de corps topologique de KK sur celle de KeKe (la topologie sur ce dernier étant induite par celle de AA), car la restriction ∥te∥\| te \| de la norme de AA à KK est une norme équivalente à la valeur absolue ∣t∣=(1/∥e∥)∥te∥|t| = (1/\|e\|) \|te\|. Lorsque ∥e∥=1\|e\| = 1, on a ∥te∥=∣t∣\|te\| = |t|; on peut alors identifier le corps valué KK au sous-corps normé KeKe de AA, et en particulier écrire 11 l’élément unité de AA.

Il ne sera plus question, dans ce qui suit, que d’algèbres normées AA ayant un élément unité ee; en faisant x=y=ex = y = e dans cette inégalité, on en déduit ∥e∥≥1\|e\| \geq 1.

Proposition 13

Si, dans AA, la série de terme général znz^n est convergente, e−ze - z est inversible, et on a

(e−z)−1=∑n=0∞zn. (e - z)^{-1} = \sum_{n=0}^\infty z^n.

Inversement, si ∥z∥<1\|z\| < 1 et si e−ze - z est inversible, la série de terme général znz^n est convergente, et on a la formule (7).

On a en effet, pour tout p>0p > 0,

(e−z)∑n=0pzn=e−zp+1. (e - z) \sum_{n=0}^p z^n = e - z^{p+1}.

Si la série de terme général znz^n est convergente et si yy est sa somme, znz^n tend vers 0 lorsque nn croît indéfiniment, donc en passant à la limite dans (8), on a (e−z)y=e(e - z)y = e, et on prouve de même que y(e−z)=ey(e - z) = e, c’est-à-dire que y=(e−z)−1y = (e - z)^{-1} (on notera que cette partie du raisonnement est valable dans un anneau topologique quelconque ayant un élément unité).

Inversement, si ∥z∥<1\|z\| < 1, comme on a ∥zp+1∥≤∥z∥p+1\|z^{p+1}\| \leq \|z\|^{p+1}, zp+1z^{p+1} tend vers 0 quand pp croît indéfiniment; en multipliant les deux membres de (8) à gauche par (e−z)−1(e - z)^{-1} et faisant croître pp indéfiniment, on voit que la série de terme général znz^n est convergente et a pour somme (e−z)−1(e - z)^{-1}.

Corollaire

Soit AA une algèbre normée complète; pour tout z∈Az \in A tel que ∥z∥<1\|z\| < 1, e−ze - z est inversible dans AA.

En effet, la série de terme général znz^n est absolument convergente, puisque ∥zn∥≤∥z∥n\|z^n\| \leq \|z\|^n pour n>0n > 0; elle est par suite convergente, puisque AA est complète (IX, p. 36, prop. 12).

Proposition 14

Soit GG le groupe des éléments inversibles d’une algèbre normée complète AA. Alors GG est un ensemble ouvert dans AA; la topologie induite sur GG par celle de AA est compatible avec la structure de groupe de GG; muni de cette topologie, GG est un groupe complet (pour chacune de ses deux structures uniformes).

Le cor. de la prop. 13 montre que GG contient un voisinage VV de ee dans AA; pour tout x0∈Gx_0 \in G, les éléments de x0Vx_0 V sont alors inversibles, et x0Vx_0 V est un voisinage de x0x_0 dans AA, puisque x↦x0xx \mapsto x_0 x est alors un homéomorphisme de AA sur lui-même; donc GG est ouvert dans AA.

Pour voir que la topologie induite sur GG par celle de AA est compatible avec la structure de groupe de GG, il suffit de montrer que la fonction x↦x−1x \mapsto x^{-1} est continue dans GG. Pour cela, il suffit de prouver que si xx et yy appartiennent à GG et si

∥x−1∥⋅∥x−y∥<1 \|x^{-1}\| \cdot \|x - y\| < 1

on a

(9)

∥x−1−y−1∥≤∥x−y∥⋅∥x−1∥21−∥x−1∥⋅∥x−y∥. \|x^{-1} - y^{-1}\| \leq \frac{\|x - y\| \cdot \|x^{-1}\|^2}{1 - \|x^{-1}\| \cdot \|x - y\|}.

En effet, on peut écrire x−1−y−1=x−1(y−x)y−1x^{-1} - y^{-1} = x^{-1}(y - x)y^{-1} et il suffit donc de montrer que l’on a

(10)

∥y−1∥≤∥x−1∥1−∥x−1∥⋅∥x−y∥. \|y^{-1}\| \leq \frac{\|x^{-1}\|}{1 - \|x^{-1}\| \cdot \|x - y\|}.

Or on a x−1y=e−x−1(x−y)x^{-1}y = e - x^{-1}(x - y), et par suite y−1=(e−x−1(x−y))−1x−1y^{-1} = (e - x^{-1}(x - y))^{-1}x^{-1}. Mais si ∥u∥<1\|u\| < 1, il résulte de la prop. 13 que l’on a

∥(e−u)−1∥≤∑n=0∞∥u∥n=(1−∥u∥)−1 \|(e - u)^{-1}\| \leq \sum_{n=0}^{\infty} \|u\|^n = (1 - \|u\|)^{-1}

d’où l’égalité (10).

Pour établir enfin que la structure uniforme gauche de GG est une structure d’espace complet, montrons que tout filtre de Cauchy F\mathscr{F} pour cette structure, est un filtre de Cauchy pour la structure uniforme additive de AA et converge vers un point de GG. En effet, pour tout ε\varepsilon tel que 0<ε<10 < \varepsilon < 1, il existe un ensemble M∈FM \in \mathscr{F} tel que, pour x∈Mx \in M et y∈My \in M, on ait ∥x−1y−e∥≤ε\|x^{-1}y - e\| \leq \varepsilon, ce qui entraîne ∥y−x∥≤ε∥x∥\|y - x\| \leq \varepsilon \|x\|. Soit aa un point de MM; pour tout x∈Mx \in M, on a ∥x−a∥≤ε∥a∥\|x - a\| \leq \varepsilon \|a\|, donc ∥x∥≤(1+ε)∥a∥\|x\| \leq (1 + \varepsilon)\|a\|. D’autre part, il existe un ensemble N⊂MN \subset M, appartenant à F\mathscr{F}, et tel que ∥x−1y−e∥≤ε(1+ε)∥a∥\|x^{-1}y - e\| \leq \frac{\varepsilon}{(1 + \varepsilon)\|a\|} pour x∈Nx \in N et y∈Ny \in N; on en conclut que

∥y−x∥≤ε∥x∥(1+ε)∥a∥≤ε, \|y - x\| \leq \frac{\varepsilon \|x\|}{(1 + \varepsilon)\|a\|} \leq \varepsilon,

ce qui prouve que F\mathscr{F} est un filtre de Cauchy pour la structure uniforme additive de AA, et par suite converge vers un point x0x_0, puisque

A est une algèbre complète. Comme x0x_0 est limite de F\mathfrak{F}, on a, d’après le principe de prolongement des inégalités, ∥x−1x0−e∥≤ε\| x^{-1} x_0 - e \| \leq \varepsilon pour tout x∈Mx \in M; comme ε<1\varepsilon < 1, on en conclut que x−1x0x^{-1} x_0 est inversible; par suite, il en est de même de x0x_0, c’est-à-dire que x0∈Gx_0 \in G.

Proposition 15

Dans un corps valué complet, le groupe multiplicatif des éléments ≠0\neq 0 est un groupe complet.

Il suffit de raisonner comme dans la prop. 14, en remplaçant la norme de A par la valeur absolue du corps considéré.

On notera qu’on ne peut pas appliquer directement la prop. 14, car un corps valué non commutatif n’est pas nécessairement une algèbre sur un corps valué commutatif non discret (la restriction au centre du corps de la valeur absolue peut être impropre).

Remarque

La prop. 14 est inexacte dans une algèbre normée non complète. Par exemple, dans l’algèbre C(I)C(I) des fonctions numériques finies et continues dans I=[0,1]I = [0, 1] (la norme étant ∥x∥=sup⁡∣x(t)∣\| x \| = \sup |x(t)|), la sous-algèbre P formée des polynômes en t (restreints à I) n’est pas complète; si x(t)x(t) est un polynôme non constant quelconque, 1+εx1 + \varepsilon x est arbitrairement voisin de l’élément unité 1 de P lorsque ε\varepsilon est arbitrairement petit, mais 1+εx1 + \varepsilon x n’est pas inversible dans P. Toutefois, si A est une algèbre normée non complète, G le groupe des éléments inversibles de A, A^\hat{A} l’algèbre normée complétée de A, G est un sous-groupe du groupe des éléments inversibles de A^\hat{A}, et par conséquent la topologie induite sur G par celle de A est compatible avec sa structure de groupe.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.