Bourbaki

§ 2. Espaces métriques; espaces métrisables

1. Distances et espaces métriques

Définition 1

On appelle distance sur un ensemble X un écart fini d sur X tel que la relation d(x,y)=0d(x, y) = 0 entraîne x=yx = y. On appelle espace métrique un ensemble X muni de la structure définie par la donnée d’une distance sur X.

Un espace métrique X est toujours considéré comme muni de la structure uniforme et de la topologie définies par la distance donnée sur X.

Exemple 1

La distance euclidienne d(x,y)d(x, y) (VI, p. 7) est une distance sur l’espace numérique Rn\mathbf{R}^n; il en est de même des fonctions sup⁡1≤i≤n∣xi−yi∣\sup_{1 \leq i \leq n} |x_i - y_i|, et ∑i=1n∣xi−yi∣\sum_{i=1}^n |x_i - y_i| Toutes ces distances sont équivalentes (IX, p. 2).

Exemple 2

Sur un ensemble quelconque X, l’écart d défini par les relations d(x,x)=0d(x, x) = 0, d(x,y)=1d(x, y) = 1 pour x≠yx \neq y, est une distance ; la structure uniforme qu’elle définit sur X est la structure uniforme discrète.

On a une définition équivalente à la déf. 1 en disant qu’une distance est un écart fini tel que la structure uniforme définie par cet écart soit séparée ; un écart fini équivalent à une distance est donc une distance.

On peut rattacher aux espaces métriques les espaces uniformes définis par la donnée d’un seul écart (qu’on peut supposer fini) lorsque cet écart n’est pas une distance. Soit ff un tel écart sur un ensemble X, U\mathscr{U} la structure uniforme qu’il définit ; cette structure n’est pas séparée, et l’intersection des entourages de U\mathscr{U} est la partie de X×XX \times X définie par la relation d’équivalence f(x,y)=0f(x, y) = 0 ; nous désignerons cette relation par R. Si x≡x′x \equiv x' (mod. R), on a, d’après l’inégalité du triangle, f(x,y)≤f(x,x′)+f(x′,y)=f(x′,y)f(x, y) \leq f(x, x') + f(x', y) = f(x', y), et de même f(x′,y)≤f(x,y)f(x', y) \leq f(x, y) donc f(x,y)=f(x′,y)f(x, y) = f(x', y) ; autrement dit, ff est une fonction compatible (en x et y) avec la relation d’équivalence R (E, II, p. 44). Soit f~\tilde{f} la fonction obtenue par passage au quotient (pour x et y) à partir de ff ; elle est définie sur (X/R)×(X/R)(X/R) \times (X/R), et si xx et yy sont deux points de X, x˙\dot{x} et y˙\dot{y} les classes (mod. R) de x et de y respectivement, on a f~(x˙,y˙)=f(x,y)\tilde{f}(\dot{x}, \dot{y}) = f(x, y). Il en résulte aussitôt que f~\tilde{f} est une distance sur X/RX/R, qu’on appelle distance associée à l’écart ff; en outre, la structure uniforme qu’elle définit sur X/RX/R n’est autre que la structure uniforme séparée associée à U\mathscr{U}, d’après la définition de cette structure (II, p. 25). En passant à un espace quotient convenable, la structure uniforme définie par un seul écart se ramène donc à une structure d’espace métrique.

La prop. 1 de IX, p. 5 détermine la structure du complété d’un espace métrique:

Proposition 1

Soient XX un espace métrique, dd la distance sur XX. Si X^\hat{X} est le complété de XX (pour la structure uniforme définie par dd), la fonction dd se prolonge par continuité à X^×X^\hat{X} \times \hat{X}; la fonction prolongée dˉ\bar{d} est une distance sur X^\hat{X}, et la structure uniforme de X^\hat{X} est identique à la structure uniforme définie par la distance dˉ\bar{d}.

La prop. 1 de IX, p. 5, montre en effet que dˉ\bar{d} est un écart fini sur X^\hat{X}, et y définit la structure uniforme obtenue par complétion; comme cette dernière est séparée, dˉ\bar{d} est une distance.

Lorsqu’on considère le complété d’un espace métrique XX comme un espace métrique, on sous-entend toujours que la distance sur X^\hat{X} est obtenue en prolongeant par continuité la distance sur XX.

2. Structure d’espace métrique

Soient XX et X′X' deux espaces métriques, dd la distance sur XX, d′d' la distance sur X′X'. Conformément aux définitions générales (E, IV, p. 6), une application bijective ff de XX sur X′X' est un isomorphisme de la structure d’espace métrique de XX sur celle de X′X', si, quels que soient x∈Xx \in X et y∈X′y \in X', on a

d(x,y)=d′(f(x),f(y)). d(x, y) = d'(f(x), f(y)).

On remarquera que, si ff est une application de XX sur X′X' satisfaisant à l’identité (1), elle est nécessairement bijective, et par suite est un isomorphisme de XX sur X′X'; un tel isomorphisme est encore appelé isométrie (ou application isométrique) de XX sur X′X'.

Une isométrie de XX sur X′X' est bien entendu un isomorphisme de la structure uniforme (resp. topologie) de XX sur la structure uniforme (resp. topologie) de X′X'; les réciproques sont inexactes, comme le montre l’existence de distances équivalentes distinctes (IX, p. 3).

Soient XX un espace métrique, dd la distance qui le définit. Pour tout a>0a > 0, on désignera par VaV_a la partie de X×XX \times X formée des couples (x,y)(x, y) tels que d(x,y)<ad(x, y) < a, par WaW_a la partie formée des couples (x,y)(x, y) tels que d(x,y)≤ad(x, y) \leq a; lorsque aa parcourt l’ensemble des nombres >0> 0 (ou seulement une suite de nombres tendant vers 0), les ensembles VaV_a (resp. WaW_a) constituent, d’après la continuité de dd (IX, p. 2), un système fondamental d’entourages ouverts (resp. fermés) de la structure uniforme de XX; on a d’ailleurs Va⊂WaV_a \subset W_a, mais ces deux ensembles ne sont pas nécessairement identiques.

Par analogie avec le cas de la distance euclidienne sur Rn\mathbf{R}^n, l’ensemble Va(x)V_a(x) (resp. Wa(x)W_a(x)) est appelé boule ouverte (resp. boule fermée) de centre xx et de rayon aa; c’est un ensemble ouvert (resp. fermé) dans XX; de même, on appelle sphère de centre xx et de rayon aa l’ensemble des points yy tels que d(x,y)=ad(x, y) = a; c’est un ensemble fermé. D’après ce qui précède, les boules ouvertes (resp. fermées) de centre xx et de rayon aa forment un système fondamental de voisinages de xx, lorsque aa parcourt l’ensemble des nombres >0> 0, ou une suite de nombres >0> 0 tendant vers 00.

Il ne faut pas se laisser abuser par la terminologie précédente, et croire que, dans un espace métrique quelconque, les boules et sphères jouissent des mêmes propriétés que les boules et sphères euclidiennes étudiées dans VI, p. 9. C’est ainsi que l’adhérence d’une boule ouverte peut être distincte de la boule fermée de même centre et même rayon, que la frontière d’une boule fermée peut être distincte de la sphère de même centre et de même rayon, qu’une boule ouverte (ou fermée) peut ne pas être connexe, qu’une sphère peut être identique à l’ensemble vide (cf. IX, p. 91, exerc. 4).

Soient AA et BB deux parties non vides quelconques de l’espace métrique XX. On appelle distance des ensembles AA et BB le nombre d(A,B)=inf⁡x∈A, y∈Bd(x,y)d(A, B) = \inf_{x \in A,\ y \in B} d(x, y). En particulier, on note d(x,A)d(x, A) la distance de l’ensemble {x}\{x\} réduit au point xx, et de l’ensemble AA; on l’appelle distance du point xx à l’ensemble AA; on a donc

d(x,A)=inf⁡y∈Ad(x,y), d(x, A) = \inf_{y \in A} d(x, y),
d’où
d(A,B)=inf⁡x∈Ad(x,B) d(A, B) = \inf_{x \in A} d(x, B)
(IV, p. 21, prop. 9).

Remarque

Si d(x,A)=ad(x, A) = a, il se peut qu’il n’existe aucun point de AA dont la distance à xx soit égale à aa. Toutefois, cette circonstance ne peut se présenter si AA est compact, car alors, en vertu du th. de Weierstrass (IV, p. 27, th. 1), il existe y∈Ay \in A tel que d(x,A)=d(x,y)d(x, A) = d(x, y).

Proposition 2

Les propriétés d(x,A)=0d(x, A) = 0 et x∈A‾x \in \overline{A} sont équivalentes.

En effet, la propriété d(x,A)=0d(x, A) = 0 exprime que la boule Va(x)V_a(x) rencontre AA quel que soit a>0a > 0, ce qui équivaut à x∈A‾x \in \overline{A}.

Proposition 3

La fonction x↦d(x,A)x \mapsto d(x, A) est uniformément continue dans XX.

Soient en effet x,yx, y deux points quelconques de XX; quel que soit ε>0\varepsilon > 0, il existe z∈Az \in A tel que d(y,z)≤d(y,A)+εd(y, z) \leq d(y, A) + \varepsilon, d’où, en vertu de l’inégalité du triangle

d(x,z)≤d(x,y)+d(y,z)≤d(x,y)+d(y,A)+ε. d(x, z) \leq d(x, y) + d(y, z) \leq d(x, y) + d(y, A) + \varepsilon.
A fortiori d(x,A)≤d(x,y)+d(y,A)+εd(x, A) \leq d(x, y) + d(y, A) + \varepsilon, et comme ε\varepsilon est arbitraire, d(x,A)≤d(x,y)+d(y,A)d(x, A) \leq d(x, y) + d(y, A). De la même manière, on a
d(y,A)≤d(x,y)+d(x,A), d(y, A) \leq d(x, y) + d(x, A),
c’est-à-dire
∣d(x,A)−d(y,A)∣≤d(x,y), |d(x, A) - d(y, A)| \leq d(x, y),
d’où la proposition.

Remarque

On peut avoir d(A,B)=0d(A, B) = 0 pour deux parties A,BA, B de XX telles que A‾∪B‾=∅\overline{A} \cup \overline{B} = \varnothing, lorsqu’aucune de ces deux parties n’est réduite à un point. Par exemple, sur la droite numérique R\mathbf{R}, l’ensemble des entiers >0> 0, et l’ensemble des points de la suite (n+1/2n)n⩾1(n + 1/2n)_{n \geqslant 1} sont fermés, sans point commun, et ont une distance nulle.

Toutefois, si AA est compact et BB fermé, la relation d(A,B)=0d(A, B) = 0 entraîne A∩B≠∅A \cap B \neq \varnothing, car en vertu de la relation

d(A,B)=inf⁡x∈Ad(x,B), d(A, B) = \inf_{x \in A} d(x, B),

de la prop. 3 et du th. de Weierstrass, il existe x0∈Ax_0 \in A tel que d(x0,B)=d(A,B)=0d(x_0, B) = d(A, B) = 0, donc (IX, p. 13, prop. 2) x0∈Bx_0 \in B.

On appelle diamètre d’une partie non vide AA de XX le nombre (fini ou égal à +∞+\infty) δ(A)=sup⁡x∈A,y∈Ad(x,y)\delta(A) = \sup_{x \in A, y \in A} d(x, y). La notion d’ensemble « petit d’ordre WaW_a » (II, p. 12) est identique à celle d’ensemble de diamètre ≤a\leq a. Pour qu’un ensemble non vide AA soit réduit à un point, il faut et il suffit que δ(A)=0\delta(A) = 0.

On dit qu’un ensemble A⊂EA \subset E est borné (pour la distance dd) si son diamètre est fini. Il revient au même de dire que, pour tout point x0∈Ex_0 \in E, AA est contenu dans une boule de centre x0x_0. Toute partie d’un ensemble borné est un ensemble borné; la réunion d’une famille finie d’ensembles bornés est un ensemble borné.

On notera qu’une partie de EE peut être bornée pour la distance dd, mais non bornée pour une distance équivalente à dd (cf. IX, p. 3).

3. Oscillation d’une fonction

A la notion de diamètre se rattache celle d’oscillation d’une fonction ff définie dans un ensemble quelconque XX, et prenant ses valeurs dans un espace métrique YY; si AA est une partie non vide quelconque de XX, on appelle oscillation de ff dans AA le diamètre δ(f(A))\delta(f(A)).

Si en outre XX est une partie d’un espace topologique ZZ, on appelle oscillation de ff en un point x∈X‾x \in \overline{X} le nombre ω(x;f)=inf⁡δ(f(V∩X))\omega(x; f) = \inf \delta(f(V \cap X)), VV parcourant le filtre des voisinages de xx dans ZZ.

Proposition 4

L’oscillation ω(x;f)\omega(x; f) d’une fonction quelconque ff définie dans une partie XX d’un espace topologique ZZ, et prenant ses valeurs dans un espace métrique Y′Y', est une fonction semi-continue supérieurement dans X‾\overline{X}.

Soit en effet aa un point quelconque de X‾\overline{X}; pour tout k>ω(a;f)k > \omega(a; f), il existe un voisinage ouvert VV de aa tel que δ(f(V∩X))≤k\delta(f(V \cap X)) \leq k; pour tout x∈V∩X‾x \in V \cap \overline{X}, VV est un voisinage de xx, donc

ω(x;f)≤δ(f(V∩X))≤k, \omega(x; f) \leq \delta(f(V \cap X)) \leq k,

ce qui prouve que ω\omega est semi-continue supérieurement au point aa.

Pour qu’on ait ω(x;f)=0\omega(x; f) = 0 en un point x∈X‾x \in \overline{X}, il faut et il suffit que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un voisinage VV de xx tel que f(V∩X)f(V \cap X) soit contenu dans une boule de rayon ε\varepsilon; si x∈Xx \in X, cette condition exprime que ff est continue au point xx (par rapport à XX); si x∈X∩CXx \in X \cap \mathscr{CX}, elle exprime que l’image par ff de la trace sur XX du filtre des voisinages de xx dans ZZ est une base de filtre de Cauchy sur Y′Y'; en particulier:

Proposition 5

Soit ff une fonction définie dans une partie XX d’un espace topologique ZZ, prenant ses valeurs dans un espace métrique complet Y′Y'; pour qu’en un point x∈X‾x \in \overline{X}, ff ait une limite relativement à XX, il faut et il suffit que l’osillation de ff au point xx soit nulle.

4. Espaces uniformes métrisables

Définition 2

On dit qu’une distance sur un ensemble XX est compatible avec une structure uniforme U\mathscr{U} sur XX si la structure uniforme définie par cette distance est identique à U\mathscr{U}.

On dit qu’une structure uniforme sur un ensemble XX est métrisable s’il existe une distance sur XX compatible avec cette structure. Un espace uniforme est dit métrisable si sa structure uniforme est métrisable.

Des distances distinctes peuvent être compatibles avec une même structure uniforme; elles sont alors équivalentes (IX, p. 2, déf. 2). Rappelons que toute distance est équivalente à une distance bornée (IX, p. 3).

Théorème 1

Pour qu’une structure uniforme soit métrisable, il faut et il suffit qu’elle soit séparée et que le filtre des entourages de cette structure ait une base dénombrable.

La condition est nécessaire, car (avec la notation de IX, p. 12), les entourages V1/n(n⩾1)V_{1/n}(n \geqslant 1) forment une base du filtre des entourages de la structure uniforme d’un espace métrique.

La condition est suffisante, car si elle est remplie, la structure uniforme considérée est définie par un seul écart (qu’on peut supposer fini) d’après la prop. 2 de IX, p. 6, et comme elle est séparée, cet écart est une distance.

Corollaire 1

Une structure uniforme séparée définie par une famille dénombrable d’écart est métrisable.

En effet, si (fn)(f_n) est une suite d’écart définissant une telle structure, le filtre des entourages est engendré par la famille dénombrable des ensembles −1fn([0,1/m])-1^{f_n}([0, 1/m]), où mm et nn parcourent l’ensemble des entiers >0> 0.

Corollaire 2

Tout produit dénombrable d’espaces uniformes métrisables est métrisable.

En effet, un tel espace est séparé, et sa structure uniforme admet un système fondamental dénombrable d’entourages (d’après II, p. 8, prop. 4).

5. Espaces topologiques métrisables

Définition 3

On dit qu’une distance sur un ensemble XX est compatible avec une topologie T\mathscr{T} sur XX si la topologie définie par cette distance est identique à T\mathscr{T}. On dit qu’un espace topologique XX est métrisable s’il existe une distance sur XX compatible avec la topologie de XX.

Deux distances sur un ensemble XX, compatibles avec une même topologie T\mathscr{T}, peuvent être non équivalentes.

Un exemple de ce fait est fourni par le sous-espace R+∗\mathbf{R}_+^* de R\mathbf{R} formé des nombres réels >0> 0; la structure uniforme induite par la structure uniforme additive de R\mathbf{R}, et la structure uniforme induite par la structure uniforme multiplicative de R∗\mathbf{R}^*, sont toutes deux métrisables et compatibles avec la topologie de R+∗\mathbf{R}_+^*, mais elles ne sont pas comparables.

On remarquera aussi qu’il peut exister des structures uniformes non métrisables compatibles avec la topologie d’un espace topologique métrisable (IX, p. 91, exerc. 7).

Nous nous contenterons ici de donner des conditions nécessaires pour qu’un espace topologique soit métrisable (pour une condition nécessaire et suffisante, cf. IX, p. 109, exerc. 32). En premier lieu, un espace ne peut être métrisable que s’il est complètement régulier (nous verrons même (IX, p. 43, prop. 2) qu’un espace métrisable est nécessairement « normal », ce qui est une condition plus forte). D’autre part, d’après le th. 1 (IX, p. 15):

Proposition 6

Tout point d’un espace métrisable possède un système fondamental dénombrable de voisinages.

Plus généralement:

Proposition 7

Dans un espace métrisable, tout ensemble fermé est intersection d’une famille dénombrable d’ensembles ouverts; tout ensemble ouvert est réunion d’une famille dénombrable d’ensembles fermés.

En effet, soit dd une distance compatible avec la topologie d’un espace métrisable XX. Si AA est fermé dans XX, il est l’intersection des ensembles ouverts V1/n(A)V_{1/n}(A) (ensemble des xx tels que d(x,A)<1/nd(x, A) < 1/n; cf. IX, p. 13, prop. 2). La seconde partie de la proposition résulte de la première par passage aux complémentaires.

Remarque 1

Les conditions nécessaires qui précèdent ne sont pas suffisantes (cf. IX, p. 92, exerc. 12).

Remarque 2

On peut donner des exemples d’espaces où tout point a un système fondamental dénombrable de voisinages, mais où il existe des ensembles fermés qui ne sont pas des intersections dénombrables d’ensembles ouverts (IX, p. 94, exerc. 14); de tels espaces ne sont pas métrisables).

Le cor. 2 de IX, p. 15, montre qu’un produit dénombrable d’espaces topologiques métrisables est métrisable. En outre un espace XX somme (I, p. 15) d’une famille quelconque (Yi)i∈I(Y_i)_{i \in I} d’espaces métrisables est métrisable: en effet, si pour chaque i∈Ii \in I, did_i est une distance compatible avec la topologie de YiY_i, on peut supposer que did_i est bornée et que le diamètre de YiY_i est ≤1\leq 1; on définit alors une distance dd compatible avec la topologie de XX en prenant d(x,y)=di(x,y)d(x, y) = d_i(x, y) si x,yx, y appartiennent à un même ensemble YiY_i, et d(x,y)=1d(x, y) = 1 dans le cas contraire.

6. Emploi des suites dénombrables

La prop. 6 est à l’origine du rôle qu’on peut faire jouer aux suites dénombrables de points dans un espace métrisable; dans beaucoup de questions, leur emploi peut se substituer à celui des filtres. Cela tient à ce que les filtres des voisinages des points de l’espace (et par suite les filtres convergents) sont déterminés par la donnée des suites convergentes de points de cet espace: en effet, comme le filtre des voisinages d’un point possède une base dénombrable, il est l’intersection des filtres élémentaires plus fins que lui (I, p. 43, prop. 11), c’est-à-dire des filtres élémentaires associés aux suites qui convergent vers le point considéré.

La notion de suite convergente est par contre tout à fait inadaptée à l’étude des espaces topologiques où il existe des points dont le filtre des voisinages n’admet pas de base dénombrable. On peut former en particulier des espaces topologiques séparés et non discrets dans lesquels, en chaque point x, l’intersection d’une famille dénombrable de voisinages de x est encore un voisinage de x (I, p. 100, exerc. 6); dans un tel espace, il n’y a pas d’autres suites convergentes que celles dont tous les termes sont égaux à partir d’une certain rang.

A titre d’exemple d’emploi des suites dénombrables, indiquons les propositions suivantes:

Proposition 8

Dans un espace métrisable E, pour qu’un point x soit adhérent à une partie non vide A de E, il faut et il suffit qu’il existe une suite de points de A qui converge vers x.

Nous savons déjà que la condition est suffisante (I, p. 47, prop. 6). Pour voir qu’elle est nécessaire, considérons un système fondamental dénombrable (V_n) de voisinages de x tel que V_{n+1} \subset V_n pour tout n. Si x est adhérent à A, chacun des ensembles V_n \cap A est non vide; si x_n est un point de V_n \cap A, la suite (x_n) converge vers x.\footnote{La proposition peut encore être exacte dans certains espaces où un point au moins n’admet pas de système fondamental dénombrable de voisinages: par exemple, l’espace obtenu en rendant compact, par adjonction d’un point à l’infini (I, p. 67, th. 4), un espace discret non dénombrable.}

La prop. 8 entraîne ceci:

Proposition 9

Pour qu’un espace métrique X soit complet, il faut et il suffit que toute suite de Cauchy dans X soit convergente.

En effet, soit X^\hat{X} le complété de X; s’il existe un point x∈X^x \in \hat{X} n’appartenant pas à X, il existe une suite (xn)(x_n) de points de X qui converge vers x; c’est une suite de Cauchy non convergente dans X.

Proposition 10

Soient X un espace métrisable, f une application de X dans un espace topologique Y. Pour que f soit continue en un point a∈Xa \in X, il faut et il suffit que pour toute suite (xn)(x_n) de points de X qui converge vers a, la suite (f(xn))(f(x_n)) converge vers f(a)f(a) dans Y.

On sait déjà que la condition est nécessaire (I, p. 50, cor. 1). Pour voir qu’elle est suffisante, considérons le filtre B\mathscr{B} des voisinages de f(a)f(a) dans Y; l’hypothèse entraîne que f−1(B)f^{-1}(\mathfrak{B}) est moins fin que tout filtre élémentaire associé à une suite qui converge vers aa, c’est-à-dire tout filtre élémentaire convergent vers aa; mais l’intersection de ces derniers est le filtre des voisinages de aa (I, p. 43, prop. 11), d’où la proposition.

On notera que les prop. 8 et 10 sont encore valables dans un espace XX où l’on suppose que tout point admet un système fondamental dénombrable de voisinages.

7. Fonctions semi-continues sur un espace métrisable

Proposition 11

Soient XX un espace métrisable, ff une fonction ⩾0\geqslant 0, semi-continue inférieurement dans XX. Alors ff est l’enveloppe supérieure d’une suite croissante de fonctions continues et finies dans XX.

Soit d’une distance définissant la topologie de XX. Supposons d’abord que f=φAf = \varphi_A, où AA est une partie ouverte de XX. La fonction hnh_n définie par

hn(x)=inf⁡(n.d(x,X−A),1) h_n(x) = \inf(n . d(x, X - A), 1)
est alors continue, finie et ⩾0\geqslant 0 dans XX; en outre, hn(x)=f(x)h_n(x) = f(x) pour x∈X−Ax \in X - A et pour d(x,X−A)>1/nd(x, X - A) > 1/n. On a donc bien f=sup⁡nhnf = \sup_n h_n. Dans le cas général, il résulte de IV, p. 31, prop. 3 que ff est l’enveloppe supérieure d’une suite (gn)(g_n) de fonctions dont chacune est combinaison linéaire de fonctions caractéristiques d’ensembles ouverts. En vertu de ce qu’on vient de voir, gng_n est l’enveloppe supérieure d’une suite croissante (hmn)m⩾0(h_{mn})_{m \geqslant 0} de fonctions continues finies et ⩾0\geqslant 0 (IV, p. 30); d’où il résulte que f=sup⁡m,nhmnf = \sup_{m, n} h_{mn} (E, III, p. 11). En posant fn=sup⁡p⩽n,q⩽nhpqf_n = \sup_{p \leqslant n, q \leqslant n} h_{pq}, on voit que ff est l’enveloppe supérieure de la suite croissante des fonctions fnf_n, qui sont finies, ⩾0\geqslant 0 et continues (IV, p. 30).

8. Espaces métrisables de type dénombrable

Définition 4

On dit qu’un espace métrisable est de type dénombrable si sa topologie admet une base dénombrable.

Il est clair que tout sous-espace d’un espace métrisable de type dénombrable est de type dénombrable. La définition de la base de la topologie d’un espace produit (I, p. 24), et le cor. 2 (IX, p. 15), prouvent que tout produit d’une famille dénombrable d’espace métrisables de type dénombrable est un espace métrisable de type dénombrable. De même, tout espace somme d’une famille dénombrable d’espaces métrisables de type dénombrable est un espace métrisable de type dénombrable (IX, p. 16).

Proposition 12

Pour un espace topologique métrisable XX, les propositions suivantes sont équivalentes : a) XX est de type dénombrable ;

b) il existe un ensemble dénombrable dense dans XX; c) XX est homéomorphe à un sous-espace du cube INI^\mathbf{N}, où II est l’intervalle (0,1)(0, 1) dans R\mathbf{R}.

D’après les remarques précédentes, il est clair que c) implique a); a) implique b), car si (Un)(U_n) est une base dénombrable de la topologie de XX et ana_n un point de UnU_n, l’ensemble des ana_n est partout dense dans XX. Montrons enfin que b) entraîne c). Soit (an)(a_n) une suite partout dense de points de XX, et pour tout x∈Xx \in X, soit φ(x)\varphi(x) le point (d(x,an))n∈N(d(x, a_n))_{n \in \mathbf{N}} de INI^\mathbf{N} (dd étant une distance compatible avec la topologie de XX et pour laquelle le diamètre de XX est ⩽1\leqslant 1); nous allons voir que φ\varphi est un homéomorphisme de XX sur un sous-espace de INI^\mathbf{N}. En effet, φ\varphi est continue puisque chacune des fonctions x↦d(x,an)x \mapsto d(x, a_n) l’est; en outre φ\varphi est injective, car tout point de XX est limite d’une suite extraite de (an)(a_n) (IX, p. 17, prop. 8). Soit BB une boule de centre x0x_0 et de rayon rr dans XX, et soit nn un entier tel que d(x0,an)<r/3d(x_0, a_n) < r/3. L’image par φ\varphi de l’ensemble WW des points x∈Xx \in X tels que

∣d(x0,an)−d(x,an)∣<r/3 |d(x_0, a_n) - d(x, a_n)| < r/3

est par définition un voisinage de φ(x0)\varphi(x_0) dans φ(X)\varphi(X). Mais pour tout x∈Wx \in W, on a d(x,an)<d(x0,an)+r/3<2r/3d(x, a_n) < d(x_0, a_n) + r/3 < 2r/3, d’où

d(x,x0)⩽d(x0,an)+d(x,an)<r, d(x, x_0) \leqslant d(x_0, a_n) + d(x, a_n) < r,

ce qui montre que WW est un voisinage de x0x_0 contenu dans BB; donc φ\varphi est un homéomorphisme de XX sur φ(X)\varphi(X).

On notera que pour un espace topologique quelconque XX, la propriété b) n’entraîne pas nécessairement l’existence d’une base dénombrable, même lorsque XX est compact et que tout point de XX admet un système fondamental dénombrable de voisinages (IX, p. 92, exerc. 12; cf. I, p. 90, exerc. 7).

Corollaire

(i) Tout sous-espace d’un espace métrisable de type dénombrable est métrisable de type dénombrable. (ii) Toute somme (resp. tout produit) d’une famille dénombrable d’espaces métrisables de type dénombrable est métrisable de type dénombrable.

L’assertion (i) résulte de la définition; pour prouver l’assertion (ii) relative aux sommes, notons que toute somme d’espaces métrisables est métrisable (IX, p. 16); d’autre part, si XX est somme d’une suite (Xn)(X_n) d’espaces topologiques et si DnD_n est une partie partout dense de XnX_n, ⋃nDn\bigcup_n D_n est dense dans XX. Enfin, l’assertion (ii) relative aux produits résulte de la prop. 12 et de la relation (IN)N=IN×N(I^\mathbf{N})^\mathbf{N} = I^{\mathbf{N} \times \mathbf{N}}, et du fait que N×N\mathbf{N} \times \mathbf{N} est dénombrable.

Proposition 13

Soit XX un espace topologique admettant une base dénombrable (Un)(U_n); pour tout recouvrement ouvert (Vi)i∈I(V_i)_{i \in I} de XX il existe une partie dénombrable JJ de II telle que (Vi)i∈J(V_i)_{i \in J} soit un recouvrement de XX.

En effet, soit HH la partie de N\mathbf{N} formée des indices nn tels que UnU_n soit contenu dans un au moins des ViV_i; la suite (Un)n∈H(U_n)_{n \in H} est un recouvrement de XX, car tout point x∈Xx \in X appartient à un ViV_i, et comme ViV_i est ouvert, il existe un indice nn tel que x∈Un⊂Vix \in U_n \subset V_i. Cela étant, il existe une application ψ\psi de HH dans II telle que Un⊂Vψ(n)U_n \subset V_{\psi(n)} pour tout n∈Hn \in H; en prenant J=ψ(H)J = \psi(H), qui est dénombrable, on répond à la question.

9. Espaces métriques compacts; espaces métrisables compacts

Le critère de précompacité des espaces uniformes (II, p. 29, th. 4) donne, pour les espaces métriques, la proposition suivante:

Proposition 14

Pour qu’un espace métrique XX soit précompact, il faut et il suffit que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un recouvrement fini de XX dont tous les ensembles aient un diamètre ≤ε\leq \varepsilon.

Si on ajoute l’hypothèse que XX est complet, on obtient un critère de compacité des espaces métriques.

On déduit de la prop. 14 un critère topologique de compacité, applicable aux espaces métrisables:

Proposition 15

Pour qu’un espace topologique métrisable XX soit compact, il faut et il suffit que toute suite infinie de points de XX ait une valeur d’adhérence dans XX.

D’après l’axiome (C) (I, p. 59), la condition est nécessaire. Pour voir qu’elle est suffisante, considérons une distance dd compatible avec la topologie de XX. Montrons d’abord que l’espace métrique XX ainsi défini est complet: en effet, toute suite de Cauchy dans XX a alors une valeur d’adhérence, et par suite est convergente (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 5); la prop. 9, IX, p. 17 montre donc que XX est complet. En second lieu, montrons que XX est précompact; dans le cas contraire, en vertu de la prop. 14, il existerait un nombre α>0\alpha > 0 tel qu’il n’y ait aucun recouvrement fini de XX par des parties de XX de diamètre <α< \alpha. On pourrait alors définir par récurrence sur nn une suite infinie (xn)(x_n) de points de XX par la condition d(xp,xn)>α/2d(x_p, x_n) > \alpha/2 pour tout p<np < n; or, une telle suite ne peut avoir de valeur d’adhérence, puisque toute boule de rayon <α/4< \alpha/4 contient au plus un point de la suite.

Corollaire

Pour qu’une partie AA d’un espace topologique métrisable XX soit relativement compacte, il faut et il suffit que toute suite infinie de points de AA ait une valeur d’adhérence dans XX.

La condition est nécessaire d’après I, p. 62, prop. 7. Inversement, soit dd une distance compatible avec la topologie de XX. Montrons que l’espace A‾\overline{A} est compact, en appliquant le critère de la prop. 15: soit (xn)(x_n) une suite de points de A‾\overline{A}; pour chaque indice nn, il existe yn∈Ay_n \in A tel que d(xn,yn)<1/nd(x_n, y_n) < 1/n; la suite (yn)(y_n) admet par hypothèse une valeur d’adhérence a∈Xa \in X, et aa est aussi valeur d’adhérence de la suite (xn)(x_n), car si ymy_m appartient à la boule de centre aa et de rayon 1/n1/n pour un m>nm > n, xmx_m appartient à la boule de centre aa et de rayon 2/n2/n.

Il faut remarquer que la prop. 15 n’est pas une conséquence de l’existence, en tout point de X, d’un système fondamental dénombrable de voisinages; on peut donner des exemples d’espaces non métrisables et non compacts, dans lesquels tout point possède un système fondamental dénombrable de voisinages, et toute suite de points une valeur d’adhérence (IX, p. 94, exerc. 14).

Proposition 16

Pour qu’un espace compact X soit métrisable, il faut et il suffit que sa topologie admette une base dénombrable.

La condition est nécessaire. En effet, d’après la prop. 14 (IX, p. 20), pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, il existe une partie finie AnA_n de X telle que la distance à AnA_n de tout point de X soit ⩽1/n\leqslant 1/n; l’ensemble dénombrable A=⋃nAnA = \bigcup_n A_n est par suite dense dans X, d’où notre assertion (IX, p. 18, prop. 12).

La condition est suffisante. Soit en effet (Un)(U_n) une base dénombrable de la topologie de X. Tout voisinage d’un point de la diagonale Δ\Delta de X×XX \times X contient alors un voisinage de la forme Un×UnU_n \times U_n; il résulte de l’axiome de Borel-Lebesgue appliqué à l’ensemble compact Δ\Delta dans X×XX \times X, que tout voisinage de Δ\Delta contient une réunion finie d’ensembles de la forme Un×UnU_n \times U_n, qui est un voisinage de Δ\Delta. Les voisinages de Δ\Delta qui sont réunions finies d’ensembles de la forme Un×UnU_n \times U_n forment par suite un système fondamental d’entourages de la structure uniforme de X (II, p. 27, th. 1); notre assertion résulte par suite du th. 1 (IX, p. 5).

Corollaire

Soient X un espace localement compact, X′X' l’espace compact obtenu par adjonction à X d’un point à l’infini ω\omega (I, p. 68). Les propositions suivantes sont équivalentes:

a) la topologie de X admet une base dénombrable; b) X′X' est métrisable; c) X est métrisable et dénombrable à l’infini.

Montrons d’abord que a) entraîne b). Soit (Un)(U_n) une base dénombrable de la topologie de X; tout voisinage d’un point x de X contient un voisinage compact de x, lequel contient à son tour un voisinage de x égal à l’un des UnU_n; ceux des UnU_n qui sont relativement compacts forment donc aussi une base de la topologie de X, et on peut donc supposer tous les UnU_n relativement compacts. L’espace X est donc réunion dénombrable des ensembles compacts U‾n\overline{U}_n, autrement dit est dénombrable à l’infini; cela entraîne que, dans X′X', le point ω\omega admet un système fondamental dénombrable (Vn)(V_n) de voisinages ouverts (I, p. 69, corollaire); il est clair alors que tout voisinage d’un point y∈X′y \in X' contient, soit l’un des UnU_n, soit l’un des VnV_n, qui est un voisinage de y; autrement dit les UnU_n et les VnV_n forment une base dénombrable de la topologie de E’, et notre assertion résulte de la prop. 16.

Il est immédiat que b) entraîne c), car b) implique que ω\omega admet un système fondamental dénombrable de voisinages (I, p. 69, corollaire).

Prouvons enfin que c) entraîne a). Il existe par hypothèse une suite croissante (Vn)(V_n) d’ensembles ouverts relativement compacts, formant un recouvrement ouvert de X et tels que Vn⊂Vn+1V_n \subset V_{n+1} (I, p. 68, prop. 15). Le sous-espace VnV_n étant compact et métrisable, admet une base dénombrable (IX, p. 21, prop. 16), et il en est donc de même de VnV_n; soit (Umn)m≥1(U_{mn})_{m \geq 1} une base de la topologie de VnV_n. Pour x∈Ex \in E et tout voisinage WW de xx, il existe nn tel que x∈Vnx \in V_n, donc il existe mm tel que x∈Umn⊂Vn∩Wx \in U_{mn} \subset V_n \cap W; les ensembles UmnU_{mn} (m≥1,n≥1m \geq 1, n \geq 1) forment par suite une base de la topologie de XX.

10. Espaces quotients des espaces métrisables

Si XX est un espace métrisable, RR une relation d’équivalence dans XX, l’espace quotient X/RX/R n’est pas nécessairement métrisable (même si en outre XX est localement compact et X/RX/R normal). Toutefois:

Proposition 17

Tout espace quotient séparé d’un espace compact métrisable est un espace compact métrisable.

Il revient au même de dire que si ff est une application continue d’un espace compact métrisable XX dans un espace séparé YY, f(X)f(X) est un sous-espace métrisable de YY (I, p. 63, cor. 3).

Soient XX un espace compact métrisable, RR une relation d’équivalence dans XX telle que X/RX/R soit séparé. On sait alors (I, p. 62, th. 2) que X/RX/R est compact; d’après la prop. 16 (IX, p. 21), tout revient à prouver que la topologie de X/RX/R admet une base dénombrable. Nous utiliserons pour cela le fait que RR est fermée (I, p. 63, cor. 2) et que les classes mod. RR sont compactes. Soit φ\varphi l’application canonique de XX sur X/RX/R, et soit (Un)(U_n) une base dénombrable de la topologie de XX.

Soient zz un point quelconque de X/RX/R, VV un voisinage de zz dans X/RX/R; φ−1(V)\varphi^{-1}(V) est donc un voisinage dans XX de l’ensemble compact φ−1(z)\varphi^{-1}(z). Comme pour tout x∈φ−1(z)x \in \varphi^{-1}(z) il existe un UnU_n contenant xx et contenu dans φ−1(V)\varphi^{-1}(V), l’axiome de Borel-Lebesgue montre qu’il existe un recouvrement ouvert fini (Unk)1≤k≤r(U_{n_k})_{1 \leq k \leq r} de φ−1(z)\varphi^{-1}(z) tel que, si on pose W=⋃kUnkW = \bigcup_k U_{n_k}, WW soit un voisinage de φ−1(z)\varphi^{-1}(z) contenu dans φ−1(V)\varphi^{-1}(V). Comme RR est fermée, φ(W)\varphi(W) est alors un voisinage de zz dans X/RX/R, contenu dans VV (I, p. 35, Remarque). Désignons par B\mathfrak{B} l’ensemble des intérieurs des ensembles de la forme φ(W)\varphi(W), où WW parcourt l’ensemble F\mathfrak{F} des réunions finies d’ensembles de la forme UnU_n; ce qui précède prouve que B\mathfrak{B} est une base de la topologie de X/RX/R, et comme F\mathfrak{F} est dénombrable, il en est de même de B\mathfrak{B}.

Proposition 18

Soient XX un espace métrique complet, RR une relation d’équivalence ouverte dans XX, telle que X/RX/R soit séparé, φ\varphi l’application canonique de XX sur X/RX/R. Pour toute partie compacte KK de X/RX/R, il existe une partie compacte K′K' de XX telle que φ(K′)=K\varphi(K') = K.

Soit B1\mathfrak{B}_1 l’ensemble des boules ouvertes de rayon 1/21/2 dans XX. Lorsque BB parcourt B1\mathfrak{B}_1, les ensembles φ(B)\varphi(B) forment un recouvrement ouvert de KK, donc il existe un nombre fini de points x1,…,xmx_1, \ldots, x_m de XX tels que les images par φ\varphi des boules ouvertes de rayon 1/21/2 et de centre xi(1≤i≤m)x_i (1 \leq i \leq m) forment un recouvrement ouvert de K. Posons H1={x1,…,xm}H_1 = \{x_1, \ldots, x_m\}, et supposons défini, pour 1<i≤n1 < i \leq n, un ensemble fini HiH_i tel que:

1∘1^\circ Hi⊂Hi+1H_i \subset H_{i+1} et tout point de Hi+1H_{i+1} est à une distance <1/2i< 1/2^i de HiH_i pour 1≤i≤n−11 \leq i \leq n - 1; 2∘2^\circ les images par φ\varphi des boules ouvertes de rayon 1/2i1/2^i, dont le centre parcourt HiH_i, forment un recouvrement ouvert de K, pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

Soit alors Bn+1\mathfrak{B}_{n+1} l’ensemble des boules ouvertes de rayon 1/2n+11/2^{n+1}, dont le centre xx est tel que d(x,Hn)<1/2nd(x, H_n) < 1/2^n; d’après les propriétés de HnH_n, les ensembles φ(B)\varphi(B), où B parcourt Bn+1\mathfrak{B}_{n+1}, forment un recouvrement ouvert de K; donc il existe un ensemble fini Ln+1⊂XL_{n+1} \subset X, tel que les images par φ\varphi des boules ouvertes de rayon 1/2n+11/2^{n+1}, dont le centre parcourt Ln+1L_{n+1}, forment un recouvrement ouvert de K; en prenant Hn+1=Hn∪Ln+1H_{n+1} = H_n \cup L_{n+1}, on voit qu’on peut définir par récurrence une suite infinie (Hn)(H_n) de parties de X ayant les propriétés 1∘1^\circ et 2∘2^\circ ci-dessus. Posons H=⋃nHnH = \bigcup_n H_n et montrons que H est précompact: pour tout p>0p > 0 et tout point zn+p∈Hn+pz_{n+p} \in H_{n+p}, il existe une suite de points zn+i∈Hn+i(0≤i≤p−1)z_{n+i} \in H_{n+i} (0 \leq i \leq p-1) tels que

d(zn+i,zn+i+1)<1/2n+ipour0≤i≤p−1; d(z_{n+i}, z_{n+i+1}) < 1/2^{n+i} \quad \text{pour} \quad 0 \leq i \leq p-1;
on en conclut que d(zn,zn+p)≤∑i=0p−11/2n+i≤1/2n−1d(z_n, z_{n+p}) \leq \sum_{i=0}^{p-1} 1/2^{n+i} \leq 1/2^{n-1}, et par suite
d(y,Hn)≤1/2n−1 d(y, H_n) \leq 1/2^{n-1}
pour tout y∈Hy \in H, ce qui prouve notre assertion. Comme X est complet, HH est compact, et par suite φ(H)\varphi(H) est compact. Montrons que K⊂φ(H)K \subset \varphi(H): si z∈Kz \in K, on a par définition d(Hn,φ−1(z))≤1/2nd(H_n, \varphi^{-1}(z)) \leq 1/2^n pour tout nn, d’où d(H,φ−1(z))=0d(H, \varphi^{-1}(z)) = 0; comme φ−1(z)\varphi^{-1}(z) est fermé et HH compact, cela entraîne H∩φ−1(z)≠∅H \cap \varphi^{-1}(z) \neq \varnothing (IX, p. 14, Remarque), d’où notre assertion. Si alors K′=H∩φ−1(K)K' = H \cap \varphi^{-1}(K), K′K' est fermé dans HH, donc compact, et on a φ(K′)=K\varphi(K') = K.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.