§ 2. Espaces métriques; espaces métrisables
1. Distances et espaces métriques
Définition 1
On appelle distance sur un ensemble X un écart fini d sur X tel que la relation entraîne . On appelle espace métrique un ensemble X muni de la structure définie par la donnée d’une distance sur X.
Un espace métrique X est toujours considéré comme muni de la structure uniforme et de la topologie définies par la distance donnée sur X.
Exemple 1
La distance euclidienne (VI, p. 7) est une distance sur l’espace numérique ; il en est de même des fonctions , et Toutes ces distances sont équivalentes (IX, p. 2).
Exemple 2
Sur un ensemble quelconque X, l’écart d défini par les relations , pour , est une distance ; la structure uniforme qu’elle définit sur X est la structure uniforme discrète.
On a une définition équivalente à la déf. 1 en disant qu’une distance est un écart fini tel que la structure uniforme définie par cet écart soit séparée ; un écart fini équivalent à une distance est donc une distance.
On peut rattacher aux espaces métriques les espaces uniformes définis par la donnée d’un seul écart (qu’on peut supposer fini) lorsque cet écart n’est pas une distance. Soit un tel écart sur un ensemble X, la structure uniforme qu’il définit ; cette structure n’est pas séparée, et l’intersection des entourages de est la partie de définie par la relation d’équivalence ; nous désignerons cette relation par R. Si (mod. R), on a, d’après l’inégalité du triangle, , et de même donc ; autrement dit, est une fonction compatible (en x et y) avec la relation d’équivalence R (E, II, p. 44). Soit la fonction obtenue par passage au quotient (pour x et y) à partir de ; elle est définie sur , et si et sont deux points de X, et les classes (mod. R) de x et de y respectivement, on a . Il en résulte aussitôt que est une distance sur , qu’on appelle distance associée à l’écart ; en outre, la structure uniforme qu’elle définit sur n’est autre que la structure uniforme séparée associée à , d’après la définition de cette structure (II, p. 25). En passant à un espace quotient convenable, la structure uniforme définie par un seul écart se ramène donc à une structure d’espace métrique.
La prop. 1 de IX, p. 5 détermine la structure du complété d’un espace métrique:
Proposition 1
Soient un espace métrique, la distance sur . Si est le complété de (pour la structure uniforme définie par ), la fonction se prolonge par continuité à ; la fonction prolongée est une distance sur , et la structure uniforme de est identique à la structure uniforme définie par la distance .
La prop. 1 de IX, p. 5, montre en effet que est un écart fini sur , et y définit la structure uniforme obtenue par complétion; comme cette dernière est séparée, est une distance.
Lorsqu’on considère le complété d’un espace métrique comme un espace métrique, on sous-entend toujours que la distance sur est obtenue en prolongeant par continuité la distance sur .
2. Structure d’espace métrique
Soient et deux espaces métriques, la distance sur , la distance sur . Conformément aux définitions générales (E, IV, p. 6), une application bijective de sur est un isomorphisme de la structure d’espace métrique de sur celle de , si, quels que soient et , on a
On remarquera que, si est une application de sur satisfaisant à l’identité (1), elle est nécessairement bijective, et par suite est un isomorphisme de sur ; un tel isomorphisme est encore appelé isométrie (ou application isométrique) de sur .
Une isométrie de sur est bien entendu un isomorphisme de la structure uniforme (resp. topologie) de sur la structure uniforme (resp. topologie) de ; les réciproques sont inexactes, comme le montre l’existence de distances équivalentes distinctes (IX, p. 3).
Soient un espace métrique, la distance qui le définit. Pour tout , on désignera par la partie de formée des couples tels que , par la partie formée des couples tels que ; lorsque parcourt l’ensemble des nombres (ou seulement une suite de nombres tendant vers 0), les ensembles (resp. ) constituent, d’après la continuité de (IX, p. 2), un système fondamental d’entourages ouverts (resp. fermés) de la structure uniforme de ; on a d’ailleurs , mais ces deux ensembles ne sont pas nécessairement identiques.
Par analogie avec le cas de la distance euclidienne sur , l’ensemble (resp. ) est appelé boule ouverte (resp. boule fermée) de centre et de rayon ; c’est un ensemble ouvert (resp. fermé) dans ; de même, on appelle sphère de centre et de rayon l’ensemble des points tels que ; c’est un ensemble fermé. D’après ce qui précède, les boules ouvertes (resp. fermées) de centre et de rayon forment un système fondamental de voisinages de , lorsque parcourt l’ensemble des nombres , ou une suite de nombres tendant vers .
Il ne faut pas se laisser abuser par la terminologie précédente, et croire que, dans un espace métrique quelconque, les boules et sphères jouissent des mêmes propriétés que les boules et sphères euclidiennes étudiées dans VI, p. 9. C’est ainsi que l’adhérence d’une boule ouverte peut être distincte de la boule fermée de même centre et même rayon, que la frontière d’une boule fermée peut être distincte de la sphère de même centre et de même rayon, qu’une boule ouverte (ou fermée) peut ne pas être connexe, qu’une sphère peut être identique à l’ensemble vide (cf. IX, p. 91, exerc. 4).
Soient et deux parties non vides quelconques de l’espace métrique . On appelle distance des ensembles et le nombre . En particulier, on note la distance de l’ensemble réduit au point , et de l’ensemble ; on l’appelle distance du point à l’ensemble ; on a donc
Remarque
Si , il se peut qu’il n’existe aucun point de dont la distance à soit égale à . Toutefois, cette circonstance ne peut se présenter si est compact, car alors, en vertu du th. de Weierstrass (IV, p. 27, th. 1), il existe tel que .
Proposition 2
Les propriétés et sont équivalentes.
En effet, la propriété exprime que la boule rencontre quel que soit , ce qui équivaut à .
Proposition 3
La fonction est uniformément continue dans .
Soient en effet deux points quelconques de ; quel que soit , il existe tel que , d’où, en vertu de l’inégalité du triangle
Remarque
On peut avoir pour deux parties de telles que , lorsqu’aucune de ces deux parties n’est réduite à un point. Par exemple, sur la droite numérique , l’ensemble des entiers , et l’ensemble des points de la suite sont fermés, sans point commun, et ont une distance nulle.
Toutefois, si est compact et fermé, la relation entraîne , car en vertu de la relation
de la prop. 3 et du th. de Weierstrass, il existe tel que , donc (IX, p. 13, prop. 2) .
On appelle diamètre d’une partie non vide de le nombre (fini ou égal à ) . La notion d’ensemble « petit d’ordre » (II, p. 12) est identique à celle d’ensemble de diamètre . Pour qu’un ensemble non vide soit réduit à un point, il faut et il suffit que .
On dit qu’un ensemble est borné (pour la distance ) si son diamètre est fini. Il revient au même de dire que, pour tout point , est contenu dans une boule de centre . Toute partie d’un ensemble borné est un ensemble borné; la réunion d’une famille finie d’ensembles bornés est un ensemble borné.
On notera qu’une partie de peut être bornée pour la distance , mais non bornée pour une distance équivalente à (cf. IX, p. 3).
3. Oscillation d’une fonction
A la notion de diamètre se rattache celle d’oscillation d’une fonction définie dans un ensemble quelconque , et prenant ses valeurs dans un espace métrique ; si est une partie non vide quelconque de , on appelle oscillation de dans le diamètre .
Si en outre est une partie d’un espace topologique , on appelle oscillation de en un point le nombre , parcourant le filtre des voisinages de dans .
Proposition 4
L’oscillation d’une fonction quelconque définie dans une partie d’un espace topologique , et prenant ses valeurs dans un espace métrique , est une fonction semi-continue supérieurement dans .
Soit en effet un point quelconque de ; pour tout , il existe un voisinage ouvert de tel que ; pour tout , est un voisinage de , donc
ce qui prouve que est semi-continue supérieurement au point .
Pour qu’on ait en un point , il faut et il suffit que, pour tout , il existe un voisinage de tel que soit contenu dans une boule de rayon ; si , cette condition exprime que est continue au point (par rapport à ); si , elle exprime que l’image par de la trace sur du filtre des voisinages de dans est une base de filtre de Cauchy sur ; en particulier:
Proposition 5
Soit une fonction définie dans une partie d’un espace topologique , prenant ses valeurs dans un espace métrique complet ; pour qu’en un point , ait une limite relativement à , il faut et il suffit que l’osillation de au point soit nulle.
4. Espaces uniformes métrisables
Définition 2
On dit qu’une distance sur un ensemble est compatible avec une structure uniforme sur si la structure uniforme définie par cette distance est identique à .
On dit qu’une structure uniforme sur un ensemble est métrisable s’il existe une distance sur compatible avec cette structure. Un espace uniforme est dit métrisable si sa structure uniforme est métrisable.
Des distances distinctes peuvent être compatibles avec une même structure uniforme; elles sont alors équivalentes (IX, p. 2, déf. 2). Rappelons que toute distance est équivalente à une distance bornée (IX, p. 3).
Théorème 1
Pour qu’une structure uniforme soit métrisable, il faut et il suffit qu’elle soit séparée et que le filtre des entourages de cette structure ait une base dénombrable.
La condition est nécessaire, car (avec la notation de IX, p. 12), les entourages forment une base du filtre des entourages de la structure uniforme d’un espace métrique.
La condition est suffisante, car si elle est remplie, la structure uniforme considérée est définie par un seul écart (qu’on peut supposer fini) d’après la prop. 2 de IX, p. 6, et comme elle est séparée, cet écart est une distance.
Corollaire 1
Une structure uniforme séparée définie par une famille dénombrable d’écart est métrisable.
En effet, si est une suite d’écart définissant une telle structure, le filtre des entourages est engendré par la famille dénombrable des ensembles , où et parcourent l’ensemble des entiers .
Corollaire 2
Tout produit dénombrable d’espaces uniformes métrisables est métrisable.
En effet, un tel espace est séparé, et sa structure uniforme admet un système fondamental dénombrable d’entourages (d’après II, p. 8, prop. 4).
5. Espaces topologiques métrisables
Définition 3
On dit qu’une distance sur un ensemble est compatible avec une topologie sur si la topologie définie par cette distance est identique à . On dit qu’un espace topologique est métrisable s’il existe une distance sur compatible avec la topologie de .
Deux distances sur un ensemble , compatibles avec une même topologie , peuvent être non équivalentes.
Un exemple de ce fait est fourni par le sous-espace de formé des nombres réels ; la structure uniforme induite par la structure uniforme additive de , et la structure uniforme induite par la structure uniforme multiplicative de , sont toutes deux métrisables et compatibles avec la topologie de , mais elles ne sont pas comparables.
On remarquera aussi qu’il peut exister des structures uniformes non métrisables compatibles avec la topologie d’un espace topologique métrisable (IX, p. 91, exerc. 7).
Nous nous contenterons ici de donner des conditions nécessaires pour qu’un espace topologique soit métrisable (pour une condition nécessaire et suffisante, cf. IX, p. 109, exerc. 32). En premier lieu, un espace ne peut être métrisable que s’il est complètement régulier (nous verrons même (IX, p. 43, prop. 2) qu’un espace métrisable est nécessairement « normal », ce qui est une condition plus forte). D’autre part, d’après le th. 1 (IX, p. 15):
Proposition 6
Tout point d’un espace métrisable possède un système fondamental dénombrable de voisinages.
Plus généralement:
Proposition 7
Dans un espace métrisable, tout ensemble fermé est intersection d’une famille dénombrable d’ensembles ouverts; tout ensemble ouvert est réunion d’une famille dénombrable d’ensembles fermés.
En effet, soit une distance compatible avec la topologie d’un espace métrisable . Si est fermé dans , il est l’intersection des ensembles ouverts (ensemble des tels que ; cf. IX, p. 13, prop. 2). La seconde partie de la proposition résulte de la première par passage aux complémentaires.
Remarque 1
Les conditions nécessaires qui précèdent ne sont pas suffisantes (cf. IX, p. 92, exerc. 12).
Remarque 2
On peut donner des exemples d’espaces où tout point a un système fondamental dénombrable de voisinages, mais où il existe des ensembles fermés qui ne sont pas des intersections dénombrables d’ensembles ouverts (IX, p. 94, exerc. 14); de tels espaces ne sont pas métrisables).
Le cor. 2 de IX, p. 15, montre qu’un produit dénombrable d’espaces topologiques métrisables est métrisable. En outre un espace somme (I, p. 15) d’une famille quelconque d’espaces métrisables est métrisable: en effet, si pour chaque , est une distance compatible avec la topologie de , on peut supposer que est bornée et que le diamètre de est ; on définit alors une distance compatible avec la topologie de en prenant si appartiennent à un même ensemble , et dans le cas contraire.
6. Emploi des suites dénombrables
La prop. 6 est à l’origine du rôle qu’on peut faire jouer aux suites dénombrables de points dans un espace métrisable; dans beaucoup de questions, leur emploi peut se substituer à celui des filtres. Cela tient à ce que les filtres des voisinages des points de l’espace (et par suite les filtres convergents) sont déterminés par la donnée des suites convergentes de points de cet espace: en effet, comme le filtre des voisinages d’un point possède une base dénombrable, il est l’intersection des filtres élémentaires plus fins que lui (I, p. 43, prop. 11), c’est-à-dire des filtres élémentaires associés aux suites qui convergent vers le point considéré.
La notion de suite convergente est par contre tout à fait inadaptée à l’étude des espaces topologiques où il existe des points dont le filtre des voisinages n’admet pas de base dénombrable. On peut former en particulier des espaces topologiques séparés et non discrets dans lesquels, en chaque point x, l’intersection d’une famille dénombrable de voisinages de x est encore un voisinage de x (I, p. 100, exerc. 6); dans un tel espace, il n’y a pas d’autres suites convergentes que celles dont tous les termes sont égaux à partir d’une certain rang.
A titre d’exemple d’emploi des suites dénombrables, indiquons les propositions suivantes:
Proposition 8
Dans un espace métrisable E, pour qu’un point x soit adhérent à une partie non vide A de E, il faut et il suffit qu’il existe une suite de points de A qui converge vers x.
Nous savons déjà que la condition est suffisante (I, p. 47, prop. 6). Pour voir qu’elle est nécessaire, considérons un système fondamental dénombrable (V_n) de voisinages de x tel que V_{n+1} \subset V_n pour tout n. Si x est adhérent à A, chacun des ensembles V_n \cap A est non vide; si x_n est un point de V_n \cap A, la suite (x_n) converge vers x.\footnote{La proposition peut encore être exacte dans certains espaces où un point au moins n’admet pas de système fondamental dénombrable de voisinages: par exemple, l’espace obtenu en rendant compact, par adjonction d’un point à l’infini (I, p. 67, th. 4), un espace discret non dénombrable.}
La prop. 8 entraîne ceci:
Proposition 9
Pour qu’un espace métrique X soit complet, il faut et il suffit que toute suite de Cauchy dans X soit convergente.
En effet, soit le complété de X; s’il existe un point n’appartenant pas à X, il existe une suite de points de X qui converge vers x; c’est une suite de Cauchy non convergente dans X.
Proposition 10
Soient X un espace métrisable, f une application de X dans un espace topologique Y. Pour que f soit continue en un point , il faut et il suffit que pour toute suite de points de X qui converge vers a, la suite converge vers dans Y.
On sait déjà que la condition est nécessaire (I, p. 50, cor. 1). Pour voir qu’elle est suffisante, considérons le filtre des voisinages de dans Y; l’hypothèse entraîne que est moins fin que tout filtre élémentaire associé à une suite qui converge vers , c’est-à-dire tout filtre élémentaire convergent vers ; mais l’intersection de ces derniers est le filtre des voisinages de (I, p. 43, prop. 11), d’où la proposition.
On notera que les prop. 8 et 10 sont encore valables dans un espace où l’on suppose que tout point admet un système fondamental dénombrable de voisinages.
7. Fonctions semi-continues sur un espace métrisable
Proposition 11
Soient un espace métrisable, une fonction , semi-continue inférieurement dans . Alors est l’enveloppe supérieure d’une suite croissante de fonctions continues et finies dans .
Soit d’une distance définissant la topologie de . Supposons d’abord que , où est une partie ouverte de . La fonction définie par
8. Espaces métrisables de type dénombrable
Définition 4
On dit qu’un espace métrisable est de type dénombrable si sa topologie admet une base dénombrable.
Il est clair que tout sous-espace d’un espace métrisable de type dénombrable est de type dénombrable. La définition de la base de la topologie d’un espace produit (I, p. 24), et le cor. 2 (IX, p. 15), prouvent que tout produit d’une famille dénombrable d’espace métrisables de type dénombrable est un espace métrisable de type dénombrable. De même, tout espace somme d’une famille dénombrable d’espaces métrisables de type dénombrable est un espace métrisable de type dénombrable (IX, p. 16).
Proposition 12
Pour un espace topologique métrisable , les propositions suivantes sont équivalentes : a) est de type dénombrable ;
b) il existe un ensemble dénombrable dense dans ; c) est homéomorphe à un sous-espace du cube , où est l’intervalle dans .
D’après les remarques précédentes, il est clair que c) implique a); a) implique b), car si est une base dénombrable de la topologie de et un point de , l’ensemble des est partout dense dans . Montrons enfin que b) entraîne c). Soit une suite partout dense de points de , et pour tout , soit le point de ( étant une distance compatible avec la topologie de et pour laquelle le diamètre de est ); nous allons voir que est un homéomorphisme de sur un sous-espace de . En effet, est continue puisque chacune des fonctions l’est; en outre est injective, car tout point de est limite d’une suite extraite de (IX, p. 17, prop. 8). Soit une boule de centre et de rayon dans , et soit un entier tel que . L’image par de l’ensemble des points tels que
est par définition un voisinage de dans . Mais pour tout , on a , d’où
ce qui montre que est un voisinage de contenu dans ; donc est un homéomorphisme de sur .
On notera que pour un espace topologique quelconque , la propriété b) n’entraîne pas nécessairement l’existence d’une base dénombrable, même lorsque est compact et que tout point de admet un système fondamental dénombrable de voisinages (IX, p. 92, exerc. 12; cf. I, p. 90, exerc. 7).
Corollaire
(i) Tout sous-espace d’un espace métrisable de type dénombrable est métrisable de type dénombrable. (ii) Toute somme (resp. tout produit) d’une famille dénombrable d’espaces métrisables de type dénombrable est métrisable de type dénombrable.
L’assertion (i) résulte de la définition; pour prouver l’assertion (ii) relative aux sommes, notons que toute somme d’espaces métrisables est métrisable (IX, p. 16); d’autre part, si est somme d’une suite d’espaces topologiques et si est une partie partout dense de , est dense dans . Enfin, l’assertion (ii) relative aux produits résulte de la prop. 12 et de la relation , et du fait que est dénombrable.
Proposition 13
Soit un espace topologique admettant une base dénombrable ; pour tout recouvrement ouvert de il existe une partie dénombrable de telle que soit un recouvrement de .
En effet, soit la partie de formée des indices tels que soit contenu dans un au moins des ; la suite est un recouvrement de , car tout point appartient à un , et comme est ouvert, il existe un indice tel que . Cela étant, il existe une application de dans telle que pour tout ; en prenant , qui est dénombrable, on répond à la question.
9. Espaces métriques compacts; espaces métrisables compacts
Le critère de précompacité des espaces uniformes (II, p. 29, th. 4) donne, pour les espaces métriques, la proposition suivante:
Proposition 14
Pour qu’un espace métrique soit précompact, il faut et il suffit que, pour tout , il existe un recouvrement fini de dont tous les ensembles aient un diamètre .
Si on ajoute l’hypothèse que est complet, on obtient un critère de compacité des espaces métriques.
On déduit de la prop. 14 un critère topologique de compacité, applicable aux espaces métrisables:
Proposition 15
Pour qu’un espace topologique métrisable soit compact, il faut et il suffit que toute suite infinie de points de ait une valeur d’adhérence dans .
D’après l’axiome (C) (I, p. 59), la condition est nécessaire. Pour voir qu’elle est suffisante, considérons une distance compatible avec la topologie de . Montrons d’abord que l’espace métrique ainsi défini est complet: en effet, toute suite de Cauchy dans a alors une valeur d’adhérence, et par suite est convergente (II, p. 14, cor. 2 de la prop. 5); la prop. 9, IX, p. 17 montre donc que est complet. En second lieu, montrons que est précompact; dans le cas contraire, en vertu de la prop. 14, il existerait un nombre tel qu’il n’y ait aucun recouvrement fini de par des parties de de diamètre . On pourrait alors définir par récurrence sur une suite infinie de points de par la condition pour tout ; or, une telle suite ne peut avoir de valeur d’adhérence, puisque toute boule de rayon contient au plus un point de la suite.
Corollaire
Pour qu’une partie d’un espace topologique métrisable soit relativement compacte, il faut et il suffit que toute suite infinie de points de ait une valeur d’adhérence dans .
La condition est nécessaire d’après I, p. 62, prop. 7. Inversement, soit une distance compatible avec la topologie de . Montrons que l’espace est compact, en appliquant le critère de la prop. 15: soit une suite de points de ; pour chaque indice , il existe tel que ; la suite admet par hypothèse une valeur d’adhérence , et est aussi valeur d’adhérence de la suite , car si appartient à la boule de centre et de rayon pour un , appartient à la boule de centre et de rayon .
Il faut remarquer que la prop. 15 n’est pas une conséquence de l’existence, en tout point de X, d’un système fondamental dénombrable de voisinages; on peut donner des exemples d’espaces non métrisables et non compacts, dans lesquels tout point possède un système fondamental dénombrable de voisinages, et toute suite de points une valeur d’adhérence (IX, p. 94, exerc. 14).
Proposition 16
Pour qu’un espace compact X soit métrisable, il faut et il suffit que sa topologie admette une base dénombrable.
La condition est nécessaire. En effet, d’après la prop. 14 (IX, p. 20), pour tout entier , il existe une partie finie de X telle que la distance à de tout point de X soit ; l’ensemble dénombrable est par suite dense dans X, d’où notre assertion (IX, p. 18, prop. 12).
La condition est suffisante. Soit en effet une base dénombrable de la topologie de X. Tout voisinage d’un point de la diagonale de contient alors un voisinage de la forme ; il résulte de l’axiome de Borel-Lebesgue appliqué à l’ensemble compact dans , que tout voisinage de contient une réunion finie d’ensembles de la forme , qui est un voisinage de . Les voisinages de qui sont réunions finies d’ensembles de la forme forment par suite un système fondamental d’entourages de la structure uniforme de X (II, p. 27, th. 1); notre assertion résulte par suite du th. 1 (IX, p. 5).
Corollaire
Soient X un espace localement compact, l’espace compact obtenu par adjonction à X d’un point à l’infini (I, p. 68). Les propositions suivantes sont équivalentes:
a) la topologie de X admet une base dénombrable; b) est métrisable; c) X est métrisable et dénombrable à l’infini.
Montrons d’abord que a) entraîne b). Soit une base dénombrable de la topologie de X; tout voisinage d’un point x de X contient un voisinage compact de x, lequel contient à son tour un voisinage de x égal à l’un des ; ceux des qui sont relativement compacts forment donc aussi une base de la topologie de X, et on peut donc supposer tous les relativement compacts. L’espace X est donc réunion dénombrable des ensembles compacts , autrement dit est dénombrable à l’infini; cela entraîne que, dans , le point admet un système fondamental dénombrable de voisinages ouverts (I, p. 69, corollaire); il est clair alors que tout voisinage d’un point contient, soit l’un des , soit l’un des , qui est un voisinage de y; autrement dit les et les forment une base dénombrable de la topologie de E’, et notre assertion résulte de la prop. 16.
Il est immédiat que b) entraîne c), car b) implique que admet un système fondamental dénombrable de voisinages (I, p. 69, corollaire).
Prouvons enfin que c) entraîne a). Il existe par hypothèse une suite croissante d’ensembles ouverts relativement compacts, formant un recouvrement ouvert de X et tels que (I, p. 68, prop. 15). Le sous-espace étant compact et métrisable, admet une base dénombrable (IX, p. 21, prop. 16), et il en est donc de même de ; soit une base de la topologie de . Pour et tout voisinage de , il existe tel que , donc il existe tel que ; les ensembles () forment par suite une base de la topologie de .
10. Espaces quotients des espaces métrisables
Si est un espace métrisable, une relation d’équivalence dans , l’espace quotient n’est pas nécessairement métrisable (même si en outre est localement compact et normal). Toutefois:
Proposition 17
Tout espace quotient séparé d’un espace compact métrisable est un espace compact métrisable.
Il revient au même de dire que si est une application continue d’un espace compact métrisable dans un espace séparé , est un sous-espace métrisable de (I, p. 63, cor. 3).
Soient un espace compact métrisable, une relation d’équivalence dans telle que soit séparé. On sait alors (I, p. 62, th. 2) que est compact; d’après la prop. 16 (IX, p. 21), tout revient à prouver que la topologie de admet une base dénombrable. Nous utiliserons pour cela le fait que est fermée (I, p. 63, cor. 2) et que les classes mod. sont compactes. Soit l’application canonique de sur , et soit une base dénombrable de la topologie de .
Soient un point quelconque de , un voisinage de dans ; est donc un voisinage dans de l’ensemble compact . Comme pour tout il existe un contenant et contenu dans , l’axiome de Borel-Lebesgue montre qu’il existe un recouvrement ouvert fini de tel que, si on pose , soit un voisinage de contenu dans . Comme est fermée, est alors un voisinage de dans , contenu dans (I, p. 35, Remarque). Désignons par l’ensemble des intérieurs des ensembles de la forme , où parcourt l’ensemble des réunions finies d’ensembles de la forme ; ce qui précède prouve que est une base de la topologie de , et comme est dénombrable, il en est de même de .
Proposition 18
Soient un espace métrique complet, une relation d’équivalence ouverte dans , telle que soit séparé, l’application canonique de sur . Pour toute partie compacte de , il existe une partie compacte de telle que .
Soit l’ensemble des boules ouvertes de rayon dans . Lorsque parcourt , les ensembles forment un recouvrement ouvert de , donc il existe un nombre fini de points de tels que les images par des boules ouvertes de rayon et de centre forment un recouvrement ouvert de K. Posons , et supposons défini, pour , un ensemble fini tel que:
et tout point de est à une distance de pour ; les images par des boules ouvertes de rayon , dont le centre parcourt , forment un recouvrement ouvert de K, pour .
Soit alors l’ensemble des boules ouvertes de rayon , dont le centre est tel que ; d’après les propriétés de , les ensembles , où B parcourt , forment un recouvrement ouvert de K; donc il existe un ensemble fini , tel que les images par des boules ouvertes de rayon , dont le centre parcourt , forment un recouvrement ouvert de K; en prenant , on voit qu’on peut définir par récurrence une suite infinie de parties de X ayant les propriétés et ci-dessus. Posons et montrons que H est précompact: pour tout et tout point , il existe une suite de points tels que
Exercices
See the exercises for § 2.